LA FACE CACHÉE DE L’ÉCOLE


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Auteur : De Tocquesaint Arnaud
Ouvrage : La face cachée de l’école – Essai de déconstruction idéologique
Année : 2013

 

 

 

4ème de couverture
Défiant la police de la pensée qui sévit au « pays des
droits de l’Homme », La. Face cachée de l’École mène
une analyse fouillée et sans langue de bois du
délitement d’une institution qui fit pendant un siècle
l’admiration du monde entier. Dépassant une vision
trop souvent édulcorée ou cloisonnée du problème, ce
livre l’aborde par le cœur : la stratégie de sape
habilement mise en œuvre par les antinationaux.
Pour la première fois, un auteur envisage
l’abaissement de l’instruction dans sa globalité,
comme un système de pensée et d’action, comme un
objectif idéologique en passe d’être atteint. La Face
cachée de l’École est un livre de prophétie politique,
un livre qui élève.
Arnauld de Tocquesaint est historien et essayiste,
spécialiste des questions scolaires.

 

 

PRÉFACE
Qu’ils soient tenus en place publique ou en cercle plus
spécialisé, les discours portant sur les maux de !’Éducation
nationale française confinent au grotesque. Conditionnés
par l’ignorance générale et une stratégie de détournement
orchestrée par l’appareil politique, ils ne portent jamais sur
les véritables causes et rouages qui ont fait charogne d’un
système envié autrefois à travers le monde. Tenons-en pour
preuve le faux débat actuel sur la semaine de quarre jours
et demi, que personne n’a demandée mais qui nourrit la
manoeuvre dite du hareng fumé, dont Vincent Peillon use et
abuse. Ce projet, qui ne répond à aucun souhait particulier
ni ne propose quelconque solution à court ou long terme,
a l’immense avantage de confisquer l’intérêt pour les réels
enjeux et analyses tout en monopolisant les parents sur
l’unique bordel d’organisation familiale à venir. Bref, on
brasse du rien pour masquer le tour.

 

 

La première condition à toute réflexion pertinente est
donc d’avoir à l’esprit le schéma structurel d’une hiérarchie
qui n’a plus rien de nationale tant elle satisfait des intérêts
d’orientation mondialiste. Nous proposerons donc en guise
de préambule au travail d’Arnauld de Tocquesaint un rappel
analytique de la régie pyramidale déterminant le pseudo enseignement
dispensé à notre jeunesse.
En base de cette représentation, la masse des principaux
concernés dont, disons-le clairement, la voie et l’intérêt valent
pour pets de lapins dans les prises de décisions: parents, élèves,
professeurs et peuple sont les soucis cadets des instances
directrices. Selon cette dimension verticale montante vient
ensuite tout un appareil administratif composé de chefs
d’établissement, d’inspecteurs à responsabilités variées, de
recteurs et autres sous-fifres dont la tâche essentielle est de
veiller au bon fonctionnement et à la bonne application de
consignes décidées en amont. Ce corps administratif dispose
donc d’une autonomie très relative et regroupe des personnels
à vocations diverses allant de la corruption1 éhontée du
carriériste à l’honnêteté sacerdotale du fonctionna ire intègre.
Le sens de lecture porte ensuite au ministre de
l’Éducation dire nationale, censé être l’autorité française
en la matière et principal décideur en fonction de l’intérêt
majeur de la population dont il est redevable. Cependant,
depuis plusieurs décennies, la figure ministérielle n’est plus
garante de rien et son activité essentielle consiste en le
relais de recommandations imposées par l’ordre européen,
l’entretien d’un électorat de profs et la manipulation susdite
relevant du détournement d’opinion publique. La rupture
est ici. Auparavant envisagé, de façon sommaire, comme


1. Voir la deuxième partie de notre article  » Le pion, la brute et le truand ,,
http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-pion-la-brute-et-le-truand-6899.html.


foncièrement protecteur de l’avenir de notre jeunesse et
nation, le ministre de l’Éducation française, sorte de VRP
euro-carte, est aujourd’hui le chien des pires instincts de la
nouvelle oligarchie, sans plus. Cette castration d’autorité
trouve son pendant complice en une opposition syndicale
de carton-pâte qui, si elle eut une fonction contraignante
par le passé en instaurant de la contradiction sociale, a perdu
aujourd’hui tout crédit par abus de privilèges et incapacité à
produire de véritables réflexions. Cette double déconfiture
s’est matérialisée en une piètre coalition d’intérêt où chacun
feint de jouer hypocritement son rôle tout en prenant garde
de ne pas libérer son siège par crainte qu’on le lui prenne.
Pitoyable.
Remontant la pyramide de notre disgrâce nationale,
entrons maintenant dans les arcanes européistes, où se perd
l’avenir de millions d’enfants. À noter que nous passons outre
la fonction protectrice du chef d’État puisque le président de
la République n’intervient en rien quant à ce qui nous occupe,
à l’exception de deux ou trois saillies en périodes électorales
en espoir de collecte de voix. Plus personne ne tient donc
vraiment la baraque, la basse-cour trouve donjon fermé et
voit son sort remis en mains de suzerains d’autres contrées,
qui entrent dans notre futur comme dans un moulin pour
piller les réserves de nos temps prochains.
Androulla Vassiliou est la commissaire à !’Éducation,
la Culture, le Multilinguisme et la Jeunesse. Rien que ça.
Elle n’a pas été élue mais nommée par Barroso. Le premier
constat est donc celui du caractère non-démocratique de
l’exercice politique d’une haute responsable de l’Union
européenne (UE). Avant 2012, année de sa nomination,
elle évolua professionnellement dans le milieu bancaire en
tant que conseillère juridique de la Standard Chartered,

importante entité financière réalisant de colossaux profits sur
les marchés asiatiques et africains puis à la Bank of Cyprus
avant de se reconvertir en femme de président. L’une des plus
hautes dirigeantes en charge de la formation intellectuelle,
culturelle, sociale et morale des élèves, apprentis et étudiants
français est donc une banquière parachutée sans aucune
expérience dans le domaine et qui n’a pas eu recours à la
légitimité des suffrages pour occuper sa fonction.
Sa responsabilité consiste à prolonger les grandes
lignes idéologiques prescrites dans les textes européens
fondamentaux et à veiller à leur application dans le champ
qui lui a été confié. Par le biais de sous-commissions,
programmes et enquêtes menés par des exécutants de
l’ombre, elle est donc garante de la fin des souverainetés
nationales sur leur système éducatif. Son autre rôle, moins
connu, est la surveillance de la bonne allégeance des ministres
concernés accompagnée d’avertissements, flicage et autres
sanctions en cas d’insoumission. Cette posture est cependant
illégale selon le Traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne (TFUE), qui place l’ éducation au rang des
compétences d’appui respectant l’autonomie de gestion des
pays membres uniquement censés recevoir conseils de la part
de la Commission. Il n’est d’ailleurs rien de plus illustrant
pour vérifier que l’UE enfreint ses propres codes en toute
impunité que les allocutions de Viviane Redding, ancienne
commissaire de !’Éducation au brushing improbable,
véhémente et zélée, grande offusquée du sort des Roms mais
employeuse de sans-papiers à bénéfice personnel sur le dos
du contribuable2.
Enfin, il serait stupide de penser que tout cela n’est


2. Sur ce point, voir notre article  » Quand l’Union européenne triche à son propre jeu  » :
http ://www.egaliteetreconciliation.fr/Quand-l-Union-Europeenne-triche-à-son-propre-jeu-8039.html.


qu’affaire de politicards autoproclamés et d’ignorer la grande
influence des groupes de pression qui terminent la structure
annoncée. La collusion entre instances européennes et
lobbyisme n’est même plus un secret de Polichinelle et la
suprématie de l’économique et du financier sur l’intérêt
public s’affirme aujourd’hui sans la moindre retenue ni
stratégie déguisée. L’Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) et le Table ronde
européenne (European Round Table, ERT) sont en ce sens
les entités les plus agressives. Si l’une est assez connue, l’autre
entretient sa redoutable et permanente activité dans une
opacité totale qui ne supporte aucune pénétration d’autorités
officielles. L’ERT, qui rassemble les représentants des 45 plus
grandes entreprises européennes (Total, Nestlé, Siemens … ),
exerce, entre autres, son influence sur la rédaction de tous les
textes fondamentaux de l’UE et impose ses lois de destruction
sociale au nom du sacro-saint principe de « stimulation de
la compétitivité mondiale3 ». Elle est organisée en groupes
de travail relatifs à mus les champs de l’activité politico-économique
et affiche une conception très clairement arrêtée
de l’éducation qui « doit être considérée comme un service
rendu au monde économique4 ». Sans commentaire. Anecdote
tristement drôle, l’un des présidents les plus actifs du « groupe
éducation » fut François Cornélis, sans doute un expert en
pédagogie et PDG de Pétrofina …
Quant à l’OCDE, elle fournit des programmes de
destruction de systèmes nationaux « clés en main » en prenant
jusqu’au soin d’en livrer la stratégie: «Pour réduire le déficit
budgétaire, une réduction très importante des investissements
publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne


3. Voir le rapport sur l’ERT de l’Assoreveil : http://assoreveil.org/err.lrnnl.
4. Idem


comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses
de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité
de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire,
par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux
universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre
d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment
à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une
baisse graduelle de la qualité de l ‘enseignement et l’école peut
progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des
familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par
coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de
telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la
population » (Christian Morisson, ancien chef de la division
du centre de développement à l’OCDE, consul tant auprès de
la Banque mondiale, du Bureau international du travail et de
l’OCDE a écrit ces propos dans La Faisabilité des ajustements
économiques, cahier d’économie politique n° 13 de l’OCDE).
Il semble que les choses ne puissent pas être plus clairement
exposées.

Divers enseignements s’imposent au constat de cette
séquence lobby-commission européenne-ministre de
l’éducation/syndicats-corps administratif- parents/ élèves/
profs/ peuple.
La série doit d’abord s’envisager objectivement pour ce
qu’elle est : un appareil idéologique destiné à scléroser les
indépendances nationales et formater les jeunes esprits en
vue de les modeler aux aspirations du mondialisme oligarque.
Arnauld de Tocquesaint fait une démonstration sans appel des
amputations agressives effectuées au cours de la composition
des programmes scolaires et de leur répartition selon le
niveau d’études. On pourrait ajouter à ce point fondamental
une constante incitation, voire exhortation, à la mobilité

géographique intrinsèque à la préparation de populations
nomades et malléables dont le déracinement identitaire est
plus qu’encouragé. Programmes d’études hors frontières de
diverses natures, bourses, skill5 accreditation card (sorte de
passeport européen recensant les compétences), et validations
internationales des niveaux acquis par des organismes
privés ne son que peu d’exemples de ce conditionnement
à l’orientation professionnelle apatride. Quant à
l’assujettissement de l’éducatif au tout-économique, on en
trouve de nombreuses manifestations relies, entres autres, les
axes de tâches préconisées dans le Cadre européen de langue :
«salutations de l’employé», « remerciements de l’employé», «se
renseigner sur la durée du préavis », « comprendre et suivre les
règles d’embauche », « présider une réunion », « donner son
accord sur l’achat!6 ». Là encore on ne peut être plus clair dans
les attentes de formation.
Ajourons que ce façonnage d’esprits est parallèlement
accompagné d’un abrutissement intellectuel et culturel
délibéré fort bien détaillé par Jean-Claude Michéa dans
L’Enseignement de l’ignorance. À l’exception des rares éléments
de pôles d’excellence qui bénéficient encore d’une formation
minimale motivée par des fonctions à venir exigeant un
seuil de culture et d’autonomie critique sommaires, le reste
des « apprenants » n’est en rien destiné au développement
d’entendement, en raison du risque d’une trop gênante
appréhension du monde et d’une dangereuse indépendance.
La majorité d’entre eux sont donc considérés soit comme des
techniciens moyens à vocation pragmatique qui ont « une
demi-vie de dix ans, le capital intellectuel se dépréciant de 7 %
par an, tout en s’accompagnant d’une réduction correspondante


5. Voir notre article « I:école des nomades » : http://www.egaliteetreconciliation.fr/L·ecole-des-nomades·5914.html.
6. ldem


de l’efficacité de la main d’oeuvre7 » soir comme des inutiles
qui « ne constitueront jamais un marché rentable » et donc
l’ « exclusion de la société s’accentuera à mesure que d’autres
vont continuer à progresser2 ». A partir de là, c’est open bar,
tittytainment en perfusion pour tout le monde, TF1, RSA,
foot, shit ou shopping, chacun sa came, le tout étant de
maintenir sous contrôle un troupeau de consommateurs
abrutis et inoffensifs qui iront se faire garder à l’école, où
on leur expliquera l’égalité entre citoyens selon une mixture
sociétale prévenant de tous risques de compréhension
fondamentale, de culture solide, de morale ferme et d’éveil
intellectuel.
Le schéma d’organisation décrit a par ailleurs engendré un
tour autre phénomène, beaucoup moins connu et abordé : la
transformation de !’Éducation nationale en cliente du marché
dominant. N’oublions pas que le but de ces braves membres
de l’ERT est d’engranger pépètes et développer la puissance
du groupe coré en bourse. Fort de son accaparement,
l’oligarchie financière et économique a trouvé dans la faillite
et la lâcheté de l’administration politicienne un segment de
ventes qui semble illimité. L’argent public remplit désormais
les caisses de sociétés d’équipements informatiques, de
production de didacticiels ou d’aménagement multimédia
high-tech. Là encore, les illustrations de cette soumission du
politique au lobbyisme économique ne manquent pas. Les
conseils généraux ou régionaux inondent les établissements
de machines qui finissent au placard pour cause de double
emploi, offrent en masse des tablettes pré-configurées aux
élèves en échec parce que les pauvres petits ont du mal
à apporter les manuels en classe, ou plongent les salles de


7. Rapport de la Commission du 24 mai 1991 repris à plusieurs reprises dans Tableau noir (Gérard de Selys et Nico Hirtt, EPO, Bruxelles, 1998).
8. Rapport de la Table ronde, février 1996. Cité dans Tableau noir, p. 43.


philo dans l’obscurité car Platon et Kant se découvrent
maintenant à la lueur d’écrans en tous genres9. Comme le dit
fièrement Borredon, PDG du groupe ITOP, les académies
sont devenues les « partenaires » des fournisseurs en haute
technologie.
Enfin, il est impossible d’éviter, par le biais de la hiérarchie
décrite, un énième constat de la faillite d’une prétendue
gauche au profit de la pire des droites. La saisie de l’école
par infiltration de l’économico-financier n’a été possible
que par l’asservissement, la lâcheté et la bêtise d’un corps
politique qui mériterait l’inculpation pour haute trahison.
Considérée comme l’un des derniers remparts à l’immoralité
du libéralisme sauvage, l’école est devenue perméable à
ses perversions. Affaiblie, dénaturée, discréditée et non
protégée, elle ne fut que la proie facile pour les charognards
en quête de nouveaux champs d’expansion. D’influence
étasunienne, les sciences de l’éducation émergent peu avant
les années 60 et regroupent autour du pédagogisme un
conglomérat d’approches plus ou moins fumeuses selon le
cas (pragmatisme, behaviorisme, constructivisme et plein
d’autres« ismes ») qui ont fait depuis longtemps leur preuve
outre-Atlantique en matière de création d’illettrés10.

Incapable de reconnaître ses erreurs et de tirer leçon,
un gauchisme forcené, amplement décrit dans La Face
cachée de l’École, a détruit notre modèle éducatif plaçant un
«apprenant» en sucre au centre de tout, réduisant le professeur
au rang d’accompagnateur sans autorité, introduisant
le sociétal en abondance aux dépends de l’instruction,
immisçant le communautarisme au mépris du sentiment
national, les pédagos ont offert nos enfants au délitement
moral, à la faillite scolaire, au déracinement culturel, à la
rupture du pacte social. Aujourd’hui « L’apprenant » te
crache à la gueule et son « vas-y (foire enculés » est à peine
sanctionné. Autant faire confiance à Dolto pour l’avenir de
notre jeunesse, quand on voir ce que son partouzeur de fils
est devenu … Aujourd’hui, le sparring partner gauchiste a
pratiquement disparu, car désormais inutile à l’installation
des nouveaux maîtres, cerces, Mme Machin continue toujours
son apologie d’une lointaine mixité avant de retourner vire se
faire épiler la charte chez Dessange, mais l’épaisseur politique
de la majorité des enseignants se mesure aujourd’hui en
millimètres. La fausse résistance a donc fait place au désert
idéologique.
Prise de pouvoir néolibérale favorisée par la faiblesse
politicarde, abrutissement volontaire de populations adaptées
aux exigences du marché, clientélisation de l’Éducation
nationale et déliquescence idéologique d’une gauche idiote
diluée dans les intérêts de la droite mondialiste, voilà ce qui
détermine l’avenir de nos gosses et de notre pays.
La représentation de la hiérarchie pyramidale énoncée
doit présider aujourd’hui à toutes réflexions sérieuses avant
d’envisager une quelconque résistance. Cette prise de
conscience nécessaire s’avèrera bien plus utile que les manifs
de pseudo-syndicats ou le matraquage aveugle et incessant
également subi, et à tort en ce cas, par les personnels éducatifs
intègres, responsables et professionnels qui, à l’opposé des
corrompus ou imbéciles, préservent les jeunes esprits de cette
décadence générale.
Ruben Azahar

AVANT-PROPOS
En 2008, la Palme d’or du festival de Cannes – dont on
pouvait espérer qu’il était un festival de cinéma et pas une
tribune idéologique – a été attribuée au film Entre Les murs
de Laurent Canter, tiré du livre de François Bégaudeau, ex-professeur
stalinien devenu libertaire et «écrivain». Ce livre
et ce navet veulent pourfendre l’« idéologie réactionnaire ». lis
prônent, sans grande originalité, un soi-disant « réalisme» qui
consisterait à « s’adapter et non exclure », c’est-à-dire à adapter
l’École aux élèves et non l’inverse, c’est-à-dire plier l’institution
scolaire aux exigences – fort variées par ailleurs – des enfants et
adolescents. Les deux« artistes »ne savent probablement pas que
c’est ce qui est déjà explicitement demandé aux professeurs par
le ministère : « Le professeur est capable d’adapter son enseignement
à la diversité des élèves [ … ] de participer à la conception d’un projet
personnalisé de scolarisation, d’un projet d’accueil individualisé1. »

Or, l’apologie de la démagogie donne depuis quarante ans les
résultats que les professeurs connaissent tous, du moins ceux qui
sont encore devant des élèves ce qui, à sa décharge, n’est plus
le cas de monsieur Bégaudeau qui a déserté le navire aussi vire
que le capitaine du Concordia. Il préfère le strass et les paillettes,
on peut le comprendre. Le métier n’était-il plus intéressant?
Le salaire n’était-il plus suffisant? Les élèves n’étaient-ils plus
« sympas » ? Le chahut n’était-il plus aussi mélodieux? Arrêtons
l’hypocrisie! M. Bégaudeau n’est pas habilité à parler de l’École
qu’il a – heureusement – abandonnée.
Philippe Meirieu, Grand Prêtre du pédagogisme droit-de-l’hommiste,
s’est lui-même désolidarisé du film : il a déclaré,
avec raison, que « le film montre exactement ce qu’il ne faut pas
faire en matière de pédagogie2 ». La pédagogie du professeur
repose sur « l’affect » et il est «sans cesse entraîné par Les élèves
sur leur propre terrain, au lieu de les tirer vers le haut, vers la
culture et le savoir ». Parfois, les dérapages sont plus graves:
quand une élève lui dit qu’elle n’aime pas la France, notre
hussard de la République répond qu’ il n’est pas non plus
toujours fier de son pays3. Mais de cela, l’écolo-gauchiste
Meirieu ne dit mot.
L’École républicaine, jusqu’en 1968, avait ses défauts et
nul n’en disconvient; elle n’était pas parfaite et il est inutile
de ressasser une nostalgie stérile de l’École de Jules Ferry. Elle
fonctionnait, à partir du lycée surtout, sur un mode élitiste et
était en grande partie réservée aux classes dirigeantes. Mais elle
ne mentait pas. Elle avait promis la gratuité et la laïcité: elle
tint parole. Elle avait promis d’éradiquer l’analphabétisme,

pour les garçons et les filles : elle le fit. Elle avait promis
d’instruire les enfants de six à treize ans dans les matières
fondamentales : elle le fit. Elle avait promis de préparer les
enfants à s’insérer dans le monde du travail : elle le fit. Elle
avait promis de récompenser les élèves méritants et d’aider les
nécessiteux : elle le fit. Elle avait promis la promotion sociale
par le travail et l’effort: elle le fit. Elle avait promis d’élever
tout un peuple dans l’unité nationale et la communion
patriotique: elle le fit. Elle avait promis de sanctionner la
fin des études primaires par un examen solide et reconnu :
elle le fit. Elle avait promis aux professeurs la reconnaissance
et le respect : elle le fit. Elle avait promis aux Français qu’ils
seraient fiers de leur École et ce fut le cas.
En cela réside la grande différence avec l’École post-68,
l’École qui ment. I’ École qui ment aux élèves, qui ment aux
parents et qui ment à ses professeurs. L’École de la démagogie
et du renoncement, l’École des ânes. L’École des fans et
celle des femmes. l’École des gauchistes et des syndicalistes
intégristes, main dans la main avec les ultra-libéraux qui n’ ont
surtout pas besoin de jeunes qui pensent et réfléchissent.

L’ÉCOLE DES FANS

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Comment éviter l’écocide planétaire ?


Source: https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2016/12/mr_mondi_masque.gif

mrmondialisation.org

https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2015/10/maxresdefault-1024x768-e1445251134709.jpg

(titre modifié: Produire toujours plus pour exister : comment éviter l’écocide planétaire ?)

L’écocide, ou la destruction à l’échelle d’une population d’un écosystème causée par l’utilisation abusive des ressources naturelles, n’est pas une problématique nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Avant la mondialisation, avant l’Europe, avant même la découverte du continent Américain, des civilisations entières connurent le déclin causé par leur propre surexploitation de l’environnement couplé à des perturbations sociales liées à des inégalités trop importantes. Alors, qu’est-ce qui est « nouveau » dans la notion d’écocide aujourd’hui et que faire pour éviter ça ? Édito. (Article libre de reproduction sous Creative Common 2.0)

Ce qui est nouveau dans la crise écologique d’aujourd’hui, c’est d’abord et avant tout son échelle. Jamais auparavant une espèce ne fut capable d’avoir un tel impact sur l’équilibre écologique de la planète dans son entièreté. On peut facilement s’habituer à ce fait, mais ceci reste la constituante la plus importante et inquiétante de la crise écologique : elle n’a pas de frontière. Ensuite, sa gravité. Si l’humanité survivra probablement à l’écocide, même dans de très mauvaises conditions, nous entrainons de nombreuses autres espèces dans notre chute. Espèces qui, fruit de millions d’années d’évolutions, n’auront plus aucune chance d’exister sous cette forme. Pour eux, l’aventure de la vie s’arrête brutalement ici, non pas en raison d’une quelconque catastrophe naturelle, mais bien par notre faute. Cette capacité de l’humain à modifier dramatiquement son environnement à l’échelle globale nous a fait entrer dans l’Anthropocène.

Avec la question du changement climatique, dont les preuves sont désormais accablantes et incontestables, avec des conséquences sont toujours plus visibles, la notion d’écocide a pris de l’importance dans le débat. Ainsi Le Monde publiait-il déjà, le 24 Janvier 2015, le premier volet d’une série de cinq reportages sur une nouvelle forme de délinquance : la criminalité environnementale. Laurent Neyret, professeur de droit à l’université de Versailles, indiquait lors d’une conférence à l’assemblée nationale en 2013 que « Le terme d’écocide doit être réservé aux cas les plus graves d’atteintes à l’environnement, car il renvoie à l’homicide et au génocide. » La notion d’écocide, crime contre la nature, est entrée dans les mœurs.

Dans un épisode de son émission « Le Dessous des Cartes », la chaîne Franco-Allemande Arte traite les exemples fournis par les civilisations Maya et Khmer pour illustrer un parallèle – incomplet mais symbolique – avec notre civilisation occidentale dont la vision de l’économie fut globalisée. L’émission nous interpelle : « Le monde est-il en train de commettre un écocide ? ». Entendez : collectivement, par la somme de nos actions, sommes-nous en ce moment en train de détruire la biosphère ? Si la réponse semble désormais évidente, il convient de voir ce que nous possédons de plus que les Maya en matière de connaissances, de techniques et de choix pour éviter le désastre.

En effet, contrairement aux civilisations du passé, notre civilisation dispose des outils modernes pour mesurer notre impact sur l’environnement avant même que le désastre ne se produise. L’anticipation est un atout de taille, pour autant que le fruit de cette science ne soit pas rejeté soit par réaction politique (la négation du réel) soit par conservatisme économique (centralité des énergies fossiles dans l’économie de marché). Nous sommes par conséquent capables de choisir des méthodes – de production et de consommation – adaptées à un mode de vie plus équilibré et plus sain pour l’ensemble des espèces avec qui nous partageons la planète. Ainsi, il s’agit à ce stade d’un problème de choix collectifs et institutionnels plus que d’une fatalité.

Dans le monde, les exemples de projets « positifs » avec une vision environnementale sincère se multiplient, bien qu’ils soient toujours insuffisants car ils n’inquiètent que trop rarement nos méthodes de production et l’esprit qui anime les acteurs économiques et institutionnels : la Croissance à n’importe quel prix. En effet, s’il devient peu à peu possible de produire un grand nombre d’objets de manière plus propre qu’avant, l’effet rebond ou paradoxe de Jevons semble annihiler les effets positifs à travers la croissance de la production. De manière vulgarisée : remplacer le milliard de voiture en circulation dans le monde par du 100% électrique ne sauvera pas l’humanité. Tout au mieux, la problématique sera déplacée et sa source structurelle niée.

Ceci étant, cette nécessaire transition écologique, bien qu’imparfaite, se fait de plus en plus urgente pour éviter cet écocide. Mais il apparait désormais évident que ses effets positifs ne pourront se faire ressentir que si et seulement si elle s’accompagne à la fois d’une révolution institutionnelle – notamment dans notre rapport au PIB et sa divine croissance – mais aussi une révolution sociale, dans notre rapport aux objets/services et à leur production. Il n’y a donc pas de choix binaire à faire entre les évolutions institutionnelles et les changements individuels. Mais l’un peut-il exister sans l’autre ? À ce titre, on peut se demander si les populations seront véritablement prêtes à sacrifier leur mode de vie et donc une partie de leur pouvoir d’achat autant que les puissants soit en mesure de se confronter à la substance même de notre civilisation : produire plus que jamais pour prétendre exister.

Mr Mondialisation

 

CLÉ DE LA VIE


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Auteur : De Figanières Louis Michel
Ouvrage : Clé de la vie – L’homme, la nature, les mondes, Dieu, anatomie de la vie de l’Homme – Révélations sur la science de Dieu inspirées à Louis Michel, de Figanières (Var)
Année : 1857

 

 

J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter à présent.
Or, quand celui-là sera venu, savoir, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera point par lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu et vous annoncera les choses à venir.
Saint Jean, ch. XVI, v. 42, 13

Sans la lumière divine, point d’organisation véridique
Sans organisation véridique point de solidarité ;
Sans solidarité, point d’exécution complète possible des commandements de Dieu.

clé de la vie des mondes,
3e partie, ch. 11.

 

LA CLÉ DE LA VIE
À toute l’humanité

Ceci est l’humble clé du vaste monument de vérité
trinaire élevé par l’Esprit et, par lui, consacré au bonheur
spirituel et matériel de tous.
Simple, sans apparence, façonnée par des ouvriers
improvisés et inconnus, mais, taillée sur un modèle
parfait, sous une direction habile et inaccessible à
l’erreur, forgée d’un métal de choix et bien trempé,
malgré quelques vices inévitables de formes dus à la
faiblesse de l’ouvrier, devant pareille entreprise, mais
sans influence sur l’inaltérable valeur de l’instrument,
cette clé, dit l’Esprit, ouvrira toutes les portes,
en ouvrant celle de la vie.
Celui qui saura la manier entrera dans le quatrième
règne. Il pénétrera à son gré dans l’édifice de
l’Esprit, y circulant en maître, à la clarté de lumières
éclatantes et impérissables abondamment distribuées
partout ; libre de s’y asseoir au banquet substantiel
préparé pour tous ; libre de s’établir, à jamais, sous le
précieux asile spirituel, dans la paix, l’amour et l’harmonie,
arbitre de son sort, affranchi pour toujours,
s’il sait le vouloir, de tous les maux aux mille formes :
Ainsi le veut Dieu !
Descendant à des considérations plus pratiques,
la clé de la vie, dirons-nous, c’est la clé de la vie de
l’homme, de la nature, des mondes ; c’est la clé de la
vie éternelle de Dieu ; c’est la clé de la vie des minéraux,
des végétaux, des animaux, de tout ce qui existe sur une planète, sur un globe quelconque, depuis l’air
et le feu, jusqu’à l’eau, jusqu’à la roche ; c’est la preuve
palpable de la présence de Dieu, partout, au moyen
de sa vie sans fin ; c’est l’explication, par les lois de la
vie de Dieu, des phénomènes de toute espèce ; c’est la
vie constatée en tout.
Bien connues, mûrement approfondies, les lois
de la vie offrent au penseur, au savant, à l’artiste, à
l’inventeur en tout genre, à l’ouvrier intelligent, un
guide sûr qui le dispensera des lenteurs du tâtonnement,
l’affranchira des déboires de l’expérience. Parti
du connu, chacun pourra calculer avec certitude les
conséquences de faits spéciaux à sa sphère, sachant
toute la nature dirigée par la même loi, et, de près ou
de loin, partout, en communion par la vie. La clé de
la vie est donc la clé des mathématiques vivantes et
fonctionnantes, de l’analogie divine, la clé de la vie de
tout, la clé de tout.
La Clé de la vie est le livre précurseur de la résurrection
spirituelle.
Or, le soleil éblouit quand on sort d’un lieu ténébreux
; tel sera, nous n’en doutons pas, l’effet des
premiers enseignements de l’Esprit. Aussi, le lecteur
de bonne volonté doit-il se tenir en garde contre lui-même
et ne pas se rebuter, prenant pour de l’obscurité
les clartés sans précédent, échappées de la
porte de la, vie lumineuse, au moment où cette porte
s’ouvrira devant lui. Qu’il persévère : l’oeil matériel
a besoin de s’habituer à la lumière avant de pouvoir
en supporter l’éclat et distinguer les objets dont elle
éclaire la disposition et les formes. Comment, au sortir du crépuscule moral, une âme n’aurait-elle pas le
vertige, à l’apparition soudaine des clartés de l’aurore
spirituelle ? Heureuse celle à qui la transition a été
ménagée ; elle verra mieux et plus tôt.
Que l’on se rassure, cependant, cet éblouissement
passera vite. À mesure qu’on avance dans le champ
lumineux, la vue s’affermit, et l’esprit attentif voit
en arrière aussi bien que devant lui. Dans notre livre
inspiré d’en haut, un fait nouveau explique celui qui
précède, la loi étant la même partout ; le dernier chapitre
élucide, résume les premiers ; et le lecteur persévérant
est, en définitive, amplement payé de sa
peine par des consolations inconnues, inespérées et
sans prix.
La clé de la vie contient tout, en substance, tous les
phénomènes et les images de tout, les conditions des
mondes divers, depuis Dieu, jusqu’aux mondes du
dernier ordre. Or, partis d’un milieu obscur et indécis,
marchant d’abord dans l’entre-deux des brouillards
et de la lumière, nous ne pouvions manquer de refléter,
au début, par la nécessité des rapports, l’incertitude
de ce milieu. L’âme humaine, en effet, ne saurait
s’élever à des clartés inusitées sans un apprentissage
de sa nouvelle carrière. Malheur à celle qui reculerait
devant ce travail préparatoire indispensable : ce serait
de sa part un signe de faiblesse, la preuve qu’elle
n’est pas digne encore de voir les clartés de la lumière
divine.
Sachons donc mettre à profit le cadeau de l’Esprit.
Armons-nous de cette clé ; rendons-nous-la familière,
afin d’être capables, un jour, de l’appliquer avec succès. Nous serons sûrs, alors, tout en préparant notre
bonheur, de nous associer, selon nos forces, à l’oeuvre
vivifiante de l’Esprit, et de nous rendre utiles à Dieu
par notre participation à son grand travail de perfection
infinie.

 

 

PREMIÈRE PARTIE :
ORGANISATION MATÉRIELLE

Chapitre I : Le quatrième règne

 

L’homme spirituel, clé et explication
des autres règnes

Or l’homme animal ne comprend
point les choses qui sont de l’Esprit de
Dieu ; car elles lui paraissent une folie,
et il ne peut les entendre, parce que c’est
spirituellement qu’on en juge.
Saint Paul 1, Corinth. II , 14

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L’homme de cour


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Auteur : Gracián Baltasar
Ouvrage : L’homme de cour
Année : 1684 (édition 1990)

traduit de l’espagnol
par Amelot de la Houssaie

Titre original :
Oraculo manual y arte de prudencia

 

 

I
Tout est maintenant au point de sa perfection, et l’habile homme au plus haut.

Il faut aujourd’hui plus de conditions pour faire un sage, qu’il n’en fallut anciennement pour en faire sept ; et il faut en ce temps-ci plus d’habileté pour traiter avec un seul homme, qu’il n’en fallait autrefois pour traiter avec tout un peuple.

II
L’esprit et le génie.

Ce sont les deux points où consiste la réputation de l’homme. Avoir l’un sans l’autre, ce n’est être heureux qu’à demi. Ce n’est pas assez que d’avoir bon entendement, il faut encore du génie. C’est le malheur ordinaire des malhabiles gens de se tromper dans le choix de leur profession, de leurs amis, et de leur demeure.

III
Ne se point ouvrir, ni déclarer.

L’admiration que l’on a pour la nouveauté est ce qui fait estimer les succès. Il n’y a point d’utilité, ni de plaisir, à jouer à jeu découvert. De ne se pas déclarer incontinent, c’est le moyen de tenir les esprits en suspens, surtout dans les choses importantes, qui font l’objet de l’attente universelle. Cela fait croire qu’il y a du mystère en tout, et le secret excite la vénération. Dans la manière de s’expliquer, on doit éviter de parler trop clairement ; et, dans la conversation, il ne faut pas toujours parler à coeur ouvert. Le silence est le sanctuaire de la prudence. Une résolution déclarée ne fut jamais estimée. Celui qui se déclare s’expose à la censure, et, s’il ne réussit pas, il est doublement malheureux. Il faut donc imiter le procédé de Dieu, qui tient tous les hommes en suspens.

IV
Le savoir et la valeur font réciproquement les grands hommes.

Ces deux qualités rendent les hommes immortels, parce qu’elles le sont. L’homme n’est grand qu’autant qu’il sait ; et, quand il sait, il peut tout. L’homme qui ne sait rien, c’est le monde en ténèbres. La prudence et la force sont ses yeux et ses mains. La science est stérile, si la valeur ne l’accompagne.

V
Se rendre toujours nécessaire.

Ce n’est pas le doreur qui fait un Dieu, c’est l’adorateur. L’homme d’esprit aime mieux trouver des gens dépendants que des gens reconnaissants. Tenir les gens en espérance, c’est courtoisie ; se fier à leur reconnaissance, c’est simplicité. Car il est aussi ordinaire à la reconnaissance d’oublier, qu’à l’espérance de se souvenir. Vous tirez toujours plus de celle-ci que de l’autre. Dès que l’on a bu, l’on tourne le dos à la fontaine ; dès qu’on a pressé l’orange, on la jette à terre. Quand la dépendance cesse, la correspondance cesse aussi, et l’estime avec elle. C’est donc une leçon de l’expérience, qu’il faut faire en sorte qu’on soit toujours nécessaire, et même à son prince ; sans donner pourtant dans l’excès de se taire pour faire manquer les autres, ni rendre le mal d’autrui incurable pour son propre intérêt.

VI
L’homme au comble de sa perfection.

Il ne naît pas tout fait, il se perfectionne de jour en jour dans ses moeurs et dans son emploi, jusqu’à ce qu’il arrive enfin au point de la consommation. Or l’homme consommé se reconnaît à ces marques : au goût fin, au discernement, à la solidité du jugement, à la docilité de la volonté, à la circonspection des paroles et des actions. Quelques-uns n’arrivent jamais à ce point, il leur manque toujours je ne sais quoi ; et d’autres n’y arrivent que tard.

VII
Se bien garder de vaincre son maître.

Toute supériorité est odieuse ; mais celle d’un sujet sur son prince est toujours folle, ou fatale. L’homme adroit cache des avantages vulgaires, ainsi qu’une femme modeste déguise sa beauté sous un habit négligé. Il se trouvera bien qui voudra céder en bonne fortune, et en belle humeur ; mais personne qui veuille céder en esprit, encore moins un souverain. L’esprit est le roi des attributs, et, par conséquent, chaque offense qu’on lui fait est un crime de lèse-majesté. Les souverains le veulent être en tout ce qui est le plus éminent. Les princes veulent bien être aidés, mais non surpassés. Ceux qui les conseillent doivent parler comme des gens qui les font souvenir de ce qu’ils oubliaient, et non point comme leur enseignant ce qu’ils ne savaient pas. C’est une leçon que nous font les astres qui, bien qu’ils soient les enfants du soleil, et tout brillants, ne paraissent jamais en sa compagnie.

VIII
L’homme qui ne se passionne jamais.

C’est la marque de la plus grande sublimité d’esprit, puisque c’est par là que l’homme se met au-dessus de toutes les impressions vulgaires. Il n’y a point de plus grande seigneurie que celle de soi-même, et de ses passions. C’est là qu’est le triomphe du franc-arbitre. Si jamais la passion s’empare de l’esprit, que ce soit sans faire tort à l’emploi, surtout si c’en est un considérable. C’est le moyen de s’épargner bien des chagrins, et de se mettre en haute réputation.

IX
Démentir les défauts de sa nation.

L’eau prend les bonnes ou mauvaises qualités des mines par où elle passe, et l’homme celles du climat où il naît. Les uns doivent plus que les autres à leur patrie, pour y avoir rencontré une plus favorable étoile. Il n’y a point de nation, si polie qu’elle soit, qui n’ait quelque défaut originel que censurent ses voisins, soit par précaution, ou par émulation. C’est une victoire d’habile homme de corriger, ou du moins de faire mentir la censure de ces défauts. L’on acquiert par là le renom glorieux d’être unique, et cette exemption du défaut commun est d’autant plus estimée que personne ne s’y attend. Il y a aussi des défauts de famille, de profession, d’emploi, et d’âge qui, venant à se trouver tous dans un même sujet, en font un monstre insupportable, si l’on ne les prévient de bonne heure.

X
Fortune et renommée.

L’une a autant d’inconstance que l’autre a de fermeté. La première sert durant la vie, et la seconde après. L’une résiste à l’envie, l’autre à l’oubli. La fortune se désire, et se fait quelquefois avec l’aide des amis ; la renommée se gagne à force d’industrie. Le désir de la réputation naît de la vertu. La renommée a été et est la soeur des géants : elle va toujours par les extrémités de l’applaudissement, ou de l’exécration.

XI
Traiter avec ceux de qui l’on peut apprendre.

La conversation familière doit servir d’école d’érudition et de politesse. De ses amis, il en faut faire ses maîtres, assaisonnant le plaisir de converser de l’utilité d’apprendre. Entre les gens d’esprit la jouissance est réciproque. Ceux qui parlent sont payés de l’applaudissement qu’on donne à ce qu’ils disent ; et ceux qui écoutent, du profit qu’ils en reçoivent. Notre intérêt propre nous porte à converser. L’homme d’entendement fréquente les bons courtisans, dont les maisons sont plutôt les théâtres de l’héroïsme que les palais de la vanité. Il y a des hommes qui, outre qu’ils sont eux-mêmes des oracles qui instruisent autrui par leur exemple, ont encore ce bonheur que leur cortège est une académie de prudence et de politesse.

XII
La nature et l’art ; la matière et l’ouvrier.

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La tranquillité de l’Âme


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Auteur : Sénèque
Ouvrage : La tranquillité de l’âme « Un dialogue philosophique avec Serenus qui représente symboliquement ce que devrait être notre âme: Pure, claire et sereine. »

 

 

Sérénus à Sénèque
[1,1] En portant sur moi-même un examen attentif, cher Sénèque, j’y ai trouvé quelques défauts apparents, exposés à tous les yeux, et que je pouvais toucher du doigt; d’autres moins visibles, et cachés dans les replis de mon âme ; d’autres qui, sans être habituels, reparaissent par intervalles : ceux-là, je les appelle les plus fâcheux de tous, ennemis toujours changeant de place, épiant toujours le moment de vous assaillir, et avec lesquels on ne sait jamais s’il faut se préparer à la guerre ni se reposer en paix.
[1,2] Il est toutefois pour moi un état habituel (car, pourquoi déguiserais-je quelque chose à mon médecin ?), c’est de n’être pas franchement délivré des vices qui étaient l’objet de mes craintes et de mon aversion, sans toutefois en être réellement atteint. Si je ne suis pas au plus mal, je suis du moins dans un état douloureux et désagréable : je ne suis ni malade, ni bien portant.
[1,3] N’allez pas me dire que, de toutes les vertus les commencements sont faibles, et qu’avec le temps elles acquièrent de la consistance et de la force. Je n’ignore pas que les avantages qu’on ne recherche que pour la montre, tels que la considération, la gloire de l’éloquence, et tout ce qui dépend des suffrages d’autrui, se fortifient avec le temps ; tandis que les vertus, qui donnent la véritable force, et les qualités, qui n’ont pour plaire qu’un éclat emprunté, ont besoin du cours des années, dont l’action imperceptible empreint les unes et les autres d’une couleur plus prononcée : mais je crains que l’habitude, qui consolide toutes choses, n’enracine plus profondément chez moi le défaut dont je me plains. Le long usage des bonnes comme des mauvaises pratiques conduit à les aimer.
[1,4] Mon âme, ainsi partagée entre le mal et le bien, ne se porte avec force ni vers l’un ni vers l’autre ; et il m’est moins facile de vous exposer mon infirmité en masse qu’en détail. Je vous dirai les accidents que j’éprouve ; c’est à vous de trouver un nom à ma maladie.
[1,5] J’ai le goût le plus prononcé pour l’économie, j’en conviens ; je n’aime point l’appareil somptueux d’un lit, ni ces vêtements tirés d’une armoire précieuse, que la presse et le foulon ont fatigués pour leur donner du lustre, mais bien une robe de tous les jours, peu coûteuse, qui se garde et se porte sans crainte de la gâter.
[1,6] J’aime un repas auquel une troupe d’esclaves ne mette ni la main ni l’oeil ; qui n’ait point été ordonné plusieurs jours d’avance, et dont le service n’occupe point une multitude de bras ; mais qui soit facile à préparer comme à servir, qui n’ait rien de rare ni de cher ; qui puisse se trouver partout, qui ne soit onéreux ni à la bourse, ni à l’estomac, et qu’on ne soit pas forcé de rendre par où on l’a pris.
[1,7] J’aime un échanson grossièrement vêtu, enfant de la maison ; j’aime la lourde argenterie de mon père, honnête campagnard, laquelle ne se recommande ni par le travail ni par le nom de l’ouvrier ; je veux une table qui ne soit ni remarquable par la variété des nuances, ni célèbre dans la ville, pour avoir appartenu successivement à plus d’un amateur, mais qui soit d’un usage commode, sans occuper d’un vain plaisir les regards de mes convives, sans exciter leur convoitise.
[1,8] Mais tout en aimant cette simplicité, mon esprit se laisse éblouir par l’appareil d’une jeune et belle élite qu’on dresse aux plaisirs du maître, par ces esclaves plus élégamment vêtus, plus chamarrés d’or que dans une fête publique, enfin par une nombreuse troupe de serviteurs éblouissants de magnificence. J’ai également plaisir à voir cette maison où l’on marche sur les matières les plus précieuses, où les richesses sont prodiguées dans tous les coins, où tout, jusqu’aux toits, brille aux regards, où se presse un peuple de flatteurs, compagnons assidus de ceux qui dissipent leur bien. Que dirai-je de ces eaux limpides et transparentes qui environnent en nappe toute la salle des festins, et de ces repas somptueux, dignes du théâtre où on les sert ?
[1,9] Moi, qui ai poussé jusqu’à l’excès ma longue frugalité, le luxe vient m’environner de tout son éclat, de tout son bruyant appareil. Mon front de bataille commence à plier ; et contre une telle séduction, il m’est plus facile de défendre mon âme que mes yeux. Je m’éloigne donc, non pire, mais plus triste ; et dans mon chétif domicile, je ne porte plus la tête si haute ; une sorte de regret se glisse secrètement dans mon âme, enfin je doute si les objets que je quitte ne sont pas préférables : de tout cela rien ne me change ; mais rien qui ne m’ébranle.
[1,10] Il me plaît de suivre les mâles préceptes de nos maîtres, et de me lancer dans les affaires publiques ; il me plaît d’aspirer aux honneurs, non que la pourpre et les faisceaux me séduisent ; mais pour avoir plus de moyens d’être utile à mes amis, à mes proches et à tous mes concitoyens. Formé à l’école de ces grands maîtres, je suis Zénon, Cléanthe, Chrysippe ; si aucun d’entre eux n’a gouverné l’État, il n’est aucun ainsi qui n’y ait destiné ses disciples.
[1,11] Survient-il quelque choc pour mon esprit peu accoutumé à lutter de front, survient-il quelqu’une de ces humiliations qu’on rencontre à chaque pas dans la vie, ou bien quelque affaire hérissée de difficultés, et sans proportion avec le temps qu’elle a pu demander, je retourne à mon loisir ; et, comme les chevaux, malgré leur fatigue, je double le pas pour regagner ma maison.
[1,12] J’aime à renfermer ma vie dans son véritable sanctuaire. Que personne ne me fasse perdre un jour, puisque rien ne peut compenser une si grande perte ; que mon âme se repose sur elle-même ; qu’elle se cultive elle-même ; qu’elle ne se mêle de rien qui lui est étranger, de rien qui la soumette au jugement d’autrui ; que, sans aucun souci des affaires publiques ou privées, elle se complaise dans sa tranquillité.
[1,13] Mais lorsqu’une lecture plus forte a élevé mon âme, et qu’elle se sent aiguillonnée par de nobles exemples, je veux m’élancer dans le forum, prêter à d’autres le secours de ma voix sinon toujours avec succès, du moins, avec l’intention d’être utile ; de rabattre en plein forum l’arrogance de tel homme que la prospérité rend insolent.
[1,14] Dans les études, je pense qu’il vaut mieux assurément envisager les choses en elles-mêmes, ne parler que sur elles, surtout subordonner les mots aux choses, de manière que, partout où va la pensée, le discours la suive sans effort où elle le mène. Qu’est-il besoin de composer des écrits pour durer des siècles ? Voulez-vous donc empêcher que la postérité ne vous oublie ? Né pour mourir, ne savez-vous pas que les obsèques les moins tristes sont celles qui se font sans bruit ? Ainsi, pour occuper votre temps, pour votre propre utilité, et non pour obtenir des éloges, écrivez d’un style simple ; il ne faut pas un grand travail à ceux qui n’étudient que pour le moment présent.
[1,15] Oui, mais lorsque par la méditation s’est élevé mon esprit, il recherche la pompe des expressions ; comme il a dressé son vol plus haut, il veut aussi rehausser son style, et mon discours se conforme à la majesté de la pensée : oubliant les règles étroites que je m’étais prescrites, je m’élance dans les nuages, et ce n’est plus moi qui parle par ma bouche.
[1,16] Sans entrer dans de plus longs détails, cette même faiblesse de bonne intention me suit dans toute ma conduite ; je crains d’y succomber à la longue ; ou, ce qui est plus inquiétant, de rester toujours suspendu sur le bord de l’abîme, et de finir par une chute plus funeste, peut-être, que celle que je prévois.

[1,17] Je pense que beaucoup d’hommes auraient pu parvenir à la sagesse, s’ils ne s’étaient flattés d’y être arrivés, s’ils ne se fussent dissimulé quelques-uns de leurs vices, ou si, à leurs yeux, quoique ouverts, les autres n’eussent pas échappé. Vous le savez, nous ne sommes pas pour nous-mêmes les moins dangereux flatteurs. Qui a osé se dire la vérité ? quel homme, placé au milieu d’un troupeau de panégyristes et de courtisans, n’a pas lui-même enchéri sur tous leurs éloges ?
[1,18] Je vous prie donc, si vous connaissez quelque remède qui puisse mettre un terme à mes hésitations, ne me croyez pas indigne de vous devoir ma tranquillité. Ces mouvements de l’âme n’ont rien de dangereux, rien qui puisse amener aucune perturbation, je le sais ; et pour vous exprimer, par une comparaison juste, le mal dont je me plains, ce n’est pas la tempête qui me tourmente, mais le mal de mer. Délivrez-moi donc de ce mal quel qu’il soit, et secourez le passager qui en souffre en vue du port.

Réponse de Sénèque
Introduction
[2,1] Et moi aussi, je l’avoue, mon cher Sérénus, depuis longtemps je cherche secrètement en moi-même à quoi peut ressembler cette pénible situation de mon âme ; et je ne saurais mieux la comparer qu’à l’état de ceux qui, revenus d’une longue et sérieuse maladie, ressentent encore quelques frissons et de légers malaises. Délivrés qu’ils sont des autres symptômes, ils se tourmentent de maux imaginaires ; quoique bien portants, ils présentent le pouls au médecin, et prennent pour de la fièvre la moindre chaleur du corps. Ces gens-là, Sérénus, ne laissent pas d’être réellement guéris, mais ils ne sont pas encore accoutumés à la santé ; leur état ressemble à l’oscillation d’une mer tranquille ou d’un lac qui se repose d’une tempête.
[2,2] Ainsi vous n’avez plus besoin de ces remèdes violents, par lesquels nous avons passé, et qui consistent à faire effort sur vous-même, à vous gourmander, à vous stimuler fortement. Il ne vous faut plus que ces soins qui viennent en dernier, comme de prendre confiance en vous-même, de vous persuader que vous marchez dans la bonne voie, sans vous laisser détourner par les traces confuses de cette foule qui court çà et là sur vos pas, ou qui s’égare aux bords de la route que vous suivez.
[2,3] Ce que vous désirez est quelque chose de grand, de sublime, et qui vous rapproche de Dieu, c’est d’être inébranlable. Cette ferme assiette de l’âme, appelée chez les Grecs euthymia, et sur laquelle Démocrite a composé un excellent livre, moi, je la nomme tranquillité ; car il n’est point nécessaire de copier le mot grec et de le reproduire d’après son étymologie : la chose dont nous parlons doit être désignée par un mot qui ait la force du grec, et non sa forme.
[2,4] Nous cherchons donc à découvrir comment l’âme, marchant toujours d’un pas égal et sûr, peut être en paix avec elle-même, contempler avec joie dans un contentement que rien n’interrompe les biens qui lui sont propres, se maintenir toujours dans un état paisible, sans jamais s’élever ni s’abaisser. Telle est, selon moi, la tranquillité. Comment peut-on l’acquérir ? c’est ce que nous allons chercher d’une manière générale; et ce sera un spécifique universel dont vous prendrez la dose que vous voudrez.
[2,5] En attendant nous allons mettre à découvert tous les symptômes du mal, afin que chacun puisse reconnaître sa part. Alors, du premier coup d’oeil, vous comprendrez que, pour guérir ce dégoût de vous-même qui vous obsède, vous avez bien moins à faire que ceux qui, enchaînés à l’enseigne ambitieuse d’une fausse sagesse, et travaillés d’un mal qu’ils décorent d’un titre imposant, persistent dans ce rôle affecté, plutôt par mauvaise honte, que par leur volonté.
Description générale du mal : différentes sortes d’inquiétude
[2,6] Dans la même classe, il faut ranger et ceux qui, victimes de leur légèreté d’esprit, en butte à l’ennui, à un perpétuel changement d’humeur, regrettent toujours l’objet qu’ils ont rejeté, et ceux qui languissent dans la paresse et dans l’inertie. Ajoutez-y ceux qui, tout à fait semblables à l’homme dont le sommeil fuit la paupière, se retournent, et se couchent tantôt sur un côté, tantôt sur un autre, jusqu’à ce que la lassitude leur fasse enfin trouver le repos : à force de refaire d’un jour à l’autre leur façon de vivre, ils s’arrêtent enfin à celle où les a surpris, non point le dégoût du changement, mais la vieillesse trop paresseuse pour innover. Ajoutez-y enfin ceux qui ne changent pas facilement leurs habitudes, non par constance, mais par paresse. Ils vivent, non point comme ils veulent, mais comme ils ont commencé.
[2,7] Le vice est infini dans ses variétés, mais uniforme en son résultat, qui consiste à se déplaire à soi-même. Cela naît de la mauvaise direction de l’âme, et des désirs qu’elle forme avec irrésolution ou sans succès ; car, ou l’on n’ose pas tout ce que l’on voudrait, ou on l’ose sans réussir ; et toujours l’on se trouve sous l’empire d’espérances trompeuses et mobiles ; état fâcheux, mais inévitable d’une âme qui ne conçoit que des désirs vagues, indéterminés. Toute la vie de certains hommes se passe dans une éternelle indécision ; ils s’instruisent et se forcent à des actions honteuses et pénibles ; et quand leur peine ne trouve point sa récompense, ils regrettent, avec amertume, un déshonneur sans profit ; ils sont fâchés d’avoir voulu le mal, mais de l’avoir voulu en vain.
[2,8] Alors ils se trouvent partagés entre le repentir d’avoir commencé et la crainte de recommencer ; également incapables d’obéir ou de commander à leurs désirs, ils se voient en butte à l’agitation d’un esprit engagé dans un dédale sans issue, à l’embarras d’une vie arrêtée, pour ainsi dire, dans son cours, et à la honteuse langueur d’une âme trompée dans tous ses voeux.
[2,9] Tous ces symptômes s’aggravent encore lorsque le dépit d’un malheur, si péniblement acheté, les jette dans le repos et dans les studieux loisirs de la retraite, qui sont incompatibles avec un esprit préoccupé des affaires publiques, tourmenté du besoin d’agir, inquiet par sa nature, ne peut trouver en lui-même aucune consolation de sorte que, se voyant privé des distractions que les affaires mêmes procurent aux gens occupés, on ne peut supporter sa maison, sa solitude, son intérieur ; et l’âme, livrée à elle-même, ne peut s’envisager.

[2,10] De là cet ennui, ce mécontentement de soi-même, cette agitation d’une âme qui ne se repose sur rien, enfin la tristesse et cette inquiète impatience de l’inaction ; et comme on n’ose avouer la cause de son mal, la honte fait refluer ces angoisses dans l’intérieur de l’âme ; et les désirs, renfermés à l’étroit dans un lieu sans issue, se livrent d’affreux combats. De là la mélancolie, les langueurs et les mille fluctuations d’une âme indécise, toujours en doute de ce qu’elle va faire, et mécontente de ce qu’elle a fait ; de là cette malheureuse disposition à maudire son repos, à se plaindre de n’avoir rien à faire ; de là cette jalousie ennemie jurée des succès d’autrui. En effet, l’aliment le plus actif de l’envie est l’oisiveté mécontente; l’on voudrait voir tout le monde tomber parce qu’on n’a pu s’élever.
[2,11] Bientôt, de cette aversion pour les succès d’autrui, jointe au désespoir de pousser sa fortune, naît l’irritation d’une âme qui maudit le sort, qui se plaint du siècle, qui s’enfonce de plus en plus dans la retraite, qui se cramponne à son chagrin, le tout, parce qu’elle est ennuyée, excédée d’elle-même. De sa nature, en effet, l’esprit humain est actif et porté au mouvement : toute occasion de s’exciter et de se distraire lui fait plaisir, et plaît encore plus à tout esprit méchant, pour qui la variété des occupations est un frottement agréable. Certains ulcères, par le plaisir que l’attouchement leur cause, appellent la main qui les irrite ; les galeux aiment qu’on les gratte, bien qu’il doive leur en cuire : il en est de même, j’ose le dire, des âmes dans lesquelles les désirs ont fait éruption, comme des ulcères malins ; la peine et l’agitation leur procurent une sensation de plaisir.
[2,12] Il est aussi des mouvements qui, en causant quelque douleur au corps, font qu’il s’en trouve bien, comme de se retourner dans son lit, de s’étendre sur le côté qui n’est pas encore las, et de se rafraîchir par le changement de position. Tel l’Achille d’Homère se couchant tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos, et ne pouvant rester un moment dans la même attitude. C’est le propre de la maladie de ne pouvoir souffrir longtemps la même position, et de chercher, dans le changement, un remède.
[2,13] De là ces voyages que l’on entreprend sans but ; ces côtes que l’on parcourt ; cette mobilité qui toujours ennemie du présent, tantôt essaie de la mer, tantôt de la terre. Maintenant il nous faut aller en Campanie. Bientôt ce séjour délicieux nous déplaît : il faut voir des pays incultes ; allons parcourir les bois du Bruttium et de la Lucanie ; cherchons, parmi les déserts, quelque site agréable pour que nos yeux, avides de voluptueuses impressions, soient quelque peu récréés de l’aspect de tant de lieux arides. Bientôt Tarente et son port renommé nous appellent, et son climat si doux pendant l’hiver, et ses maisons dignes, par leur magnificence, de son antique population. Mais le moment est venu de diriger nos pas vers Rome ; trop longtemps nos oreilles ont été sans ouïr les applaudissements et le fracas du cirque : il nous tarde de voir couler le sang humain.
[2,14] Un voyage succède à l’autre, un spectacle remplace un autre spectacle ; et comme dit Lucrèce : « Ainsi chacun se fuit soi-même ». Mais que sert de fuir, si l’on ne peut échapper ? Ne se suit-on pas soi-même ? n’est-on pas pour soi un compagnon toujours importun ?

[2,15] Aussi persuadons-nous bien que l’agitation qui nous travaille ne vient point des lieux, mais de nous. Nous sommes trop faibles pour rien supporter : peine, plaisir, tout, jusqu’à nous-mêmes, nous est à charge. Aussi quelques-uns ont pris le parti de mourir, en voyant qu’à force de changer, ils revenaient toujours aux mêmes objets, parce qu’ils n’avaient plus rien de nouveau à éprouver. Le dégoût de la vie et du monde les a pris, et par leur bouche la volupté blasée a fait entendre ce cri de désespoir : « Quoi ! toujours la même chose ! »

Le remède. Doctrine d’Athénodore
[3,1] Contre cet ennui, tu me demandes quel remède il faut employer ? Le meilleur serait, comme dit Athénodore, de chercher dans les affaires, dans le gouvernement de l’État, dans les devoirs de la vie civile, un moyen de se tenir en haleine. Car, comme il est des hommes qui passent toute la journée à faire de l’exercice en plein soleil, à prendre soin de leur corps, et que pour les athlètes, il est éminemment utile de consacrer à l’entretien de leurs bras et de cette force dont ils font profession, la plus grande partie de leur temps ; de même pour nous, qui nous destinons aux luttes politiques, n’est-il pas encore plus beau d’être toujours en haleine ? car celui qui se propose de se rendre utile à ses concitoyens et à tous les mortels, trouve beaucoup à s’exercer et à profiter, lorsque, dans les emplois, il administre, avec tout le zèle dont il est capable, les intérêts publics et privés.
[3,2] Mais, continue Athénodore, au milieu d’un tel conflit d’intrigues et de cabales, parmi cette foule de calomniateurs accoutumés à donner un mauvais tour aux actions les plus droites, la simplicité du coeur n’est guère en sûreté ; elle doit s’attendre à rencontrer plus d’obstacles que de moyens de réussir. Il faut donc s’éloigner du forum et des fonctions publiques. Mais, même dans le foyer domestique, une grande âme a où se déployer ; et comme la férocité des lions et des autres animaux ne diminue point sous les barreaux de leur loge, l’activité de l’homme ne fait que redoubler au sein de la retraite.
[3,3] On ne le verra point s’ensevelir dans un repos ni dans une solitude tellement absolus, qu’il ait abjuré tout désir de se rendre utile à tous et à chacun, par ses talents, par ses paroles, par son expérience. Il n’est pas seul à servir la république celui qui produit des candidats, qui défend des accusés, qui délibère sur la guerre et sur la paix ; mais instruire la jeunesse, et, dans une si extrême disette de sages précepteurs, former les âmes à la vertu, et quand, d’une course précipitée, elles se ruent sur le luxe et sur les richesses, savoir les saisir d’une main ferme et les ramener, ou du moins ralentir quelque peu leur élan, n’est-ce pas là, sans sortir de chez soi, faire les affaires du public ?
[3,4] Je le demande, le préteur, juge entre les citoyens et les étrangers, ou le préteur urbain qui prononce à tous venants les arrêts dont un assesseur lui dicte la formule, fait-il plus pour la chose publique que celui qui enseigne ce que c’est que la justice, la piété, le courage, le mépris de la mort, la connaissance des dieux, et tout le prix d’une bonne conscience ?
[3,5] Ainsi donc, consacrer à ces études un temps dérobé aux fonctions publiques, ce n’est point déserter son poste, ni manquer à ses devoirs. Le service militaire que réclame la patrie ne consiste pas seulement à combattre au front de l’armée, à défendre l’aile droite ou l’aile gauche ; mais garder les portes du camp, et, préposé à un poste moins périlleux, et non point inutile, faire sentinelle ou veiller à la sûreté du magasin d’armes, c’est là s’acquitter de fonctions qui, bien qu’elles n’exposent pas la vie du soldat, n’en sont pas moins des services réels.
[3,6] En vous livrant à l’étude, vous échappez à tous les dégoûts de l’existence : jamais les ennuis de la journée ne vous feront soupirer après la nuit ; vous ne serez pas à charge à vous-même, et inutile aux autres ; vous vous ferez beaucoup d’amis, et tout homme de bien voudra vous connaître, car jamais la vertu, quoique obscure, ne demeure cachée ; sa présence toujours se trahit par les signes qui lui sont propres : quiconque est digne d’elle saura la trouver à la trace.
[3,7] Si nous rompons en visière avec la société, si nous renonçons à tout le genre humain, et que nous vivions uniquement concentrés en nous-mêmes, le résultat de cet isolement, de cette indifférence sur toutes choses sera bientôt une absence complète d’occupation. Nous nous mettrons alors à bâtir, à abattre, à envahir sur la mer par nos constructions, à élever des eaux en dépit de la difficulté des lieux, et à mal dépenser le temps que la nature nous a donné pour en faire un bon usage.
[3,8] Ce temps, quelques-uns de nous en sont économes ; d’autres en sont prodigues : les uns le dépensent de façon à s’en rendre compte ; les autres, sans pouvoir en justifier l’emploi. Aussi rien n’est plus honteux qu’un homme avancé en âge, qui, pour prouver qu’il a longtemps vécu, n’a d’autres témoins que ses années.

Doctrine personnelle de Sénèque
[4,1] Pour moi, mon cher Sérénus, je suis d’avis qu’Athénodore a trop accordé à l’empire des circonstances, et s’est trop tôt condamné à la retraite ; non que je nie qu’il ne faille quelque jour se retirer, mais insensiblement, d’un pas lent, en conservant ses enseignes et avec tous les honneurs de la guerre : il y a plus de gloire et de sûreté à ne se rendre à l’ennemi que les armes à la main.
[4,2] Telle est, suivant moi, la conduite que doit tenir le sage, ou celui qui aspire à la sagesse. Si la fortune l’emporte et lui ôte les moyens d’agir, on ne le verra point tourner incontinent le dos, fuir en jetant ses armes, et chercher quelque refuge, comme s’il était au monde aucun lieu à l’abri des atteintes de la fortune ; mais il se livrera aux affaires avec plus de réserve, et mettra son discernement à choisir quelque autre moyen de servir la patrie.
[4,3] Ne le peut-il les armes à la main ? qu’il tourne ses vues vers les honneurs civils. Est-il réduit à la vie privée ? qu’il se fasse avocat. Le silence lui est-il commandé ? qu’il offre à ses concitoyens sa muette assistance. Ne peut-il sans danger se présenter au barreau ? que dans les relations privées, dans les spectacles, à table, il soit d’un commerce sûr, ami fidèle, convive tempérant. Si les fonctions de citoyen lui sont interdites, qu’il s’acquitte de celles d’un homme.

[4,4] Aussi dans la hauteur de notre philosophie, au lieu de nous renfermer dans les murs d’une cité, sommes-nous entrés en communication avec le monde entier, et avons-nous adopté l’univers pour patrie, afin de donner à notre vertu une plus vaste carrière. Le siège de juge vous est interdit, la tribune aux harangues vous est fermée ? Regardez derrière vous : que de vastes régions, que de peuples qui vous accueilleront ! jamais si grande partie de la terre ne vous sera interdite, qu’il ne vous en soit laissé une encore plus grande.
[4,5] Mais prenez garde que cette exclusion ne vienne entièrement de votre faute. Vous ne voulez prendre part aux affaires publiques que comme consul, prytane, céryx ou suffète. Peut-être aussi ne voulez-vous aller à l’armée que comme général en chef ou tout au moins comme tribun de légion ? Encore que les autres soient au premier rang, et que le sort vous ait rejeté parmi les triaires, vous combattrez par vos discours, vos exhortations, votre exemple, votre courage. Même avec les mains coupées, on peut encore dans le combat servir son parti, en gardant son rang, en animant les autres par ses cris.
[4,6] Vous rendrez un service analogue, si, quand la fortune vous aura écarté des premières places de l’État, vous ne laissez pas de vous tenir ferme et d’élever la voix pour la chose publique. Mais on vous serre la gorge ? n’en demeurez pas moins ferme et servez-la par votre silence. Quoi que fasse un bon citoyen, sa peine n’est jamais perdue ; ses oreilles, ses regards, son visage, ses gestes, sa muette et passive résistance, sa présence seule, tout est utile.
[4,7] Il est des remèdes salutaires qu’on n’avale ni n’applique, et dont l’effet s’opère par l’odorat ; ainsi la vertu fait sentir son utile influence, même de loin et du fond de sa retraite ; qu’elle puisse en liberté s’étendre et user de ses droits ; qu’elle n’ait qu’un accès précaire, et se trouve forcée de replier ses voiles ; qu’elle soit réduite à l’inaction et au silence, renfermée à l’étroit, ou en toute liberté, dans toutes les situations possibles, elle sert toujours. Eh quoi ! regarderiez-vous comme sans utilité, l’exemple d’un vertueux loisir.
[4,8] La méthode, sans contredit la plus sage, est de mêler le repos aux affaires, toutes les fois que l’activité de votre vie se trouve arrêtée, soit par des obstacles fortuits, soit par l’état même de la république. Car jamais toutes les approches de la carrière ne sont si bien fermées, qu’il ne reste aucune voie pour quelque action estimable.
[5,1] Trouvez-moi une ville plus malheureuse que ne le fut Athènes, déchirée par trente tyrans ? Treize cents citoyens, élite des gens de bien, avaient péri victimes de leur fureur ; mais tant d’exécutions, loin d’assouvir leur soif de sang, n’avaient fait que l’irriter. Cette ville possédait l’Aréopage, le plus vénérable des tribunaux ; elle avait un sénat auguste, enfin un peuple digne de son sénat ; et cependant chaque jour elle voyait siéger la sombre assemblée de ses bourreaux, et sa malheureuse curie se trouvait trop étroite pour ses tyrans. Quel repos pouvait-il y avoir pour une cité qui comptait autant de tyrans que de satellites ? Nul espoir de recouvrer la liberté ne pouvait s’offrir aux âmes généreuses. Point d’apparence de soulagement contre une pareille réunion de maux ; dans cette pauvre cité, d’où auraient pu surgir assez d’Harmodius ?

[5,2] Toutefois Athènes possédait Socrate ; il consolait les sénateurs éplorés ; il relevait le courage de ceux qui désespéraient de la république ; et aux riches, qui craignaient pour leurs trésors, il reprochait un regret trop tardif de cette avarice qui les avait plongés dans l’abîme ; enfin aux citoyens disposés à l’imiter, il montrait un grand exemple, en marchant libre au milieu de trente despotes.
[5,3] Cependant cette même Athènes le fit mourir en prison : il avait pu braver impunément la troupe des tyrans ; Athènes, rendue à la liberté, ne put supporter la liberté de ce grand homme. Vous voyez donc que, même dans une république opprimée, le sage ne manque point d’occasions de se montrer ; et que, dans la cité la plus heureuse et la plus florissante, l’avarice, l’envie et mille autres vices dominent même sans armes.
[5,4] Ainsi, selon que la situation de la république ou de notre fortune le permettra, nous nous lancerons à pleines voiles dans les affaires, ou nous modérerons notre course ; jamais nous ne resterons immobiles, et la crainte n’enchaînera point nos bras. Et celui-là se montrera véritablement homme, qui, voyant les périls menacer de toutes parts, les armes et les chaînes s’agiter autour de lui, saura ne point briser témérairement sa vertu contre les écueils, ni la cacher lâchement. Tel n’est pas son devoir; il doit se conserver, mais non point s’enterrer vivant.
[5,5] C’est, je crois, Curius Dentatus qui a dit qu’il aimait mieux être mort que de vivre comme s’il l’était. Le pire de tous les maux est de cesser avant sa mort d’être compté au nombre des vivants. Or, voici ce qu’il faut faire : êtes-vous venu dans un temps où il est peu sûr de prendre part aux affaires publiques ? livrez-vous de préférence au repos et aux lettres ; et, tout comme vous feriez étant sur mer, gagnez incontinent le port ; n’attendez pas que les affaires vous quittent, mais sachez les quitter de vous-même.

Circonstances qui peuvent nous amener à restreindre notre activité
[6,1] Nous devons premièrement nous considérer nous-mêmes ; puis les affaires que nous voulons entreprendre ; enfin ceux dans l’intérêt desquels et avec lesquels il nous faudra les traiter.
[6,2] Avant tout, il faut bien apprécier nos forces, parce que très souvent nous pensons pouvoir au-delà de ce dont nous sommes capables. L’un se perd par trop de confiance en son éloquence ; un autre impose à son patrimoine des dépenses qui en excèdent les ressources ; un troisième exténue son corps débile sous le poids de fonctions trop pénibles.
[6,3] La timidité de ceux-ci les rend peu propres aux affaires civiles, qui demandent une assurance imperturbable ; la fierté de ceux-là ne peut être de mise à la cour ; il en est aussi qui ne peuvent maîtriser leur colère, et le moindre emportement leur suggère des paroles imprudentes ; d’autres ne sauraient contenir leur esprit railleur, ni retenir un bon mot dont ils auront à se repentir. À tous ces gens-là le repos convient mieux que les affaires : un esprit altier et peu endurant doit fuir toutes les occasions de se donner carrière à son détriment.
[6,4] Il faut considérer si vos dispositions naturelles vous rendent plus propre à l’activité des affaires qu’aux loisirs de l’étude et de la méditation ; puis diriger vos pas là où vous porte votre génie. Isocrate prenant Éphore par la main, le fit sortir du barreau, le croyant plus propre à écrire l’histoire. Ils ne rendent jamais ce qu’on espère d’eux, les esprits qu’on veut contraindre : et vainement l’on travaille contre le voeu de la nature.
[6,5] Il faut ensuite juger les affaires que nous voulons entreprendre et comparer nos forces avec nos projets ; car la puissance d’action doit toujours l’emporter sur la force de résistance ; tout fardeau, plus fort que celui qui le porte, finit nécessairement par l’accabler.
[6,6] Il est encore des affaires qui, assez peu considérables en elles-mêmes, deviennent le germe fécond de mille autres. Or, il faut fuir ces sortes d’occupations d’où naît et renaît sans cesse quelque soin nouveau. On ne doit point s’approcher d’un lieu d’où l’on ne puisse librement revenir. N’entreprenez donc que les affaires que vous pourrez terminer, ou du moins dont vous espérez voir la fin ; abandonnez celles qui se prolongent à mesure qu’on y travaille, et qui ne finissent pas là où vous l’espériez.
[6,7] II faut également bien choisir les hommes, et nous assurer s’ils sont dignes que nous leur consacrions une partie de notre vie, et s’ils profiteront de ce sacrifice de notre temps. Il en est qui nous croient trop heureux de leur rendre service.
[6,8] « Je n’irais pas même souper chez un homme qui ne croirait pas m’en avoir obligation, » disait Athénodore. Vous concevez bien aussi, je pense, qu’il serait encore moins allé chez ceux qui, avec une invitation à dîner, prétendent reconnaître les services de leurs amis et comptent les mets de leur table pour un congiaire, comme si c’était faire honneur aux autres que de se montrer intempérants. Éloignez d’eux les témoins et les spectateurs, une orgie secrète n’aura pour eux aucun attrait.

Du choix des amis
[7,1] Toutefois, il n’est rien qui puisse donner plus de contentement à l’âme qu’une amitié tendre et fidèle. Quel bonheur de rencontrer des coeurs bien préparés, auxquels vous puissiez, en toute assurance, confier tous vos secrets, qui soient, à notre égard, plus indulgents que nous-mêmes, qui charment nos ennuis par les agréments de leur conversation, fixent nos irrésolutions par la sagesse de leurs conseils, dont la bonne humeur dissipe notre tristesse, dont la seule vue enfin, nous réjouisse ! Mais il faut, autant que possible, choisir des amis exempts de passions, car le vice se glisse sourdement dans nos coeurs ; il se communique par le rapprochement ; c’est un mal contagieux.
[7,2] En temps de peste, il faut bien se garder d’approcher les individus malades, et qui déjà sont atteints du fléau, parce que nous gagnerions leur mal, et que leur haleine seule pourrait nous infecter ; ainsi, quand nous voudrons faire choix d’un ami, nous mettrons tous nos soins à nous adresser à l’âme la moins corrompue. C’est un commencement de maladie, que de mettre les personnes saines avec les malades ; non que j’exige de vous de ne rechercher que le sage, de ne vous attacher qu’à lui : hélas ! où le trouverez-vous, celui que nous cherchons depuis tant de siècles ? Pour le meilleur, prenons le moins méchant.

[7,3] À peine auriez-vous pu vous flatter de faire un choix plus heureux, si, parmi les Platon, les Xénophon, et toute cette noble élite sortie du giron de Socrate, vous eussiez cherché des hommes de bien ; ou si vous pouviez revenir à ce siècle de Caton, qui produisit sans doute des personnages dignes de naître au temps de Caton, mais aussi autant de scélérats, autant de machinateurs de grands crimes qu’on en ait jamais vu. Il fallait en effet, et des uns et des autres ; pour que Caton pût être connu, il devait avoir et des gens de bien pour obtenir leur approbation, et des méchants pour mettre sa vertu à l’épreuve. Mais aujourd’hui qu’il y a si grande disette de gens de bien, faisons le choix le moins mauvais possible.
[7,4] Évitons surtout les gens moroses qui se chagrinent de tout, et pour qui tout est un sujet de plainte. Quelque fidèle, quelque dévoué que soit un ami, un compagnon, toujours troublé, toujours gémissant, n’en est pas moins le plus grand ennemi de notre tranquillité.

Des mauvais effets de la richesse
[8,1] Passons aux richesses patrimoniales, qui sont la source des plus grandes misères de l’humanité : comparez tous les autres maux qui nous tourmentent, la pensée de la mort, les maladies, la crainte, les regrets, la douleur et les travaux, avec les maux que l’argent nous fait éprouver, vous trouverez que de ce côté l’emporte la balance.
[8,2] En réfléchissant d’abord combien le chagrin de n’avoir pas est plus léger que celui de perdre ce qu’on a, nous comprendrons que les tourments de la pauvreté sont d’autant moindres, qu’elle a moins à perdre. C’est une erreur de penser que les riches souffrent plus patiemment que les pauvres des dommages qu’ils reçoivent : les grands corps sentent aussi bien que les petits la douleur de blessures.
[8,3] Bion a dit avec esprit : « Ceux qui ont une belle chevelure, ne souffrent pas plus volontiers que les chauves qu’on leur arrache les cheveux. » Tenez donc pour certain que chez les riches comme chez les pauvres, le regret de la perte est le même ; pour les uns comme pour les autres, leur argent leur tient si fort à l’âme, qu’on ne peut le leur arracher sans douleur. II est donc plus facile et plus supportable, comme je l’ai dit, de n’avoir rien acquis que d’avoir perdu ce que l’on possède : aussi les personnes que la fortune n’a jamais regardées d’un air favorable, vous paraîtront toujours plus gaies que celles qu’elle a abandonnées.
[8,4] Diogène, qui avait certainement une grande âme, l’avait bien compris ; et il s’arrangea de manière à ce qu’on ne pût lui rien ôter. Appelez cela pauvreté, dénuement, misère, et donnez à cet état de sécurité la qualification avilissante que vous voudrez, je ne cesserai de croire à la félicité de Diogène, que quand vous pourrez m’en montrer quelque autre qui n’ait rien à perdre. Je suis bien trompé, si ce n’est être roi que de vivre parmi des avares, des faussaires, des larrons, des receleurs d’esclaves, et d’être le seul à qui ils ne puissent faire tort.
[8,5] Douter de la félicité de Diogène, ce serait douter aussi de la condition et de l’état des dieux immortels, et croire qu’ils ne sont pas heureux, parce qu’ils ne possèdent ni métairies, ni jardins, ni champs fertilisés par un colon étranger, ni capitaux rapportant gros intérêts sur la place. Quelle honte de s’extasier à la vue des richesses ! Jetez les yeux sur cet univers, vous verrez les dieux nus, donnant tout, et ne se réservant rien. Est-ce donc, à votre avis, devenir pauvre que de se rendre semblable aux dieux en se dépouillant des biens de la fortune ?
[8,6] Estimez-vous plus heureux que Diogène, Démétrius, l’affranchi de Pompée, qui n’eut pas honte d’être plus opulent que son maître ? Chaque jour on lui présentait la liste de ses esclaves, comme à un général, l’effectif de son armée ; lui qui aurait dû se trouver riche avec deux substituts et un bouge moins étroit.
[8,7] Mais Diogène n’avait qu’un seul esclave, et qui s’échappa : on lui dit où était cet homme ; mais il ne crut pas qu’il valût la peine de le reprendre. « Il serait, dit-il, honteux pour moi que Manès pût se passer de Diogène, et que Diogène ne pût se passer de Manès. » C’est comme s’il eût dit « O fortune ! va faire ailleurs de tes tours : tu ne trouveras rien chez Diogène, qui puisse être à toi. Mon esclave s’est enfui ; que dis-je ? il s’en est allé libre. »
[8,8] Une nombreuse suite d’esclaves demande le vêtement, la nourriture ; il faut remplir le ventre de tant d’animaux affamés ; il faut leur acheter des habits ; il faut avoir l’oeil sur tant de mains rapaces ; il faut tirer service de tant d’êtres qui détestent et déplorent leur condition. Oh ! combien est plus heureux l’homme qui ne doit rien qu’à celui qui peut toujours refuser, c’est-à-dire à lui-même ! Nous sommes sans doute éloignés de tant de perfection : tâchons du moins de borner notre avoir, afin d’être moins exposés aux injures de la fortune. Les hommes de petite taille ont plus de facilité à se couvrir de leurs armes, que ces grands corps qui débordent le rang, et présentent de toutes parts leur surface aux blessures. La vraie mesure des richesses consiste à nous affranchir du besoin, sans nous trop éloigner de la pauvreté.
[9,1] Cette mesure nous plaira, si nous avons du goût pour l’économie, sans laquelle les plus grandes richesses ne suffisent pas, et avec laquelle on a toujours assez, d’autant plus que l’économie est une ressource à notre portée : elle peut même, avec le secours de la frugalité, convertir la pauvreté en richesse.
[9,2] Accoutumons-nous à éloigner de nous le faste, et recherchons en toutes choses l’usage, et non point l’éclat extérieur. Ne mangeons que pour apaiser la faim ; ne buvons que pour la soif ; que nos appétits charnels n’aillent pas au-delà du voeu de la nature ; apprenons à nous servir de nos jambes pour marcher, et dans tout ce qui a rapport à notre vêtement et à notre subsistance, ne consultons pas les nouvelles modes, mais conformons-nous aux moeurs de nos ancêtres. Apprenons à devenir chaque jour plus continents ; à bannir le luxe, à dompter la gourmandise, à surmonter la colère, à envisager la pauvreté d’un oeil calme, à pratiquer la frugalité, quand même nous aurions de la honte à satisfaire aux besoins naturels par des moyens peu coûteux ! enfin à ces folles espérances, à ces voeux désordonnés qui s’élancent dans l’avenir, sachons imposer d’insurmontables limites, et accoutumons-nous à attendre nos richesses de nous, plutôt que de la fortune.
[9,3] On ne pourra jamais, je dois le reconnaître, si bien prévenir les variables et injustes caprices du sort, qu’on n’ait encore à essuyer bien des tourmentes quand on a beaucoup de vaisseaux en mer. Il faut concentrer son avoir sur un petit espace, pour que les traits de la fortune tombent à côté. Il est parfois arrivé que les exils et d’autres catastrophes ont eu l’effet de remèdes salutaires ; et de légères disgrâces ont guéri de grands maux, alors qu’un esprit rebelle aux préceptes n’était pas susceptible d’un traitement plus doux. Mais pourquoi ces adversités ne lui seraient-elles pas utiles ? car si la pauvreté, l’ignominie, la perte de son existence sociale doivent lui advenir, c’est un mal qui combat un autre mal. Accoutumons-nous donc à pouvoir souper sans un peuple d’assistants et de convives, à nous faire servir par moins d’esclaves, à ne porter des habits que pour l’usage qui les a fait inventer, à être logés plus à l’étroit. Ce n’est pas seulement dans les courses et dans les luttes du Cirque, mais dans la carrière de la vie qu’il faut savoir se replier sur soi-même.
[9,4] Les dépenses occasionnées par les études, et qui sont les plus honorables de toutes, ne me paraissent raisonnables qu’autant qu’elles sont modérées. Que me font ces milliers de livres, ces bibliothèques innombrables, dont, pour lire les titres, toute la vie de leurs propriétaires suffirait à peine ? Cette multiplicité des livres est plutôt une surcharge qu’un aliment pour l’esprit ; et il vaut mieux s’attacher à peu d’auteurs que d’égarer, sur cent ouvrages, son attention capricieuse.
[9,5] Quatre cent mille volumes, superbe monument d’opulence royale, ont été la proie des flammes à Alexandrie. Que d’autres s’appliquent à vanter cette bibliothèque appelée par Tite-Live le chef-d’oeuvre du goût et de la sollicitude des rois. Je ne vois là ni goût, ni sollicitude : je vois un luxe littéraire, que dis-je, littéraire ? ce n’étaient pas les lettres, mais l’ostentation qu’avaient eue en vue les auteurs de cette collection. Ainsi, tel homme, qui n’a pas même cette teinture des lettres qu’on exige dans les esclaves, a des livres qui, sans jamais servir à ses études, sont là pour l’ornement de sa salle à manger. Qu’on se borne donc à acheter des livres pour son usage, et non pour la montre.
[9,6] Il est plus honnête, direz-vous, d’employer ainsi son argent, qu’en vases de Corinthe et en tableaux. En toutes choses l’excès est un vice. Pourquoi cette indulgence exclusive pour un homme qui, tout glorieux de ses armoires de cèdre et d’ivoire, recherchant les ouvrages d’auteurs inconnus ou méprisés, bâille au milieu de ces milliers de livres, et met tout son plaisir dans leurs titres et dans leurs couvertures ?
[9,7] Chez les hommes les plus paresseux, vous trouverez la collection complète des orateurs et des historiens, et des rayons de tablettes élevés jusqu’aux combles. Aujourd’hui les bains mêmes et les thermes sont garnis d’une bibliothèque : c’est l’ornement obligé de toute maison. Je pardonnerais cette manie, si elle venait d’un excès d’amour pour l’étude ; mais aujourd’hui, on ne se met en peine de rechercher les chefs-d’oeuvre et les portraits de ces merveilleux et divins esprits, que pour en parer les murailles.

Comment se comporter dans le malheur
[10,1] Mais vous vous êtes trouvé jeté dans un genre de vie pénible, et sans qu’il y ait de votre faute ; des malheurs publics, ou personnels, vous ont imposé un joug que ne pouvez délier ni briser. Songez alors que ceux qui sont enchaînés ont d’abord de la peine à supporter la pesanteur et la gêne de leurs fers ; mais dès qu’une fois, renonçant à une fureur impuissante, ils ont pris le parti de souffrir patiemment ces entraves, la nécessité leur apprend à les porter avec courage, et l’habitude légèrement. On peut, dans toutes les situations de la vie, trouver des agréments, des compensations et des plaisirs, à moins que vous ne préfériez vous complaire dans une vie misérable, au lieu de la rendre digne d’envie.
[10,2] Le plus grand des services que nous ait rendus la nature, c’est que, sachant à combien de misères nous étions prédestinés, elle a placé pour nous l’adoucissement de tous les maux dans l’habitude, qui bientôt nous familiarise avec les choses les plus pénibles. Nul ne pourrait y résister, si la vivacité du sentiment, qu’excitent en nous les premiers coups de l’adversité, ne s’émoussait à la longue.
[10,3] Nous sommes tous liés à la fortune ; les uns par une chaîne d’or et assez lâche ; les autres, par une chaîne serrée et de métal grossier. Mais qu’importe ? la même prison renferme tous les hommes ; et ceux qui nous ont enchaînés portent aussi leurs fers, à moins que l’on ne trouve plus légère la chaîne qui charge la main gauche de son gardien. Les uns sont enchaînés par l’ambition, les autres par l’avarice ; celui-ci trouve dans sa noblesse, et celui-là dans son obscurité, une chaîne également pesante ; il en est qui sont asservis à des maîtres étrangers, d’autres sont leurs tyrans à eux-mêmes. Ainsi que l’exil, les sacerdoces enchaînent au même lieu ; toute existence est un esclavage.
[10,4] II faut donc nous faire à notre condition, nous en plaindre le moins possible, et profiter de tous les avantages qu’elle peut offrir. Il n’en est point de si dure en laquelle un esprit judicieux ne puisse trouver quelque soulagement. Souvent l’espace le plus étroit, grâce au talent de l’architecte, a pu s’étendre à plusieurs usages, et une habile ordonnance peut rendre le plus petit coin habitable. Opposez la raison à tous les obstacles : corps durs, espaces étroits, fardeaux pesants, l’industrie sait tout amollir, étendre, allégir.

Inconvénient des situations élevées
[10,5] Il ne faut pas d’ailleurs porter nos désirs sur des objets éloignés ; ne les laissons aller que sur ce qui est près de nous, puisque nous ne pouvons entièrement les renfermer en nous-mêmes. Renonçons donc à l’impossible, à ce qui ne peut qu’à grande peine s’obtenir ; ne cherchons que ce qui, se trouvant à notre portée, doit encourager nos espérances : mais n’oublions pas que toutes choses sont également frivoles, et que, malgré la diversité de leur apparence extérieure, elles ne sont toutes au fond que vanité. Ne portons pas envie à ceux qui sont plus élevés que nous : ce qui nous paraît élévation, n’est souvent que le bord d’un abîme.
[10,6] Quant à ceux que la fortune perfide a placés dans ce lieu glissant, ils assureront leur sûreté en dépouillant leur grandeur de ce faste qui lui est naturel, et en ramenant, autant qu’ils le pourront, leur fortune au niveau de la plaine. Il en est beaucoup qui, par nécessité, sont enchaînés à leur grandeur ; ils n’en pourraient descendre sans tomber ; ils sont là pour témoigner que le plus lourd fardeau qui pèse sur eux est de se voir contraints à être à charge aux autres, au-dessus desquels ils ne sont pas élevés, mais attachés. Que par leur justice, leur mansuétude, une autorité douce, des manières gracieuses, ils se préparent des ressources pour le sort qui les attend ; cet espoir calmera leurs craintes au bord du précipice.

[10,7] Rien ne pourra mieux les assurer, contre ces grandes tempêtes qui s’élèvent dans l’intérieur de l’âme, que d’imposer toujours quelque limite à l’accroissement de leur grandeur ; d’ôter à la fortune la faculté de les quitter à sa fantaisie, et de s’arrêter d’eux-mêmes en deçà du terme. Cette conduite n’empêchera pas peut-être l’aiguillon de quelques désirs de se faire sentir à leur âme ; mais ils seront bornés, et ne pourront l’entraîner à l’aventure dans des espaces infinis.

Supériorité et détachement du sage
[11,1] C’est aux gens d’une sagesse et d’une instruction imparfaites et médiocres que mon discours s’adresse, et non pas au sage. Pour lui, ce n’est point d’un pas timide et lent qu’il doit marcher ; telle doit être sa confiance en lui-même, qu’il ne craindra pas d’aller au-devant de la fortune, et que jamais il ne reculera devant elle. Et en quoi pourrait-il craindre, puisque, non seulement ses esclaves, ses propriétés, ses dignités, mais son corps, ses yeux, ses mains, et tout ce qui pourrait l’attacher à la vie, sa personne en un mot, ne sont à ses yeux que des biens précaires ? Il vit comme par bénéfice d’emprunt, prêt à restituer, sans regret, aussitôt qu’il en sera requis ;
[11,2] non qu’il s’en estime moins pour cela, mais il sait qu’il ne s’appartient pas ; et il fera toutes choses avec autant de soin, de circonspection et de scrupule, qu’un homme consciencieux et probe chargé d’un dépôt.
[11,3] Quand le moment de la restitution sera venu, il ne se répandra pas en plaintes contre la fortune, mais il dira : « Je te rends grâce de ce que tu as mis en ma disposition ; il est vrai que ce n’est pas sans de fortes avances que j’ai administré tes biens ; mais, puisque tu l’ordonnes, je te les remets volontiers et avec reconnaissance. Veux-tu me laisser conserver quelque autre bien qui t’appartienne, je saurai encore le garder : si tu en décides autrement, voici mon or, mon argenterie, ma maison, mes esclaves, je te les restitue. » Sommes-nous appelés par la nature, qui fut notre premier créancier, nous lui dirons aussi : « Reprends une âme meilleure que tu ne me l’avais confiée: je ne tergiverse ni ne recule ; je te remets volontairement un bien que tu m’avais confié alors que je ne pouvais en avoir l’intelligence : emporte-le. »
[11,4] Retourner au lieu d’où l’on est parti, qu’y a-t-il là de si terrible ? On vit mal quand on ne sait pas bien mourir. La vie est la première chose dont il faut rabaisser le prix, et l’existence doit être aussi regardée comme une servitude. « Parmi les gladiateurs, dit Cicéron, nous prenons en haine ceux qui tâchent d’obtenir la vie par toutes sortes de moyens ; nous nous intéressons à ceux qui témoignent du mépris pour elle. » Ainsi de nous ; souvent la crainte qu’on a de mourir devient une cause de mort.
[11,5] La fortune, qui se donne à elle-même des jeux, dit aussi : « Pourquoi t’épargnerais-je, être méchant et timide ? tes blessures seront d’autant plus nombreuses et plus profondes, que tu ne sais pas tendre la gorge. Pour toi, tu vivras plus longtemps, et tu subiras une mort plus prompte, toi qui, devant le glaive, ne retires point ton cou en arrière et ne tends point les mains, mais qui l’attends avec courage. »
[11,6] Craindre toujours la mort, c’est ne jamais faire acte d’homme vivant : mais celui qui sait, qu’au moment même où il fut conçu, son arrêt fut porté, saura vivre selon la loi

de la nature, et trouvera ainsi la même force d’âme à opposer aux événements dont aucun pour lui ne sera jamais imprévu. Car, en pressentant de bien loin tout ce qui peut arriver, il amortira les premiers coups du malheur. Pour l’homme qui y est préparé et qui l’attend, le malheur n’a rien de nouveau ; ses atteintes ne sont pénibles qu’à ceux qui, vivant en sécurité, n’envisagent que le bonheur dans l’avenir.
[11,7] La maladie, la captivité, la chute ou l’incendie de ma maison, rien de tous ces maux n’est inattendu pour moi : je savais bien dans quel logis, bruyant et tumultueux, la nature m’avait confiné. Tant de fois, dans mon voisinage, j’ai entendu le dernier adieu adressé aux morts ; tant de fois, devant ma porte, j’ai vu les torches et les flambeaux précéder des funérailles prématurées. Souvent a retenti à mes oreilles le fracas d’un édifice qui s’écroulait. Et combien de personnes sortant avec moi du barreau, du sénat, d’un entretien, ont été emportées dans la nuit ! Combien la mort a, dans leur étreinte, séparé de mains unies par la confraternité ! M’étonnerais-je de me voir quelquefois atteint par des dangers qui n’ont jamais cessé de planer autour de moi ?
[11,8] La plupart des hommes toutefois, quand ils se mettent en mer, ne songent point à la tempête. Jamais, quand j’y trouve une chose bonne, je ne me ferai faute d’alléguer un assez mauvais auteur. Publilius, dont l’énergie surpassait celle de tous les poètes tragiques et comiques, toutes les fois qu’il voulut renoncer à ses plates bouffonneries et à ses quolibets faits pour les dernières classes du peuple, a dit, entre autres mots non seulement plus relevés que la comédie ne le comporte, mais au-dessus même de la gravité du cothurne : « Ce qui advient à quelqu’un, peut advenir à tous. » Si l’on pouvait jusqu’au fond de l’âme se pénétrer de cette vérité, et se représenter que tous les maux qui arrivent aux autres, chaque jour et en si grand nombre, ont le chemin libre pour parvenir jusqu’à nous, on serait armé avant que d’être attaqué. Il est trop tard, pour fortifier son âme contre le péril, quand le péril est en présence.
[11,9] « Je ne pensais pas que cela pût arriver ! je n’aurais jamais cru cet événement possible ! » Et pourquoi non ? Quelles sont les richesses à la suite desquelles ne marchent point la pauvreté, la faim et la mendicité ? Quelle dignité, dont la robe prétexte, le bâton augural et la chaussure patricienne, ne soient accompagnés de souillures, de bannissement, de notes infamantes, de mille flétrissures, et du dernier mépris ? Quelle couronne n’est point menacée de sa chute, de sa dégradation, d’un maître et d’un bourreau ? Et, pour un tel changement, il ne faut pas un bien long intervalle : un seul moment suffit pour tomber du trône aux genoux du vainqueur.
[11,10] Sachez donc que toute condition est sujette au changement et que ce qui arrive à tout autre peut vous arriver aussi. Vous êtes opulent ; mais êtes-vous plus riche que Pompée ? Cependant, lorsque, grâce à leur ancienne parenté, Gaius, hôte de nouvelle espèce, lui eut ouvert le palais de César en lui fermant sa propre maison, Pompée manqua de pain et d’eau. Bien qu’il fût propriétaire de fleuves qui avaient leur source et leur embouchure dans ses terres, il fut réduit à mendier l’eau des gouttières, et périt de faim et de soif dans le palais de son parent, tandis que son héritier faisait prix pour les funérailles publiques de ce pauvre affamé.
[11,11] Vous êtes parvenu au faîte des dignités ? En avez-vous d’aussi hautes, d’aussi inespérées, d’aussi nombreuses que Séjan ? Eh bien ! le jour même que le sénat lui avait fait cortège jusqu’à sa maison, le peuple le déchira en pièces ; et de ce ministre, sur lequel les dieux et les hommes avaient accumulé toutes les faveurs qui peuvent se prodiguer, il ne resta rien que le bourreau pût traîner aux Gémonies.
[11,12] Vous êtes roi : je ne vous renverrai pas à Crésus qui, sur l’ordre d’un vainqueur, monta sur son bûcher, et en vit éteindre les flammes, survivant ainsi à son royaume, et même à sa mort : je ne vous citerai pas Jugurtha qui, dans la même année, fit trembler le peuple romain, et lui fut donné en spectacle. Mais Ptolémée, roi d’Afrique, et Mithridate, roi d’Arménie, nous les avons vus dans les fers de Gaius ; l’un fut exilé, l’autre eût désiré qu’on le renvoyât libre sur sa parole. Dans ces vicissitudes continuelles d’élévation et d’abaissement, si vous ne regardez pas tout ce qui est possible comme devant vous arriver un jour, vous donnez contre vous des forces à l’adversité, dont on ne manque jamais de triompher quand on sait la prévoir.

Éviter l’agitation stérile
[12,1] L’essentiel ensuite est de ne point se tourmenter pour des objets ou par des soins superflus ; c’est-à-dire, de ne point convoiter ce que nous ne pouvons avoir ; et quand nous avons obtenu ce que nous désirions, de ne pas trop tard en reconnaître, à notre grande confusion, toute la vanité : en un mot, que nos efforts ne soient ni sans objet, ni sans résultat, et que ce résultat ne soit point au-dessous de nos efforts. En effet, on regrette presque autant de n’avoir point réussi, que d’avoir à rougir du succès.
[12,2] Retranchons les allées et venues si ordinaires à ces hommes qu’on voit se montrer alternativement dans les cercles, au théâtre, dans les tribunaux : grâce à leur manie de se mêler des affaires d’autrui, ils ont toujours l’air occupé. Demandez-vous à l’un d’eux sortant de chez lui : « Où allez-vous ? quel est votre projet aujourd’hui ? » Il vous répondra : « Je n’en sais vraiment rien ; mais je verrai du monde, je trouverai bien quelque chose à faire. »
[12,3] Ils courent çà et là sans savoir pourquoi, quêtant des affaires, ne faisant jamais celles qu’ils avaient projetées, mais celles que l’occasion vient leur offrir. Leurs courses sont sans but, sans résultat, comme celles des fourmis qui grimpent sur un arbre ; montées jusqu’au sommet sans rien porter, elles en descendent à vide. Presque tous ces désoeuvrés mènent une vie toute semblable à celle de ces insectes, et l’on pourrait à bon droit appeler leur existence une oisiveté active.
[12,4] Quelle pitié d’en voir quelques-uns courir comme pour éteindre un incendie, coudoyant ceux qui se trouvent sur leur passage, tombant, et faisant tomber les autres avec eux ! Cependant, après avoir bien couru, soit pour saluer quelqu’un qui ne leur rendra pas leur salut, soit pour suivre le cortège d’un défunt qu’ils ne connaissaient pas, soit pour assister au jugement obtenu par un plaideur de profession, soit pour être témoins des fiançailles d’un homme qui change souvent de femmes, soit enfin pour grossir le cortège d’une litière qu’au besoin eux-mêmes porteraient, ils rentrent enfin au logis accablés d’une inutile fatigue : ils protestent qu’ils ne savent pas eux-mêmes pourquoi ils sont sortis, où ils sont allés ; et demain on les verra recommencer les mêmes courses.

[12,5] Que toute peine donc ait un but, un résultat : ces occupations futiles produisent, sur ces prétendus affairés, le même effet que les chimères sur l’esprit des aliénés ; car ceux-ci même ne se remuent point sans être poussés par quelque espoir; ils sont excités par des apparences dont leur esprit en délire ne leur permet pas de connaître le peu de réalité.
[12,6] Il en est de même de tous ceux qui ne sortent que pour grossir la foule : les motifs les plus vains et les plus légers les promènent d’un bout de la ville à l’autre ; et sans qu’ils aient rien à faire au monde, l’aurore les chasse de chez eux. Enfin, après s’être heurtés en vain à plusieurs portes, et confondus en salutations auprès de maints nomenclateurs, dont plus d’un a refusé de les faire entrer, la personne qu’ils trouvent le plus difficilement au logis, c’est eux-mêmes.
[12,7] De ce travers naît un vice des plus odieux : la manie d’écouter tout ce qui se dit, la curiosité pour les secrets publics et privés, la connaissance d’une foule d’anecdotes qu’on ne peut sans péril ni rapporter ni entendre.
[13,1] C’est sans doute à ce propos que Démocrite a dit : « Pour vivre tranquille, il faut embrasser peu d’affaires publiques ou privées. » Il entendait vraisemblablement par là les affaires inutiles : car celles qui sont nécessaires, tant dans l’ordre politique que dans l’ordre civil, on doit s’y livrer sans réserve et sans en limiter le nombre : mais dès qu’un devoir spécial ne nous y oblige point, il faut nous abstenir de toute démarche.
[13,2] Souvent, en effet, plus on agit, plus on donne sur soi-même de prise à la fortune ; le plus sûr est de la mettre rarement à l’épreuve, ensuite de penser toujours à son inconstance, et de ne point compter sur sa loyauté. Je m’embarquerai, si rien ne m’en empêche ; je serai préteur, si rien n’y met obstacle, et telle affaire réussira, si rien ne vient à la traverse.
[13,3] Voilà ce qui nous fait dire que rien n’arrive au sage contre son attente ; nous ne l’avons pas soustrait aux malheurs, mais aux faux calculs que font les autres hommes : si ce n’est pas selon ses voeux que toutes choses lui arrivent, c’est du moins selon ses prévisions ; enfin, avant tout, il a prévu que ses projets rencontreraient quelque obstacle. Nul doute que le mauvais succès d’une entreprise ne cause à l’âme moins de déplaisir et de douleur, quand on ne s’est pas flatté de réussir.

Ne pas s’obstiner contre les circonstances
[14,1] Nous devons aussi nous rendre faciles, et ne point nous attacher trop vivement à nos projets : sachons passer dans la route où le sort nous mène ; ne craignons pas les changements dans nos plans et dans notre condition, mais n’allons pas tomber dans la légèreté, ce vice essentiellement ennemi de notre repos. En effet, si ce ne peut être sans un déplorable tourment d’esprit que l’opiniâtreté se voit presque toujours en butte aux mécomptes de la fortune, bien pire encore est la légèreté qui ne peut jamais compter sur elle-même. Ce sont deux excès également contraires à la tranquillité, de ne pouvoir ni changer de condition, ni rien souffrir.
[14,2] Il faut donc que l’âme, entièrement à soi-même, se détache de tous les objets extérieurs ; qu’elle prenne confiance en soi ; qu’autant que possible elle cherche en soi-même sa joie ; qu’elle n’estime que ses propres biens ; se retire de tous ceux qui lui sont étrangers ; se replie sur elle-même, devienne insensible aux pertes, et prenne en bonne part jusqu’à l’adversité.
[14,3] On vint annoncer à notre Zénon que tous ses biens avaient péri dans un naufrage : « La fortune, dit-il, veut que je me livre à la philosophie avec plus de liberté d’esprit. » Un tyran menaçait Théodore le philosophe de le faire mourir, et de le priver de sépulture. « Tu peux te donner ce plaisir, reprit Théodore ; j’ai une pinte de sang à ton service. Quant à ma sépulture, quelle folie à toi de penser qu’il m’importe en rien de pourrir dans le sein de la terre ou à sa surface ! »
[14,4] Canus Julius, un des plus grands hommes qui aient existé, et dont la gloire n’a point souffert d’être né même dans ce siècle, venait d’avoir une longue altercation avec Caligula ; comme il s’en allait, le nouveau Phalaris lui dit : « Ne vous flattez pas au moins d’une folle espérance, j’ai donné l’ordre de votre supplice. » — « Grâces vous soient rendues, très excellent prince ! »
[14,5] Qu’entendait-il par ce mot ? Je ne sais trop ; car il me présente plusieurs sens. Voulait-il adresser à Caïus une sanglante invective, et peindre toute la cruauté d’une tyrannie sous laquelle la mort était un bienfait ? Voulait-il lui reprocher cette furieuse démence, qui obligeait à lui rendre grâce, et ceux dont il tuait les enfants, et ceux dont il ravissait les biens ? Ou bien acceptait-il volontiers la mort comme un affranchissement ? Quel que soit le sens qu’on donne à sa réponse, elle partait du moins d’une grande âme.
[14,6] On va me dire : « Mais Caligula aurait pu le laisser vivre. » Canus n’avait pas cette crainte ; il savait trop bien que pour donner de pareils ordres on pouvait compter sur la parole du tyran. Croiriez-vous que les dix jours d’intervalle qui s’écoulèrent jusqu’à son supplice, Canus les passa sans aucune inquiétude ? Les discours, les actions, la profonde tranquillité de ce grand homme vont au-delà de toute vraisemblance.
[14,7] II faisait une partie d’échecs, lorsque le centurion, qui conduisait au supplice une foule d’autres victimes, vint l’avertir ; Canus compta ses points, et dit à son partenaire : « Au moins, après ma mort, n’allez pas vous vanter de m’avoir gagné. » Puis, s’adressant au centurion : « Soyez témoin que j’ai l’avantage d’un point. » Croyez-vous que Canus fût si fort occupé de son jeu ? Non, mais il se jouait de son bourreau.
[14,8] Ses amis étaient consternés de perdre un tel homme : « Pourquoi cette tristesse ? leur dit-il. Vous êtes en peine de savoir si les âmes sont immortelles ; je vais savoir à quoi m’en tenir. » Et jusqu’au dernier moment, il ne cessa de chercher la vérité, et de demander à sa propre mort la solution de ce problème.
[14,9] Il était suivi d’un philosophe attaché à sa personne ; et déjà il approchait de l’éminence où chaque jour on offrait des sacrifices à César notre dieu : « À quoi pensez-vous maintenant, lui demanda le philosophe, et quelle idée vous occupe ? » — « Je me propose, répondit-il, d’observer, dans ce moment si court, si je sentirai mon âme s’en aller. » Puis il promit, s’il découvrait quelque chose, de venir trouver ses amis pour les informer de ce que devenait l’âme.
[14,10] Voilà ce qui s’appelle de la tranquillité au milieu de la tempête ! Est-elle assez digne de l’immortalité, cette âme qui, dans ce fatal passage, cherche un moyen de connaître la vérité ; qui, placée sur l’extrême limite de la vie, interroge son dernier souffle qui s’exhale, et ne veut pas seulement étudier jusqu’à la mort, mais dans la mort même ! Personne n’a jamais philosophé plus longtemps. Mais il ne faut pas quitter brusquement un si grand homme, à qui l’on ne saurait accorder trop d’estime et trop de louanges. Oui, nous te recommanderons à la postérité la plus reculée, illustre victime, dont la mort tient une si grande place parmi les forfaits de Caligula !

Ne se laisser démoraliser ni par les vices humains ni par les malheurs des gens de bien
[15,1] Mais rien ne servirait de s’être mis à l’abri de tous les motifs personnels de tristesse, si parfois la misanthropie s’emparait de votre âme, en voyant le crime partout heureux, la candeur si rare, l’innocence si peu connue, la bonne foi si négligée quand elle est sans profit, les gains et les prodigalités de la débauche également odieux ; enfin, l’ambition si effrénée que, se méconnaissant elle-même, elle cherche son éclat dans la bassesse. Alors une sombre nuit environne notre âme, et dans cet anéantissement des vertus impossibles à trouver chez les autres, et nuisibles à celui qui les a, elle se remplit de doute et d’obscurité.
[15,2] Pour nous détourner de ces idées, faisons en sorte que les vices des hommes ne nous paraissent pas odieux, mais ridicules ; et sachons imiter Démocrite plutôt qu’Héraclite. Le premier ne se montrait jamais en public sans pleurer ; le second, sans rire. L’un, dans tout ce que font les hommes, ne voyait que misère ; le second, qu’ineptie. Il faut donc attacher peu d’importance à toutes choses, et ne nous passionner pour aucune. Il est plus conforme à l’humanité de se moquer des choses de la vie que d’en gémir.
[15,3] Ajoutez que mieux vaut pour le genre humain s’en moquer, que se lamenter à son sujet. L’homme qui rit de ses semblables laisse du moins place à l’espérance ; et c’est sottement qu’on déplore ce qu’on désespère de jamais amender ; enfin, à tout bien considérer, il est d’une âme plus haute de ne pouvoir s’empêcher de rire, que de s’abandonner aux larmes. Dans le premier cas, l’âme n’est affectée que bien légèrement, et ne voit rien de grand, de raisonnable, ni de sérieux dans tout l’appareil de la vie humaine.
[15,4] Qu’on prenne l’une après l’autre toutes les occasions qui peuvent nous attrister ou nous réjouir, et l’on reconnaîtra combien est vrai ce mot de Bion : « Toutes les affaires qui occupent les hommes sont de vraies comédies, et leur vie n’est ni plus honnête ni plus sérieuse que les vains projets qu’ils conçoivent dans leur pensée ».
[15,5] Mais il est plus sage de supporter doucement les dérèglements publics et les vices de l’humanité, sans se laisser aller ni aux rires ni aux larmes ; car se tourmenter des maux d’autrui, c’est se rendre éternellement malheureux ; s’en réjouir est un plaisir cruel ;
[15,6] comme aussi, c’est montrer une compassion inutile, que de pleurer et de composer son visage, parce qu’un homme va mettre son fils en terre. De même, dans vos chagrins personnels, n’accordez à la douleur que ce que réclame la raison, et non le préjugé ou la coutume. La plupart des hommes versent des larmes pour qu’on les voie couler : leurs yeux deviennent secs dès qu’il n’y a plus de témoin ; ils auraient honte de ne point pleurer lorsque tout le monde pleure. La mauvaise habitude de se régler sur l’opinion d’autrui est si profondément enracinée, que le plus naturel de tous les sentiments, la douleur, a aussi son affectation.
[16,1] Vient ensuite un autre motif de chagrin, sans doute assez fondé, et bien capable de nous jeter dans l’anxiété ; ce sont les disgrâces qui frappent les gens de bien. Ainsi Socrate est forcé de mourir en prison ; Rutilius, de vivre dans l’exil ;Pompée et Cicéron, de tendre la gorge au poignard d’un client ; Caton enfin, ce modèle achevé de la vertu, d’immoler la république du même coup dont il se perce le sein. Ne devons-nous pas nous plaindre de ce que la fortune donne de si cruelles récompenses ? et que pourra-t-on espérer pour soi, lorsqu’on voit les plus affreux malheurs tomber en partage aux plus pures vertus ?
[16,2] Que faut-il donc faire ? Voir d’abord comment ces grands hommes ont souffert ces infortunes : si c’est en héros, enviez leur courage ; si c’est avec faiblesse et lâcheté qu’ils ont péri, leur perte est indifférente. Ou leur vertueuse fermeté mérite votre admiration, ou leur lâcheté ne mérite pas vos regrets. Ne serait-il pas honteux que la mort courageuse d’un grand homme nous rendît timides et pusillanimes ?
[16,3] Louons plutôt en lui un héros digne à jamais de nos éloges, et disons : « D’autant plus heureux que vous avez montré plus de courage, vous voilà délivré des malheurs de l’humanité, de l’envie, de la maladie. Vous voilà sorti de la prison. Les dieux, loin de vous exposer aux indignités de la mauvaise fortune, vous ont jugé digne d’être désormais à l’abri de ses traits. » Mais, pour ceux qui veulent se soustraire à ses coups, et qui, entre les bras de la mort, ramènent leurs regards vers la vie, il faut user de violence pour les contraindre à franchir le pas.
[16,4] Je ne pleurerai pas plus à la vue d’un homme joyeux, qu’en voyant tout autre pleurer. Le premier sèche mes larmes ; le second, par ses pleurs, se rend indigne des miens. Quoi ! je pleurerais Hercule, qui se brûle tout vif ; Régulus, percé de mille pointes aiguës ; Caton, rouvrant lui-même ses plaies ? Ils ont échangé un court espace de temps contre une vie qui ne finira jamais : la mort a été pour eux un passage à l’immortalité.

Pratiquer la simplicité
[17,1] Il est une autre source assez féconde d’inquiétudes et de soins, c’est de se contrefaire, de ne jamais montrer un visage naturel, comme nous voyons maintes gens dont toute la vie n’est que feinte et dissimulation. Quel tourment que cette perpétuelle attention sur soi-même, et cette crainte d’être aperçu sous un aspect différent de celui sous lequel on se montre d’habitude ! Point de relâche pour celui qui s’imagine qu’on ne le regarde jamais qu’avec l’intention de le juger. En effet, maintes circonstances viennent, malgré nous, nous démasquer. Dût cette surveillance sur soi-même avoir tout le succès qu’on en attend, quel agrément, quelle sécurité peut-il y avoir dans une vie qui se passe tout entière sous le masque ?

[17,2] Au contraire, combien est semée de jouissances une simplicité vraie, qui n’a pas d’autre ornement qu’elle-même, et qui ne jette aucun voile sur ses moeurs ! Toutefois cette manière de vivre encourt le mépris, si elle se montre sur tous les points trop à découvert : car les hommes admirent peu ce qu’ils voient de trop près. Mais ce n’est point la vertu qui court le danger de perdre de son prix en se montrant aux regards ; mieux vaut être méprisé pour sa candeur, que continuellement tourmenté du soin de dissimuler. Il faut, à cet égard, un juste milieu ; car il est bien différent de vivre simplement ou avec trop d’abandon.

Alterner la solitude et la vie de société
[17,3] Il est bon de se retirer souvent en soi-même ; la fréquentation des gens qui ne nous ressemblent pas trouble le calme de l’esprit, réveille les passions, et rouvre les plaies de notre âme, s’il y est encore quelques parties faibles et à peine cicatrisées. Il faut donc entremêler les deux choses, et chercher tour à tour la solitude et le monde. La solitude nous fera désirer la société, et le monde de revenir à nous-mêmes : l’une et l’autre se serviront de remède. La retraite adoucira notre misanthropie, et la société dissipera l’ennui de la solitude.

Alterner le travail et le divertissement
[17,4] Il ne faut pas non plus tenir toujours l’esprit tendu ; il est bon de l’égayer quelquefois par des amusements. Socrate ne rougissait pas de jouer avec des enfants, et Caton cherchait dans le vin une distraction à son esprit fatigué des affaires publiques. Scipion, ce héros triomphateur, s’exerçait à la danse, non point en prenant des attitudes pleines de mollesse qui, par le temps qui court, rendent la démarche des hommes cent fois plus affectée que celle des femmes ; mais avec la contenance de nos anciens héros, lorsqu’aux jours de fête ils menaient une danse héroïque, en telle façon qu’ils eussent pu, sans inconvénient, avoir pour spectateurs les ennemis mêmes de la patrie.
[17,5] II faut donner du relâche à l’esprit : ses forces et son ardeur se remontent par le repos. Aux champs fertiles on n’impose pas le tribut d’une récolte, parce que leur fécondité, toujours mise à contribution, finirait par s’épuiser ; ainsi, un travail trop assidu éteint l’ardeur des esprits. Le repos et la distraction leur redonnent des forces. De la trop grande continuité de travaux, naissent l’épuisement et la langueur.
[17,6] L’on ne verrait pas les hommes se livrer avec tant d’ardeur aux divertissements et aux jeux, si la nature n’y avait attaché un plaisir dont il ne faut pas abuser, sous peine de faire perdre à l’esprit toute sa gravité et tout son ressort. Le sommeil est nécessaire pour réparer nos forces, mais vouloir le prolonger et la nuit et le jour, ce serait une vraie mort. Il est bien différent de relâcher, ou de détendre.
[17,7] Les législateurs ont institué des jours de fêtes, afin que les hommes, rassemblés pour ces réjouissances, trouvassent à leurs travaux un délassement, une interruption nécessaires. Et de grands personnages, m’a-t-on dit, se donnaient chaque mois quelques jours de vacance ; d’autres même partageaient chaque journée entre le repos et les affaires. Je me souviens entre autres, qu’Asinius Pollion, ce fameux orateur, ne s’occupait plus d’aucune affaire passé la dixième heure ; dès lors il ne lisait pas même ses lettres, de peur qu’elles ne fissent naître pour lui quelque nouveau soin ; mais durant ces deux heures, il se délassait de la fatigue de toute la journée. D’autres, partageant le jour par la moitié, ont réservé l’après-midi pour les affaires de moindre importance. Nos ancêtres ne voulaient point que, passé la dixième heure, on ouvrît dans le sénat aucune délibération nouvelle. Les gens de guerre répartissent entre eux le service de nuit, et ceux qui reviennent d’une expédition ont leur nuit franche.
[17,8] L’esprit demande des ménagements ; il faut lui accorder un repos qui soit comme l’aliment réparateur de ses forces épuisées. La promenade dans des lieux découverts, sous un ciel libre et au grand air, récrée et retrempe l’esprit. Quelquefois un voyage en litière et le changement de lieu, comme aussi quelque excès dans le manger et dans le boire, lui redonnent une nouvelle vigueur : parfois même on peut aller jusqu’à l’ivresse, non pour s’y plonger, mais pour y trouver un excitant ; elle dissipe les chagrins et réveille la faculté de l’âme, et entre autres maladies guérit la tristesse. On a donné le nom de Liber à l’inventeur du vin, non parce qu’il provoque la licence des paroles, mais parce qu’il délivre l’âme du joug des chagrins, qu’il lui donne de l’assurance, une vie nouvelle, et l’enhardit à toutes sortes d’entreprises.
[17,9] Mais il en est du vin comme de la liberté ; il faut en user avec modération. On a dit de Solon et d’Arcésilas qu’ils aimaient le vin : on a aussi reproché l’ivrognerie à Caton ; mais on me persuadera plus facilement que l’ivrognerie est une vertu, que de me faire croire que Caton ait pu se dégrader à ce point. Quoi qu’il en soit, c’est un remède dont il ne faut pas user trop souvent pour ne point en contracter une mauvaise habitude ; néanmoins il faut quelquefois exciter l’âme à la joie et à la liberté, et faire pour l’amour d’elle quelque trêve à une sobriété trop sévère.
[17,10] S’il faut en croire un poète grec : « Il est quelquefois agréable de perdre la raison. » Platon n’a-t-il pas dit : « Jamais homme de sens rassis ne s’est fait ouvrir le temple des Muses ; » et Aristote : « Point de grand génie sans un grain de folie. »
[17,11] L’âme ne peut rien dire de grand et qui soit au-dessus de la portée commune, si elle n’est fortement émue. Mais quand elle a dédaigné les pensées vulgaires et les routes battues, elle ose, en son délire sacré, s’élever dans l’espace ; alors ce sont accents divins qu’elle fait entendre par une bouche mortelle. L’âme ne peut atteindre à rien de sublime, à rien qui soit d’un difficile accès, si elle n’est comme transportée hors de soi ; il faut qu’elle s’écarte de la route battue : qu’elle s’élance, et que, mordant son frein, elle entraîne son guide, et le transporte en des lieux que, livré à lui-même, il eût craint d’escalader.

Conclusion
[17,12] Tels sont, mon cher Sérénus, les moyens que l’on peut employer pour rétablir et pour conserver la tranquillité de l’esprit, comme pour combattre à leur naissance les vices qui pourraient la troubler. Mais songez bien qu’aucun de ces moyens n’est assez puissant ni assez fort pour maintenir un bien si fragile, si nous n’exerçons une surveillance continuelle sur notre âme toujours prête à se laisser entraîner.

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Anthologie de la poésie française


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Auteur : Gide André
Ouvrage : Anthologie de la poésie française – Moyen Âge, XVIe siècle, XVIIe siècle
Année : 2000

 

AVERTISSEMENT
1 551 pages

PDF

 

 

 

PILLEURS D’ÉTAT


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Ouvrage: Pilleurs d’État

Auteur: Pascot Philippe

Année: 2015

 

 

4ème de couverture

« On ne le dira jamais assez, tous les parlementaires ne sont pas
pourris. C’est même une minorité d’entre eux, mais force est de
constater qu’ils profitent d’une mansuétude complice de la majorité
de leurs collègues. »
Philippe Pascot a côtoyé les élus de tout bord pendant près de 25
ans. Il recense dans cet ouvrage les abus légaux dans lesquels tombe
la classe politique française : salaire exorbitant, exonération d’impôts,
retraite douillette, cumuls, emplois fictifs, déclarations d’intérêts et
d’activités bidons et tant d’autres petits arrangements entre amis.
Derrière une volonté affichée de transparence et de « moralisation »
de la sphère politique, nos élus entretiennent leurs propres intérêts au
travers de lois de plus en plus incompréhensibles, quand nous,
simples citoyens, devons nous serrer la ceinture.
Sans parti pris, l’auteur rend compte de ce pillage d’État et du
système qui le permet.
Adjoint au maire d’Évry Manuel Valls, ancien conseiller régional,
chevalier des Arts et des Lettres, Philippe Pascot milite pour une
réelle transparence de l’exercice politique.
Il est l’auteur avec Graziella Riou Harchaoui de Délits D’élus,
tome 1, 400 politiques aux prises avec la justice (Max Milo, 2014).

 

Citation

« Un peuple de moutons finit par engendrer un gouvernement de
loups ! »
Agatha CHRISTIE

« Tout ce qui est d’intérêt public doit être public. »
Edwy PLENEL

Avant-propos d’échafaud
En l’an demain, quand l’eau aura un peu coulé sous
les ponts et que les médias regarderont ailleurs…
L’aube vient juste de se lever dans la cour et je sais qu’aujourd’hui,
sans bien le comprendre encore, est un jour bizarre pour moi. Je
regarde autour de moi et, petit à petit, se dessinent beaucoup de
présences que je commence à reconnaître. Je constate en balayant
l’ensemble de l’horizon qu’ils sont quasiment tous venus. Pas de peur,
pas de question, je savais qu’un jour cela arriverait.
Ils sont là, dans la cour, l’oeil déjà rivé sur l’outil chronophage mais
indispensable à leur survie quotidienne : le portable haut de gamme et
rutilant. Malgré l’heure matinale pas un seul n’est en débraillé.
Le premier que je distingue à travers mes yeux maintenant bien
ouverts, c’est Jean-Luc Mélenchon. Comme d’habitude, dans une
attitude faussement désinvolte mais éminemment calculée, il essaye de
se mettre devant. Il me fait signe d’avancer d’un geste de la main, l’air
agacé comme l’élu teigneux et vindicatif que j’ai connu du temps où il
formait un trio inséparable avec Julien Dray et Marie-
Noelle Lienemann. Jean-Luc, c’est un type très tolérant sur le
papier ou dans les médias ; Mélenchon, c’est celui qui entrait dans des
colères noires dès qu’on le contredisait. Déjà à l’époque, il cajolait
d’une main pendant qu’il bastonnait de l’autre. Une fois, j’ai eu
l’outrecuidance de présenter des candidats contre lui. Pendant un bout de temps, lors des meetings, il a refusé de s’asseoir à côté de moi.
Tiens, elle est là aussi, Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice
parachutée à Paris après un passage par Hénin-Beaumont. À l’époque
où je la fréquentais, elle était maire d’Athis-Mons. En ce temps-là,
pour faire plaisir à la politique de tonton Mitterrand, elle embauchait
à outrance des demandeurs d’emploi en contrats aidés sur sa
commune. Souvent, on en trouvait en train de buller toute la journée
derrière les fourrés. Sacrée bonne femme que la Marie-Noëlle, qui
n’avait pas sa langue que dans sa poche.
Où est le troisième ? Ah il est là Julien Dray, l’air débonnaire, les
mains dans les poches et le menton enfoncé dans le col de son
manteau. Il a pris encore un peu de poids depuis notre première
rencontre il y a presque trente ans. C’était dans une télé locale, et ce
jour-là je lui ai offert une peluche pour ses enfants. Je crois que ça l’a
marqué, il m’en a parlé vingt ans après. Il a moins aimé les quelques
fois où, lors de ses voeux dans la ville de Sainte-Geneviève-des-Bois,
je lui offrais régulièrement une montre en plastique. Il me fait un petit
signe amical de la tête, je lui renvoie son bonjour d’un hochement de
tête.
Je fais un pas et j’aperçois Jacques Guyard, le Grand Jacques, un
des premiers députés-maires et ministres que j’ai rencontrés. Lui, il
riait toujours, un rire fort et massif qui emportait inéluctablement votre
adhésion. Un grand bonhomme ce Jacques, capable de vous entuber
jusqu’au bout en souriant et en s’arrangeant pour que vous lui disiez,
en plus, merci. Un homme politique comme on n’en fait plus, tout en
classe et en grâce. À côté de lui il y a son vieux copain,
Xavier Dugoin, l’homme du rapport Xavière Tibéri, ancien président
du conseil général de l’Essonne. Toujours la même allure altière, un
homme profondément humain et roublard à la fois. Xavier est capable
de rebondir même quand il est au fond de la piscine, et Dieu sait s’il a
connu le fond de la piscine. Il a, comme Jacques, un côté sympathique que ne possèdent plus beaucoup d’hommes et de femmes politiques
d’aujourd’hui. Il me fait un petit clin d’oeil complice et s’éloigne.
Mine de rien, cela me fait plaisir de voir tout ce beau monde réuni
dans cette cour et semblant être venu spécialement pour une fête ou
une inauguration. Je ne pensais pas en connaître autant de tous ces
hommes et toutes ces femmes que j’ai rencontrés ou avec lesquels j’ai
travaillé ces dernières années. C’est que mes yeux commencent à
s’habituer à la lumière du jour et je distingue maintenant même ceux
qui sont au fond, par timidité ou parce que les autres, plus téméraires
ou carnassiers se sont mis devant. J’en reconnais beaucoup, et
plusieurs visages me sautent aux yeux. Il y a Nicole Guedj, ancienne
ministre et amie très proche de Jacques Chirac. En la voyant, je me
remémore le travail fait. Grâce à moi, elle ne fume plus et a même
réussi à se passer du chewing-gum dont elle était devenue addict.
Toujours aussi élégante, elle me regarde, un petit sourire triste sur les
lèvres. Il y a aussi le très hautain Roger Karoutchi. Lui ne pouvait
pas s’empêcher de me côtoyer avec l’air profondément condescendant
de celui qui sait tout. Je l’ai vu adresser « presque » le même regard à
ses assistants. Pourquoi les choisissait-il l’air si jeune, si éphèbes ?
Pour mieux les dominer peut-être ?
Je suis content car j’aperçois Jean-Vincent Placé. Il me doit son
début de carrière en politique ; « Agnès », femme de ministre, m’avait
appelé pour me demander s’il fallait mettre ou non ce trublion sur la
liste municipale des Ulis. C’est ainsi qu’il est devenu conseiller
municipal même si, honnêtement, il a plutôt brillé par son absence.
Quand je pense qu’il était tout maigre et timide quand je l’ai connu
simple assistant dans un autre parti. Il souffle dans ses deux mains
qu’il a remontées sur son visage, l’air de faussement s’ennuyer,
comme d’habitude, mais ses petits yeux perçants sondent, regardent,
soupèsent tout ce qui l’entoure. Je commence à me demander pourquoi
ils sont tous là : une manif ? Un colloque ? Paradoxalement et confusément je sais que c’est logique, comme dans l’ordre des choses.
Devant moi, il y a une sorte de haie d’hommes et de femmes
politiques qui ont jalonné mon parcours. Marine Le Pen est là,
entourée de Dominique Joly et de Marie-Christine Arnautu que j’ai
bien connue. Derrière eux, un peu en retrait je reconnais
Micheline Bruna, femme discrète et très sympathique. C’était la
secrétaire particulière de Jean-Marie (le père) et nous avions
sympathisé car j’étais le seul élu, hors de son parti, qui lui faisait la
bise pour lui dire bonjour, mais je n’ai jamais – contrairement à
d’autres qui la snobaient ostensiblement – négocié d’accord secret
avec son parti. Elle m’envoie avec Marie-Christine un petit baiser
pendant que j’avance. Je vais encore me faire des ennemis.
Je commence à avoir un peu froid et je me rends compte que je suis
en simple chemise blanche. Je tourne la tête et je vois Serge Dassault
entouré de son aréopage de conseillers. Je suis vraiment content
d’avoir réussi à lui soutirer plus de 100 000 francs de l’époque au
profit d’une association qui luttait contre la leucémie et dont je
m’occupais avec une femme en or : Mme Boucher dite « Maman
Boubou ». C’était l’époque où il voulait être maire de Corbeil.
J’aurais pu lui en soutirer un peu plus si, un jour où il devait nous
remettre un nouveau chèque pour développer la banque de donneurs
de moelle osseuse, quelqu’un ne lui avait pas susurré à l’oreille que
j’appartenais à un parti politique concurrent du sien. Je le revois
encore remettre le chèque dans sa poche et nous prier de sortir
immédiatement, sans ménagement. Pas très élégant de sa part mais le
personnage a-t-il jamais été élégant ? Juste riche, il ne pouvait pas
être les deux.
J’ai encore un peu plus froid. Un petit vent me glace le cou et me fait
frissonner. Ce qui me reste de mon col n’est pas fermé et flotte sur
mon cou offert. Il faudra vraiment que je fasse plus attention à mon
apparence. J’avance encore un peu, à pas lents et mesurés, et je vois Christiane Taubira, toujours pimpante, le sourire carnassier, prête à
mordre si on essaye de l’agresser. Un sacré caractère que n’a pas
supporté longtemps le chauffeur que je lui avais trouvé pour ses
déplacements à Paris. Mais une sacrée bonne femme qui ne s’en laisse
pas compter et qui sait, contrairement à d’autres politiques, ne pas
lâcher même si le vent de la popularité est contraire. J’ai toujours bien
aimé cette femme, je ne sais pas si son affection à mon égard était du
calcul ou de la sincérité.
Un petit groupe me regarde passer, il y a François Lamy en grande
discussion avec Jérôme Guedj, président du conseil général de
l’Essonne, battu lors des départementales de mars 2015, ex-député et
fervent défenseur du mandat unique tant que lui n’en a pas eu
plusieurs, Olivier Thomas, maire de Marcoussis, ancien ennemi de
Guedj devenu son ami, Carlos Da Silva député suppléant de
Manuel Valls ; ils regardent en parlant à voix basse le vieux sénateur
Michel Berson qui est là, debout et encore vaillant. Ce même
Michel Berson qui, grâce au petit paquet de voix que je représentais à
l’époque, est devenu sénateur malgré la traîtrise de son propre parti.
Je prends conscience d’un seul coup que presque tous les élus que j’ai
connus durant mon passage en politique sont là. Les petits et les
grands élus se sont réunis ce matin dans cette cour aux pavés gris.
J’entrevois au milieu d’un groupe qui s’agite, le brave et sympathique
Michel Pouzol, ex-Rmiste devenu député et dont le principal fait
d’armes est d’en avoir fait un livre. Il y a aussi Francois-
Joseph Roux, l’homme par qui l’affaire Tron a commencé. Du coin de
son oeil malicieux, ce roi de la moustache apparente, éminence grise,
Corse et franc-maçon, regarde sans rien dire. Il n’est pas loin
d’ailleurs le député-maire Georges Tron, l’homme qui aimait trop
caresser les chevilles des femmes. Déjà il y a une bonne vingtaine
d’années, quelques-unes de mes amies, femmes et journalistes, ne se
rendaient à des rendez-vous professionnels avec lui qu’en prenant bien soin de mettre des bottines hautes sous un pantalon bien fermé,
tant son incoercible besoin de toucher pouvait devenir envahissant.
Quand j’y repense, parmi cette foule politique, j’en ai froissé plus
d’un et malmené quelques autres. Certains ont même perdu des
élections par ma faute. En 2001, toute une agglomération de cinq
villes est passée dans l’autre camp politique parce que je n’avais pas
accepté le non-respect de la parole donnée et des accords politiques
signés. Être incontrôlable a été, pour les autres, mon plus grand défaut
en politique. En dehors du moule et refusant d’être dans le sérail, je
n’en ai toujours fait qu’à ma tête, refusant de ne pas comprendre ce
pourquoi je votais. Je ne voulais jamais signer un parapheur sans
savoir ce qui était écrit dedans : je bloquais le système, me disait-on.
Impardonnable : j’ai refusé des places, des mandats en or, juste pour
ne pas trahir un ami. On m’a pris pour un ovni, un malade qui ne
comprend rien à la politique. Je n’ai pas accepté non plus les pots-devin
que l’on m’a proposés quelquefois et je comprends que cela en ait
choqué quelques-uns. J’ai toujours préféré inviter à déjeuner le
personnel plutôt que les chefs de service. Beaucoup d’entre eux m’en
ont voulu, d’une colère sourde et vengeresse, d’oser remettre en cause
la sacro-sainte prérogative due à leur rang : être l’interface
obligatoire et incontournable de tout message d’action politique en
direction du personnel. Pardon donc à tous ces chefs de service qui
me regardent aujourd’hui du coin de l’oeil tandis que je passe devant
eux. Ils affichent chacun l’expression parfaite et calculée de celui qui
se veut compatissant et amical mais qui en réalité vous méprise.
Je m’avance un peu. En tournant la tête vers la gauche, j’aperçois
Michel Abhervé. Il a du mal à marcher mais est toujours droit dans sa
tête. C’est un homme de conviction que ses camarades ont éjecté à
cause de sa trop grande droiture. Juste derrière lui se tient le brave
Thierry Lafont qui fut tout étonné de devenir maire de sa ville de
Lisses, simplement à cause d’une triangulaire dont j’étais responsable pour m’être maintenu dans un deuxième tour d’élections municipales.
Il y a aussi celui qui fut pour moi un grand maire, mais trop peu de
temps, de la ville de Courcouronnes : Bernard Bragard. Mal
conseillé et trop en avance sur son temps, cette ancienne plume de
Max Gallo avait aussi eu le courage de dénoncer dans un livre les
turpitudes de Jacques Médecin (le déjà lointain maire mafieux de
Nice). Un contrat d’élimination sur sa tête, Bernard avait dû s’exfiltrer
un an aux États-Unis. Descendu en flèche par son propre camp,
assassiné par ses amis politiques, il a dû céder sa place de maire à un
petit jeune d’un parti radicalement opposé, Stéphane Baudet, qui a
su, depuis, allier jeunesse et sagesse dans une ville difficile. Il est là
d’ailleurs Stéphane, entouré de son aréopage de groupies amoureuses.
Il me donne une petite tape dans le dos quand je passe devant lui
comme pour me dire courage. Un sacré petit gars que j’ai vu grandir et
devenir un vrai politique sans jamais renier son passé ou ses origines.
Une graine de ministre dans un gouvernement futur.
Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter toutes ces
marques d’attention des uns et des autres ? J’ai de plus en plus froid
quand je sens que quelqu’un me pousse un peu rudement dans le dos
comme pour me faire avancer plus vite. Je me retourne et, avec
surprise, reconnais le sénateur Jean-Michel Baylet. Il m’en a toujours
voulu du putsch que nous avions failli réussir contre lui avec
Michel Dary, député, et Michel Scarbonchi, député européen, mon
Corse préféré. Au dernier moment, Émile Zucarelli nous a laissés
tomber pendant que Thierry Braillard (devenu ministre depuis)
négociait en douce une vice-présidence au sein du parti dirigé par
Jean-Michel Baylet en échange de sa soumission immédiate. Il me l’a
fait payer cher durant plusieurs années, et aujourd’hui encore il a l’air
content de me pousser de sa grosse main qu’il appuie sur mon épaule.
Quand je pense qu’il trouvait toujours le moyen de nous faire venir en
congrès de militants au plus près de l’habitation d’une de ses « nombreuses courtisanes » ! Tiens, à ce propos, je vois Sylvia Pinel
en grande discussion avec Jean-Paul Huchon. Celle-là, elle est
devenue députée et ministre uniquement à cause de sa situation très
rapprochée du Jean-Michel cité un peu plus haut. Mon Jean-
Paul Huchon, lui, est toujours jovial et sympathique avec tout le
monde. Pendant six mois à la Région, il m’a appelé Christophe en
séance publique et je lui répondais en l’appelant « Jean-Pierre ». Cela
nous faisait marrer tous les deux mais pas son entourage, surtout sa
directrice de la communication, « Patricia », qui avait tendance à ne
pas aimer que l’on soit impertinent avec « son » Jean-Paul-à-elle-toute-
seule. Tiens, la dame Michèle Saban est là, elle aussi. Drôle de
bonne femme, tout en finesse. La première et dernière fois où elle m’a
invité à déjeuner, elle n’a pas compris que je refuse poliment de lui
servir d’agent de renseignement au sein de mon groupe politique. Elle
me regarde passer, l’oeil dur de celle qui tient enfin sa revanche.
J’en ai croisé un paquet de cette gent politique, de ses faux amis qui
ne le sont qu’en fonction du poids que vous pesez ou de votre carnet
d’adresses. J’ai aussi rencontré, côtoyé, des ministres
sympathiques comme par exemple Jacques Dondoux (que Dieu, Allah
ou Bouddha ait son âme), que j’adorais avec son petit sac plastique de
supermarché en guise de mallette. D’ailleurs, tous les membres du
protocole en étaient horrifiés et faisaient la chasse aux paparazzi qui
cherchaient tous à faire la photo du ministre, son petit sac plastique à
la main. Des souvenirs me remontent à l’esprit. Je revois mon premier
élu de poids qui fut d’abord mon patron avant que je devienne son
principal opposant : Henri Marcille, conseiller général, député, maire
pendant plus de quarante-cinq ans de Bondoufle, sa commune. Je l’ai
aimé et respecté cet homme autant qu’il a dû me détester quand je me
suis mis en travers de son chemin. Il m’avait embauché comme
directeur de la maison de quartier, tenue à l’époque par quelques
malfrats dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Après avoir remis de l’ordre et du contenu dans la ville, nous nous sommes séparés en
raison de sa vision passéiste de la culture et de mon envie de voir les
choses bouger pour les jeunes et les habitants. Mais Henri était quand
même un sacré politicard comme on n’en fait plus. J’ai encore le
souvenir des quelques fois où il m’a collé contre un mur à la sortie
d’une séance de conseil municipal au cours de laquelle je l’avais
fortement titillé. Les habitants nous appelaient « Don Camillo » (pour
moi) et « Peppone » (pour Henri). C’était un homme politique qui,
contrairement et inversement à ceux d’aujourd’hui, n’avait pas
beaucoup de diplômes mais beaucoup de bon sens.
Je me rappelle aussi du ministre Bernard Tapie qui signa 300 à 400
autographes en dix minutes lors d’une manifestation que j’avais
organisée pour lui à Évry. En partant, alors que je le raccompagnais à
sa voiture, je lui transmets le bonjour de l’abbé Pierre avec qui
j’avais bossé quelque temps auparavant. Il me regarde quelques
instants, interloqué, et me souffle, vexé, avant de s’engouffrer dans sa
voiture : « Mais moi aussi je le connais. » Je l’ai revu il y a quelque
temps dans son hôtel particulier rue des Saints-Pères. On devait jouer
le rôle de deux flics pour une caméra cachée. Il s’est dégonflé
quelques jours après la rencontre. Je le cherche des yeux dans la
foule, mais je ne le vois pas. Il n’est sûrement pas là, sinon on ne
verrait que lui.
Thierry Mandon est là aussi, je fais mine de lui serrer la main mais
je m’aperçois avec étonnement que je ne peux pas, mes mains
semblent attachées dans mon dos. Quelques souvenirs de boîte de nuit
avec ce ministre de la simplification me remontent maintenant à
l’esprit. Justement à cette époque lointaine, tout était simple avec lui.
Il ne se tient pas loin de Manuel Valls dont j’ai été l’adjoint durant
quelques années à la mairie d’Évry. Il était sympa, au début. Puis à
mesure de son ascension, sa parole s’est durcie, son attitude a changé.
Il riait de moins en moins, hurlait de plus en plus. Plus il prenait de la hauteur dans sa tête, plus mon estime pour lui descendait. J’ai vu la
cohorte de plus en plus nombreuse de courtisans et « d’aides de
camp » qui petit à petit l’ont séparé des vraies gens. Puis un jour où
nous étions dans l’ascenseur tous les deux, je lui ai demandé ce qu’il
voulait faire en politique, il m’a répondu : « Comme l’ascenseur ».
Nous montions au dernier étage. J’ai préféré descendre avant et le
laisser à la solitude de celui qui cherche à être aimé. Je n’ai pas aimé
ce que j’ai vu derrière la façade lisse du bon communicant qu’il est.
Un jour, il m’a écrit qu’il m’aimait (un moment de faiblesse de sa part
sans doute), je ne sais pas où j’ai foutu ce petit bout de papier, Bof !
De toute manière, les petits bouts de papier avec les hommes
politiques, cela n’a jamais valu grand-chose. Il y a, à ses côtés,
l’éternel factotum, garde du corps, gardien du temple,
Christian Gravel, l’homme avec qui j’aurais pu, j’aurais dû être ami.
Toujours aussi interrogatif le Manu ! Il me regarde à nouveau au fond
des yeux, cherche, soupèse, calcule en une fraction de seconde s’il
peut savoir comment me prendre, me manipuler comme il sait si bien
faire pour acheter sa conscience. Mais il n’y arrive pas avec moi,
comme d’habitude.
Dommage, il aurait pu faire un bon président de la République. Pas
sûr qu’il n’en fasse pas un mauvais. Un de plus.
Quand Manuel s’écarte pour rejoindre son petit groupe de
courtisans, je vois devant moi, comme seule possibilité d’avancer, des
marches en bois que je dois monter et qui mènent vers un ciel bleu qui
sera aussi le bout de mon chemin. Je viens de comprendre que ce qui
m’attend en haut ne va pas être agréable. À vrai dire, je ne suis
toujours pas étonné, même pas en colère. Je savais qu’un jour, il
faudrait que je paye cash l’addition du dérangement causé à
« l’establishment ». La machine finit toujours par broyer le petit grain
de sable qui l’empêche de tourner. Mon grain de sable a tenu durant
plus de trente ans, un beau record dont je peux m’enorgueillir sans rougir.
Il faut maintenant que je monte ces marches dignement comme il sied
au saltimbanque iconoclaste que je suis.
Je jette un dernier regard circulaire autour de moi. Il y a dans la
cour, en plus des élus, des fonctionnaires, des chargés de mission, des
chefs de cabinet, des « secrétaires particulières », tous des faux-culs
de première. Ils sont derrière les élus – au fond, comme il se doit.
Tout ce petit monde que j’ai vu s’agiter autour de leur dieu et maître,
obéissant au doigt et à l’oeil, anticipant même pour les plus aguerris le
moindre désir de leur seigneur « l’élu ». Qu’ils soient « alimentaires »
ou convaincus, j’en ai vu très peu dire à leurs gourous qu’ils se
trompaient ou qu’ils dépassaient la ligne jaune. Je ne suis pas dupe, ils
ne sont pas là pour moi mais parce que c’est l’endroit où il faut être
pour ne pas perdre son job.
Je suis en bas du podium et, tout à côté des marches, j’aperçois deux
vieux briscards de la politique que j’appréciais beaucoup pour leur
non-conformisme d’élus, leur prise de position décalée et sincère aux
services des autres. Des mecs hors norme eux aussi, que l’on a
régulièrement essayé d’assassiner : Chritian Schoettl, maire de
Janvry et conseiller général, et Paul Loridant, sénateur et ex-maire
des Ulis.
Je monte les marches de l’escalier, une à une, lentement, appréciant
chaque pas, embrassant du regard la foule d’hommes et de femmes
politiques qui sont là dans cette cour de la République et que je ne
peux tous citer. Un salut à Anne Hidalgo, toujours courtoise et simple
comme quand elle venait dans la commission que je présidais à la
Région. Un petit coucou à Robert Hue, toujours jovial et barbu ;
Laurent Fabius est là, son petit sourire diplomatique au coin des
lèvres. À mesure que je monte les marches, je vois les regards de
cette multitude d’hommes et de femmes qui s’abaissent vers le sol,
honteux d’avoir participé à l’hallali mais conscients de l’avoir fait pour ce qu’ils pensent être le bien de la nation ou pour que l’ordre soit
respecté. Après tout, c’est ma faute, pensent-ils sans doute tous et
toutes. Je n’avais pas à remuer l’eau d’apparence si claire du
fonctionnement de la politique française et de ceux qui la font. Le
peuple n’a pas besoin de savoir ce qui se passe sous les dorures et les
oripeaux du drapeau. Le peuple n’est pas assez intelligent pour
comprendre que ceux qui font les lois ne peuvent quand même pas se
les appliquer. Il faut que ceux qui sont en bas restent en bas et que
ceux qui sont en haut continuent à rester en haut.
Je fais encore un pas, tout va très vite, d’un seul coup tout bascule, il
n’y aura pas de… Le couperet tombe… Je voulais juste… Clac !

 

Rappel
Tout mis en examen ou non condamné définitivement a le droit d’être
présumé innocent tant qu’il n’est pas déclaré coupable, conformément
à la loi, par un tribunal indépendant et impartial à l’issue d’un procès
public et équitable. Mon but est juste d’informer le lecteur, qui est
aussi un électeur, pour qu’il puisse en toute responsabilité participer
éventuellement à l’assainissement de la classe politique que, par
ailleurs, il décrie de plus en plus chaque jour.
Ce rappel n’a logiquement pas lieu d’être car ce livre traite des abus
– et des systèmes mis en place qui les favorisent grandement –, et non
des délits d’élus.
Néanmoins, je trouve parfois très ténue la frontière entre le délit et
l’abus dont l’élu peut être coutumier…

Introduction

Les abus d’élus se ramassent à la pelle
J’ai découvert avec effarement qu’en dehors des délits référencés
dans le Code pénal et justifiant d’une procédure judiciaire – délits qui
m’ont permis de coécrire un premier tome il y a quelque temps1 –, il y
a aussi, avant, après ou concomitamment aux délits dont les élus se
rendent coupables, une multitude d’abus commis joyeusement dans une
opacité savamment distillée et auto entretenue, toutes tendances
politiques confondues.
Ces abus, privilèges, passe-droits, avantages, selon le nom qu’on
peut leur donner, me laissent pantois et désespéré sur le genre humain.
Le pire, c’est que la plupart de ces « abus » sont revêtus d’une légalité
de façade permettant aux élus d’échapper à toute poursuite pénale et
de se draper en conséquence dans une innocence de circonstance qui
m’enveloppe de beaucoup plus qu’un doute sur l’éthique et la probité
de ceux qui en profitent.
La liste, les détails ou les noms que vous allez découvrir dans les
pages qui suivent ne sont, j’en suis maintenant persuadé, que le dessus
de l’iceberg du monde politique d’aujourd’hui. Bien sûr, il y a, çà et
là, quelques taches sombres en surface. Mais, nous dit-on, ce ne sont
que des petites salissures qui ne remettent pas en cause la vision
majestueuse et respectable de ce bloc de glace que forment la
politique et ses élus. Toutefois la blancheur, ou la transparence apparente, disparaît rapidement dès que l’on essaie, pour comprendre
ou savoir, de descendre en dessous de la surface visible par tout un
chacun.
Il faut creuser, recreuser patiemment l’iceberg pour réussir à
entrevoir ce que cache le vernis superbe que l’on voulait bien nous
montrer. Et plus l’on creuse, plus l’étonnement, l’incrédulité et la
colère vous étreignent, tant tout ce que l’on découvre comme
avantages, privilèges et abus souille la devise républicaine inscrite au
fronton de nos édifices publics : liberté, égalité, fraternité. Car peuton
parler de liberté quand des élus chargés de la défendre la bafouent
régulièrement dès lors qu’il s’agit de divulguer les privilèges qu’ils se
sont autoattribués ? Parle-t-on d’égalité quand on découvre qu’ils
profitent allégrement de passe-droits réservés uniquement à leur
« caste » d’élus ? Et est-ce vraiment de la fraternité que de les voir
abuser régulièrement de privilèges qu’ils refusent avec force à tous
les autres ?
Tous les faits rapportés dans cet ouvrage sont malheureusement
réels, même si parfois le lecteur se surprendra à douter, tant le passe droit
ou l’avantage acquis par l’élu paraît irréel par rapport aux
valeurs simples qu’ils sont censés défendre ou qu’ils nous demandent
de respecter. J’ai moi-même, lors de la découverte de certains
« abus », dû m’y reprendre à trois ou quatre vérifications pour être
bien sûr que ce que j’écrivais ne tenait pas du fantasme populaire ou
de la rumeur malveillante.
Dans un sondage mis en ligne par Transparency France et réalisé
entre le 2 octobre et le 2 novembre 2014, à une des questions posées
dans le cadre d’un engagement citoyen prioritaire, 62 % des avis
exprimés souhaitaient que les élus locaux soient exemplaires. Même si
les élus « profiteurs » ne sont qu’une minorité, et ceux « profiteurs
jusqu’à l’os » une minorité de la minorité (mais couverte et protégée
par la majorité), l’impression globale qui en résulte pour la population n’est qu’un dégoût profond et grandissant pour le monde de
la politique et de ses élus.
Il ne s’agit pas à travers ce livre, comme on nous en a accusés
quelquefois depuis la parution de Délits d’élus, de favoriser les
extrêmes en reprenant la sempiternelle et galvaudée expression du
« tous pourris ». Cette expression tient lieu, d’ailleurs, de message
politique fourre-tout pour quelques partis politiques en mal de
reconnaissance. Elle sert aussi d’excuses (bien pratiques) pour
d’autres qui n’ont, en réalité, que l’aspiration de remplacer ceux
qu’ils dénoncent.
Il ne s’agit pas non plus d’accentuer le rejet de toute la classe
politique, ou comme je l’ai déjà entendu, de précipiter les électeurs
dans les bras des extrémistes, voire de mettre (et j’en tremble
encore…) en péril la démocratie en osant interroger la probité d’une
frange d’élus.
Mais force est de constater que des élus, loin de se serrer la
ceinture, comme chacun d’entre nous est appelé à le faire (et pour
quelques années encore selon les déclarations d’un de nos Premiers
ministres faites récemment au journal espagnol El Mundo…),
bénéficient dans bien des cas et dans beaucoup de domaines de
« traitements privilégiés » qui font qu’ils doivent discrètement
rajouter, eux, des trous à leur ceinture déjà bien longue.
Il faut aussi savoir que ces abus, avantages, privilèges et autres, sont
souvent la conséquence d’un système de fonctionnement politique qui
les engendre et les facilite.
Les élus sont donc coupables des abus et responsables du système.
Pas facile dans ces cas-là de crier à l’innocence.
J’ai donc ramassé des abus d’élus à la pelle et, très honnêtement, à
la relecture de mes découvertes, au vu du système mis en place qui les
engendre et/ou les favorise, dans le brouillard savamment entretenu,
au regard de la désinformation parfois orchestrée, il y a vraiment des coups de pelle qui se perdent…


1. Graziella Riou Harchaoui et Philippe Pascot, Délits d’élus : 400 politiques aux
prises avec la justice, tome 1, Paris, Max Milo, 2014.


 

PREMIÈRE PARTIE : Un système qui produit
des abus… et inversement

1- L’ABSTENTION : AU SERVICE D’UN SYSTÈME POLITIQUE
INÉGALITAIRE
Un système qui arrange surtout les élus

Régulièrement on aborde le sujet, des chiffres et des courbes
viennent nous interpeller par écrans interposés. Puis, l’élection
passée, le soufflé et la culpabilisation du devoir non accompli
retombent vite et l’on se donne toutes les excuses, éculées mais
tenaces, pour se justifier.
D’un côté, les abstentionnistes qui sont persuadés que voter, « de
toute manière, cela ne sert à rien » parce qu’« à quoi bon, ils sont tous
pareils » ; de l’autre, les votants, qui accusent les non-votants de
plomber la démocratie, persuadés qu’il faut s’exprimer même si on
sait que cela ne changera pas grand-chose et que le choix est parfois
limité, voire identique.
Au milieu, il y a l’élu pour qui l’abstention n’est pas un travers mais une chance. Moins il y a de monde, plus c’est facile d’être élu et
surtout réélu.
Laisser l’abstention se répandre et gagner un terrain de plus en plus
important à mesure des élections, c’est donc, à terme, favoriser
l’émergence de deux catégories d’individus qui ne pourront que
s’éloigner les uns des autres et creuser le fossé, toujours plus profond,
de ceux qui seront en bas dans la pénombre (les classes populaires) et
ceux qui seront en haut à la lumière (les élites). À titre d’exemple,
aujourd’hui 82 % des sénateurs et députés sont des cadres ou exercent
des professions intellectuelles alors que cette catégorie ne représente
que 13 % de la population active.
Par ailleurs, peut-on sérieusement dire qu’un élu, s’il peut susurrer
qu’il est élu démocratiquement, est légitime et représentatif quand, à
quelques exceptions près, il est élu avec une moyenne de moins de
trois électeurs pour dix inscrits ?

Où s’arrêta l’abstention ?
Toutes les études le montrent : l’abstention est toujours plus forte en
France depuis 1958, et ce, pour toutes les élections (à une ou deux
près en soixante ans de vote). Et ceux qui ne vont pas voter, nombre
qui va en augmentant, appartiennent aux classes populaires. Les
catégories défavorisées ne se reconnaissent pas dans la classe
politique censée les représenter ; comme leurs intérêts ne sont pas pris
en compte, elles ne votent plus, et comme elles ne votent plus, leurs
intérêts sont de moins en moins pris en compte par les élus.
Si on ne met pas un coup d’arrêt brutal à ce fleuve abstentionniste au
débit de plus en plus grand, on renforcera un peu plus à chaque
élection la dichotomie entre l’élu et la population qu’il représente.
Il y aura ceux qui iront encore voter, certes de moins en moins
nombreux, mais qui voteront de plus en plus pour des candidats à leur
image (la couleur politique ne jouera plus qu’à la marge pour le choix du candidat) et de l’autre, les classes populaires (de plus en plus
nombreuses) qui ne se reconnaîtront pas (et de moins en moins) dans
ces « élites » de plus en plus éloignées de leur préoccupations
quotidiennes. Aujourd’hui, 52 % des Français sont employés ou
ouvriers, contre 3 % des députés2 ; et l’écart ne peut que s’agrandir.
Par voie de conséquence et n’ayant d’autre choix que l’abstention,
les classes populaires iront de moins en moins voter (pour qui ?
pourquoi ?, « bonnet blanc et blanc bonnet ! », « peste ou choléra ! »)
et le piège se refermera de plus en plus fort autour du cou de la
représentativité réelle des élus de la République.
Cette distorsion qui ne pourra que s’accentuer entraînera une
incompréhension de fait entre l’élu et une majorité grandissante des
citoyens (dont l’élu pourtant s’évertuera à dire qu’il en tire sa
légitimité).
Si on prend quelques-unes des dernières élections qui se sont
déroulées en France il y a quelques mois, ce n’est plus une sonnette
d’alarme qu’il faut tirer mais la sirène des pompiers qu’il faut
actionner, voire déclencher le plan ORSEC tant les faits constatés
deviennent un déni de la démocratie.
Ainsi, au premier tour d’une élection législative partielle dans
l’Aube (décembre 2014), il y a eu 75 % d’abstention : sur 65 758
inscrits il n’y a eu que 24,63 % de votants pour huit candidats en lice.
Le candidat arrivé en tête a obtenu 40,76 % des voix, soit 6 601 voix.
Si on rapporte ce chiffre au nombre d’électeurs, cela signifie que le
candidat ayant eu le plus de voix lors de ce premier tour a recueilli en
termes de légitimité et de représentativité le vote de un électeur sur
dix. Le deuxième, lui, dépasse tout juste le demi-électeur sur dix.
De même à l’élection partielle de la 21e circonscription du Nord qui
s’est déroulée en juin 2014 : au premier tour, neuf candidats et
74,16 % d’abstention. Pire, au deuxième tour, et malgré « l’appel
républicain » habituel, il y a eu 76,21 % d’abstention. La légitimité du nouveau député Laurent Degallaix, dont tous les médias ont proclamé
l’élection avec un score de 72,14 % des voix, ne représente en réalité
que l’expression d’un peu plus d’un électeur et demi sur dix.
Si l’on considère les dernières élections municipales, dans les 30
plus grandes villes de France en nombre d’habitants3 (donc,
logiquement, le plus grand nombre d’électeurs inscrits sur les listes
électorales), on s’aperçoit que dans seulement quatre villes les listes
arrivées en tête des suffrages sont élues avec un peu plus de trois
électeurs sur dix : Bordeaux (33,12 %), Toulon (30,33 %), Angers
(31,67 %) et Saint-Denis (33,55 %). Quand on sait que les élections
municipales sont les élections où le taux d’abstention est le plus
faible, je vous laisse imaginer la représentativité réelle des autres élus
de la République… sans compter que le taux de votants n’est jamais
qu’une moyenne nationale.
Si l’on prend les villes au cas par cas, on se rend bien compte que la
légitimité des élus est contestable. Ainsi, Roubaix, Villiers-le-Bel,
Vaux-en-Velin et Évry font partie des municipalités qui ne représentent
même pas 20 % de la population dont les élus sont censés être les
représentants, tandis qu’il n’y a même pas trois électeurs sur dix
inscrits qui ont voté à Toulouse, Nantes, Rennes, Reims, Saint-Étienne,
Dijon, Brest, Clermont-Ferrand, Amiens, Aix-en-Provence, Limoges,
Nîmes, Tours, Besançon, Lille, Le Havre, Metz, Le Mans, Grenoble,
Nice ou Villeurbanne.
Pourquoi ne pas inscrire tous les résultats électoraux en pourcentage
de votes exprimés (les votants) mais accompagnés du pourcentage en
vote des inscrits ?
Une proposition simple à mettre en place ne nécessitant aucune loi,
juste une volonté des politiques pour renforcer la légitimité de leur
élection.
Ne pas tenir compte de cette situation qu’on retrouve sur l’ensemble
du territoire, c’est comme être un médecin (l’élu) qui laisse une gangrène (l’abstention) s’étendre sur tout le corps du patient (les
électeurs). Le médecin sait que le patient va mourir s’il ne coupe pas
le bras mais il laisse faire. Après tout, il y aura d’autres patients, et lui
sera toujours médecin…

Un jeu gagnant pour les élus « roublards »
Si vous savez cajoler l’électeur qui a voté pour vous, le brosser
dans le sens du poil, vous êtes quasiment sûr d’être réélu à vie. Après
tout, il n’y a que quelques mains à serrer (une sur dix), des chocolats à
offrir, un bon repas au club des anciens. Mieux encore : on peut imiter
la mairie de Puteaux et acheter pour 220 000 euros d’aspirateurs de
marque, soit entre 3 000 et 3 500 appareils, que l’on offre ensuite
gracieusement aux seniors de la ville ; ou bien une cafetière à
dosettes. De quoi récupérer un certain nombre de voix aux
municipales4… Ailleurs, on distribue des logements ou des emplois
communaux, on verrouille un petit groupe d’individus de son parti
d’une poigne de fer. On ajoute à tout cela un peu de gouaille et de
repartie et tant pis si on ne satisfait pas la quasi-majorité des
électeurs ; ils n’iront pas voter.
Un bonheur pour une réélection !

 

II – L’ABSTENTION DES PARLEMENTAIRES :PLUS
IMPORTANTE QUE CELLE DES ÉLECTEURS !

Ou l’art de ne pas être là, tout en faisant croire
qu’on y est !

suite… PDF

WILAYA III, WILAYA IV


WketDZ

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/ff/Larbi_Ben_M%27hidi%2C_Abane_Ramdane_et_le_colonel_Sadek_en_1956.jpg

 

LE GRAND TABOU


Hicham HAMZA

PANAMZA

Le vrai racisme.


integritydyl.wordpress.com

https://integritydyl.files.wordpress.com/2018/08/no-racism.jpg?w=300&h=224

Il n’y a pas que les insultes, les invectives et les railleries – réprimées par la loi – pour témoigner du racisme et de ses avatars, l’antisémitisme, l’islamophobie, le nationalisme, le sexisme, etc.  Quand bien même ils s’en défendent ou tentent de le travestir, le racisme est avéré chez ceux qui font une fixation et une généralisation sur un groupe d’individus. Les Arabes et les Noirs par-ci, les Occidentaux et les Blancs par-là. Les Migrants (ou Emigrés) par-ci et les Autochtones par-là. Les Juifs et les Chrétiens par-ci et les Musulmans par-là. Les Chiites par-ci et les Sunnites par-là. Les Salafis, les Soufis, les Tablighis, les Frères Musulmans par-ci et les Musulmans modérés par-là. Les Marocains et les Tunisiens par-ci et les Algériens par-là (et inversement). Et sans oublier les différentes ethnies africaines par-ci par-là. C’est d’autant plus idiot que personne n’est totalement identique ou forcément d’accord avec ceux auxquels les petits esprits les apparentent.
Il est une sagesse populaire que tout un chacun serait avisé de se remémorer plus souvent qu’à l’ordinaire : « Il y a des bons et des mauvais partout ! ». Quand des migrants perpètrent des méfaits, c’est l’immigration qui est accusée de tous les maux. Quand un groupuscule identitaire commet des profanations de mosquées ou des agressions personnelles, leur bled tout entier est soupçonné de fascisme. Quand le régime israélien riposte de façon disproportionnée aux bravades palestiniennes, les Juifs du monde entier sont génétiquement incriminés. Et quand des Musulmans ont des comportements extrémistes, l’ensemble de leurs coreligionnaires est suspecté d’avoir les mêmes velléités. Et les membres de ces communautés auront beau vivement condamner ceux des « leurs » qui se comportent mal, leurs détracteurs ne manqueront jamais de « les mettre dans le même sac ».
Par contre, il est excessif de percevoir systématiquement de l’ostracisme chez ceux qui dénoncent les travers des membres d’un ensemble humain auquel ils n’appartiennent pas. L’intolérance, le sectarisme, l’injustice voire la mécréance doivent pouvoir être pointés lorsqu’ils sont fondés et tant que les cas isolés ne sont pas étendus à la totalité de leurs « semblables ». Et ceux qui se piquent de condamner les exactions des « étrangers à leur communauté » doivent accepter en retour que les leur soient fustigés comme il se doit quand ils le méritent. De bonne foi personne ne pourra jamais affirmer que le bon droit est toujours et uniquement dans son camp.
C’est par contre assurément de mauvaise foi que d’aucuns accusent l’Islam de maltraiter les non-Musulmans.[1] Les mérites des communautés humaines sont reconnues par le Coran[2] et seuls les éléments qui se comportent mal sont condamnés au sein des populations,[3] jamais l’intégralité. L’injustice est de surcroît réprouvée même envers les ennemis.[4] Il en va malheureusement autrement de ceux qui se prétendent les disciples du Prophète Mohammed (ص) et omettent sciemment ses recommandations.[5] Sans vergogne, nombre d’entre eux, manifestent du racisme jusqu’envers leurs « frères » dans la foi en refusant de les marier à leur fille, de les inviter à manger ou à ce qu’ils dirigent les offices de prière, les mosquées ou les associations islamiques, uniquement à cause de leur couleur de peau, de leur nationalité ou de leur orientation religieuse…
Le vrai racisme, c’est d’abominer l’autre pour la simple raison qu’il est différent, de le mépriser en fonction de critères subjectifs et de faire une fixation sur tous ses faits et gestes en leur donnant une connotation négative et en arguant de justifications absurdes. S’il s’opère surtout entre des individus d’origines, de cultures, de nationalités, de sexes, ou de cultes différents, il n’épargne pas les nantis vis-à-vis des défavorisés ou les érudits par rapport aux illettrés. Et pour en finir avec la patrie des droits de l’homme, le prétexte d’un supposé « grand remplacement » suffit à ses chauvins pour que ses grands principes de démocratie, de liberté d’expression, d’égalité de traitement et de fraternité bienveillante disparaissent comme par enchantement.
[1] Le Prophète de l’Islam a dit : «Si quelqu’un cause des torts à un sujet non-Musulman, ou diminue son droit, ou le force à travailler au-delà de ses capacités, ou prend de lui quoi que ce soit sans son consentement, je plaiderai pour lui le Jour du Jugement dernier. » (Abou Daoud 19/33). « (Le Calife Omar) dit : … et j’adresse encore des recommandations concernant ceux qui sont sous la protection de DIEU et de son Envoyé (Dhimmis) : « il faut observer fidèlement les engagements pris envers eux, combattre pour les défendre, et ne pas leur imposer de charges au-dessus de leurs forces »» (Boukhary 56/174/1).
[2] « Ô enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés lorsqu’en vérité Je vous donnais excellence au-dessus des mondes. » (Coran 2 :47). « Et quand Moïse dit à son peuple : « O mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait de DIEU sur vous lorsqu’IL a désigné parmi vous des Prophètes ! Et II a fait de vous des rois. Et Il vous a donné ce qu’IL n’avait donné à nul de par les mondes ». » (Coran 5 :20). « Tu trouveras à coup sûr dans les Juifs et les faiseurs de dieux, les plus forts en fait d’inimitié Et tu trouveras à coup sûr les amis les plus proches des croyants dans ceux qui disent :  » Nous sommes Nazaréens (Chrétiens). » C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. » (Coran 5 :82).
[3] « CEUX des gens du Livre qui mécroient, ainsi que les faiseurs de dieux ». (Coran 98 :1,6) – « CEUX des Enfants d’Israël qui ont mécru ont été maudits par la langue de David et de Jésus fils de Marie. Parce qu’ils désobéissaient. Et ils transgressaient, en effet, sans s’interdire entre eux ce qu’ils faisaient de blâmable. Comme est mauvais, certes, ce qu’ils faisaient. » (Coran 5 :78-79).
[4] « Ho, les croyants ! Allons ! Debout, témoins pour DIEU avec justice ! Et que la haine d’un peuple ne vous incite pas à ne pas faire l’équité. Faites l’équité : c’est plus proche de la piété. Et craignez DIEU. Oui, DIEU est bien informé de ce que vous faites. » (Coran 5 :8). «Ho, les croyants ! Allons ! Debout, témoins pour DIEU avec justice ! Fût-ce contre vous-mêmes ou contre père et mère ou proches parents, et qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux ; car DIEU a priorité sur les deux. Ne suivez donc pas les passions, afin d’être justes. Si vous louvoyez ou si vous devenez indifférents, alors oui, DIEU demeure bien informé de ce que vous faites. » (Coran 4 :135).
[5] « L’Arabe n’a pas de mérite sur le non-Arabe, ni celui-ci sur l’Arabe, le blanc n’a pas de mérite sur le noir, ni celui-ci sur le blanc ; sauf par la piété » (Sermon du Prophète (ص) lors du pèlerinage d’adieu). « Ecoutez et obéissez, même si vous avez pour chef un Abyssin dont la tête ressemble à un raisin sec. » (Boukhary 10/54/2 – 10/56/1 – 93/4/1).