LES DÉCOMBRES


  

par  LUCIEN REBATET

EDITION SUR L’INTERNET
AAARGH
juillet 2004

“La sottise est sans honneur”
CHARLES MAURRAS (26 août 1939)

A MA MÈRE
AUX AMIS QUI ME RESTENT

AVANT – PROPOS

La France est couverte de ruines, ruines des choses, ruines des dogmes, ruines
des institutions. Elles ne sont point l’oeuvre d’un cataclysme unique et fortuit.
Ce livre est la chronique du long glissement, des écroulements successifs qui
ont accumulé ces énormes tas de décombres.
D’autres mémorialistes viendront, qui auront connu davantage d’hommes
célèbres, joué dans les événements un rôle plus considérable. On lira ici les
souvenirs d’un révolutionnaire qui a cherché la révolution, d’un militariste qui
a cherché l’armée, et qui n’a trouvé ni l’une ni l’autre. Pour des témoignages
de cette sorte, la première condition de l’absolue sincérité est que l’auteur y
parle souvent de lui. Je ne pense donc point avoir à m’en excuser. Je n’aurais
pas multiplié tant de sensations, de réflexions personnelles, si je n’avais su que
maints lecteurs s’y reconnaîtraient.
Il m’aurait été facile de faire un livre de définitions aussi épais que celui-ci
sur les concepts de démocratie et de national-socialisme. J’aurais pu
provoquer une fort belle bataille de mots autour d’eux. Mais ces jeux élégants
n’ont que trop duré. La démocratie, le national-socialisme sont des
phénomènes suffisamment concrets pour qu’il soit superflu d’en faire encore
une glose. J’ai préféré peindre de mon mieux la vie et la lutte de ce qu’ils
représentent. Les dernières pages de ce volume pourront paraître sans doute
sommaires. Mais il n’a point été dans mes intentions d’en faire un manifeste
qui ne saurait être qu’une oeuvre collective. Je souhaite qu’on y entende plutôt
un cri de ralliement, celui qui doit sortir de toutes les bouches vraiment
françaises.
J’ai parlé sans ménagements de plusieurs hommes qui ont eu naguère mon
estime ou mon affection. Mais ce n’est point moi le renégat, ce sont eux. Je
suis resté dans la logique de mes principes, fidèle à mes convictions qui étaient
ou semblaient être les leurs. Pour eux, ils ont dévié, tourné casaque, vilipendé
les premiers leurs amis, créé à mon pays par leurs folles humeurs une quantité
de périls supplémentaires. Je n’allais pas, au nom de liens anciens qu’ils ont
brisés de leurs mains, étendre un silence équivoque sur leurs palinodies et
leurs trahisons.
Je tiens à dire encore que je n’ai à recevoir de personne des leçons de
patriotisme, et que je puis prétendre au contraire à en donner. Je suis un de
ceux qui, s’ils avaient été écoutés et suivis avant-guerre, voire depuis
l’armistice, auraient évité à notre patrie tous ses malheurs, les auraient en tous
cas largement réparés déjà. J’ai acquis le droit d’entendre mon devoir à ma
façon, et d’estimer que c’est la meilleure.

Des personnages dont toute l’ardeur nationale consiste à se claquemurer,
depuis deux ans, dans de séniles, impossibles ou répugnantes espérances, vont
hennir d’horreur en considérant le tableau que je fais de notre pays. Mais
l’inertie, la pudibonderie de ces gens-là nous ont déjà coûté assez cher. On ne
choisit pas son heure pour débrider des plaies infectées, pour arrêter une
gangrène.
La France est gravement malade, de lésions profondes et purulentes. Ceux
qui cherchent à les dissimuler, pour quelque raison que ce soit, sont des
criminels.
On connaît ce drame lamentable encore trop fréquent dans notre absurde
bourgeoisie. La jeune fille d’une bonne maison s’étiole. Le médecin consulté
décèle une tuberculose pulmonaire. La famille rassemblée se récrie aussitôt : “
Non, ce n’est pas possible, il n’y a jamais eu de phtisiques chez nous. Le
sanatorium ? Quelle abomination ! Que diraient les voisins ? ” On met la
main sans peine sur un charlatan qui rassure, qui offre ses drogues. On soigne
l’enfant pour une bronchite dans un entresol distingué et ténébreux. On vante
sa bonne mine. Au printemps prochain, elle sera debout. Et au printemps, la
petite Colette, la petite Marie-Louise, qui pouvaient guérir, meurent à dix-huit
ans.
Je ne veux pas voir déposer la France entre quatre planches. Si elle était
condamnée, ce serait alors que l’on pourrait la bercer, lui parler de mirages,
lui cueillir des couronnes. Je me refuse, quant à moi, à croire qu’elle soit
incurable. Mais pour la traiter et pour la sauver, il faut d’abord connaître les
maux dont elle souffre. Ce livre est comme une contribution à ce diagnostic.
J’aurais voulu être requis par des besognes plus positives. Ces pages auront
trompé un peu mon impatience. Mais que vienne donc enfin le temps de
l’action !

suite…

http://www.pdfarchive.info/pdf/R/Re/Rebatet_Lucien_Romain_-_Les_decombres.pdf

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