RÉFLEXIONS SUR LES ENNEMIS ET LA MANOEUVRE


Auteur : Vaquié Jean
Ouvrage : Réflexions sur les ennemis et la manœuvre
Année : 1986

 

 

Avertissement

Il ne s’agit ici que de RÉFLEXIONS, c’est-à-dire de notes,
souvent hâtives, les unes récentes, les autres anciennes, inspirées par les
circonstances, mais toujours destinées aux militants de droite.
Que l’on n’y cherche ni plan serré, ni démonstrations complètes. Il ne s’agit
pas d’un traité. Le raisonnement général est homogène mais il n’est pas
développé d’une manière professorale. Ce sont plutôt des affirmations que l’on
admettra ou que l’on n’admettra pas. Nous les croyons cependant de nature à
éclairer les amis qui luttent aujourd’hui dans une phase défavorable et contre un
ennemi très supérieur en nombre et en moyens d’action.
Jean Vaquié, 1986.

 

LES INIMITIÉS
La nature déchue dans laquelle nous sommes plongés est le lieu d’un combat.
Tel est notre état de nature : nous naissons sur un champ de bataille : « Je mettrai
des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ». (Gen. III, 15).
C’est Dieu qui parle ainsi au serpent qui vient de renverser nos premiers parents
de leur trône royal.
Le texte latin de la Vulgate doit retenir notre attention : « Inimicitias ponam inter
te et mulierem, et SEMEN tuum et SEMEN illius ». Les deux postérités sont deux
germes, deux semences qui sont séparées dès l’origine et qui n’ont rien de
commun, c’est pourquoi le texte répète deux fois le mot semen.
La postérité par excellence de la femme, c’est Marie et donc aussi son Fils. Et
la postérité par excellence du serpent, c’est l’Antéchrist qui, par l’effet de la
miséricorde divine, apparaîtra seulement à la fin des temps.
Ce qui est annoncé par les prophètes pour la fin des temps, ce n’est pas la
réconciliation des deux postérités, mais c’est la VICTOIRE de la postérité de la
femme, c’est-à-dire la victoire du Christ. Cette victoire fera cesser le régime de
guerre et procurera la paix, l’ennemi ayant été expulsé.
Il nous faut ici préciser que notre attitude à l’égard de nos Premiers Parents ne
doit être ni celle du mépris ni celle du reproche, et cela pour deux raisons. D’abord
il n’est pas un homme qui puisse assurer qu’il aurait fait mieux qu’eux à leur place.
Et ensuite, tandis que ce qui fait la sainteté de l’ange c’est l’innocence, ce qui fait
la sainteté de l’homme c’est la pénitence. Or quelle pénitence que celle d’Adam
et Eve quand ils virent l’éloignement de Dieu, l’éviction du paradis, puis
l’inclémence de la nature, la maladie, la discorde et la mort entrer dans le monde,
surtout pour eux qui avaient connu l’exemption de ces maux. Si la faute d’Adam et
Eve, est au dire des Pères, inconcevable, leur pénitence aussi est
« inconcevable ». Beaucoup de Docteurs penchent pour le salut de nos Premiers
Parents qui furent les premiers délivrés du Schéol par la Descente du Christ.

Aussi conseillons-nous à nos amis traditionalistes d’avoir pour eux la même
déférence que le Christ témoigne certainement à Ses Premiers Parents.
Nous reviendrons souvent sur cet état de belligérance, révélé dès les premiers
versets de la Genèse, entre les deux postérités. Nous reparlerons des deux cités,
des deux étendards, des deux corps mystiques. Écoutons tout de suite saint Paul
nous parler de l’incompatibilité des deux calices : « Vous ne pouvez pas boire à la
fois au calice du Seigneur et au calice du démon ». (I Cor. X, 21).
Saint Paul est un belliqueux, son emblème est l’épée, il a le sens de la guerre
qui est toujours présente à son esprit ; il interdit tout commerce entre la lumière et
les ténèbres : « Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Car
quelle union peut-il y avoir entre la justice et l’iniquité ? Quel commerce entre la
lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? Quelle société
entre le fidèle et l’infidèle ? (Il Cor. 14-15).
L’Eglise de la terre n’est pas conciliante, comme le suggèrent les documents
émanés du récent concile, elle est MILITANTE, comme la saine et antique
doctrine n’a jamais cessé de l’enseigner. Déjà la synagogue des Juifs était
entourée de colosses comme l’Égypte et ASSUR toujours en guerre larvée ou
déclarée contre elle. De même l’Eglise des Gentils, si elle est en paix avec Dieu,
est en guerre avec les colosses du monde. « Non veni pacem mittere in terram sed
gladium ». (Math. X, 34) Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais le
glaive.
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort passe à juste titre pour celui qui a le
mieux défini le statut d’inimitié qui est le nôtre sur cette terre probatoire. Voici
comment il s’exprime :
 » …le diable, sachant bien qu’il a peu de temps, et beaucoup moins que
jamais, pour perdre les âmes, redouble tous les jours ses efforts et ses
combats : il suscitera bientôt de cruelles persécutions et mettra de terribles
embûches aux serviteurs fidèles et aux vrais enfants de Marie, qu’il a plus de
peine à surmonter que les autres.
« C’est principalement de ces dernières et cruelles persécutions du diable,
qui augmenteront tous les jours jusqu’au règne de l’Antéchrist, que l’on doit
entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée
dans le paradis terrestre contre le serpent. « Inimicitias ponam… » Jamais
Jésus n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et
augmentera même jusqu’à la fin : c’est entre Marie Sa digne Mère et le diable
; entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et
serviteurs de Lucifer ; en sorte que la plus terrible des ennemis que Dieu
ait faite contre le diable est Marie…
« Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des inimitiés, non
seulement entre Marie et le démon, mais entre la race de la Sainte Vierge
et la race du démon ; c’est-à-dire que Dieu a mis des inimitiés, des
antipathies et haines secrètes entre les vrais enfants et serviteurs de la
Sainte Vierge et les enfants et esclaves du diable ; ils ne s’aiment point

mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les
autres.
« Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car
c’est la même chose) ont toujours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus
que jamais ceux et celles qui appartiennent à la très Sainte Vierge, comme
autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü son frère Jacob, qui sont les
figures des réprouvés et des prédestinés (Traité de la Vraie Dévotion à la
Sainte Vierge chapitre 1 – Article II).
Nous reviendrons souvent, dans les lignes que l’on va lire, sur le nécessaire
combat des deux cités, sur l’affrontement des deux corps mystiques, celui du
Christ et celui de l’Antéchrist. JÉSUS ET BÉLIAL NE SONT PAS FAITS POUR
S’EMBRASSER MAIS POUR SE COMBATTRE. Nous connaissons la dernière
phase de ce combat plurimillénaire : c’est le foudroiement de l’Antéchrist par le
Christ ressuscité et glorieux. C’est cette image que nous aurons sans cesse à
l’esprit aux cours de ces réflexions. Le serviteur a besoin d’avoir la fierté de son
maître. Nous servons un maître victorieux. Il ne faut pas « prêcher autre chose
que la Croix » (comme dit saint Paul) mais il faut prêcher autre chose avec la
Croix. Notre foi repose sur la Résurrection de Notre Seigneur, vainqueur de la
mort : « Ubi est mors victoria tua ». (I Cor. XV, 55). Mort où est ta victoire ?

LES TROIS ENNEMIS
L’homme a trois ennemis à redouter : le démon, le monde et lui-même. Ils
sont figurés, dans l’Ancien Testament, par les trois ennemis de David : Goliath,
Saül et Absalon.
– GOLIATH, le géant armé, représente le démon ; pour l’affronter, David s’est
muni de cinq pierres qui représentent les cinq Plaies de Jésus-Christ, et il a tué
Goliath avec la première ; il lui a donc fallu une arme surnaturelle.
– SAÜL, le « roi comme en ont les autres nations », représente le monde.
– ABSALON, le propre fils de David, par lequel il fut pourchassé, représente la
chair par laquelle l’homme ne doit pas se laisser dominer.
Nous ne traiterons pas ici des luttes de l’homme contre lui-même, non pas que
nous les considérions comme négligeables, mais parce qu’elles posent un
problème du for interne et que notre travail est plutôt orienté au for externe.
Cependant nous sommes parfaitement conscients que les défaites individuelles
pèsent d’un énorme poids sur le sort des sociétés humaines. Les épreuves que
Dieu envoie aux nations, et qui forment la trame de leur histoire, trouvent leur
origine première dans les transgressions du for interne. Quand on remonte
l’enchaînement des causes de nos malheurs, il ne faut pas oublier de poursuivre
jusqu’à cette cause initiale : les défaites des combats intérieurs.
Notre attention sera plus spécialement attirée, au for externe, par les deux
autres ennemis : le démon et le monde. Il existe entre ces deux ennemis, une
sorte de conjuration puisque le démon est le prince de ce monde. L’une des

révélations les plus importantes de l’Ecriture Sainte, et du Nouveau Testament en
particulier, est la révélation de l’Antéchrist. L’Ecriture nous révèle le Christ, le
Verbe Incarné, mais elle nous révèle aussi l’adversaire du Christ, en précisant
que l’empire du monde lui a été virtuellement remis et que par conséquent il joue
un rôle primordial sur la terre. On ne comprend pas l’histoire de l’humanité si
l’on ne saisit pas que l’empire du monde est l’enjeu de la compétition entre
ces deux personnages majeurs, le Christ et l’Antéchrist.
« Et l’ayant conduit plus haut, il Lui montra tous les royaumes de la terre, en
un rien de temps. Et le diable Lui dit : c’est à Toi que je donnerai cette
puissance universelle (hanc protestatem universam), avec leur gloire. C’est à
moi qu’elle a été remise et à qui je veux je la donne ». (Luc, IV, 5-6)
En parlant ainsi le démon ne dit rien d’autre que la vérité : toute la puissance
des royaumes de la terre lui a en effet été remise, depuis sa victoire sur Adam.
Ayant détrôné le premier homme, il est virtuellement monté sur le trône devenu
vacant, comme cela se pratique dans l’ordre de la nature. Mais comme il est un
ange, donc un être invisible, il ne peut régner sur les hommes. Il faut qu’il délègue
un représentant visible et humain. C’est pourquoi il dit : « A qui je veux je la
donne ». Ce représentant c’est le possédé nommé Antéchrist, lequel exercera
sur l’humanité les droits acquis par Satan grâce au péché originel d’Adam mais
aussi aux innombrables « péchés actuels » des hommes.
Et le démon ajoute : « Toi donc, elles seront toutes à toi, si Te prosternant Tu
m’adores ». (Luc, IV, 7). L’Écrivain sacré distingue la puissance des royaumes et le
culte à rendre au démon. Il faut savoir maintenir cette distinction tout en sachant
que les deux choses sont liées. Le démon nourrit une double ambition : il veut
le pouvoir comme un roi et le culte comme un Dieu. Aussi Jésus, respectant la
distinction, répond en disant qu’Il ne veut ni servir le démon comme un roi, ni
l’adorer comme un Dieu : « Dominum Deum tuum adorabis, et iIli soli servies ». Tu
adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que Lui seul (Luc, IV, 8).

L’UN A SA DROITE L’AUTRE A SA GAUCHE
Nous sommes sans action sur les locutions populaires, elles s’établissent
spontanément et résultent d’une élaboration collective, à laquelle d’ailleurs le
Verbe n’est pas étranger, Lui qui a établi les lois du langage courant. « La gauche »
est le côté des opinions dites « avancées ». « La droite » est le côté de « la réaction ».
Cette schématisation populaire est par trop simpliste, certes, mais elle contient du
vrai.
Dans le symbolisme de notre Religion, la droite est le côté du salut, de la
prédilection, de l’élection et de la puissance.
Le côté de l’élection. C’est le côté des élus de la seconde pêche miraculeuse,
celle qui eut lieu après la Résurrection :
« Enfants, avez-vous du poisson ?
– Non, Lui répondirent-ils.
Il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque et vous en trouverez…

Simon-Pierre tira à terre le filet, plein de 153 gros poissons et quoiqu’il y en
eut tant, le filet ne se rompit pas ». (Jean XXI, 5-11). Le filet représente l’Église
et les cent cinquante trois gros poissons figurent les élus.
La droite est aussi le côté du salut : « Signale Ta bonté, Toi qui sauves ceux qui
se réfugient dans Ta droite contre leurs ennemis ». (Ps. XVI Vulg. 7).
La droite est encore le côté de la prédilection: « Après être monté au ciel, Il est
maintenant à la droite de Dieu. (I Petr III, 22). On peut encore citer beaucoup
d’autres textes dans le même sens, en particulier celui-ci : « Un agneau était
debout ; il semblait avoir été immolé. Il vint et il reçut le livre de la main droite de
celui qui était assis sur le trône ». (Apoc. V, 7).
La droite est enfin le côté de la puissance du Christ : « Déjà Je sais que
Yahweh a sauvé Son Oingt ; Il L’exaucera des cieux, Sa sainte demeure, par les
exploits victorieux de Sa droite ». (Ps. XIX Vulg. 7).
La droite est le côté du bon larron : « Et avec Lui ils crucifièrent deux larrons,
l’un à Sa droite l’autre à Sa gauche ». (Marc. XV, 27). Une tradition constante
affirme que le bon larron était à la droite du Christ. Lui aussi l’avait d’abord insulté,
comme le faisait son compère de gauche : « …et ils L’insultaient » (Math. XXVII, 44).
Mais saisi tout à coup par l’incomparable majesté du Christ en croix, le bon larron
fit taire son voisin en lui disant : « Tu n’as pas même la crainte de Dieu, toi qui
endures le même supplice ? Et pour nous c’est justice car nos actions ont mérité
le châtiment que nous recevons ; mais Lui n’a rien fait de mal » (Luc. XXIII, 40).
Sur le champ de bataille d’aujourd’hui, il y a des larrons de droite. Certes ils ne
sauraient se poser en modèles car eux aussi ont des oeuvres mauvaises et « ils
L’ont insulté ». Mais ils conservent au moins la crainte de Dieu et ils sont saisis
d’admiration devant la majesté du Christ, et par là ils se sauveront.
Quant à la gauche, depuis la plus haute antiquité, c’est le côté sinistre,
conformément à l’étymologie.

DES COMPLICITÉS MONDIALES
Notre raisonnement sera d’ordre stratégique. Nous ne ferons pas oeuvre
d’érudition et nous supposerons connues et acceptées les analyses historiques et
politiques des écrivains traditionalistes contemporains1. C’est la dynamique et les
lignes de forces de notre société qui nous intéresseront. Mais notre stratégie ne
s’en tiendra pas à l’ordre naturel. Elle inclura des paramètres et même des
postulats d’ordre surnaturel.
Notre point de départ sera la constatation, qui n’est mise en doute par
personne, de l’irrésistible expansion du soviétisme dans le monde entier. La tache
rouge s’étend sur la carte et ne se rétracte jamais ; tôt ou tard elle englobera
l’Europe. Cette avance méthodique n’est ralentie que par sa propre prudence ;
elle ne se heurte qu’à une inertie passive, sans conviction et, somme toute,

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1 Lire en particulier : « Le traité du Saint-Esprit » de Mgr Gaume et « La Conjuration
antichrétienne, Le Temple Maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise
Catholique » de Mgr Delassus.

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impuissante. Nos réflexions porteront sur la nature des forces en présence et sur
l’évolution prévisible de leur affrontement.
Ceux qui s’opposent à l’expansion communiste mondiale, à quelqu’écheIon
qu’ils appartiennent, ont en face d’eux, des énergies qui sont de deux types .
1. – des forces directement soviétiques ;
2. – tout un ensemble de complicités qui sont extérieures à la discipline
soviétique.
Énumérons rapidement les principales composantes des forces directement
soviétiques :
– Le parti communiste international qui tient la façade et assure le contact avec
ce que l’on est convenu d’appeler « les masses prolétariennes ». Il a ses congrès
mondiaux, ses bureaux permanents (IIIè Internationale – Komintern – Kominform –
selon les époques). Le parti n’est pas outillé pour la préparation technique de
l’insurrection ; sa vocation est surtout électorale ; il est destiné à fournir le « parti
unique » du parlement soviétique futur : le « Soviet Suprême ».
– L’appareil illégal et toutes les filiales culturelles, syndicales et économiques
qui s’y rattachent ; c’est à lui qu’appartiennent les agents que l’on nommait
autrefois les crypto-communistes et auxquels on donne aujourd’hui le nom de
taupes.
– La diplomatie soviétique dont les différents services se livrent à un véritable
espionnage.
– Les finances soviétiques qui attirent de plus en plus de banquiers
« capitalistes » avides de gérer l’argent du collectivisme.
– L’Armée rouge dont le rôle psychologique est de faire peser une menace sur
les pays récalcitrants, en attendant de passer à la « guerre révolutionnaire »
proprement dite.
– Le Service de Renseignement de l’Armée qui porte des noms divers selon les
périodes.
Ces forces obéissent à la direction monolithique de l’intelligentsia communiste
laquelle s’est imposée une mission de mutation planétaire. Elles forment, déjà à
elles seules, un ensemble d’une extraordinaire puissance.
Mais ces forces directement soviétiques sont encore secondées par tout un
réseau de complicités extérieures qui ne dépendent pas de la direction
communiste et qui cependant lui apportent leur appui. Ce réseau de complicités a
pour effet de neutraliser à chaque instant les réactions que l’expansion
soviétique fait naître immanquablement partout où elle menace de s’étendre.
La charpente de ce réseau de complicités c’est la franc-maçonnerie
rationaliste. Déjà la Révolution française fut son oeuvre. Les historiens
républicains ont essayé de contester cette évidence parce qu’elle est incompatible
avec leur thèse de la spontanéité révolutionnaire. Mais incontestablement la
gestation maçonnique de la Révolution de 1789 s’impose. Fidèle à la même
logique, la maçonnerie a aussi enfanté la Commune de 1871 et le communisme
qui en est la suite. Elle l’a couvé d’abord comme doctrine, puis comme parti, enfin
comme État. Ce régime infernal ne se serait jamais, ni installé en Russie, ni

incrusté pendant 70 ans dans ce malheureux pays, ni répandu dans un monde
auquel il fait instinctivement peur, puisque c’est le régime de l’expropriation, sans
l’appui dé puissantes forces secrètes de révolution. L’activité des seuls agents
soviétiques, dont nous venons d’énumérer les organismes, n’explique pas la
neutralité, et dans certains cas la véritable connivence des grandes Puissances,
dites capitalistes, dont le communisme en expansion a toujours bénéficié.
Si la maçonnerie forme la charpente de cette connivence générale, elle n’en
est pas le seul élément. Ne voulant pas nous encombrer d’un volumineux appareil
d’érudition, nous n’énumérerons pas ici tous les points d’appui de la
collectivisation planétaire. Qu’il nous suffise de citer les deux plus connus ; les
érudits n’auront pas de mal à combler les vides de notre énumération.
– Les Sociétés Fabiennes forment un réseau de « société de pensée » qui
s’étend sur l’ensemble du monde anglo-saxon. Elles furent, non pas fondées,
mais animées, dans les dernières années du XIXè siècle, par les époux Sidney et
Béatrice Webb qui y déployèrent une prodigieuse et très intelligente activité. Elles
se sont placées sous l’appellation de Fabius Cunctator (Fabius le temporisateur)
qui symbolise bien la prudence et la lenteur de leurs méthodes. Ces sociétés,
éminemment élitistes, préconisent des microréformes insensibles, indolores,
passant inaperçues, mais toutes dirigées dans le sens d’une plus grande
collectivisation de l’économie et des institutions sociales. Elles ont une
influence prépondérante dans la transformation de la société anglaise, américaine
et australienne. Il est connu aussi qu’elles ont été pour beaucoup dans la
reconnaissance de l’U.R.S.S. par les Puissances occidentales, dans les années
1920-1930. Voilà donc tout un système de cercles politico-financiers qui travaille à
soutenir l’U.R.S.S. et à préparer ses nouvelles extensions, et cela sans dépendre
de la discipline soviétique. Il s’agit donc d’une connivence tout à fait extérieure.
– La Trilatérale est encore plus connue, grâce à d’excellents travaux ; nous
n’en ferons qu’une simple mention. Sous prétexte de promouvoir un
rapprochement entre les deux régimes capitaliste et communiste, en vue d’une
unification pacificatrice, la Trilatérale sert d’abord à renflouer l’économie
soviétique perpétuellement déficitaire du fait de son colossal effort militaire et
prosélytique, mais elle sert aussi à démobiliser mondialement les esprits et à
abolir les méfiances instinctives des milieux d’affaires à l’égard du collectivisme
marxiste. Et elle y parvient très efficacement.
Nous n’avons cité que deux exemples : les sociétés fabiennes et la trilatérale.
Mais il est notoire qu’il existe une quantité d’organismes philocommunistes, ou
soviétophiles, qui n’appartiennent pas au système communiste. Tout un réseau
mondial de soutien psychologique et logistique a été mis en place dont beaucoup
de mailles ne dépendent pas de la discipline moscovite. Ces organismes à la fois
complices et indépendants, constituent un phénomène auquel on ne prend pas
assez garde. Ils supposent l’existence d’une coordination entre d’une part le
soviétisme centré à Moscou et d’autre part ses soutiens bénévoles et
internationaux.

Où faut-il situer le super-état-major qui coordonne l’ensemble de ces deux
forces ? On ne peut évidemment situer à Moscou que l’état-major des forces
moscovites. De lui relèvent les techniques syndicales, parlementaires et
révolutionnaires, le noyautage et la paralysie des pouvoirs bourgeois, la
préparation de la guerre révolutionnaire, tout ce qui règle l’activité des militants du
parti, et des sujets soviétiques.
Mais la chronologie stratégique d’ensemble, les grandes opportunités
générales, par exemple la déstabilisation et le « passage à l’Est » de la République
Sud-Africaine, la collectivisation de l’économie sud-américaine et toutes les
campagnes absolument artificielles qui ne correspondent à aucun besoin réel et
profond, par qui sont-elles décidées et menées à bon terme ? Les travaux publiés
jusqu’à maintenant constituent des approches certes très intéressantes mais ils
ne donnent pas entièrement satisfaction. Il faut reconnaître qu’ils se heurtent à un
problème d’information quasiment insoluble. L’organisme central se loge-t-il dans
quelque synarchie ou quelque maçonnerie ? Les chercheurs finiront bien par le
découvrir.
Tout se passe comme si la Russie Soviétique était le bras séculier d’une
super-église qui se sert de lui pour opérer une certaine besogne. On peut donc,
sur l’organigramme de la révolution mondiale, réserver, en pointillés, une place
pour un super-état-major qui échappe jusqu’à maintenant à l’observation directe
mais qui constitue une nécessité organique. C’est lui qui stimule, ou freine
éventuellement, la guerre des classes, appelée aussi quelquefois la guerre
verticale, qui est devenue universelle et qui se superpose aux guerres
horizontales entre États.

TROIS MINISTRES DE LUCIFER
Mélanie Calvat, la bergère de la Salette, a vécu dans une perpétuelle
contemplation. Elle recevait, par intuition intellectuelle, de constantes lumières sur
l’état de la société contemporaine. Elle révéla un jour, à l’un de ses
correspondants, que Lucifer lui paraissait assisté, dans le gouvernement de ce
monde, par une sorte de ministère composé de trois membres : Mammon,
Asmodée et Belzébub qui sont trois puissants esprits déchus. Cette réflexion de
Mélanie Calvat mérite d’être méditée1.
On n’est pas étonné d’apprendre que, pour mener sa stratégie mondiale,
Lucifer utilise de puissants auxiliaires spirituels qui le déchargent de certains
travaux de fond et qui assouplissent la société humaine afin de faciliter sa
manoeuvre.
Mammon est le dieu de l’argent. Il a fini par faire subir, à l’humanité entière
une imprégnation mercantile qui l’a totalement vénalisée. Il a fait légaliser
l’usure, si sévèrement réprimée par les canons du Moyen Âge. Et il a ainsi fondé
1 Sainte Françoise Romaine, dans l’une de ses visions de l’enfer, fait état elle
aussi de ce « grand conseil » de Lucifer. Elle précise même que Asmodée avait au
ciel le rang de chérubin, Mammon celui de trône et Belzébub celui de domination.

le capitalisme, car sans intérêt pas de capital. Il a donc créé d’énormes masses
monétaires qui circulent de plus en plus vite dans les artères de l’économie et qui
impriment aux échanges un coefficient d’accélération absolument pathologique.
Par le ministère de Mammon, tout est à vendre. Écoutons saint Jean faire
l’inventaire des cargaisons des marchands :
« …Cargaisons d’or, d’argent, de pierres précieuses, de perles, de lin fin, de
pourpre et d’écarlate… de blé, de bestiaux, de brebis et de chevaux, et des
chars, et des corps et des âmes d’hommes » (Apoc. XVIII, 12-13).
On négocie des âmes d’hommes. Ainsi imprégnée de mercantilisme, la société
devient un humus fertile pour les plantes vénéneuses de l’enfer.
Asmodée est le démon de la luxure. Il est mentionné dans le livre de Tobie.
C’est l’esprit infernal qui s’était emparé de Sara (non pas l’épouse d’Abraham,
mais une autre Sara). On lui avait donné successivement sept maris qui, à tour de
rôle, furent tués par le démon Asmodée. Sara fut délivrée de ce démon qui
l’infestait, elle et son entourage, par l’archange Raphaël grâce à la fumée de ce
même foie qui rendit la vue à Tobie, car la luxure produit l’aveuglement de
l’esprit. Dans le secret de la Saiette, la Sainte Vierge dit que certains couvents
deviendront « des pâturages d’Asmodée et des siens ». L’imprégnation érotique
de notre société frappe non pas seulement les moralistes chrétiens mais les
sociologues agnostiques. C’est sans doute de cette imprégnation que provient
l’aveuglement des esprits à l’égard des choses de la Religion.
Belzébub est le dieu qui envoie les mouches sur les troupeaux. Ce nom est la
contraction de « Baal » et de « Zébub » ; il signifie littéralement « le Seigneur des
mouches ». C’est le dieu qui jette des sorts et qui a le pouvoir de chasser les
démons (ou plutôt de les déplacer). Il produit aujourd’hui l’imprégnation
occultiste de la société, y créant une véritable contre-religion, une superstition
autrefois sous-jacente, maintenant envahissante et dominatrice. La superstition
occultiste est omniprésente.
La réflexion de Mélanie Calvat ne manque pas d’intérêt.
1. – Elle explique la profondeur de l’emprise de Satan sur le monde
contemporain, la triple imprégnation procurée par Mammon, Asmodée et
Belzébub fournit au « prince de ce monde » des conditions générales favorables à
sa stratégie compliquée.
2. – Mais elle nous fait comprendre aussi qu’une action simplement humaine
ne suffira pas à détruire cette triple imprégnation puisqu’elle est le fait de
puissances spirituelles mauvaises beaucoup plus fortes que les hommes. Il
faudra que la force de Dieu intervienne.

L’INFRASTRUCTURE
La « Grande Prostituée » de l’Apocalypse, à laquelle saint Jean donne le nom de
« Meretrix magna », nous est montrée tour à tour « assise sur les eaux » et « assise
sur la bête écarlate ». Distinguons ces deux situations.

Parce qu’elle est assise sur les eaux, on peut dire qu’elle personnifie
l’autorité qui vient d’en bas ; elle figure donc la « Souveraineté populaire ». Les
eaux en effet symbolisent les masses populaires : « Les eaux que tu as vues, au
lieu où la prostituée est assise, ce sont les peuples, les nations et les langues ».
(Apoc. XVII, 15). La Meretrix magna représente la démocratie et la république. Et
ici on pense invinciblement à l’expression si usitée, chez les royalistes des années
30, qui donnaient à la république le nom de « gueuse » (« la gueuse on la pendra ») ;
ils faisaient ainsi une excellente traduction de l’apocalypse.
La Meretrix magna est également montrée assise sur la bête écarlate (Apoc.
XVII, 1). Or la Bête, c’est le corps mystique dont l’Antéchrist sera la tête. La
femme démocratique a besoin de se reposer sur cette contre-église qui forme
son infrastructure.
Le dernier verset du chapitre XVII nous donne une image de la Meretrix
magna : « Et la femme que tu as vue, c’est la grande cité qui a la royauté sur les
rois de la terre » (Apoc. XVII, 18). Comment ne pas reconnaître là l’image de la
république universelle. Cette « grande cité » c’est la reconstitution, à la fin des
temps, de la Tour de Babel dont les hommes voulaient faire la capitale du
monde. Ce projet provoqua la colère de Dieu et entraîna la confusion des langues
et la dispersion des nations. Car Dieu ne veut pas, pour régner sur l’humanité
entière, d’autre maître que Son Oingt.
Nous venons de voir que la franc-maçonnerie est la charpente qui soutient le
soviétisme comme elle avait déjà soutenu la république des Jacobins. Elle se
proclame elle-même contre-église et super-église. Elle est vraiment la bête de
l’Apocalypse, l’infrastructure de l’autorité qui vient d’en bas. Il convient d’examiner,
ne serait-ce que succinctement les mécanismes de son fonctionnement
intérieur et de son action extérieure.

INITIATION AUX MYSTÈRES D’EN BAS
Le fonctionnement intérieur de la maçonnerie est commandé par la double
nature de cette association. Elle est, en effet, à la fois une société de pensée et
une congrégation initiatique.
Comment fonctionne une SOCIÉTÉ DE PENSÉE (on dit aussi une « société
philosophique ») ?
Elle élabore une opinion commune et par conséquent aussi une volonté
collective. La pensée et les intentions y sont, en principe du moins, engendrés
par la base. On met en commun des éléments dont on forme un faisceau. Par
exemple, le « comité de lecture » d’une maison d’édition est une petite société de
pensée puisqu’il définit une orientation intellectuelle. De même le « bureau d’étude »
d’une firme industrielle. De même le « conseil directeur » d’un parti politique.
Certaines de ces sociétés sont éphémères et ne constituent que des
combinaisons labiles. D’autres ont une longue durée, par exemple une académie.
Par beaucoup de ses mécanismes, la maçonnerie est une société de pensée.
Il s’y fait un travail d’élaboration d’une certaine philosophie et d’une volonté

collective. Comme telle, elle peut être dite démocratique. Juridiquement c’est ainsi
qu’elle fonctionne. Les loges élisent des députés qui se réunissent en convent.
Les « tenues », c’est-à-dire les séances, sont organisées sur bien des points
comme les assemblées parlementaires, avec un président, un bureau, des
orateurs, un ordre du jour, des motions… L’Assemblée Nationale travaille à la
manière d’une loge.
Une CONGRÉGATION INITIATIQUE (on dit aussi une « confrérie initiatique »)
se caractérise par l’initiation, c’est l’évidence même. Et l’initiation est une
cérémonie à double effet.
1. – D’abord elle incorpore le nouveau venu (ou le nouveau promu) à la
confrérie.
2. – Ensuite elle projette sur lui une INFLUENCE SPIRITUELLE. Et cette
influence spirituelle produit sur l’initié un certain nombre d’effets psychologiques
plus ou moins nettement perçus par lui. Ces effets psychologiques constituent ce
que les maçons eux-mêmes appellent l’illumination initiatique.
Quels sont, plus précisément, les effets psychologiques de cette illumination ?
Les maçons qui ont, dans leurs ouvrages, décrit les mécanismes de l’initiation,
donnent cette « influence spirituelle » comme produisant sur eux une impression
lumineuse et bénéfique. C’est pour cette raison qu’ils parlent d’une « illumination ».
Après l’initiation la pensée de l’initié est changée, sa compréhension des
choses n’est plus la même. Il s’est vraiment passé en lui une mutation spirituelle
; il a définitivement adopté un nouveau point de vue, une nouvelle optique, un
nouvel esprit, pour lui le spectacle du monde n’est plus éclairé par la même
lumière.
Mais alors quelle explication les maçons donnent-ils sur la nature de
l’influence spirituelle qui a opéré en eux un tel changement ?
Il faut reconnaître qu’ils ne se posent pas beaucoup de questions et quand ils
s’en posent c’est pour répondre que l’influence spirituelle initiatique est, soit d’une
nature grégaire, soit d’une nature cosmique, soit les deux simultanément.
Le chrétien, pour juger tous ces phénomènes psychologiques et mystiques, ne
peut rien faire de mieux que de consulter les maîtres de la vie spirituelle, en
particulier saint François de Sales, sainte Thérèse d’Avila et surtout saint Jean de
la Croix qui a reçu le titre de « Docteur Mystique ». Ils ont décrit les conditions de la
vraie mystique divine et, à l’opposé, ils ont décelé l’influence du démon dans les
voies contemplatives qui s’écartent des saines disciplines de l’esprit.
Si donc on compare la mystique chrétienne et la mystique maçonnique, telle
qu’elle se manifeste dans l’initiation, on est bien obligé de constater que l’influence
spirituelle qui s’exerce lors de l’illumination est tout simplement celle du démon.
Certes elle paraît lumineuse et bénéfique parce que le démon opère là, comme il
le fait si souvent, travesti en ange de lumière. Rien d’étonnant dès lors à ce que
l’agglutination à son « corps mystique » produise une impression de lumière et soit
ressentie comme une illumination. Mais il s’agit là d’une fausse lumière dont la
véritable nature est celle des ténèbres.

Bien entendu, le maçon initié, ne conviendra jamais qu’il a été « illuminé » par un
démon, donc « enténébré » et initié aux mystères d’en bas. Mais le chrétien, à qui
sa doctrine permet de « discerner les esprits », reconnaîtra, dans les récits
d’initiation qui sont de plus en plus répandus, la véritable nature de cette
illumination à rebours.
Le maçon, ainsi initié aux mystères d’en bas, va élaborer des idées, des
intentions, une volonté qui seront le fruit de sa collaboration avec l’influence
spirituelle qui l’accompagne désormais. Ses mouvements mentaux vont se
combiner à ceux du démon au corps mystique duquel il a été incorporé. Il se
comportera, le plus naturellement du monde, comme un semi-démon. Il cogitera
spontanément en fonction de sa nouvelle optique et de la mutation spirituelle dont
il a été l’objet.
Il est inutile d’imaginer des diableries dans les loges. Le simple mécanisme de
la fausse mystique initiatique suffit à procurer à tout l’ensemble de l’institution
maçonnique, une imprégnation permanente, diffuse et lente des esprits infernaux.
D’ailleurs le résultat de son action multiséculaire sur la société chrétienne est là
pour prouver qu’elle a été un instrument très efficace de domination de l’Eglise
et de démolition de la chrétienté.
Nous n’avons fait que résumer à grands traits le fonctionnement de la
maçonnerie. D’autres dispositions organiques complètent le système ;
fournissons-en une brève énumération sans rentrer dans les détails : le serment
de secret, l’obéissance à des supérieurs inconnus, le pacte de fraternité, le
symbolisme auto-signifiant qui imprègne toute la philosophie, enfin l’ésotérisme de
la doctrine. Toutes ces dispositions permettent de conduire le maçon à des
opinions et à des décisions qu’il n’aurait jamais acceptées si on les lui avait
proposées avant son entrée à la loge.
L’ensemble de l’institution est parcouru par un double courant :
1. – un courant descendant qui transmet les suggestions des hauts initiés
vers ceux qui n’en sont encore qu’au bas de l’échelle initiatique.
2. – et un courant ascendant qui renvoie vers le haut des motions d’apparence
démocratique. Grâce à ce procédé, les initiés des hauts grades connaissent à
chaque instant la limite d’élasticité de la base des frères ; ils connaissent celles
de leurs suggestions qui « passent » et celles pour lesquelles il faut attendre, avant
de les faire adopter.
« Le démon apparaissait à Marie-Julie sous la forme habituelle, soit sous celle
d’une quelconque bête hideuse, soit sous l’apparence d’un jeune homme d’une
grande beauté, faisant toujours des promesses de guérison et de richesse… » (La
Franquerie : « Marie-Julie Jahenny » p. 14).

LES VERTUS ANTI-THÉOLOGALES
L’institution maçonnique n’a pas élaboré une véritable doctrine puisqu’au
contraire elle s’interdit de dogmatiser. En revanche elle a mis au point une
stratégie anti-chrétienne d’une grande efficacité. Cette stratégie va consister à

neutraliser les combattants de l’Eglise militante. Pour cela elle va tuer en
eux ce qui fait leur force, c’est-à-dire les vertus théologales : la foi,
l’espérance et la charité.
Contre la foi, la maçonnerie a inventé la Tolérance. C’est la « vertu » des gens
qui nient l’existence de la vérité objective. La « Mère Loge » (car la loge exerce une
réelle maternité intellectuelle) se vante de donner à ses fils tous les moyens dont
ils ont besoin pour atteindre « la vérité » ; mais il ne s’agit que d’une vérité relative et
subjective c’est-à-dire d’une simple opinion personnelle qui restera donc
essentiellement discutable.
La « libre pensée » maçonnique refuse d’admettre toute vérité a priori. Elle fait
du doute systématique la base de son système de réflexion ; c’est pourquoi elle
a tant contribué à répandre le cartésianisme, le fameux « doute cartésien ». La
maçonnerie a même réussi à convaincre les Français qu’ils sont cartésiens par
nature, alors qu’au contraire le génie de notre langue, donc de notre pensée, est
un génie déductif et analytique qui part du principe (a priori par conséquent) pour
aboutir aux conséquences. Les Français ont le goût des principes et ils savent
les formuler : là réside une des raisons de leur influence (bonne ou mauvaise)
dans le monde. C’est tout le contraire de l’attitude mentale maçonnique.
La discussion est l’activité principale de la loge. Un adage y est
inlassablement répété : de la discussion jaillit la lumière. C’est encore une fausse
maxime car, de fait, de la discussion jaillit non pas la lumière mais l’obstination :
celui qui a défendu une thèse n’admet plus d’en changer. La vraie lumière vient
du « Père des lumières », donc de la Révélation, et elle descend vers nous qui la
recevons par le Magistère.
En maçonnerie tout l’art du Vénérable est de faire cohabiter des frères
ennemis. Il n’y a pas de dogmes ; la maçonnerie ne dogmatise pas : telle est la
grande formule. Formule qui constitue même un symptôme : quand une
quelconque publication met sa fierté à « ne pas dogmatiser », on peut être certain
qu’elle subit, de près ou de loin, l’influence maçonnique, puisqu’elle en adopte les
locutions.
Si les maçons ont la haine du dogme c’est qu’ils ont la haine de l’Eglise. Ils
sont fils spirituels de Ponce-Pilate, le Docteur sceptique qui est leur « patron ».
« Qu’est-ce que la vérité ? » disait-il. Il l’avait devant lui et, comble de l’aveuglement,
il ne la reconnaissait pas.
Le Progrès. C’est la fausse espérance ; c’est l’espérance projetée sur la terre ;
c’est le mythe de l’épanouissement sans fin de la nature ; c’est l’espoir insensé
d’une félicité naturelle qui ne devrait rien à la Grâce. Ce progrès temporel doit
porter à son achèvement la pyramide tronquée qui forme l’un des emblèmes des
maçons ; c’est le progrès du corps mystique de l’Antéchrist qui attend de la terre
sa plénitude.
Nous savons très bien qu’il existe un véritable progrès. L’Eglise n’est pas
statique ; elle est en progrès sous l’impulsion de la Grâce. Deux exemples :

1. – Le Corps mystique de N.-S J.-C. est en perpétuel progrès ; le nombre des
élus va vers sa perfection ; quand les élus seront au complet, le recrutement des
hommes s’arrêtera.
2. – L’édifice du dogme lui aussi est en progrès, en ce sens qu’il se complète
d’âge en âge ; à la fin des temps il formera une construction spirituelle et
intellectuelle à laquelle il ne manquera rien.
La Solidarité est l’interdépendance naturelle. Les maçons l’élèvent à la
hauteur d’une vertu parce qu’elle ne réclame pas la médiation du Christ. La
solidarité se passe de l’aide de Notre-Seigneur. Elle engendre le socialisme qui
est l’utopie de penser que, par des moyens adéquates, par le simple effet de
l’interdépendance humaine, on triomphera de la pauvreté et de la souffrance.
La solidarité est en opposition avec la charité chrétienne laquelle réclame
l’intermédiaire de N-S. Un verre d’eau donné au nom de Jésus-Christ (« en Mon
Nom » dit le texte évangélique) aura sa récompense dans la vie éternelle. S’il est
donné au nom de la solidarité humaine, il ne recueillera qu’une récompense
temporelle.
La tolérance est en opposition avec la Foi. Le progrès est en opposition avec
l’Espérance. La solidarité est en opposition avec la Charité. Ce sont les trois
« vertus anti-théologales » qui ont cours dans le corps mystique de l’Antéchrist.

LE GOUVERNEMENT PAR LA SUGGESTION
La franc-maçonnerie, société de pensée et congrégation initiatique à la fois,
est très bien outillée pour provoquer, dans la masse du peuple, des changements,
même très profonds, à condition que ce soit à longue échéance. Elle sait
comment s’y prendre pour changer la façon commune de penser, comme
disaient les maçons du XVIIIè siècle, pourvu qu’elle ait du temps devant elle. A
l’extérieur d’elle-même, comme en son intérieur, elle travaille « par influences
personnelles soigneusement couvertes », ce qui demande des délais
prolongés.
Mais elle est inapte au gouvernement direct, précisément à cause de la
lenteur de ses mécanismes. Entre elle et le grand public, elle suscite tout un
réseau d’organismes intermédiaires, d’associations et de PARTIS POLITIQUES,
qu’elle contrôle évidemment, et qui ont des ambitions beaucoup moins vastes et
beaucoup plus immédiates. Les programmes des partis sont faits de parcelles
prélevées sur l’abondante réserve de l’encyclopédie maçonnique. Tous les partis
politiques sont inspirés, à droite comme à gauche, par le grand dessein des
loges.
Et quel est ce « grand dessein » ?
Il est difficile à connaître car il n’est jamais exprimé clairement et simplement. Il
faut l’extraire de toute une phraséologie ronflante. En voici cependant les
principaux éléments

– La République (puis la Royauté) universelle.
– La Religion Universelle, dont la gnose universelle, la mystique universelle et
la Tradition universelle formeront la théologie.
– Le Métissage universel, dont l’eugénisme universel sera le prétexte et
fournira les moyens.
Sur l’ensemble de ce « grand dessein » on va prélever des fragments qui seront
inclus dans les programmes des partis, des sociétés savantes et des diverses
associations qui occupent l’espace entre la maçonnerie et le peuple.
Mais alors on pourrait supposer que la franc-maçonnerie est un grand
laboratoire d’idée, tout à fait olympien, où de puissants philosophes cachés et
spécifiquement maçons élaborent des doctrines réservées d’abord à l’usage
interne et qui diffusent ensuite, du haut en bas de l’échelle initiatique, pour aboutir
finalement aux institutions publiques. En réalité les choses ne se passent pas
ainsi. Il n’y a pas de philosophes cachés strictement maçonniques. Le cas de
Louis-Claude de Saint Martin, que l’on a appelé le « philosophe inconnu », est très
spécial et ne résulte que de son comportement personnel ; ce n’est pas le cas
général.
Les idées que l’on débat en loge sont puisées dans le grand public lui-même ;
elles ont une origine extérieure (on dit « profane »). Le rôle de la maçonnerie est
seulement de choisir, parmi les tendances de fait d’une époque donnée, celles
qu’il faut stimuler et celles dont il importe d’arrêter la propagation. Elle fonctionne
comme une pompe sélective qui puise son fluide dans le public et qui le lui
renvoie après l’avoir expurgé et dynamisé.
La maçonnerie est donc un organe d’enseignement. C’est un magistère, ou
si l’on veut un « gouvernement par la suggestion », sans autorité officielle. Elle est
inapte au gouvernement direct. Elle ne pratique pas une politique unique, mais
seulement une orientation polyvalente. Elle maintient en chantier plusieurs
politiques à la fois. Elle met en oeuvre une stratégie essentiellement pluraliste.
Plusieurs variantes sont mises en marche simultanément. Par exemple le Grand
Orient mène plutôt une politique de gauche et la Grande Loge Nationale
Française, plutôt une politique de droite. Sur la place publique, ces deux
obédiences se disputeront et se conduiront même en adversaires. Mais, dans les
convents, elles communieront dans la méditation du « grand dessein » commun,
dont nous avons donné les grandes lignes.

LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL
Dans ce monde où le bien et le mal sont si proches voisins, nous devons
cultiver la « science du bien et du mal » afin de ne pas les confondre. Et nous
devons la cultiver précisément parce qu’elle ne nous est pas naturelle ; nous
sommes privés de la consommation du fruit qui devait nous la procurer : « Ne
comederes » (Gen. III, 17). Tu n’en mangeras pas.

Cette double science, si nécessaire, c’est Notre-Seigneur qui nous l’apporte. Il
est Lui-même l’arbre de cette science et son « fruit » nous la communique. La
science du bien, c’est la science du Christ et la science du mal c’est la
science de l’Antéchrist. Une grande partie de l’Évangile est consacrée à nous
révéler la personne de l’Adversaire. Si nous ne possédons que l’une des deux
sciences, nous sommes des Docteurs borgnes.
Les docteurs de la Synagogue possédaient plutôt la science du mal. Habitués
à se méfier des « Nations » et de leurs dieux-démons, ils se sont méfiés du Christ :
« C’est par Belzébub que Vous chassez les démons » lui disaient-ils.
Inversement l’Eglise des Gentils, saturée de la science du bien, ne se méfie
pas de l’Antéchrist ; on voit aujourd’hui qu’elle s’apprête à le reconnaître
puisqu’elle accueille déjà ses adeptes. Finalement la Synagogue obstinée et
l’Eglise dévoyée n’auront rien à s’envier l’une à l’autre. La première aura rejeté le
Christ et la seconde aura accueilli l’Antéchrist.
C’est pourquoi il faut une science équilibrée qui conduit à la prudence sans
obscurcir l’esprit : « Voici donc que Je vous envoie comme des brebis au milieu
des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les
colombes ». (Math. X, 16). Par cette association du serpent et de la colombe, le
texte spécifie de quelle prudence nous devons nous armer. Car il y a deux
prudences : la prudence tortueuse qui fut celle du serpent au jardin d’Eden et la
prudence simple qui fut celle de saint Joseph à Nazareth (Nazareth signifie :
jardin des Fleurs). Le Divin Maître précise ici de quelle prudence il veut parler. Il
veut que nous pratiquions la prudence qui peut s’allier à la simplicité de la
colombe.
Pour garder la simplicité dans la prudence, il faut cultiver simultanément les
deux sciences. Celle de l’Eglise illumine l’intelligence et réchauffe le coeur. Celle
de la contre-église nous fait reconnaître les ténèbres sous la fausse lumière.
Ceux qui ne cultivent que la science de l’Eglise deviennent des naïfs qui ignorent
les chausse-trapes de l’Adversaire. Ceux qui ne cultivent que la science de la
contre-église se laissent souvent fasciner par la prodigieuse astuce des démons
et finissent par se faire enrôler dans les rangs de la contre-église. En effet l’étude
des documents des sectes, qui nous fait connaître l’ennemi, est dangereuse ; il
faut prendre garde à ne pas se complaire dans ces textes car ils contiennent des
subtilités d’apparence logique (le démon est logicien) mais qui enténèbrent
l’esprit et dévient la volonté. Il faut les compenser par la nourriture spirituelle et
par les lumières que l’on trouve dans le Patrimoine de la Religion.

LES SOIXANTE DOUZE NATIONS DE LA GENTILITÉ
L’épisode de la Tour de Babel va retenir un moment notre attention. A notre
époque où l’on parle tant de la république universelle et où l’on assiste aux
premières phases de sa réalisation, il est bon de revoir dans quelles
circonstances Dieu a procédé à la distinction des langues et à la dispersion des
Nations.

Transportons-nous par la pensée dans les temps qui suivirent le déluge. Les
trois grands embranchements ethniques du genre humain étaient déjà distincts. Il
s’était déjà formé trois grandes races qui avaient respectivement pour ancêtre
Sem, Cham et Japheth, les trois fils de Noé. Chacun engendra des fils qui
devinrent les patriarches des nations. Il y eut en tout 72 patriarches, donc 72
familles, souches des 72 futures nations. Ces tribus originelles étaient distinctes
mais elles n’étaient pas dispersées. Elles s’étaient établies ensemble dans la
plaine du pays de Sennaar. La langue de ces tribus était la même : « Toute la terre
avait une seule langue et les mêmes mots » (Gen. XI, 1).
Il devenait de plus en plus évident que, les tribus proliférant, il faudrait qu’elles
se dispersent. C’est même la perspective de cette dispersion inévitable qui
suggéra aux hommes de ce temps l’idée d’élever un monument commémoratif de
leur unité primitive « avant que nous ne soyons dispersés sur toute la terre ».
(antequam dividamur in universas terras Gen. XI, 4). Cette idée d’un monument
pour perpétuer le souvenir de l’unité originelle n’est pas répréhensible, elle est
même louable ; mais elle s’est mêlée avec d’autres conceptions que Dieu n’a pas
approuvées.
Passons sur les modalités et les techniques de constructions de la tour. Les
maçons de Babel utilisèrent des briques à la place de pierres et du bitume à la
place de ciment. Le symbolisme de ces nouveaux matériaux nous entraînerait
trop loin.
L’Ecriture sainte formule les intentions qui sont incluses dans le « grand
dessein » des hommes d’alors, avec la concision qui lui est habituelle. Il faut donc
peser tous les mots :
« Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel et
célébrons notre nom ». Un trait nous frappe tout de suite Dieu n’est pas mentionné
dans les intentions du projet. Il est dit « construisons-nous ». Le but de l’entreprise
est de « célébrer le nom humain ». Les hommes de Babel avaient
incontestablement l’intention de se rendre un culte à eux-mêmes. Et si la tour
atteignait le ciel, c’était grâce aux seules forces humaines. Ils voulaient célébrer et
sauvegarder leur unité et cela par une ville capitale et par une tour religieuse
qui symboliserait l’aptitude de l’homme à s’élever vers Dieu par ses propres
forces.
La conduite de Dieu, en présence de ce projet, confirme les premières
réflexions que nous venons de nous faire. Le texte dit que Dieu, en la
circonstance, observa « les fils d’Adam » ; il n’écrit pas « les fils de Noé ». Il nous
suggère donc de remonter jusqu’à Adam, qui avait été Roi et Pontife, mais qui
avait perdu ces deux dignités.
Les versets de la Genèse, très condensés, n’expliquent pas la pensée divine. Il
faut que le lecteur découvre lui-même en quoi le projet des hommes de Babel
était mauvais. Dieu dit :
« Ils sont un seul peuple et ils ont une seule langue ; ils ont commencé à
faire cela et ils n’abandonneront pas leur pensée tant qu’ils n’auront pas fini

leur oeuvre… Confondons ici leur langue afin qu’ils ne se comprennent plus ».
(Gen. XI, 6-7).
Il est évident que Dieu juge inadmissible la ville et la tour édifiées dans de
telles intentions, par « les fils d’Adam ». Il y a manifestement une certaine unité du
genre humain dont Dieu ne veut pas : c’est l’unité qui se fait sans Lui.
Il est un second motif de désapprobation : ce qui déplaît à Dieu ce n’est pas
seulement la tour religieuse, c’est aussi la ville capitale du genre humain. Dieu, en
effet, ne considère pas seulement la tour mais la ville elle-même (ut videret
civitatem et turrim). Et l’on comprend très bien pourquoi : depuis la chute d’Adam,
l’autorité unique sur le monde revient, soit à Dieu qui en est le premier titulaire,
soit au démon qui a détrôné Adam et s’est, d’une certaine manière, substitué à lui
dans ses droits. En d’autres termes, l’autorité unique sur la terre revient, soit au
Christ, soit à l’Antéchrist. C’est sans doute pourquoi le texte fait remarquer que les
hommes de Babel étaient « fils d’Adam ». Pour prétendre édifier une capitale
mondiale, il fallait qu’ils aient perdu la notion de la chute originelle et le désir d’un
Sauveur.
Le décret divin de Babel est donc un décret de confusion, ce qui, à première
vue nous étonne. Mais il faut remarquer qu’il s’agit d’une confusion et d’une
dispersion provisoire en attendant que le temps de l’unité soit venu et qu’il y ait
« un seul troupeau et un seul pasteur ». C’est aussi une dispersion de
miséricorde : en effet l’édification d’une capitale mondiale aurait
immanquablement entraîné l’apparition d’un « empereur mondial », qui n’aurait pu
être qu’un antéchrist, sous lequel les hommes auraient vécu depuis lors. Le
« décret de confusion » de Babel leur a épargné un long despotisme.
Un personnage est inséparablement lié à l’épisode de Babel, c’est Nemrod.
L’Ecriture en fait grand cas : seul, parmi les descendants de Cham, il fait l’objet de
plusieurs versets dans la Genèse : « Or Chus engendra Nemrod qui fut le premier
homme puissant sur la terre… Le début de son royaume fut Babylone, et Arach,
et Achad, et Chalanné dans la terre de Sennaar. De ce même pays il alla en
Assyrie et i bâtit Ninive et les rues de cette ville, et Chalé. Il bâtit aussi la grande
ville de Résen, entre Ninive et Chalé ». (Gen. X, 8-12). Nemrod fut donc le
fondateur de la puissance mauvaise de ASSUR1, colosse qui devait faire peser,
sur le peuple élu d’Israël, une perpétuelle menace dont seul Dieu pouvait le
libérer. Nemrod est ainsi la première préfiguration de l’Antéchrist et il est
symptomatique qu’il apparaisse précisément à l’époque de Babel et dans la plaine
de Sennaar.
Il est certain que Dieu a volontairement confondu les langues et dispersé les
nations afin d’entraver la constitution d’un gouvernement mondial. Il a
délibérément voulu une « gentilité » fractionnée. L’empire du monde n’appartient
qu’à deux personnages : le Christ ou l’Antéchrist, bien qu’à des titres
antagonistes. C’est évidemment très mystérieux ; mais la Rédemption est un
mystère. Les X et XIè chapitres de la Genèse énumèrent les 72 ethnarques qui
devaient fonder les 72 nations constitutives de la Gentilité. Or Notre-Seigneur,

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1 Soulignons que dans ASSUR, il y a USA et URSS !

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pendant Sa vie terrestre, à plusieurs millénaires de distance, a précisément
désigné 72 disciples ; ils étaient destinés à seconder saint Paul dans le
surhumain travail d’évangélisation des Gentils. Les 12 Apôtres étaient
réservés aux 12 Tribus d’Israël. Les jalons essentiels du plan de Dieu ne
changent pas.

LES PROMESSES D’HÉGÉMONIE
Dans son travail de destruction des oeuvres divines, Satan utilise une double
méthode : il réunit ce que Dieu sépare et il sépare ce que Dieu unit. Deux
exemples :
1. – Dieu a créé deux archétypes : Jésus-Christ et Marie Sa Mère qui ont été
les modèles selon lesquels Adam et Eve ont été formés. Dans la gnose
luciférienne, il en est différemment : il y a un seul archétype désigné sous le nom
d’androgyne qui est la réunion d’un homme et d’une femme en un seul être
supposé ; Lucifer réunit ce que Dieu sépare.
2. – Le couple humain est inséparable ; il est uni pour la vie par un sacrement.
Le démon, pour sa part, n’a de cesse qu’il n’ait séparé les couples que Dieu a
unis.
C’est à ce double traitement que le démon va soumettre les nations créées par
Dieu pour être l’héritage de Son Oingt : « Je te donnerai les nations pour héritage ».
D’une part, soufflant un vent de discorde, il va couper les nations en tronçons,
multipliant leur nombre bien au-delà des 72 qui étaient à l’origine. Mais d’autre
part et puisqu’il faut aussi qu’il parvienne à l’empire mondial, auquel dans une
certaine mesure il a droit, il va susciter de formidables ambitions hégémoniques ;
il créera des empires contre nature et, entre ces empires, une compétition qui
éliminera les inaptes et laissera surnager les plus robustes ; le vainqueur final de
la compétition dominera le monde.
Telle est schématiquement la double stratégie du démon. Nous la voyons
clairement se développer sous nos yeux. Le régionalisme démantèle les nations
européennes en vue de les faire disparaître en tant quantités nationales ; mais en
même temps les deux grands blocs impériaux qui sont issus des affrontements
précédents se préparent à de nouveaux assauts dont, à la fin, un triomphateur
universel sortira.
Les ambitions hégémoniques sont incontestablement le ferment le plus
efficace de l’unification finale. Le démon promet l’empire du monde à tous les
princes de la terre qui présentent quelque chance. Le type parfait de cette
promesse d’hégémonie est fourni par la Tentation au désert ; il est bon d’en revoir
le mécanisme parce que les cas d’application en sont très fréquents dans l’histoire
politique, si même ils n’en constituent pas le fond.
Le démon transporta Jésus sur une haute montagne et là : il Lui montra tous
les royaumes de la terre, en un rien de temps. Et le diable Lui dit : c’est à Toi que
je donnerai cette puissance tout entière avec leur gloire. Car c’est à moi qu’elle a

été remise. Et à qui je veux, je la donne » (Luc IV, 5-6). Il est important de
remarquer deux particularités :
1. – Ce qui est offert par le démon c’est la suprématie politique universelle,
ce n’est pas seulement une hégémonie régionale.
2. – Celui qui acceptera cette offre tiendra cette puissance du démon et par
conséquent il l’exercera au nom et pour le compte du démon.
Mais pour obtenir cette récompense il y a une condition à remplir. Cette
condition est bien connue : Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera
toute à toi ». Il faut donc que le candidat à l’empire reconnaisse la suzeraineté du
« Prince de ce monde ». Remarquons que, du point de vue juridique, le marché est
parfaitement régulier. Le démon ne fait que transférer une principauté qui, comme
il le dit, lui a été remise, et dont par conséquent il dispose. Ce marché, Satan l’a
proposé à de nombreux rois, à de nombreux « grands de ce monde », dans les
temps anciens comme dans les temps modernes.
Voyons maintenant en quoi consiste la prosternation demandée. On peut
légitimement penser qu’elle consiste en une adhésion au plan de conquête du
démon ou à une partie de ce plan ; en dernière analyse la prosternation exigée
consiste en une incorporation au corps mystique de l’Antéchrist. La condition
à remplir est toujours quelque chose de diabolique ; c’est toujours une
contribution à l’édification du pouvoir de l’Antéchrist.
Rapprochons-nous du cas présent. L’hégémonie sur l’Europe, et par l’Europe
sur le monde, Satan l’a promise à tous les gouvernants européens. Il la promet
aux Anglais s’ils établissent partout des succursales de la loge de Londres. Il la
promet aux Allemands s’ils mettent sur pied le socialisme industriel d’Etat,
merveilleux instrument de domination. Il la promet aux Russes moyennant la
collectivisation de tous les biens. Il la promet aux Arabes, les poussant à islamiser
« les Roumis ». Il la promet aux Juifs, les plus prédisposés à y souscrire puisque,
selon leurs vieilles traditions, l’empire du monde leur est dû. Il la promet aussi aux
nations extrême-orientales, détentrices de légendes et de prophéties
impérialistes.
C’est encore avec un stimulant analogue, celui de la puissance cachée (dont
rêvent tant d’intellectuels) qu’il va donner l’impulsion, non seulement à la francmaçonnerie,
mais à toutes les confréries initiatiques, chacune s’étudiant à
dominer l’autre secrètement.
Satan ira même jusqu’à proposer le marché hégémonique à l’Eglise
catholique. Il dira au Pape : « Si tu réunis les premières Assises du parlement
religieux universel, je t’en ferai donner la présidence ». Inexplicablement le Pontife
romain a accepté ; il n’aura qu’une présidence éphémère mais les « assises »
resteront ; sur elles on construira un temple à Lucifer.
Pour le démoniaque orchestrateur de cette immense foire à l’hégémonie, le
bénéfice est double :
1. – Chacun des compétiteurs apporte sa pierre à l’édifice du socialisme absolu
et universel qui sera le régime de l’Antéchrist.

2. – Il gagne aussi d’une autre manière : ces luttes éliminatoires désigneront
d’elles-mêmes le plus fort ; il ne restera plus au vainqueur qu’à fédérer des
républiques qui seront déjà socialistes et gnostiques ; il n’y a déjà plus que deux
grands blocs en lice ; il faut maintenant désigner le triomphateur final par une
nouvelle série de conflagrations mondiales, car il est peu vraisemblable qu’une si
grosse affaire se règle en une seule crise.

L’UBIQUITÉ MAÇONNIQUE
Les congrégations initiatiques sont à I’oeuvre, dans l’Europe chrétienne, depuis
l’époque de la Renaissance. Mais il est certain qu’elles avaient été précédées, au
Moyen Âge, par des confréries plus ou moins sporadiques. Sous la forme de
l’actuelle franc-maçonnerie, elles opèrent activement depuis le XVIIIè siècle. On a
coutume de donner les Constitutions d’Anderson (1717), qui forment la charte de
la Grande Loge de Londres, comme leur acte de naissance. Cette loge est la
première de toutes dans l’ordre chronologique et elle est devenue, en droit
comme en fait, « mère et maîtresse » de toutes les loges maçonniques du monde.
Elle représente donc, pour la contre-église, le symétrique inversé de
l’Archibasilique du Saint-Sauveur de Saint Jean de Latran.
La maçonnerie veut être présente partout. Cette ubiquité est la base de sa
méthode d’action extérieure. Elle veut savoir tout ce qui se dit, participer à tout ce
qui se décide, collaborer à tout ce qui se fait. Nous avons déjà remarqué qu’elle
entend se mêler à tous les courants porteurs, même à ceux qui naissent sans
elle, même à ceux qui se forment contre elle. Car tout courant porteur contient
une force utilisable, surtout pour la maçonnerie qui est outillée pour naviguer à
contre-courant. Nous savons aussi, mais répétons-le car c’est important, qu’elle
veut choisir, parmi les tendances qui se manifestent spontanément, celles qu’il
convient de favoriser et celles qu’il faut à tout prix torpiller. Ce noyautage
universel est l’une des activités les plus importantes de la maçonnerie. Il est très
difficile d’y échapper car il se fait, nous l’avons vu, par « influence personnelle
soigneusement couverte ».
TOUS les partis politiques sont des émanations de la franc-maçonnerie,
soit qu’elle ait présidé elle-même à leur formation, soit qu’elle les ait pénétrés par
la suite. Les partis politiques peuvent paraître plus puissants parce qu’ils agissent
sur la place publique, tandis que la maçonnerie reste le plus souvent ignorée dans
l’ombre. Mais en réalité les partis politiques travaillent sous la dépendance de la
grande société secrète sous-jacente dont ils ne sont que les porte-parole pour
une clientèle déterminée. Les programmes des partis politiques ne sont que des
fractions et des adaptations du « Grand Dessein » maçonnique.
Il est bien évident que la maçonnerie ne noyaute pas seulement les partis
politiques mais aussi l’administration, l’armée, la justice, l’université,
l’industrie, la banque.. en un mot tous les organes de la société.

Quel type de symbiose peut-il exister entre elle et les polices de
renseignement ?
En théorie, la police devrait surveiller la franc-maçonnerie puisqu’elle a la
prétention de dominer l’Etat et qu’elle constitue donc un danger pour l’Etat. En fait
c’est le contraire qui se produit. La police avertit la maçonnerie des dangers qui
pourrait la menacer. Bien plus, la maçonnerie utilise la police pour se renseigner
elle-même, en établissant des dérivations à son profit dans la police. Dans la
conscience éclairée d’un policier qui est également maçon, la maçonnerie va
peser d’un plus grand poids que le service d’Etat auquel il appartient parce que la
congrégation initiatique parle au nom d’une influence spirituelle plus élevée que
l’Etat. Cette prépondérance morale de la secte sera particulièrement sensible en
cas de crise de régime car alors le prestige de l’Etat chancelant sera nul dans
l’esprit des policiers maçons.
Grâce aux convents internationaux et aux institutions obédientielles,
également internationales, l’ubiquité maçonnique s’étend au monde entier. La
présence universelle de la maçonnerie est encore accentuée par le phénomène
que voici. Il existe un corps maçonnique : c’est l’ensemble des adeptes réunis
dans des institutions matérielles. Mais il existe aussi un esprit maçonnique. Cet
esprit est évidemment partagé par les membres du corps. Mais il l’est aussi par
toute une foule de sympathisants extérieurs qui ne sont pas initiés, qui
n’appartiennent à aucune des institutions maçonniques mais qui subissent
l’influence intellectuelle de la maçonnerie. Ces sympathisants sont appelés des
francs-maçons sans tablier. Ils ont une sensibilité maçonnique, ils pensent en
maçons, ils se comportent en maçons. Ils augmentent considérablement l’ubiquité
et le rayonnement de la grande secte.

TABLE RASE
Pour comprendre l’utilité stratégique du communisme totalitaire, il faut se
placer, par l’imagination, à l’échelon le plus élevé de la contre-église, c’est-à-dire à
l’échelon luciférien. Le communisme totalitaire est nécessaire parce qu’il est le
seul à pouvoir pratiquer la liquidation physique des élites chrétiennes. Il en a
le pouvoir parce qu’il est totalitaire et il en a le vouloir parce qu’il est le régime des
sans-dieu, fondé sur une philosophie matérialiste militante.
Car il est nécessaire de procéder à la liquidation de ces anciennes élites, dites
« bourgeoises », et cela non seulement au cours de la phase révolutionnaire de
prise du pouvoir, mais aussi pendant toute la longue période gouvernementale qui
suit. Si on ne les extermine pas et si l’on se contente de les écarter des
responsabilités, tout en les laissant subsister sur place, ces élites referont surface
tôt ou tard.
Il faut un régime totalitaire qui aura deux fonctions.
1. – Une fonction à long terme qui sera d’instituer un solide collectivisme, afin
de réaliser une contrainte absolue et universelle (« nul ne pourra ni acheter ni
vendre s’il n’a la marque de la bête sur le front et sur les mains », Apoc. XII, 17).

2. – Une fonction transitoire non moins essentielle : la liquidation physique des
élites chrétiennes, ou plus généralement coutumières.
Or les partis socialistes de type réformiste sont incapables de procéder à la
nécessaire liquidation des anciens cadres parce qu’ils sont temporisateurs et donc
hésitants. C’est pourquoi il faut un parti monolithique dominant un État policier. Il
faut la dictature d’un parti unique, seule capable d’instaurer la délation populaire,
la police prolétarienne et les tribunaux d’opinion.
Une phase de régime totalitaire est nécessaire dans le monde entier pour
établir le collectivisme, mais elle l’est plus particulièrement dans les pays
chrétiens pour réaliser aussi l’extermination des élites religieuses. D’où le
parti communiste international dont les bases mystiques sont lucifériennes,
comme on le sait maintenant et qui est destiné, en grande partie à passer le
rouleau compresseur sur tout le territoire de l’ancienne Chrétienté. Il est chargé de
faire table rase et d’éliminer la Religion de Notre-Seigneur non seulement
dans ses institutions mais dans ses hommes. C’est très précisément ce
qu’annonçait la Reine du Ciel à Fatima : « la Russie répandra ses erreurs par le
monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise, beaucoup de
bons seront martyrisés, le Saint Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations
seront anéantie ».
On observera donc une ANTINOMIE entre la maçonnerie, qui est
essentiellement tolérante et pluraliste, et le communisme qui est essentiellement
monolithique et totalitaire. Cette antinomie met la maçonnerie dans une situation
difficile à l’égard du communisme. Dans ses actes, elle le soutient. Les
obédiences de gauche voient en lui un irremplaçable artisan de la cité future. Mais
dans ses paroles elle est obligée de le critiquer parce que le communisme n’est
pas tolérant et n’est pas pluraliste.
La maçonnerie serait beaucoup plus à l’aise pour soutenir le communisme s’il
abandonnait ses moeurs totalitaires et s’il passait au pluralisme, comme l’Église
conciliaire lui en donne l’exemple et l’y encourage. Si, au lieu d’un parti unique, le
régime des Soviets parvenait à mettre sur pied un système d’alternance entre
plusieurs partis communistes, il deviendrait un régime tolérant et la maçonnerie
abandonnerait les réserves verbales auxquelles elle est tenue.
Un certain pluralisme communiste, même s’il était réduit à deux partis, tout les
deux marxistes bien entendu, constituerait un lubrifiant très efficace pour la
pénétration de la charge explosive rouge dans le blindage occidental. (Faisonsnous
là une supposition absolument irréalisable et sans fondement ? l’avenir nous
le dira). Il reste que le soviétisme totalitaire est, pour l’instant, l’instrument
privilégié de l’extirpation du christianisme pour le compte du pouvoir occulte
luciférien.

RÉPUBLIQUE OU ROYAUTÉ UNIVERSELLE
La phase matérialiste n’aura qu’un temps. L’extirpation des anciennes élites
une fois réalisée et le collectivisme économique bien installé, une phase

spiritualiste viendra forcément. Car le démon, qui est le véritable « pouvoir
occulte », ne veut pas seulement gouverner le monde temporellement, il veut aussi
se l’assujettir religieusement. Il fera de l’Antéchrist à la fois le « Roi du Monde »
et le « Pontife » de sa religion. Il faut donc que les fondements .philosophiques de
la cité universelle comportent une composante spirituelle et religieuse, ce qui
n’est pas le cas du matérialisme historique de Marx et Lénine, qui exclut au
contraire toute religion au for externe et même au for interne.
Nous en venons donc tout naturellement à prévoir une nouvelle phase de la
révolution universelle où le socialisme matérialiste, désormais installé, sera
complété par un système religieux universel.
Qui va être chargé d’élaborer ce système religieux ?
Ce ne seront évidemment pas des rationalistes et des matérialistes. Il faut,
pour cela, des « spirituels », des pneumatiques ; tels sont justement les néognostiques.
Ils occupent déjà leur base de départ, avec de subtiles théories aptes
à justifier l’avènement d’un Roi-Pontife.
Ces théories auxquelles on n’a pas encore donné de nom d’ensemble mais
que nous appellerons, pour la commodité, le monarchisme ésotérique, sont
fondées sur une double confusion.
1. – D’abord la confusion entre le gouvernement « selon le Christ », et le
gouvernement « selon l’Antéchrist ». Pour ces doctrinaires néo-gnostiques, il n’y a
pas lieu d’opérer cette distinction. Pour eux tous les rois de l’Histoire relèvent d’un
seul et même pouvoir primordial. Ils confondent, dans un même principe
d’autorité, le pouvoir du Titulaire, qui est le Verbe Incarné, et le pouvoir de
l’Usurpateur, qui est le prince de ce monde. Ils ne distinguent pas le pouvoir du
Pharaon d’avec celui de David, ni le pouvoir de Néron d’avec celui de
Charlemagne, ni en général la « puissance qui vient de Dieu » d’avec la « puissance
de Dieu ». Aux yeux des chrétiens au contraire, la distinction s’impose entre les
Rois qui sont des annonciateurs et des imitateurs du Christ, et les Rois qui sont
les précurseurs, ou pour mieux dire les préfigurations de l’Antéchrist.
2. – A cette première confusion les doctrinaires de la royauté ésotérique en
ajoutent une autre. Ils consolident le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle sur la
tête d’un seul et même personnage qui sera à la fois roi et pontife, comme
l’étaient les empereurs de Rome. Ils donnent les Césars romains comme type de
ce qu’ils appellent la royauté sacrée. Et cette royauté sacrée ils la déclarent
traditionnelle, patriarcale, immémoriale, primordiale comme ils le font pour toutes
les composantes de l’ésotérisme.
Une telle consolidation des pouvoirs s’oppose à la théorie chrétienne des deux
glaives, selon laquelle Jésus-Christ a institué sur la terre un VICAIRE de ses
pouvoirs religieux et un LIEUTENANT de ses pouvoirs temporels. Le « vicaire »
c’est le Pape successeur de Pierre et le « lieutenant » c’est le roi sacré à Reims
avec l’huile miraculeuse. Le vicaire et le lieutenant ne dépendent pas l’un de
l’autre. Ce ne sont pas les pontifes qui nomment les rois ; ce ne sont pas les rois
qui nomment les pontifes. Tous les deux dépendent directement du Christ. Ils
reconnaissent leurs pouvoirs réciproques et ils ne les contestent pas.

Pourquoi, dans la doctrine chrétienne, deux autorités et non pas une seule ?
Parce que : « Dieu ne donne pas Sa gloire ». Dans l’état de nature déchue, Dieu
ne confie pas tous Ses pouvoirs à un seul homme. La consolidation des
couronnes royale et pontificale sur une même tête ne convient proprement qu’à
Notre-Seigneur. Elle convenait aussi à Adam tant qu’il restait dans l’innocence
primitive où l’âme commande au corps ; c’est pourquoi Adam pouvait être à la fois
roi de la terre et pontife du Très-Haut.
L’Antéchrist, en tant qu’il est l’ayant droit de celui qui a triomphé d’Adam, fera
valoir cette même consolidation des pouvoirs et se déclarera Roi-Pontife. Les
néo-gnostiques, quand ils enseignent la consolidation des pouvoirs et quand ils
mêlent et confondent la royauté chrétienne avec la royauté païenne, ne font rien
d’autre que de poser les fondements des prétendus droits royaux et sacerdotaux
de l’Antéchrist.
Il est facile de prévoir qu’une phase gnostique est en préparation. Le
socialisme absolu et universel, qui assujettit tous les hommes ensemble par les
liens de l’économie, va être complété par une uniformisation religieuse qui
assujettira toutes les âmes dans la même religiosité luciférienne.

L’HYBRIDATION GÉNÉRALE
Tout le monde parle ouvertement de la future république universelle qui est
l’objectif des sociétés de pensée et des congrégations initiatiques depuis les
utopistes de la Renaissance. Les organes préparatoires de cette république
fonctionnent déjà. Mais il reste encore des particularismes à niveler.
La destruction des nations est en cours. Elle l’est grâce au régionalisme qui
les découpe en tronçons et réalise la phase du solve. Et elle l’est aussi grâce au
travail de fédération qui ressoude les tronçons issus du découpage régionaliste et
réalise la phase du coagula. La république universelle sortira de cette alchimie et
sera une fédération de fédérations comme le sont déjà l’U.R.S.S., qui est une
« Union de Républiques », et les U.S.A. qui sont des « États-Unis ». L’édifice global
sera donc le résultat du broyage des 72 nations, instituées par Dieu pour
devenir l’Héritage du Verbe Incarné : Demande-Moi et Je Te donnerai les nations
pour héritage et pour limites les confins de la terre » (Ps. II, 8).
Mais ce découpage des nations (solve), puis leur restructuration (coagula) ne
suffit encore pas. Il faut une dernière précaution. C’est le métissage universel.
Nous serions véritablement aveugles si nous n’apercevions pas que ce métissage
est délibérément mis en oeuvre depuis de longues années. Le brassage racial a
été décelé et dénoncé par les auteurs traditionalistes, avant la guerre de 14-18 ; il
n’est pas nouveau. C’est un des principaux objectifs des sociétés de pensée.
Le métissage universel nous est présenté d’abord comme spontané et
inévitable, mais en réalité il est parfaitement artificiel et voulu. On nous le
présente aussi comme un des préceptes essentiels de la morale. La distinction
des ethnies constituerait une anomalie insupportable et serait à l’origine de toutes

les guerres ; inversement la constitution d’un bloc hybride devrait amener une
entente générale. En conséquence il serait hautement immoral de militer pour
l’intégrité des races et pour le « chacun chez soi » ; ce serait une régression et une
superstition inacceptables. On n’aurait moralement, pas le droit de contester le
« brassage racial » et son excellence.
Le but donc de cet effort prolongé est d’obtenir une race métissée
universelle. Et il faut reconnaître que le meilleur moyen de neutraliser les
réactions des individus, des familles et des nations, c’est de les abâtardir. Un
gouvernement mondial se trouverait ainsi devant une masse amorphe, sans
tradition ni sensibilité. Il suffirait de pratiquer à son égard la politique du panem et
circences (du pain et des jeux des cirques) chères aux empereurs païens. C’est
une telle masse humaine qui se prêtera le mieux, en effet, au collectivisme absolu
des biens matériels et à le religion gnostique laquelle sera faite de sorcellerie à
la base et de mystique luciférienne pour les élites.
C’est déjà un peu ce que nous observons dans les grandes capitales du
monde. Partout nous y croisons, dans les rues, les mêmes visages et le même
mélange de populations. Rien ne ressemble plus aux foules de Paris que celles
de Tanger, de New-York, de Mexico ou de Santiago… Tout s’universalise, même
la race.
Toutes les races se laisseront-elles englober dans ce même métissage ?
C’est peu probable. Les Juifs résisteront certainement, eux qui trouvent
l’abâtardissement excellent pour les autres mais qui savent très bien s’en
défendre pour eux-mêmes. Et ils ne seront pas les seuls : la résistance à
l’abâtardissement va dégager des forces dont le diable ne manquera pas de tirer
bénéfice. Des théories hyper-eugénistes sont déjà prêtes à être diffusées. Elles
serviront de bases « hautement scientifiques » pour inspirer les inévitables réactions
que le métissage universel provoque déjà. Elles permettront d’enrôler des
miliciens et des technocrates pour l’Antéchrist. Des surhommes commandant à
des métis, voilà ce que l’on nous prépare.

RUSE ET VIOLENCE
La doctrine chrétienne, telle qu’elle était enseignée avant la crise, nous avertit
que le démon est un être double : il est menteur et homicide. Comme menteur
il sera rusé et séduisant, comme homicide il sera violent et terrifiant. Il sera
tour à tour agneau et dragon : « Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui
avait deux cornes semblables à celle d’un agneau, et qui parlait comme un
dragon » (Apoc. XIII, 11).
Cette duplicité essentielle, il va la communiquer, sur la terre, à tous les
organismes qu’il a crées pour faire la guerre au Christ et aux hommes. Il faut que
nous sachions identifier, en ces organismes auxquels nous sommes forcément
confrontés, la ruse et la violence de leur maître.

Nous rencontrons des ministres de sa ruse et des ministres de sa violence.
L’Ecriture sainte nous fournit deux groupes de deux figures qui nous éclairent sur
le double comportement des démons et de leurs ministres humains. Ces deux
figures sont Gog et Magog évoqués surtout au livre d’Ézéchiel et Léviathan et
Béhémoth au livre de Job.
1. – Les ministres humains de la RUSE du démon peuvent être placés sous le
signe de Gog et de Léviathan.
Gog signifie « toiture » et convient à tout ce qui est couvert, dissimulé et
trompeur. Il habite les confins du Septentrion, comme Lucifer dont il est une
figure : « …Tu viendras de ton pays, des confins du septentrion, toi et des peuples
nombreux avec toi » (Ezéch. XXXVIII, 15). Gog est fourbe, il attaque ceux qui ne se
méfient de rien. « Tu diras : je monterai contre un pays ouvert ; je viendrai vers ces
gens tranquilles qui habitent en sécurité, qui ont tous des demeures sans
murailles, et qui n’ont ni verroux ni portes » (11).
Léviathan est une bête maritime qui cache son extraordinaire puissance sous
des charmes captivants : « Je ne veux pas taire ses membres, sa force, l’harmonie
de sa structure … Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux
étroitement serrés .. Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont
comme les paupières de l’aurore… Son coeur est dur comme la pierre, dur comme
la meule inférieure… » (Job. XCL, 25).
Le Léviathan est identique à la « bête de la mer » qui apparaît dans
l’Apocalypse. Tous ces prestiges, dont Léviathan s’entoure, sont mensongers. Ils
sont les vestiges de sa beauté primitive, vestiges qu’il conserve dans son état de
chute car Dieu ne les lui a pas ôté. Ce sont ces restes de beauté qu’il met en
évidence quand il se travestit en ange de lumière. Bien des chefs historiques,
des philosophes, des institutions entières, des nations même, sont des « gogs » et
des « léviathans ». Il faut savoir les reconnaître. La franc-maçonnerie est le type de
ses institutions séduisantes et tolérantes dans lesquelles règnent l’esprit de
Léviathan : elle conduit prudemment ses adeptes à des conceptions qu’ils
auraient rejetés énergiquement si on les leur avaient proposées le jour de leur
entrée en loge.
2. – Les ministres de la VIOLENCE sont dépeints sous les traits de Magog et
de Béhémoth.
Magog signifie « sans toiture », c’est-à-dire sans dissimulation ; c’est le symbole
de la force cynique et brutale.
Béhémoth est une bête terrestre qui fonce comme un taureau :
« Vois Béhémoth que j’ai créé comme toi : il se nourrit d’herbe, comme le
boeuf. Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles
de ses flancs ! Il dresse sa queue comme un cèdre ; les nerfs de ses cuisses
forment un solide faisceau. Ses os sont des tubes d’airain, ses côtes sont des
barres de fer. C’est un chef d’oeuvre de Dieu ; son créateur l’a pourvu d’un
glaive. Les montagnes produisent pour lui du fourrage, autour de lui se jouent

toutes les bêtes des champs… Est-ce en face que l’on pourra le saisir avec
des filets, et lui percer les narines ? » (Job. XL).
Béhémoth n’est autre que la « bête de la terre » que l’on rencontre dans
l’Apocalypse.
Il est bien évident qu’il n’existe pas une spécialisation tranchée entre les
ministres humains de la ruse démoniaque et ceux de la violence. Souvent ce sont
les mêmes hommes et les mêmes nations qui exercent les deux ministères
alternativement et même simultanément. Par exemple la Russie soviétique, qui
est particulièrement semblable à Béhémoth, la force brutale terrestre, est aussi
capable de séduction et de fourberie.
Dans la guerre, il n’est pas possible d’éviter tous les coups. Mais il faut éviter
les imprudences. C’est une imprudence que de s’approcher inutilement de
Léviathan et de Béhémoth, par exemple pour essayer de discuter et de raisonner
avec l’un ou l’autre ; on ne discute pas avec le démon ou avec les siens.
Une religieuse de Poitiers, Josepha Ménendez, Espagnole d’origine, a reçu de
la Sainte Vierge des révélations qui éclairent notre sujet :
Le démon est comme un chien furieux, mais il est enchaîné, c’est-à-dire
qu’il n’a qu’une certaine liberté. Il ne peut donc saisir et dévorer sa proie que si
elle s’approche de lui. Et c’est pour s’en emparer que sa tactique habituelle est
de se transformer en agneau. L’âme qui ne s’en rend pas compte s’approche
peu à peu et ne découvre sa malice que lorsqu’elle se trouve à sa portée » (« Un
Appel à l’Amour », 13 avril 1921).

NEUTRALISER LA RÉACTION
Les forces secrètes de révolution se heurtent à une très puissante et très
constante inertie. Les réformes des utopistes ne se réalisent qu’avec peine et
lenteur. La société humaine leur oppose une sourde mais opiniâtre résistance.
D’où viennent cette inertie, cette lenteur et cette résistance ?
Elles ont d’abord des causes naturelles. La première réside en ceci que
l’homme terrestre aspire à prolonger son état terrestre auquel il est invinciblement
attaché. Aux origines sa tendance spontanée fut de consommer aussi le fruit de
l’arbre de vie qui lui aurait procuré l’éternité dans l’état de nature. C’est pour éviter
cette catastrophe que Dieu éloigna l’homme du paradis : « Maintenant qu’il
n’avance pas les mains, qu’il ne prenne pas aussi de l’arbre de vie, pour en
manger et vivre éternellement. Et Yahweh les fit sortir du jardin d’Eden » (Gen. III,
22-23). La tendance spontanée de l’homme est de prolonger son état présent. Il a
peur des grands changements donc de la révolution.
La seconde raison naturelle est plus subtile et plus difficile à comprendre.
Nonobstant certains droits à l’empire, droits que nous avons précédemment mis
en relief, le Prince de ce monde n’est essentiellement qu’un usurpateur puisqu’il
travaille à supplanter le vrai titulaire du pouvoir absolu qu’est le Christ. De plus il
progresse par la ruse et par la violence qui ne sont aimables ni l’une ni l’autre.
L’homme est donc bien forcé de redouter, ne serait-ce que confusément, cette

usurpation et ces manoeuvres dolosives. Et il y résiste, par peur instinctive de
« celui qui est homicide ».
Mais l’inertie et les lenteurs que doit vaincre le pouvoir révolutionnaire mondial
a aussi des causes surnaturelles. Nous savons que le démon n’est sur la
terre, que le ministre des châtiments de Dieu. Jésus-Christ conserve toujours
le haut-domaine et Il ne donne, à Son adversaire, la permission d’agir qu’aux
temps marqués. L’activité du démon traverse donc parfois de longues périodes
d’impuissance.
Ces raisons expliquent que l’humanité, perpétuellement travaillée par la
fermentation utopique et révolutionnaire, lui oppose perpétuellement ses forces
d’inertie. Quand elle est l’objet de pressions exagérées, quand elle est malmenée,
cette inertie, de passive qu’elle est en général, se transforme en explosion
réactionnaire. Aussi avons-nous déjà fait remarquer que tous les organes de la
révolution (congrégations initiatiques, société de pensée, partis politiques…) sont
très attentifs à respecter la limite de passivité et de malléabilité des masses
populaires qu’ils veulent manoeuvrer. Mais ils ne parviennent pas toujours à éviter
les accidents réactionnaires.
Quelle va être l’attitude des pouvoirs occultes dans ces cas explosifs ? Ils vont
mettre en oeuvre un certain nombre de procédés qui ont fait leurs preuves et sont
même devenus tout à fait classiques.
Si le mouvement réactionnaire naissant s’annonce de faible amplitude, les
forces de révolution se contenteront d’en prendre discrètement la direction et de le
conduire vers une voie de garage où il se disloquera.
Quel est ce procédé ? En voici un exemple. On raconte que, peu de temps
avant l’émeute historique du 6 février 1934, un groupe de cultivateurs du Cantal
était monté à Paris pour manifester devant le ministère de l’agriculture. Ils étaient
venus par le train et s’étaient rassemblés à la sortie de la gare d’Austerlitz. Les
« badauds » étant nombreux le cortège était assez étoffé. On plaça devant ceux qui
connaissaient bien Paris et l’on partit pour conspuer le ministre, la musette en
bandoulière. On marcha interminablement… pour se retrouver Place Balard à
l’autre bout de Paris : un groupe de policier « en bourgeois » avait pris la tête du
cortège pour l’aiguiller en sens opposé.
Transposé à grande échelle, ce procédé a été utilisé très souvent. C’est ainsi,
par exemple, qu’après la guerre de 14-18 les associations d’Anciens
Combattants, qui étaient disposées, lors de leur fondation, à traiter des
« problèmes nationaux » d’ordre général, selon la formule du moment « pour que nos
enfants ne revoient plus jamais ça », furent détournées vers des préoccupations
secondaires de retraites et de décorations, sans danger pour les institutions
républicaines et pour l’orientation maçonnique de l’opinion. On pourrait citer, de ce
procédé de la « Voie de Garage », des exemples en nombre infini. Les maçons, ces
vaillants gardiens des institutions, passent le plus clair de leur temps à torpiller
des mouvements réactionnaires.

Quand l’explosion est inopinée et violente, le temps manque pour la pénétrer à
la base ; il faut alors la « coiffer » rapidement c’est-à-dire lui imposer un chef qui
lui procurera une exaltation apparente mais l’empêchera de nuire
fondamentalement au système. C’est le procédé du Deus ex Machina. Dans les
représentations dramatiques romaines, une divinité, semblant descendre du ciel,
était apportée sur la scène par une machinerie invisible et son intervention
inattendue dénouait une situation inextricable. Ce procédé est incorporé, par nos
tireurs de ficelles, aux techniques du gouvernement occulte. Un des exemples les
plus typiques de Deus ex Machina est l’arrivée au pouvoir de Gaston Doumergue,
que l’on alla chercher dans sa retraite, pour arrêter l’émeute du 6 février 1934
conduite par les ligues nationales. Apaisant et souriant, Doumergue remis la
république parlementaire sur ses rails. C’est à la suite d’une manoeuvre analogue
que le général de Gaulle fut pressenti pour organiser à Londres un comité puis un
gouvernement français, afin de neutraliser le gouvernement du Maréchal Pétain.
Le procédé est d’utilisation si courante que les forces de révolution sont
obligées, en permanence, de tenir prêt un Deus ex Machina pour parer à toute
éventualité. C’est ainsi que l’on tient toujours en réserve des prétendants au
trône pour « coiffer » une réaction devenue trop violente. Les prétendants ainsi
préparés sont endoctrinés pour ne pas nuire aux forces secrètes et même pour
les protéger.
Les élites nationales sincères n’ignorent rien de ces préparatifs. Elles sont à la
fois sans illusion et sans moyens d’action. Quant à la masse populaire, asservie
par les puissants moyens modernes de conditionnement collectif, elle applaudira
dès qu’on lui en donnera le signal.
Telles sont les causes profondes, de nature religieuse on l’a vu, de l’inertie
que la société humaine oppose instinctivement et maladroitement à la
propagation révolutionnaire. Et tels sont quelques-uns des procédés les plus
employés de nos jours par l’adversaire pour vaincre cette inertie et neutraliser les
explosions auxquelles elle donne parfois naissance.

LA CITADELLE DE SION
Parmi les forces de réaction il faudrait pouvoir citer l’Eglise catholique.
Malheureusement elle est aujourd’hui neutralisée par un puissant réseau de
prélats progressistes qui, agissant en liaison avec les loges maçonniques et avec
certains milieux soviétiques, l’a enrôlée dans le camp de la contre-église, la
réduisant au rôle de courroie de transmission. Ils ont pris le pouvoir, à l’occasion
du dernier concile oecuménique grâce à un véritable coup d’Etat ecclésiastique
que les observateurs ont tout de suite comparé à la « révolution d’octobre » en
Russie. Il est bien évident que les forces de révolution installées ainsi au sommet
de l’Eglise ne se laisseront pas déloger. Elles entendent bien, et elles en ont les
moyens, demeurer désormais maîtresses du Siège apostolique.
Sous la dénomination de « Religion Catholique », les sociologues, les
journalistes, les historiens, les philosophes trouvent maintenant deux religions

distinctes : la religion pré-conciliaire qui se perpétue chez les traditionalistes et la
religion post-conciliaire qui modifie ses statuts mais que les pouvoirs publics
reconnaissent comme le seul véritable catholicisme. Ces deux religions se font la
guerre ; elles se déclarent incompatibles et elles s’excommunient l’une l’autre.
Le catholicisme post-conciliaire a abandonné l’ancien esprit, il est devenu un
corps vide d’âme ; il présente toutes les apparences de la mort.
Il s’agit là, cela ne fait aucun doute, de la crise sans précédent dont les
prophéties nous annoncent qu’elle doit s’abattre sur l’Eglise à l’approche de la fin
des temps. Crise que les textes sacrés décrivent comme l’abomination de la
désolation se tenant dans le lieu saint (Math XXIV, 15). Il doit y avoir alors sur la
terre une « grande tribulation », comme il n’y en a pas eu depuis le commencement
du monde (Math XXIV, 21).
Sommes-nous parvenus à cette phase terminale ?
Les prophéties de l’Ecriture sainte ne nous permettent pas de répondre à cette
question parce qu’observant l’Histoire de trop haut et de trop loin elles n’entrent
pas dans le détail de chaque époque. Pour y répondre, il faut recourir aux
prophéties de la révélation privée qui sont de moins grande amplitude mais qui
entrent dans plus de détails. Or elles sont unanimes à affirmer qu’avant les
tribulations dernières, la terre traversera une crise prémonitoire, identique dans
sa nature à la crise finale, mais atténuée quant à son intensité. C’est cette crise
prémonitoire qui secoue aujourd’hui l’Eglise. ll n’est donc pas étonnant qu’elle se
présente comme un corps qui a perdu son âme. Elle se trouve dans un état
semblable à celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ quand Il fut déposé au tombeau
; son corps était à la fois mort et divin ce qui paraît incompatible ; la Rédemption
est un mystère.
Il en est de même aujourd’hui de l’Eglise, qui est le corps mystique de Jésus-
Christ. Elle paraît morte puisqu’elle a perdu l’ancien esprit, mais elle reste divine ;
d’où les égards que nous devons conserver à cette charpente vide, nonobstant
l’indignation que provoque en nous les discours et les actes de ses grands prélats
et même de ses pontifes.
Il ne faut pas que cet état de chose nous scandalise. Les textes sacrés nous
avertissent de ce qui doit se passer précisément pour que nous n’en soyons ni
surpris ni troublés. Il faut que les scandales arrivent, malheur seulement à ceux
par qui ils arrivent. Conservons toute notre sérénité.
Notre-Seigneur a fait à l’Eglise des promesses de pérennité. Si ces
promesses avaient été destinées à mettre l’Eglise à l’abri de toute blessure et de
toute division, on peut dire qu’elles n’auraient pas été tenues car, de fait, l’Eglise a
été bien souvent blessée et divisée ; elle a perdu de grands lambeaux qu’elle n’a
jamais retrouvés (le schisme grec, l’hérésie protestante, la mort apparente
d’aujourd’hui). Les promesses de pérennité assurent seulement à l’Eglise qu’il se
trouvera toujours en elle un noyau vivant pour offrir une résistance à l’ennemi.
Il y aura toujours une citadelle qui ne se rendra pas. Le vaisseau de l’Eglise ne
sombrera jamais ; mais il pourra subir de graves avaries ; son commandant

pourra même être tué. La pérennité réside dans le donjon ; c’est pourquoi la mort
d’aujourd’hui n’est qu’apparente. Un noyau vivant subsiste qui est précisément la
minorité anti-conciliaire. Elle est la place forte de SION, la citadelle de Jérusalem.
La synagogue des Juifs avait déjà subi de semblables éclipses. La perte de
l’Arche d’Alliance, puis la captivité de Babylone étaient aussi des « morts
apparentes ».
Tel est le régime du Corps Mystique. Il n’est pas mieux traité que le Maître.
Les blessures profondes que l’Eglise ne pouvait pas éviter sont figurées, à la
Messe, par la Fraction de l’Hostie. La Messe est une prophétie qui contient en
résumé les phases de la vie de l’Eglise. La Fraction de l’Hostie représente les
déchirures qui l’ont lacérées.
Mais Dieu sauve ce qui va périr et qui ne dispose plus d’aucunes ressources
naturelles. C’est en cela qu’Il est Sauveur. Il étendra Ses mains sur la mer, Il
apaisera la tempête, et Il se fera un grand calme.

LA DYNAMIQUE INTERNE DE L’INFRASTRUCTURE RÉVOLUTIONNAIRE
Nous ne faisons pas ici oeuvre d’érudition. Nous ne cherchons pas à redire ce
que d’autres ont déjà dit bien mieux. Ce qui nous intéresse ce n’est pas la
description historique de la crise, ce sont les rapports de forces, c’est la
dynamique de l’appareil subversif et en particulier celle de son infrastructure
secrète.
Les congrégations initiatiques, entourées des innombrables associations qui
diffusent leur esprit, forment un immense réseau mondial dont le centre est
occupé par un maître d’oeuvre qui n’est autre que Lucifer lui-même. En lui
réside la force centrale et la force principale qui gouverne secrètement le monde.
Notre-Seigneur l’appelait du nom de « Prince de ce monde ». Ce réseau mondial,
du fait de son commandement unique, est animé d’une certaine unité de
manoeuvre, qui se fait sentir à long terme. Mais il présente aussi d’incontestables
discordances, et cela pour deux raisons : d’abord à cause de ses énormes
dimensions et aussi parce que Satan gouverne par la rivalité des membres ; son
royaume est divisé contre lui-même et le « Prince » utilise ces rivalités comme
forces d’émulation (par exemple l’émulation à l’empire mondial).
Ce qui fait l’unité entre ces membres rivaux, c’est la haine commune de
l’ennemi commun. Et l’ennemi commun c’est Notre-Seigneur et Ses oeuvres
terrestres dont la principale est l’Eglise, mais dont les royautés chrétiennes
d’ancien régime faisaient, elles aussi, incontestablement partie. Si graves que
soient, parmi les organisations de la contre-église, les rivalités des membres, elles
prennent fin devant l’ennemi commun. On observe un exemple typique de ce
phénomène dans la vie de Notre Seigneur : « Hérode et Pilate, qui étaient ennemis
auparavant, devinrent amis ce jour-là » (Luc XXIII, 1-2). Ils se sont réconciliés sur le
dos du JUSTE. Des réconciliations de ce type renaissent toujours au sein des
forces de révolution. Il faut s’attendre en permanence, à en faire de nouvelles
expériences.

La dynamique interne de l’infrastructure révolutionnaire présente une autre
particularité : c’est la cohabitation de deux tendances, contradictoires en
apparence, mais qui, en fait, se partagent le travail : la tendance rationaliste et la
tendance spiritualiste. Ce sont les deux jambes sur lesquelles la maçonnerie
progresse ; elle avance tantôt l’une, tantôt l’autre ; elle met en oeuvre et privilégie
alternativement, l’une ou l’autre tendance ; mais il faut bien se souvenir que les
deux étaient présentes en elle dès sa fondation.
Certaines loges se sont spécialisées dans les disciplines scientifiques et
rationnelles, développant en même temps le scepticisme agnostique ; c’est le cas,
par exemple, des loges qui ont abrité les encyclopédistes, puis de celles qui ont
engendré les socialistes, donnant ainsi l’impulsion aux grandes révolutions du
XIXè siècle. Cette tendance s’est concrétisée dans le Grand Orient. Cette
maçonnerie politique travaille dans l’ordre temporel.
Une autre famille de loges travaille dans l’ordre spirituel et religieux. Elles
cultivent l’esprit gnostique et kabbalistique. Après s’être perpétuées en sourdine
pendant la période de l’anticléricalisme militant, les loges « Spiritualistes » ont repris
une grande importance depuis la stimulation que lui ont procuré des hommes
comme R. Guénon. On pense en général que cette tendance religieuse se
concrétise dans la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale
Française. C’est là que s’élaborent les forces de la Nouvelle Droite et de la
nouvelle gnose.
Organisme essentiellement « pluraliste », l’ordre maçonnique mène de front
plusieurs politiques à la fois. Ainsi peut-il s’adapter non seulement aux fluctuations
imprévisibles des événements et de l’opinion publique, mais encore pratiquer l’art
royal, c’est-à-dire l’art du gouvernement secret, et passer d’une phase à l’autre
du Grand OEuvre. Elle passe du « solve » au « coagula » : d’Émile Combes qui
dynamite le catholicisme, à René Guénon qui construit l’ésotérisme transcendant.
On se souvient que ces deux phases correspondent aux deux prétentions
distinctes de Lucifer qui sont de faire de l’Antéchrist non seulement le Roi du
monde mais le Pontife Universel.
La phase politique du travail a été menée à bien par la maçonnerie rationaliste,
jacobine, matérialiste, scientifique, anticléricale, socialiste et athée qui a actionné
le cycle révolutionnaire et ses étapes successives : 1789-1830-1848-1871-
1917. Les monarchies chrétiennes ont été remplacées par des républiques
et la république universelle a reçu les bases qu’il ne reste plus maintenant qu’à
consolider.
Pendant le même temps, la maçonnerie spiritualiste s’est infiltrée dans
l’Eglise où elle a organisé d’abord un réseau moderniste, puis plus
récemment un réseau gnostique. Ce double réseau, orchestré par la même
main, a rongé la hiérarchie ecclésiastique laquelle est maintenant réduite à
l’impuissance. La maçonnerie n’a plus aucune réaction à redouter de la part de
l’Eglise officielle et conciliaire. Elle l’a définitivement enrôlée et elle en a fait son
auxiliaire. Sauf un miracle de résurrection, cette situation est canoniquement

irréversible car il n’y a plus aucune instance ecclésiastique qui échappe au
contrôle de la maçonnerie. Le Concile, le Synode, la Curie, le Conclave et le
Siège apostolique lui-même, tout est entre ses mains.
Bref la République Universelle est constituée et l’Eglise est hors d’état de
nuire. Mais les buts du démon ne sont pas atteints. Il faut d’abord transformer la
République Universelle en Empire Sacral pour que l’Antéchrist puisse ceindre la
couronne, si longtemps convoitée, de « Roi du Monde ». Et il faut ensuite remplacer
la religion catholique par la Religion Universelle dont l’Antéchrist sera le pontife
et dont Lucifer sera le Dieu :
« Je monterai dans les cieux ; j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de
Dieu. Je m’assiérai sur la montagne du testament, dans les profondeurs du
septentrion ;je monterai sur le sommet des nuées, je serai semblable au Très-
Haut » (Isaïe XIV, 13-14).
Le socialisme absolu et universel n’est pas encore complètement mis en place,
le rouleau compresseur du soviétisme athée n’est pas encore passé partout, que
déjà (et depuis longtemps car le démon est prudent) la maçonnerie prépare, sous
l’impulsion de ses spiritualistes, une phase gnostique pour sacraliser le pouvoir
socialiste et pour répandre, par la gnose moderne, une véritable religion
luciférienne.
Il était nécessaire de consacrer un paragraphe à récapituler la dynamique
interne de l’infrastructure révolutionnaire.

LES DEUX CORPS MYSTIQUES
Nous savons tous fort bien que nous appartenons au « Corps mystique du
Christ » et que nous sommes mêlés aux combats qui Lui sont imposés, non
seulement au for interne, c’est-à-dire secrètement et à titre individuel, mais encore
AU FOR EXTERNE, c’est-à-dire publiquement et à titre collectif. Aussi aimeronsnous
comprendre la nature, l’origine et les finalités de l’armée dont le sacrement
de confirmation nous a fait les soldats. Le « miles Christi » (le soldat du Christ)
servira d’autant mieux la cause de son chef qu’il aura une connaissance plus
exacte de la milice dont il fait partie.
Les deux semences originelles, la semence de la femme et la semence du
serpent, ont prodigieusement proliféré. Elles ont donné naissance à deux
immenses « corps mystiques » antagonistes que saint Augustin définit comme deux
Cités, la Cité de Dieu et la Cité de Satan, et que saint Ignace de Loyola place
sous deux étendards opposés. Le Magistère romain a donné une forme définitive
à cette importante doctrine :
« Depuis que, par la jalousie du Démon, le genre humain s’est
misérablement séparé de Dieu, auquel il était redevable de Son appel à
l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps ennemis,
lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité et pour la vertu,
l’autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité ». (Léon XIII,
Humanum Genus).

Ces deux camps ennemis sont deux « corps » qui se comportent comme DEUX
JUMEAUX INVERSES dont l’humanité est porteuse et dont elle va enfanter : « …
la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rom. VIII,
22). Les « chefs » de ces deux corps, c’est-à-dire les têtes de ces deux postérités,
sont le Christ et l’Antéchrist. Le Christ est apparu avant l’Eglise, Il a donc précédé
Son corps mystique, comme c’est le cas pour un enfant qui se présente bien et
qui est destiné à la vie. L’Antéchrist, au contraire, paraîtra après son corps
mystique, il viendra en dernier, à la fin des temps, comme chez un enfant qui se
présente mal et qui meurt après sa naissance. Pendant tout le temps de leur
gestation, ces deux corps auront été inversés. Ils auront été des frères ennemis.
Pourquoi deux corps jumeaux ? Pourquoi ce double enfantement ? On ne peut
en donner qu’un début d’explication car la véritable cause de cette dualité se perd
dans le mystère d’iniquité.
En raison du déséquilibre provoqué par la chute, l’humanité a pullulé outre
mesure. Elle a été le siège d’une prolifération intempestive parce que les forces
de la nature, au lieu d’être domptées par la « discrétion » surnaturelle, se sont
dévergondées : « …Je multiplierai tes grossesses ». (Gen. III, 16). Le nombre final
des hommes venus à l’existence sera, en fait, très supérieur à celui qui était
nécessaire pour recruter le choeur des élus ; tous les hommes ne seront pas élus,
il se sera formé, au cours de l’Histoire terrestre, un déchet humain, autrement dit
un corps de réprouvés. C’est à ce corps que nous avons donné le nom de
« corps mystique de l’Antéchrist », dénomination assez peu utilisée, il faut le
reconnaître, mais qui n’est pas répréhensible et qui est très explicative.
Les deux corps mystiques antagonistes ont été représentés, au calvaire, par
les deux larrons. lis sont deux frères séparés par la Personne de Notre Seigneur.
Celui de gauche représente le vieil homme dont saint Paul nous demande de
nous dépouiller, celui de droite représente l’homme nouveau dont il veut que
nous soyons revêtus.
Si maintenant, au lieu de considérer l’Histoire humaine dans son ensemble,
nous regardons séparément les périodes des deux Testaments, voici ce que nous
observons. Toute l’Histoire du monde antique a été conditionnée par la formation
de la Personne physique de N-S J-C, formation qu’il s’agissait de mener à bon
terme. Tous les événements de cette période, même ceux qui lui paraissent les
plus étrangers, aussi bien chez les Juifs que parmi les nations de la gentilité,
étaient subordonnés à la formation de cette personne physique, qui devait être
d’une importance universelle. C’est ce que l’on exprime quand on dit que l’Ancien
Testament était charnel. Il s’agissait d’aboutir à l’Incarnation. Les prières des
Justes de l’Ancienne Loi ont mérité la venue de la Vierge Marie. Et les prières de
la Vierge Marie, parce qu’elles étaient suffisamment immaculées et intenses,
ont mérité la venue du Verbe Incarné.
Quant au Nouveau Testament, il est spirituel. Sous l’empire de la Nouvelle
Loi, l’Histoire du monde est conditionnée par la constitution du corps spirituel,
c’est-à-dire du « corps mystique » de Notre-Seigneur. Le monde est invisiblement

gouverné par Jésus-Christ de telle sorte que pas un événement ne s’y produit qui
ne soit subordonné à cette constitution. L’action du démon, elle aussi, y concourt
indirectement et finalement, car Jésus-Christ possède le haut domaine sur tout,
même sur le royaume du « Prince de ce monde ».
Nous qui arrivons aux approches de la fin des temps, nous sommes destinés
à combattre pour l’achèvement de l’Église qui est le corps mystique de Notre-
Seigneur. Si Dieu nous fait participer à ce combat, c’est qu’il est difficile. Il ne faut
pas nous étonner qu’aujourd’hui ce soit l’Eglise, sa nature, son existence, sa
survie, qui soient particulièrement remises en question. Tel est le combat de
notre génération. Tel est notre lot. Il n’est pas indifférent pour notre état d’esprit
et pour notre « moral » de combattant de savoir à quelle phase de la bataille nous
sommes réservés : témoigner de la divinité de l’Eglise, corps mystique de
N.S.J.C.

LES FLUCTUATIONS DE LA BATAILLE
Nous avons acquis une double certitude : l’existence sur cette terre des deux
cités antagonistes et de la guerre entre ces deux cités. Il ne s’agit pas d’une
opposition immobile ; il y a bataille. Dans l’affrontement de ces deux armées, on
va constater des fluctuations, c’est-à-dire des alternances d’avances et de reculs.
Quand l’étendard de Bélial progresse, celui du Christ bat en retraite. La chrétienté
a reculé devant les étendards du Prophète Mahomet. Puis la situation s’inversa
et les croisés, reprenant l’offensive, fondèrent le royaume Franc de Jérusalem et
le maintinrent pendant un siècle. Ensuite, de nouveau un grand impie, Luther, fit
subir une grande défaite à la cité de Dieu.
Pourquoi Jésus-Christ accepte-t-Il ces fluctuations et ces reculs périodiques ?
Il semblerait plus logique que Son avance soit constante puisqu’il est
incomparablement plus fort que Son adversaire. Pourquoi modère-t-Il ses forces
jusqu’à leur donner cette équivalence avec celles de Bélial ? Ceux qui sont mêlés
à la bataille chercheront à répondre à cette question qui les concerne de près.
Nous savons que « le Père a remis au Fils le jugement tout entier ». (Jean, V,
22). Mais le Fils est le Juste Juge. Il est juste avec toute créature même avec le
démon. Il lui rend, comme à toute créature, ce qui lui est dû. Or quand le démon
fait trébucher un homme et le conduit à transgresser la loi, il obtient des droits
sur cet homme et il fait de lui son esclave. Le péché nous rend esclave de Satan,
enseigne le petit catéchisme. Le « Juste Juge » respecte les droits que Satan s’est
acquis sur ses esclaves. Et quand il veut les libérer de leur esclavage, le
Sauveur verse une rançon ; il paye le prix du rachat : tel est le sens du mot
rédemption. La rançon des péchés du monde c’est le Précieux Sang. Le
Sang de l’Agneau immolé est dit « précieux » parce qu’il est une monnaie
irremplaçable.
Quand la masse des péchés augmente, la masse des droits acquis par le
démon augmente aussi et le Christ, qui est juste, permet à l’étendard du démon

d’avancer en territoire chrétien. L’actuelle victoire de Satan sur l’Eglise a pour
cause première l’irréligion de l’homme moderne. Mais alors le Sauveur
surenchérit en miséricorde : là où le péché abonde, la Grâce surabonde et de
nouveau Vexilla Régis prodeunt, les étendards du Roi avancent. Les fluctuations
de la bataille proviennent de cette lutte entre les efforts de Satan pour faire chuter
les hommes et les largesses de la miséricorde divine : « mirifica nos misericordias
tuas qui salvos facis sperantes in te ». Émerveillez-nous par Vos miséricordes
Vous qui sauvez ceux qui espèrent en Vous.
Après chaque victoire de Jésus, le diable redouble d’énergie pour se venger.
C’est ainsi qu’il déclara un jour à saint Martin qu’il serait toujours sur ces traces et
qu’il prendrait sa revanche de toutes les défaites que « l’apôtre des Gaules » lui
aurait infligées. Et en effet on peut remarquer que les deux grands impies que
l’enfer a suscités contre l’Eglise, Mahomet et Luther, sont tous les deux des « antimartins ».
Mahomet est né un 11 novembre en la fête de saint Martin. Quant à
Luther, il portait le prénom de Martin. Le diable a signé la vengeance qu’il s’était
promis d’exercer.
Mais s’il en est ainsi, il semblerait que Jésus laisse à Bélial l’initiative des
opérations et qu’il pratique une stratégie de simple riposte. En réalité il n’en est
rien. Pendant la période qui va de la chute à l’Incarnation, on peut dire que Bélial
régnait paisiblement sur le monde. Ce règne paisible était fait pour durer jusqu’à
l’Avènement glorieux de l’Oingt du Seigneur, heure à laquelle il faudrait retourner
à l’abîme. Or voilà que le Christ descend sur la terre humblement et à l’improviste,
comme un bon général qui attaque par surprise : « Tu es venu pour nous
tourmenter avant le temps » disait un possédé à Jésus. Il venait, en effet, en
conquérant, car Il est « Roi par droit de naissance », mais Il l’est aussi par droit de
conquête. Il est bien évident que cette conquête nécessite une bataille. C’est en
cela que J.-C. est signe de contradiction (Luc. II, 34) et qu’Il est venu apporter non
la paix mais le glaive (Math. X, 34).
Après l’Incarnation la bataille va devenir acharnée. Satan, comprenant que la
fin de sa principauté terrestre est proche et qu’il ne lui reste plus que peu de
temps, va décupler son énergie. L’affrontement va s’intensifier. Les reculs et les
avances vont se creuser davantage. Et le monde sera, de plus en plus, ou tout
bon ou tout mauvais jusqu’à la séparation finale des deux corps mystiques, l’un
dans la Jérusalem céleste, l’autre dans l’étang de feu.
Aujourd’hui nous ne pouvons pas nous dissimuler que nous sommes plongés
dans une phase de débâcle des armées du Christ. L’apparition de l’Antéchrist
est-elle donc imminente ? Beaucoup de chrétiens se posent avec raison cette
question. Nous verrons plus loin quelle réponse on peut lui donner.

DEUX MÂCHOIRES INÉGALES
Dès ses premières manifestations, la pensée humaniste s’est divisée en deux
courants : le courant démocratique dont on a longtemps désigné Bodin (l’auteur

du « Contre-Un ») comme le porte-drapeau, et le courant oligarchique qui
reconnaît Machiavel (l’auteur du « Traité du Prince ») comme son chef de file. Ces
deux courants de pensée se sont perpétués jusqu’à nous, chacun restant fidèle à
sa logique initiale, et ils ont donné naissance à deux puissantes forces politiques
qui ont coopéré à l’investissement de l’Église et de la Chrétienté temporelle. Les
forces d’investissement se sont tout naturellement divisées en deux corps
d’armée, le démocratique avançant par la gauche et l’oligarchique occupant la
droite du dispositif. Mais ces deux corps d’armée ont été très inégaux quant à leur
volume et quant à leurs fonctions respectives.
C’est l’aile marchante de gauche qui a été, jusqu’à maintenant tout au moins,
la plus importante et la plus active. Sa manifestation finale est le soviétisme. Le
régime soviétique représente la quintessence de l’humanisme démocratique. Il se
proclame l’humanisme intégral ce qui est exact en ce sens qu’il est dans le droit
fil de l’utopisme de la Renaissance. Les historiens du soviétisme font remarquer
que l’on retrouve ses principes dans la « Cité du Soleil » de Campanella, dans
« l’Utopie » de Thomas More et dans « La Nouvelle Atlantide » de Francis Bacon.
Mais comment est-on parvenu à construire effectivement cette « Cité des
Nuées » et à lui procurer une telle durée ?
L’édification de l’humanisme intégral soviétique est l’aboutissement d’une série
de révolutions qui ont fini par abattre la royauté de droit divin, issue de la
Sainte Ampoule et dans laquelle l’autorité venait d’En-Haut, et qui l’ont remplacé
par le régime de la souveraineté populaire dans lequel l’autorité vient d’En-Bas.
Le démocratisme se présente comme une philosophie optimiste c’est-à-dire
fondée sur l’excellence de la nature humaine et de ses « élans généreux ».
La droite du dispositif d’investissement est occupée par le corps d’armée
oligarchique et machiavélique. Il joue le rôle de dispositif de sécurité. Il
intervient quand la société que l’on soumet au processus traumatisant de la
révolution en arrive à réagir avec trop de violence. Les machiavéliques prennent
alors la tête de la réaction en mettant en avant leurs doctrines oligarchiques (c’est
à dire élitistes) ; ils lui tracent une trajectoire qui ne remonte pas jusqu’aux droits
divins et qui sauvegarde au contraire les principales acquisitions
révolutionnaires. C’est une soupape qui laisse passer, pendant un temps, une
partie du liquide qui refoule, mais qui finit par l’arrêter. Le machiavélisme se
présente comme une doctrine pessimiste aux regards de laquelle l’homme est
foncièrement mauvais et réclame l’intervention d’une élite lucide et ferme pour la
discipliner. C’est une sorte de stoïcisme.
La pince qui a enserré la Cité chrétienne comporte donc deux mâchoires
inégales : une énorme à gauche pour procéder à un mouvement tournant et une
petite à droite pour éviter d’être débordé par la violence de la réaction instinctive.

LA PRISE DU POUVOIR PAR L’INSURRECTION

Les diverses écoles du socialisme sont unanimes quant aux finalités à
atteindre : l’organisation d’une société sans classes et sans État. Mais elles
divergent sur les moyens à employer pour parvenir à ce résultat. Le socialisme
réformiste pense y arriver grâce à une série de « socialisations » progressives ;
cette tendance était déjà celle des mencheviks ou « minimalistes » qui se
contentaient d’objectifs partiels ; elle convient aux tempéraments prudents. Le
socialisme révolutionnaire veut transformer toutes les institutions d’un seul coup
par la prise insurrectionnelle du Pouvoir ; c’était le programme des bolcheviks ou
« maximalistes » qui exigeait la totalité du socialisme tout de suite ; cette tendance
convient aux tempéraments aventureux et pugnaces. Les deux méthodologies,
réformiste et révolutionnaire, ont toujours coexisté ; elles ont toutes les deux été
nécessaires à la progression du socialisme.
L’insurrection est la manifestation majeure de la souveraineté populaire. Elle
constitue un signe sans équivoque de l’autorité qui vient d’En-Bas. Elle reste par
la suite un épisode historique d’un symbolisme puissant. L’insurrection est une
opération politico-militaire qui demande, de la part de ceux qui la dirigent,
beaucoup d’expérience et d’énergie. Les deux maîtres en la matière sont Lénine
et Trotsky ; ils ont réussi, en octobre 1917 à Saint-Pétersbourg, une insurrection
qui demeure le modèle du genre. Voici, d’après Lénine, les grandes lignes de la
tactique insurrectionnelle.
1. – Le prolétariat, dont l’avant-garde est formée par le parti communiste, doit
s’armer. L’acte préparatoire essentiel de l’insurrection est l’armement du
prolétariat. Il doit être réalisé systématiquement : pillage des arsenaux et des
magasins de régiments…
2. – Les facultés combatives du prolétariat ne doivent pas être surestimées. Il
ne passera à l’insurrection que le jour où il n’y aura absolument plus d’autre
issue à la crise. Il faut qu’il ait le dos au mur : ou il succombe à la répression, ou
il tente l’insurrection.
3. – L’appareil politique du parti doit procéder, avant l’insurrection, à la
paralysie du gouvernement bourgeois, de telle sorte que la prise du Pouvoir
par le prolétariat armé ne soit plus qu’un coup de poing à un paralytique.
4. – L’agitation politique et syndicale doit être maintenue pour créer une
situation révolutionnaire ascendante. En particulier il faut s’efforcer de
transformer la guerre étrangère en guerre civile et cela en créant des difficultés
au gouvernement bourgeois déjà empêtré dans la guerre étrangère.
5. – On profitera de cette agitation préparatoire pour faire, sur le terrain et en
vraie grandeur, des répétitions « incognito » de certaines phases partielles de la
manoeuvre insurrectionnelle, par exemple la prise du central téléphonique…
6. – On déclenchera l’insurrection à l’apogée de la révolution ascendante,
c’est-à-dire au moment où la paralysie maxima de l’Etat Bourgeois coïncidera
avec l’échauffement maximum des esprits dans les milices prolétariennes.
7. – Le choix des objectifs insurrectionnels doit être fait avec beaucoup de
réflexion. La tendance d’alors (1917) était de privilégier les grosses installations
d’intérêt public comme par exemple les gares de triage, les centraux

téléphoniques, les usines à gaz… et de négliger, dans un premier temps tout au
moins, les palais gouvernementaux, réputés moins essentiels.
8. – Il vaut mieux obtenir un effet de masse sur un petit nombre de points que
de se disperser. Il ne faut attaquer que sur les points où l’on dispose de la
supériorité numérique.
9. – Il faut conserver la mobilité tactique. Il ne faut pas construire de barricades.
La barricade est la mort de l’insurrection. Une insurrection qui se barricade ne
prend pas le pouvoir.
Tels sont les points principaux de la tactique léniniste de l’insurrection armée.
Lénine avait méticuleusement analysé les causes des échecs passés, ceux de la
Commune de Paris, ceux de la révolution de 1905 en Russie. Il avait pu le faire en
toute tranquillité d’esprit parce qu’il avait su réaliser, avec quelques amis, le
professionnalisme révolutionnaire. Lénine était un révolutionnaire
professionnel. Il avait fait de la révolution son principal métier. Il n’avait pas de
profession si ce n’est celle d’agitateur international.
L’application correcte de la tactique insurrectionnelle ne dépend que du parti
communiste. Elle suffit pour prendre le Pouvoir. Mais il est plus facile de prendre
le Pouvoir que de le conserver. Pour le conserver il faut qu’interviennent deux
circonstances favorables qui ne dépendent pas du parti communiste.
1. – L’aide intérieure apportée par l’action préparatoire des réformistes. La
nécessité de cette action préparatoire était connue de K. Marx qui avait établi les
fameux « Douze Points de Socialisation » destinés à faciliter la mutation du régime
dès le lendemain de la prise du Pouvoir ; il insistait sur la nationalisation des
grandes entreprises.
2. – L’aide extérieure apportée par ce qu’il faut appeler la connivence
internationale. Aucune révolution durable n’est possible sans des appuis
internationaux, lesquels sont nécessaires surtout en matière de financement.
Bref la révolution prolétarienne dans un pays dépend tactiquement du parti
communiste local et stratégiquement de la collaboration des « forces secrètes de
révolution », lesquelles sont internationales.

LA GUERRE RÉVOLUTIONNAIRE ET SES VARIANTES
Les techniques de prise du Pouvoir ont considérablement évolué depuis
Lénine. En 1917, le parti communiste bénéficiait, dans les couches profondes de
la population russe, d’une présomption favorable. On voyait en lui le parti qui
faisait aboutir les revendications des plus défavorisés. Mais depuis l’installation du
régime soviétique, la dictature du prolétariat ne peut plus masquer sa véritable
nature. Dès lors elle fait peur car il est devenu patent qu’elle est organisée pour
l’extirpation des moeurs traditionnelles et pour l’extermination de ceux qui s’en
réclamaient. Et de fait l’historien constate que, dans les pays qui sont
immédiatement menacés par le communisme en expansion, la panique s’empare
de la population qui fuit quand elle le peut encore avant de voir le rideau de
barbelés se refermer sur elle.

Ce processus de répulsion instinctive en face du communisme est l’une des
grandes constantes de la société contemporaine. C’est lui qui a engendré le
fascisme qui est certes une manifestation pseudo-réactionnaire mais qui s’est
montré très efficace, sur certains théâtres d’opération, contre la contagion
communiste. Dans le fascisme, l’Etat bourgeois abandonne la forme libérale et
parlementaire pour prendre une forme autoritaire. Il en résulte qu’il ne se laisse
plus « paralyser » et que par conséquent l’insurrection rouge perd son principal
facteur de réussite.
L’insurrection à la Lénine, est devenue pratiquement impossible de sorte que
l’agent décisif de l’expansion révolutionnaire mondiale reste L’ARMÉE ROUGE.
Pour soviétiser un pays, il faut soit faire peser sur lui une menace d’invasion
militaire immédiate, c’est alors le procédé du Coup de Prague, soit l’envahir
militairement, c’est alors la guerre révolutionnaire. On peut poser comme règle
générale que, sauf circonstances particulières, un pays ne peut désormais passer
au communisme que s’il est occupé militairement.
On connaît les circonstances générales du Coup de Prague. Quelques
semaines avant la capitulation allemande du 8 mai 1945, l’armée américaine
ralentit sa progression vers l’Est afin de laisser aux Russes le temps d’entrer les
premiers à Prague. Les Soviétiques prirent possession de la Tchécoslovaquie que
Roosevelt leur avait attribuée. Ils y installèrent un gouvernement de coalition au
sein duquel l’influence et l’importance de la participation communiste ne cessa de
grandir. Quand, en février 1948, cette participation fut jugée satisfaisante, les
Soviétiques rapprochèrent encore de Prague leurs unités d’occupation. En même
temps ils organisèrent dans la ville une série de manifestations syndicales qui
donnèrent naissance à des « comités d’action locales » pour faire pression sur
Bénès. Le 23 février plusieurs cortèges importants convergent vers le centre de
Prague. Le 24 février les journaux sont censurés par les communistes qui
abolissent en fait la liberté de presse. Le 25 Bénès capitule. Le 26 février 1948 le
nouveau régime, purement communiste, s’installe et les purges commencent.
Ainsi, en quelques jours, sous la menace de l’Armée rouge, Prague est passé à la
« démocratie populaire ». Avec des variantes de détail, c’est le même processus qui
a été employé en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, et en Bulgarie.
Quand la menace ne suffit pas, on a recours à la guerre révolutionnaire.
C’est une combinaison de la guerre étrangère avec la guerre civile. Le
principe de cette forme de guerre est le suivant : l’armée communiste avance,
dans le pays qu’elle désire conquérir, non pas en tant qu’armée d’invasion, mais
comme si elle était une véritable armée de libération. Pour rendre vraisemblable
un tel travestissement, le parti communiste du pays qui est envahi procède au
soulèvement de la population (tout au moins de ses éléments prolétariens) contre
son propre gouvernement, et cela surtout dans les zones qui sont proches du
front militaire. L’avance de l’armée communiste d’invasion (soi-disant de
libération) est calculée de telle sorte qu’elle coïncide avec les soulèvements
successifs des éléments prolétariens du pays à soviétiser. L’avance militaire se
propage ainsi de ville insurgée en ville insurgée, apparaissant chaque fois, non

plus comme une force d’invasion qu’elle est réellement, mais comme une force de
libération.
La guerre révolutionnaire la plus typique est celle de Mao-Tse-Toung pour la
conquête politico-militaire de la Chine. Elle n’est possible que dans les pays qui
ont, avec l’U.R.S.S., une frontière commune par où faire passer l’aide logistique,
au moins dans les débuts. Quand le pays à communiser est éloigné de toute base
soviétique, il faut organiser des maquis, qui sont des « ilots » insurgés en territoire
non-insurgés, et mettre en place une armée de guérilla, accompagnée
éventuellement d’un gouvernement provisoire. Mais alors l’aide logistique, faute
d’une frontière commune, est beaucoup plus difficile à acheminer. La tactique du
maquis communiste est actuellement très largement utilisée, dans le monde
entier, sous le nom de Front de Libération. Les cartes tenues à jour font
apparaître un véritable réseau mondial de maquis communistes en fonction ou en
formation.
On distingue deux sortes de guérillas qui n’ont pas les mêmes règlements
militaires : la guérilla urbaine et la guérilla rurale, leur modalité d’action et surtout
leur recrutement ne sont pas les mêmes. Mais, dans les deux cas, le but est de
former une armée de libération nationale dont le processus politico-militaire ne
diffère pas essentiellement de la « guerre révolutionnaire » à la chinoise.
On observe donc, depuis 1917, toute une « famille de révolutions » dans laquelle
on ne sait ce qu’il faut admirer le plus ou la continuité ou l’esprit d’adaptation.
Quelles nouvelles formes peuvent alors revêtir les manifestations communistes
dans leur expansion mondiale ? Quelles surprises nous réserve-t-on, dans la
phase qui vient, quand il va s’agir de soviétiser l’Europe de l’Ouest ? Pour
répondre à cette question, il faut bien comprendre que cette expansion ne dépend
pas uniquement des centres de décisions moscovites. Nous savons que des
complicités mondiales n’ont jamais cessé de patronner les révolutions
communistes. Il existe des forces secrètes de révolution dont la stratégie n’est
pas facile à connaître.

LE PROCHAIN SCÉNARIO
L’investissement soviétique de l’Europe est méthodique mais lent. Le serpent
fait de larges méandres avant d’attaquer. Quand il passera à l’offensive ouverte,
sous quelle forme se manifestera-t-il ? Une insurrection syndicale armée à la
Lénine, un « Coup de Prague » avec menace d’invasion militaire, une « Guerre
révolutionnaire » à la Mao, ou bien encore une combinaison de tout cela ?
Il faut se souvenir qu’il y a plusieurs étages dans les forces de l’humanisme
démocratique, c’est-à-dire dans les forces qui composent la grande mâchoire de
la pince dont nous avons parlé, autrement dit l’aile marchante qui déborde la
Chrétienté par la gauche. A l’étage supérieur sont les éléments visibles du
communisme que tout le monde connaît : les partis communistes locaux, les
syndicats de lutte de classes, la diplomatie et l’armée rouge, les services de
renseignements, les banquiers soviétiques…

A l’étage directement au-dessous, et moins visibles par conséquent viennent
les aides que le soviétisme a suscité lui-même autour de lui. Parmi ces aides,
figurent d’abord le monde crypto-communiste avec ses taupes, monde dans
lequel il faut placer le pacifisme et le terrorisme. Figurent aussi parmi ces aides,
les alliances conclues avec l’Islam, avec l’Eglise et avec le Judaïsme.
Ce n’est un secret pour personne que les organisations pacifistes (les plus
typiques sévissant en Allemagne) sont contrôlées par les communistes. Elles leur
apporteront, en cas de conflit ouvert, une aide considérable, en majorant les effets
psychologiques de la menace militaire et en faisant pénétrer dans le public la
mentalité « plutôt rouge que mort ».
Quant aux réseaux terroristes ils sont tous soumis, en dernière analyse, à
l’impulsion soviétique, à travers des relais trotskistes. Les mystiques
nationalistes invoquées ne sont que des véhicules et des prétextes. Aucun de ces
réseaux n’échappe à la surveillance communiste, que ce soit ceux des « minorités
opprimées » (corses, basques, irlandaises, catalanes) ou ceux du type islamique.
Pour le moment nous assistons seulement à un « terrorisme de déstabilisation ».
Mais, en cas de guerre, il viendrait s’y ajouter un « terrorisme de 5è colonne »,
actionné par l’armée rouge à des fins militaires.
L’U.R.S.S. a depuis longtemps l’habitude des populations musulmanes. Elle a
même réalisé, avec l’Islam, une symbiose, temporaire certes mais fructueuse. Les
républiques démocratiques islamiques sont le résultat de cette alliance. L’ennemi
commun qui fait le lien de cet accord, c’est l’Europe riche et chrétienne. Pour
investir l’Europe, il faut tenir les rivages Sud de la Méditerranée et donc
s’entendre avec les Musulmans, lesquels, et c’est une aubaine inestimable,
fournissent aussi des troupes insurrectionnelles potentielles par leur émigration
massive en direction de la France, émigration qui peut valablement suppléer à
l’embourgeoisement des « masses prolétariennes ». L’alliance soviéto-islamique est
donc soudée au moins pour les premières phases de la soviétisation européenne.
Mais elle deviendra fragile quand le problème de la religion universelle se posera.
L’U.R.S.S. a conclu aussi une alliance avec le Saint-Siège. C’est l’Ost-
Politik de Paul VI, à laquelle Jean-Paul Il a donné suite. L’Eglise pense ainsi
assurer sa survie pour le cas d’une soviétisation universelle qui est de plus en
plus prévisible. Elle se contente de poser comme condition que l’U.R.S.S. atténue
son totalitarisme et entame une évolution vers le pluralisme, évolution qui est
également demandée par la franc-maçonnerie.
Les rapports de l’U.R.S.S. avec le judaïsme sont compliqués parce qu’il y a
deux judaïsmes. Il y a l’Etat d’Israël et il y a la Diaspora. Envers l’Etat d’Israël,
l’U.R.S.S. mène une politique calquée sur celle des Arabes parce qu’elle a besoin
d’eux sur le pourtour méditerranéen. Quant à la Diaspora, elle voit sans déplaisir
se réaliser, grâce en partie au collectivisme marxiste, la concentration
progressive du capital mondial sur lequel elle compte bien un jour mettre la
main.
Ainsi, grâce à ses propres organismes officiels, grâce au cryptocommuniste,
grâce enfin aux forces secrètes de révolution, l’U.R.S.S. bénéficie, dans le monde

entier, d’un appareil de connivence qui rend possible, sinon probable, la dernière
opération de l’humanisme de gauche, c’est-à-dire le passage sur l’Europe du
rouleau compresseur soviétique.

ORTHO, SEMI, PSEUDO
Deux préfixes grecs (ortho et pseudo) et un préfixe latin (semi) vont nous servir
à décrire et à distinguer trois attitudes réactionnaires.
Le soviétisme se donne, par la voix de ses doctrinaires les plus officiels, nous
l’avons vu, comme l’humanisme intégral, c’est-à-dire comme l’humanisme
poussé jusqu’à ses conséquences ultimes. Et il donne les utopies de la
Renaissance comme ses lointains et véritables modèles. Nous ne pouvons que lui
donner raison sur ce point.
Pour trouver de solides assises historiques, doctrinales et juridiques contre le
soviétisme, qui est notre ennemi majeur du moment, nous devons remonter en
amont de l’humanisme. Si nous restons en aval, la logique et la force de gravité
nous feront glisser de nouveau vers une quelconque république utopique.
Mais alors jusqu’où allons-nous devoir remonter pour échapper à cette
glissade ?
Tous les traditionalistes d’aujourd’hui le savent : il faut, si l’on veut trouver
un terrain solide, remonter jusqu’au sacre de Clovis par saint Remy, à
Reims, le jour de Noël 496. C’est là que la race de nos rois a été désignée par
Dieu qui a envoyé une huile céleste pour servir désormais de sacramental pour
le sacre. C’est à ce moment-là que Dieu a fondé une autorité temporelle
chrétienne pour être le rempart et l’épée de la Sainte Eglise. C’est jusque là
qu’il faut remonter pour trouver une base ferme de raisonnement.
On peut remarquer que, par la suite, Dieu est resté fidèle à l’institution dont Il
avait Lui-même établi les fondements. Quand la France a été blessée dans la
bataille de l’Histoire et qu’il y eut lieu de la restaurer, Dieu l’a toujours fait de la
même manière : en restaurant l’institution royale. L’exemple le plus typique de
ces restaurations est celui qui fut donné par Jeanne d’Arc quand, en 1429, elle fit
sacrer Charles VII à Reims. On a observé que le mot « Arc » est formé par les
initiales de l’expression « Auxilium Régis Christianissimi » ; Jeanne d’Arc fut en effet
le « Secours du Roi très chrétien ».
Des historiens traditionalistes de valeur ont donné corps à ces notions à la fois
religieuses et juridiques, de sorte qu’il s’est constitué, à l’opposé de l’esprit
humaniste et révolutionnaire, un courant de pensée, aujourd’hui en pleine
expansion que l’on appelle la légitimité.
Les esprits qui appartiennent à « la légitimité » font remonter les principes du
pouvoir royal à Clovis lequel, d’un seul coup et dès l’origine, a donné ses limites
naturelles au territoire français ; il lui a donné le nom de France, car avant lui il
portait celui de Gaule ; il lui a donné sa Religion sur les pieuses instances de
sainte Clothilde et contre les Wisigoths ariens ; et il lui a mérité son titre de Fille

Aînée de l’Église puisqu’elle a été la première nation baptisée faisant profession
de nation chrétienne avec un roi chrétien à sa tête.
1. – Aujourd’hui le noyau central de la légitimité est constitué par les
providentialistes. On les appelle ainsi parce qu’ils s’en remettent à Dieu du soin
de désigner miraculeusement le roi, « au plus fort de la crise », comme le dit une
mystique. Le légitimisme providentialiste est une position à la fois logique et
mystique. Elle est logique parce qu’elle remonte aux véritables origines de la
France et de sa monarchie. Et elle est mystique parce qu’elle suppose
l’espérance en une résurrection en dehors de tous moyens humains, et donc
strictement providentielle. Cette position n’est tenue que par un très petit nombre
de personnes.
Autour de ce noyau central providentialiste, viennent se placer les légitimistes
qui font eux-mêmes leur choix parmi les prétendants. Car, chose étonnante, les
jacobins de 1793 ont certes abattu l’arbre royal en France, ils en ont coupé le
tronc, mais ils ne l’ont pas déraciné, de sorte qu’il a poussé à ce tronc royal des
rejetons entre lesquels il est maintenant bien difficile de choisir. Bien des
légitimistes donc, ne voulant pas aller jusqu’au providentialisme, jettent leur
dévolu sur le candidat qui leur paraît le plus « légitime ». Malheureusement les
prétendants qui sont aujourd’hui en lice présentent, soit des énigmes historiques,
soit des cas dynastiques fertiles en controverses. De sorte que « la légitimité » est
divisée quant à ses candidats et incertaine quant à ses attendus historiques.
Malgré cela le nombre des légitimistes augmente et leur position de principe est
prise en considération même par nos adversaires maçons.
Il est logique de réunir en un bloc tous ceux qui remontent jusqu’à Clovis et à
la Sainte Ampoule, puisqu’ils professent les mêmes principes et ne divergent que
sur des questions de personnes. Nous donnerons, à « la légitimité » entendue au
sens large, le nom d’ortho-réaction, néologisme qui nous sera commode pour
mieux faire comprendre, par la suite, les opinions que nous allons maintenant
examiner. L’ortho-réaction c’est la réaction droite (ortho), vraie, logique, radicale,
située aux antipodes de l’humanisme intégral des soviétiques.
2. – Autour de ce premier cercle ortho-réactionnaire, prennent place tous ceux
qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas reconnaître, dans le sacre
de Reims de 496, la base du droit royal. Dans leur remontée vers les principes, ils
s’arrêtent à Hugues Capet, qui fut proclamé roi à Noyon en 987, c’est-à-dire près
de 500 ans après Clovis. Telle est, en particulier, la position de Charles Maurras.
Il raisonne en positiviste, ne reconnaissant que les causes naturelles :
« L’expérience prouve, dit Maurras, que la monarchie est le meilleur gouvernement
pour la France ». Et il pense ainsi donner à la monarchie des assises plus solides,
plus « positives » que celles du mysticisme mérovingien. Il est monarchiste pour des
raisons d’expériences. Mais alors l’excellence de la monarchie française n’est plus
le fruit de sa fondation divine; elle est le résultat empirique d’une gestion bien
menée, elle prouve sa robustesse par sa réussite ; il faut continuer ce qui a
réussi. Maurras ne reconnaît à la monarchie française que ses droits
historiques. La monarchie maurrassienne n’est pas « de droit divin » mais de droit

naturel. Le sacre de Reims n’est là que pour signifier l’alliance du pouvoir royal et
de l’Eglise.
Cette école justifie sa position en expliquant que le public contemporain est
incapable d’adhérer à la « mystique légitimiste ». Il lui paraît plus raisonnable de se
contenter d’un solide droit coutumier qui a fait ses preuves et qui est plus
compréhensible pour les masses populaires qu’en définitive il faudra bien
convaincre et entraîner un jour. Certes l’itinéraire spirituel personnel du chef de
l’Ecole l’a fait aboutir à une réelle conversion au catholicisme, mais il n’empêche
que sa doctrine royale diffère de la légitimité sur le point essentiel des
origines. Elle ne remonte pas assez haut. Elle s’arrête en chemin, c’est pourquoi
il est logique de lui donner le nom de semi-réaction. La semi-réaction prétend
avec raison posséder une assise populaire plus vaste que la légitimité, laquelle
conserve un recrutement plus sélectif parce qu’elle est plus difficile à assimiler. Il
est de fait que les orateurs d’Action Française ont su réunir des auditoires
beaucoup plus nombreux que les légitimistes.
3. – Un troisième cercle vient entourer les deux premiers. Il va rassembler des
contre-révolutionnaires très décidés mais qui ne sont plus des royalistes. Certes
ils sont violemment anticommunistes mais ils restent des patriotes jacobins, c’est
pourquoi ils se montrent volontiers anticléricaux. Une forme récente et très
étudiée de cet état d’esprit est fourni par la revue Nouvelle École, laquelle s’est
entourée d’une multitude d’organisations qui touchent des publics très divers. Ce
courant de pensée, d’apparence réactionnaire, a été créé par l’action de
certaines loges maçonniques de droite. C’est à ce courant de pensée, dont les
débuts remontent à une trentaine d’années, que l’on a donné le nom de Nouvelle
Droite. Toute une argumentation extrêmement séduisante, a été élaborée,
utilisant et associant habilement des résultats scientifiques et des philosophies
très modernes, pour être opposée aux différents marxismes. C’est un
épanouissement très brillant de la pensée de Machiavel ; c’est authentiquement
un humanisme de droite, donc aristocratique, oligarchique et élitiste.
A ce mouvement réactionnaire non-royaliste, nous donnerons quant à nous le
nom de pseudo-réaction parce qu’il n’est réactionnaire qu’en apparence. La
pseudo-réaction n’a pas donné les résultats qu’en attendaient ses fondateurs,
dans le grand public tout au moins. Nous pensons néanmoins qu’elle est loin
d’être négligeable, étant donné la valeur manoeuvrière des loges de droite qui
forment son infrastructure.
Du fait de ce patronage, clandestin mais efficace, la pseudo-réaction possède,
dans l’Université, l’Administration, l’Armée, les milieux politiques et médiatiques,
de très confortables appuis. C’est elle, dans la phase qui s’ouvre, qui va prendre
la direction de l’ensemble des forces réactionnaires (ortho et semi-réaction
comprises) et cela dans une double intention. D’abord éviter que la réaction ne
suive jusqu’au bout sa propre logique et n’aboutisse à une véritable monarchie. Et
ensuite pour que le remède trouvé à la crise conserve fidèlement les
principales « acquisitions révolutionnaires ». C’est la pseudo-réaction qui va
être la locomotive de la résistance antisoviétique, dans la phase qui vient.

Ainsi les forces anticommunistes peuvent être schématisées sous la forme
d’une sphère dont le centre est occupé par un petit noyau légitimiste ou « orthoréactionnaire »,
lequel noyau est entouré par la couche épaisse de la « semiréaction »,
laquelle est à son tour encerclée par un gros contingent pseudoréactionnaire,
qui est de beaucoup le plus efficace des trois sur le plan de la
politique humaine.
Les trois réactions (ortho, semi et pseudo) ont des buts de guerre différents.
Mais parce qu’elles ont un ennemi commun, elles vont être entraîner à conclure
des alliances momentanées, ce qui est toujours délicat et dangereux, pour les
plus faibles des partenaires.

LA DROITE ET LA LOI DU NOMBRE
Encore une fois celui qui chercherait ici un plan d’opération serait déçu. Notre
but est de remonter jusqu’aux principes essentiels de la grande Cause à la
défense de laquelle nous sommes mêlés, parce que ces principes éclairent l’esprit
et inspirent les actions véritablement efficaces.
Nous avons vu que les forces latentes et patentes de la révolution sont
aujourd’hui au maximum de leur puissance. Jamais, au cours de l’Histoire,
Satan n’avait encore réuni les éléments d’un pareil pouvoir.
Jamais la terre n’a été si semblable à ce qu’elle sera au temps de l’Antéchrist.
Nous verrons plus loin que Notre-Seigneur se dispose à renverser le pouvoir
des impies, par des moyens connus de Lui seul.
Les forces réactionnaires ont été privées de leurs organes d’expression et de
commandement par une série presque ininterrompue d’échecs. Et pourtant Dieu
sait qu’elles se sont bien battues : honneurs à nos valeureux anciens.
Échec des opérations parlementaires et illusions perdues des bonnes
élections auxquelles on a cru pendant tant d’années.
Échec des Ligues Nationales du type « Croix de Feu », qui suscitèrent pourtant
un si grand enthousiasme.
Échec des complots civils du type « Cagoule ».
Échec des réseaux de droite pendant la période de l’occupation et de la
résistance.

Et pourtant on constate la renaissance, de génération en génération, du même
antique dynamisme réactionnaire. La floraison traditionaliste d’aujourd’hui, avec
sa belle jeunesse contrastant au milieu d’une population avachie, est un bel
exemple de cette force incoercible qui renaît sans cesse. Mais les assises
démographiques de cette vague de fond sont de plus en plus étroites, ce qui se
comprend très bien étant donné les épurations par lesquelles se terminent ses
manifestations successives. A force d’être décimée, la population traditionaliste
finira par disparaître.
Non seulement l’appel au nombre serait tout à fait impossible aux
traditionalistes « ortho-réactionnaires », comme nous venons de les nommer, mais
un tel appel serait tout à fait illogique. Ce n’est pas avec le nombre que nous
pouvons faire trembler le démon, car c’est son terrain ; il a beaucoup plus de
troupes que nous. Si nous lui opposons, péniblement une foule de 10.000
personnes, il nous répondra, aisément, par une foule de 100.000 personnes, et
ainsi de suite…
Les appels à des manifestations de masses sont des procédés chers aux
démocrates et aux mouvements humains. C’est plutôt mettre Dieu contre soi
que de faire appel au nombre.
Rappelons-nous que, des 32.000 hommes qui composaient l’armée de
Gédéon, Dieu ne conserva que 300 ; et ce sont ces 300 soldats qui mirent en fuite
l’armée des 120.000 Madianites.
Ceux qui conserveraient la foi dans le nombre, négligeraient la confiance
en Dieu. Or qui nous sauvera de la colossale machination qui se prépare contre
les derniers restes de l’Eglise et de la Chrétienté, si ce n’est le Seigneur
« puissant et miséricordieux », omnipotens et misericors Dominus ?
S’il ne faut pas chercher le « grand nombre », comme pour un référendum, il faut
cependant conserver l’esprit apostolique et prosélytique afin de maintenir le « petit
nombre » requis. Car si Dieu, sur cette terre, fait ses oeuvres avec des riens
(c’est-à-dire avec très peu de chose), Il ne les fait pas avec rien parce qu’il ne
s’agit pas d’une création nouvelle. Ce qu’Il ne veut pas c’est que le grand nombre
puisse s’attribuer les mérites de la victoire : « Non nobis Domine, non nobis, sed
tibi da gloriam ». Donnez la gloire Seigneur non pas à nous, mais à vous (Ps. XXIII, 9).

AIDER LE CIEL
Beaucoup de traditionalistes, parce qu’ils n’ont pas encore bien approfondi la
logique de leur position, raisonnent en disant à peu près ceci : « Formons des
projets, lançons-nous dans l’action, puis demandons ensuite à Dieu, par la prière,
de nous accorder le succès ». Un tel raisonnement est tout à fait courant et
pourtant il est défectueux parce qu’il inverse l’ordre normal et n’aboutit à rien
moins qu’à faire passer le propre esprit avant le Saint-Esprit. Il ne peut donc
pas inspirer une action correcte. En réalité, la Grâce nous précède toujours et
Échec des Putschs militaires du type « algérien ».
Échec de tous les boulangismes et de tous les poujadismes, qui ont été
conduit sur la voie de garage par le consortium maçonnico-policier.
Il faut ajouter qu’à chacun de ces échecs a correspondu une Épuration dont
certaines ont été très sanglantes.
La droite, qui disposait encore, pendant la IIIè République, d’innombrables
publications, de plusieurs journaux quotidiens, de groupes parlementaires fournis,
de généraux, d’évêques et d’un vaste public, se présente aujourd’hui à la bataille
avec des moyens dérisoires, tout juste bons à mener un dernier « baroud
d’honneur » avant l’émigration, comme les Russes Blancs.

nous n’avons le choix qu’entre y correspondre ou la refuser. Revoyons cela en
partant des principes.
Concernant la philosophie de l’Histoire, les non-chrétiens sont partagés en
deux écoles.
Les uns font coïncider le sens de l’Histoire avec celui des révolutions ; on est
dans le sens de l’Histoire quand on a l’esprit révolutionnaire.
Les autres pensent que l’Histoire n’a pas de sens ; pour eux, elle est forgée,
d’âge en âge, par les hommes forts qui marquent les événements grâce à leur
volonté de puissance ; à leur avis, l’Histoire est radicalement imprévisible ; elle
est ce que les hommes la font.
Le Christianisme comporte une tout autre philosophie historique. Revoyons-en
ici les grandes lignes. Pendant le cours de l’Ancien Testament, nous l’avons vu,
tous les événements du monde convergeaient vers l’Incarnation. Pendant le cours
du Nouveau Testament, les événements du monde convergent vers l’Avènement
de Majesté. Tel est le véritable sens de l’Histoire. Le Royaume est préparé pour
le Roi. Tel est le plan providentiel.
Que reste-t-il à faire au chrétien si non apporter son aide à la réalisation de ce
plan providentiel ?
Puisque le plan ne dépend pas de lui, il ne peut que s’y rendre docile. Il faut
correspondre à la Grâce laquelle nous prévient en tout. Nous devons aider le Ciel
et non pas nous faire aider par le Ciel. On voit combien est faux le proverbe
inlassablement répété : « Aide-toi le Ciel t’aidera ». Cette locution n’est pas tirée
de l’Ecriture sainte comme on le croit d’ordinaire. C’est Rabelais, l’homme de la
« dive bouteille », qui l’a introduite dans la littérature française, sous une forme
légèrement différente : « Aide-toi et Dieu t’aidera ».
Il est symptomatique que l’association libérale et maçonnique qui a préparé la
Révolution de 1830, lutté contre le ministère Villèle et finalement détrôné Charles
X, le dernier roi sacré, se soit appelée précisément l’Association Aide-toi le Ciel
t’aidera. Les révolutionnaires ne s’y étaient pas trompés ; ils avaient placé leur
société de pensée sous cette maxime parce qu’elle stimule le propre esprit : elle
justifie la volonté propre, l’activité désordonnée, insubordonnée et révolutionnaire.
La maxime « aide-toi, le Ciel t’aidera » doit être entièrement bannie de
l’argumentation traditionaliste ; elle ne peut qu’entraîner de graves erreurs de
manoeuvre, c’est une maxime révolutionnaire.
Pour remplacer ce mauvais proverbe, notre patrimoine nous en propose deux
autres. Le premier : « Agir comme si tout dépendait de l’homme et prier comme si
tout dépendait de Dieu ». Le second, qui est attribué à Jeanne d’Arc : « EN NOM
DIEU, les hommes d’armes combattront mais c’est Dieu qui donnera la victoire ».
Dans celui-là surtout la hiérarchie entre la volonté divine et la volonté humaine est
bien respectée.
Les militants traditionalistes, précisément parce qu’ils seront un jour ou l’autre
appelés à l’action, doivent se persuader que nous devons suivre la Grâce et non
la précéder. Par cette correspondance nous aidons Dieu à réaliser Ses

desseins sur nous, puisque Dieu ne nous sauve pas sans nous ; Il désire Se faire
aider, faire de nous Ses « serviteurs », c’est-à-dire Ses ministres.
Pour seconder la volonté de Dieu, il faut la connaître. Mais comment la
connaître ? Est-ce vraiment si difficile ? Quand on veut sincèrement faire la
volonté de Dieu, on parvient sans grande peine à la connaître. Pour qu’une action
soit conforme à la volonté de Dieu, il faut qu’elle remplisse deux conditions :
l’une intérieure, l’autre extérieure. La condition intérieure est que nous y soyons
enclins ; il ne faut pas qu’elle nous répugne, qu’elle nous mette mal à l’aise, ni
naturellement ni surnaturellement, il faut qu’elle corresponde à nos compétences
normales ; il ne faut pas qu’elle constitue pour nous une extravagance. La
condition extérieure est que les circonstances ambiantes s’y prêtent également ; il
faut que nous y soyons conduits par les événements ; il faut que l’action
envisagée n’ait rien de forcé, d’artificiel, de compliqué, de machiavélique.
Quand ces deux conditions intérieures et extérieures, sont réunies c’est que le
Saint-Esprit nous guide vers cette entreprise. Mais si elle ne le sont pas, nous
sommes dans l’activisme, l’agitation et le propre esprit. Dans les cas de crise,
quand tout est en effervescence autour de nous, l’activisme nous guette et nous
devons faire très attention de ne pas nous y laisser entraîner. Pour cela recourons
habituellement aux aides dont Dieu nous entoure : nos saints patrons et nos
anges gardiens ; si nous oeuvrons en union constante avec eux, ils nous feront
produire les fruits de leur esprit.

LE RECOURS AUX PROPHÉTIES PRIVÉES
Les institutions qui sont sur le point de disparaître sont les oeuvres de Dieu sur
la terre. L’Eglise est Son oeuvre ; or nous voyons bien qu’elle est sur le point
de disparaître, rongée par le pluralisme, lui-même annonciateur du
syncrétisme universel. La monarchie de droit divin est son oeuvre ; or elle a eu
la tête tranchée. Dieu va-t-il donc laisser détruire toutes ses oeuvres terrestres ?
Sommes-nous donc condamnés à être des combattants sans espoir ?
Certainement pas car nous savons que Dieu « ne fait pas un peuple sans
espérances ». Notre esprit est donc invinciblement conduit à interroger les
prophéties surnaturelles. Il y a deux sortes de prophéties : celles de la Révélation
Publique et celles des révélations privées.
Les prophéties publiques sont destinées à toutes les nations et à tous les
temps ; elles annoncent l’Avènement de Majesté, dont elles nous indiquent les
« signes avant-coureurs ». Mais elles traitent seulement d’un futur à grande
amplitude dans lequel nous distinguons mal le sort de la France d’aujourd’hui.
Nous souhaitons des prophéties plus détaillées et plus actuelles. C’est le cas
précisément des prophéties privées qui nous donnent des espérances plus
proches. Mais elles constituent un volumineux dossier qui a dû faire l’objet d’un
ouvrage spécialisé1.

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1 Jean Vaquié : Bénédictions et Malédictions – Les prophéties de la Révélation
privée, aux Éditions D.M.M. ; à demander à la Diffusion de la Pensée Française,

Chiré-en-Montreuil, 86190 VOUILLÉ.

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Il résulte de l’examen des prophéties que ni le rétablissement de la monarchie
ni celui de l’Eglise ne seront le résultat de nos intrigues politiques ou canoniques.
Ils seront miraculeux l’un et l’autre. Jésus montre la divinité de Ses oeuvres en
les ressuscitant. Il a prouvé Sa propre divinité en se ressuscitant Lui-même. Il
prouvera la divinité des institutions chrétiennes, les temporelles comme les
spirituelles, en les ressuscitant.

LA MANOEUVRE DE PSEUDO-RÉACTION
Nous avons déjà défini la pseudo-réaction. C’est un mouvement politique qui
tient le langage de la réaction, qui en a les apparences et le recrutement mais qui
est, en réalité, suscité pour neutraliser la véritable réaction, pour la détourner de
son but logique et pour la conduire vers l’impuissance, mieux vers la
répression. Le public pseudo-réactionnaire est bien intentionné, sincèrement
contre-révolutionnaire mais politiquement inculte, tandis que les dirigeants sont
d’habiles manoeuvriers. Il existe en permanence un mouvement pseudoréactionnaire
apte à être amplifié en cas de nécessité. C’est une des précautions
élémentaires des républicains et des maçons.
La maçonnerie est essentiellement pluraliste. Pendant que certaines loges
élaborent, ou plutôt impulsionnent, des idéologies de type rationaliste,
scientifique, agnostique et matérialiste, d’autres loges, cultivant les éléments
chevaleresques qui abondent dans les rituels, favorisent, à l’usage des
« profanes », des doctrines politiques réactionnaires dont un certain mysticisme
n’est pas exclu. La maçonnerie de droite fait en ce moment de grands efforts pour
répandre dans le public une doctrine de royauté-sacrée. Cette doctrine est
particulièrement élaborée et consistante chez les disciples de Julius Evola, mais
on la voit aussi apparaître ailleurs.
En voici les grandes lignes. De même qu’il y aurait une tradition universelle et
unique, et qu’il y aurait aussi une mystique universelle et unique, de même il y
aurait une royauté universelle et unique. Et cette royauté est en même temps
sacrée, c’est-à-dire sacerdotale. Tous les rois de l’Histoire humaine ont été
revêtus de cette royauté dont ils ont assuré la charge avec plus ou moins de
fidélité ; d’où les bons rois et les mauvais rois.
Cette théorie ne saurait convenir aux catholiques. On trouve en effet dans
l’Ecriture sainte, concernant la royauté, une double révélation. D’abord
l’affirmation que le Messie est Roi est incontestable. Mais il est une autre
affirmation, également incontestable, c’est que l’Antéchrist lui aussi est roi, il est
« Prince de ce monde ». Il est bien évident que la nature de ces deux royautés
n’est pas la même ; elles sont antagonistes, irréconciliables, exclusives l’une de
l’autre. Et les rois de l’Histoire, loin de relever d’une seule royauté sacrée
universelle, sont des figures, les uns du Christ (comme Cyrus, David ou
Charlemagne), les autres de l’Antéchrist (comme Antiochus… ou Hitler, ou Staline

Si elle est en discordance avec le christianisme, la théorie de la royauté sacrée
universelle convient au contraire admirablement à tous ceux qui, consciemment
ou pas, préparent les attendus mystico-juridiques grâce auxquels l’Antéchrist
réussira à se faire passer pour le Christ-Roi. Cette théorie en effet convient
doublement à l’Antéchrist :
1. – S’il n’y a qu’une seule et même royauté universelle il n’y a pas lieu de
distinguer entre celle du Christ et celle de l’Antéchrist, entre celle du titulaire et
celle de l’usurpateur.
2. – La royauté universelle est également sacrée donc sacerdotale et elle
convient parfaitement à un Antéchrist qui, nous l’avons vu, veut se faire à la fois
roi et pontife du monde entier.
Ce néo-royalisme (que nous n’hésitons pas à qualifier de luciférien) se
répand rapidement dans les milieux pseudo-réactionnaires. Il inspire toute une
théorie de la restauration monarchique. Les maçons préparent tout pour que la
restauration, si elle venait à se produire, ne leur échappe pas. Ils veulent s’y
trouver mêlés le plus intimement possible.
Une autre version pseudo-réactionnaire est encore préparée, c’est la version
néo-nazie. Elle est d’autant plus avantageuse, pour certains joueurs, qu’elle
justifierait une intervention révolutionnaire violente soit interne et insurrectionnelle,
soit extérieure et soviétique.
Éviterons-nous une phase pseudo-réactionnaire ? Elle est impossible à
éviter. Elle s’annonce déjà comme puissamment orchestrée. On la placera sous
le signe de l’Union Sacrée, afin d’attirer à elle de nombreux effectifs. L’union
sacrée, c’est l’union des spiritualistes à quelque religion qu’ils appartiennent,
pour lutter contre la révolution des matérialistes, des athées et des marxistes. On
pensera rendre ainsi un grand service à la cause de l’esprit, sans prendre garde
que rien n’est plus injurieux pour Notre-Seigneur que d’être ravalé au rang d’un
fondateur de secte et placé sur un pied d’égalité avec Bélial. L’union sacrée, qui
fait aussi des ravages dans la religion conciliaire, contriste le Saint-Esprit et
L’éloigne, éloignant en même temps la paix. Il n’y a pas de paix pour les impies :
« Non est pax impiis ». (Isaie LVII, 21).
Le petit nombre des résistants dont parle Notre-Dame de la Saiette (« il est
temps que vous sortiez, vous le petit nombre qui y voyez ») peut-il se rassembler
en un petit bloc compact pour prendre à sa charge une manoeuvre salvatrice enfin
authentique et saine ? Cela aussi est impossible car le petit nombre est
disséminé. Nous connaissons bien la règle évangélique qui s’applique quand
viennent les calamités : « l’un sera pris, l’autre laissé ». Il y aura des élus partout. La
citadelle de Sion est une place forte spirituelle. Ils se rassembleront seulement
quand « le corps » aura paru : « Là où est le corps (corpus) là se rassembleront
les aigles (aquilae) ». (Math. XXIV, 28). Le « corps », c’est le Grand Monarque dont
nous ont parlé les prophéties.

ÔTEZ LA PIERRE

Les prophéties privées nous renseignent sur la stratégie divine, si non dans
ses détails, du moins dans ses grandes lignes. Or cette stratégie nous intéresse
au premier chef puisque nous devons y coopérer, y « correspondre ». On peut
noter deux phases essentielles dans cette stratégie. Il faudra d’abord passer par
une phase d’extrême confusion où « tout semblera perdu ». Puis tout sera sauvé
dès lors qu’un roi sera divinement désigné. Reprenons chacune de ces phases
pour comprendre ce qu’elles exigeront de nous.
1. – « Tout semblera perdu » nous dit-on. Demandons-nous d’abord pour qui tout
semblera perdu. Ce ne sera sûrement pas pour les ennemis de l’Église et de la
France lesquels au contraire triompheront. Tout semblera perdu pour les esprits
fidèles. Ils verront disparaître les espoirs humains en qui ils avaient mis leur
confiance. C’est donc que la situation de désespoir sera précédée par une
période de lutte. On peut penser que ce dernier effort tenté avec les moyens
humains sera I’oeuvre des pseudo-réactionnaires du moment, entraînant derrière
eux tout l’ensemble de la réaction. La plupart étant sincères, il faudra leur donner
le bénéfice du vieil adage militaire : « A la guerre, la seule chose infamante, c’est
l’inaction ». Il n’empêche que leur échec aura été prévisible et prédit.
2. – La désignation divine du Roi sauvera tout. Cette désignation sera-t-elle
précédée d’un miracle éclatant qui mettra le peuple dans des conditions mentales
surnaturelles ? Quelques prophéties y font allusion. Mais ce qui est
stratégiquement important c’est l’arrivée d’un roi pour diriger la phase de
restauration. Il est bien évident que, sans lui, rien n’est possible puisqu’il fera
office de sauveur. Sa désignation sera comme la clef de la portée sur laquelle une
musique nouvelle sera écrite. Faute de ce changement de clef, le pouvoir des
impies resterait ce qu’il est aujourd’hui et rien ne serait changé. Il faut que le
paysage politique soit éclairé par une nouvelle lumière, que la lumière du don de
conseil fasse place à la lumière du don de sagesse. La sagesse vient : les
discussions cesseront. La sagesse subjugue : chacun sera mis à sa place et
l’ordre régnera. Inutile donc d’espérer monter une opération victorieuse avant
cette désignation. C’est pour l’avoir ignoré que les pseudo-réactionnaires en
arriveront au « tout semblera perdu ».
Que pouvons-nous faire pour conjurer cette préalable phase de désespoir ?
Nous pouvons l’atténuer mais nous ne pouvons pas la supprimer. Nous pouvons
l’atténuer car si elle nous est prédite c’est précisément pour que, par la prière et
la pénitence, nous puissions l’écourter et l’alléger. Mais nous ne pouvons pas la
supprimer totalement parce que nous en sommes passibles en toute justice.
Tels sont les deux points forts de la stratégie divine que les prophéties privées
nous révèlent. Ainsi pouvons-nous éliminer l’hypothèse d’une longue période de
catacombes. Nous sommes au contraire placés devant la nécessité d’arracher
un miracle au Ciel. Les prophéties privées nous apprennent, en somme, que le
Ciel ne se contente plus de la défensive et du combat en retraite. Le Ciel contreattaque
et veut nous faire participer à l’opération, dès lors que le signal en sera
donné.

Voici quelles sont les positions réciproques de l’intervention divine et du
« ministère » humain. Puisqu’il s’agit de la résurrection de la monarchie de droit
divin, qui est une institution morte, nous pouvons valablement la comparer à la
résurrection de Lazare. Dans ce miracle de résurrection, comment se répartissent
l’intervention divine et le ministère des hommes ?
Jésus a opéré ce que seul un Dieu peut réaliser : Il a ressuscité celui qui était
mort. Quant aux hommes ils ont eu à exercer deux fois leur activité.
1. – Avant la résurrection du mort, Jésus commanda aux assistants d’ôter la
pierre. L’enlèvement de la pierre est un travail pénible qui représente la levée
d’une lourde hypothèque ; il figure le ministère de supplication sans lequel
aucun redressement ultérieur n’est possible. Il convient à des âmes sérieuses,
aimant la vérité, humbles, ferventes et courageuses. Ce travail ne convient
pas aux ambitieux, aux intrigants, aux activistes lesquels n’ont pas assez de
calme et de constance dans l’esprit.
2. – Après la résurrection, Jésus ordonne aux amis qui sont là de délier le
corps de Lazare car il était entouré de bandelettes. Dans ce travail de déliement
réside à nouveau l’action humaine. Après la résurrection de l’institution morte, les
hommes d’action auront de quoi se satisfaire car il y aura indubitablement bien
des bandelettes à délier.
Aujourd’hui donc alors que l’intervention divine n’a pas eu lieu, nous sommes
dans la situation des vierges sages (ou vierges prudentes Math. XXV, 1-13). Elles
ont pris la précaution de mettre de l’huile dans leurs lampes. Cette huile c’est
l’espérance que donnent les prophéties. C’est pour avoir mis cette huile
d’espérance dans leurs lampes que les vierges sont prudentes et sages. Au
milieu de la nuit, un cri se fait entendre : « Voici l’époux qui vient ». La nuit c’est le
« tout semblera perdu ». Le cri est celui de l’étonnement populaire devant le miracle.
L’époux c’est le roi désigné. Mettons l’huile de l’espérance prophétique dans nos
lampes en attendant le Lazare veni foras, Lazare viens dehors (Jean, XI, 43).

LE DÉSIRÉ DES COLLINES ÉTERNELLES
Soeur Catherine Labouré, au cours de l’Apparition de la Rue du Bac, dans la
nuit du 18 au 19 juillet 1830, remarqua un détail qui lui parut important : parmi les
rayons de lumière qui partaient des mains ouvertes de la Sainte Vierge, les uns
atteignaient le sol sur lequel ils provoquaient une étincelle, les autres terminaient
leur courte trajectoire sans atteindre le sol et sans produire d’étincelle. Elle eut
l’idée de demander à la Sainte Vierge les raisons de cette différence entre les
deux sortes de rayons. « Les rayons courts, répondit la Reine du Ciel, représentent
les grâces que l’on ne me demande pas ».
Telle est l’économie de la Grâce. Les trésors sont amassés et les coffres sont
ouverts ; encore faut-il venir y puiser. Dieu aime Se faire prier . Le Verbe Incarné,
qui est le Désiré des collines éternelles, c’est-à-dire des anges, doit lui-même
désirer l’héritage que le Père brûle de lui donner : « Postula a me et dabo tibi
gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terrae » (Ps. II, 8).

Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour héritage et pour limites les
confins de la terre.
La restauration de la monarchie et celle de l’Eglise sont prêtes. Il ne nous reste
plus qu’à les obtenir. La crise mondiale que les futurologues pressentent et que
les prophéties annoncent est faite pour se terminer par une intervention
miraculeuse de Dieu. Mais si nous attendons passivement, le rayon jailli de la
main de Dieu n’atteindra pas la terre et n’y produira pas d’étincelle. Une fois de
plus l’occasion sera perdue comme elle l’a été si souvent (en 1870, en 1918, en
1945). Dieu ne mesure pas le temps comme nous. La maturité qu’Il réclame pour
intervenir, ce n’est pas une maturité politique, c’est une maturité surnaturelle.
Nous voilà donc, à notre rang, responsables de grands événements. Il faut
que nous arrachions un miracle au Ciel, mais un miracle que le Ciel a hâte
de nous accorder. Pour l’obtenir il faut que la somme des désirs ait atteint la
mesure comble. Il faut obtenir, dans l’ordre surnaturel, un miracle de la foi qui
surpasse les prodiges de la science moderne. La religion de la science prétend
aujourd’hui remplacer la religion de la foi. Il faut maintenant que la foi l’emporte
sur la science. C’est par la prière de notre foi que doit être obtenu ce miracle. Il
faut harceler le Saint-Esprit pour qu’il descende à nouveau sur la France comme
aux jours de saint Remy et de Clovis. Il faut le harceler par Marie, Son épouse.
De telles idées provoqueront un tollé parmi les militants des groupements
contre-révolutionnaires. Nous les entendons déjà nous dire : « Pour qui nous
prenez-vous ? Nous sommes dans l’action. Allez raconter ça aux moines ». A ces
hommes d’action, nous répondrons qu’il y a un temps pour tout :
« Il y a un temps fixé pour tout, un temps pour toutes choses sous le ciel :
– un temps pour naître, et un temps pour mourir ;
– un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
– un temps pour tuer et un temps pour guérir ;
– un temps pour pleurer et un temps pour rire ;
– un temps pour se lamenter et un temps pour danser ;
– un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser ;
– un temps pour embrasser et un temps pour s’abstenir d’embrassements ;
– un temps pour chercher et un temps pour perdre ;
– un temps pour garder et un temps pour jeter ;
– un temps pour déchirer et un temps pour coudre ;
– un temps pour se taire et un temps pour parler ;
– un temps pour aimer et un temps pour haïr ;
– un temps pour la guerre et un temps pour la paix » (Ecclesiaste. III, 1-8).
Quand on est plongé dans l’action temporelle, il faut commencer par
« respecter les temps ». C’est de l’agitation et de l’activisme que de faire les
choses à contre-temps. La proportion parfaite entre le recueillement et l’action est
celle que le Divin Maître a lui-même respectée : 30 ans de vie cachée et 3 ans de
vie publique. Avant d’entreprendre sa randonnée militaire, sainte Jeanne d’Arc
avait écouté ses voix dans le recueillement et la prière. L’action des chevaliers
était précédée par la « veillée d’armes ».

Nous ne sommes encore que dans une phase préparatoire, mais elle est
d’une importance déterminante. Il faut tout faire pour la réussir. Existe-t-il une
spiritualité, c’est-à-dire une forme de piété, correspondant à cette phase ? S’il doit
en exister une, elle s’élaborera par son propre exercice. Nous ne pouvons ici que
conseiller certaines dévotions qui paraissent particulièrement logiques.
Tout d’abord l’Heure Sainte, dans la nuit du premier jeudi au premier vendredi
de chaque mois. C’est une dévotion de « vigilance ». Or l’ange de l’Eglise de
Sardes (dans laquelle nous sommes encore) doit être vigilant : « Sois vigilant… Si
donc tu ne veilles pas, Je viendrai à toi comme un voleur, sans que tu aies su à
quelle heure Je viendrai à toi » (Apoc. III, 2-3). L’Heure Sainte est la méditation des
mystères de l’agonie de Notre-Seigneur et donc, par extension, de l’agonie
présente de l’Eglise, le fruit en est la contrition : Gethsémani veut dire « pressoir ».
Vient ensuite la dévotion au Saint Sacrement exposé. L’Eucharistie est,
dans la Messe, « Sacrifice de Rédemption ». Dans la communion, elle est
« Sacrement de Sanctification ». Mais, dans le Saint Sacrement exposé, elle est
« Révélation de Glorification ». Or, précisément notre âme, aujourd’hui abreuvée de
vexations et d’indignations, plongée pour ainsi dire dans l’ombre de la mort, aspire
à voir le triomphe de Jésus. Le serviteur, répétons-le, a besoin d’avoir la fierté de
son maître. C’est le propre de la vérité que de triompher. Le Saint Sacrement
exposé, entouré de ses rayons d’or, appelle la glorification du Roi. Certes il ne
faut pas prêcher autre chose que la Croix, mais il faut prêcher autre chose avec la
Croix : c’est ce que fait le rosaire. Souvenons-nous aussi de ce merveilleux
passage : « O Oriens splendor, lucis æternæ et sol justiciæ, leva et illumina
sedentes in tenebris et umbra mortis ». O Orient, splendeur de la lumière éternelle
et soleil de justice, venez et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres, et à
l’ombre de la mort.
La dévotion à la Sainte Face est également très recommandée à ceux qui
sollicitent un miracle éclatant. « Montrez-nous Votre Face et nous serons sauvés ».
Reste l’invocation des intercesseurs. L’aide de la « Médiatrice de toutes
Grâces » est évidemment indispensable. Les grands saints qui ont forgé la France
royale seront priés avec fruit, surtout saint Martin, saint Denis et saint Remy.
Puisqu’il s’agit d’une résurrection, saint Lazare est certainement puissant. Chacun
s’adressera aux intercesseurs vers lesquels ses penchants l’inclinent.
Deux pratiques sont directement en rapport avec le miracle que nous désirons
arracher au Ciel : celle du « Premier Vendredi du Mois », demandée par le Sacré-
Coeur à sainte Marguerite-Marie, et la communion réparatrice des « Cinq
Premiers Samedi du Mois », demandée par Notre-Dame de Fatima.
Et puis un dernier effort, le plus pénible, mais de beaucoup le plus efficace. Il
faut, pour finir, donner des ailes à la prière. Pour que la prière atteigne le Ciel, il
faut l’accompagner de mortifications.
« Exurgat Deus et dissipentur inimici ejus et fugiant qui oderunt eum de facie
ejus. Ecce Crucem Domini fugite partes adversæ. Vicit leo de tribu juda radix
David. Domine salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te ».
Que Dieu paraisse et que Ses ennemis soient dispersés et que ceux qui Le

haïssent fuient devant Sa face. Il a vaincu le lion de la tribu de Juda, le rejeton de
David. Seigneur sauvez le Roi et exaucez-nous au jour où nous Vous avons
invoqué. (Ps LXVII, Apoc. V).

 

FIN.