Manipulation : ne vous laissez plus faire !


Auteur : Regard Jacques
Ouvrage : Manipulation : ne vous laissez plus faire !
Année : 2004

 

« Accuser les autres de ses malheurs, cela est d’un ignorant.
N’en accuser que soi-même, cela est d’un homme qui commence à
s’instruire.
N’en accuser ni soi-même ni les autres, cela est d’un homme déjà
instruit. »
Épictète

 

 

Introduction
Aucun conducteur sensé ne laisserait un de ses passagers s’emparer du
volant pour conduire à sa place et aller là où il veut. C’est pourtant ce
qui se passe à chaque fois que nous sommes harcelés ou manipulés.
Brutalement ou insidieusement, quelqu’un nous impose de penser,
d’agir, de vivre ou d’aimer comme il ou elle le veut. En utilisant des
moyens qui nous paralysent, qui nous embrouillent ou qui nous empêchent
de réagir, le manipulateur envahit et saccage ainsi une part plus
ou moins importante de notre vie.
Quand on est gai et confiant un jour puis irritable, angoissé ou apathique
un autre jour, on peut se résigner en pensant que la vie est ainsi
faite. On peut aussi geindre, s’apitoyer sur son sort ou s’effondrer,
angoissé et seul dans son coin. Mais cela ne change rien à ce qui nous
préoccupe ou nous accable.
Il est normal de connaître des moments de découragement, par exemple
lorsqu’on est surchargé de travail ou, au contraire, lorsqu’on craint
d’en être privé. Il est tout aussi légitime de manquer de confiance ou de
douter lorsqu’on est confronté à l’échec, au conflit, à la maladie ou à
une situation apparemment sans issue. Mais bien souvent ces symptômes
sont aussi la conséquence directe d’une forme de manipulation.
Certaines manipulations sont tellement dissimulées ou perverses que
bien souvent la victime ne peut en déceler l’origine. Elle s’accuse à tort
et cherche en quoi elle pourrait être responsable de ce qui lui arrive.
A l’inverse, d’autres manipulations sont tout à fait prévisibles ; on se

prépare, on jure que cette fois-ci on ne se fera pas « avoir ». Mais on sait
aussi que l’on sera incapable de résister au manipulateur et que l’on
finira par lui céder.

Cet ouvrage est destiné à tous ceux et à toutes celles qui en ont assez
de se faire marcher sur les pieds, assez d’être trop gentils ou trop bons,
assez de ne pas pouvoir vivre leur vie, assez d’être malheureux. En un
mot, ce livre s’adresse à tous ceux qui en ont assez de se faire manipuler.
La manipulation n’est pas une fatalité. Personne n’est obligé de passer
sa vie à suivre ou à subir la volonté des uns ou des autres. Il est possible
de changer et de ne plus se laisser faire sans réagir.
Pour mieux se défendre et pour ne plus se reprocher d’avoir été trop
gentil, trop bon ou trop confiant, ce livre vise deux objectifs. Le premier
est de faire découvrir, à travers de nombreux exemples, les différents
aspects de la manipulation qui, pour la première fois, ont été classés
de façon nette, claire et précise. Il est en effet indispensable de bien
connaître les symptômes, les mécanismes et les ressorts des différents
types de manipulation si l’on veut espérer pouvoir s’en défendre effi –
cacement.
Le deuxième objectif de ce livre est d’apporter des armes et des munitions
à toutes celles et à tous ceux qui s’estiment victimes de harcèlement
ou qui se sentent manipulés (d’une manière ou d’une autre) sans
savoir comment se défendre ou se sortir du piège dans lequel ils sont
tombés. On découvrira dans les différents chapitres toutes les techniques
utilisées par les manipulateurs ainsi que les moyens d’y résister.
Les informations ainsi que les nombreux exercices et outils contenus
dans ces pages sont destinés à ceux qui veulent vraiment les mettre en
pratique. Que chacun en retienne ce qui lui conviendra le mieux pour se
délivrer de ce qui le gêne et vivre ainsi plus libre et plus heureux.

Partie I
Qu’est-ce que
la manipulation ?

 

Chapitre 1
Les trois types
de manipulation

Vous avez dit manipulation ?
Avant de pouvoir résoudre n’importe quel problème, il faut commencer
par l’identifier et chercher à savoir comment il se présente. Les mots
de manipulation ou de harcèlement sont d’un usage de plus en plus
courant. Les médias parlent sans cesse de manipulation électorale,
de manipulation de capitaux ou encore, de manipulation de l’opinion
publique. Les projecteurs de l’actualité, un temps braqué sur le harcèlement
sexuel, se concentrent désormais sur le harcèlement moral.
La manipulation a de multiples visages, parfois très familiers. Le copain
qui s’invite à l’improviste (sans se préoccuper d’un éventuel dérangement)
ou celui qui nous emprunte régulièrement des outils, des livres
ou de l’argent sans jamais nous les rendre sont des manipulateurs. Le
collègue qui obtient le projet ou le poste qui devait normalement nous
revenir, la copine qui minimise toujours ce que l’on fait ou enfin, cet
individu dont la conversation nous met « le moral dans les chaussettes
» : c’est encore et toujours de la manipulation ! Est-elle inévitable ?
Y a-t-il des personnes plus sensibles que d’autres à la manipulation ?
Est-ce un mal que l’on doit subir en serrant les dents ou peut-on faire
quelque chose pour éviter les manipulateurs ou s’en défendre ?
Avant de pouvoir répondre à ces questions, il faut commencer par savoir
ce qu’est la manipulation, de quoi elle est faite et comment elle fonctionne.
Ensuite et à partir de ces bases solides, nous pourrons découvrir
les moyens et les outils à mettre en oeuvre pour ne plus se laisser faire.

Fondamentalement, il existe trois types de manipulation qui se distinguent
les unes des autres par l’intention spécifi que et particulière du
manipulateur.
– Dans un premier type de manipulation, l’intention du manipulateur
est toujours bonne, utile ou agréable pour celui qui en fait l’objet.
– Dans un deuxième mode manipulatoire, l’intention du manipulateur
est égocentrique. Ce dernier fait tourner le monde autour de
ses intérêts personnels, sans se soucier des conséquences pour ses
victimes.
– L’intention du manipulateur, dans un troisième genre de manipulation,
est à caractère paranoïaque et vise toujours un objectif
destructeur et malveillant.

La manipulation Positive (type I)
L’intention d’une manipulation positive est systématiquement bonne,
utile ou agréable. Même s’il ne s’agit pas réellement d’une manipulation
au sens où on l’entend habituellement, il est important d’en parler,
ne serait-ce que pour mieux percevoir les autres manipulations douteuses
qui se cachent derrière des apparences naïves, mielleuses ou faussement
amicales.
Faire un cadeau ou une surprise agréable à quelqu’un correspond à une
manipulation type I, mais offrir une boîte vide à un enfant pour son
anniversaire et rire aux éclats de sa déconvenue n’est pas une manipulation
type I même si l’adulte affirme le contraire.
Ce premier type de manipulation (comme son nom l’indique) contient
toujours une intention positive ; c’est le contraire du chantage. Même
lorsqu’un parent exerce un peu de pression pour amener son enfant à se
laver régulièrement les dents ou lorsqu’une infirmière tient un discours
réconfortant, une seringue à la main (n’ayez pas peur, vous n’allez rien
sentir.), l’intention demeure bonne et va dans le sens du bien, du bon,
de l’agréable ou de l’utile. La douce persuasion1 fait partie de ces manipulations
positives.

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1. Traduction littérale de ce que les Anglais appellent sweet persuasion.

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Une mère de famille peut stimuler son enfant qui rechigne à travailler en lui
disant : « Si tu fi nis ton devoir avant-midi, tu auras tout l’après-midi pour
faire ce qui te plaît, sinon, tu y passeras la journée sans te faire plaisir. »
On peut aussi manipuler quelqu’un en lui montrant les aspects positifs
de quelque chose qui lui déplaît : « Écoute, je ne peux pas rentrer à l’heure
prévue parce que je suis obligé de rester au bureau… Je sais que c’est
ennuyeux, mais cela me permettra de rentrer plus tôt vendredi pour partir
en week-end. »
Que l’on appelle cela du marchandage, de la diplomatie, de la négociation,
un simple conseil ou de la persuasion, il s’agit toujours de manipulation.
Mais cela correspond à une manipulation type I car l’intention
part du coeur et le manipulateur recherche d’abord le bien de la
personne qui fait l’objet de la manipulation.
Si par contre, l’on veut vous faire croire que quelque chose est bon pour
vous alors que vous savez ou que vous sentez le contraire, soyez certain
qu’il ne s’agit pas d’une manipulation type I. Lisez la suite pour ne plus
vous laissez faire !

La manipulation Égocentrique (type II)
L’intention qui guide le manipulateur égocentrique est la recherche de
son bénéfice personnel. Il ne songe qu’à ses intérêts, sans se préoccuper
des désagréments, de la gêne ou du malaise que sa conduite peut
causer à autrui. Le manipulateur type II est banalement rusé, roué,
trompeur, débrouillard ou beau parleur. Il est souvent guidé par l’appât
du gain, du pouvoir ou de la renommée ; ne pensant qu’à lui, il agit
toujours égoïstement.
La manipulation de type II est celle dont nous sommes victimes quand
nous sommes trompés, manipulés ou piégés par quelqu’un qui cherche
à acquérir quelque chose qu’il ne pourrait pas obtenir autrement.
Jean-Pierre, qui n’avait pas de qualification particulière, mais qui possédait
beaucoup de charme et qui savait parler, faisait du porte-à-porte pour

vendre des encyclopédies. Il réussissait très bien car il avait découvert qu’il
était très convaincant auprès des personnes âgées qui, se fi ant à sa bonne
mine, signaient le contrat sans savoir à quoi elles s’engageaient. Il ne se
préoccupait pas de savoir si leurs faibles revenus leur permettraient de
payer des traites dont le total représentait plus d’un mois de salaire. L’essentiel
pour lui était d’avoir des contrats ; c’était là son gagne-pain.

– Le manipulateur de type II, c’est cet ami qui nous demande un
service ou de l’argent en faisant en sorte que nous ne puissions pas
le lui refuser. C’est aussi celui qui, pour montrer son esprit, envoie
des piques et se moque sans savoir s’arrêter lorsque cela devient
blessant. C’est également l’employé qui met des bâtons dans les
roues de ses collègues pour se faire « bien voir » ou pour obtenir une
promotion à leur place. C’est l’enseignant qui terrifie sa classe pour
prouver sa puissance ou c’est encore le journaliste qui dramatise un
sujet pour être certain que son reportage « damera le pion » à tous
ses concurrents. Aucun de ces personnages n’agit pas par méchanceté.
Fondamentalement, ils ne veulent nuire à personne. Non, ils
pensent simplement à leur intérêt personnel, sans songer ou sans
trop se soucier des conséquences.

– Beaucoup de disputes ou de séparations fracassantes sont dues à ce
type de manipulateur. C’est le mari « macho » qui veut montrer son
autorité et son indépendance en ne faisant que ce qui l’intéresse,
sans tenir compte des attentes de son épouse. En voulant prouver
qu’il est le chef et que personne ne peut le commander, il ne voit
pas les bouleversements que son comportement provoque chez sa
compagne. Cet homme qui se croit si parfait sera tout surpris un
jour de la voir partir. À l’inverse, la femme qui contredit ou qui dévalorise
régulièrement son mari en public pour montrer qu’elle n’est
pas une femme soumise et qu’elle a du caractère se révèle être une
manipulatrice.

– Les hommes politiques qui font des promesses à tour de bras et qui,
une fois élus ne les tiennent pas, sont des manipulateurs de type II,
au même titre que les entreprises qui délocalisent en licenciant leur
personnel simplement pour augmenter les bénéfices. Ces dernières
ne pensent qu’à leurs intérêts, sans se soucier des catastrophes

sociales à venir. Un chef qui ne se sent pas à la hauteur fait de la
manipulation de ce type pour imposer son autorité défaillante en
divisant pour mieux régner ou en pratiquant le favoritisme.

– Le marketing est friand des manipulations égocentriques, comme
en témoigne l’exemple suivant (expérience menée par des chercheurs
en psychologie sociale)2.
En se voyant offrir un échantillon de pizza à l’entrée de leur supermarché,
une personne sur deux acceptait d’y goûter. Mais si le démonstrateur leur
touchait le bras en faisant sa proposition de dégustation, ils étaient deux
sur trois à accepter son offre et surtout deux fois plus nombreux à mettre
ensuite cette même marque de pizza dans leur caddy.
Personne ne possède d’explication rationnelle susceptible d’expliquer
ce phénomène, mais toucher le bras de quelqu’un en lui faisant une
offre n’en demeure pas moins une petite cause produisant de grands
effets, surtout pour le manipulateur.

– Ce dernier exemple nous montre que certaines manipulations n’ont
pas obligatoirement de conséquences néfastes. Malheureusement
la plupart de nos désagréments proviennent quand même de
manipulations égocentriques que nous n’avons pas su prévenir ou
auxquelles nous n’avons pas su résister.
Sylvie reçoit sa vieille tante qui a souhaité venir passer quelques jours
chez elle. Mais en acceptant (ou plutôt en s’abstenant de refuser cette
demande), elle ne pouvait imaginer la nature de l’engrenage dans lequel
elle venait de mettre le doigt. Dès le premier soir, la tante dit à Sylvie :
« Demain nous commencerons par aller visiter cette exposition qui ouvre à
10 heures, ensuite nous irons manger dans ton restaurant habituel, comme
ça, je verrai où tu travailles et puis tu pourras utiliser tes tickets restaurants.
L’après-midi, nous irons faire les grands magasins et le soir nous
finirons dans un salon de thé car tu dois en connaître de très bons. Tu sais,

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2. Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Robert Joule et Jean Beauvois, Éditions
PUG, p. 172.

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je ne suis pas sortie en ville depuis très longtemps et c’est pour moi une
grande joie de passer quelques jours avec toi. » Sylvie tente de protester,
d’expliquer qu’elle ne peut pas se libérer aussi facilement, mais sa tante
ne la laisse pas parler et lui explique qu’elle se sent tellement seule depuis
la mort de son mari qu’il faudrait ne pas avoir de coeur pour lui refuser un
si petit plaisir. Sylvie, touchée, ne sait que répondre et sa tante en profite
pour ajouter : « Allez c’est dit, on fait comme ça ! Au fait, qu’est-ce qu’on
mange pour le dîner ? Tu sais, d’habitude je ne mange pas beaucoup le
soir mais, pour une fois que je suis avec toi nous pourrions en profiter. Je
te laisse choisir le restaurant, je ne suis pas difficile et du moment que ce
n’est pas trop bruyant, moi, tout me va. »
Qu’il s’agisse de petits filous, de marketing, d’hommes politiques,
d’entreprises rapaces, de petits chefs, de collègues égoïstes ou de maris
« macho », le manipulateur type II agit en priorité pour satisfaire ses
intérêts et n’a pas l’intention de faire du tort à qui que ce soit. Entièrement
concentré sur ce qu’il souhaite, il ne voit pas ou refuse de voir
les dégâts bien réels que son comportement engendre. Cependant, on
peut discuter avec lui et le faire changer d’avis en misant sur sa relative
honnêteté intellectuelle.

La manipulation Malveillante (type III)
Avec ce troisième type (la manipulation Malveillante), nous entrons
dans le domaine du sournois, du glauque. Cette tentative consciente
et volontaire de destruction d’autrui est extrêmement dangereuse. En
effet, si l’intention du premier type de manipulateur est positive et
celle du deuxième égoïste, l’intention du troisième manipulateur est
la destruction.
Ce dernier ne veut le bien de personne et il ne cherche pas nécessairement
son intérêt personnel. Son unique et principal but est de détruire
ce qui le menace ou ce qui lui paraît intolérable ou haïssable.

On peut résumer l’intention de ce manipulateur du troisième type en
affirmant que tout ce qu’il entreprend est destiné à vous abattre, à
ruiner ce que vous faites ou à détruire un aspect de votre personnalité
qui ne lui convient pas.

Les deux caractéristiques de la manipulation type III
Cette manipulation est caractérisée par une intention malveillante et
perverse ainsi que par la dissimulation de ses attaques.

■ Une intention malveillante et perverse
Quand il fait du tort à quelqu’un, le manipulateur mal intentionné
prétend souvent le contraire et affirme qu’il agit pour le bien de sa
victime ou pour un motif valable. L’intention malveillante se cache
souvent derrière une apparente honnêteté.
Michel est éducateur et s’occupe d’enfants handicapés. Un jour, il a la
désagréable surprise de voir les gendarmes entrer dans sa classe pour lui
poser des questions car sa femme, une manipulatrice avec laquelle il est
en train de divorcer, l’accuse d’avoir entretenu des relations incestueuses
avec ses petites filles de 6 et 8 ans. Il se défend et tente de se justifier. Mais,
pour obtenir la garde des enfants, son épouse reprend et utilise tout ce
qu’il dit pour « l’enfoncer » davantage. Elle prétend agir dans l’intérêt de
ses enfants. L’accusation était bien sûr sans fondement, mais l’affaire a
quand même duré plusieurs années durant lesquelles il a été totalement
impossible à Michel de rencontrer ses filles, hors la présence d’une assistante
sociale. Il a dépensé toutes ses économies, a perdu tous ses biens, sa
maison, sa voiture, son mobilier et s’est endetté afin de payer un avocat. À
cause de l’accusation mensongère portée par son épouse, il lui a été interdit
de travailler avec des enfants mineurs et il a donc perdu son emploi.
Après plusieurs années de procédures, totalement ruiné et complètement
« démoli » tant moralement que physiquement, il est enfin reconnu innocent.
Le mal est fait et sa vie est définitivement brisée. La manipulatrice a
gagné sur tous les plans.

■ La dissimulation des attaques
Le manipulateur s’arrange toujours pour détruire ses victimes sans se
faire remarquer d’elles. Il détruit, mais en le dissimulant à ceux qu’il
cherche abattre. Ce type de manipulation s’apparente à une destruction
discrète, silencieuse et sans visage pour ceux qui ne savent ou qui ne
veulent pas la voir.

Laure est chef de service et déjeune tous les jours à midi avec Christiane,
une collègue et amie. Elles profitent de ces moments de détente pour parler
de choses et d’autres et aussi pour échanger des idées ou des conseils,
lorsqu’elles rencontrent des difficultés particulières. Progressivement,
Laure est mise sur la touche et voit ses responsabilités fondre comme neige
au soleil. Après lui avoir régulièrement reproché des fautes sans fondements,
son supérieur lui retire toutes ses responsabilités d’encadrement et
la nomme à un poste où elle n’a plus personne à diriger. Longtemps, elle a
cherché à comprendre ce qui lui était arrivé. Elle parlait souvent avec Christiane
de ce que son chef lui faisait subir. Elle tenta, mais en vain, d’obtenir
des explications et chercha quelles étaient les raisons de sa disgrâce. Elle
se sentait coupable et perdit confiance en elle. Un jour, enfin, elle constata
que son « amie » Christiane assurait désormais ses anciennes fonctions et
reprenait à son nom les projets qu’elle avait initiés. Laure réalisa, mais un
peu tard, l’origine de son malheur.
Dans un ouvrage précédent, nous avions déjà abordé le comportement
malfaisant de celui qui n’attaque pas ouvertement et qui emploie des
moyens détournés pour abattre sa victime. Nous parlions alors d’hostilité
dissimulée3. Aujourd’hui, nous complétons cette notion en donnant
le nom de manipulatueur à celui qui adopte un tel comportement.

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3. Cette attitude fait partie de la carte des comportements qui analyse et classe les comportements
humains en rapport avec la motivation. Voir Gens qui rient, gens qui pleurent, du même
auteur, Éditions Village Mondial, 2001.

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Le manipulatueur

■ Ce qui le défi nit
Le manipulatueur est d’un orgueil démesuré et très méfiant, il a
tendance à raisonner faux.
Il ne respecte pas la personne et cherche à l’empêcher de vivre à sa
manière. Son objectif est de diminuer, de rabaisser, voire de détruire
ses victimes. Pour parvenir à ses fins, il emploie la désinformation, le
mensonge ou la calomnie.
Pour un observateur attentif, il est évident qu’il sème le trouble autour
de lui et qu’il monte les gens les uns contre les autres. C’est un expert
du harcèlement moral qui intervient peu directement, préférant pousser
les autres à agir à sa place.
C’est un lâche qui fait en sorte que ses victimes se sentent à la fois
responsables et coupables de ce qu’il leur fait subir et cela lui permet de
continuer à détruire en toute innocence.
On ne peut guère l’impressionner, ni avoir prise sur lui ; il semble inattaquable
et inébranlable ; il sait tout, connaît tout. On voudrait pouvoir
se défendre et contre-attaquer, mais comme il terrorise les gens, ceux-ci
n’y parviennent pas ou n’osent pas. Quand ils tentent quelque chose
cela se retourne généralement contre eux, semblant ainsi donner raison
à leur persécuteur.
Il se dit honnête et juste, agissant pour votre bien ou pour une bonne
cause. Ce système de défense implique que jamais il ne reconnaîtra ses
torts. Quand il est pris en faute, il ne regrette rien ; il ne s’excuse pas et
n’éprouve aucune compassion pour ses victimes.
Paranoïaque, il est très souvent obsédé par l’idée d’être en danger. Cette
menace est pour lui tellement réelle qu’elle lui permet de justifier et de
légitimer ses actes malfaisants. C’est ainsi que des gens sont amenés
à tuer et à torturer au nom de leur foi, de leurs convictions ou de leurs
angoisses ; ils peuvent même en éprouver de la fierté.

■ Un monstre !

Il est difficile d’imaginer que des êtres humains puissent faire preuve de
tant de méchanceté d’acharnement et de haine. Une personne saine et
normale a beaucoup de mal à concevoir que l’on puisse nourrir de telles
intentions destructrices et néfastes. C’est aussi insensé que de s’imager
soi-même, en train de tuer, de torturer ou de violer. Cependant, de la
même manière qu’il y a des assassins, des bourreaux ou des violeurs, il
y a aussi des êtres malveillants qui répandent le mal autour d’eux.
Penser que de tels individus n’existent pas dans notre entourage ou
croire qu’ils vont se lasser et cesser leur entreprise de destruction pour
changer de stratégie relève de l’illusion. Pire, cette erreur de jugement
fortifie le manipulateur et le rend plus redoutable encore pour celui qui
croit de telles balivernes.
C’est l’ambiguïté qui existe entre sa parole et son action qui rend le
manipulateur type III extrêmement dangereux. Ce dernier peut très
bien avoir une apparence agréable et tenir des propos rassurants, tout
en agissant dans l’ombre afin de monter les gens les uns contre les
autres et de générer ainsi d’importants conflits.
Un manipulatueur peut être très apprécié par son entourage et, dans
le même temps, adopté des comportements tout à fait détestables et
ignorés de tous.
Éléonore 32 ans, attachée de direction dans une grande entreprise, est régulièrement
battue par un mari jaloux qui voudrait lui faire avouer qu’elle le
trompe alors que cela est faux. Elle porte souvent des lunettes de soleil et
des vêtements appropriés pour qu’on ne remarque pas la marque des coups
qu’elle a reçus. Comme beaucoup de femmes battues, elle ne se confie à
personne, de peur que son mari ne s’en prenne à ses enfants. Et puis, elle
aime son compagnon et ne veut pas le quitter. Elle souhaite préserver sa vie
de couple et de famille. Avec le temps, la situation lui semble sans issue et
elle finit par sombrer dans la dépression.
Un des résultats les plus courants de ce type de manipulation est le
sentiment de culpabilité qui submerge la victime. En dissimulant ce qui

se passe et ce qu’elle subit, elle devient en quelque sorte la complice de
son bourreau.
Cette manipulation est, à bien des égards, monstrueuse ; elle est diffi –
cile à dénoncer car, au sentiment de culpabilité déjà évoqué, s’ajoute
la honte éprouvée par les victimes. Tel est souvent le sort des enfants
qui ont subi l’inceste ou des actes de pédophilie. À la souffrance des
sévices subis s’ajoute le sentiment de culpabilité généralement imposé
par l’adulte : « C’est de ta faute, c’est toi qui me pousses à faire ça… » La
culpabilité fait insidieusement son chemin dans l’esprit de la victime et
la conduit à penser qu’elle mérite ses souffrances, que le manipulatueur
a raison de se comporter comme il le fait ou qu’il agit dans son intérêt.

■ Qui est-il ?
Il a un visage anonyme et quotidien. Il peut être ce père de famille qui
maintient femme et enfants sous une poigne de fer. Il les écrase sous sa
loi tyrannique ; il les empêche de penser et de vivre pour et par eux-mêmes
ou de prendre la moindre initiative. Dans le même temps, il affirme
haut et fort qu’il est un parent responsable qui ne pense et qui n’agit
que pour le bien de sa famille. C’est le cas de cet homme qui a réussi
à empêcher, discrètement et à plusieurs reprises, le mariage de sa fille
avec des garçons qui, d’après lui, n’étaient assez bien pour elle.
Dans la vie de tous les jours et aux yeux de sa victime, le manipulatueur
ne se fait pas spécialement remarquer. Si à chacune de vos interventions,
il lève les yeux au ciel et secoue la tête de façon désespérée
comme si vous veniez de dire la pire des absurdités c’est parce qu’il sait
que le temps joue pour lui et qu’à force de porter une infinité de petits
coups discrets, il finira par détruire la personne ou le comportement qui
le gêne.

■ Comment agit-il ?
Le manipulatueur est obstiné comme les vagues de l’océan qui, en
minant inlassablement la résistance des roches les plus solides, finissent
par faire s’écrouler des falaises entières. Il ne s’arrête jamais en
chemin et ne recule devant rien pour détruire ce qu’il croit être une

menace ou un danger car il a la conviction de se battre pour la bonne
cause.
Le manipulatueur utilise un véritable arsenal. Les remarques insidieuses
et dévalorisantes, les commentaires indélicats et les mensonges
font partie, au même titre que les plaisanteries, les petites piques et les
moqueries régulières, de ces armes très performantes qui affaiblissent
et sapent le moral de celui ou de celle qu’il vise.
Carole est un peu enveloppée et en est complexée. Une de ses collègues l’a
remarqué et, à chaque rencontre, ne manque pas de lui faire une remarque
apparemment anodine : « Tu me parais bien en forme aujourd’hui… Ta robe
te va très bien et elle cache bien tes hanches… Tu comptes faire un régime
cet été ou tu pars en septembre ? As-tu songé à te faire opérer ? Reprends
donc un peu de gâteau… » Cela fait rire les autres, mais pas Carole qui
fait pourtant semblant de s’amuser avec les autres. Le soir, lorsqu’elle se
retrouve seule dans son appartement, elle est désespérée par sa faiblesse
et par son incapacité à effectuer un régime. Alors elle pleure et se console,
en mangeant du chocolat.
Le manipulatueur est cruel ; il aime faire mal en critiquant, en se
moquant ou en rabaissant sa victime, mais bien entendu, il ne supporte
absolument pas qu’on lui fasse subir ce qu’il impose aux autres ou qu’on
lui rende la monnaie de sa pièce. Il aime contrôler, mais ne supporte pas
qu’on puisse le contrôler d’une manière ou d’une autre. De son point de
vue, il pense que ce qui vous arrive n’a que peu d’importance, mais que
ce qui lui arrive est, par contre, toujours très grave.
Le manipulatueur agit avec habileté. Il mène une guerre secrète, sans
visage et dissimule si bien ses manoeuvres, qu’il arrive que ses victimes
se trompent complètement de coupable. Dans ce cas, tant qu’il ne sera
pas véritablement démasqué, il continuera son oeuvre de destruction,
en tirant les ficelles et sans que personne ne le remarque.

Bernadette et Christian sont mariés depuis plus de douze ans. Mais, depuis
quelques années, ils ont de fréquentes disputes. Elle lui reproche, notamment,
de ne penser qu’à son travail, de ne pas assez s’occuper des enfants et
de lui laisser toute la charge de la maison. Lorsque les choses prennent trop
d’ampleur, ils se calment, prennent du temps pour s’expliquer et arrivent
à trouver des terrains d’entente. Mais, invariablement, les mêmes problèmes
ressurgissent, sous une forme légèrement différente. Aujourd’hui, la
situation est devenue tellement grave qu’ils en sont arrivés à envisager une
procédure de divorce.
En désespoir de cause, ils décident de se faire aider par un professionnel.
Très rapidement, il apparaît que les disputes surviennent le plus souvent
après une visite ou un coup de téléphone de la belle-mère. En poursuivant
leur réflexion, ils découvrent comment celle-ci met insidieusement de
l’huile sur le feu en incitant sa fille à harceler son mari car elle est jalouse
de voir leur couple tenir, alors qu’elle-même en est à son troisième divorce.
Après avoir compris qui les manipulait et comment on les manipulait, il
leur a suffi d’utiliser et de respecter quelques règles simples pour retrouver
une vie calme et harmonieuse.
Le manipulatueur agit insidieusement, et ce, quelle que soit son envergure
ou l’étendue de son objectif. La manipulation type III est un monde
obscur et cruel dans lequel le manipulatueur a réellement l’intention de
faire du tort, de blesser ou de détruire une personne, une famille, un
service, une entreprise, voire un pays ou une civilisation (comme c’est
le cas pour les terroristes internationaux). Dans l’ombre, il poursuit son
travail de sape, en se cachant derrière les apparences trompeuses de la
pureté, de l’innocence, de la fragilité ou de l’amicale présence.
Le manipulatueur est un virus. Il est semblable aux cellules cancéreuses
qui se développent silencieusement en détruisant lentement et systématiquement
le système de défense de ses victimes jusqu’à ce qu’elles
s’écroulent et soient incapables de réagir. Le plus souvent, quand on
découvre sa présence pernicieuse, il est déjà trop tard.

« Après mon licenciement, j’avais placé toutes mes économies dans cette
petite imprimerie. Si je ne connaissais pas trop la technique, les employés
étaient de vrais spécialistes et je leur faisais entièrement confiance. Au
début, tout marchait bien. J’avais des clients et les commandes arrivaient
régulièrement. J’ai embauché de nouveaux employés et puis soudain, je me
suis aperçu que plus rien ne fonctionnait. Je ne sais pas comment cela est
arrivé, mais il y a eu beaucoup de congés maladie, un employé est même
mort. En raison d’erreurs incompréhensibles, certains travaux ont dû être
refaits à nos frais. Une machine a brûlé, sans que l’on comprenne vraiment
pourquoi. Enfin, nous avons perdu de plus en plus de clients, à cause de
rumeurs qui circulaient sur l’entreprise.
Mon moral est au plus bas. Un jour, je me sens battante et bien décidée à
lutter contre le mauvais sort et puis, le lendemain, je ne vois pas d’issue.
J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais et je me sens coupable d’avoir
raté quelque chose. J’ai envie de tout abandonner, tellement je me sens
désespérée. Récemment, j’ai pris ma voiture et j’ai roulé à fond sur l’autoroute,
pendant quatre cents kilomètres, sans savoir où j’allais. Quand j’ai
réalisé que je cherchais à me supprimer, je me suis arrêtée et j’ai pleuré
pendant deux heures. » (Témoignage)

Après avoir fait appel à un consultant extérieur, il est rapidement apparu
que deux personnes se trouvaient systématiquement impliquées à chaque
incident. Ensuite, le test de confiance a permis de repérer, avec certitude, le
véritable manipulatueur. Enfin, en utilisant et en mettant en oeuvre quelques
règles et principes simples, le problème fut rapidement réglé et les
affaires reprirent.
Il ne s’agit pas de se demander si cela est possible, ni même si de tels
personnages existent. La question est de savoir comment les repérer
pour les éviter ou s’en défendre.
Les tests du troisième chapitre sont là pour aider le lecteur à savoir
avec certitude qui l’attaque et comment on l’attaque. Il sera alors beaucoup
plus facile de se défendre et d’utiliser les outils présentés dans la
dernière partie de cet ouvrage.

Attention aux confusions !
La simple lecture d’une encyclopédie médicale entraîne, chez certains,
la certitude d’être atteint de la maladie qu’ils sont en train d’étudier. Ils
en ressentent les symptômes et les plus hypocondriaques iront jusqu’à
consulter un médecin. Ce phénomène est courant chez les étudiants en
médecine, en psychiatrie ou en psychologie.
La manipulation type III est un sujet lourd et troublant qui a tendance
à plonger celui qui l’aborde dans une certaine confusion. C’est ainsi que
certains lecteurs pourraient se laisser aller à penser qu’ils sont cernés par
la manipulation. Ils pourraient également soupçonner tout le monde de
vouloir les harceler dès qu’ils sont contrariés ou simplement contredits.
Cette manière de se poser en victime ne fait qu’aggraver les choses ou
attire les ennuis comme le paratonnerre attire la foudre.
La manipulation type III, dont le harcèlement moral fait partie, repose
sur la volonté originelle du manipulateur de nuire ou de détruire. Mais
il ne faut pas confondre cette volonté première qui caractérise le manipulatueur
avec les conséquences d’une intention manipulatrice d’un
autre type.
Bénédicte a l’impression que son directeur ne lui fait plus confiance et qu’il
cherche à obtenir son départ. Il restreint ses activités et contrôle tout ce
qu’elle fait ; il néglige de l’informer de ce qu’elle devrait savoir et ne tient
pas compte de ce qu’elle dit. À la moindre difficulté, au moindre dossier
égaré ou dès que quelque chose ne va pas, il commence par la culpabiliser
puis, il la discrédite aux yeux du personnel.
Bénédicte, jadis si battante, est désormais complètement découragée.
Elle se sent rabaissée, méprisée, humiliée et ne peut retenir ses larmes
lorsqu’elle évoque sa situation. Elle cherche bien à se défendre, mais plus
elle s’attaque au problème, plus elle se sent submergée par ce qui lui arrive
et moins elle a le sentiment de pouvoir échapper à cet état de victime de
harcèlement moral qu’elle a défini elle-même. Un jour, elle apprend par
hasard que son patron cherche à la faire partir, non pas parce qu’il lui
en veut ou qu’il cherche à la détruire, mais tout simplement parce qu’il
voudrait embaucher sa maîtresse à sa place.

À compter de ce jour, Bénédicte est transformée. Elle réalise que c’est son
directeur qui a un problème et qu’elle n’a rien à se reprocher ! C’est ainsi que
la découverte de la véritable intention de son chef transforme une redoutable
manipulation de type III en une simple manipulation de type II.
Au lieu de se maintenir en position de victime et ainsi de s’attirer des ennuis,
elle arrête de douter, de se remettre en question ou de chercher en elle les
raisons profondes des dysfonctionnements. Au fur et à mesure qu’elle
cesse de penser « harcèlement moral », elle échappe émotionnellement aux
attaques de son chef. Elle n’est plus paralysée par cette terrible sensation
d’être la proie d’un destructeur pervers qui ne songerait qu’à l’éliminer.
En réalisant qu’elle est confrontée à un manipulateur type II, Bénédicte vit
exactement les mêmes situations, mais d’un coeur bien plus léger. Maintenant
qu’elle n’a plus peur, elle sait qu’elle va pouvoir s’affirmer, discuter,
négocier et trouver avec son patron une solution à leur problème ; cela
n’aurait jamais été possible avec un véritable manipulatueur qui ne pense
qu’à détruire sans jamais se remettre en question.

Le harcèlement moral est un genre de manipulation de type III qu’il faut
savoir reconnaître et démasquer. Cependant, il est facile de se tromper
et d’accuser à tort, en oubliant de tenir compte de l’intention véritable
du manipulateur. Il faut pour cela savoir élargir son champ de vision.

« Je l’ai quitté parce que j’avais l’impression qu’il m’empêchait de vivre.
Quand il était là, c’est comme si je n’avais plus assez d’air pour respirer. Ce
n’est qu’après que j’ai appris qu’il avait une maîtresse. Si je l’avais su plus
tôt, je me serais certainement moins culpabilisée et j’aurais pu discuter
avec lui pour essayer de comprendre ce qui n’allait pas entre nous. Cela
n’aurait peut-être rien changé au résultat, mais au moins je ne me serais
pas sentie si mal durant toute cette époque. Nous nous serions certainement
séparés plus sereinement. » (Témoignage)

En matière de manipulation la frontière entre ce que l’on imagine être
la réalité et la réalité elle-même est souvent floue et incertaine. Cette
ambiguïté peut aussi être créée volontairement comme en témoigne

cette lettre faussement courtoise, rédigée par un véritable manipulateur
type III, en réponse à un message de rupture.

« Les relations sont des étapes dans la vie, on a le droit de les interrompre.
C’est d’ailleurs exactement ce que je désire à propos de la nôtre. Cependant,
je ne me permettrais pas de la salir et de la qualifier négativement
comme tu le fais. Pour ce qui concerne mes plantes que tu t’étais engagée
à soigner et que tu as laissées mourir, saches que pour ce qui me concerne,
je mets toujours un point d’honneur à veiller sur ce que l’on me confie. Tu
avais le droit de refuser de me rendre ce service. On a le droit de dire non, y
compris aux gens que l’on aime. Mais ne culpabilise pas, je me remettrai de
cette perte. Concernant notre séparation, ton point de vue est respectable,
même si je le trouve un peu négatif. Et je me demande s’il faut s’appeler
comme je m’appelle pour t’emmerder ou si c’est toi qui as un problème avec
les autres. Peut-être suis-je trop orgueilleux, mais j’avais cru avoir trouvé
les mots et défini les situations susceptibles de te prouver que, sans pour
autant se “pomper” ou s’arracher quelque chose, chacun peut apporter à
l’autre. Maintenant, je me rends compte que cela est faux, surtout lorsque
dans le couple, l’un des deux n’est pas clair ou bien qu’il manipule l’autre
afin d’obtenir ce que le premier ne peut pas donner. » (Extrait de lettre).
Ce dernier exemple mérite d’être analysé avec attention.
Le manipulateur type III culpabilise et rabaisse l’autre pour se grandir :
« … je ne me permettrais pas de la salir et de la qualifier négativement
comme tu le fais. »
Il manie le mensonge et la culpabilisation : « … je mets toujours un point
d’honneur à veiller sur ce que l’on me confie. »
Il pratique aussi la désinformation et toujours la culpabilisation : « On
a le droit de dire non, y compris aux gens que l’on aime. Mais ne culpabilise
pas, je me remettrai de cette perte. »
Il dévalorise et rabaisse à nouveau : « Et je me demande s’il faut s’appeler
comme je m’appelle pour t’emmerder ou si c’est toi qui as un problème
avec les autres. »

Enfin, il inverse les rôles, crée la confusion et prétend être irréprochable
: « … surtout lorsque, dans le couple, l’un des deux n’est pas clair ou
bien qu’il manipule l’autre afin d’obtenir ce que le premier ne peut pas
donner. »

À RETENIR
Ces trois exemples montrent que c’est bien l’intention du manipulateur (et
non ses paroles ou ses gestes) qui détermine sa dangerosité. Il est donc
indispensable de parfaitement bien comprendre le type de manipulation
dont on est victime avant de pouvoir utiliser les outils qui correspondent
le mieux à la situation.

L’essentiel de ce chapitre
– Le manipulateur positif (type I) a toujours de bonnes intentions
envers la personne manipulée.
– L’intention du manipulateur égocentrique (type II) est égoïste ; il ne
se soucie pas de ceux qu’il manipule.
– Le manipulateur malveillant (type III) ou manipulatueur, a toujours
une intention nuisible et destructrice. Il agit généralement dans
l’ombre.
– Ces distinctions sont importantes, car avant de pouvoir traiter
correctement un problème il faut être capable de bien comprendre
ses données. Ne dit-on pas qu’un problème bien posé est déjà
à moitié résolu ? Lorsqu’un dealer incite un jeune à goûter de la
drogue, en lui disant qu’il ne cherche qu’à lui faire plaisir ou qu’il
lui fait un cadeau parce qu’il est sympa, ce n’est pas de la manipulation
de type I. Il faut être bien naïf pour croire qu’une manipulation
type I puisse rester positive dès lors qu’elle est utilisée par un manipulateur
de type II ou III. Il peut arriver qu’une personne fasse du
mal ou du tort à une autre sans en avoir l’intention. Dans ce cas, il
s’agit d’une manipulation égocentrique de type II et le responsable
éprouvera des remords et des regrets dès qu’il acceptera d’être mis
en face des faits.

– Dans les manipulations malveillantes, les choses n’arrivent jamais
par hasard. Bien que le manipulateur s’en défende, il y a toujours
volonté de blesser, de détruire ou de porter préjudice. Le manipulatueur
ne reconnaît que très rarement les faits. Il ne s’estime jamais
coupable. Il n’éprouve ni remords ni compassion envers ses victimes.
On peut arriver à discuter ou à négocier avec un manipulateur
type II car il désire égoïstement quelque chose pour lui-même ; on
ne le peut pas avec un manipulateur type III dont l’objectif premier
est de détruire ce que nous sommes ou ce que nous faisons.

– Pour ne plus se laisser faire et utiliser les outils correspondants au
problème, il est essentiel de bien repérer le type de manipulateur
dont on est victime sans le confondre avec un autre. Chaque maladie
a son remède, mais prendre des médicaments sans prescription
précise s’avère bien souvent pire que le mal.

 

Chapitre 2
Reconnaître
un manipulateur

 

suite…

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