Qu’est-ce qu’être français ?


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Ce fut l’objet de disputes, et l’on eut, comme il faut le savoir, une proposition de loi, au début  de la Révolution Française, pour changer ce nom qui sentait l’aristocratie germanique, en celui de Gaule. Ce dernier terme était d’usage latin (Gallia), et l’on peut en effet, dans toute l’Europe, et, outre, en Orient, la Galilée (cf. la  qualité de Galiléen attribuée au Christ et à l’apôtre Pierre), le retrouver, comme il est advenu à l’auteur de ces lignes, en pays kurde iranien, tout comme sont familiers en ce dernier les noms de Kerman, à savoir Germain, telle la ville kurde de Kermanshah portant le nom de « roi du Kerman » ou autres lieux homonymes ! La couleur blonde naturelle des femmes y est, du reste, fort notable. L’on peut parler des Gaules, jusqu’à la Galicie hispanique ou autrichienne, du Portugal au pays de Galles ou chez les Wallons, Germains de langue française, comme l’a si bien dit un intrépide homme d’esprit !
Celui de Français ou de Franks serait, tout comme le premier, asiatique et dans sa polémique avec le dit Père de Tournemine, Jésuite breton académicien professeur de Voltaire à Louis-Le-Grand, l’illustrissime savant saxon Leibniz, dans une dissertation sur l’origine des Français, fait remonter pareille souche venue d’Asie à une population aux bords de la Mer Baltique et dans l’actuel Golfe de Finlande qui aurait suivi la voie côtière du plat pays, glacière et ainsi franchi quelque rivière des Lys, au nord des Gaules, comme il fut noté, pour donner son nom, si l’on lit bien les cartes du temps de François premier, à une mince région entourant Paris.

Le livre illustrant l’éclat des Franks est, pour les doctes, le monument littéraire en huit livres du moine picard des dits XI-XIIe siècles, Guibert de Nogent (dont on ne sait rien hormis son autobiographie, qui pourrait être un faux pieux) historien de la première croisade intitulé : « Les actions de Dieu par les Francs », Gesta Dei per Francos ! Et chacun, pour rédiger un catéchisme national, de définir la France, en effet,  par une sorte d’élection divine. Cette idée est toujours courante, sauf que le chœur se renforce : à côté des vieux-croyants de moins en moins  audibles se font entendre les chœurs de cette république avec laquelle est officiellement, non sans quelque touche de ridicule, confondu le pays de France.

Chacun, Zemmour en premier, cite la jeune Pucelle dont la vie est une légende d’État, et qui symbolise avec la France, en serait l’incarnation : il n’appartient pas de toucher à ce mythe qui, pour le positiviste Auguste Comte, devait remplacer celui de Napoléon. Rappelons que le fameux « frère » Léon Gambetta, dont on cite le cri de guerre repris d’un sectaire plus obscur : « le cléricalisme voilà l’ennemi » s’empressa ailleurs de donner cette directive : « ne touchez pas à Jeanne d’Arc ! », celle que Shakespeare estimait, dans la première partie de son drame Henri Six, Acte V, une fausse bergère, « mais issue de la lignée des rois » !

« À se demander si le mot de France ne se confondrait pas avec l’utopie envahissante d’une secte voulant s’affranchir de la nature pour dicter ses lois au monde. »


But issu’d  from the progeny of kings (vers 38)
C’est dans cette optique cosmopolite républicaine et impériale, dont la francophonie est l’ombre, que la dispute célèbre se tint après cette guerre de 1870, que l’Empire Français désirait, entre Ernest Renan et son collègue allemand historien Leopold von Ranke, si j’ai bonne mémoire, sur la réalité nationale. Il en résulta une dissertation publiée en 1882, au jargon tout maçonnique intitulée : « Qu’est-ce qu’une nation ? », dont la réponse tenait en la formule creuse, du type de ce que sera  l’Algérie Française ou volonté de « vivre ensemble » ! Pour le bon sens, au contraire, du même type que celui que Voltaire attribue au Westphalien Candide, nation et nature ont la même racine, celle d’une naissance ou d’une large famille, qui implique une diversité de ressemblances, le même et l’autre liés et jamais opposés, une unité dont la personne du chef est l’incarnation ! Cela vaut pour toutes les espèces humaines, mais l’exception française veut qu’il y ait une élection particulière, une capacité de former, selon le mot connu de Spinoza décriant les passions excessives et aveugles mues par l’imagination et non réglées par la raison, « un empire dans un empire » (imperium in imperio) (Préface au livre troisième de son Éthique). Les tribuns républicains et leurs tuteurs monarchistes dans la suite maçonnique de la lignée des Orléans, cultivant le souvenir de Philippe-Égalité, appellent cela une exception française ! À se demander si le mot de France ne se confondrait pas avec l’utopie envahissante d’une secte voulant s’affranchir de la nature pour dicter ses lois au monde.
Les guerres intestines, conséquence d’un rêve français

Nos poètes de cour, que l’ont pourrait dire officiels, ont célébré ce nom de France en le rattachant à une capacité de vaincre ou du moins d’apaiser des factions toujours renaissantes. L’imagination qui en contait l’origine pouvait être outrée, comme dans la Françiade de Ronsard publiée en 1573 :


Muse qui tiens les sommets du Parnasse
Guide ma langue et me chante la race 
Des rois François issus de Francion

Enfant d’Hector, Troyen de nation.


Cependant, le meilleur poème politique et national demeure, pour sa clarté et les leçons qu’on en peut tirer en ce temps d’assombrissement laissant présager des troubles, voire, selon le mot de l’ex-Président Hollande, une partition territoriale, quelque instabilité durable entraînant des interventions étrangères,  telle que celle des Nations Unies, la Henriade de Voltaire : chaque faction prend les armes, protestants, catholiques ou ligueurs, comme on les appelait. Tout leur sert de lieu d’affrontement, églises, temples et une synagogue même permettant à Voltaire de se montrer toujours aussi incisif et mordant, mais juste. Ce mouvement ramène à la question des destinées de la France. De Gaulle la voyait, en nordiste qu’il était, incliné à la rêverie, et au symbolisme poétique, venir l’écrivait-il, « du fond des âges », comme dans une Légende où les héros meurent souvent sur scène, selon le mot profond de Wagner rappelé par un ami corse, car, précisait le plus noble des musiciens-poètes  d’Allemagne – le plus grand homme après le Christ disait-il de lui, avec la disposition de se connaître soi-même, l’humanité ne les mérite pas. Chacun connaissait, avant que le Q.I. des maîtres polissons ne baisse, les pages inspirées par l’esprit plus imaginatif que réaliste de de Gaulle, monarchiste-républicain, comme l’a montré sa fin malheureuse, pour ne pas dire plus, ayant cédé devant une troupe de jeunes crétins avantageux aujourd’hui confesseurs des maîtres au pouvoir.  Est-ce à dire que la France est une construction plus nominale que réelle ?

Il peut, expliquait le journaliste Emile Girardin, coexister plusieurs France : une France allemande, italienne, etc. et il en vantait le paradoxe inconnu aux autres puissances. Mais cela implique une relative stabilité ou prospérité, laquelle, une fois disparue, pour user du langage des philosophes, retourne à l’état de nature. Un État fort est à cet égard nécessaire pour tenir cet agrégat, de même qu’une lourde fiscalité qui fut le trait français le mieux observé en Europe, notamment par l’école des juristes de Bologne au début des Temps Modernes. Il est à redouter, à cet égard, que la vie française, outrant des principes républicains, n’établisse l’égalité des conditions sur un paupérisme encadré. Nous voilà revenu au temps de la Terreur, dans les plis du drapeau tricolore dont un frère Ragon, dans son Catéchisme maçonnique, paru  au temps de la Restauration, sous les frères du roi-martyr, eux mêmes ayant prêté serment à la secte omnipotente, expliquait les couleurs respectives par les usages de cette Société identifiée avec la République. La France serait-elle l’échafaudage abandonné de cette maison de la culture du « être-ensemble », comme un être qui ne respirerait jamais naturellement, mais artificiellement ?
Pourquoi s’étonner alors des soubresauts périodiques de notre France, légende enterrée auprès de laquelle jouent les petits et grands enfants de la République !

Pierre Dortiguier

Dr. Anthony DiMaggio : «Il y a un besoin très fort d’un mouvement anti-impérialiste.» — Algérie Résistance


Dr. Anthony DiMaggio. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre “When Media Goes to War: […]

via Dr. Anthony DiMaggio : «Il y a un besoin très fort d’un mouvement anti-impérialiste.» — Algérie Résistance

Humour diplomate !


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Caricature réussie signée par ce dessinateur du Der Spiegel allemand sauf qu’il faut rappeler que la CIA fait la même chose depuis des décennies dans le monde entier en kidnappant en toute illégalité, ceux qu’elle estime être ses ennemis  et en les emmenant dans des prisons également illégales puisque secrètes dans d’autres pays que les États-Unis, sans aucun jugement ni procédure judiciaire quelconque. Du coup, cette hypocrisie qui consiste à être choqué par le comportement de la Saoudie maudite sans jamais parler des exactions de la CIA de Bush, Obama Trump est juste insupportable !

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M. Saci Abdi – Histoire/Maghreb/Aurès/Math/Génétique etc…


Source: Vidéo chaoui

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1h25 d’histoire, comme rarement entendue ailleurs.

Il faudra faire avec un son et une image médiocre.

P.S. :

Si M. Saci Abdi cherche un éditeur pour ses ouvrages, j’aimerais, si possible qu’il prenne contact avec le site Systèmophobe.

En toute modestie, bien sûr.

« La caste », main basse sur l’État !


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Le dernier livre de Monsieur Laurent Mauduit, La Caste, parle du plus grand braquage de tous les temps, celui commis par l’État et visant 65.000.000 de personnes, en ayant recours à des mercenaires de banksters. Le pouvoir a été spolié par des vauriens, des incapables qui ont ruiné le pays et l’ont totalement déstructuré.

PÂQUES DE SANG


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Auteur : Toaff Ariel
Ouvrage : Pâques de Sang Les juifs d’Europe et le meurtre rituel juif
Année : 2007

D’après la traduction anglaise de
Gian Marco Lucchese et Pietro Gianetti

 

 

CHAPITRE SIX

LES UTILISATIONS MAGIQUES ET
THÉRAPEUTIQUES DU SANG

À la lecture des dépositions des prévenus accusés de meurtre rituel d’enfants en relation
avec l’utilisation du sang, on a clairement l’impression que, plutôt que d’expliquer la finalité de ce besoin de sang d’enfants chrétiens, les prévenus essayaient de décrire les
magnifiques propriétés thérapeutiques et magiques du sang, et en particulier du sang
provenant d’enfants et de jeunes gens. On insistait principalement sur le sang brûlé et séché réduit en poudre ; ce sang est supposé avoir été utilisé comme hémostatique [coagulant] d’une efficacité extraordinaire lorsqu’il était appliqué sur la plaie causée par la circoncision.
Angelo de Vérone n’avait aucun doute à cet égard et expliqua aux juges de Trente qu’une
fois le sang réduit en poudre, les juifs le conservaient normalement pour une réutilisation ultérieure lors de la circoncision de leurs fils, pour soigner la blessure dans le prépuce. Si elles étaient disponibles, on dit qu’ils auraient utilisé d’autres poudres hémostatiques comme alternative, comme le bolo di Armenia et le « sang de dragon« , une sorte de résine de couleur rouge foncé, connue en pharmacie sous le nom de Calamus Draco ou Pterocarpus Draco.(1)
Le médecin Giuseppe di Riva del Garda, dit le « juif bossu », qui avait circoncis les fils
d’Angelo, l’utilisait couramment durant la Sainte opération.(2)
Évidemment, Maestro Tobias, qui se considérait à juste titre comme un expert médical,
savait aussi préparer l’hémostatique magique : « Vous prenez le sang, vous le laissez
coaguler ; puis vous le séchez et en faites une poudre qui peut être utilisée de bien des
façons ».(3) Dans son discours d’ouverture au procès de Trente, Giovanni Hinderbach
apparut scandalisé par ces révélations et fustigea la cruauté des juifs qui guérissaient les
blessures occasionnées par la circoncision de leurs fils en se servant du sang des enfants
chrétiens. « Comme pour les autres choses que Tobias confessa », expliqua le prince
évêque, »ils soignent leurs circoncisions avec la poudre de ce sang coagulé et recouvrent
ainsi la santé, le deuxième ou le troisième jour après l’opération ».(4)
Lors de leur procès en 1470, Elias et Mercklin (Mordekhai), deux des frères accusés du
terrible homicide collectif d’Endingen en Alsace, tentèrent également mais en vain de tourner autour du pot, devant les exigences des inquisiteurs qui cherchaient à faire le point sur l’utilisation du sang d‘enfants chrétiens par les juifs. Ce sang était également utilisé pour ses merveilleuses propriétés balsamiques, bénéfiques pour guérir l’épilepsie et éliminer l’odeur corporelle dégoûtante des juifs [il degustoso fetore giudaico]. Mais finalement, ils ont tous deux admis avoir utilisé le liquide curatif magique pour guérir les plaies de la circoncision de leurs fils.(5) Léo de Pforzheim, le plus illustre des inculpés accusés avoir acquis du sang des enfants tués à Endingen, a avoué qu’il s’en était procuré parce que c’était nécessaire pour la procédure de circoncision. Léo savait que le sang en poudre des enfants était utilisé comme coagulant dont l’efficacité avait été prouvée à ces occasions depuis plus de vingt ans, depuis la première fois qu’il avait assisté à une cérémonie de circoncision avec son père, vingt ans auparavant.(6) Les juifs accusés de meurtre rituel d’enfants à Tyrnau en Hongrie en 1494 ont également déclaré, entre autres, qu’ils avaient utilisé du sang en poudre comme hémostatique pour la circoncision.(7) L’utilisation répandue du sang comme un puissant hémostatique parmi les juifs est probablement la raison de l’idée largement répandue que les
hommes juifs – tous directement ou indirectement coupables de déicide – souffraient de
douloureuses et abondantes périodes menstruelles mensuelles [probablement anales].
Probablement avancée pour la première fois par Cecco d’Ascoli dans son commentaire De Sphaera de Sacrobosco en 1324, cette opinion excentrique aurait reçu le soutien
enthousiaste du frère dominicain Rodolfo de Selestat en Alsace.(8) Les juifs, les meurtriers du Christ et leurs descendants, auraient été victimes d’une anormale fuite de sang, de menstruations, d’hémorroïdes hémorragiques, d’hématuries [sang dans l’urine] et de dysenteries exténuantes qu’ils auraient tenté de traiter en utilisant le sang chrétien comme hémostatique.
« Des juifs m’ont dit […] que tous les juifs, descendants du Deicide, ont chaque mois des
fuites de sang et souffrent souvent de dysenterie, causant souvent leur mort. Mais ils
recouvrent la santé grâce au sang chrétien, baptisé au nom du Christ ».(9)
Hémorragies dues à la circoncision, épistaxis [saignements de nez], règles trop abondantes, hémorroïdes ouvertes, écoulement abdominal anormal. Le remède le plus efficace pour les contrôler et les guérir semblait toujours être le recours au puissant et magique sang en poudre provenant des enfants. Mais en cela, les juifs n’agissaient pas différemment des chrétiens de la société environnante, malgré la stupeur feinte et artificielle de Hindenbach.
En médecine populaire, le sang, qu’il soit humain ou animal, serait un élément indispensable à la préparation des électuaires (médicaments en poudre mélangés avec du miel ou du sirop pour former une pâte) et des poudres astringentes d’une efficacité extraordinaire.(10)
Comme l’écrivait Pier Camporesi, « un hémostatique sacré et alchimique, le sang (et non pas incorrectement, à des époques où les hémorragies représentaient une terrible tragédie) était considéré un puissant remède ».(11) Selon les prescriptions du Theatrum Chemicum, de merveilleux onguents et poudres dérivaient du sang humain, pouvant arrêter même le flux sanguin le plus tenace et faire disparaître de dangereux dysfonctionnements.(12) Les plus experts savaient que le sang humain possédait de grands pouvoirs thérapeutiques et devait donc être préparé et traité avec le plus grand soin. C’est pourquoi ils recommandaient qu' » une fois assuré que le produit est parfaitement sec, il doit immédiatement être placé dans un mortier de bronze, très chaud, et être moulu avec un pilon et passé au tamis le plus fin, et une fois passé, enfermé dans un petit récipient en verre et renouvelé chaque printemps ».(13)
Quoi qu’il en soit, les juifs, lorsqu’ils décrivaient l’opération de circoncision en s’adressant au public chrétien, préféraient omettre l’utilisation du sang des enfants parmi les « poudres restrictives » et se limitaient à en citer d’autres, telles que le sang du Dragon classique et le corail en poudre. Léon de Modène, le célèbre rabbin de Venise, dans sa classique Historia de’ Riti Hebraici décrit brièvement la cérémonie de la circoncision (berith milah) comme suit :
« Le mohel arrive avec une assiette, sur laquelle se trouvent les instruments et les
accessoires nécessaires, comme le rasoir, les poudres astringentes, les morceaux de
pansement à l’huile de rose, et certains utilisent également un bol de sable dans lequel
placer le prépuce, qui est coupé […]. Le mohel poursuit et, avec la bouche, aspire deux ou
trois fois le sang qui coule de la blessure et le crache dans un verre de vin, après quoi il
place le sang du Dragon, de la poudre de corail, ou des choses qui adhèrent, et un morceau de pansement trempé dans l’huile de rose sur la plaie, le serre et le fixe fermement. Il prend alors un verre de vin (…) et baigne la bouche de l’enfant avec le vin dans lequel il a craché le sang aspiré ».(14)
L’omission de sang en poudre parmi les poudres hémostatiques ne pouvait être accidentelle.
La confirmation de ce point pourrait facilement être obtenue auprès de « juifs devenus
chrétiens ». Naturellement, ils n’auraient jamais caché une telle pratique scandaleuse, à
supposer qu’ils la considéraient scandaleuse. Shemuel Nahmias, vénitien et disciple de Léon de Modène, baptisé plus tard sous le nom de Giulio Morosini, discutant du sujet de la circoncision, n’a pas caché sa censure sévère de la coutume consistant à mettre du sang mélangé au vin sur la bouche de l’enfant. Cette pratique lui paraissait en conflit implacable avec l’interdiction biblique de consommer du sang ( » Dites-moi, d’ailleurs, n’est-ce pas contre la Loi divine, exprimée en plusieurs endroits, que le sang ne doit être ni mangé ni bu ? Et puis, dans le rite de la circoncision, vous placez le propre sang du garçon circoncis, provenant du prépuce, mélangé au vin, dans sa propre bouche, ajoutant à votre plus grande transgression, et répétant que dans ce sang il vivra, presque s’il devait être nourri par ce sang »).
Mais de l’utilisation du sang de l’enfant chrétien comme hémostatique appliqué à la plaie
causée par la circoncision, le converti Morosini n’en fit aucune mention, presque comme si cette pratique lui était inconnue ou ne méritait pas une particulière attention.
« C’est à ce moment que le mohel arrive et, derrière lui, une autre personne, avec une
bassine ou une coupe à la main, contenant tous les instruments nécessaires à la cérémonie, des pinces en argent, qui sont placées comme un signe de la quantité de prépuce à couper, un récipient rempli de sang de dragon et autres poudres astringentes pour faire coaguler le sang, et deux tasses ou petites assiettes creuses, l’une contenant un matériau absorbant coupé à cet effet, enduit d’huile de baume ou d’huile de rose pour soigner la coupure, et l’autre remplie de terre ou de sable pour y placer le prépuce, enterrant la partie du prépuce qui a été coupée [….] après avoir terminé ce qui précède, le mohel presse le petit membre du garçon circoncis, et aspire le sang plusieurs fois, le crache dans un verre de vin, préparé à cet effet, et termine en traitant la coupure avec l’huile et la poudre mentionnées cidessus ».(15)
Un autre juif converti, Raffael Aquilino, baptisé en 1545 et qui plus tard fut mandaté par le Saint-Office pour confisquer le Talmud et le brûler dans les territoires du duché d’Urbino et de Mark, ne s’est jamais penché le moins du monde sur la présumée tradition juive qui consiste à utiliser le sang en poudre des chrétiens pour soigner la blessure provoquée par la circoncision, au lieu de cela, il s’intéressait aux analogies entre la Sainte Trinité et les trois éléments récurrents de la cérémonie, appliqués à l’enfouissement du prépuce dans la terre du cimetière, l’oeuf et le vin, qui, après avoir lavé la blessure, est donné à boire à l’enfant.
« De même, ils prennent trois choses pour ladite circoncision, c’est-à-dire la terre de leurs
sépulcres, et ils la mettent dans un bassin dans lequel ils placent la chair qu’ils ont coupée du prépuce, le vin avec lequel ils rendent grâce à Dieu […] et trois oeufs, tandis que dans le bassin, ils versent le vin utilisé pour laver le prépuce […] et ils lavent avec le vin trois fois la blessure due à la circoncision ».(16)
Le célèbre converti toscan Paolo Medici décrit en détail la cérémonie de la circoncision, avec une hostilité évidente, mais semble ignorer l’utilisation du sang coagulé comme poudre hémostatique. En fait, il s’est limité à observer, sans plus de détails, que « le mohel […] met des poudres astringentes, de l’huile de rose et d’autres choses semblables sur la plaie, comme une sorte de bandage, l’attache et le remet à la marraine ».(17)
On pourrait en conclure que l’utilisation du sang en poudre d’enfants, et en particulier du sang chrétien, comme hémostatique pendant la circoncision, compte tenu du désintérêt manifesté à son égard même par les juifs convertis, sur d’autres points enclins à diffamer le judaïsme, est une chimère et une invention tendancieuse, soit des inquisiteurs, obsédés par le sang, soit des juifs eux-mêmes, terrorisés par la torture et avides de calmer leurs tortionnaires. Mais ce serait illusoire et trompeur.
Les textes de l’exercice de la Kabbale, les manuels de stupéfiants médicaments (segullot),
les recueils d’électuaires prodigieux, les livres de recettes de guérisons secrètes, composés pour la plupart dans les territoires germanophones, même très récemment, soulignent le pouvoir hémostatique et astringent du sang jeune, avant tout, sur la blessure due à la circoncision. Il s’agit de prescriptions anciennes, transmises de génération en génération, élaborées, avec des variantes mineures, par des alchimistes en herboristerie kabbalistiques de diverses origines, et réimprimées à plusieurs reprises jusqu’à nos jours, ce qui témoigne de l’extraordinaire efficacité empirique des médicaments en cause.
Elia ben Mosè Loan, rabbin de Worms, connu sous le nom de Baal Shem (littéralement : le patron du nom), dans son Sefer Telodot Adam (« Livre de l’histoire de l’homme »), en hébreu et en yiddish, prescrit que « pour arrêter l’écoulement du sang de la circoncision et celui qui coule du nez, il faut prendre le sang, le faire bouillir sur le feu, le réduire en poudre et le placer successivement sur la coupure de la circoncision ou dans les narines, afin que le sang coagule ».(18) Nous trouvons une recette similaire dans le Derekh ha-chaim ha-nikra Segullot Israel (« Chemin de la vie, aussi appelé le Livre des remèdes portatifs d’Israël ») de Chaim Lipschütz, qui ajoute un autre médicament magique, cette fois pour arrêter le flux menstruel. « Prends le sang menstruel et une plume de poulet que tu plongeras dans le sang menstruel de la patiente ; quand le sang avec la plume aura été bien agité, fais-le sécher devant le feu, en le réduisant en poudre que tu feras boire avec du vin ».(19) Sacharja Plongiany Simoner, dans son classique Sefer Zechirah (« Livre des Rapports Médicaux »), était aussi assez précis quant aux références bibliques aux extraordinaires pouvoirs curatifs et contraignants du sang.
« Pour arrêter l’écoulement du sang de la circoncision ou de l’hémorragie nasale en utilisant le sang coagulé de l’enfant ou du patient : le sang est placé devant le feu jusqu’à ce qu’il durcisse, puis il est écrasé avec un pilon, faisant une poudre fine à placer sur la plaie. Et c’est ce que nous trouvons écrit dans le livre de Jérémie (30:17) : « Car je te rendrai la santé, et je te guérirai de tes blessures ». Il faut comprendre en fait que c’est précisément de votre blessure, c’est-à-dire de votre sang, que votre santé vous sera rendue ».(20) Il ne semble donc pas y avoir de doute quant au fait que, par le biais d’une tradition antique,
jamais interrompue, des guérisseurs empiriques, des kabbalistes et des alchimistes en
herboristerie ont prescrit du sang en poudre comme guérisseur d’une efficacité prouvée lors de circoncision ou hémorragie. Le fait que cette pratique était probablement tout sauf généralisée ne doit pas laisser supposer qu’elle n’était pas réellement utilisée, en particulier dans les communautés juives ashkénazes, où l’on dit que des « secrets » stupéfiants, transmis oralement, puis imprimés dans les compendiums appropriés, ont connu avec le temps des succès extraordinaires. D’autre part, les connaissances empiriques d’un type analogue, même si elles s’appliquaient évidemment à des contingences autres que la circoncision,
étaient un héritage de la société chrétienne environnante, s’avérant profondément
enracinées, en particulier au niveau populaire.(21)
Deux autres coutumes juives relatives à la circoncision, qui ne semblent pas avoir été
uniformément répandues du point de vue géographique et chronologique, présentent
également un intérêt particulier. Ici aussi, les croyances populaires, fondées sur des
éléments magiques et superstitieux, semblent posséder une vigueur et une vitalité capables de contourner les normes précises du judaïsme ritualiste (halakhah), ou de les dénaturer sérieusement.
Les réponses rituelles des Gheonim, les chefs des académies rabbiniques de Babylone,
actives entre les VIIe et XIe siècles, se réfèrent à la coutume locale de faire bouillir des
parfums et des épices dans l’eau, les rendant ainsi parfumés et odorants, et de circoncire les enfants, faisant jaillir leur sang dans ce liquide jusqu’à ce que les couleurs soient mélangées. « C’est à ce moment-là », poursuit la réponse rabbinique, « que tous les jeunes hommes se lavent dans cette eau, en mémoire du sang du pacte, qui a uni Dieu à notre patriarche Abraham ».(22) Dans ce rite, de nature propitiatoire, le sang de la plaie de circoncision, associé à la potion odorante, aurait possédé la capacité de se transformer en un puissant aphrodisiaque, utilisé dans les électuaires curatifs, utile pour donner vigueur aux désirs amoureux et aux capacités procréatrices des hommes initiés.
Une forme de cannibalisme magique, liée à la circoncision, peut être trouvée dans une
coutume très répandue parmi les communautés juives ashkénazes et les communautés
[juives ?] de la région méditerranéenne. Les femmes présentes à la cérémonie de
circoncision mais non encore bénies par la progéniture du sexe masculin, attendaient avec impatience la découpe du prépuce de l’enfant. À ce moment-là, faisant fi de toute inhibition, comme sur un signal préétabli, les femmes se jetaient sur ce morceau de chair sanglante.
On prétend que la femme la plus chanceuse l’arrachait et l’avalait immédiatement, avant
qu’elle ne puisse être la proie des autres femmes, non moins endurcies et tout aussi
motivées. Pour le vainqueur triomphant, il ne faisait aucun doute que ce fier morceau serait infailliblement utile pour faire germer le membre viril tant convoité dans le ventre fécondé par une médecine bienfaisante. La lutte pour le prépuce chez les femmes sans progéniture masculine ressemble d’une certaine façon à la compétition actuelle entre  jeunes filles nubiles pour la conquête du bouquet de la mariée après la cérémonie du
mariage. Giulio Morosini, alias Shemuel Nahmias, se souvint avec beaucoup de gêne de cette coutume repoussante, qu’il avait vue plutôt en vogue chez les jeunes femmes juives de Venise.
« La superstition des femmes est remarquable à cet égard. S’il arrivait à des femmes stériles désireuses de devenir enceintes d’assister [à la cérémonie de circoncision], comme elles le faisaient souvent, pas une seule d’entre elles n’hésitait à combattre les autres et voler le prépuce ; et la première qui le saisissait, ne se gênait guère pour le jeter dans sa bouche, et l’avaler comme remède bienfaisant et extrêmement efficace qui la rendrait féconde ».(23)
Le rabbin Shabbatai Lipschütz a confirmé cette coutume inouïe « de la bagarre entre les
femmes afin de se saisir et d’avaler le prépuce immédiatement après la circoncision, comme étant un merveilleux secret (segullah) dans la production des enfants mâles ». Il a ajouté que certains rabbins l’autorisaient, comme le célèbre kabbaliste nord-africain Chaim Yosef David Azulay, connu sous le nom de Chidah (l’énigme), et le rabbin de Salonique, Chaim Abraham Miranda, tandis que d’autres l’interdisaient avec énergie, considérant que c’était une pratique scandaleuse et inadmissible.(24) Mais l’alchimiste en herboristerie kabbalistique (Rafael Ohana), expert dans les secrets de la procréation, bien qu’il possédait peu de compétences en sciences gynécologiques, a évoqué avec satisfaction les résultats obtenus par des femmes ayant avalé le prépuce d’un garçon circoncis, même à une époque récente. Dans son guide, destiné aux femmes désireuses d’avoir des enfants et intitulé Mar’eh ha-yaladim (« Celui qui montre les enfants »), le rabbin nord-africain, expert en la matière, conseille, pour rendre le plat plus appétissant, de le couvrir de miel, comme une douceur faite maison.(25)
La tradition magique et empirique liée au prépuce de la circoncision comme élément
fécondant ne s’est pas perdue au cours des siècles, mais fût préservée par le secret qui
entoure l’exercice de la Kabbale, en dépit de l’opposition méprisante des rabbins
rationalistes.
La croyance commune voulait que les juifs utilisent du sang en poudre, séché ou dilué dans du vin ou de l’eau, pour l’appliquer sur les yeux des nouveau-nés, pour faciliter leur
ouverture, et pour laver les corps des mourants, pour faciliter leur entrée au jardin
d’Éden.(26) Samuel Fleischaker, l’ami d’Israël Wolfgang, inculpé pour le meurtre rituel de
Ratisbonne en 1467, attribue au jeune sang des propriétés magiques infaillibles qui, étalé
sur les yeux, aurait protégé du mauvais oeil (ayn ha-ra).(27)
Tous les cas examinés ci-dessus, et dans un grand nombre de cas présents dans les
recueils de la segullot, les remèdes et médicaments secrets, élaborés et diffusés par les
maîtres de l’exercice de la Kabbale, constituent l’usage extérieur, si l’on veut, du sang, que celui-ci soit humain ou animal, sec ou dilué, à des fins thérapeutiques et exorcistes. Mais l’accusation portée contre les juifs qui ingèrent du sang, ou l’utilisent à des fins rituelles ou curatives, lors de transfusions orales, semble à première vue dénuée de tout fondement, violant clairement les normes bibliques et les pratiques rituelles ultérieures, qui ne permettent aucune dérogation à cette interdiction.
Il n’est donc pas surprenant que les juifs du Duché de Milan, dans leur pétition à Gian
Galeazzo Maria Sforza en mai 1479, aient voulu se défendre des accusations de meurtre
rituel qui se répandaient comme de l’huile sur le feu après le meurtre de Trente, en rappelant l’interdiction biblique en soulignant que ces accusations étaient sans fondement dans les faits : « Le fait qu’ils ne soient pas coupables est facilement démontré par des preuves et des arguments très efficaces, tant légaux que naturels, de la part d’autorités très dignes de confiance, d’abord en raison de la loi juive Moysaycha qui interdit le meurtre, et dans plusieurs endroits, la consommation du sang non seulement humain mais de tout animal, quels qu’ils soient ». (28)
Mosè de Würzburg, connu sous le nom de « vieil homme », n’a pas hésité, dans les premières phases de son interrogatoire, à mentionner l’interdiction biblique catégorique de consommer du sang pour prouver l’absurdité des accusations, qui est aussi la plus autorisée parmi ceux qui étaient jugés dans le cadre du procès de Trente. « Les Dix Commandements donnés par Dieu à Moïse », affirmait le savant hébreu à ses accusateurs, « nous ordonnent de ne pas tuer ni manger de sang ; c’est pour cela que les juifs tranchent la gorge des animaux qu’ils veulent manger et, qui plus est, salent ensuite la viande pour éliminer toute trace de sang ».(29) Mosè « le vieil homme » était très évidemment parfaitement au courant des normes d’abattage (shechitah) et de salage de la viande (melikhah), prescrites par les rituels juifs (halakhah) et qui appliquent l’interdiction mosaïque de manger du sang avec la plus grande sévérité. Mais ses arguments, comme nous le verrons, bien qu’apparemment convaincants, étaient dans une certaine mesure trompeurs.
En fait, si l’on revient aux recueils de la segullot en usage chez les juifs d’origine allemande, on trouve un large éventail de recettes permettant l’ingestion orale de sang, tant humain qu’animal. Ces recettes sont de formidables électuaires, parfois complexes dans leur préparation, destinés à soulager les maux, à agir comme remède, à protéger et à guérir.
Pour le Shabbatai Lipschütz, pour arrêter le flux excessif de sang menstruel, il était conseillé de sécher devant le feu et de réduire en poudre une plume de poulet trempée avec le sang menstruel. Le lendemain matin, une cuillerée de cette poudre, diluée dans du vin et servie à la femme, à jeun, aurait infailliblement produit l’effet désiré. Un autre médicament secret, obtenu par Lipschütz et considéré d’une efficacité extraordinaire sur la base d’une longue tradition, était prescrit aux femmes qui souhaitaient tomber enceintes. La recette prévoyait qu’une pincée de sang de lapin séché soit dissoute dans du vin et administrée à la patiente.
Comme alternative, un mélange de vers et de sang menstruel pouvait être d’une grande
utilité.(30)
Elia Loans, le Baal Shem de Worms, a également célébré les propriétés extraordinaires du
sang de lapin dans la fécondation des femmes stériles. L’expert kaballiste a d’ailleurs
prescrit, pour la guérison de l’épilepsie, la dilution dans le vin du sang séché d’une vierge
ayant ses premières règles.(31) À cet égard, il convient de noter que Mercklin (Mordekhai), l’un des condamnés pour le meurtre rituel collectif à Endingen en 1470, a souligné l’efficacité de l’utilisation du sang de jeunes humains pour guérir l’épilepsie.(32)
Les recueils du segullot soulignaient en outre les prodigieuses propriétés du sang humain, naturellement, toujours séché et préparé sous forme de caillé ou de poudre, comme ingrédient principal des élixirs aphrodisiaques incitant à l’amour et à la copulation, en plus de leur capacité à réaliser les rêves érotiques les plus audacieux et dévorants. Il n’est pas surprenant que le sang ait parfois été utilisé dans le cadre du mariage – un autre rite de passage fondamental – en plus de ses utilisations dans la circoncision et dans la préparation à la mort.
Dans la tradition populaire, y compris, par exemple, chez les juifs de Damas, « l’homme qui veut gagner l’amour d’une femme doit extraire un peu de son propre sang et, après l’avoir séché devant le feu, le faire boire, dissout dans du vin, par celle objet de sa passion ». (33)
Cet électuaire aurait fait la preuve de son efficacité dans de tels cas. D’autres recueils du
segullot indiquent que la recette devait être considérée comme valable pour les hommes
comme pour les femmes et que, pour être plus efficace, le sang devait être prélevé sur le
petit doigt de la main droite de la personne souffrant d’une passion non partagée.(34) Les
inculpés accusés du meurtre rituel d’enfants à Tyrnau en 1494 et à Posing, tous deux en
Hongrie, en 1592, mentionnent également l’utilisation du sang comme aphrodisiaque et pour inciter à l’amour, notamment et plus particulièrement à la célébration du mariage.(35) Dans le fameux cas de la prétendue profanation d’hosties volées à l’église de Knoblauch dans le Brandebourg en 1510, le riche juif Mayer d’Ostenburg fut accusé d’avoir acheté l’Hostie à un prix élevé pour en extraire son essence, puis de l’avoir utiliser à l’occasion du mariage de son fils Isaac pour préparer un élixir aphrodisiaque destiné aux futurs époux.(36)

Dans le procès de Trente, les femmes, en particulier celles liées à l’autoritaire Samuel de
Nuremberg, chef reconnu de la communauté juive, n’ont pas caché leur grande foi dans
l’efficacité du sang des enfants comme ingrédient de sublimes potions curatives et
protectrices, dont la médecine populaire et l’exercice de la Kabbale étaient extrêmement
riches, fondées sur une longue tradition. Bella, belle-fille de Mosè de Würzburg, déclara sans hésitation, dans sa déclaration de février 1476, que « le sang d’un enfant était
merveilleusement bénéfique pour les femmes, incapables d’accoucher à terme ». Les femmes se souviennent que lorsque la jeune Anna de Montagana, belle-fille de Samuel de Nuremberg, était enceinte et menaçait de faire une fausse couche, sa belle-mère, Brunetta, en tant que femme et experte en la matière, lui a rendu visite dans sa chambre, lui faisant prendre une cuillerée d’un médicament composé de sang sec et en poudre dissout dans du vin.(37) Une autre fois, Bella avait vu Anna, enceinte et souffrante, se nourrir d’un peu de sang mélangé au jaune d’un oeuf à la coque.(38)
Pour leur part, Bona et Dolcetta, respectivement soeur et épouse d’Angelo de Vérone, ont
rappelé avec nostalgie et stupeur leur rencontre avec un alchimiste en herboristerie de
grande renommée et expérimenté, quelques années auparavant. Selon elles, ce charlatan
kabbalistique, connu sous le nom de Maestro Jacob, possédait un livre plein de « secrets »
d’une efficacité phénoménale et extraordinaire, dont celui de déclencher la pluie battante et les tempêtes de grêle.
Pour ce faire, il fallait mélanger du sang jeune à l’eau claire d’une fontaine en prononçant des formules et des formules d’exorcisme incompréhensibles pour les non-initiés.(39)
Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, il n’est pas difficile de conclure que, lorsque les juifs ont été accusés de meurtre rituel, plutôt que de justifier la nécessité de l’usage – pour ainsi dire – religieux du sang, ils ont préféré s’attarder sur les fonctions
magiques et thérapeutiques du sang en général, humain et animal, connues et répandues
parmi la population et, en particulier, parmi les germanophones, juifs et chrétiens.
Cela n’explique pas encore comment les juifs, et les juifs ashkénazes en particulier, ont pu concilier l’interdiction biblique de la consommation orale de sang – qui était radicale et sans exception – avec l’usage, apparemment bien ancré, de son utilisation, pourtant dans des médicaments et élixirs divers, éprouvés et testés depuis toujours. Comme ces élixirs sont souvent de véritables médicaments, même s’ils ne sont pas envisagés par la médecine officielle, la loi rituelle juive (halakhah) ne les permettait que lorsque le patient était considéré en danger de mort, auquel cas l’abolition complète et temporaire de toutes les normes de la Torah – loi juive – était autorisée afin de le sauver. Mais, comme nous l’avons noté, dans la pratique populaire, le sang, qu’il soit humain ou animal, apparaissait même dans les préparations destinées à être administrées à des patients souffrant de désagréments mineurs, de problèmes de gravité relative, ou même comme un traitement dans les peines de coeur. Face à ces contradictions évidentes, même les accusés du procès de Trente ont jugé nécessaire de prendre position, d’expliquer et de justifier de telles choses. Et ce n’était pas une tâche facile du tout, en partie parce que beaucoup d’entre eux n’avaient pas la culture nécessaire pour le faire.

Lazzaro de Serravalle, serviteur dans la maison d’Angelo de Vérone, a tenté de le faire
instinctivement, sans entrer dans un raisonnement trop compliqué. Selon lui, les préceptes de la Torah ne faisaient référence qu’au sang animal – qui était toujours interdit – alors qu’il était permis d’ingérer le sang d’un être humain, surtout s’il s’agissait du sang d’un chrétien, ennemi déclaré des juifs et du judaïsme.(40) Comme d’habitude, Israël Wolfgang, qui devait posséder un peu plus de culture que Lazzaro, bien que non strictement rabbinique, tenta de fournir une réponse plus élaborée, ingénieuse et moins abrupte. Pour le jeune artiste brandebourgeois, il était clair que la Torah et les règlements rabbiniques ultérieurs présupposaient deux codes moraux différents, l’un s’appliquant au monde juif et l’autre au monde chrétien environnant, qui était différent et souvent hostile et menaçant. Par conséquent, ce qui était interdit entre juifs n’était pas nécessairement interdit dans les relations entre juifs et chrétiens. Par exemple, la norme biblique qui interdisait l’usure entre deux frères (Deut. 23:21) (« Tu pourras exiger un intérêt de l’étranger, mais pas de ton frère ») fut interprétée comme concernant exclusivement les relations entre juifs, tandis que les prêts usuraires aux chrétiens étaient automatiquement autorisés – au point de faire l’objet de pratique universelle.(41) Avec une analogie audacieuse, que nous refusons de croire extorquée par des juges exceptionnellement érudits en matière juive au moyen d’ingénieux
artifices verbaux et psychologiques, Israël Wolfgang soutenait que même l’interdiction
biblique du sang humain était absolue pour les juifs, et inflexible quand elle concernait du sang provenant de la chair de veine juive mais autorisée et même recommandée quand elle était issue du corps des chrétiens ou, notamment des enfants chrétiens.(42).
À cet égard, il convient de rappeler que, dans ce que Camporesi appelle « le sombre tunnel de la médecine nécromantique », les boutiques spécialisées offraient aux alchimistes et aux alchimistes en herboristerie des huiles et des baume extraits de momies fétides, des électuaires miraculés contenant la poudre des crânes souvent des condamnés à mort, ainsi que de la graisse provenant de corps humain extraits des corps des victimes de crime et de suicide(43). Il n’est pas surprenant que la médecine populaire les ait également autorisés comme médicaments légitimes, les prescrivant non seulement pour guérir des maux graves et dangereux, mais aussi dans le but de les traiter. La seule recommandation dans ces cas demeure l’explication que les huiles, les graisses et les os en poudre, les momies et la chair humaine en cataplasme – comme Israël Wolfgang l’a expliqué aux juges de Trente à propos du sang humain – ne devaient pas être extraits des corps des juifs. Les réponses rabbiniques ont été assez claires à cet égard, lorsqu’ils se sont empressés de souligner qu' »il n’y a pas d’interdiction de profiter utilement des cadavres des Gentils »(44).
Peut-être la solution à la contradiction biblique et rabbinique entre la consommation de sang et la coutume – établie chez les juifs ashkénazes – de le consommer dans les occasions les plus diverses, peut-elle être identifiée dans une réponse tardive de Jacob Reischer de Prague (1670-1734), chef de la yeshivah d’Ansbach en Bavière, puis actif à Worms et Metz (45). Le texte rituel contient des témoignages d’une pratique répandue depuis des temps immémoriaux parmi les juifs de la communauté allemande, et considérée de facto comme admissible, bien qu’elle contredise manifestement les diktats du Talmud. Étant une coutume maintenant généralisée parmi les juifs (minhagh Israël), elle en arriva, avec le temps, à revêtir la même rigueur qu’une norme rituelle. L’enquête et la réponse de Reischer faisaient référence à la consommation du sang du stambecco (Bocksblut), à des fins médicales, même dans les cas où le patient n’était pas en danger de mort.
« QUESTION : Sur quoi repose le fait que la plupart des juifs autorisent traditionnellement la consommation du sang coagulé et séché du bouquetin [une chèvre de montagne alpine à longues cornes], connu sous le nom de Bocksblut et séché au soleil, même s’il est
consommé par des patients dont la vie ne serait pas en danger, comme les personnes
épileptiques, lorsque c’est un organe du corps qui cause la douleur ?

« RÉPONSE : La légalité de cette coutume doit être respectée car elle est établie de longue
date. Cette médication est évidemment permise, car il est clair que lorsqu’une coutume se répand parmi les juifs (minhagh Israël), elle doit être considérée conforme à la Torah même.
Le motif rituel de la permission est basé, à mon avis, sur le fait que (le sang) est séché au
point qu’il est transformé en un morceau de bois et ne contient aucune humidité. Ce n’est
donc en aucune façon interdit. »

suite page 15

Anatole Prévost-Paradol inspirateur du publiciste Éric Zemmour


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Anatole Prévost-Paradol (1829-1870) inspirateur du publiciste Éric Zemmour

Il fut un temps où les libraires  formaient leurs clients, n’étaient pas seulement des vendeurs, mais des éclaireurs de la culture et faisaient se rencontrer les bons esprits et les gens passionnés. L’un d’eux, Breton de nation, qui exerçait cette utile profession boulevard de Magenta, relevait dans sa correspondance, que l’illustre polémiste Zemmour avait cité l’oublié élève de l’École Normale Supérieure, écrivain talentueux, presque un second comte de Rivarol (1751-1801), auteur du discours sur l’excellence de la langue française couronné par un prix à Berlin, mais libéral et colonisateur, dont le nom fut attribué à une commune algérienne Prévost-Paradol. Il fut rebelle au conservatisme, voulut prolonger l’agitation révolutionnaire libérale de 1848, en devenant la tête pensante de la dynastie crypto-républicaine des Orléans, à savoir de la branche ultra-maçonnique qui mit le feu aux poudres en 1789 (car l’action révolutionnaire débuta par une opposition aristocratique et cléricale même, du Haut-Clergé), et refusa donc de soutenir le De Gaulle d’alors, Napoléon III.

Il y eut   une culture  méconnue de ceux qui forment maintenant la « République », machine à fabriquer des citoyens selon un propos qui n’a rien d’excessif de Mélenchon, et qui voulait imiter une période dont l’ancien évêque Talleyrand et prince d’Empire disait d’elle que ceux qui n’ont pas connu la société  d’avant 1789, de l’Ancien Régime,  ignorent ce que c’est que la société. Le Second Empire se voulut un écho du Siècle des Lumières que l’on affecte de confondre, dans une génération semi-savante et mal instruite, bourrée de slogans, avec la secte maçonnique, en oubliant que l’expression latine de lumen naturale, lumière naturelle de l’esprit est un concept théologique que cultivaient  un napolitain comme  saint Thomas et le breton Des Cartes (comme le nom s’écrivait)  qui, sur ce point, est de la même étoffe.

Un autre auteur de ce temps oublié de la  seconde moitié du  XIXe siècle, par exemple,  est le poitevin parisien Elme-Marie Caro (1826-1887) de l’Académie Française  dont  deux ouvrages, l’un sur La philosophie de Goethe, philosophie naturelle  de moins en moins connue en France en exceptant les milieux anthroposophiques ayant, à la honte de nos éditions universitaires,  seuls traduit la théorie des couleurs du maître allemand,  et l’autre sur  l’idée de Dieu et ses nouveaux critiques (réédité en 2007) sont mieux écrits et  plus lisibles que les papiers imprimés par les contemporains dont la gloire ne peut s’élever qu’en les épuisant.


Il eut voulu que la colonisation française devînt un accroissement de la population, pour la favoriser et maintenir sa puissance.


Anatole Prévost-Paradol imitait de bons modèles. Son premier point d’affinité avec Zemmour est ce qu’on appelait plus exactement qu’une race (ce que refusent, du reste, les lois de Nuremberg employant l’expression de « mélange racial » (Rassenmischung), tout comme pour les dits Bohémiens ou Tziganes que célèbre la musique de Franz Liszt ) ou  nation, terme traditionnel mais vague, la condition juive, puisqu’il se trouvait être le fils naturel de Léon Halévy (1802-1883) secrétaire de Saint-Simon et auteur de comédies. Sa mère, mademoiselle Lucinde Paradol, était de la Comédie Française.

Ce fait n’est point anecdotique puisque cette condition de semi-judaïsme lui fut reprochée, ou du moins la lui fit-on sentir, lorsqu’il se présenta à l’Académie Française. Cela rappelle un épisode de la vie de notre professeur de philosophie de Louis Le Grand et d’Henri IV et plus tard, à un âge avancé, sexagénaire,  médecin oto-rhino (avec l’engagement de ne pas exercer !) ,  et ennemi irréductible de la psychanalyse, Henri Dreyfus Le Foyer(1897-1969), qui était aussi poète hugolien talentueux, issu du judaïsme alsacien sur lequel Napoléon III, par ailleurs excellent germanophone,  prit appui, nous confiait-il : l’illustre latiniste  Chevalier, auteur d’un excellent livre sur la cité romaine, ministre du nouveau gouvernement élu par la Chambre  du Front Populaire, après la défaite consécutive à une guerre généralement peu voulue, impopulaire même,  mais néanmoins déclarée après plusieurs heures de tergiversations, de lui dire à peu près ceci : « Avec le nom que vous portez, vous comprendrez que je ne puis vous  consacrer plus d’une minute ni vous offrir de quoi vous asseoir ».

Il y avait  dans Anatole Prévost-Paradol une vue peut-être bornée de la politique, comme il arrive aux hommes de parti, mais ce qui est notable dans la condition juive, à parler objectivement, un attachement ferme à des points de réalité, un talent analytique, même si la synthèse se révèle être inatteignable ! La démographie, en effet, inquiétait Anatole-Paradol, et en premier la dénatalité française. Il eut voulu que la colonisation française devînt un accroissement de la population, pour la favoriser et maintenir sa puissance. Ce qui marqua une grande différence avec l’Angleterre, car il n’y eut pas, en effet, une Australie française ni même, contrairement à ce que l’on affecte de croire, un Canada français, rien que le Québec francophone sous la couronne britannique et dévoué aux intérêts de l’impérialisme comme les deux guerres mondiales et la politique canadienne contemporaine le démontrent assez. Rien d’Irlandais, aucun goût pour l’indépendance ! Ce qui est autre chose, alors qu’il y a des minorités allemandes en Russie, en Amérique latine, aux USA qui conservent leur lien avec la mère patrie, par la culture et leur goût de la technique et forment une puissance en devenir.

Éric  Zemmour a-t-il cette crainte de démographe, tout comme l’illustre normalien et académicien, porte parole du parti royaliste orléaniste –de l’orléanisme? La guerre de 1870 voulue par non seulement le pouvoir en place autoritaire et accepté par crainte de l’anarchie, mais aussi par l’extrême-gauche ou le libéralisme extrême d’un Émile Olivier et surtout l’Impératrice sensible à l’agitation politique, poussa, dit-on, Anatole Prévost-Paradol au suicide, à l’été 1870, alors qu’il venait de prendre  son poste de diplomate à Washington, dans ces États-Unis qu’il admirait.

Chacun a son opinion sur le polémiste Éric Zemmour, et la récente guerre des prénoms est un épisode du goût de la société française de choisir un terrain de jeu, mais il faudrait aussi regarder par-dessus son épaule et y voir un aspect particulier, constant de  la vie politique d’un  « Peuple toujours léger, quelquefois cruel », selon Voltaire. Wait and see !

Pierre Dortiguier

La dynastie wahhabite: la version bédouine des Borgia au XXI me siècle — Madaniya


Jamal Khashoogi: La récidive, moins d’un an après la capture de Saad Hariri La disparition en Turquie, le 2 octobre 2018, du journaliste saoudien Jamal Khashoogi, ancien directeur du groupe Media ROTANA du prince Walid Ben Talal, et éditorialiste au Washington post, –moins d’un an après la capture du premier ministre libanais Saad Hariri, le…

via La dynastie wahhabite: la version bédouine des Borgia au XXI me siècle — Madaniya

Prix Nobel Alternatif 2018


lelibrepenseur.org

Yacouba Sawadogo

Cet extraordinaire paysan burkinabé est bien plus intelligent que toutes les armées d’ingénieurs agronomes formées dans les pays occidentaux. Formés dans des universités et des instituts scientifiques ultramodernes et dont le résultat des travaux est un empoisonnement général aux pesticides et aux engrais chimiques causant cancers et morts par milliers. Ces mêmes instituts qui excluent de leurs rangs toutes les voix discordantes comme celles de Claude et Lydia Bourguignon, auteurs, au terme d’un travail exceptionnel, du livre Le sol, la terre et les champs.

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D’ailleurs les techniques modernes ne peuvent pas fonctionner avec le système de ce génial paysan car en utilisant tous leurs produits chimiques, toutes les termites disparaîtraient et ne permettraient pas la réussite de ce modèle. Il est question de simples observations, de logique et de raison. Malheureusement, l’arrogance des tenants de la technologie moderne et du scientisme actuel ne veulent pas entendre raison et croient que la solution viendra toujours de plus de technologie et de plus de produits chimiques.

Cette histoire nous apprend également une leçon intéressante et troublante : la terre nourrit l’homme gratuitement et généreusement, avec le moins d’effort possible. Il suffit de l’observer, d’essayer de comprendre comment elle fonctionne et de l’imiter pour pouvoir nourrir tout le monde. Le fait d’ajouter des produits chimiques coûteux et d’utiliser des machines compliquées, ne fera qu’aggraver l’endettement tout en détruisant votre moyen de subsistance.


Il fait la fierté de tout un peuple.

Le paysan burkinabè Yacouba Sawadogo n’a pas fait d’études scientifiques. Mais sa réputation a largement dépassé les frontières de son pays pour avoir converti en forêts des terres infertiles de son Burkina natal, permettant de régénérer les sols. Il fait partie des personnalités récompensées le 24 septembre par Le Right Livelihood, prix Nobel alternatif 2018.

Les hommages affluent de toutes parts à commencer par le Burkina Faso, son pays natal. Les burkinabè ne tarissent pas d’éloges à l’endroit  de leur compatriote de 80 ans qu’ils ont surnommé affectueusement « l’homme qui a arrêté le désert ».

Yacouba Sawadogo ou le triomphe du « Zaï », titre Burkina 24. Le journal burkinabè rappelle que la technique de cet homme, raillé au départ par les membres de son village dans le Yatenga, a montré qu’il avait raison.

« Il a réussi à établir une forêt d’environ 40 hectares sur des terres jusqu’alors infertiles. Plus de 60 espèces d’arbres et d’arbustes différents y cohabitent », écrit le journal qui s’associe à la joie exprimée par l’octogénaire.

« La légitimation apportée par ce prix, j’en suis confiant, devrait inspirer d’autres personnes et les encourager à agir tant que possible pour la régénération de leur terre. Et ce au profit de la nature, des communautés locales et des générations futures », a réagi Yacouba Sawadogo en remerciant ceux qui l’ont honoré.

« Tout le monde riait de moi. Moi je me suis tu »

Il y a près de 40 ans, cet homme illettré avait été traité de fou quand il s’était mis à labourer la terre en pleine saison sèche.

« Ils ont dit que j’allais à l’encontre de la tradition. Ça m’a fait mal de l’entendre. Le chef de ma propre famille m’a désapprouvé. Tout le monde riait de moi. Moi je me suis tu », se souvient-t-il dans un reportage que lui a consacré la chaîne de télévision française France 5.

Selon le journal burkinabè Sydwaya, ce système lui est venu en tête quand il a constaté que les pratiques culturales traditionnelles ne nourrissaient plus son homme, exposé chaque année à la famine. Il avait constaté que son rendement avait triplé.

Une prouesse écologique qui fait école dans le Sahel désertique

La technique est simple : des trous remplis de fumier creusés en saison sèche avec de petites digues pour retenir l’eau des pluies le moment venu. Des grains de mils et des graines de plantes qui finiront par devenir une forêt de plusieurs dizaines d’hectares dans le Sahel Burkinabè. Mais le secret de cette méthode, ce sont les termites, explique Yacouba Sawadogo sur le site Les Observateurs de France24.

« Elles nous aident beaucoup dans la restauration du couvert végétal. Elles creusent des canalisations qui absorbent l’eau de pluie et au lieu de ruisseler, l’eau stagne. Les termites viennent aussi à la surface du sol pour chercher des feuilles à manger et tout au long de leurs trajets, elles creusent des petites tranchées permettant au sol d’imbiber davantage d’eau. »

Une prouesse écologique qui fait la fierté de Yacouba Sawadogo. Sa technique est devenue incontournable dans la région désertique du Sahel.

« La nourriture est indispensable. S’il y a assez à manger et si l’approvisionnement alimentaire est assuré, alors nous nous développons. Nous devons donc avant tout assurer la sécurité alimentaire », a confié à la Deutsche Welle, celui que ses compatriotes avaient surnommé l’idiot du village, avant de devenir le héros de tout un peuple.

Dans le reportage ci-dessous, réalisée au Burkina par une équipe de France 5, on peut voir comment ce cultivateur, honoré par le prix Nobel Alternatif 2018, a rendu fertile la terre très aride de son village de Gourga en défiant avec succès les lois de la nature.

 

Islam France : Hakim Al Karaoui et le débat sur la réforme de l‘Islam en France


madaniya.info

https://www.madaniya.info/wp-content/uploads/2018/09/canard-karaoui.jpg

par

 

“Hakim Karaoui, consultant de l’Institut Montaigne a rendu public 10 septembre son rapport sur “La fabrique de l’Islamisme” dans la foulée de l’engagement du président Emmanuel Macron de mettre “un cadre et des règles” “dès l’automne” et “garantissant qu’il s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République. Dans son allocution aux parlementaires réunis en Congrès à Versailles, le 9 juillet 2018, M. Macron a aussi assuré que “la France n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam”.

Le rapport Karaoui est à consulter sur ce lien

http://www.madaniya info donne la parole à M. Sadeq Sellam, spécialiste de l’Islam en France, le soin de livrer ses observations sur ce texte

1 – Pour en finir avec la déchéance de la nationalité, Hakim El Karoui octroie la citoyenneté française à l’Islam

On sait, en paraphrasant une formule célèbre, que les problèmes de l’Islam sont trop importants pour être laissés aux seuls islamo-politistes médiatiques. Les examens de conscience commencés après le 7 janvier 2015 conduisent à contester le monopole de ces experts aux bilans mitigés et à déplorer les déficits éducatifs des organisations islamiques.

L’essai de Hakim El Karoui1 illustre bien ces constats. Il est le fruit d’un début de réflexion cherchant à aller au-delà de l’émotion due aux attentats de 2015. Les révisions imposées par ces chocs conduisent à revoir les idées reçues sur l’Islam et à s’interroger sur ce que la République n’a pas fait pour l’intégration des Français musulmans qui ne sont ni tablighis, ni frères musulmans, ni wahabites, ni salafistes.

L’auteur avoue ne s’être guère occupé sérieusement de l’islam avant ce tournant dramatique. Pour bénéficier du «modèle français d’assimilation», dont il vante les mérites, il avait préférer ranger le religieux parmi les secrets de l’âme, pendant que les «organisateurs» de l’Islam en faisaient un ensemble de secrets d’Etat.

C’est ainsi que l’Islam n’a jamais été à l’ordre du jour du «Club du XXI° siècle» où l’auteur fit ses premières armes dans la vie associative avec d’autres «Beurgeois de la République». A Matignon, où il a été le scribe de Jean-Pierre Raffarin, il a fait acte de présence à quelques réunions préparatoires à la future mise en place des timides «DU» (Diplôme universitaire), servant à initier les imams arabophones à la laïcité.

Quand Betrand Delanoé, à l’époque Maire de Paris, lui a confié la présidence de «l’Institut des Cultures d’Islam» du 18° arrondissement, c’était plus pour son savoir-faire en matière de montage financier que pour son savoir islamologique..

Hakim El Karoui s’est penché plus sérieusement sur les difficiles questions de l’Islam en France à la demande de l’Institut Montaigne. Dans son rapport de 2016, il donne libre cours à un «gallicanisme» militant et prône un dirigisme religieux, en sommant les musulmans de France de rompre avec leurs pays d’origine. Ce qui a fait sortir de ses gonds le père Christian Delorme, si indulgent et si placide habituellement. La réflexion de l’auteur était encore trop marquée par l’émotion de l’après-7 janvier 2015 pour atteindre à l’impartialité souhaitable.

Enfin, Hakim El Karoui a été un promoteurs de «l’Appel des 41» d’avril 2017. Au vu du refus de Macron d’hystériser les questions de l’Islam à des fins électorales, des déçus de «l’intégration par le politique» proposèrent leurs services pour prendre la tête d’une nouvelle bureaucratie religieuse. Leur programme sommaire rappelait un ancien slogan publicitaire de la BNP. Aux 2000 mosquées de France, ces «musulmans sans Islam», pour la plupart, semblaient dire: «pour ne rien vous cacher, seule votre zakat nous intéresse».

«L’Islam, une religion française» est en retrait par rapport à plus d’une des excentricités de cet appel et des propositions à problèmes de l’Institut Montaigne, visiblement inspirées plus par une sorte de «kémalo-bourguibisme» que par la laïcité-neutralité d’un Jaurès. Mais l’esprit militant reste entier. Les pages sont truffées de récurrents «moi, je» qui peuvent exaspérer la partie des signataires de l’appel des 41 récemment entichés de soufisme qui recommande «l’anéantissement du moi»; Pascal s’en est inspiré, via Ghazali, dire que «le moi est haïssable».

Hakim commence par déplorer, à juste titre, l’entretien des sentiments négatifs sur l’islam dans les médias. Il renvoie dos-à-dos d’un côté Edwy Plenel (symbole de la complaisance de «la gauche postcoloniale» avec l’islamisme), et, de l’autre, Eric Zemmour (ce «salafiste de la République»), Caroline Fourest (inapte à maîtriser la «pensée complexe»), Pascal Bruckner et Alain Finkielkrault (des droitiers «antipostcoloniaux») qui font de l’hostilité à l’Islam leur cheval de bataille.

Il s’en prend d’autant plus durement à ces coqueluches des médias qu’il semble leur reprocher de priver de la médiatisation qu’elle mériterait «l’élite» musulmane sur laquelle il compte pour prendre en charge l’islam en France.

Il renvoie également dos-à-dos Hassan Chalghoumi et Tareq Ramadan à qui il reproche, en creux, d’occuper dans les médias la place qui devrait revenir aux porte-parole de la «classe moyenne» sécularisée issue de la «diversité» musulmane.

«L’imam Chalghoumi, malgré ses bonnes intentions, parle mal français, et vient de l’islam fondamentaliste et dit trop ouvertement ce que ceux qui l’interrogent ont envie d’entendre.

Tareq Ramadan, lui, est utilisé en négatif, il représente le mal, semble d’autant plus dangereux qu’il parle bien, qu’il connait la culture européenne et qu’il semble capable de manipuler les musulmans. Entre ces deux pôles, le Bien» de bas niveau et le «Mal» de haut niveau, rien n’émerge. Et pourtant tant de talents existent…»

Dans ses survols de l’histoire de l’islamisme en France, il fait commencer l’action du Tabligh au début de la décennie 1980. Alors que l’action de ce mouvement piétiste et apolitique remonte à la décennie 1960, quand il n’y avait ni chroniqueur religieux, ni islamo-politiste pour rendre compte d’une vie religieuse paisible et sans histoires.

Le survol de l’histoire de «l’organisation» de l’islam en France est franchement sommaire et empêche ce brillant essayiste de bien identifier les vraies raisons des échecs à répétitions.

Reconnaissant qu’une partie des difficultés vient de l’héritage colonial, il remonte aux refus d’appliquer la loi de 1905 à l’Islam en Algérie. Mais ses raccourcis saisissants lui font imputer ces échecs au «Code de l’indigénat».

Alors que cet apartheid judiciaire était abrogé depuis longtemps quand fut reconnu en 1947, aux Algériens la «citoyenneté dans le statut» (personnel). L’article 56 du statut organique de l’Algérie stipulait l’application de la loi de 1905 à l’Islam.

Le ministre de l’Intérieur du gouvernement Edouard Ramadier s’est livré du haut des tribunes des deux chambres à une véritable «repentance» et promit le reconnaissance définitive de l’indépendance du culte musulman.

Cela aurait conduit à la restitution des habous confisqués à un Conseil Supérieur islamique démocratiquement élu. La valeur de ces biens religieux expropriés était estimée à 700 milliards.

L’administration admit l’idée d’une université musulmane financée par l’Etat, à titre d’indemnisation «forfaitaire perpétuelle», des habous qu’il était impossible de restituer. Mais tout cela sera vite «oublié». On a préféré «maintenir l’Islam sous le contrôle de la police» (Louis Massignon) et les membres du clergé officiel musulman dans leurs fonctions officieuses «d’agents électoraux» (Augustin Berque) des candidats parmi les «béni-oui-oui» soutenus par l’administration.

Jacques Berque, que Hakim présente à tort comme le parrain du CORIF, avait en mémoire tous ces fâcheux précédents quand il déconseilla, en 1990, à Pierre Joxe de «représenter l’Islam». «Contentez-vous de le symboliser», ajouta-t-il.

Il proposa d’ouvrir, prioritairement, un «Institut Averroès sur la «Montagne Sainte Geneviève» où peuvent être formés de futurs représentants en mesure créer une autorité religieuse. Mais le grand arabisant comprit vite que le CORIF multipliait les gesticulations médiatiques pour dissimuler la permanence du tout-sécuritaire. Cela devenait clair quand le ministre de l’Intérieur a préféré l’ouverture de l’Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure à celle de la faculté de théologie musulmane à Strasbourg, pourtant soutenue par l’Elysée.

On sait maintenant que le ministre a écouté les étranges mises en garde du doyen de la faculté de théologie protestante. Hakim nous apprend que «les protestants» seraient devenus favorables à l’application du concordat à l’Islam en Alsace-Moselle: si c’est vrai, ce serait la seule bonne nouvelle de ce livre fortement marqué par les angoisses de l’après-7 janvier 2015.

Berque a aussi mal vécu la dérive affairiste de l’émission islamique télévisée, créée par lui à la demande de Mitterrand en 1983. Cette déviation était d’autant plus déplaisante qu’elle était le résultat d’un copinage du conseiller aux cultes plus soucieux de placer un ex-ambassadeur du Polisario de ses mais, que de régulariser la situation du culte musulman.

Au vu notamment de ces usages de l’Islam à des fins de carrière individuelle, Berque déplorait la «cécité française sur l’islam», et estimait même «qu’on est en train de perdre la guerre d’Algérie pour la deuxième fois!»

Hakim (le sage, en arabe) admet que «le sentiment religieux s’intensifie chez un grand nombre de musulmans». Mais il s’empresse de corriger: «un certain type d’Islam est en train de s’y imposer.

Porter le voile ne correspond pas en effet à une obligation religieuse. Manger halal non plus». Hakim appelle Blachère au secours de ce louable début d’Ijtihad.

Il risque de compliquer ses relations avec les «paroissiens» musulmans instruits qui préfèrent nettement Hamidullah au spécialiste de Moutanabbi (le faux prophète), que Massignon surnommait «Bla Khir»(le dénué de bien).

La traduction du Coran par Denise Masson est moins mauvaise. Mais la traductrice catholique est connue pour sa bévue sur le sens du mot «walyi». En traduisant mal ce mot, elle fait croire que le Coran interdirait aux musulmans d’avoir des amis chrétiens! Alors que «walyi» se traduit par «directeur de conscience»…

La référence à Hamidullah aurait évité à Hakim une autre méprise, sur le sens du mot «Akhbar». Ce terme était utilisé par les historiens (comme Ibn Ishaq) quand ils se séparèrent des traditionnistes (collecteurs de paroles du Prophète). Il désigne les informations sur les faits et gestes du Prophète, en vue des ouvrages de Sira (biographie) et non plus ses dires (hadiths) qui sont soumis à une méthodologie plus rigoureuse.

Dans une autre tentative d’Ijtihad, l’auteur met en doute la véracité d’un hadith au motif qu’il a aurait été codifié «deux siècles après le Prophète». Là aussi une lecture de la «Sahifa» de Hammam Ibn Mounabbih (un jeune compagnon du Prophète qui notait des hadiths avec d’Abou Horéira) trouvée et éditée par Hamidullah aurait été d’une grande utilité. Comparés aux chapitres correspondants de Boukhari, édité «deux siècles après», les hadiths de cet échantillon de 120 dires sont rigoureusement les mêmes et ne présentent même pas des variantes de copistes.

Ces approximations sont rendues inévitables par la brièveté des survols théologiques et historiques peu soignés. Sans doute parce que l’auteur est pressé d’arriver à l’essentiel de sa démonstration.

Pour préciser son but, il emprunte à Arnaud Montebourg son «gallicanisme» industriel (mâtiné d’anglicisme) et le transpose dans le domaine religieux: il veut un «Islam made in France»!

Pour indiquer le moyen d’y parvenir, c’est du côté de Jean Luc Mélenchon qu’il se tourne: il en appelle à pas moins d’une «insurrection idéologique» !

C’est dans l’air du temps marqué par l’éclectisme de ceux qui sont de «droite et de gauche», ou «ni de droite, ni de gauche».

Pour lui, le mal absolu, c’est le radicalisme salafisme; et le remède miracle s’appelle «l’Islam français». Au moment où les partisans de la déchéance de la nationalité ne s’avouent pas vaincus, Hakim El Karoui octroie généreusement la citoyenneté à cette religion historiquement malaimée. Il appelle à une grande mobilisation des Français musulmans, de «l’élite et de la classe moyenne» pour faire de «l’Islam, une religion française».

«Je crois, moi…je crois que l’Islam est une religion française…Je me battrai pour que les musulmans puissent exercer leur culte, y compris pour que les femmes puissent porter le voile dans l’espace public, puisque certaines y tiennent. Mais comme musulman, je me bats pour que mes coreligionnaires laissent de côté les interprétations fausses, inutilement rigoristes et profondément sexistes du fondamentalisme islamique. Et je crois donc que les femmes doivent abandonner le voile…».

L’auteur reprend à son compte les définitions de «l’Islam identitaire» par Bernard Godard centrées sur le vestimentaire, l’alimentaire (et le bancaire).

Pour justifier l’importance accordée par lui à ces questions aux dépens des problèmes sociaux, il estime que «la situation de l’intégration n’est pas celle que l’on croit». Il laisse passer une occasion de commenter l’explication par le «terreau du terrorisme» (Macron) et par «l’apartheid social» (Valls). Il avance des «éléments quantitatifs» qui ne sont pas plus convaincants que les coûteux sondages que commandait le journal le Monde pour laissait Gilles Kepel les commenter en fonction de ses présupposés idéologiques.

Il est plus convaincant quand il propose de mettre fin au financement des mosquées par les Etats exportateurs de théologies rétrogrades et d’imams ignorant le français. Le financement par la taxe halal paraît logique et Hakim, en bon technocrate, estime avec une grande précision, les montants de cette manne que les «organisateurs» de l’islam négligèrent de réguler. Ce faisant, il oublie le résultat de son Ijtihad rendant l’abattage rituelle non obligatoire

Ses estimations des montants de zakat al fitr sont aussi précises. Mais sa proposition de les ajouter aux recettes de la taxe halal risque d’être contestée par «l’Islam d’en-bas» (grand absent de ce brillant essai) qui est moins intéressé par les mathématiques financières que par le hadith qui recommande d’affecter cette aumône directement aux pauvres les plus proches. Le président algérien Houari Boumédiène lui-même a renoncé à un projet comparable quand il n’a trouvé aucun théologien de service pour l’autoriser à faire main basse sur cette zakat.

Hakim a raison d’être choqué par l’investissement dans l’immobilier dans des pays du Maghreb d’une partie des fonds obtenus au nom de l’islam. Cette pratique a surtout été le fait d’audacieux directeurs d’«instituts» pompe-à-fric. L’un d’eux a siégé au CFCM et à la Fondation des Œuvres de l’Islam, où il a été coopté par des «organisateurs» qui ne pouvaient pas ignorer ces pratiques douteuses.

Un autre a dû quitter la France quand il n’a pas été en mesure de s’expliquer sur le devenir de 2 millions de dollars obtenus au nom de l’enseignement, mais investis dans l’immobilier. Cet islamo-affairiste a même pu augmenter ses recettes grâce à un article complaisant du Monde par lequel il faisait croire aux donateurs qu’il serait chargé officiellement par le ministère de l’Intérieur de la formation des imams francophones…Et les salafistes» n’y sont pour rien…

On peut promettre dans les réceptions de dénoncer le salafisme, tout en étant illettré, folklorique et corrompu comme le sont certains «représentants» cooptés…

Après avoir réussi à imiter Abdelhamid Ibn Yahia, l’inventeur de la prose de chancellerie sous les Omeyades, Hakim tente dans cet essai de tracer la feuille de route de la future «Association cultuelle», qui sera chargée de donner un sens à «l’Islam de France»-cette formule ayant surtout enrichi les éléments de langage à finalité médiatique et électorale.

Pour être convaincant, il lui faudra s’inspirer de l’Adab de Djahiz et, surtout, de Tawhidi qui avait retardé de trente ans la publication d’un traité d’éthique. Ce lettré inquiet s’était donné le temps de confronter l’idéal au réel pour ne pas se contenter de wishful thinking (vœux pieux).

Lorsqu’il sera inspiré par de pareils précédents, Hakim gagnerait à ne pas confondre une religion avec une idéologie que l’on malaxe au gré des plans de carrière et des calculs électoraux.

Il s’apercevra que la régularisation de la situation de l’islam ne sert pas qu’à combattre le salafisme. Elle honorerait la République qui avait été déshonorée par les cynismes coloniaux, et desservie par les velléités d’«organisation» de l’Islam où furent tolérés des usages du religieux à d’autres fins. De tels usages sont contraires à l’Islam et à la (vraie) laïcité réunis, que les usagers soient des islamo-affairistes ou des carriéristes non musulmans attachés à la singulière «jurisprudence» de Lyautey qui sabota en 1920 l’ambitieux projet comtiste d’Institut musulman, au motif que son ouverture risquerait «d’ouvrir l’esprit des jeunes musulmans»(sic).

Il convient de signaler enfin l’évolution récente de Hakim qui, malgré les «moi, je», semble chercher à sortir de «l’univers de présupposés, de censures et de lacunes que toute éducation bien réussie fait accepter ou ignorer, traçant le cercle magique de la suffisance démunie où les écoles d’élite enferment leurs élus.»2

Note

2 – Pierre Bourdieu, leçon inaugurale au Collège de France, 23. 4. 1982

Pour aller plus loin sur le même thème :

https://www.madaniya.info/2017/02/28/france-islam-aux-origines-de-la-crise-de-l-islamologie-en-france/

Sadeq Sellam est auteur à http://www.madaniya.info

Ci joint ses principales contributions :
1- Aux origines de la crise de l’Islamologie

2 – Islam France: La Mosquée et les mœurs algériennes à Paris 1/2
https://www.madaniya.info/2017/03/16/mosquee-et-les-moeurs-algeriennes-a-paris-1-2/

3- Islam France: Les circonstances de la construction de la Mosquée de Paris 2/2
https://www.madaniya.info/2017/03/21/islam-france-les-circonstances-de-la-construction-de-la-mosquee-de-paris-2-2/

4- France-Algérie: La qualification des crimes coloniaux par Emmanuel Macron à Alger
https://www.madaniya.info/2017/04/21/france-algerie-la-qualification-des-crimes-coloniaux-par-emmanuel-macron-a-alger/

5- Hommage à Ali Merad
https://www.madaniya.info/2017/06/03/hommage-a-ali-merad-1930-2017/

6- France Algérie: Les crimes coloniaux le numérique et Benjamin Stora
https://www.madaniya.info/2018/03/10/france-algerie-crimes-coloniaux-numerique-benjamin-stora/