La France LICRAtisée


 

par Anne Kling

Année : 2006

Préface d’Alain Soral

Enquête au pays de la Ligue internationale
contre le racisme et l’antisémitisme
– Quelle est son origine ?
– Quels sont ses objectifs, ses méthodes, ses alliés ?
– Quel est le secret de son influence ?

« À l’encontre de bien des prévisions, de toutes
les espérances, le progrès des arts et des métiers, des
Sciences et des techniques n’a pas apporté à l’humanité
un progrès intellectuel et moral parallèle,
mais lui vaut plutôt une régression sensible. Les
Lumières, comme on disait au XVIIIe siècle, sont
aujourd’hui en raison inverse des conquêtes de
l’électricité.
Tout ce qui devait éclairer la conscience de
l’homme est employé à mieux tromper, à répandre
les préjugés… Et le nombre décroît chaque
jour des individus capables dépenser par eux-mêmes…»

Boris Souvarine, 1937.

Préface
On me demande de préfacer un livre critique
sur la LICRA (pour un livre apologétique, je me
doute qu’on n’aurait pas fait appel à moi).
D’emblée je sais que je devrais dire non. Une
préface pour un livre critique sur la LICRA c’est,
outre un énième travail non payé, la certitude de
m’attirer des ennuis. C’est qu’ils sont méchants,
et organisés, les antiracistes professionnels, surtout
envers les petits Français comme moi, qui ont
le malheur d’être nés « de souche », peau
claire et yeux bleus…
Malgré la qualité évidente du bouquin, son
objectivité morale, je devrais donc répondre non.
Les gens qui me veulent du bien m’y incitent
d’ailleurs instamment. N’ai-je pas déjà un procès
pour « incitation à la haine raciale » sur les bras ?
Étrange République française, en effet, où un
écrivain républicain, parce qu’il critique les
communautarismes et un certain républicanisme

à deux vitesses qui, par sa jurisprudence, n’est
pas pour rien dans la destruction de notre universalisme
citoyen, se voit pourchassé par la
justice. Renvoyé au tribunal par le procureur de
la République sur ordre d’une obscure association
communautaire qui l’accuse d’avoir manqué
de respect au fameux peuple élu ! De peuple de
France, de citoyens, de République une et indivisible
qui ne reconnaît dans la sphère publique
ni communauté ni lobby, il n’en est même plus
question. Je sais bien que le droit, c’est le droit
du plus fort, mais ces derniers temps, sur certaines
questions, on se passe ouvertement du droit.
Je devrais donc refuser d’écrire cette préface,
par trouille, par soumission, parce que j’ai bien
compris, moi aussi, comme tous ceux qui fréquentent
les hautes sphères et les cimes, pour
qui tapine la raie publique dans la réalité… Mais
voilà, je suis d’un naturel taquin, c’est plus fort
que moi, je n’aime pas trop faire là où on me
dit de faire. Péter de travers sur certains sujets
me procure cette sensation orgueilleuse de me
différencier des chiens.
Je vais donc accepter de la rédiger, cette préface
à emmerdes sur notre France licratisée… Pas
parce que ça m’amuse, ni même parce que ça

m’intéresse particulièrement (ces derniers temps,
je serais plutôt attiré par la plongée) mais, comme
dirait maître Badinter, par principe.
Qu’écrire ?
Pour commencer par le commencement,
LICRA ça veut dire : Ligue Internationale Contre
le Racisme et l’Antisémitisme. Et puisqu’on
nous dit que l’antisémitisme c’est du racisme,
LICRA veut donc dire : Ligue Internationale
Contre le Racisme et… le Racisme! Ce qui est
pour le moins redondant !
À moins que l’antisémitisme ne soit tout autre
chose… Mais je sens que je ne devrais pas persévérer
dans cette voie ! Après tout, la logique ces
derniers temps… On a bien vu avec la tribu Ka,
dissoute en 24 heures pour avoir voulu imiter
certains qui, eux, ratonnent impunément depuis
25 ans sur le sol de France et qui s’en vantent,
avec la bénédiction des autorités…
Je dois bien admettre que des esprits fins, une
certaine droite dont je ne viens pas, me répétaient
depuis 30 ans ce que je refusais de croire,
parce que je trouvais ça trop dégueulasse et trop
laid : à savoir que l’antiracisme institutionnel,
c’était d’abord du racisme anti-français ! Comme si
certains puissants voulaient faire payer ad vitam

 aeternam à notre bon peuple – ou du
moins ce qu’il en reste – sa trop grande obéissance
au maréchal Pétain… En vertu de quoi les
rappeurs peuvent insulter la France, là c’est de
l’art, tandis que si le Français s’en plaint, là la
LICRA se charge de lui rappeler le racisme, et la
liberté, et le droit.
Quoique…Ça change un peu ces derniers
temps.
J’ai fait un texte là-dessus, une commande
pour une petite revue sans intérêt, un « spécial
Léon Bloy », et comme la bande de petits
mondains qui l’animait me l’a finalement
censuré, moi qui suis du genre têtu et paresseux,
je profite de l’occasion qui m’est offerte pour le
recaser. Vous verrez à la lecture que ce n’est pas sans
rapport avec le sujet…
« Ce que cache le foulard
(De la mauvaise foi, du conformisme et de
l’étrange évolution de l’intellectuel français sur la
question immigrée)
Sous l’Ancien Régime, la « mauvaise foi » désignait
le non respect du dogme de l’Eglise, la
mauvaise compréhension de l’ordre divin. Depuis

l’avènement de la Raison et de sa classe
sociale, la bourgeoisie, la mauvaise foi signifie
désormais le refus de suivre la Raison quand
celle-ci vous met en porte à faux et vous montre
du doigt.
Le contraire de la mauvaise foi étant la bonne
foi, que ce soit celle des Évangiles ou de l’honnête
homme, la bonne foi m’impose de constater une
certaine déraison sur la question de l’anti-communautarisme
actuellement en vogue.
Depuis les années 70 jusqu’au 21 avril 2002 (pour
faire simple), le discours dominant, officiel, nous
interdisait de nous plaindre des délinquants nord-africains
sous prétexte qu’ils étaient jeunes (argument
68), qu’ils étaient différents (argument communautaro-
différentialiste), qu’ils étaient pauvres(argument
marxiste) et surtout que leur ressentiment légitime
leur venait de l’odieuse colonisation française.
Si le bourgeois de l’ascendance a forcé l’admiration
de l’Histoire pour son sens critique (Voltaire,
Rousseau.. .), le bourgeois de la décadence peut se
définir par son conformisme. Comme nous l’a amplement
démontré Flaubert, il fait là où on lui dit
de faire. Ainsi, en réponse à l’insupportable délinquance
nord-africaine subie par le beauf depuis
qu’il fut chassé des centres-villes, le bourgeois, pourtant

responsable de son sort, le traitait invariablement
de « facho » comme on le lui avait appris.
«On » désignant plus précisément l’intellectuel souvent
issu d’une communauté très en pointe dans le
secteur des idées depuis son émancipation des ghettos
au XIXe siècle, et plus encore sur le terrain du
discours après la défaite nazie.
Or, chose étrange, depuis que le beur de banlieue
n’aboie plus « sale français »: mais « sale feuj » pour
cause de solidarité imaginaire (comme dirait Alain
Finkielkraut) avec les Palestiniens de l’lntifada, ces
mêmes intellectuels ( …), eux qui nous avaient interdit
de nous plaindre, eux qui exigeaient même que
nous battions notre coulpe de vilains colons exploiteurs,
nous intiment l’ordre, dans autant de médias
à la botte, de châtier les vilains beurs, ni jeunes, ni
différents, ni pauvres, ni victimes désormais,seulement
machos et antisémites.
Message on ne peut plus clair… dans la République
française, être anti-français ce n’est rien, mais être
anti-israélien c’est impardonnable… surtout pour des
intellectuels qui ne manquent pas une occasion
d’afficher leur soutien à ce champion contemporain
du racisme colonialiste et dont le chef vient d’être
démocratiquement réélu haut la main, j’ai nommé
l’État d’Israël du coolissime général Sharon !

Une bouc-émissairisation des maghrébins de
France qui s’est encore accrue depuis la chute de
Bagdad, qu’on peut aussi comprendre comme la
victoire des intérêts américano-sionistes et la défaite
des non-alignés, défenseurs des petits peuples et de
la cause palestinienne (…)
Pour en revenir au conformisme bourgeois, prétexte
à cette diatribe, n’y aura-t-il bientôt plus en France
que Brigitte Bardot pour oser s’offusquer de ce que
certains malins envoient des immigrés transformer les
églises, symbole de notre histoire chrétienne, en lieux
d’aisance ? Ces mêmes malins qui, n’en doutons pas,
n’hésiteront pas demain à retourner l’opinion agacée
contre les sans-papiers, si d’aventure l’idée leur vient
d’aller chier dans des synagogues ! ».
C’était avant la mésaventure Dieudonné. Reconnaissez
que le texte était prémonitoire, parce que le
racisme ces derniers temps… un coup c’est blanc,
un coup c’est noir ! Et les mêmes qui défendaient
les immigrés du sud contre les méchants Européens
au nom de la solidarité des minorités opprimées,
nous proposent aujourd’hui, sans vergogne, l’union
sacrée contre les « arabo-bamboulas violeurs et
assassins », au nom de la solidarité des judéo-chrétiens !
Signé Finkielkraut et Bernard Kouchner,

même Le Pen n’aurait pas osé. Il doit en falloir du
réseau, du pognon et de la soumission d’élite pour
faire gober cette parfaite escroquerie au peuple de
notre beau pays. Un pays où un avocat français, à
double, voire triple passeport, se voit chargé par un
ministre de l’intérieur de nous expliquer comment
on doit s’y prendre avec nos immigrés, lui qui
rentre à peine d’un stage de ratonnade en Palestine
sous l’uniforme israélien ! Le métissage, il nous en
gave, le petit-fils d’officier de la Wehrmacht, mais
il n’en mange pas !
Eh oui, c’est comme ça : la définition du racisme
ça change… en fonction des intérêts bien
sentis de certains, toujours les mêmes, et qui
non contents de faire profession d’antiracisme,
prétendent au surplus exister par le droit divin
et le droit du sang ! Difficile de faire pire dans
la méprise du sens… et de la justice.
Vous ne me ferez pourtant pas dire que le
racisme n’existe pas. Le racisme existe, c’est même
la vilaine chose la mieux partagée du monde.
Partout, toujours, il y a eu ceux de la tribu, du
clan et à l’extérieur les sauvages, les barbares. En
vertu de quoi les blancs se méfient des noirs, les
noirs se méfient des blancs et la seule chose qui
les différencie au fond, c’est l’exploitation. Car il

faut bien reconnaître que depuis des siècles, et
quelle que soit leur animosité réciproque, ce sont
plutôt les blancs qui bottent le cul des noirs et qui
les exploitent, pas l’inverse.
Quant à en concevoir de la culpabilité, ça
dépend des valeurs. Moi qui fus communiste,
j’en ressens un peu, mais d’autres vous diront
qu’après tout, il n’y a pas de honte à être le plus
fort ? Quand une équipe nationale en écrase une
autre au football, elle ne se met pas à chialer en
demandant pardon. (On pourrait même se demander
d’où nous vient cette tendance exponentielle
à la jérémiade, mais c’est une autre question…)

Pour en revenir à la LICRA, en fonction des
valeurs qu’elle affiche et qu’elle prétend défendre,
là on se situerait plutôt dans l’exploitation… de la
crédulité humaine ! C’est d’ailleurs la vertu de ce
livre, et son sérieux, de l’expliquer très bien. Il
existerait donc sur notre terre humaniste et
chrétienne, deux saloperies : le racisme, qui est une
idée assez laide, et l’antiracisme institutionnel.
Contre la première, je ne crois pas qu’on puisse
faire grand chose, sinon permettre aux peuples de
vivre séparés, afin qu’ils s’apprécient de loin, par
petites touches, d’exotisme à exotisme… Le métissage

forcé et l’antiracisme de, flic étant la matrice
même de la haine. Contre la seconde, cette manip
historique, cette histoire de réseau dont le martyre
médiatique d’un Dieudonné nous a bien permis
d’apprécier toute la duplicité, on peut aider les
gens à être moins naïfs et moins cons. En aidant
par exemple ce livre argumenté, lucide et précis à
se faire connaître, ce que je fais par cette préface,
dans la faible mesure de mes moyens.
J’espère qu’au jour de justice, là-haut, au ciel,
ce petit acte de morale et de courage ne sera pas
retenu contre moi, parce qu’ici-bas, dans notre
belle République laïque et égalitaire, j’avoue ces
derniers temps que j’ai cessé d’y croire.
Bonne lecture…
Alain Soral
http://www.alainsoral. com

Alain Soral est l’auteur d’un certain nombre
d’essais, notamment Sociologie du dragueur, Socrate
à Saint- Tropez : Texticules, Abécédaire de
la bêtise ambiante, Misères du désir, Chute ! :
Éloge de la disgrâce, etc.

Avant-propos
Le 26 octobre 1927, un procès retentissant trouve
son épilogue à Paris. Accusé du meurtre du
nationaliste ukrainien Simon Petlura, Samuel
Schwartzbard est triomphalement acquitté. Il est
vrai que le mobile officiel du crime – venger les
victimes des pogroms en Ukraine imputés à Petlura
– a suscité l’émotion des milieux juifs mondiaux et
entraîné une forte mobilisation au bénéfice de
l’accusé. En France, sa défense a été prise en main
par le journaliste Bernard Lecache qui crée dans ce
but la Ligue internationale contre les pogroms.
Le 17 octobre 1927, soit quelques jours à
peine avant cet acquittement fortement médiatisé,
le même Bernard Lecache présidait un
meeting organisé pour fêter le 10e anniversaire
de la révolution bolchevique, survenue en Russie
en octobre 1917.
Quelques mois plus tard, en janvier 1928, il
entrera au comité national de l’Association des
amis de l’Union soviétique et débutera sa

collaboration à la revue L’Appel des Soviets. Toujours
en 1928, Bernard Lecache transforme sa
Ligue contre les pogroms en Ligue internationale
contre l’antisémitisme.
La LICA, qui deviendra quelques années plus
tard la LICRA, vient de naître. Son fondateur
restera à sa tête jusqu’à son décès en 1968, soit durant
quarante ans.
Ce bref rappel permet de comprendre ce
qu’est et ce que deviendra la LICRA.
La Ligue internationale contre l’antisémitisme a
été créée, dans un contexte très particulier et en
une période très troublée, par des communistes
de la première heure. Ce qui n’est certes pas un
crime. Simplement une information. Mais une
information qui projette un éclairage singulièrement
révélateur sur l’action que la Ligue mènera
avec constance à partir de ce moment-là
D’avoir été créée par des personnes, et en des
circonstances fortement politisées, n’a nullement
empêché la LICRA, dès le départ, de se déclarer
apolitique, ou plus exactement, selon ses propres
termes, « au-dessus des partis ». Elle s’est déclarée
de même non confessionnelle. Cette apparente
neutralité lui a permis d’étendre son réseau dans
toutes les directions et d’afficher une vitrine

universaliste et morale derrière laquelle elle a pu
exercer en réalité une influence politique importante
et bien ciblée, quoique méconnue ou sousestimée
du public.
La LICRA a ainsi réussi au fil des années à
s’imposer comme un partenaire obligé et incontournable
de toute action politique dans un certain
nombre de secteurs-clés de la vie de notre
pays. Elle a notamment à son actif :
– la mise en place d’un arsenal législatif anti-raciste
particulièrement dissuasif.
– un soutien permanent à l’immigration de
peuplement arabo-musulmane.
– l’exclusion instrumentalisée de tous les partis
défenseurs de l’identité, et notamment du Front
national.
Il s’agit là de domaines éminemment politiques
où ses continuels pressions, incitations et vetos
ont fortement contribué à orienter des choix qui
pèsent très lourdement sur la vie des Français. Ces
derniers ont aujourd’hui de plus en plus nettement
conscience d’être arrivés à une impasse,
à un blocage qui ne permet même plus d’entrevoir des
solutions à une situation générale très dégradée
qui a échappé au, personnel politique, lequel se
Contente en réalité de gérer au jour le jour. Une

partie non négligeable de la population se trouve
privée de représentation nationale et de toute
participation à la vie publique, ce qui est l’exact
contraire de la démocratie. Il n’existe plus aucune
liberté d’expression ou de possibilité de débat sur
les sujets sensibles et engageant l’avenir, à savoir
ceux évoqués plus haut. Pendant ce temps, s’installe
dans le pays un communautarisme qui n’ose
pas dire son nom, mais que chacun peut constater.
Et qui est très lourd de menaces pour l’avenir.
Certes, la LICRA n’est pas seule responsable
de cette situation. D’autres associations l’ont
accompagnée dans le combat dit antiraciste, qui
est en réalité le combat anti-identitaire. Et en fin
de compte, c’est bien le pouvoir politique qui a,
bon gré mal gré, inscrit dans la réalité ses
propositions et ses diktats. La LICRA a cependant
joué un rôle d’impulsion majeur que l’on
ne peut sous-estimer.
Comme on le verra, elle disposait, pour réussir
à imposer ses vues, d’un atout décisif.
Dès 1932, la Ligue s’est dotée d’un journal
intitulé Le Droit de Vivre qui n’a jamais cessé de
paraître depuis lors, sauf durant les années 1940-
1945, et qui est aujourd’hui encore son organe officiel.

À travers ce support de combat s’expriment
toutes les actions, réactions, thèmes et anathèmes
d’une association puissante au point d’avoir imprimé
une marque très forte sur notre pays.
Le présent ouvrage se propose de mettre en évidence
cette influence à partir de faits précis,
en retraçant tout l’historique d’un pouvoir qui
plonge ses racines au confluent de deux événements
majeurs du XXe siècle: la révolution bolchevique
et la Seconde Guerre mondiale. Deux
événements complexes et puissamment liés l’un
à l’autre. Deux événements dont nous subissons
encore fortement les retombées.
Ce détour par les origines de la LICRA est
capital pour comprendre son action ultérieure.
Tout comme sera déterminante à cet égard la
création de l’État d’Israël en 1948.
L’action plus directement contemporaine de la
LICRA a été examinée sur la base de tous les
Droit de Vivre ayant paru depuis 1967. Pourquoi
1967 ? C’est qu’à bien des égards, cette date
inaugure une nouvelle période de notre histoire.
Elle est celle de la guerre des Six Jours, qui voit
l’Etat d’Israël triompher de ses voisins arabes.
Cette victoire va entraîner de fortes évolutions au
sein de la communauté juive mondiale. Et par

conséquent aussi chez nous, la France abritant la
plus forte communauté juive d’Europe.
À cette date, notre pays est également à la veille
de profondes mutations. Mai 68 n’est pas loin. La
gauche ne réussira pas cette révolution-là, mais elle
a déjà investi le pouvoir culturel, via les médias, et
posé les jalons qui la conduiront à la victoire de
1981. Elle sera largement aidée et accompagnée
dans cette longue marche par la LICRA.
Enfin, l’immigration – qui a réussi à transformer
le visage de la France – va réellement
démarrer et s’intensifier à partir de ces années.
Précisons qu’il sera question ici de la seule LICRA et
en aucun cas de la communauté juive
française, dont les membres représentent toutes
les sensibilités, notamment politiques. Il serait
donc parfaitement abusif, et faux, de confondre
LICRA et communauté juive.

LICA ou LICRA ?
En 1928, s’est créée la LICA ou Ligue internationale
contre l’antisémitisme.
En 1932, la Ligue change son intitulé pour
devenir Ligue internationale contre le racisme et
l’antisémitisme sans modifier cependant son sigle :
LICA, déjà bien connu.

Ce n’est qu’en 1979, que tout en conservant son
précédent intitulé, elle modifiera cette fois son sigle et
deviendra la LICRA.
C’est la raison pour laquelle, suivant les dates des
événements mentionnés, on pourra lire LICA ou
LICRA.
Le journal de la LICRA, Le Droit de Vivre,
sera fréquemment désigné dans les pages qui suivent
sous l’abréviation de DDV.

Au commencement
était la Révolution bolchevique
La LICRA est née en 1927 dans un contexte
historique bien précis. Elle est issue en droite
ligne du communisme théorisé par Karl Marx et
appliqué à la Russie par les bolcheviques à partir
d’octobre 1917.
Ce régime politique nouveau, né de la Révolution
d’octobre, sera d’une rare perversité. À la
fois antérieur et postérieur au nazisme qui va s’en
inspirer à bien des égards, le régime communiste
se soldera par un désastre total, à la fois humain
et économique. Malgré ses crimes immenses et ses
échecs avérés, il continue à peser aujourd’hui
encore sur une bonne partie du monde, y com
pris, idéologiquement, sur notre pays.
On attend toujours sa repentance.
Les liens de la LICRA avec le parti révolutionnaire
sont très étroits dès le début de son
histoire. Bernard Lecache, son fondateur et premier
président de 1927 à 1968, ne cachait pas

son admiration pour la révolution bolchevique.
Il sera l’un des premiers à adhérer au Parti communiste
français qui se crée dès 1920. Et
l’anarchiste Schwartzbard, dont le crime sera le
prétexte à la création de la LICRA, était lui-même
très lié aux vainqueurs de la révolution.
Par la suite, des brouilles liées essentiellement
au conflit israélo-palestinien et au sort des juifs
en Union soviétique, donc à des manifestations
supposées d’antisémitisme ou d’antisionisme,
vont survenir et assombrir les relations entre la
LICRA et le parti communiste. Elles ne conduiront
cependant jamais à l’ostracisme absolu qui
frappe en revanche – et a priori – les défenseurs
d’idéaux identitaires ou patriotiques, et notamment
le Front national.
Jamais le régime communiste, totalitaire et
sanglant, n’a été désavoué en tant que tel par la
LICRA, pourtant championne des droits de
l’homme.
Pour comprendre les raisons d’une telle retenue,
il faut impérativement faire un bref détour
du côté de la révolution bolchevique, de ses
financiers, de ses instigateurs, de ses dirigeants.

En ce tout début de XXe siècle, la Russie tsariste
témoigne d’un certain dynamisme économique
mais mène sur le plan des libertés publiques
une politique résolument rétrograde qui
fera son malheur. Faute d’avoir entrouvert à
temps la porte à un début de démocratie, elle
encouragera l’émergence des mouvements révolutionnaires
et terroristes qui lui mèneront une
guerre implacable et finiront par l’abattre. La
première guerre mondiale se chargeant d’accélérer
le naufrage.
Absolutiste, le régime tsariste est aussi, dans
une large mesure, antisémite. Il nourrit, comme
d’ailleurs une bonne partie de la population,
méfiance et hostilité envers ce groupe particulier
qui ne veut pas se fondre dans le moule national.
Cela se traduit essentiellement par des mesures
discriminatoires, voire des pogroms qui surviennent
régulièrement, entraînant dès la fin du XIXe
siècle une forte émigration vers les États-Unis,
l’Europe occidentale ou la Palestine. Une émigration
que viendra renforcer l’écrasement de la
première révolution de 1905.
Malgré ces départs, les juifs restent nombreux
dans l’empire tsariste : de l’ordre de 5 à 6 millions
de personnes. Cependant, bien que ne

représentant qu’environ 4% de la population
russe totale, ils vont jouer un rôle moteur dans
les mouvements terroristes et révolutionnaires
qui se développent dès la fin du XIXe siècle pour
déboucher finalement sur la prise de pouvoir des
bolcheviques en 1917.
Le Bund, Union générale des travailleurs juifs,
socialiste, marxiste, antisioniste, figurera, dès sa
création en 1897, parmi les groupes les plus
actifs. Son indépendance fera plus tard de l’ombre
aux bolcheviques, qui finiront par le liquider
au nom du centralisme révolutionnaire.
Il n’y a aucun mystère à cette intense activité
révolutionnaire de la part des juifs : ces derniers
exècrent un régime qui les persécute et aspirent,
comme d’ailleurs beaucoup d’autres sujets de
l’empire, à une révolution libératrice. Principalement
installés dans les villes, ils sont généralement
plus instruits que la moyenne de la population
russe, encore semi-analphabète. Ce qui fait d’eux
une sorte d’intelligentsia, maltraitée par le pouvoir.
Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que
les ferments de la révolution, théorisés en Allemagne
par deux autres juifs, Karl Marx et Friedrich
Engels, trouvent parmi eux un terreau
idéal.

La situation dans les campagnes est quelque
peu différente. La population juive y vit depuis
des siècles repliée sur elle-même, parlant principalement
yiddish. Pour toucher cette population
moins instruite, le Manifeste du parti communiste
de Karl Marx sera très rapidement traduit en
yiddish, qui deviendra également une langue
d’agitation.
Cette forte présence juive dans les mouvements
révolutionnaires russes et allemands était
à l’époque un fait parfaitement établi et reconnu.
Theodor Herzl lui-même en fournit une preuve
Dans ses efforts pour promouvoir le sionisme et
attirer les émigrés en Palestine, le père du mouvement
sioniste rencontre en 1895 le ministre de
l’Intérieur du tsar, Viacheslav von Plehve, responsable
de nombreux pogroms. Il tente de le
convaincre de faciliter la sortie massive des juifs
de Russie vers la Palestine, arguant que ce départ
serait de nature à affaiblir considérablement le
mouvement révolutionnaire, cauchemar permanent
de Plehve. Qui finira d’ailleurs sous les balles
d’un terroriste en 1904.
En 1898, Theodor Herzl rencontre de la
même manière et pour les mêmes raisons le Kaiser
Guillaume II, lui laissant entendre qu’une

fois les juifs émigrés en Palestine, ses troubles
intérieurs s’apaiseraient d’autant.
Car le mouvement sioniste – qui prône le retour
du peuple juif vers la terre de ses origines –
naît à peu près à la même époque. En 1895,
Theodor Herzl publie L’état juif, et en 1897 se
crée l’Organisation sioniste, dont le principal
objectif est désormais d’inciter les juifs européens
à émigrer vers la Palestine(1). Elle n’y parviendra
que très difficilement jusqu’à la seconde guerre
mondiale.

Le nerf de la révolution
Pour faire la guerre, ou la révolution, surtout
mondiale, il faut de l’argent. Et même beaucoup
d’argent. Où donc une poignée de révolutionnaires,
pour la plupart exilés, ont-ils trouvé les
moyens financiers nécessaires pour abattre un
régime, certes affaibli, mais malgré tout encore très
puissant ?
Argent et soutien leur seront fournis en
grande partie par des financiers juifs américains
et européens, notamment allemands et suédois.
Des sponsors qui n’avaient d’ailleurs pas attendu
1917 pour agir car ils aidaient déjà les mouvements
révolutionnaires antérieurs.

Il faut se souvenir que la communauté juive
américaine était passée de 15 000 membres en
1840 à 3 500 000 en 1920 ! Une formidable
explosion due essentiellement à la très forte émigration
en provenance d’Europe de l’est, principalement
de Russie et d’Allemagne. Les liens
qui unissaient les émigrés, Américains de fraîche
date, à leurs frères demeurés sur le vieux continent
restaient donc puissants. Même si certains
d’entre eux avaient édifié depuis de véritables
fortunes, ils n’oubliaient ni leurs origines ni leur
détestation de régimes qui les avaient contraints
à l’exil.
La raison essentielle du soutien d’un certain nombre
de capitalistes juifs américains à la révolution
bolchevique fut donc leur haine envers un
régime tsariste antisémite et leur désir de le voir
renversé à tout prix. Le changement de régime
offrait un double avantage : outre la suppression
de l’antisémitisme d’État, il permettait l’ouverture
d’un immense marché. En prime, il était
également de nature à déstabiliser l’Europe entière,
qui se trouvait alors engagée dans une
guerre terriblement meurtrière. Et ceci pour le
plus grand profit de la puissance américaine
émergente.

Car ces riches émigrés nourrissaient également
des sentiments plutôt mitigés à l’égard de cette
vieille Europe tissée de nationalismes et traversée
elle aussi d’antisémitisme – n’oublions pas l’affaire
Dreyfus alors toute récente. Dans leur esprit,
n’avait-elle pas, finalement, fait son temps ?
C’est que l’incendie libérateur allumé en Russie
était bel et bien destiné à embraser toute l’Europe.
L’idéal révolutionnaire de fraternité et de
justice universelles – car en théorie, c’était cela,
le communisme – pouvait donc, dans ce contexte,
sembler digne d’être soutenu. Et financé.
Le moment était propice. À l’extérieur, la
Russie était en guerre contre l’Allemagne, et sur
le plan intérieur, le pouvoir affrontait des mouvements
révolutionnaires de plus en plus actifs
entraînant une répression de plus en plus féroce.
Les Protocoles des Sages de Sion, fable inventée par
des officines tsaristes et promise à un bel avenir,
datent de cette époque.
Le principal bailleur de fonds américain sera
Jacob Schiff, dirigeant de la puissante banque
Kuhn, Loeb et Cie de New-York. Né à Francfort
dans une famille de banquiers, il avait émigré en
Amérique à l’âge de dix-huit ans et fait fortune
principalement dans les chemins de fer. Il sera

l’un des membres les plus importants de la communauté
juive américaine de 1880 jusqu’à sa
mort en 1920. En 1903, lui et d’autres juifs
influents avaient déjà incité le gouvernement
américain à adresser des remontrances officielles à
la Russie et à la Roumanie au sujet de la situation
des juifs dans ces pays. Jacob Schiff était conscient
de l’antisémitisme provoqué, même en Amérique,
par de trop fortes concentrations de juifs dans de
mêmes lieux et, s’agissant des nouveaux arrivants
d’Europe de l’est, par des habitudes et une apparence
trop différentes de celles des autres Américains.
Pour y remédier, il avait mis sur pied en
1907 le Galveston Immigration Plan dans le but
d’inciter les juifs à s’installer au Texas et dans le
sud-ouest des États-Unis plutôt que de se diriger
systématiquement vers le nord-est urbanisé –
surtout à New-York – où ils étaient déjà très
nombreux. Ce Plan échouera finalement, moins
de 10 000 juifs européens ayant choisi cette voie
d’émigration. Mais on peut penser que cet échec
sera l’une des raisons qui le conduisirent à soutenir
une révolution qui, dans son esprit, devait
notablement améliorer le sort des juifs de Russie.
et donc régler le problème de l’antisémitisme à la
base.

II ne sera pas le seul. Bien d’autres financiers
juifs vont transférer durant ces années des fonds
importants de leurs firmes de Wall Street vers les
caisses des mouvements révolutionnaires. Léon
Trotski arrive en personne aux États-Unis en
janvier 1917 et en repart au mois de mai à bord
du bateau Kristianiafjord, muni d’un passeport
américain et de compagnons juifs prêts au combat
recrutés dans les villes américaines. Mais aussi et
surtout, riche d’un pactole en or et en dollars.
Dès son arrivée en Europe, il retrouve en Suisse
ses compagnons Lénine, Staline, Lazare Kaganovitch
et Maxime Litvinov. De là, aidés par les
Allemands, et notamment par le chef de la
police secrète allemande Max Warburg(2), les révolutionnaires
gagnent la Russie avec leur armement,
à bord d’un train spécialement affrété.
Car la révolution d’octobre sera également
aidée par l’Allemagne qui souhaitait à la fois
l’arrêt de la guerre contre la Russie et l’ouverture
d’un nouveau marché, elle aussi.
L’harmonie universelle qui devait naître de la
révolution bolchevique se fera attendre. Par contre,
un point du programme se réalisera tout de
suite : à peine installé, le nouveau pouvoir
attribue de nombreuses concessions et passe

d’importants marchés avec certaines firmes
américaines. Et c’est le banquier suédois Olaf
Aschberg, lui aussi généreux contributeur, qui
dirige après la révolution la Ruskombank,
première banque internationale soviétique.
Ce n’était donc pas un soutien totalement
désintéressé, qui s’en étonnera?

Les vainqueurs de la révolution
La révolution d’octobre fut tout sauf une
révolution populaire. Les révolutionnaires, et
spécialement les bolcheviques, étaient très minoritaires
dans le pays, et la plupart d’entre eux
vivaient d’ailleurs en exil.
« Je crache sur la Russie », disait Lénine. C’était
vrai pour les autres aussi. Les vainqueurs de la
révolution ne se sentaient pas Russes, n’aimaient
pas le peuple russe, et ils ne tardèrent pas à le
lui prouver. C’étaient avant tout des intellectuels
qui avaient une vision théorique et abstraite de
la révolution. Et qui admiraient par-dessus tout
la révolution française, référence absolue, qu’ils
connaissaient bien pour avoir vécu à plusieurs reprises
en exil à Paris.
Les analogies ne manquent d’ailleurs pas entre
les deux révolutions : toutes deux menées par

une minorité au nom du peuple, elles se sont
toutes deux accompagnées de terreur comme
moyen de gouvernement – une terreur destinée
dans les deux cas à « régénérer » l’humanité en
éliminant les nuisibles -, elles se sont toutes
deux réclamées des droits de l’homme pour
mieux les violer systématiquement, elles ont
toutes deux espéré propager l’incendie aux pays
voisins, elles ont toutes deux massacré leurs rois
pour, du passé, faire table rase et construire un
ordre nouveau.
Et enfin, elles ont toutes deux été favorables
aux juifs : la révolution française les a émancipés
en 1791, la révolution bolchevique a interdit
l’antisémitisme sous peine de mort dès 1918.
On peut même affirmer que la révolution
bolchevique est l’enfant monstrueux et abouti de
la révolution française. Et que c’est là la vraie
raison pour laquelle le régime qu’elle a engendré
continue à bénéficier, aujourd’hui encore, malgré
ses crimes et ses faillites, d’une secrète tendresse
d’une coupable indulgence de la part de ceux
qui, en France, n’ont pas eu à le subir.
Dans l’esprit des vainqueurs de la révolution,
la Russie n’était d’ailleurs que la première étape :
Leur but, c’était la mondialisation de la révolution.

Ce dont ils ne faisaient nul mystère. L’ambassadeur
des États-Unis en Russie, David R.
Francis, écrit à Washington en janvier 1918 :
« Les dirigeants bolcheviques ici, dont la plupart
sont des juifs et dont 90 % sont des exilés de retour,
font peu de cas de la Russie ou de tout autre pays,
mais sont des internationalistes et ils essayent de
déclencher une révolution sociale à l’échelle
mondiale ».
Des internationalistes. Il s’agit là d’un mot-clé
pour comprendre la haine que manifesteront
sans relâche par la suite tous les mouvements de
gauche à l’encontre de tout ce qui ressemble de
près ou de loin à un mouvement national ou
patriotique, à un souhait d’enracinement ou
d’identité. Ces aspirations, qui sont de l’ordre de
la tradition, de l’émotion, du sentiment plutôt
que de l’intellect ou de l’abstraction, ont
toujours été immédiatement et abusivement
assimilées au racisme, tout particulièrement par
la LICRA.
Trotski lui-même exprimera très clairement
cette aversion pour le fait national : « J’ai déjà
mentionné que l’instance nationale, si importante
dans la vie de la Russie, n’avait jamais joué aucun
rôle dans ma vie. Dans ma jeunesse, les élans

nationaux et les préjugés irrationnels me semblaient
déjà incompréhensibles et, en certaines occasions,
ils me répugnaient. Mon éducation marxiste
a conforté cet état d’esprit et l’a converti en
internationalisme actif. Le fait d’avoir vécu dans
plusieurs pays et d’en avoir connu la langue, la
politique et la culture, m’ont aidé à absorber l’internationalisme
dans ma chair et mon sang ».
Les mouvements révolutionnaires étant dans
une large mesure dirigés par des juifs – qui
avaient pour caractéristique d’être socialistes et
athées – il n’y a rien d’étonnant à les retrouver
en grand nombre parmi les dirigeants qui
s’emparent du pouvoir en 1917. Parmi les plus
influents d’entre eux, au sein de la toute première
équipe, on peut citer: Léon Trotski, qui
invente le concept de « révolution permanente »,
organise et dirige l’Armée rouge, crée la police
secrète appelée tchéka, Yakov Sverdlov, président
du comité central exécutif, qui devient 1e
premier président de la nouvelle URSS, Grigory
Zinoviev, chef du Komintern (organe chargé
d’exporter la révolution), Karl Radek, commissaire
à la presse, Maxime Litvinov, commissaire
aux affaires étrangères, Lev Kamenev, ou encore
Lazare Kaganovitch, beau-frère de Staline.

Le Times du 29 mars 1919 souligne également
la chose. « Une des caractéristiques les plus intéressantes
du mouvement bolchevique est le haut
pourcentage d’éléments non russes de l’équipe dirigeante
Sur environ trente commissaires ou dirigeants
qui forment l’appareil central bolchevique,
75% pour le moins sont des juifs ».
Parmi ces dirigeants, Lénine fait presque figure
d’exception, lui qui n’était qu’à un quart juif.
Son grand-père maternel était un commerçant
juif d’Odessa, nommé Sender Blank qui s’était
converti à la religion orthodoxe(3).
Cette importante présence juive à la tête du
nouveau pouvoir sera confirmée indirectement
par le DDV qui, en 1977, dans un article sur
l’antisémitisme, « socialisme des imbéciles », écrira,
à propos des luttes internes au parti après la
prise du pouvoir par Staline. « Toutefois, le Parti
se garda de tout recours systématique à l’antisémitisme
politique jusqu’aux grandes purges des
années 1936-1938 qui liquidèrent la vielle garde
au sein de laquelle les juifs jouaient un rôle
particulièrement important ».
Dans le même ordre d’idées, le DDV consacre.
en 1990 un grand dossier à l’Europe gangrénée
par l’antisémitisme. Nous sommes à l’époque de

la perestroïka de Gorbatchev, et les juifs sont
enfin autorisés à quitter le pays.
Alexandre Adler, politologue spécialiste des
pays de l’est, invité à délivrer son analyse, déclare
ceci : « Les juifs ne sont plus perçus comme la
grande puissance culturelle et intellectuelle qu’ils
étaient. Ils n’ont plus d’influence et ils s’en
vont. Des Russes qui seraient tout à fait prêts à
pogromer si les juifs étaient vraiment un obstacle à
leurs désirs, n’ont aucune raison de le faire alors
que tout le monde s’en va ».
Une manière de confirmer que les juifs ont bel
et bien été dans le passé une puissance culturelle
et intellectuelle en Union soviétique.

Ce peuple qui empêche le monde de dormir
Un éclairage intéressant sur les rapports entre la
révolution russe et les juifs est apporté en 1971 par
l’académicien français Thierry Maulnier dans son
essai, L’honneur d’être juif, qui fait l’objet d’un
large commentaire dans les pages du DDV.
Partant de la constatation que de nombreux
juifs ont dans tous les domaines contribué à l’essor
de l’humanité, l’auteur en avance la raison
suivante : « La première qualité de ces hommes
“d’ici et d’ailleurs” a été, du fait de leur cosmopolitisme,

d’avoir dépassé les pensées strictement
nationales pour s’établir “dans le monde de l’universalité”.
Dans les expressions majeures et décisives pour
l’histoire de la pensée humaine en ce siècle, le génie juif
nous apparaît comme contestataire, novateur et
créateur, orienté vers les mutations audacieuses,
proprement révolutionnaires ».
Thierry Maulnier poursuit : « Il est remarquable que
les juifs aient pu sortir de l’isolement défensif où ils
étaient enfermés pour devenir au XIXe siècle des
moteurs de l’éclatement des cadres établis… le paradoxe
majeur du juif apparaît alors. Un peuple dont
l’histoire est une splendide image de continuité et de
fidélité, se trouve être un facteur de rupture très bien
adapté à l’accélération des changements qui marque
le monde contemporain ».
Thierry Maulnier, ajoute le DDV, constate
l’énigme posée à l’humanité par « ce peuple qui
empêche le monde de dormir ».
Dans un domaine apparemment différent,
celui de la révolution « intérieure », il est intéressant
de noter que c’est également un juif, Sigmund
Freud, qui sera à l’origine d’une nouvelle
approche de la médecine qui débouchera sur la
psychanalyse(4).

Ses travaux sont très exactement contemporains
des bouleversements politiques qui se produisent
à l’est.
En 1978, le DDV présente la réédition du
Freud de Stephan Zweig, qui avait paru en 1931
et reçu à l’époque l’approbation du Maître, et
qui met parfaitement en évidence les prolongements
« révolutionnaires» de cette découverte,
bien au-delà de la médecine:
« On voit le caractère révolutionnaire d’une telle
approche. Le moi étant la composante du collectif,
Freud n’allait-il pas “frapper de son marteau les fondements
de la morale d’État et les complexes familiaux…
(et) dissoudre par ses acides violemment caustiques
l’idée de patrie et même l’esprit religieux ? ”
C’est en effet [commente le DDV] l’effraction
que Freud allait rendre possible dans les idées reçues
de son temps, qui regardaient “toute anomalie de
l’âme uniquement comme une déviation des nerfs.”».

Le rêve vire tout de suite au cauchemar
Mais revenons à 1917. La révolution bolchevique
illustre de manière éclatante le principe
selon lequel une politique, pour réussir, doit
faire rêver. Génialement menée au nom du
« prolétariat », notion parfaitement abstraite et

donc inoffensive, elle a su, à un degré suprême,
offrir aux masses un rêve désincarné – virtuel,
dirions-nous aujourd’hui – de fraternité et de
justice universelles. Derrière ce mirage se dissimulait
en réalité une soif de pouvoir absolu, la
même soif qui anime tous les dictateurs, passés,
présents et à venir. Et au nom de ce rêve, elle
réalisa un cauchemar.
Pour asseoir un pouvoir fragile, sans base
populaire, la répression est féroce dès le départ
et les accusations redoutables d’ennemi du peuple
ou de contre-révolutionnaire servent à liquider
systématiquement tous les opposants, ou supposés
tels.
Dès la fin de 1917, Trotski, commissaire du
peuple à la guerre, l’annonce très clairement :
« Dans un mois, la terreur va prendre des formes très
violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la
grande révolution française. Ce ne sera plus seulement
la prison, mais la guillotine, cette remarquable
invention de la grande révolution française,
qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un
homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis ».
Il ne se vantait pas. En tant que commissaire
à la guerre, Trotski va ordonner des massacres et
des déportations à grande échelle. La terreur

devient un mode de gouvernement et s’abat sur
des populations entières. Une guerre sans merci
est livrée à la paysannerie. Les cosaques sont
exterminés ou déportés. Des centaines de milliers
d’ouvriers, qui osaient réclamer, par la grève
et les manifestations, les droits théoriquement
prévus par la révolution, sont massacrés entre
1918 et 1922.
Pour éviter toute possibilité de retour en
arrière, l’un des actes fondateurs de l’ordre nouveau
sera le massacre du tsar et de toute sa famille,
le 16 juillet 1918. Cette tuerie sera perpétrée
par la tchéka, sur ordre de Lénine et de Yakov
Sverdlov.
« Nous rejetons les vieux systèmes de moralité et
d’“ humanité ” inventés par la bourgeoisie dans le
but d’opprimer et d’exploiter les“ classes inférieures ”.
Notre moralité n’a pas de précédent, notre humanité
est absolue car elle repose sur un nouvel idéal :
détruire toute forme d’oppression et de violence.
Pour nous, tout est permis car nous sommes les premiers
au monde à lever l’épée non pas pour opprimer
et réduire en esclavage, mais pour libérer l’humanité
de ses chaînes… Du sang ? Que le sang
coule à flots ! Puisque seul le sang peut colorer à
tout jamais le drapeau noir de la bourgeoisie pirate

en étendard rouge, drapeau de la Révolution. Puisque
seule la mort finale du vieux monde peut nous
libérer à tout jamais du retour des chacals ! »
Quelle haine et quelle soif de vengeance dans
cet éditorial du premier numéro du journal de la
tcheka, Le Glaive rouge, paru le 18 août 1919 !
Quel cynisme et quel mépris de toute notion
d’humanité !
Et impossible de mettre ça sur le dos bien
commode de Staline. Nous sommes en 1919 et
cette volonté de faire disparaître toute trace de
l’ordre ancien en massacrant des pans entiers de
la société, c’est bien celle de la première équipe.
Qui l’avait d’ailleurs dûment annoncé : dans
l’esprit des révolutionnaires, la prise de pouvoir
devait obligatoirement s’accompagner de la
guerre civile. Une guerre civile qui sera théorisée,
planifiée et livrée sans faiblir.
Famine, fusillades, déportations, camps de
concentration, tous les moyens seront bons pour
s’installer durablement au pouvoir – en écrasant
par la même occasion les autres fractions révolutionnaires
rivales – notamment les syndicalistes et
les anarchistes, et pour consolider une révolution
qui prétendait transformer le monde au nom d’un
idéal d’émancipation humaine et sociale !

Un crime sensationnel
à l’origine de la LICRA
L’onde de choc provoquée par la révolution
bolchevique va très vite se répandre dans l’Europe
entière. Elle trouvera notamment en France,
pays pionnier en matière de révolution, un
large écho.
Il faut se souvenir que Paris est, dans les années
1900-1930, une « petite Russie » que le journaliste-
écrivain Joseph Kessel, lui-même d’origine
russe, fréquentera assidûment et saura magnifiquement
faire revivre dans ses romans.
La capitale française est alors le refuge de toute
une pépinière d’émigrés et de révolutionnaires de
tous poils et tendances, qui s’y agitent et s’y
croisent. Trotski, Lénine, Zinoviev, y séjourneront
avant 1917. Lokhrana, police secrète du tsar, puis
la tchéka, police secrète des bolcheviques, plus
tard la guépéou, y auront leurs agitateurs.
C’est donc tout naturellement à Paris que va
se jouer le dernier acte d’une histoire très complexe

qui plonge ses racines bien loin à l’est. Et
qui sera le prétexte à la création de la LICRA. À
ce moment-là – 1926 – le pouvoir bolchevique
règne d’une main de fer sur l’URSS depuis huit
ans, et le parti communiste français existe depuis
cinq ans. Il est totalement aligné sur Moscou,
et son plus vif souhait est d’importer les bienfaits
de la révolution russe en France.
Ce 25 mai 1926, en plein Paris, Samuel
Schwartzbard vide son chargeur sur Simon Petlura
et se constitue prisonnier. Il déclare aux policiers
avoir agi pour venger ses frères juifs victimes des
pogroms perpétrés en Ukraine par Petlura.
Bernard Lecache, journaliste au Quotidien,
membre de la Ligue des Droits de l’Homme
– association de gauche créée en 1898 à la suite de
l’Affaire Dreyfus – mobilise aussitôt en sa faveur
un certain nombre de personnalités et demande à
l’avocat d’Henry Torrès d’assurer sa défense.
Le choix d’Henry Torrès ne doit rien au
hasard. Juif originaire d’Afrique du nord, « défenseur
puissant des communistes français et des
communistes d’importation » comme l’indique à
l’époque Le Figaro, membre lui aussi de la Ligue
des Droits de l’Homme il a déjà par le passé
assuré la défense d’anarchistes célèbres. Il sera

assisté durant le procès par Boris Souvarine,
proche de Bernard Lecache, et l’un des fondateurs
du parti communiste français.
Le procès de Schwartzbard fait sensation et
attire la foule, y compris de l’étranger. La population
et la presse juives, surtout américaines,
prennent fait et cause pour le meurtrier et rendent
le monde entier responsable, par son
silence, des pogroms.
Dès le départ, il est clair que ce sera le procès des
pogroms et qu’on ne jugera pas le coupable
du meurtre, mais sa victime.
Henry Torrès, ténor du barreau, va tirer des larmes au
public et aux jurés. Il racontera plus tard
dans ses Mémoires : « Il ne me resta plus après, dans
un court appel aux jurés, véritable acte de foi dans
la justice du peuple français, qu’à résumer à larges
traits ce que nous venions d’entendre, à rappeler
qu’en Ukraine, dans les longues nuits d’hiver, lorsque
les petits enfants ne dormaient pas, les mères en les
berçant leur disaient : “Dépêche-toi de t’endormir;
sans quoi Petlura va venir”et je conclus en quelques
mots, après avoir évoqué la Révolution Française
dont aucun homme vivant ne peut dire qu’il n’est
plus ou moins le fils : “Qu’il sorte libre cet homme
qui porte sur son front comme un sceau terrible toute

la tragédie d’un peuple! Vous êtes aujourd’hui, messieurs,
responsables du prestige de notre nation et des
milliers de vies humaines qui dépendent du verdict
de la France” ».
Ce morceau d’anthologie mérite d’être cité en
entier.
Aux yeux du public, Samuel Schwartzbard
n’avait fait que venger ses coreligionnaires, victimes
innocentes d’épouvantables atrocités.
Il est donc triomphalement acquitté le 26 octobre
1927(5).
C’est une grande victoire pour la Ligue internationale
contre les pogroms constituée pour
l’occasion par Bernard Lecache afin d’assurer la
défense de l’accusé et le battage médiatique adéquat.
Ce sera d’ailleurs sa seule victoire, puisque
la Ligue contre les pogroms se transformera dès
l’année suivante en Ligue internationale contre
l’antisémitisme, ou LICA.
Mais n’anticipons pas, et revenons sur les
acteurs, étonnants, de ce drame.

Qui étaient Schwartzbard, Petlura, Makhno
et les autres ?
Au procès, les projecteurs furent braqués sur
un seul point de la scène, et un certain nombre

de faits pour le moins troublants furent soigneusement
escamotés.
Samuel Schwartzbard fut présenté comme un
tranquille horloger, poète à ses heures. Il était
horloger, c’est vrai, mais on oublia de préciser
qu’il était également membre du groupe anarchiste
juif « L’autodidacte ».
Né en 1886 en Bessarabie, il avait connu la
guerre civile russe de 1905, puis s’était réfugié à
Paris. Il avait combattu durant la première guerre
mondiale pour la France dans les rangs de la
Légion étrangère et était retourné en Ukraine en
1917, l’année de la révolution, à bord d’un bateau
où il avait distribué de la propagande bolchevique
Après trois années passées en Ukraine, il était
rentré à Paris en 1920.
Qu’avait-il fait en Ukraine durant ces trois
années ? Sûrement pas de la villégiature car peu
d’endroits au monde étaient alors plus troublés que
cette immense région – les quatre cinquièmes de la
France – âprement disputée, Une région agricole riche
: jadis appelée « le grenier de l’Europe », marquée
depuis toujours par un fort esprit d’indépendance.
Durant ces trois années, de 1917 à 1920, la
guerre civile faisait rage en Ukraine, où pas

moins de quatre armées s’affrontaient et dévastaient
les campagnes : les « blancs », c’est-à-dire
ce qu’il restait de l’armée tsariste, l’Armée rouge
bolchevique qui essayait de s’emparer de cette
région rebelle, les anarchistes, tantôt alliés, tantôt
ennemis des rouges, et pour corser le tout, les
nationalistes de Simon Petlura.
Ce dernier avait adhéré très jeune au parti
révolutionnaire ukrainien qui militait pour l’indépendance
vis-à-vis de la grande Russie.
En 1919, Simon Petlura devient le chef d’une
très éphémère république indépendante d’Ukraine
qui parvient à se créer à la faveur des troubles liés
à la révolution. À ce titre, il est chef des armées et
lutte évidemment contre les autres fractions.
Il sera finalement battu, comme les blancs et
les anarchistes, par les bolcheviques, qui tenteront
de l’assassiner. Il s’enfuit de son pays et
trouve refuge à Paris en 1924.
Les anarchistes, quant à eux, étaient dispersés
en un certain nombre de mouvements dont le
plus important fut celui de Nestor Makhno, qui
réussit à entraîner à sa suite d’importantes masses
paysannes, ce qui n’était pas le cas des
bolcheviques dont la population se méfiait. À
juste titre d’ailleurs, comme elle ne tardera pas à

le vérifier. Les bolcheviques firent tout pour
évincer les anarchistes, en qui ils voyaient une
dangereuse concurrence, et y réussirent finalement,
en les trahissant, en 1921.
Pendant ces trois années, de 1917 à 1920, le
paisible horloger Samuel Schwartzbard combattit
en Ukraine, c’est une certitude. Mais aux côtés
de qui ? de l’Armée rouge ? des anarchistes ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il continua à fréquenter
Nestor Makhno quand, après la défaite des
anarchistes, ils se réfugièrent, eux aussi, à Paris.

Simon Petlura et les pogroms en Ukraine
Les pogroms, mot qui signifie « destruction
totale » en russe, étaient des actes de violence,
voire des massacres perpétrés par le régime
tsariste contre les juifs, particulièrement nombreux
en Ukraine. Le tiers de la population juive
mondiale est alors concentré dans cette région,
qui faisait partie de la « zone de résidence »
autrefois imposée aux juifs.
Mais nous sommes dans les années 1917-
1920. La révolution d’octobre est passée par là,
et, Il ne devrait donc plus y avoir de pogroms ?
D’autant que dès juillet 1918, le gouvernement
bolchevique a interdit toute manifestation d’antisémitisme,

désormais passible de la peine de
mort. Une mesure qui sera d’ailleurs considérée
par les juifs du monde entier comme une preuve
de la libéralité du régime !
Il ne devrait effectivement plus y avoir de pogroms,
et pourtant, ils continuent. C’est qu’en
Ukraine, comme on l’a vu, la guerre civile fait rage,
et dans l’esprit des habitants des campagnes, juifs et
communistes forment bien vite un duo inséparable
Le nouveau pouvoir a en effet recruté l’essentiel
de ses cadres et de sa bureaucratie, qui est
d’emblée très importante, dans la population
urbaine juive, traditionnellement plus instruite.
Il va sans dire que l’aversion des Russes – surtout
dans les campagnes – pour la bureaucratie bolchevique
ne tarde pas à renforcer leur antisémitisme
« traditionnel ».
Un antisémitisme aggravé encore par le rôle
que joue la tchéka, police secrète de sinistre
mémoire chargée d’éliminer les « contre-révolutionnaires
», au sein de laquelle les juifs sont très
nombreux à s’enrôler. Notamment en Ukraine,
où ils constituent environ 80 % de ses effectifs.
Le rôle de la tchéka avait été défini sans
périphrases par le Comité central: c’était un
« organe de combat qui opère sur le front intérieur

de la guerre civile. Il ne juge pas l’ennemi, mais il
l’extermine. Il ne pardonne pas celui qui est de
l’autre côté de la barricade, il l’écrase ». Un programme
radical qui sera suivi à la lettre.
Donc, l’Ukraine est a cette période et pour
son malheur, le théâtre de violents combats. Le
désordre le plus complet y règne, et dans ce climat
d’anarchie, toutes les bandes armées sans
exception se livrent à des exactions et à des
pogroms, en tâchant si possible d’en faire porter
la responsabilité à d’autres.
« S’il se produit des cas de brigandage dans
l’Armée rouge, il est indispensable de les imputer
aux petluristes. L’Ukraine doit être soviétique et
Petlura effacé de la mémoire pour toujours ».
Qui adresse cette recommandation en 1920
aux agitateurs envoyés en Ukraine ? Léon Trotski,
commissaire du peuple à la guerre.
La part réelle de la responsabilité de Simon
Petlura dans les pogroms perpétrés par son
armée ne sera même pas établie durant le procès
de Schwartzbard. Un certain nombre d’historiens
sont d’avis qu’il a au contraire tenté de les
limiter et de punir les coupables.
Une chose est sûre : les rapports entre juifs,
bolcheviques et nationalistes ukrainiens étaient

très complexes en cette période troublée. Le
Droit de Vivre sera amené à le reconnaître
implicitement en 1975 à l’occasion suivante :
En novembre de cette année-là, la Bibliothèque
Ukrainienne de Paris décide de prendre le nom
de Simon Petlura. La LICA s’en émeut et envoie
derechef une lettre de protestation aux responsables
qui répondent que Simon Petlura avait été
un grand patriote ukrainien et qu’il n’était pas
antisémite. Le DDV commente l’affaire en ces
termes : « On peut estimer, à l’extrême limite, que
Simon Petlura, socialiste-révolutionnaire, n’était pas
antisémite. Mais l’armée ukrainienne qu’il commandait
était composée d’une grande majorité d’individus
dont le patriotisme et le nationalisme se confondaient
avec la haine à l’encontre de tout ce qui
n’était pas authentiquement ukrainien. La population
juive était considérée par ceux-là comme un
corps étranger. De plus l’armée de Petlura luttant
contre l’Armée rouge du juif Léon Trotsky pour une
Ukraine indépendante avait tendance à considérer
tous les juifs comme les alliés objectif du bolchevisme
dont plusieurs dirigeants étaient en effet de confession
israélite ».
Auteur de pogroms ou pas, il n’en demeure
pas moins que Simon Petlura constituait un danger

pour les bolcheviques car il était nationaliste.
Il avait déjà échappé à une tentative d’assassinat
en Ukraine, et à présent, Il entendait poursuivre
son combat politique à Paris, où il avait créé un
journal. Il représentait donc une menace à
éliminer.
Ce crime « passionnel », pour ne pas dire
« moral » , fut-il en réalité un crime politique et
Samuel Schwartzbard un agent soviétique ? Un
certain nombre d’indices donnent à le penser et
c’est là une question toujours ouverte.
Il est en tout cas établi que Christian Rakovsky,
qui était depuis 1925 ambassadeur des
soviets en France, après avoir été chef de la tchéka
en Ukraine en 1918 et gouverneur de
l’Ukraine de 1919 à 1923, avait rencontré l’avocat
de Schwartzbard, Henry Torrès, sur la
Riviera française, quelques mois avant le début
du procès.

La Ligue internationale contre les pogroms
Bernard Lecache avait donc pris en main la
défense de Samuel Schwartzbard et créé à cet
effet, pour lui donner tout l’impact médiatique
possible, la Ligue internationale contre les
pogroms. Journaliste de gauche, il avait logique

ment mobilisé dans les milieux de gauche : outre
l’avocat Henry Torres, les personnalités suivantes
vont former le premier noyau de la nouvelle
Ligue : Victor Basch, président de la Ligue des
Droits de l’Homme, Gérard Rosenthal, avocat,
futur collaborateur de Trotski, Georges Pioch,
anarchiste puis socialiste, Caroline Rémy, dite
Séverine, journaliste socialiste-anarchiste-communiste,
Léon Jouhaux, secrétaire général de la
CGT, Maxime Gorki, qui retourne en URSS en
1928 pour présider l’Union des écrivains soviétiques,
l’écrivain Joseph Kessel.
Bernard Lecache va pousser très loin son soutien
puisqu’il se rendra lui-même en Ukraine durant
l’été 1926 dans le but très précis de
rassembler, afin de les produire au procès l’année
suivante, le maximum de témoignages à charge
contre Petlura. Ardent supporter des bolcheviques,
il est largement aidé par les autorités
durant son voyage et bénéficie d’une grande
couverture de presse dans les Izvestia.
À son retour, il publie un livre intitulé Quand
Israël meurt… Au pays des pogroms qui constitue
un véritable réquisitoire contre le nationaliste
ukrainien et assène des chiffres que les recherches
historiques ultérieures reverront largement à

la baisse. Durant ces années, les pogroms n’ont
pas fait en réalité, comme il le dénonce, 300 000
victimes, mais entre 60 000 et 120 000, selon
un rapport de la Croix-Rouge.
La LICRA reprendra d’ailleurs plus tard à son
compte l’estimation la plus basse, dans les
circonstances suivantes : en 1992, de très vives
protestations sont adressées par diverses communautés
juives au président de l’Ukraine, Léonid
Kravtchouk, car la ville de Lvov a décidé de
baptiser l’une de ses rues du nom de Simon
Petlura. Le DDV relate l’affaire en précisant :
« Simon Petlura, ancien chef de l’armée ukrainienne,
avait massacré 60 000 juifs en 1918 et 1919
lors de pogroms qui ont ensanglanté 87 villes
ukrainiennes, dont la capitale, Kiev ».
La LICRA décide de s’associer à la protestation
adressée au président ukrainien, « elle qui a
justement été initialement créée après ces pogroms
et l’assassinat de Petlura par un jeune juif dont la
famille avait été décimée(6) ».
Un « jeune juif » qui avait quand même quarante
ans lors de l’assassinat.
Des extraits du livre de Bernard Lecache vont
être publiés durant tout le mois de février 1927 –
soit quelques mois avant le procès qui aura lieu

en octobre – dans son journal Le Quotidien. Ils
contribueront largement à créer le climat voulu.
Ce que Bernard Lecache ne précise pas dans
son livre, c’est qu’aux pogroms proprement dit
– violences expressément dirigées contre les
juifs – s’ajoutaient de toute manière les ravages
« classiques » causés par les armées en Ukraine.
Et tout particulièrement par l’Armée rouge, qui
exercera une terreur particulière contre les masses
paysannes suspectées de soutenir les anarchistes
Plus de 200 000 paysans et ouvriers vont être
exécutés à cette époque, et à peu près autant
déportés vers la Sibérie ou emprisonnés.
Des morts dont il ne sera plus jamais question.
Mais qui peuvent contribuer à expliquer un
certain climat antisémite dans l’Ukraine d’alors
Un livre de Serge Melgounov intitulé La
terreur rouge en Russie, 1918-1924 dénonçant les
exactions de l’Armée rouge avait d’ailleurs paru à
Londres en 1924. Il rapportait les témoignages
recueillis par la commission d’enquête sur les
crimes bolcheviques, créée en 1919 par le général
blanc Denikine.
Et il décrivait les atrocités commises en masse
en Ukraine par les tchékistes dès 1918, contre
« les ennemis du peuple ».

Le livre de Bernard Lecache, très similaire dans
sa conception, et paru deux années plus tard, en
1926, semble destiné à effacer cette fâcheuse
impression en faisant porter tout le poids et la responsabilité
des exactions sur les seuls nationalistes.
Était-ce une façon de faire oublier d’autres
crimes ?

Qui était Bernard lecache, fondateur de la
LICRA ?
À ce point du récit, il devient impératif de
s’intéresser de plus près à l’homme qui créa la
LICRA et la présida jusqu’à sa mort en 1968,
soit durant quelque quarante années !
La Ligue et le DDV sont étonnamment discrets
sur ce personnage, dont n’apparaît qu’une
légende officielle plutôt avare de détails : journaliste
« de gauche », grand humaniste – naturellement,
puisque de gauche -, homme fort
modeste de surcroît, puisqu’il refusera toujours
tout mandat politique, ce qui constitue une
rareté à la LICRA.
Bernard Lecache, comme son nom ne l’indique
pas est né en 1895 à Paris dans une famille juive
d’origine ukrainienne. Ses parents, tous deux nés
en Ukraine, avaient émigré en France en 1890.

Il sera journaliste dans divers organes de la
presse de gauche et d’extrême gauche, notamment
à La Volonté et au Journal du Peuple, « le
premier journal bolcheviste français ». Il fondera
même un hebdomadaire, Le cri des peuples, qui
disparaîtra après quelques mois d’existence. Dans
les années qui suivent la révolution, il fréquente les
milieux socialistes et communistes franco-russes,
et notamment Boris Souvarine, comme
lui juif d’origine ukrainienne, comme lui né en
1895, comme lui journaliste. Boris Souvarine
sera l’un des créateurs, en décembre 1920, du
parti communiste français. Il assistera Henry
Torrès au procès Schwartzbard.
Bernard Lecache fréquente également avec
assiduité une célébrité de la presse de l’époque,
bien oubliée aujourd’hui : Séverine, dont il écrit
même la biographie en 1931 et dont il épouse
la petite-fille, Denise Montrobert.
Séverine, de son vrai nom Caroline Rémy, est
alors une journaliste féministe-anarchiste-communiste
particulièrement tonitruante. Ancienne
égérie de Jules Vallès, elle est toujours en quête
d’une cause flamboyante à défendre et pourfend
systématiquement l’ordre établi. Son slogan favori
: « Avec les pauvres toujours, malgré leurs erreurs

malgré leurs fautes, malgré leurs crimes ! »
dépeint assez bien la révolutionnaire telle qu’elle n’a
jamais cessé d’être.
Ce qui ne l’empêche pas de collaborer durant
plusieurs années – et c’est là tout le sel de l’histoire
– au journal antisémite La Libre Parole
d’Édouard Drumont, par ailleurs auteur à succès
de La France juive(7). Ce qui, pour la future
belle-grand-mère du fondateur de la LICRA, est
assez original. Édouard Drumont, qui l’appréciait
beaucoup, ira jusqu’à lui dédier, en des termes
très affectueux, un de ses livres, consacré à
l’affaire de Panama, De l’or, de la boue, du sang.
La révolution de 1917, qualifiée de « grande
annonciation », est saluée avec enthousiasme par
ces milieux d’intellectuels parisiens de gauche, et
Bernard Lecache est l’un des premiers à adhérer,
dès 1921, à la section française du parti communiste.
Séverine aussi, d’ailleurs. Il collabore à
partir de ce moment-là à L’Humanité, où il tient
la rubrique antimilitariste.
Deux ans plus tard, le PC fait le ménage, à la
demande de l’Internationale Communiste, le Komintern.
Nombreux sont en effet les Francs-maçons,
surtout au Grand Orient, à avoir rejoint
le parti communiste. Or cette affiliation maçonnique

est mal vue à Moscou. Les « intellos », ou
présumés tels, sont donc sommés de choisir entre
l’appartenance à la franc-maçonnerie, à la Ligue
des Droits de l’Homme – assimilée à la maçonnerie
en raison de ses liens avec elle – ou au Parti,
et ce, avant le 1er janvier 1923 : « La dissimulation
par quiconque de son appartenance à la franc-maçonnerie
sera considérée comme une pénétration
dans le Parti d’un agent de l’ennemi et flétrira
l’individu en cause d’une tache d’ignominie devant
tout le prolétariat ».
Bernard Lecache, qui est membre de la Ligue
des Droits de l’Homme et proche de la franc-maçonnerie,
dont il sera membre un peu plus
tard, refuse de se soumettre à cet ukase,
ainsi que d’autres. Il est exclu du Parti en 1923.
Cela ne l’empêche apparemment pas de rester
un communiste convaincu, ni de garder des liens
étroits avec ses anciens camarades, puisque le 17
octobre 1927, soit quelques jours avant l’acquittement
de Samuel Schwartzbard, on le voit
présider un meeting célébrant le 10e anniversaire
de la révolution russe. À partir de janvier 1928,
il adhère par ailleurs à l’Association des amis de
l’Union soviétique, et collabore à la revue l’Appel
des soviets.

Dépend-il d’eux financièrement ? Dans son
livre Les professionnels de l’antiracisme, paru en
1987, Yann Moncomble reproduit une note
n° 56249 adressée le 18 janvier 1936 par Joseph
Paganon, du ministère de l’Intérieur, au président
du Conseil, Pierre Laval(8), rédigée en ces termes :
« Bernard Lecache, le secrétaire de la LICA, est
subventionné par les soviets depuis 1927. À cette
époque, il était très lié avec l’ambassadeur Rakovsky,
qui le fit nommer comme rédacteur au journal
Le Soir fondé par M.L.O. Frossard(9), actuellement
ministre du Travail. Après la disparition de
ce journal, Lecache, de sa propre initiative, publia
une feuille intitulée Le Cri des Peuples et fut aidé
par l’ambassade soviétique, en la personne du
conseiller Arens. (…) Actuellement, pour la publication
de son nouveau journal Le Droit de
Vivre, Bernard Lecache reçoit chaque mois 10 000
francs de l’ambassade soviétique ».
Pendant la guerre, Bernard Lecache sera arrêté
par la police de Vichy à la suite d’un article paru
dans Marianne et intitulé « Rien n’est fini ».
Il est transféré en Algérie, au camp de Bossuet,
où il se retrouve compagnon d’infortune de
Roger Garaudy, futur célèbre révisionniste. Il est
libéré en décembre 1942 par les troupes alliées

débarquées en Afrique du nord. Après la guerre il
reprend ses activités de journaliste et restera à
la tête de la LICA jusqu’à sa mort, en 1968, à
l’âge de 73 ans.
La Ligue internationale contre l’antisémitisme
(LICA)
Il est indéniable que le succès de la révolution
d’octobre et sa conséquence, l’arrivée au pouvoir
en Russie d’un régime perçu comme philosémite –
du moins à ses débuts car il va évoluer par la suite
vers l’antisémitisme d’État – ont servi de détonateur
et d’encouragement à la création d’organisations
telles que la LICA.
Tout comme l’exemple de la République de
Weimar qui, de 1917 à 1933, va voir les juifs
jouer un rôle important dans la vie politique et
culturelle de l’Allemagne.
Jusque-là, en effet, les juifs de France ne se
considéraient pas eux-mêmes comme particulièrement
combatifs ou militants. L’Affaire
Dreyfus, qui constituera un révélateur à bien des
égards, illustre parfaitement cette attitude effacée.
Revenant une fois de plus, en mars 1987,
sur « l’Affaire », le DDV parle du « Silence des
juifs » :

« Au milieu de cet immense affrontement dont
ils étaient l’objet, le rôle et la réaction des juifs de
France furent dérisoires. On voit à quel point ils
n’existaient pas en tant que communauté structurée,
combien était active et efficace l’idéologie de
l’assimilation (…) Enfin, l’Affaire eut un rôle
déterminant sur les juifs eux-mêmes, Ce n’est pas
Theodor Herzl seulement qui prit mieux conscience
de la nécessité d’un État juif, quand il vit dégrader
Dreyfus aux cris de “Mort aux juifs !”: Ce sont les
juifs du monde entier, qui se sentirent confortés
dans leur détermination de réaliser le vœu bimillénaire
“l’an prochain à Jérusalem” ».
C’est donc dans ce contexte de prise de conscience
nouvelle, à la fois de l’identité juive et de la
possibilité de la défendre politiquement avec
succès, qu’est créée dans un premier temps la Ligue
internationale contre les pogroms. Son but atteint
-la défense et l’acquittement de Samuel Swchartzbard
– elle va se transformer dès l’année suivante,
en 1928, en Ligue Internationale contre l’antisémitisme
(LICA), dont le champ d’action est plus
vaste . Il s’agit dorénavant de prendre la défense des
juifs partout où ils se plaignent de persécutions.
Les statuts de la nouvelle Ligue insistent sur
son caractère résolument apolitique et non confessionnel.

Elle se place d’emblée, non pas « en
dehors », mais « au-dessus » de tous les partis
politiques, un positionnement qu’elle n’abandonnera
jamais et qui en dit long sur son propre
sentiment de puissance.
Un apolitisme affiché qui paraît des plus relatifs,
si l’on en juge à la qualité de ses membres
fondateurs. Au comité d’honneur de la LICA
nouvellement constituée, outre le premier noyau
issu de la Ligue contre les pogroms, prennent
place un certain nombre de responsables politiques,
dont Édouard Herriot, leader des radicaux
de gauche, et Léon Blum, chef des socialistes.
D’ailleurs, cet affichage apolitique ne trompe
personne. Dans son ouvrage Les juifs à Paris
1933 à 1939, publié en 1974, David H. Weinberg
indique clairement : « Pourtant, la période
tourmentée que constitue le début des années trente
en France amena la création de plusieurs organisations
politiques chez les juifs français. La plus
importante fut la Ligue internationale contre l’antisémitisme,
ou LICA ».
Apolitique, la LICA se prétend également non
confessionnelle, souhaitant réunir « des hommes
de bonne volonté, venant de tous les horizons philosophique,
politique et religieux qui veulent militer

pour l’égalité des races et des familles ethniques
dans le respect total des différences ».
C’est la raison pour laquelle apparaîtront toujours
en vitrine et bien en évidence, un certain
nombre de personnalités non juives. A l’étage de
la direction, en revanche, les véritables dirigeants
de la LICRA seront, quant à eux, toujours juifs.
C’est encore le cas aujourd’hui.
À l’instar des communistes, la LICA organise
très vite des groupes d’autodéfense qui n’hésitent
pas à faire le coup de poing contre les « fascistes
». Elle acquiert ainsi dès le départ une réputation
d’agressivité qui ne la quittera plus, n’hésitant
pas à recruter les durs chargés de son
service d’ordre dans le Milieu et dans les salles
de boxe.
1932 marque une nouvelle étape dans la
montée en puissance de la LICA : elle décide,
tout en conservant son sigle d’origine, LICA,
déjà bien connu, d’étendre son champ d’action
au racisme en général; Cette extension est la
conséquence de sa pénétration dans les colonies
françaises, notamment en Afrique du nord, où
juifs et arabes se retrouvent solidaires du mêmes
combat. Une solidarité pourtant sujette à des
crises très violentes, comme en témoigne le

pogrom de Constantine, en Algérie, qui fait
plusieurs dizaines de morts dans la communauté
juive en 1934.
C’est également en 1932 que Bernard Lecache
crée Le Droit de Vivre, qui se proclame premier
journal antiraciste du monde.

Le soutien de la LICA au Front populaire
Les émeutes et la grève de février 1934 réconcilient
socialistes de la SFIO et communistes.
Une réconciliation exigée par Moscou dans son
objectif de conquête du pouvoir en Europe
occidentale. La LICA appelle, elle aussi, au rassemblement
de toutes les forces de gauche « contre
le fascisme ». Un comité de liaison se constitue,
qui aboutira au Front populaire.
Cette alliance va porter ses fruits. En avril
1936, en dépit de son apolitisme officiel, la
Ligue appelle à voter pour le Front populaire de
Léon Blum. La gauche gagne les législatives, et
parmi ses nouveaux élus figurent quatre membres
du comité central de la LICA : Jean Pierre-
Bloch, André Philip, Gaston Monnerville, Salomon
Grunbach.
Deux d’entre eux imprimeront plus tard une
très forte marque sur la Ligue :

Jean Pierre-Bloch, tout d’abord, le plus jeune
député du Front Populaire. Après avoir milité
aux jeunesses socialistes et à la Laurs – Ligue
d’Action Universitaire Républicaine et Socialiste,
qui regroupe les étudiants de gauche – il est
entré comme journaliste au Populaire de Léon
Blum. L’importance de Jean Pierre-Bloch sera
déterminante par la suite puisqu’il succèdera à
Bernard Lecache à la tête de la LICA à la mort
de ce dernier, en 1968. Il y restera à son tour
jusqu’en 1993.
Ce qui signifie que la LICRA, de 1927 à
1993, soit durant 66 ans, a connu en tout et
pour tout deux présidents. Journalistes tous les
deux. De gauche tous les deux.
Une remarquable et éclairante continuité.
Jean Pierre-Bloch écrira bien plus tard dans ses
Mémoires, intitulées Jusqu’au dernier jour : « Je
crois que jusqu’à ma mort, le virus de la politique
ne me quittera pas »
On le croit sur parole.
Le second de ces jeunes espoirs de 1936 est
Gaston Monnerville, radical de gauche, qui
accompagnera la Ligue tout au long des décennies
suivantes, Son soutien constant sera très
important, puisqu’il occupera la haute fonction

de président du Sénat de 1948 à 1968, ce qui
fera de lui le deuxième personnage de l’Etat. Il
siègera ensuite au Conseil constitutionnel.
Tout au long de son histoire, bien qu’officielement
apolitique, la LICRA ne va en réalité
jamais cesser d’être intimement liée au monde
politique, et plus précisément à la gauche.
La présence au sein de la Ligue de membres
issus de la droite constitue surtout un bon moyen
d’occuper le maximum de terrain politique et
d’escamoter une appartenance trop marquée au
camp de la gauche, qui serait préjudiciable aux
objectifs et aux intérêts de l’association. Elle
permet également de donner une apparence de
crédibilité à l’ouverture prônée dans les statuts.

Les années d’avant-guerre
Durant ces années d’avant-guerre, la LICA est
donc déjà bien implantée et jouit de nombreux
relais dans la presse et dans le monde politique
grâce à ses élus et à ses appuis.
Cette visibilité lui permet de faire bruyamment
entendre sa voix et de déployer un activisme
politique dont s’inquiète une bonne partie
de la communauté juive française, nettement plus
modérée.

C’est ainsi qu’en juillet 1937, l’imprimeur
Georges Lang adresse au Consistoire une lettre(10)
s’inquiétant du tort que la LICA causerait aux juifs
par son agitation désordonnée et conclut : « C’est
bruyamment, par tous les moyens possibles, que le
judaïsme devrait renier la LICA (…) Un Lecache
justifierait, si c’était possible, un Darquier de Pellepoix,
mais un Lecache est bien plus dangereux pour
les juifs qu’un Darquier de Pellepoix ».
Dès 1937, la LICA réclame le vote d’une loi
contre le racisme. Du fait de sa forte implantation
en Afrique du nord, elle milite pour
l’adoption du projet Blum-Viollette dont Jean
Pierre-Bloch est rapporteur à l’Assemblée nationale.
Dans un premier temps, en 1870, le décret
Crémieux(11) avait accordé la citoyenneté française
aux juifs d’Algérie. Les musulmans, quant
à eux, pouvaient également demander cette
citoyenneté, mais dans ce cas, ils devaient renoncer
au statut coranique, jugé incompatible avec
la Déclaration des droits de l’homme. Peu d’entre
eux avaient alors effectué cette démarche.
Le projet Blum-Viollette vise, lui, à octroyer la
citoyenneté française à une « élite » de 21 000
musulmans francisés d’Algérie, sans obligation

cette fois de renoncer à la loi coranique. Ce
projet sera violemment combattu par les colons
et finalement retiré.
Curieusement, durant ces années, la LICA
contribue fortement à la diffusion du livre
d’Adolf Hitler, Mein Kampf C’est Marcel
Bleustein-Blanchet(12) qui le racontera bien plus
tard dans son livre de souvenirs Les mots de ma
vie : « Dans les années 30, j’ai reçu la visite de
plusieurs personnalités très connues, avocats, médecins,
hommes d’affaires, parmi lesquels le président
de la Ligue contre l’antisémitisme, la LICA, Pierre-
Bloch(13), et mon ami Lucien Rachet. Ils m’ont
dit : « Hitler a publié en Allemagne un livre abominable,
Mein Kampf, qui se veut la bible de la
haine contre la France et contre les juifs. Il faut
absolument le faire connaître, aux leaders d’opinion.
Nous avons trouvé un éditeur qui accepte de
l’imprimer, mais qui refuse de mettre son nom, par
peur des représailles. Acceptez-vous de nous aider ?:
J’ai dit oui. Le livre a paru.
Nous l’avons envoyé notamment à tous les députés
et sénateurs. C’était l’époque où il ne se passait
guère de jour sans qu’on entende à la radio les
hurlements du Führer annonçant le nouvel ordre
nazi et la destruction du monde occidental. J’ai

fait un sondage auprès d’une bonne vingtaine de
destinataires de notre envoi. aucun n’avait lu Mein
Kampf. Ils l’avaient reçu comme un calendrier et
rangé dans un coin. Les hommes ont une étrange
faculté d’aveuglement ».
Le 7 novembre 1938, un juif allemand de 17
ans réfugié à Paris, Herschel Grynzpan, abat
Ernst von Rath, secrétaire de l’ambassade d’Allemagne.
Ce meurtre sera le prétexte aux violences
de la Nuit de cristal en Allemagne, trois jours
plus tard.
À la suite de cet événement, un nouveau flot de
réfugiés arrive en France. « Ouvrez les frontières
! » titre le DDV en janvier 1939, en réclamant
la création d’un ministère de l’immigration.
Si la LICA n’obtient pas satisfaction sur ce
point – du moins pas encore – elle réussit à faire
sortir en avril 1939 le décret-loi Marchandeau,
qui introduit pour la première fois dans le droit
français la notion de « délit d’injures et de
diffamation racistes ».
Bien plus tard, en octobre 1971, le DDV publiera
sous le titre « La LICA vue par les Nazis »,
un article présenté comme un hommage du vice
à la vertu, mais qui illustre assez bien ses méthodes,
déjà à cette époque-là.

Cet article commente plusieurs rapports sur la
Ligue établis par les services de renseignements
allemands pendant les années d’avant-guerre, et
s’étend longuement sur un ouvrage intitulé Un
coup porté à la paix, relatant justement l’affaire Grynzpan.
L’auteur de cet ouvrage, Wolfgang Diewerge
présenté comme un proche collaborateur de
Joseph Goebbels, émet à propos de la LICA le
jugement suivant: « La politique de la LICA
représente une permanente et incroyable intervention
dans la politique intérieure et extérieure .française:
vive attaque contre les décrets .français .frappant les
étrangers, contre les expulsions de juifs et les restrictions
aux droits politiques des naturalisés, vives attaques
contre les organisations nationalistes ».
Le DDV, qui rapporte ce jugement, conclut
son article en ces termes: « Les nazis, comme on
le voit, ont redouté la perspicacité et l’action de la
LlCA bien avant la guerre » !
Cet interventionnisme incessant se voit confirmé
par ces quelques lignes extraites d’un dossier
consacré par le DDV en août 1986 à la xénophobie
et à l’antisémitisme dans les années 1930 :
«À partir de 1935, les rapports de police, mais aussi
les nombreuses lettres que le président de la LICA

adresse au préfet de police de la Seine (hommage
involontaire : une note ultérieure de ces services se
plaint des démarches incessantes de la LICA en
faveur des étrangers), font état d’incidents graves
provoqués par les: membres de mouvements: d’extrême
droite dans différents quartiers de la capitale ».
Le DDV omet de préciser à ce propos ce qu’il
souligne avec fierté en bien d’autres circonstances,
à savoir que la LICA, qui avait elle-même
créé des groupes d’auto-défense, n’hésitait pas à
donner largement et brutalement la réplique aux
« fascistes », et que les violences étaient très largement
partagées.

Que se passe-t-il en Union soviétique pendant
ces années d’avant-guerre?
Dès sa création, la LICA a choisi son ennemi,
qui se trouve être le même que celui des communistes
: le fascisme, qui devient le mal absolu.
Et qui va le rester, même quand le fascisme
proprement dit ne sera plus qu’un lointain
souvenir historique. Car le mot de fasciste sert
en fait à désigner l’ennemi de la gauche, quel
qu’il soit. Contre cet ennemi, tous les moyens
– absolument tous les moyens – sont bons. On
le constate aujourd’hui encore.

Si le totalitarisme hitlérien constitue en ces
années une menace réelle, la LICA ne semble pas
s’apercevoir qu’un peu plus à l’est, dans ce qui
n’est plus la Russie mais désormais l’URSS, s’est
installé depuis deux bonnes décennies un régime
qui n’a rien à lui envier sous l’angle de la terreur
et du mépris des droits de l’être humain.
Mais il est vrai que le nazisme s’attaque prioritairement
aux juifs, et même le revendique,
tandis que le communisme choisit, lui, d’autres
victimes. Tuer au nom de la race est une abomination.
Tuer au nom de la révolution mondiale
est (presque) permis.
André Malraux, gaulliste de gauche, écrira à
cet égard une phrase extraordinaire qui illustre
parfaitement la coupable indulgence dont bénéficiera
toujours un régime sanglant sous prétexte
qu’il prétendait œuvrer pour le progrès
social : « Le communisme en URSS n’a pas supprimé
la souffrance, mais il lui a donné un sens ».
Un sens qui a certainement échappé à ses dizaines
de millions de victimes…
C’est l’époque aussi où le poète communiste
Louis Aragon, tant admiré des intellectuels,
chante le « romantisme » bolchevique, dont il
n’aura pas, lui, à souffrir :

« Pour l’anéantissement de cette bourgeoisie,
L’éclat des fusillades ajoute au paysage
Une gaieté jusqu’alors inconnue :
Ce sont des ingénieurs et des médecins qu’on
exécute »

Le régime soviétique ne sera donc finalement
critiqué – mais jamais réellement condamné
pour ses crimes, encore moins diabolisé comme
le seront le nazisme et le régime de Vichy – que
des années plus tard, dans un contexte politique
particulier. Lorsque l’URSS manifestera son
hostilité à l’égard de l’État d’Israël et s’opposera
à l’émigration des juifs russes.
Pourtant, comme on l’a vu, dès les premières
années du nouveau régime, terreur, purges, goulags,
déportations, sont érigés en système de gouvernement.
Les victimes se compteront – bien
plus tard, et plutôt discrètement – par dizaines
de millions.
À la mort de Lénine, en 1924, une lutte sans
merci se livre au sommet de l’État pour le
pouvoir. Staline en sort vainqueur et réussit à
évincer Trotsky qui est banni d’URSS en 1929.
L’un des principaux artisans de la terreur bolchevique
se voit ravalé au rang de vulgaire
contre-révolutionnaire.

Un certain nombre de dirigeants juifs de la
première heure sont éliminés en même temps
que Trotski, mais pas le beau-frère de Staline,
Lazare Kaganovitch, qui cumule plusieurs fonctions
faisant de lui le maître du pays en second.
The Jewish Post de Londres ne s’y trompe pas,
qui écrit en date du 27 juin 1933 : « Pratiquement,
Kaganovitch et Staline détiennent le pouvoir
dans ce pays gigantesque qui couvre la sixième
partie du globe et a une population de 160 millions
d’habitants ».
Mais si les têtes changent, la situation de la
population russe ne s’améliore pas.

Le génocide ukrainien
L’Ukraine, décidément région martyre, va être
le théâtre principal, durant ces années d’avant-guerre,
d’un épouvantable crime contre l’humanité
qui disparaîtra promptement dans un trou noir
de l’histoire.
Malgré les guerres, elle reste une région agricole
riche et sa population continue à manifester
un vif esprit d’indépendance, que le pouvoir va
s’employer à briser. En représailles contre la
résistance des populations paysannes à la collectivisation
forcée, le régime bolchevique organise

délibérément une abominable famine en 1932-
1933. Cette famine provoquée touchera principalement
l’Ukraine, mais sévira aussi dans le
Caucase du nord et dans le Kazakhstan.
Pour accomplir ce forfait, qui sera toujours nié
par le pouvoir, Staline envoie sur place les commissaires
Viatcheslav Molotov et Lazare Kaganovitch
ainsi que Genrikh Yagoda, chef de la tchéka. Leur
mission est « d’accélérer les collectes » et d’empêcher
à tout prix les paysans de fuir vers les villes.
Plus de six millions de personnes, dont environ
deux millions d’enfants, vont mourir de
faim, ainsi que du typhus, durant cette famine
sciemment organisée par le pouvoir bolchevique.
Le cannibalisme réapparaîtra. Des affiches représentant
une femme et son enfant, sous le slogan
« Manger son enfant est un acte barbare »,
seront placardées.
Pendant ces deux années où il affame volontairement
toute une population, le gouvernement
des soviets exportera à l’étranger dix-huit
millions de quintaux de blé. Cette tragédie est
connue en Europe occidentale. Des journaux
publient des témoignages de rescapés, et des voix
s’élèvent pour dénoncer cette barbarie. Mais
Édouard Herriot(14) souhaite mener, en sa qualité

de président du Conseil – jusqu’en décembre
1932 – une politique de rapprochement avec
l’Union soviétique. Ces révélations sont gênantes.
Il convient d’effacer cette mauvaise impression
par un témoignage incontestable : le sien.
Devenu en février 1933 président de la commission
des affaires étrangères à l’Assemblée
nationale, il se rend donc en Ukraine en août
1933, accompagné de la journaliste Geneviève
Tabouis. Et fait à son retour cette déclaration
historique : « J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien! je
vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein
rendement. On assure, me dites-vous, que cette
contrée vit à cette heure une époque attristée ? Je ne
peux parler de ce que je n’ai pas vu. Pourtant
je me suis fait conduire dans des endroits éprouvés.
Or je n’ai constaté que la prospérité… »
Toute une mise en scène destinée à lui permettre
de ne rien voir d’indésirable et donc de
mentir avec un semblant de vérité, a en effet été
déployée. Après tout, qu’est-ce que la vérité,
surtout en matière politique? Ne disait-il pas
lui-même : « Une vérité est un mensonge qui a
longtemps servi » ?
Ce crime gigantesque commis par les bolcheviques
est donc connu par la gauche française,

mais occulté. Seul l’antisémitisme de Hitler est,
durant le même temps, dénoncé à longueur de
colonnes dans le DDV. En 1932, alors que ce
dernier n’est pas encore chancelier, le DDV proclame
déjà : « La clef de l’antisémitisme est en
Allemagne et chaque voix gagnée par Hitler est une
voix gagnée par l’internationale du pogrom ».
Pour gigantesque qu’il soit, le génocide ukrainien
n’est cependant pas, et de loin, le seul crime
bolchevique. Juste avant la guerre, en 1937-
1938, neuf millions de Russes au moins sont
détenus dans les goulags ou les prisons.

L’antisémitisme d’État en URSS
Une loi punissant l’antisémitisme de mort est
votée par le nouveau pouvoir soviétique dès
juillet 1918. Mais si bon nombre de ses dirigeants
sont juifs, ils sont aussi athées et considèrent
que le problème juif sera finalement réglé
par l’assimilation. Dans leur esprit, toutes les
particularités – et notamment les religions – doivent
être impitoyablement éliminées pour faire
place à l’homme nouveau issu de la révolution.
Au robot voué au seul service du pouvoir.
La religion juive ne sera donc nullement
avantagée et se verra maltraitée comme les autres.

 Dès 1922, les autorités ferment synagogues
et écoles religieuses et interdisent toutes les
activités communautaires non communistes.
L’arrivée au pouvoir de Staline va marquer une
étape supplémentaire : le début de la montée en
puissance d’un véritable antisémitisme d’État bien
pire que celui du régime tsariste. Cet antisémitisme
se manifestera avec éclat en 1936-1938
lors des procès de Moscou, qui s’accompagneront de
véritables hécatombes éliminant un grand nombre
de compagnons de la première heure, juifs pour la
plupart. Les juifs seront chassés des services
gouvernementaux. Des numerus clausus seront
rétablis dans les écoles. En 1939, le pacte conclu
entre Staline et Hitler conduira à la déportation,
vers l’Oural et la Sibérie, sur ordre de Staline,
600 000 juifs polonais pris dans la zone soviétique.
Peu en reviendront
La logique, l’honnêteté et le respect des droits
de l’homme constamment invoqués voudrait
donc qu’en ces années d’avant-guerre, Staline(15)
soit pour le moins aussi infréquentable qu’Hitler.
Et que les deux totalitarismes soient pareillement
dénoncés. Or, il n’en est rien. On ne pipe mot
à Paris, ou si peu. Il semblerait qu’on ne veuille
surtout rien voir, ni rien savoir.

Il existe pourtant bien des moyens de
connaître la situation réelle en Union soviétique,
car les contacts et les voyages sont fréquents.
Boris Souvarine, communiste de la première
heure, s’il en est, puisqu’il participe à la création
du parti communiste français en 1920, est aussi
un homme honnête, qui ne va pas tarder à
comprendre la véritable nature, perverse et
inhumaine, du régime. Il aura le grand courage
de faire son mea culpa, mais il restera bien seul
de son espèce.
De retour d’un de ses fréquents voyages à
Moscou, il essaie dès 1933 d’ouvrir les yeux de
ses contemporains. Il publie en 1935 une biographie
de Staline, Staline, aperçu historique du
bolchevisme, puis en 1936 Bilan de la terreur en
URSS (faits et chiffres) où il remarque notamment
: « On n’aperçoit plus de limite à la sauvagerie
déchaînée ».
En 1938, il fait paraître dans la revue La Vie
intellectuelle un texte qui définit la nature intrinsèque
du communisme et qui na rien perdu de
son acuité : « L’URSS est le pays du mensonge, du
mensonge absolu, du mensonge intégral Staline et ses
sujets mentent toujours, a tout instant, en toute
circonstances, et à force de mentir ne savent même

plus s’ils mentent. Ils baignent dans une atmosphère
saturée de mensonge. Et quand chacun ment, personne
ne ment plus en mentant. Là où tout ment,
rien ne ment (…) Unique réalité: la terreur qui
décompose les esprits et empoisonne les consciences ».
Ce n’est là qu’un court extrait d’un texte
saisissant qui développe ce thème du mensonge
sous tous ses aspects et dépeint un univers totalement
déshumanisé. Et nous ne sommes qu’en 1938.
Peine perdue. Socialistes et radicaux français ont
trop besoin des communistes pour garder le
pouvoir. Ils garderont donc le silence par la
même occasion.
Gare aux intellectuels qui osent les fausses
notes. Comme André Gide, par exemple, qui
sera lui aussi communiste, mais pas pendant
longtemps. Revenu d’URSS et de son aveuglement,
il déclare en 1936 : « Et je doute qu’en
aucun autre pays, aujourd’hui, fût-ce dans l’Allemagne
de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus
courbé, plus craintif, plus vassalisé ».
Seul résultat ? ses anciens « amis » s’empressent
de disqualifier son témoignage.
La LICA est bien ancrée à gauche malgré son
apolitisme proclamé. Ses dirigeants, ses compagnons

de route, sont pour l’essentiel des gens de
gauche, socialistes ou communistes. Même si des
dissensions peuvent apparaître ponctuellement
ici et là, ils restent tous fondamentalement du
même camp.
Solidaires dans la désignation d’un seul et même
ennemi et dans l’occultation délibérée du reste.
La seule bête immonde sera donc à jamais la bête
fasciste. Les crimes, horreurs et même persécutions
antisémites commis par le monstre communiste,
qui dureront pourtant bien plus longtemps et
feront bien plus de victimes, ne compteront pas
vraiment et n’entameront même pas la légitimité
internationale du régime. Ne verra-t-on pas, suprême
dérision, l’Union soviétique se faire procureur au
Tribunal de Nuremberg ?
Ce négationnisme dure depuis des décennies.
Il empoisonne aujourd’hui encore en France le
non-débat politique.
Il est la démonstration éclatante du triomphe
culturel de la gauche.

Les années de guerre et d’après-guerre
La guerre voit évidemment la dispersion des
militants de la LICA. Fuites, arrestations, incarcérations,
évasions, sont le lot qu’ils partagent

avec bien d’autres Français. De nombreux ligueurs
rejoignent divers réseaux de résistance.
Moscou espère toujours ardemment voir éclater
une guerre civile en France. D’où un climat
d’attentats et d’activisme insurrectionnel entretenu
dans le pays par le parti communiste, qui
invente à cette occasion la légende du parti des
75 000 fusillés. Alors qu’il est avéré qu’il y a eu
en tout et pour tout 29 000 Français fusillés
pendant l’Occupation, couvrant de surcroît tout
l’éventail des sensibilités politiques, de l’extrême
droite à l’extrême gauche.
Notre pays a jeté un voile pudique sur l’été
1944. Pourtant, une épuration sauvage va se
déchaîner, à côté de l’épuration légale, extrêmement
active elle aussi. Une violence proprement
révolutionnaire, menée principalement par les
communistes, auxquels De Gaulle s’est allié
C’est l’occasion en or de liquider les adversaires,
de s’emparer des leviers du pouvoir. À partir de
ce moment-là, l’emprise des communistes sur la
vie du pays sera très lourde. En septembre 1944
le Comité national des écrivains (CNE), qu’ils
contrôlent, interdit à 160 écrivains et journalistes
d’exercer leur profession. Encore ceux-là
peuvent-ils s’estimer heureux car de nombreux

autres journalistes et écrivains sont purement et
simplement fusillés ou emprisonnés.
Le terrorisme intellectuel a visée idéologique
plonge là ses racines.
Et encore, d’aucun trouveront que la « purification
» n’a pas été suffisante. Lors d’une réunion
de la LICA en janvier 1950, le député
socialiste Daniel Mayer aura ces mots à propos
de l’épuration : « Il y eut beaucoup de crânes
tondus, mais pas assez de têtes coupées ». Daniel
Mayer présidera la Ligue des Droits de l’Homme
de 1958 à 1975. Il sera nommé à la tête du
Conseil constitutionnel en 1983 par François
Mitterrand, ce qui donnera à Jean Pierre-Bloch,
président de la LICRA, l’occasion de déclarer
: « Tous ceux qui le connaissent, amis politiques
ou adversaires, se réjouiront de la nomination d’un
homme qui ne connaît pas le sectarisme ».
Les excès de l’épuration vont conduire les plus
sensés à appeler à la réconciliation des Français et
même à demander, notamment en 1948, la libération
de Philippe Pétain. Cette réconciliation sera
refusée. La LICA, notamment, réagira très vigoureusement
et s’opposera dès cet instant à toute
tentative de réhabilitation des responsables, à
quelque niveau que ce soit, du régime de Vichy.

Son veto formel ne fera que se durcir au cours
des années, jusqu’à aboutir, à l’heure actuelle, à
un tabou complet jeté sur cette période complexe
de notre histoire.
La LICA inaugure également, en ces années
d’après-guerre, son combat de tous les instants
contre le révisionnisme. Le premier ouvrage à
classer dans cette catégorie est en effet publié en
1950 par Paul Rassinier, ancien communiste et
ancien déporté lui-même. Il s’agit du livre Le
mensonge d’Ulysse.

La shoah
et le soutien inconditionnel à Israël
Deux événements majeurs se produisent
durant la décennie 1940-1950. Tous deux seront
déterminants pour l’action future de la LICRA.
Il s’agit tout d’abord de la tentative d’extermination
des juifs par le régime hitlérien, événement
qui sera par la suite appelé holocauste, puis
shoah. Et de sa conséquence historique et politique
directe, la création de l’État d’Israël.
Les effets de ces deux événements se font toujours
sentir avec acuité.

L’ensemble du monde occidental est coupable
Il est clair que le monde occidental, tout
entier engagé dans une guerre meurtrière, ne
s’était pas particulièrement mobilisé pour secourir
les juifs d’Europe persécutés par les nazis. Les
archives s’ouvrant, il devient difficile de nier que
les puissance alliées, Etats-Unis et Grande-
Bretagne en tête, connaissaient à très haut niveau

l’existence des camps d’extermination et des
massacres à l’est, mais que, pour des raisons diverses,
elles s’étaient abstenues d’intervenir.
La Croix-Rouge internationale, de son côté,
n’avait pas fait preuve de beaucoup de diligence
ni de curiosité. Elle sera amenée des années plus
tard à le reconnaître publiquement.
Certes, le président américain Théodore
Roosevelt avait bien convoqué en juillet 1938 à
Evian une conférence internationale sur les
réfugiés, afin de leur trouver des pays d’accueil,
en dehors du sien, naturellement. Mais la conférence
s’était terminée sur un échec. Les 32
États participants, parfaitement au courant
des persécutions nazies et les condamnant verbalement,
dans de grands discours emplis de compassion,
s’étaient pourtant bien gardés d’accueillir
sur leur territoire les trop nombreux réfugiés
qui auraient inévitablement afflué d’Allemagne
et d’Autriche.
Le New York Herald Tribune pouvait donc titrer
dès le 8 juillet : « 650 000 exilés juifs refusés par tous
à Évian », et la presse allemande ironisait : « Juifs
à céder à céder à bas prix. Qui en veut ? Personne ».
En mars 1970, le DDV parle longuement d’un
livre « cruel » qu’il qualifie cependant d’apport

fondamental à l’étude du nazisme, Il s’agit de La
diplomatie du IIIe Reich et les Juifs 1933-1939,
d’Eliahu Ben Elissard, que le journal commente
en ces termes :
« On y voit en effet que les intentions du Führer
étaient bien sûr de se débarrasser des juifs, mais
plutôt en les expulsant qu’en les exterminant, d’où
de multiples tentatives pour obliger les démocraties à
accepter d’importants transferts de juifs d’Allemagne.
On pensa d’abord à la Palestine où de 1933 à
1939 émigrèrent 50 000 Israélites, mais cette solution
fut considérablement limitée par la Grande-
Bretagne à partir de 1937. Quant aux États-Unis,
l’auteur démontre qu’ils auraient pu accueillir un
million de juifs supplémentaires sans pour cela
transgresser les lois sur l’immigration ».
Les années passant, la culpabilité débordera
même le monde occidental pour s’étendre à l’humanité
toute entière. En 1978, l’écrivain André
Néher publie un essai intitulé Le dur bonheur
d’être juifs, qui sera largement commenté par le
DDV, essai dans lequel il exprime cette idée de
culpabilité de toute l’humanité, qui sera reprise
sous bien d’autres formes par la suite :
« Auschwitz, c’est l’échec de Dieu qui a voulu
que l’homme fût libre. Mais l’homme a mésusé de

sa liberté. La conséquence, c’est qu’il y a eu rupture
définitive entre les juifs et l’humanité. La majorité
de l’humanité a trahi. “Imaginez une grève générale
de tous les médecins, de toutes les infirmières,
de tous les techniciens des appareils thérapeutiques :
ce serait la mort instantanée de millions de malades.
C’est ce qui est arrivé à Auschwitz”: Une grève
générale de toute la civilisation ».
Il est évident que dans ce contexte, l’Amérique,
pas plus que les autres pays, n’échappera à
la culpabilité. Bien au contraire. En mars 1987,
Le Droit de Vivre s’interroge sur une pleine
page : « Pourquoi l’Amérique avait-elle abandonné
les juifs d’Europe ? ». Cette interrogation survient
à l’occasion de la sortie du livre, qualifié d’explosif,
de l’historien américain David S. Wyman
L’abandon des juifs – les Américains et la
solution finale. Un ouvrage d’autant plus intéressant
qu’à cette date, de nouvelles archives
viennent d être ouvertes.
Le DDV commente en ces termes les travaux
de David Wyman : « Par antisémitisme, les Américains
ont longtemps refusé de laisser entrer
librement les juifs ; par esprit bureaucratique, ils
ont sciemment saboté des plans de sauvetage sous
prétexte qu’Hitler aurait pu les gêner en leur

livrant non pas quelques-uns, mais tous les juifs.
des grandes questions, sinon la principale, qui
paraît en effet est celle-ci: “Si Hitler nous les
donne, qu’en fait-on ? N’importe où, mais pas chez
nous ”: Ni les Américains, ni les Anglais ne veulent
des juifs chez eux et la seule solution envisageable,
la Palestine, est exclue ».
Il ressort également de ce livre, toujours selon
l’analyse du DDV, que : « Les organisations juives
américaines essayaient d’agir, d’alerter l’opinion mais,
divisées sur le problème du sionisme, gênées par leurs
rivalités internes, elles n’ont guère été efficaces. Les
juifs américains craignaient aussi d’envenimer le
climat d’antisémitisme aigu régnant aux États- Unis
dans les années trente (climat qu’on découvre avec
stupeur dans ce livre) et ils ont capitulé ».
Ainsi donc, il régnait un climat d’antisémitisme
aigu aux États-Unis dans les années trente ? Pour
quelle raison ? On apprend par ailleurs avec
étonnement que : « Quant aux médias, en particulier
la presse, ils donnaient le minimum de place,
sinon aucune, à ces informations, y compris dans
les grands journaux appartenant à des juifs(le
New York Times, par exemple) ».
En 1993, le DDV commente divers livres
récents parus sur la shoah, notamment Hitler et

les juifs – Genèse d’un génocide de Philippe Burrin,
et là encore, revient sur cette éternelle culpabilité
:
« Une lacune considérable subsiste dans l’étude
de Burrin : la passivité des démocraties occidentales,
du pape et d’autres soi-disant “forces morales”
et “spirituelles” devant les atrocités antisémites.
C’est cette passivité, cette connivence, cette complicité
qui ont encouragé Hitler après 1933, et permis
la promulgation des lois anti-juives, l’ouverture des
camps de concentration, les exécutions en masse
Sonderkommandos opérant sur les arrières et avec
la collaboration de la Wehrmacht.
On se souviendra que les démocraties étaient au
courant de ce qui se commettait à Auschwitz, mais
ont refusé d’intervenir, même quand elles en ont été
mises en demeure par les institutions juives.
C’est cette complicité qui a sans doute constitué
la cause primordiale du passage à l’acte d’Hitler ».

L’État d’Israël apparaît comme une compensation
La guerre finie, les problèmes des juifs
n’étaient pas terminés pour autant. Les survivants
des camps, un demi-million de personnes
environ, se voyaient rejetés, parqués dans des

camps de personnes déplacées et ballottés de
pays en pays. Les États-Unis, favorables a l’installation
des juifs en Palestine, avaient refusé
d’augmenter leurs propres quotas d’immigration
pour les réfugiés européens. À titre d’exemple,
seuls 4 767 survivants avaient été admis sur leur
territoire durant les huit premiers mois de 1946.
Les Anglais, quant à eux, redoutant les réactions
arabes, limitaient toujours strictement l’immigration
en direction du foyer juif de Palestine,
alors sous leur contrôle.
C’est dans ce contexte que se place l’odyssée
de l’Exodus, bateau transportant 4 500 juifs vers
la Palestine, qui furent finalement honteusement
refoulés et débarqués de force après de nombreuses
péripéties à Hambourg, en 1947, par les
paras anglais.
Bref, deux ans après la fin de la guerre, aucune
solution n’avait encore été trouvée au problème
des réfugiés juifs qui souhaitaient massivement
quitter l’Europe et recommencer leur vie en
Palestine.
Jusque-là, le sionisme – ou retour des juifs sur la
terre d’Israël – ne faisait pas vraiment recette. Après
la dispersion, aux temps bibliques, n’étaient restées
en Palestine que de petites communautés juives qui

avaient survécu. Les premières vagues d’immigrants
étaient arrivées de Russie vers la fin du XIXe siècle,
à la suite des pogroms, puis en 1905, à la suite de
l’échec de la première révolution russe. Eux avaient
été, véritablement, les premiers pionniers. Mais leur
nombre était encore bien insuffisant aux yeux des
sionistes, dont certains allaient jusqu’à espérer le
retour de tous les juifs du monde sur la terre-mère.
Il est vrai que les conditions de vie dans le foyer
juif de Palestine installé en 1917 par les Britanniques
étaient très difficiles. Ce qui conduisait les
candidats à l’émigration à choisir prioritairement
les États-Unis et l’Europe occidentale.
Mais à l’issue de la seconde guerre mondiale,
la situation est totalement différente. Cette fois,
un grand nombre de survivants veulent à tout
prix fuir l’Europe des mauvais souvenirs et
rejoindre la Palestine coûte que coûte.
La solution que les occidentaux vont trouver
pour sortir de l’impasse et offrir une compensation à
cette population sans abri sera le partage
de la Palestine, événement historique majeur
Une solution en forme de poudrière, toujours
menaçante soixante ans plus tard.
Le partage sera voté de justesse – avec pressions
et menaces – en novembre 1947 par 1’ONU

nouvellement créée. L’État d’Israël proprement dit
voit le jour l’année suivante, en mai 1948. Ce
vote mémorable imposera aux arabes palestiniens,
qui représentaient alors 92% de la population
totale de la Palestine, de partager leur territoire
avec les juifs venus d’Europe.
Ceux-ci revenaient sur une terre qu’ils avaient
quittée depuis les temps bibliques et qu’ils considéraient
comme leur appartenant de plein
droit.
Les palestiniens s’estimaient lésés et punis pour
un crime commis par les nations occidentales.
Le dernier soldat anglais parti, un conflit qu’il
était facile de prévoir éclata immédiatement et
n’a jamais cessé depuis lors.

La shoah, pièce maîtresse du soutien à Israël
Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui,
la tentative d’extermination des juifs par
le IIIe Reich est, immédiatement après la guerre,
pratiquement passée sous silence.
Le monde entier se trouve knock-out après
une guerre terrifiante qui a fait cinquante millions
de morts, dont dix-sept millions de Soviétiques
et neuf millions d’Allemands. Le malheur
juif, même aux yeux des survivants des camps,

n’apparaît alors que comme l’un des malheurs de
cette période de fer et de sang.
Les organisations juives de par le monde n’ont
pas encore pris la mesure de l’extraordinaire
levier qu’elles détiennent et de l’usage qui pourra
en être fait.
Cette situation va considérablement évoluer
par la suite, car la diaspora – l’ensemble des juifs
dispersés dans le monde – va devoir soutenir
l’État d’Israël, en butte à l’hostilité du monde
arabe. La guerre des Six Jours(16), en juin 1967,
constitue à cet égard un puissant révélateur, à la
fois pour la diaspora et le reste du monde. La
communauté juive mondiale considérera que
lors de ce conflit avec les pays arabes, Israël aurait
bel et bien pu disparaître. Devant cette menace,
les juifs dans leur ensemble vont redoubler
de solidarité et de vigilance.
Cependant, pour que l’État hébreu vive
et se développe, les efforts de la diaspora ne suffisent
pas. Il faut aussi que les puissances occidentales,
qui ont permis sa naissance parce qu’elles se
sentaient coupables, continuent également à le
soutenir. Il est donc vital pour Israël que le
sentiment général de culpabilité qui a abouti à
sa création ne faiblisse pas, car il est en grande

partie le garant de sa survie. Ce sentiment sera
par conséquent entretenu sans relâche.
C’est à partir de ce moment-là, et dans ce
contexte particulier, que la shoah va prendre au
fil des années une importance nouvelle et monter
régulièrement en puissance. Son évocation et
sa commémoration vont s’amplifier de plus en
plus, à mesure que l’on s’éloignera de l’événement
proprement dit.
La shoah va finir par devenir la pièce maîtresse
de la stratégie de soutien des organisations juives
à Israël. Pour des raisons évidentes, elle va cesser
d’être l’affaire des seuls juifs pour devenir celle
de toute l’humanité. De toute une humanité
coupable de la shoah, et ayant contracté à ce
titre une dette inexpiable à l’égard des juifs.
Dans ces conditions, il est clair que toute
contestation ou même toute comparaison avec
d’autres épisodes sanglants de l’histoire de l’humanité,
qui pourtant n’en manque pas, ne sont
pas tolérables car elles portent atteinte au caractère
unique et même « sacrificiel » que la shoah
doit obligatoirement revêtir.
Quitte à prendre l’une ou l’autre liberté avec
la vérité comme le démontre l’exemple ci-après.

Le nombre des victimes d’Auschwitz
En mars 1970, Le Droit de Vivre dénonce
« une odieuse imposture » : « Selon Varsovie, il n’y
avait pas de Juifs à Auschwitz ! ». Les autorités
polonaises sont accusées de vouloir « récupérer »
Auschwitz pour en faire un drame exclusivement
polonais et en évacuer la spécificité juive. Trois
ans plus tôt, en avril 1967, un monument dédié
à la mémoire des victimes avait été inauguré. Il
portait – et il portera jusqu’en avril 1990 – une
plaque sur laquelle on pouvait lire : « Ici, de
1940 à 1945, 4 millions d’hommes, de femmes et
d’enfants ont été torturés et assassinés par les meurtriers
hitlériens ».
La plaque ne faisait pas expressément mention
de victimes juives, mais, précise Le Droit de Vivre :
« Ce jour-là, 200 000 personnes s‘étaient rassemblées,
venues de quinze pays d’Europe, d’Israël et
des États-Unis pour témoigner de leur fidélité à la
mémoire des suppliciés et de tous ceux qui avaient
été exterminés dans les divers camps de la mort. Sur
les quatre millions d’êtres humains tués à Auschwitz,
des documents irréfutables reconnaissent que plus de
trois millions étaient juifs ».
Or cet article est daté de mars 1970 et à cette
date, les historiens occidentaux savent pertinemment

que ces chiffres sont faux. En 1961, déjà,
Raul Hilberg, dans son Bilan de la destruction des
juifs d’Europe, estimait à 5,1 millions le nombre
total des victimes juives de la shoah, dont 1 million
pour Auschwitz.
L’estimation la plus récente et la plus fouillée
du nombre des victimes du camp nazi est celle
de Franciszek Piper, directeur du département
d’histoire du musée d’Auschwitz. Elle date de
1994, confirmée en 1998, et donne le chiffre
d’un minimum de 1,1 million et d’un maximum
de 1,5 million de personnes tuées à Auschwitz,
dont 90 % de juifs.
À ce niveau d’horreur, est-il besoin d’en rajouter ?
Depuis 1995, une nouvelle plaque est apposée
dans le camp d’extermination, sur laquelle on
peut lire cette fois : « Que ce lieu où les nazis ont
assassiné un million et demi d’hommes, de femmes
et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays
d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de
désespoir et un avertissement ».

Le devoir de mémoire, sans cesse recommencé
Pour remplir le rôle spécifique qui lui est
assigné, la shoah doit demeurer hors d’atteinte
de toute évaluation critique, échapper à toute
recherche contradictoire. De la même façon,
toute contestation, toute critique à l’égard
d’Israël, menacent un équilibre soigneusement
élaboré et doivent être étouffées dans l’œuf.
En 1975 paraît un livre d’Israël Shahak, professeur
à l’université hébraïque de Jérusalem
intitulé Le racisme de l’État d’Israël qui dénonce
les tortures, les destructions de villages, la répression,
etc. qui seraient perpétrées par l’armée
israélienne à l’encontre des palestiniens.
Le livre, paru aux éditions Guy Authier dans
la collection Vérités dirigée par Michel Rachline,
déclenche le scandale que l’on peut imaginer, et
la LICRA en particulier, se déchaîne.
Sous le titre « Un peu de pudeur, MX… », le
DDV parle d’un livre « infâme », rempli de
« contre-vérités insensées » et poursuit : « Pour
nous, le scandale n’a pas été d’entendre vanter sur
les ondes les mérites de l’auteur car nous sommes
suffisamment tolérants pour écouter des commentaires
qui ne nous plaisent pas. Le scandale se situe
au niveau du personnage qui apportait sa caution

à ce livre. En mémoire de son père qui fut un militant
actif et exemplaire de la LICA et un résistant
de la première heure nous tairons son nom.
S’il se reconnaît dans ces lignes qu’il sache que
nous le méprisons d’autant plus qu’il n’a pas la
décence de se rappeler que son père que nous continuons,
nous, à aimer, a vécu en homme de bien et
respecté de tous pour ses convictions antiracistes et
son attachement à Israël ».
On peut admirer dans cette réaction l’esprit
parfaitement sectaire d’une association qui n’admet,
malgré ses dires, aucune opinion divergente
et qui considère apparemment que les convictions
du père doivent se transmettre telles quelles
au fils comme un dépôt sacré.
Pour lever un suspense insoutenable, précisons
que M. X.., autrement dit « le personnage qui
apportait sa caution à ce livre », était justement
Michel Rachline, éditeur et écrivain, fils de Lazare
Rachline, dit Lucien Rachet soutien de la
première heure de la LICA.
Michel Rachline, qui se qualifie de « juif
libre » encourra les foudres de la LICRA en bien
d’autres occasions.
En 1981, un Rassemblement mondial des
survivants juifs de l’holocauste auquel le DDV

donne un très large écho, est organisé en Israël,
ses objectifs sont parfaitement clairs : « Au-delà
des émouvantes retrouvailles qui ne manqueront
pas de se produire entre ces hommes, ces femmes
qui ont traversé ensemble les pires épreuves que la
barbarie humaine ait jamais imaginées, la portée
historique de cet ultime témoignage est immense. Il
entend rappeler au monde la signification de
l’Holocauste et réaffirmer que celui-ci ne devra être
ni oublié, ni falsifié ».
Le Rassemblement réunit pour la première
– et la dernière fois – douze mille anciens déportés,
pour moitié vivant en Israël et pour moitié
venant de vingt-trois pays.
Pour donner une idée de l’importance de
l’événement, disons que la délégation française
comptait à elle seule plus de trois cents participants,
dont René Sirat, grand rabbin de France,
Simone Veil, Serge Klarsfeld, Georges Wellers
C’était, numériquement, la plus importante
après les Israéliens et les Américains venus,
à 3 200 !
De son côté, la LICRA ne fait pas mystère de
cette culpabilité qu’il faut entretenir sans relâche.
Elle l’exprime à plusieurs reprises et notamment en
février 1985 à 1’occasion du 40e anniversaire de la

libération du camp d’Auschwitz : « …Il faut en
dégager les leçons, mettre en lumière le martyrologe
juif et la passivité du monde libre ; il faut rappeler
au monde civilisé la dette encourue envers le peuple
juif et dénoncer tous ceux qui, à nouveau, suscitent
et alimentent la haine raciste et antisémite »

L’affaire Kurt Waldheim
Au milieu des années 80 se situe une affaire
emblématique de la puissance du Congrès Juif
Mondial (CMJ) et de sa capacité à peser sur la
politique, même européenne. Cette affaire trouve,
elle aussi, sa place dans la stratégie visant à
maintenir la shoah au coeur des préoccupations
des Européens et à contrecarrer le révisionnisme.
C’est d’ailleurs le président du CMJ depuis
1981, le milliardaire américain Edgar Bronfman,
qui l’affirmera sans complexe dans son autobiographie
The making of a Jew, qui paraîtra en
1996. Et qui se félicitera de la formidable publicité
faite ainsi au CMJ.
Kurt Waldheim est ministre des affaires étrangères
d’Autriche de 1968 à 1970, puis secrétaire
général des Nations Unies de 1972 à 1981(17).
C’est donc un homme politique d’envergure qui
se présente à la présidence de son pays, l’Autriche,

en 1986. C’est à ce moment-là qu’éclate
l’affaire qui va dorénavant le poursuivre sans
relâche. Elle démarre en Autriche où les socialistes,
qui occupaient la présidence autrichienne
presque sans discontinuer depuis la fin de la
guerre, s’inquiètent. Kurt Waldheim est un
concurrent redoutable. Une campagne à base de
rumeurs sur son supposé passé nazi démarre.
Mais elle ne rencontre aucun écho en Autriche
Il faut faire plus et mieux, et orchestrer la campagne
depuis l’étranger. Le CJM va prendre les
choses en mains. Cette fois-ci, c’est une incroyable
campagne de haine et de contre-vérités
qui déferle, sur la base d’une photo représentant
Kurt Waldheim en uniforme de la Wehrmacht(18)
sur l’aérodrome de Podgorica au Monténégro, en
compagnie d’un général SS et d’un commandant
italien. Le New York Times prend la tête des opérations
médiatiques. Tout sera tenté pour effrayer
les Autrichiens et les inciter à renoncer à
voter pour Waldheim.
Mais Beate Klarsfeld aura beau mener camppagne
contre lui en Autriche, c’est l’effet inverse
qui se produit. Loin de se laisser intimider, les
Autrichiens élisent Waldheim avec un score
excellent. La « militante exemplaire » de la LICRA

ira, le jour de l’investiture du nouveau président,
déployer une banderole portant ces mots: « Non
au président criminel de guerre », Sous le titre
L’honneur perdu de l’Autriche », le DDV consacre
une page entière à l’élection de Kurt Waldheim et
donne la parole à « un juif de Vienne, M Léon
Zelman, rescapé d’Auschwitz, jusque-là chargé des
relations extérieures de la communauté juive, qui
résume le drame.. « Nous n’en avons pas encore fini
avec Hitler. Il nous extermine pour la deuxième fois.
Il a tenté de nous éliminer physiquement, et il veut
désormais nous faire disparaître moralement ».
Cette victoire ne marque cependant pas la fin
des ennuis de Waldheim, mais bien plutôt leur
commencement. Prétendant détenir des preuves,
qui ne seront jamais divulguées, le CJM obtient
dès l’année suivante des autorités américaines que
le président autrichien soit inscrit sur la liste des
personnes indésirables aux États-Unis, ce qui équivaut
a un verdict de culpabilité. Du coup, pour ne
pas indisposer les Américains – ou le CJM – il est
mis en quarantaine à peu près partout. Parmi les
rares responsables qui auront le courage de le
recevoir officiellement, malgré les pressions et les
critiques virulentes, figurent le pape Jean-Paul II et
le chancelier allemand Helmut Kohl.

Kurt Waldheim terminera son mandat en
1992 dans l’isolement et presque le déshonneur.
Le 27 avril 2001, les dossiers de la CIA sur les
présumés criminels de guerre nazis seront rendus
publics. Le dossier constitué sur Kurt Waldheim
en 1972 lorsqu’il devint Secrétaire Général des
Nations Unies ne contenait aucun élément
défavorable.
En fait, au-delà du cas Waldheim, c’était l’Autriche
entière qui était coupable, et qu’il fallait
mettre en quarantaine, car elle avait le grand tort
de n’avoir jamais fait repentance, elle. Contrairement
à l’Allemagne.
Les élections d’avril 2000 seront l’occasion de
faire resurgir une nouvelle fois cette culpabilité.
Cette année-là, coup de tonnerre ! Les électeurs
autrichiens font entrer « l’extrême droite » de
Jörg Haider au gouvernement. C’est aussitôt le
délire dans les rangs fournis des bien-pensants de
tous bords, et comme entre les deux tours de
l’élection présidentielle française de 2002, un
nombre incalculable de sottises et de contrevérités
seront proférées. Sans compter les insultes
qui accableront les Autrichiens.
Sous la plume de Philippe Benassaya, on
pourra lire dans le DDV ces propos condescendants :

« Ce petit pays, reliquat d’un empire
englouti dans lequel cohabitaient des dizaines de
nationalités, ne se fait pas à l’idée de ne plus compter
dans le concert des nations, comme on disait
autrefois. Il est certain que de passer de Sissi à
Haider… le choc est rude. En outre, et c’est là le
plus grave, l’Autriche est passée entre les gouttes du
devoir et du travail de mémoire. Comment oublier
l’affaire Waldheim ? Incontestablement, ce petit
pays n’a pas procédé à un véritable examen de son
passé, de son histoire, de sa mémoire. Il devrait
prendre exemple sur son grand voisin allemand…»
Le président de la LICRA, Patrick Gaubert,
adressera au Parlement européen ainsi qu’aux
présidents des pays membres de l’Union
européenne un courrier les incitant à la plus
grande fermeté à l’égard d’un pays aussi coupable
: « Le devoir de l’Europe entière doit être de
mettre l’Autriche en dehors de l’Europe ».
Mais revenons aux débuts de l’affaire Waldheim.
Il est clair qu’elle constitue également un
avertissement de nature à faire réfléchir les autres
dirigeants des pays européens. Qui ne brilleront,
comme à l’accoutumée, ni par leur solidarité ni
par leur courage… C’est qu’ils ne tiennent pas à
se retrouver, eux aussi, d’une manière ou d’une

autre, sur la sellette, comme leur collègue autrichien.
Mieux vaut donc relayer le message correct.
Jacques Chirac, alors premier ministre, se rend
en Israël en novembre 1987 et déclare devant la
Knesset :
« La passivité dont a fait preuve l’occident voici
près d’un demi-siècle justifie qu’aujourd’hui nous
soyons attentifs et résolus à tuer dans le germe les
signes, quels qu’ils soient, où qu’ils soient, de la
violence, du racisme, de l’antisémitisme. La mémoire
si douloureuse d’Israël est devenue la nôtre ».
L’année suivante, en 1988, l’organisation d’un
grand événement permettra de stimuler à nouveau
une mémoire qu’il ne faut surtout pas
laisser faiblir, car elle est source d’influence, pour ne pas
dire de pouvoir. Le magnat de la presse
britannique Robert Maxwell, lui-même né dans
une famille juive de Tchécoslovaquie, fait organiser
à Oxford, par son épouse, Elizabeth
Maxwell, un gigantesque Colloque intitulé « Se
souvenir pour l’avenir ».
Cinq cents universitaires de haut niveau – historiens,
juristes, théologiens, psychologues, etc.-
de vingt-quatre pays, se réuniront pour débattre
d’un sujet unique : la shoah. L’ambition avouée

est « d’ouvrir les voies pour que la shoah reste pour
le monde un sujet perpétuel d’enseignement et de
réflexion ».
Le colloque va permettre l’élaboration d’une
nouvelle image de la shoah qui sera imposée au
monde entier: désormais, l’accent sera mis sur son
caractère absolument unique dans l’histoire de
l’humanité et, par conséquent, sur son « mystère ».
L’un des participants, français et membre de la
LICRA, ira jusqu’à dire : « La shoah est un événement
historique, mais elle n’est pas à la portée
des historiens ».
À l’occasion de ce colloque, le DDV consacrera
d’ailleurs une page entière aux différentes
écoles d’historiens face à la shoah : il y a les
intentionnalistes, qui considèrent que l’extermination
des juifs était programmée dès la publication
de Mein Kampf en 1924 ; les fonctionnalistes,
« extrêmement dangereux » aux yeux du
DDV, qui considèrent que les nazis ont fini par
exterminer les juifs parce qu’ils n’arrivaient pas à
s’en débarrasser autrement ; les relativistes, enfin,
qui considèrent que la shoah peut être comparée
à d’autres événements.
Aux yeux de la LICRA en tout cas, le problème
ne se pose pas : la shoah est un événement

unique et incomparable. Qui confère par
là-même aux juifs un statut à part. D’ailleurs
Elie Wiesel, membre d’honneur de la LICRA,
l’affirme sans détours dans un de ses livres :
« Tout en nous est différent ».
Les participants au colloque vont recenser
également tous les moyens d’entretenir la transmission,
car, de gré ou de force, personne n’a le
droit d’oublier.
Comme le dit si bien le DDV, « Quarante-trois
ans après la fin de la deuxième guerre mondiale,
l’humanité n’en a pas fini d’interroger les cendres
qui ont ravagé son âme ».
Au fil des ans, le message se renforce sans
équivoque : les occidentaux, peu ou prou, sont
particulièrement responsables de la shoah – qui
est présentée comme l’expression inouïe et incompréhensible
d’une haine pathologique et irrationnelle
à l’égard des juifs – soit pour l’avoir perpétrée
eux-mêmes, soit pour avoir laissé faire. Ils ont
donc une dette éternelle à l’égard de tous les
survivants, qu’ils vivent en Israël ou hors d’Israël.
Cette dette imprescriptible leur impose des devoirs
particuliers : d’une part, ils doivent soutenir
Israël, et d’autre part, ils doivent relayer à l’intérieur
de leurs propres frontières, l’action des

organisations dites antiracistes. En d’autres termes,
ils ont l’obligation morale d’infléchir leurs
politiques dans le sens souhaité par ces mêmes
organisations. Faute de quoi ils courent l’énorme
risque d’être traités de racistes, de fascistes,
et cloués au pilori comme Kurt Waldheim.
Délégitimant à l’avance toute critique à l’encontre
d’Israël ou même des juifs en général, la
shoah finit par constituer un formidable instrument
de pouvoir politique.
Il ne fait pas bon contester le caractère unique
de la shoah. Alfred Grosser, professeur à l’Institut
des Sciences Politiques de Paris, d’origine
juive allemande, écrit en 1990 un essai, Le crime
et la mémoire, qui déplaît fortement à la LICRA.
Il y démontre que la souffrance est hélas universelle,
que l’histoire des tragédies humaines est
particulièrement bien fournie, et qu’en un mot
comme en cent, la shoah n’a pas constitué la
seule horreur perpétrée par des humains à l’encontre
de leurs semblables.
Le DDV sera très sévère pour « l’universitaire
donnant depuis sa chaire une leçon de mémoire à
l’humanité »
Plus les années passeront et plus le devoir de
mémoire se fera insistant et même envahissant.

Auschwitz va finir par devenir le symbole même
de la shoah. Les commémorations prendront de
plus en plus d’ampleur, jusqu’à culminer en
janvier 2005 pour le 60e anniversaire de la libération
du camp, en un déluge de manifestations
diverses et un matraquage télévisuel assez impressionnant.
Ces commémorations vont s’efforcer également
d’accorder une place de plus en plus grande
à la résistance juive pendant la guerre afin de
gommer l’image négative d’êtres passifs s’étant
laissés conduire à la mort sans broncher, qui
avait prévalu jusque-là.
Dès le départ, la LICRA soutient inconditionnellement
Israël. Certes, elle refuse d’être
qualifiée d’association sioniste, car elle tient à sa
posture apolitique. Il n’en demeure pas moins
que toute critique à l’égard d’Israël est immédiatement
taxée d’antisionisme, lui-même assimilé
par elle à de l’antisémitisme pur et simple.
Ce soutien inconditionnel à Israël va être à
l’origine d’une fracture à l’intérieur du camp de
la gauche en France, car une partie notable de
celle-ci défendra la cause palestinienne, ce qui
sera considéré par la LICRA comme un acte
d’hostilité envers Israël. Et même d’antisémitisme.

La fracture se dessine dès 1967 et ne cessera
de s’élargir par la suite.
Une pleine page du Droit de Vivre, titrée
« Quand la gauche n’est plus la gauche » est consacrée
en février 1970 aux « fathomanes », ou
défenseurs des palestiniens. Elle est intéressante en
ce que, sous la plume de Roger Ikor, elle donne la
définition suivante du fascisme tant exécré :
« Jusqu’à nouvel ordre, le fascisme, c’est le mélange
d’un vrai nationalisme avec un faux socialisme, sous la
dictature d’un parti unique esclave d’un homme
divinisé, quant à son esprit, si j’ose dire, il se ramène
à la passion guerrière, au militarisme, à l’intolérance,
au fanatisme et au mépris de l’homme. La gauche –
eh bien ! c’est le contraire, point pour point ».
La gauche serait le contraire, point pour
point ? Voire. Cette description du fascisme est
pourtant le portait robot, hurlant de vérité, du
régime communiste dès ses débuts.
Gauche dénaturée, gauche dévoyée, les épithètes
ne vont pas manquer sous la plume des chroniqueurs
du DDV. La guerre du Kippour, en
octobre 1973, marque un cran supplémentaire
dans l’escalade : « Comment ose-t-on appeler
hommes de gauche ceux qui pensent que s’attaquer
à des innocents est légitime mais que se défendre

contre ceux qui préparent des meurtres est un
crime, ceux qui confondent agression et légitime
défense. Et aussi ceux qui maudissent l’argent et
suivent les cyniques qui ne crachent pas sur les dollars
de Khadafi, ou s’alignent sur les gouvernants
français qui pensent qu’un bidon de pétrole vaut
bien la peau d’un Israélien ».
Les États-Unis soutenant massivement Israël,
et l’URSS les pays arabes, l’ombre portée des
deux super-grands ne participe pas, on s’en
doute, à l’apaisement des esprits.

suite…

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