LA GUERRE DES MONNAIES – La Chine et le nouvel ordre mondial


 
Auteur : Song Hongbing
Ouvrage : La guerre des monnaies La Chine et le nouvel ordre mondial
Année : 2007

Préface et adaptation de Jean-François Goulon

Traduit du chinois par Haibing Liu & Lucien Cerise

« Donnez-moi le contrôle de la monnaie d‘une nation et je n‘aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. » Mayer Amschel Rothschild.

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières d‘active. » Thomas Jefferson.

« La banque essaye de me tuer, mais je la tuerai. » Andrew Jackson.

« J‘ai deux grands ennemis : l‘armée sudiste positionnée face à moi et la haute finance dans mon dos. Des deux, c‘est la seconde qui est la plus dangereuse… » Abraham Lincoln.

« Par des procédés constants d‘inflation, les gouvernements peuvent confisquer d‘une façon secrète et inaperçue une part notable de la richesse de leurs nationaux. Par cette méthode, ils ne font pas que confisquer : ils confisquent arbitrairement et tandis que le système appauvrit beaucoup de gens, en fait, il en enrichit quelques-uns. » John Maynard Keynes.

« En l‘absence d‘un étalon-or, il n‘existe aucun moyen de protéger l‘épargne contre la confiscation par l‘inflation. Il n‘existe aucune réserve de valeur fiable. » Alan Greenspan.

«Tout comme la liberté, l‘or n‘a pas sa place là où on le sous-estime. » Lot Myrick Morrill.

PRÉFACE
La guerre des monnaies, la guerre de l’or et, en général, la guerre financière que se livrent les grandes puissances est une réalité très ancienne. On peut en tracer l’origine aux débuts de la mondialisation… lorsque la drachme égyptienne connut une hyper-inflation aux IVe et Ve siècles.
L’Égypte, assujettie à l’Empire romain, avait décidé de ne pas adosser sa monnaie à l’or ou à l’argent. Rome, dans le même temps, abandonna progressivement l’étalon-or et -argent, en réduisant la teneur en métaux précieux de sa propre monnaie… jusqu’à ce qu’elle ne vaille plus rien ! L’Empire romain, qui avait conquis quasiment toutes les terres connues, finit par s’effondrer. {1} Dans une période plus récente, coïncidant avec l’industrialisation en Amérique du Nord et en Europe, la guerre des monnaies s’est déroulée dans un contexte de lutte acharnée entre plusieurs empires, d’abord en Europe, puis dans le Nouveau Monde, de l’autre côté de l’Atlantique, où les anciennes puissances européennes jetèrent d’immenses forces dans la bataille.
La France des Lumières défendait sa vision d’un « ordre nouveau » basé sur l’idée qu’elle se faisait de la démocratie, et l’Angleterre, devenue maîtresse des océans à la fin du XVIe siècle, succédant à la République de

Venise, voyait-là l’occasion d’étendre son Empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais ». Les Allemands, eux, louaient à la Couronne britannique une armée de mercenaires… L’auteur Hongbing Song commence son récit avec la formation d’une nouvelle dynastie, des roturiers, qui deviendra grâce à un plan minutieusement élaboré la nouvelle aristocratie trans-européenne avant de se retrouver au coeur de l’oligarchie financière mondiale, communément appelée « les banquiers internationaux ». Cette nouvelle dynastie, opérant dans l’ombre des grandes puissances européennes dont elle tirait toutes les ficelles est le clan Rothschild. Cette histoire, alors totalement inconnue en Chine avant la parution de Currency Wars, est au contraire assez bien documentée en Occident. En effet, après être parvenu à séduire le richissime et puissant Prince de Hesse-Cassel, dont il deviendra l’agent de change officiel, Mayer Amschel Rothschild (alias Bauer) déploiera ses tentacules ― ses cinq fils ― sur toute l’Europe et imposera rapidement sa maison bancaire dans les principales places financières du continent, à Londres, Paris, Vienne, Naples et Francfort. Ces cinq tentacules sont représentés sur le blason des Rothschild par les cinq flèches qui s’échappent des serres de l’Aigle, image parfaite de la souveraineté, qui symbolise la conquête et l’instinct de puissance.

On pourrait croire que c’est donc en Europe que la dynastie des Rothschild va se construire, pas à pas, sur fond de guerres napoléoniennes, et ainsi accumuler une fortune gigantesque. Mais ce serait vite oublier que le patriarche, Mayer Amschel, a établi les fondations de son édifice sur la Guerre d’indépendance en Amérique du Nord, en louant à la Couronne britannique 30 000 mercenaires allemands (qui ne parviendront d’ailleurs pas à maintenir l’Amérique dans l’Empire britannique). Dans son récit, Hongbing Song, démontre par le menu comment cette oligarchie naissante avance sur plusieurs fronts des deux côtés de l’Atlantique, à pas masqués, en déployant partout ses agents secrets. Le premier coup de maître, c’est Nathan, le fils du patriarche, qui l’assènera à Londres, en mettant génialement la main sur la Banque d’Angleterre. Nathan venait d’inventer la guerre financière, où les armes sont l’asymétrie de l’information, la manipulation et l’intimidation. Ses frères ne sont pas en reste, James conquerra la France et Salomon l’Autriche. L’Europe étant désormais entre leurs mains, la génération suivante aura fort à faire outre-Atlantique pour imposer sa domination.
Après les deux tentatives ratées de créer une banque centrale privée aux États-Unis, l’auteur nous entraîne dans l’histoire secrète de la création de la Réserve Fédérale, en 1913, puis dans celle des grandes catastrophes du XXe siècle, la Grande Crise et les deux guerres mondiales. Si les conquêtes à travers l’Histoire ont toujours été

exécutées dans des massacres épouvantables, la conquête financière du monde moderne n’a non seulement pas dérogé à la règle, mais l’a perfectionnée au fil des plans les plus diaboliques élaborés par ces nouveaux conquistadors. Pas à pas, Hongbing Song nous plonge dans l’histoire contemporaine, la guerre de l’or, celle du Vietnam, puis la fin de l’étalon-or qui finira d’imposer le dollar comme unique devise de réserve mondiale. La marche inexorable de la finance internationale, suivant un axe Londres/Wall Street, finit par précipiter le monde dans le plus grand chaos financier de l’Histoire : la crise de 2008. L’auteur, qui était alors consultant de haut niveau auprès de Fannie Mae et de Freddie Mac, au coeur de la tourmente des prêts immobiliers « subprime », se trouvait aux premières loges pour observer la cupidité sans bornes du monde de la finance. S’il avait déjà compris le risque systémique que la planète tout entière encourait alors, ses recherches lui ont fait découvrir qu’une autre guerre, bien plus dangereuse et effroyable, se livrait dans les coulisses : la guerre des monnaies.
À savoir, maintenir coûte que coûte la suprématie du dollar américain (et, ce faisant, l’hégémonie des États-Unis) en inondant le monde de billets verts. Imposer partout l’austérité alors qu’à domicile, l’indiscipline prévaut. Après avoir détourné le projet européen et ruiné bien des économies, avec l’aide des agents de Goldman Sachs infiltrés dans les plus hauts postes du pouvoir, leur

nouvelle cible est désormais la Chine, dont les ambitions sont désormais au coeur des préoccupations américaines. Hongbing Song a d’abord voulu alerter les autorités chinoises de l’immense danger qui pointait à l’horizon et menaçait de réduire à néant tous les efforts déployés par la Chine moderne visant à offrir à ses quelques un milliard et demi d’habitants un niveau de vie comparable à celui des Occidentaux. Publié en mai 2007, son livre, Currency Wars, a connu très vite par le bouche à oreille un immense succès dans l’Empire du Milieu, où il est devenu le best-seller absolu. Il a alimenté et alimente toujours les conversations de millions de Chinois… jusque dans les rangs les plus élevés du pouvoir, au sein même du Comité Central du Parti Communiste. Wang Qishan, alors vice-premier du conseil d’État, en charge des affaires économiques, aurait même ordonné à ses collaborateurs de le lire… L’impact de Currency Wars a été tel que l’ancien président de la Fed, Paul Volcker, cité à plusieurs reprises dans ce livre, a dû s’expliquer sur une chaîne de télévision chinoise sur la nature privée de la Réserve Fédérale. Il a répondu que même si c’était effectivement le cas, les téléspectateurs chinois ne devaient pas en tirer n’importe quelle conclusion…
Le fait qu’un ancien président de la banque centrale américaine soit amené à communiquer sur la vraie nature de « sa Fed », apporte, s’il en fallait, une preuve

supplémentaire que Currency Wars contient bien des révélations pour le moins explosives ! La Guerre des monnaies est avant tout une somme impressionnante de références incontournables. Au fil des chapitres, Hongbing Song nous fait découvrir beaucoup d’auteurs indispensables, peu connus en France ou jamais traduits en français. Il résume magistralement les passages essentiels de leurs oeuvres qui appuient cette thèse d’un complot des banquiers internationaux. Le lecteur découvrira non seulement les écrits de Frédéric Morton, Des Griffin, Ron Chernow, William Engdhal et beaucoup d’autres, mais aussi l’oeuvre incontournable de Ferdinand Lips, cofondateur de la Banque Rothschild à Zurich, La Guerre de l‘Or. Bien sûr, Eustace Mullins et Les secrets de la Réserve Fédérale, y tiennent une place importante. Mais Hongbing Song ne se contente pas de reprendre les grandes lignes de ces auteurs cruciaux, il décrypte également les écrits de Henry Kissinger ou de George Soros, deux acteurs de premier plan des crises majeures, le déclenchement de la guerre du Vietnam pour l’un ou la spéculation monétaire qui a balayé l’Asie orientale en 1997 pour l’autre. L’ouvrage se termine en forme de recommandation adressée aux autorités chinoises et trace les grandes lignes que la Chine se devrait d’adopter pour établir sa monnaie nationale, le renminbi, comme future devise de réserve mondiale.

Il semble que six ans après la parution de ce premier volet de la Guerre des Monnaies, Hongbing Song ait été entendu, puisque la Chine n’a cessé depuis d’accumuler des réserves d’or ― elle est aujourd’hui classée au cinquième rang mondial, derrière la France et devant la Suisse, avec 1054 tonnes d’or (chiffre officiel inchangé depuis 2008 ― en réalité, la Chine pourrait en détenir 4 à 8 fois plus selon les estimations. Certains vont même jusqu’à affirmer que les réserves d’or de la Chine seraient supérieures à celles des États-Unis…). En mars 2013, la Chine s’annonçait prête à riposter en cas de « guerre des monnaies » !

AVANT-PROPOS
« À l‘heure où le porte-avions de l‘économie chinoise a hissé ses voiles, le vent lui sera-t-il favorable ? »

Zhao Yukun, économiste chinois, cinq ans après l’entrée de la Chine dans l’OMC et l’ouverture complète de sa finance aux capitaux étrangers.

En 2006, Henry Paulson, le ministre des Finances nord-américain, à la veille d’un séjour en Chine, déclarait à la chaîne de télévision câblée CNBC, à propos de l’impatience mondiale vis-à-vis des réformes économiques et monétaires en Chine : « Ils sont déjà les leaders de l‘économie mondiale, et le reste du monde ne va pas leur accorder beaucoup plus de temps ». {2} De toute évidence, la Chine d’aujourd’hui, qui avance à un rythme effréné, pèse de plus en plus lourd dans l’économie mondiale et le monde occidental veut à tout prix lui imposer ses règles. Mais une série de données et d’indicateurs économiques montrent que le « porte-avions de l’économie chinoise » a déjà fixé son cap…
Trois ans auparavant, le Bureau politique invitait des chercheurs à Pékin afin de leur enseigner l’histoire du

développement des grandes puissances. Il s’agissait en fait d’anticiper la montée de la Chine, en formant des spécialistes à cette nouvelle donne. Ce type d’initiative est révélateur de la grande confiance qu’a la Chine en elle-même et de la rapidité de son développement économique, qui dépasse même la vitesse du tournage de l’émission de CCTV, La montée en puissance des grandes nations ! Le monde entier observe la Chine, et l’on reprend partout en chœur : « Le XXIe siècle est le siècle de la Chine » ; « En 2040, la puissance économique de la Chine dépassera celle des États-Unis ». Alors, la Chine deviendra-t-elle inexorablement la première puissance mondiale ? Ainsi que le formule l’économiste chinois Zaho Yukun, le vent restera-il favorable à l’économie chinoise, maintenant qu’elle a hissé toutes ses voiles ? Durant les cinquante prochaines années, période à venir éminemment critique, la Chine pourra-t-elle maintenir sa vitesse de croisière ? Poursuivra-t-elle son essor avec la même résolution ? Quels sont les facteurs, encore impossibles à évaluer, qui pourraient influencer son cap, sa ligne de navigation et sa vélocité ?
Selon les analyses classiques, le voyage le plus dangereux dans les décennies à venir du porte-avions géant qu’est la Chine sera la traversée du détroit de Taïwan et sa capacité à se rendre maître des eaux territoriales en Asie de l’Est. Cependant, l’auteur émet la thèse que, si la Chine est capable de devenir la première puissance économique mondiale au milieu du XXIe siècle, le risque

principal viendra plus probablement d’une guerre sans fumée ― une « guerre financière ». Cette menace se rapproche en raison de l’expiration des cinq ans accordés à la Chine pour rejoindre l’OMC et libéraliser son secteur financier aux investissements étrangers. Désormais ouvert à l’investissement international, le secteur financier chinois est-il assez fort pour résister aux attaques ? Dispose-t-il de l’expérience pratique pour se prémunir contre un éventail d’instruments financiers dérivés, du style « frappes de précision à distance » ? La guerre navale peut servir d’exemple : en 1996, un sous-marin chinois parvint à repousser le porte-avions géant américain USS Nimitz dans le détroit de Taiwan ; et fin octobre 2006, un autre sous-marin chinois de classe Song faisait surface à portée de torpille de l’USS Kitty Hawk, après s’en être approché furtivement et sans avoir été détecté par aucun des bâtiments d’escorte en manœuvre.
Sur un théâtre d’opérations concret où la puissance militaire chinoise est temporairement incapable de rivaliser avec celle des États-Unis, la Chine a élaboré des tactiques particulières pour freiner les audaces nord-américaines. De façon symétrique, certains pays estimant que le développement accéléré de la Chine est préjudiciable à leurs intérêts pourraient attaquer le porte-avions économique chinois qui a déjà pris la mer, en

utilisant le « sous-marin nucléaire » de la guerre financière, l’obligeant à changer de cap et d’itinéraire. Que la Chine devienne un pays puissant sur l’échiquier mondial au milieu du XXIe siècle est prévisible, et tout le monde en convient, mais cela ne prend pas en compte certains obstacles et dommages éventuels causés par des impondérables importants, tels que la guerre financière. Le secteur financier chinois est déjà ouvert aux investissements étrangers. Si j’osais faire une analogie discutable, je dirais que les risques sont peut-être même supérieurs à laisser venir l’ensemble des troupes aéroportées nord-américaines à quelques encablures des eaux territoriales chinoises. Car même si les attaques militaires visent généralement à détruire des infrastructures et des installations, et qu’elles tuent des êtres humains, si l’on tient compte de la vaste étendue du territoire chinois, une guerre conventionnelle aurait beaucoup de mal à occasionner des dommages capitaux aux secteurs vitaux de l’économie. En revanche, une fois l’ordre économique du pays attaqué par la guerre financière, des troubles civils verraient immédiatement le jour et les agressions étrangères conduiraient inévitablement à une guerre civile.
L’Histoire est aussi sombre que peut l’être la réalité : désintégration de l’Union soviétique, dévaluation du rouble ; crise financière asiatique, « quatre petits tigres » asiatiques qui ont rendu les armes ; une économie

japonaise qui ne parvient toujours pas à se remettre de sa défaite… Aujourd’hui, posons-nous cette question : tous ces événements relèvent-ils vraiment du hasard ou d’une coïncidence fortuite ? Si ce n’est pas le cas, alors que se trame-t-il derrière tout ça ? Quelle pourrait être la prochaine cible ? Au cours des derniers mois, d’anciens agents (secrets) des magnats de l’énergie et des banquiers européens ont été tués les uns après les autres ! N’y aurait-t-il pas là de lien avec l’effondrement de l’URSS ? Le facteur le plus décisif de la désintégration de l’Union soviétique a-t-il été les réformes politiques ou les attaques financières ?
Toutes ces questions préoccupantes peuvent se poser également à la Chine, dans sa capacité à défendre son système financier et l’avenir de son développement économique. Même si l’on met de côté les taux de change du renminbi {3} (RMB) et les mille milliards de réserve de change {4} si l’on tient compte des jeux politiques des capitaux spéculatifs qui échappent à l’ordre financier, tant au niveau national qu’entre les pays, la situation de la Chine ne peut que se retrouver au centre de toutes les attentions. La patience et la bienveillance de la civilisation chinoise, ainsi que le concept de « développement pacifique » exprimé par les Chinois à plusieurs reprises, pourront-ils résister à l’invasion financière continue, subversive et agressive du « nouvel empire romain » ?

[En décembre 2006 ;] Henry Paulson s’est rendu en Chine pour un « dialogue économique stratégique ». Il était accompagné de Ben Bernanke. Le ministre des Finances nord-américain et le président de la Réserve Fédérale ont atterri ensemble à Pékin. Quel sens ce déplacement exceptionnel revêtait-il ? Mis à part les taux de change du RMB, quelle autre « compétition », dont le reste du monde n’était pas au courant, était-elle en train de se jouer ? Lors de l’interview qu’il avait accordée à CNBC, Paulson soulignait que ces deux jours de dialogue porteraient sur les défis à long terme posés par la croissance rapide de l’économie chinoise. Mais ces « défis à long terme », ainsi nommés, incluent-ils une possible « guerre financière » ? Le but de ce livre est de faire la lumière sur les grandes affaires de la finance depuis le XVIIIe siècle et de mettre à nu ceux qui tirent les ficelles dans les coulisses. Reconstituer l’Histoire, observer, confronter, dresser le bilan des objectifs stratégiques poursuivis par ces personnes et analyser leur modus operandi. Puis, une fois l’Histoire reconstituée, établir des pronostics sur la principale direction que prendra leur future attaque contre la Chine et explorer les possibles contre-mesures à prendre.
Bien que l’on n’aperçoive pas encore de fumée s’élever à l’horizon, la guerre a déjà bel et bien commencé !

1
L’INSAISISSABLE
1ère FORTUNE MONDIALE

suite…

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