Les documents Morgenthau



Auteur : De Poncins Léon
Ouvrage : Les documents Morgenthau Dans l’Allemagne vaincue, la fin de la guerre sera écrite dans le sang
Année : *

Le Sous-Comité de Sécurité Intérieure du Sénat américain en
matière judiciaire a publié récemment une série de documents qui
fournissent des renseignements très complets sur l’étrange activité
du Ministère des Finances U. S. A. au cours des aimées cruciales
1934‑1945(1). Ces documents présentent un intérêt capital car c’est
toute l’histoire secrète de la politique étrangère du gouvernement américain
qui s’y déroule sous nos yeux. Il s’agit de deux énormes volumes
comportant au total 1 650 pages et qui traitent exclusivement de la politique
américaine en ce qui concerne la guerre, l’Allemagne et l’Europe.
Le gouvernement américain voulant présenter ces documents à la
Commission d’enquête du Sénat, a chargé le Dr Anthony Kubek, professeur
d’histoire à l’Université de Dallas et chef de sa section historique,
de présenter au Sénat un résumé clair et concis des documents
Morgenthau. Ce résumé constitue un rapport de quatre-vingts pages
qui est publié en introduction aux documents Morgenthau proprement
dits. Dans les pages qui suivent, je vais donner un résumé de cette
introduction. Les passages reproduits entre guillemets sont des citations
intégrales du rapport Kubek.

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1. — Prepared by the Subcommittee to investigate the administration of
the interna ! Security act and other internal Security Iaws of the Committee
on the Judiciary United States Senate.
November 20, 1967. U. S. Government Printing Office Washington D. C.

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Ces documents, publiés par le gouvernement des États-Unis,
ont donc un cachet officiel d’authenticité indiscutable. Ils nous
montrent l’influence énorme que ses conseillers juifs exerçaient sur
le Président Roosevelt : B. Baruch – H. Morgenthau – Harry Dexter
White, etc…
A une époque cruciale de l’histoire, un groupe de politiciens juifs
a orienté secrètement la politique étrangère des États-Unis et a joué un
rôle capital dans le déroulement des événements européens. Il s’agissait
du ministre des Finances Henry Morgenthau, entouré de collaborateurs
et de conseillers exclusivement juifs, poursuivant une politique
purement juive sans se soucier un seul instant des intérêts américains.
Profitant de l’amitié intime qui l’unissait au Président Roosevelt,
H. Morgenthau outrepassait complètement ses attributions, et,
quoique simple ministre des Finances, il a dirigé de 1934 à 1945 la politique
étrangère américaine en passant par dessus la tête des ministres
de la Guerre et des Affaires Etrangères, normalement qualifiés pour
cela mais qui étaient impuissants à s’y opposer et qui parfois ignoraient
purement et simplement les décisions prises en secret par Morgenthau
et Roosevelt.
Tel fut le cas notamment de la fameuse Conférence de Québec, où
des décisions capitales pour l’avenir de l’Europe furent prises entre
Roosevelt et Churchill. Seuls étaient présents à cette conférence
Morgenthau et Harry Dexter White ; Stimson et Hull, ministres de la
Guerre et des Affaires Etrangères en avaient été soigneusement écartés.
L’on se souvient peut-être que l’abolition de toute diplomatie secrète
était un des buts de guerre, formulé en 1918 par Wilson, alors
Président des États-Unis, comme étant une des bases essentielles de la
démocratie.

« Les documents présentés ci-dessous, nous dit le professeur
Kubek, se rapportent à la politique envers l’Allemagne menée par le
ministère des Finances au cours de la deuxième guerre mondiale et de
la période immédiate d’après-guerre. Ils montrent à quel point ce ministère
outrepassait sa juridiction et exerçait une pression abusive et
incontrôlée sur la politique étrangère. »
Les principaux collaborateurs du Président Roosevelt pour la
politique étrangère étaient naturellement les ministres des Affaires
Etrangères, de la Guerre et de la Marine. Mais il faut y ajouter, pendant
la période ci-dessus mentionnée, le ministre des Finances, Morgenthau.
« Avant d’être nommé ministre des Finances, Morgenthau avait
vécu vingt ans près de la maison de Roosevelt, à Hyde Park, N. Y., et
on pouvait le considérer comme un de ses plus intimes et plus fidèles
amis. »
Cette amitié explique sa nomination et l’influence énorme qu’il
exerça pendant toute la guerre sur la politique étrangère des U. S. A.
« La conduite de la politique américaine consomme aujourd’hui
une part si importante du budget annuel que le ministre des Finances et
ses experts sont automatiquement mêlés aux décisions diplomatiques
de tous ordres. Mais à l’époque de Roosevelt, le profond engagement
du ministre Morgenthau dans les questions de portée internationale
contraria beaucoup les autres membres du Cabinet et créa des frictions
considérables avec le ministère des Finances…
« … Dans ses Mémoires, le ministre des Affaires Etrangères,
Cordell Hull, en parle en ces termes : Sentimentalement bouleversé
par l’ascension de Hitler et sa persécution contre les Juifs, Morgenthau
chercha souvent à persuader le Président de devancer les Affaires
Etrangères ou d’agir contrairement à nos meilleurs avis. Nous l’avons
parfois trouvé en train de mener des négociations avec les gouvernements
étrangers qui étaient du ressort des Affaires Etrangères. Son

travail dans l’élaboration d’un plan catastrophique concernant le traitement
de l’Allemagne après-guerre qu’il poussa le Président à accepter
sans consulter le ministère des Affaires Etrangères, fut un exemple
flagrant de cette ingérence.
« Ailleurs, dans ses Mémoires, Hull reconnaît que Morgenthau
était un administrateur compétent ayant une « excellente organisation…
habilement menée par Harry Dexter White ». De fait, ce fut le
Dr Harry Dexter White, principal conseiller de Morgenthau en questions
monétaires, puis adjoint au ministre des Finances, qui dirigea la
plupart des affaires importantes du ministère. Le Journal révèle l’influence
de White qui fut considérable au cours des années de la deuxième
guerre mondiale. »
Peu après que Morgenthau eut été nommé ministre, en 1934,
White, qui avait enseigné à Lawrence College, Appleton (Wis.) et qui
allait être docteur de l’Université de Harvard, vint le rejoindre comme
analyste économique.
« En 1938, le poste de directeur de la Recherche Monétaire fut
créé pour lui et au cours de l’été 1941, il reçut le titre et les fonctions
supplémentaires d’ « adjoint au ministre ». Parlant haut, portant
moustache et s’habillant avec soin, il fut une des figures éminentes
des Finances, mais il resta inconnu du public jusqu’à ce qu’en 1945,
des articles de journaux le découvrirent comme étant le réel architecte
des projets monétaires du ministre Morgenthau pour la période de
l’après-guerre. »
« White soumettait ses plans et ses idées au ministre et celui-ci,
très souvent, les portait directement au Président, car Morgenthau
avait accès auprès du Président beaucoup plus facilement que n’importe
quel autre membre du cabinet. Dans le cabinet, il était au-dessous
du ministre des Affaires Etrangères, mais souvent Hull s’est plaint
de ce « qu’il agissait comme s’il avait autorité » pour s’ingérer dans le
domaine des Affaires Etrangères… »

« Pendant des années, White introduisit aux Finances et dans
d’autres services du gouvernement, de nombreux spécialistes en économie,
avec lesquels il travaillait étroitement. White et ses collègues
étaient donc en mesure d’exercer sur la politique extérieure américaine
une influence qui, selon Le Journal, aurait été profonde et sans précédent.
Ils usèrent de leur pouvoir de différentes manières pour préparer
et promouvoir ce qu’on a appelé « le Plan Morgenthau » concernant
le traitement à appliquer à l’Allemagne après-guerre. Leur pouvoir ne
se limitait pas à l’autorité qui leur était déléguée ; disons qu’il était en
fonction de l’accès qu’ils avaient auprès du ministre Morgenthau et de
leur influence sur lui et sur d’autres fonctionnaires. »
Or, White et plusieurs de ses collègues, qui étaient les réels promoteurs
de la politique nationale vitale pendant ces années cruciales,
furent identifiés, par la suite, comme appartenant à un réseau d’espionnage
communiste.
« Deux d’entre eux, Frank Coe et Solomon Adler, avaient travaillé
pendant des années pour le compte des communistes chinois en Asie.
Dans Le Journal de Morgenthau, on peut glaner de nombreux détails
sur les vastes opérations d’espionnage politique de ce groupe, spécialement
dans la zone de subversion politique. »
Leur activité communiste au sein du gouvernement fut révélée
par Elizabeth Bentley et Whittaker Chambers, devant le Comité de
la Chambre, en 1948, et dans les auditions devant le Sous-Comité de
Sécurité Intérieure du Sénat, sur les opérations du groupe communiste
au sein de l’ « Institut des Relations dans le Pacifique » ; le nom de White
revenait sans cesse.
« Par la suite, lorsque le Sous-Comité s’occupa de l’enchevêtrement
de la subversion dans les services du gouvernement, ses auditions
dévoilèrent de nouvelles données sur les activités de White et sur
ses rapports avec les membres du groupe communiste qui opérait au
sein du gouvernement. Le Dr White était le centre de toute cette activi-

té. Son nom servait de référence aux membres du réseau d’espionnage
lorsqu’ils sollicitaient un emploi fédéral. Il organisait leur transfert de
bureau à bureau, de ministère à ministère. Il leur assignait des tâches
internationales » Il se portait garant de leur loyauté et les protégeait
lorsque le scandale les menaçait. »
Lorsque l’ancien courrier communiste, Elizabeth Bentley, comparut
devant le Sous-Comité, en 1952, elle donna une image atterrante du
plan fondamental de la pénétration communiste. Un des deux groupes
qu’elle « manipulait à Washington », était dirigé par Nathan Gregory
Silvermaster, fonctionnaire au ministère des Finances. Concernant les
voies d’accès pour placer certaines personnes dans des postes stratégiques,
elle déclara : « Deux de ces meilleures voies étaient Harry
Dexter White et Lauchlin Currie. Ils avaient une immense influence
et ils connaissaient les gens et ce qu’ils disaient était accepté lorsqu’ils
recommandaient quelqu’un. »
Canadien de naissance, économiste de l’Université de Harvard,
Currie vint à Washington en 1934 ; il entra aux Finances puis au Federal
Reserve Board. En 1939, il fut nommé un des six adjoints administratifs
au Président pour s’occuper » spécialement de la politique et des problèmes
économiques internationaux.
« Grâce à Currie, à la Maison Blanche et à White aux Finances,
le scénario était monté pour développer ce que le ministre Hull a appelé
le « catastrophique » programme de l’organisation de l’Allemagne
après-guerre, et connu sous le nom de « Plan Morgenthau ».
« Énoncé en quelques mots, l’objectif du Plan Morgenthau était de
désindustrialiser l’Allemagne et de réduire son peuple à une existence
pastorale, après la victoire. Si cela pouvait se réaliser, les militaristes allemands
ne se relèveraient jamais plus pour menacer la paix du monde.
Telle était la justification de ce plan avoué ; mais un autre motif se cachait
derrière. Ce motif inavoué a été dévoilé par un article du New-York
Herald Tribune, en septembre 1946, plus d’un an après l’effondrement

de l’Allemagne. Le but réel du projet de condamnation de « toute l’Allemagne
à un régime permanent de pommes de terre », était la communisation
de la nation vaincue. « La meilleure façon de jeter le peuple
allemand dans les bras de l’Union Soviétique », était‑il indiqué, « était
de faire des États-Unis le champion d’une misère dure et aveugle en
Allemagne ». Et c’est bien ce qui est apparu lorsque, dans un récent
discours, le ministre des Affaires Etrangères Molotov exprima l’espoir
que l’Union Soviétique « transforme » l’Allemagne en « un état démocratique
et pacifique qui, en dehors de son agriculture, aura sa propre
industrie et son commerce extérieur ». La Russie a‑t‑elle vraiment formé
le projet de devenir le sauveur d’une Allemagne prostrée à la suite
du destin vengeur que les États-Unis avaient tramé contre elle ? Si tel
fut véritablement le motif caché du Plan Morgenthau, que penser du
principal auteur du projet ? Fut-ce là le motif de Harry White ? White
agit-il en tant que communiste, mais sans instructions spécifiques ?
Agit-il comme agent soviétique lorsqu’il rédigea ce plan ? »
Le Journal de Morgenthau ne mentionne pas expressément que
White fut communiste ou agent des Soviets, mais il donne une singulière
vraisemblance aux témoignages de hauts personnages qui déclarèrent
qu’il était l’un et l’autre, depuis son entrée au service du gouvernement
des États-Unis.
« Avant l’entrée des États-Unis dans la seconde guerre mondiale,
les principaux efforts du ministre Morgenthau se portèrent sur l’armement
des Alliés contre le Japon et l’Allemagne. Personne à Washington
ne fut sans doute plus engagé dans l’aide aux Alliés et plus ardent à
favoriser la défense nationale que Morgenthau. A l’époque, le ministre
Hull craignait que la fervente croisade menée par Morgenthau n’aille
trop loin dans la provocation des puissances de l’Axe. Le Journal montre
de vifs désaccords entre les Affaires Etrangères et les Finances sur l’administration
des contrôles de l’exportation et des fonds étrangers en
dépôt aux États-Unis. »

Morgenthau entra souvent en conflit avec les Affaires Etrangères
parce qu’il s’arrogeait des prérogatives qui relevaient nettement de ce
ministère : correspondance ou discussions avec les ambassadeurs et les
hommes d’États étrangers ; mainmise sur le contrôle du matériel de
guerre.
Hull souffrait beaucoup de ce qu’il regardait comme une inqualifiable
ingérence dans le domaine des affaires étrangères que souvent
d’ailleurs, Morgenthau connaissait mal.
De même, Morgenthau essayait de se procurer des documents qui
ne concernaient en rien les Finances ou d’introduire dans les ministères
et les commissions des hommes aussi dangereux que Lauchlin
Currie ou Silvermaster qui travaillaient tous deux pour les Soviets et
dérobaient des documents à la Maison Blanche ou aux Finances au
profit de ceux-ci.
En 1945, Morgenthau offrit à Silvermaster un poste important aux
Finances. L’activité de Silvermaster en politique étrangère y fut très importante.
Dans un mémorandum qu’il adressa à Morgenthau le 19 juin
1945, il conseille « d’établir une solide amitié soviéto-américaine » et
se réjouit de ce que le Président Truman « se prépare avec ardeur » à la
prochaine entrevue des Trois Grands à Postdam et l’encourage à faire
un voyage à travers l’Union Soviétique.
« Un voyage à travers l’Union Soviétique et la Sibérie permettrait
au Président de revenir de l’entrevue des Trois Grands avec une
connaissance personnelle plus intime et des relations personnelles plus
directes avec de hauts personnages qui en savent plus que tout autre
Américain ou Anglais. »
« Quiconque étudie Le Journal de Morgenthau ne peut manquer
d’être profondément impressionné par l’énorme puissance accumulée
dans les mains avides du Dr Harry Dexter White qui, en 1953, fut
identifié par J. Edgar Hoover comme agent de l’espionnage soviétique.
Après la crise de Munich au printemps 1938, le ministre Morgenthau

invita White, alors chef de la Division de la Recherche Monétaire, à devenir
membre régulier du « Groupe 9.30 » composé de ses principaux
conseillers. »
Après Pearl-Harbour, M. Harry D. White, adjoint au ministre, assuma
la pleine responsabilité de toutes les questions du ministère des
Finances se rapportant aux relations étrangères puis bientôt celle de
toutes les questions financières et économiques du ministère en liaison
avec les opérations de l’armée et de la marine. Pour un agent soviétique,
les occasions offertes par ces fonctions étaient incalculables. Enfin, en
décembre 1944, Morgenthau fit pression sur le Président Roosevelt
pour que White fut nommé ministre adjoint aux Finances.
L’influence de Harry Dexter White et de ses collègues dans l’élaboration
du projet du Plan Morgenthau, qui éliminait l’Allemagne comme
puissance mondiale pour le plus grand profit de l’Union Soviétique,
fut considérable.
« En 1952, Elizabeth Bentley donna un aperçu extraordinairement
révélateur de la manière dont White contrôla le projet du programme
du ministre Morgenthau pour la destruction de l’Allemagne. Lorsque
les membres du Sous-Comité du Sénat de la Sécurité Intérieure demandèrent
à Miss Bentley si elle connaissait un « Plan Morgenthau »
similaire pour l’Extrême-Orient, elle répondit :
— « Non, le seul Plan Morgenthau que je connaisse est celui sur
l’Allemagne.
— « Sénateur Eastland : Vous avez bien dit qu’il y avait un complot
communiste pour détruire l’Allemagne et l’affaiblir pour qu’elle ne
puisse plus nous aider ?
— « Miss Bentley : C’est exact. Elle ne serait plus une barrière qui
protègerait le monde occidental.
— « Sénateur Eastland : Et que M. Morgenthau, qui était ministre
des Finances des États-Unis, était utilisé par les agents communistes

pour fomenter ce complot ?
— « Miss Bentley : Oui, j’en ai peur. »
En novembre 1953, J. Edgard Hoover devait témoigner devant le
Sous-Comité que « tous les renseignements fournis par Miss Bentley
qui avaient pu être vérifiés s’étaient avérés exacts et furent par la suite
« corroborés par le témoignage de Whittaker Chambers. »
D’autres hauts fonctionnaires tels que Joseph J. O’Connell et
Robert McConnell travaillèrent aussi au programme des Finances sur
le contrôle de l’Allemagne après-guerre, qui prévoyait le démantèlement
de son industrie lourde au profit des Alliés, de ses usines de pétrole,
la « fermeture » de la Ruhr, le paiement d’une « somme globale
en ressources matérielles, humaines et en territoire » et la rééducation
du peuple allemand pour en faire une nation pacifique.
« Le plan que Roosevelt et Churchill approuvèrent à la conférence
de Québec, en septembre 1944, incorporait bien des idées fondamentales
recommandées par McConnell. « J’ai un rapport ici qu’il
(McConnell) m’a donné sur les aciéries allemandes et sur l’économie
de l’Allemagne, écrivait Dan Bell, un des principaux adjoints de
Morgenthau. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Entre temps, le ministère des Affaires Etrangères avait terminé,
le 31 juillet 1944, ses propres propositions sur l’Allemagne d’aprèsguerre.
Intitulées« Rapport sur les Réparations, Restitutions et Droits
de Propriété – Allemagne », elles étaient diamétralement opposées
au plan des Finances en cela qu’elles prévoyaient « la reconstruction
rapide et la réhabilitation des régions dévastées ». Il ne devait pas y
avoir un « affaiblissement permanent sur une grande échelle de toute
l’industrie allemande ; au contraire, le rapport demandait « une éventuelle
intégration de l’Allemagne dans l’économie mondiale. »
« Après la conférence de Bretton Woods en juillet 1944, White

obtint, sans doute de Frank Coe ou de Harold Glasser, un exemplaire
des propositions du ministère des Affaires Etrangères, ce qui constitue
sans doute le trait le plus important de sa carrière secrète d’agent soviétique.
Il le montra immédiatement à Morgenthau. »
En août 1944, Morgenthau, accompagné de White, se rendit en
Angleterre pour rencontrer son représentant personnel à l’état-major
d’Eisenhower, le lieutenant-colonel Bernard Bernstein. Ayant appris
que le général Eisenhower partageait ses vues sur le traitement de l’Allemagne
après-guerre « il avait maintenant un puissant soutien qu’il
allait utiliser efficacement pour défier ces individus des ministères de
la Guerre et des Affaires Etrangères qui préconisaient une paix molle. »
Le 12 août, il organisa une réunion de hauts fonctionnaires américains
qui se trouvaient à Londres pour s’occuper du problème de l’Allemagne
après-guerre, et en termes simples, il exposa pour la première
fois officiellement la substance du plan des Finances dont le but était
de détruire l’économie allemande et sa puissance militaire.
« Après avoir écouté Morgenthau et White exposer le plan, Philip
Mosely, conseiller aux Affaires Etrangères déclara que leurs idées
étaient : « extravagantes, enfantines et imbéciles ». Mais ces critiques
ne firent aucune brèche dans leur détermination. Sans égard pour la
façon dont les autres pouvaient réagir à leurs idées, ils n’apportèrent
aucune modification. « Je pensais que vos idées étaient déjà cristallisées
avant cela », dit plus tard White à Morgenthau, « et vous avez
seulement essayé de connaître leurs idées et de leur dire les vôtres ».
La nature des arguments de Morgenthau rendait difficile l’application
d’une analyse logique. « Lorsque… M. Morgenthau soutenait que l’Allemagne
devrait être convertie en pays purement agricole », rappelle
Penrose, « j’ai fait remarquer qu’en plus des autres aspects de la question
un tel changement était impossible à cause de la proportion entre
la population et les terres cultivables. Sa réplique fut que le surplus de
la population devrait être déversé en Afrique du Nord ! Une telle dis-

cussion ne valait pas d’être poursuivie ». Après son retour d’Angleterre,
Morgenthau était visiblement ébranlé. Le Président, pensait-il, allait
devoir intervenir. « Il va être terriblement occupé », dit Morgenthau
à son service. « Rien n’a été fait en ce qui concerne l’Allemagne. Je vais
en parler à Hull, car ses fonctionnaires sont les pires… Ça va être un
joli travail ». Dan W. Bell acquiesça. « Il était sûr, dit-il, que les Affaires
Etrangères voulaient établir une Allemagne bien forte », entre les
États-Unis et la Russie Soviétique. »
Morgenthau se rendit chez le ministre Hull pour lui faire part des
contacts qu’il avait eus à Londres. Il lui expliqua qu’il avait demandé au
général Eisenhower de lui donner son point de vue sur le traitement de
l’Allemagne après sa reddition ; celui-ci lui avait déclaré que pendant
les premiers mois qui suivraient l’entrée des Alliés en Allemagne, celleci
« devrait mijoter dans son jus ».
Le ministre de la Guerre Stimson ne partageait pas les dispositions
du Plan Morgenthau et, en ce qui concerne la Sarre notamment,
il voulait maintenir le statu quo social sous contrôle international.
Morgenthau lui opposa sa crainte de voir resurgir l’Hitlérisme.
« Stimson ayant reconnu cette éventualité, Morgenthau lança sa
proposition sous forme de question. « Ne croyez-vous pas qu’il faudrait
prendre exemple sur Hitler et retirer complètement ces enfants à
leurs parents, les mettre sous la tutelle de l’État et faire diriger ces écoles
par d’anciens officiers des armées américaine, anglaise et russe pour
leur apprendre le véritable esprit démocratique ? » Lorsque Stimson
répondit qu’il n’avait guère pensé à cela, Morgenthau lui annonça qu’il
allait prendre l’initiative d’en parler au Président ; il fallait que celui-ci
donne des instructions aux Affaires Etrangères, à la Guerre et aux
Finances pour que ces ministères préparent, en commun, un plan sur
l’Allemagne d’après-guerre. Il se garda bien d’ajouter que les fonctionnaires
des Finances travaillaient à ce plan depuis plus d’un an. »
Au début de 1944 avait été créée, à Londres, sous l’égide du Grand

Quartier Général des Forces Expéditionnaires Alliées (S H A E F),
« l’Unité du Pays Allemand » (German Country Unit) chargée
d’élaborer des plans exacts sur l’occupation militaire de l’Allemagne
après la guerre. Elle avait préparé trois projets d’un « Manuel pour
le Gouvernement Militaire de l’Allemagne dont les différences avec
le Plan Morgenthau, sur la manière de traiter l’Allemagne, étaient
considérables.
Sous la pression de Morgenthau auquel un exemplaire de ce projet
avait été remis, sans doute par son agent personnel en Europe, le
lieutenant-colonel Bernstein, la publication de ce manuel ne fut pas autorisée
et le Président Roosevelt exigea une attitude plus dure à l’égard
de l’Allemagne et donna ordre que « tous les exemplaires » du manuel
soient retirés immédiatement.
Le projet fut remanié par White dans un esprit tout à fait différent
de l’original.
« En vérité, il est remarquable de voir comment les Finances intervinrent
pour obliger le ministère de la Guerre à changer sa politique
fondamentale sur l’Allemagne d’après-guerre. « Si nous n’étions pas
allés en Angleterre » déclara Morgenthau à son service, « et si Harry
ne m’avait pas donné le document du ministère de la Guerre (du 31
juillet)… les choses auraient continué, le manuel (sic) aurait paru et
personne n’aurait été plus avancé. Ils auraient pris les devants et réalisé
ce qui était dans le manuel. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Selon le lieutenant-colonel John Boetiger, gendre du Président,
Bernstein était considéré sur tout le théâtre européen comme représentant
les idées de Morgenthau et comme « extrémiste ». Plus tard,
il devait être identifié par le Sous-Comité comme puissant partisan
des causes pro-communistes. Il défendait vigoureusement l’Union
Soviétique, notamment dans sa manière d’exécuter l’accord de
Postdam. Selon le Daily Worker du 21 février 1946, l’intéressé avait

déclaré : « Seuls les Russes ont montré qu’ils voulaient exterminer le
Fascisme et le Nazisme…
« L’influence du ministre des Finances dans l’élaboration de la politique
américaine est dramatiquement illustrée par la position exceptionnelle
tenue par le colonel Bernstein. »
« Il entretenait, en effet, les contacts les plus étroits avec
Morgenthau, White et autres fonctionnaires des Finances et sur simple
demande, il pouvait se rendre à Washington. Sa propagande était très
active. La plupart du personnel de son bureau venait directement des
Finances. »
Un autre protégé de White qui joua un rôle assez important fut
Irving Kaplan, représentant les Finances à la section de contrôle des
fonds étrangers du U. S. Group Control Council qui avait remplacé le
« German Country Unit ». Son influence sur la politique d’occupation
en Allemagne était considérable. En juin 1945, il fut nommé au ministère
des Finances par Frank Coe qui fut identifié par Miss Bentley
comme agent d’espionnage soviétique.
Comme ministre des Finances, Morgenthau participait naturellement
à la politique à appliquer après-guerre à l’Allemagne. Mais il
fouilla profondément les questions sans rapport avec l’économie.
Tout le service de White travaillait activement à la préparation de
la politique américaine à l’égard de l’Allemagne de l’après-guerre. Le
28 août 1944, un de ses subordonnés, Henri J. Bitterman, soumit un
mémorandum sur le partage de l’Allemagne dans lequel étaient intégrées
les revendications de la Russie sur le territoire allemand.
Les recommandations des autres ministères concernant le traitement
de l’Allemagne après la victoire des Alliés, étaient constamment
remises en question par les Finances.
Le 1er septembre 1944, le ministère des Affaires Etrangères présenta
un projet intitulé : « Politique américaine pour le traitement de

l’Allemagne après sa reddition » qui pressait le gouvernement de faire
connaître sur quelles bases devait être menée cette politique. Il y était
dit notamment :
« Si un vaste programme de destruction industrielle ou de démantèlement
était accepté, « il apporterait de vastes et importants changements
dans l’ensemble de l’économie européenne ». Puisque les denrées
alimentaires étaient insuffisantes en Allemagne, il était douteux
« qu’un plan faisant de l’Allemagne un pays à prédominance agricoles
put être réalisé sans la liquidation ou l’émigration de plusieurs millions
d’Allemands. De plus, l’Allemagne étant un gros producteur de charbon
et de bauxite, « un programme de naufrage » pourrait avoir pour
conséquences une opposition considérable de l’Europe à cause de ses
répercussions sur l’économie continentale. Enfin, si un programme de
réparations devait être adopté, la destruction de l’industrie allemande
le rendrait impraticable, sinon impossible. »
« Morgenthau et White, qui n’approuvaient pas cette analyse,
avaient hâte de faire accepter leur propre programme par le Président
avant que les Affaires Etrangères et la Guerre puissent intervenir
efficacement »
Le 1er septembre, les Finances, à leur tour, sortirent un nouveau
projet intitulé : « Suggestions pour un programme sur l’Allemagne
après la Reddition » qui insistait une fois de plus sur la « complète
démilitarisation de l’Allemagne » et la « totale destruction » de son
industrie.
La Ruhr devait non seulement être « dépouillée de toutes les industries
existant à ce jour », mais si « affaiblie et contrôlée » qu’elle ne
pourrait plus dans un avenir prévisible, devenir une région industrielle
efficace. Toutes ses installations devaient être « complètement démantelées
» ou « complètement anéanties » et ses mines « détruites ».
Le lendemain, White présenta ce projet au cours d’une réunion
de fonctionnaires des Affaires Etrangères, de la Guerre et des Finances,

organisée par Harry Hopkins, dans son bureau de la Maison Blanche.
Par la suite, le projet de White fut incorporé dans ce qu’on a appelé
le « Plan Morgenthau » tel qu’il fut révélé à la conférence de Québec.
Le plan était essentiellement fondé sur la vengeance et non sur des
principes de saine économie. Il se refusait aveuglément à considérer
le fait fondamental que les Alliés victorieux, en frappant l’Allemagne,
frapperaient le coeur économique de l’Europe. L’économie de l’Europe
qui, pendant des générations, avait dépendu de certaines matières premières
allemandes allait maintenant se trouver terriblement paralysée.
De plus, l’exécution du plan des Finances ne pouvait avoir pour résultat
que de laisser l’Union Soviétique dans une position privilégiée pour
dominer l’Europe Centrale. »
Dans la préparation du projet des Finances, le Dr Harold Glasser,
économiste appartenant à ce ministère depuis 1936, fut lui aussi étroitement
associé à White. »
« Le Journal de Morgenthau mentionne fréquemment Glasser
comme ayant travaillé à la préparation des projets d’après-guerre pour
le contrôle de l’Allemagne. D’après le témoignage d’Elizabeth Bentley
corroboré par celui de Wittaker Chambers, Glasser était membre d’une
cellule communiste. »
« Concernant le châtiment des chefs nazis, White suggéra la préparation
d’une liste de « criminels de guerre » et sa présentation aux
officiers américains qui étaient sur place pour leur permettre d’identifier
convenablement les coupables et de les tuer sur-le-champ. John
Pehle, l’avocat des Finances, remarqua que c’était une bonne idée, mais
il ajouta : « Si l’on fait quelque chose, il faut le faire tout de suite ou
alors on ne fera rien.
« Dans toutes les discussions, Morgenthau et White revenaient
sans cesse sur la nécessité de « liquider » la Ruhr, ce en quoi le Président
Roosevelt était d’accord avec eux. Selon les propres paroles de ce dernier,
il fallait « nourrir sa population avec les cuisines roulantes de l’ar-

mée américaine ». Le bassin de la Sarre devait subir le même sort. »
« Si la Ruhr et la Sarre pouvaient devenir « improductives et être
dépouillées de leurs machines, et si leurs mines pouvaient être noyées,
dynamitées et détruites » (disait Morgenthau) « l’Allemagne serait
impuissante à faire la guerre. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Tel était le caractère des avis émis par le ministre Morgenthau
sur le traitement de l’Allemagne après-guerre. Jamais dans l’histoire
américaine un programme aussi vindicatif à l’égard d’une nation vaincue
n’avait été proposé. L’influence sans précédent exercée par les
Finances sur la détermination de la politique américaine envers l’Allemagne
avait permis aux sophismes, aux faux-fuyants qui éludaient
les questions, et au mépris délibéré des relations économiques essentielles,
de se manifester dans le plan d’après-guerre tel qu’il avait été
adopté. Il en résultait qu’aucun papier, de quelque importance qu’il
soit, traitant de l’occupation de l’Allemagne, ne pouvait être mis en circulation
sans l’approbation des Finances. Les ministères de la Guerre
et des Affaires Etrangères étaient devenus virtuellement les subordonnés
des Finances dans le domaine de leur responsabilité. »
« Au cours d’une réunion interministérielle du 2 septembre 1944,
Harry Dexter White donna ce que James Riddleberger, expert allemand
du ministère des Affaires Etrangères, a appelé « une interprétation
plutôt prolixe de son plan qui, dans sa teneur générale, était plus
extrême que le mémorandum lui-même des Finances. »
La différence des points de vue entre les Finances et les autres ministères
éclatait à chaque réunion. Si Hull favorisait l’élimination de
l’Allemagne comme première puissance économique d’Europe, il n’en
suggérait pas moins l’établissement d’un niveau de vie suffisant.
« Morgenthau, au contraire, insistait pour que la population allemande
soit placée en état de famine. Stimson était d’accord avec les
recommandations de Hull excepté qu’il préférait un haut niveau de vie.

Aux Allemands, il voulait appliquer « les principes de Christianisme
et la bonté ». Les remarques de Stimson provoquèrent la colère de
Morgenthau et de Hopkins, qui tous deux insistèrent sur l’élimination
totale de l’Allemagne comme facteur économique européen avec un
régime moins que suffisant pour sa population. Hopkins argumenta
même contre « toute aciérie » en Allemagne après-guerre. »
« L’opposition opiniâtre de Stimson au Plan Morgenthau est une
des révélations principales du Journal. Tout à fait opposé au programme
des Finances sur « la fermeture » de la Ruhr, il prédit que « trente millions
d’hommes mourraient de faim si la Ruhr était fermée. »
Dans une conversation téléphonique où Morgenthau et Hopkins
ironisent sur la position prise par Stimson à l’égard de l’Allemagne il est
dit : « Morgenthau : Et je pense que si nous pouvions approfondir un
peu plus, nous découvririons que, comme quelques autres confrères, il
a peur de la Russie. »
« Le 6 septembre, Morgenthau, Hull et Stimson rencontrèrent le
Président. Morgenthau continua à réclamer instamment une politique
implacable à l’égard de l’Allemagne. »
Roosevelt était d’accord pour démanteler la Ruhr et noyer les
mines ; il voulait donner à l’Angleterre les matières premières de cette
région. Stimson s’efforçait de contrecarrer ses projets.
Le 9 septembre, Morgenthau et ses collaborateurs réunis, de nouveau,
dans le bureau du Président, présentèrent le détail du plan qu’ils
avaient appelé le « Livre Noir » (Black Book) et qui fut, une fois de
plus, vigoureusement combattu par Stimson.
« Lorsque le Président quitta Washington au soir du 9 septembre
pour se rendre à Québec, à la réunion historique avec le
Premier ministre britannique, il emporta un exemplaire du Livre Noir.
Morgenthau accompagna Roosevelt à la gare et décida de partir dans le
Nord. Lorsque le train s’arrêta le lendemain à Hyde Park, Morgenthau
se rendit à sa ferme non loin de là. Mais il ne s’attarda pas longtemps

à Fishkill Hook. Ami de longue date de Roosevelt, il savait combien il
était facile au Président de remettre un projet à plus tard ; et cette fois,
personne n’était là pour saisir l’occasion.
« Trois jours après, Roosevelt télégraphia à Morgenthau :
« Veuillez être à Québec jeudi 14 septembre, à midi ». Immédiatement,
Morgenthau prit la décision d’emmener White. En préparant leurs bagages
pour le voyage, ils n’oublièrent pas de joindre un exemplaire du
Livre Noir pour l’offrir à Lord Cherwell, un des conseillers les plus intimes
de Churchill. »
« Le plan sur l’Allemagne d’après-guerre qui fut présenté à la
conférence de Québec fut précisément celui qui était exposé dans le
Livre Noir de Harry Dexter White et de ses collaborateurs. Ce plan
demandait le rejet de la Charte Atlantique signée par Roosevelt et
Churchill trois ans auparavant. »
Au début, Churchill s’emporta violemment contre le plan, mais
bientôt il devait changer d’attitude.
« Qu’est-ce donc qui incita Churchill à changer d’avis et à accepter
le plan des Finances ? C’est que Harry Dexter White avait donné à
entendre à Lord Cherwell, qui était auprès de Churchill à Québec, que
si le Premier ministre approuvait le plan américain, les Britanniques
pourraient recevoir le prêt important qu’ils recherchaient. Morgenthau
avait compris qu’une garantie de continuer l’aide financière, même
après la fin de la guerre, l’emporterait dans l’esprit de Churchill.
Un prêt de six milliards et demi de dollars fut promis à Churchill
pour l’aider à surmonter les difficultés de la période allant de la fin de la
guerre en Europe jusqu’à la reddition du Japon.
« Du propre aveu de White, Morgenthau avait donc offert à
Churchill un prêt en échange de son acceptation du plan des Finances
sur l’Allemagne d’après-guerre. Mais plus importantes encore sont
les questions suivantes : White conseilla-t-il ou encouragea-t-il ou
inspira-t-il Morgenthau sur la manière d’agir avec Churchill qu’il sa-

vait être un obstacle ? Quelles discussions White eut-il avec Cherwell
derrière les coulisses ? Quel fut le rôle exact de White à la conférence
de Québec ? Questions auxquelles il n’a pas été possible de répondre
jusqu’ici car les documents officiels de la conférence restent encore à
publier. »
« Bien que les affaires étrangères et les questions militaires aient
été discutées à fond à la conférence de Québec, ni Hull ni Stimson
n’étaient présents. Le ministère des Finances eut le pas sur les Affaires
Etrangères et la Guerre dans les négociations concernant l’Allemagne.
Les engagements pris par Roosevelt et Churchill furent d’une grande
importance pour White et ses collaborateurs.
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« White recommanda comme secrétaire de la délégation américaine
dans les futures négociations du prêt-bail avec l’Angleterre,
son collaborateur de longue date aux Finances, Frank Coe (identifié
par Elizabeth Bentley comme ayant été membre de la cellule de
Silvermaster et qui devait, par la suite s’enfuir des États-Unis. Il réside
maintenant en Chine où il fait de « l’agit prop » pour les communistes
chinois). La position était délicate car par elle, Coe allait avoir autorité
sur l’élaboration de la politique pour toutes questions intéressant le futur
prêt-bail britannique. »
Morgenthau devait écrire par la suite que Québec avait été le sommet
de toute sa carrière gouvernementale.
« Les effets de la victoire de Morgenthau à Québec se firent rapidement
sentir et provoquèrent une irréparable scission entre ceux qui
dirigeaient la politique à Washington. La vieille fissure qui existait entre
Hull et Stimson d’une part, et Morgenthau de l’autre, s’approfondit irrémédiablement
lorsque le Président passa outre l’avis des ministères
des Affaires Etrangères et de la Guerre pour demander au ministre des
Finances de présenter son plan à Québec. »

« Hull avait conscience, et Stimson aussi, que Morgenthau aurait
dû être tenu à l’écart des questions de politique générale.
« Lorsque Stimson sut que le Président avait adhéré au plan des
Finances à Québec, il rédigea rapidement un autre mémorandum critique,
bien qu’il comprit que cela était une perte de temps.
Il y disait notamment que le « plan pastoral » sur l’Allemagne allait
à l’encontre du but poursuivi par la victoire militaire, à savoir la paix
du monde par la stabilité sociale, économique et politique, en réduisant
à un bas niveau de vie un peuple hautement industrialisé.
« Le ministre Morgenthau fut en complet désaccord avec les vues
de Stimson.
Dans un mémorandum du 20 septembre qu’il soumit au Président,
Morgenthau réfuta tous les arguments de Stimson et prétendit que laisser
à l’Allemagne son potentiel économique intact, c’était s’exposer à
une nouvelle guerre d’ici quinze ou vingt ans.
Le public des États-Unis était en partie opposé au Plan Morgenthau
mais non totalement défavorable. Il sentait cependant que cette « catastrophique
» politique risquait de conduire l’Allemagne à la révolte
et de la rejeter vers l’Union Soviétique.
De son côté, la presse d’une façon quasi unanime manifesta une
violente opposition lorsqu’elle apprit, par des fuites, que le Président
avait accepté le Plan Morgenthau. Arthur Krock, notamment, écrivit
dans le New-York Times une série d’articles dans lesquels il dénonçait
le prêt-bail aux Britanniques qui coûtait fort cher aux États-Unis et les
encouragements que Morgenthau avaient reçus tant à Washington qu’à
Québec.
« Morgenthau essaya de savoir comment Krock avait pu obtenir
des renseignements aussi détaillés sur les négociations de Québec
considérées comme secrètes. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..

« Il ne fait aucun doute que les fuites dont bénéficia la presse furent
désastreuses pour l’effort de guerre, car rien ne pouvait provoquer un
plus grand choc psychologique sur l’Allemagne que l’audacieux coup
de Morgenthau à Québec, en septembre 1944. Jusqu’à cette date, il y
avait quelque chance, selon les rapports des services secrets, que les
Allemands abandonnent toute résistance contre les forces américaines
et britanniques pour tenir en échec les Russes sur le front Est et éviter
l’effroyable destin d’une occupation soviétique. Alors la guerre
aurait pu être écourtée de plusieurs mois et l’éclosion du vénéneux
Communisme, en Allemagne Orientale, qui empoisonne l’Europe depuis
les vingt dernières années, aurait pu être empêchée.
« Plus ardent que jamais dans son dévouement envers le Président,
Morgenthau était de plus en plus inquiet, pour les prochaines élections,
de la réaction du public américain à l’égard de son plan. En
même temps, il craignait que, si tous les détails étaient révélés, le plan
ne« soit réellement saboté ». Il espérait que le Président donnerait
ordre à Stimson et Hull d’arrêter les fuites. »
Il craignait surtout que les articles de Krock n’incitent le Président
à modifier le plan. Il pensait que : « Les conclusions de Krock selon
lesquelles l’approbation du plan par les Britanniques avaient été achetées,
étaient« ignobles ».
Il n’a pas été possible jusqu’à maintenant de connaitre le responsable
des fuites, chacun étant enclin à accuser les autres, mais il est certain
que le Plan Morgenthau, ainsi révélé par les fuites, fut utilisé par la
presse nazie.
« Le Docteur Goebbels, chef de la propagande hitlérienne, tira
grand profit du Plan Morgenthau dont il fit un cri de ralliement du
peuple allemand pour résister jusqu’à la dernière extrémité. C’est ce
qui se produisit pendant plusieurs mois — tandis que les bombardiers
américains écrasaient et incendiaient par douzaines les villes allemandes
et par centaines les installations industrielles que les contri-

buables américains devraient, un jour, aider à reconstruire pour corriger
le déséquilibre de l’Europe dû, par suite d’une erreur monumentale
de calcul, à leur victoire. »
« La question de savoir comment serait traitée l’Allemagne vaincue
fut, pendant plusieurs mois, un conflit permanent entre les ministères
des Finances, des Affaires Etrangères et de la Guerre. »
« Le Journal fourmille de mémoranda sur cette controverse. En fait,
ces conflits politiques dépassaient de beaucoup le seul destin de l’Allemagne
; l’avenir de tout le continent européen était en jeu. »
Bien que les réactions de la presse eussent rendu plus prudent le
Président, il n’en reste pas moins vrai que les traits fondamentaux du
Plan des Finances furent intégrés aux directives militaires préparées par
les chefs d’état-major interalliés pour servir de guide aux forces militaires
américaines, à leur entrées en Allemagne, et connues sous le nom
de J C S 1 067.
« Les J C S 1 067 reflétaient la dure philosophie de quarantaine
et de revanche imaginée et préconisée par Morgenthau, White et le
personnel des Finances. Il est donc très important de savoir que les
directives révisées du 22 septembre 1944 ne furent qu’une version
officielle, bien qu’édulcorée, du Plan Morgenthau et qu’elles restèrent
officiellement en vigueur jusqu’à ce qu’elles fussent remplacées par de
nouvelles directives politiques des chefs des états-majors interalliés, en
juillet 1947. »
Pendant deux ans, ces directives, pierre angulaire de la politique
américaine en Allemagne, laissèrent les communistes influencer la politique
du gouvernement militaire dans le sens des volontés soviétiques.
Elles interdirent la fraternisation des Américains avec les
Allemands, ordonnèrent un très strict programme de dénazification
s’étendant à la fois à la vie publique et aux affaires, empêchèrent l’aide
américaine à une reconstruction de l’industrie allemande et soulignèrent
seulement la réhabilitation agricole. Selon cette philosophie,

les Allemands furent considérés comme collectivement coupables de
crimes contre l’humanité et menace pour le monde, et comme tels ils
devaient être traités très durement. Le châtiment devait être assigné à
l’ensemble du peuple allemand par une rigoureuse réduction de son
standard de vie.
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Immédiatement après la victoire de Roosevelt aux élections
de novembre, White et ses collègues renouvelèrent leurs efforts pour
amener, grâce au programme des Finances, la destruction permanente
de l’Allemagne. »
« Par différentes voies, White avait rassemblé des renseignements
concernant le genre de directives politiques que les autres ministères
avaient en préparation. »
« Ces renseignements, il avait pu les obtenir grâce à un système de
« trafic » mis en route, sur son conseil, par Morgenthau ».
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
Morgenthau avait exigé de ses collaborateurs que les réunions
qu’ils avaient ensemble fussent tenues rigoureusement secrètes, excepté
pour les Russes auxquels par la suite, un certain nombre de renseignements
furent communiqués.
Cependant, les chefs militaires alliés désiraient de plus en plus la
reconstruction « vitale » de l’industrie allemande pour lui permettre
de devenir le fournisseur des régions dévastées de l’Europe.
Mais toutes les initiatives militaires prises dans ce sens, continuaient
à parvenir à Morgenthau et à ses collaborateurs, par le truchement
de hauts fonctionnaires qui avaient accès aux renseignements les
plus secrets.
La plupart d’entre eux, tels William Henry Taylor, Harold Glasser,
Frank Coe, William Ludwig Ullmann, Abraham George Silverman,
Nathan Gregory Silvermaster, Lauchlin Currie, identifiés comme ap-

partenant au réseau communiste des États-Unis, passèrent, en 1948,
devant le Comité de la Chambre sur les Activités anti-américaines ou
en 1953, devant le Comité du Sénat pour la Sécurité Intérieure.
En janvier 1945, Morgenthau rouvrit sa campagne pour imposer
la politique des Finances sur l’Allemagne d’après-guerre. Il soumit au
Président un mémorandum sur les craintes qu’avaient les Finances de
voir resurgir le militarisme de l’Allemagne et sur la nécessité de détruire
son industrie.
Pour Morgenthau, le motif réel de ceux qui s’opposaient à la destruction
de l’Allemagne était : « tout simplement la crainte de la Russie
et du Communisme. Cette idée vieille de 20 ans d’élever « un rempart
contre le Bolchévisme » avait été une des causes de la guerre ». Sa
conclusion était inquiétante. « Actuellement, il n’est rien, à mon avis,
qui puisse davantage faire naître la confiance ou la méfiance entre les
États-Unis et la Russie que la position prise par le gouvernement sur le
problème allemand. »
Morgenthau avait réussi à envoyer l’un des siens assister à une réunion
où se discutait ce problème ; celui-ci réaffirma les termes du mémorandum
de Morgenthau, de janvier 1945.
James C. Dunn, conseiller politique aux Affaires Etrangères en
matière de questions européennes, parut surpris que les Finances
puissent insinuer que ceux qui s’opposaient au Plan Morgenthau étaient
anti-Russes ».
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Pour montrer à Morgenthau que les Finances avaient au moins
l’approbation de quelques fonctionnaires soviétiques, Herbert Gaston
soumit un mémorandum, le 25 janvier 1945, décrivant un entretien
qu’il avait eu avec Ladimir Pravbin. »
D’après ce dernier, les desseins soviétiques étaient les mêmes que
ceux du plan des Finances. Morgenthau n’était pas à Yalta aux côtés de

Roosevelt, mais Harry Hopkins qui avait travaillé au plan juste avant
Québec s’y trouvait.
« Il n’est pas douteux que Churchill alla à Yalta avec la ferme intention
de refréner les Russes : on ne peut en dire autant de Roosevelt. La
différence provient de ce que Roosevelt avait été fortement influencé
par le plan des Finances sur l’Allemagne d’après-guerre, tel que tramé
par White et présenté assidûment par Morgenthau au cours des six derniers
mois. »
La première exigence de Staline fut le « démembrement » de
l’Allemagne. Roosevelt proposa alors de demander aux ministres des
Affaires Etrangères des Trois Grands de préparer « un projet pour étudier
la question dans les vingt-quatre heures et un plan précis pour le
démembrement dans un mois. »
« Les choses allaient plus vite que ne le désirait Churchill mais
Roosevelt avait entendu parler de ce « plan précis » et l’avait étudié
depuis des mois. C’était le plan des Finances de Harry Dexter White et
du ministre Morgenthau. »
La seconde exigence de Staline, tout aussi urgente, était celle des
réparations, c’est-à-dire du démantèlement des usines allemandes au
profit des Alliés.
« Nombreux sont les admirateurs de Roosevelt qui ont longtemps
prétendu que le Président de l’époque de la guerre avait rejeté rapidement
et absolument le Plan Morgenthau après avoir brièvement flirté
avec lui avant et durant la conférence de Québec, en septembre 1944. »
Et ils citent des paroles de Roosevelt à l’appui de leurs dires.
« Le rôle du Président à Yalta indique le contraire. L’esprit du Plan
de Morgenthau et de beaucoup de ses détails se reflètent dans les décisions
prises en Crimée. »
Dans son livre Beyond Containment, William H. Chamberlain
écrit :

« L’accord de Yalta… a représenté dans deux de ses caractéristiques
l’approbation par les États-Unis du principe de l’esclavage de
l’homme. Une de ces caractéristiques a été de reconnaître que le travail
de l’Allemagne pouvait être utilisé comme source de réparations… Et
l’accord selon lequel les citoyens soviétiques qui se trouvaient dans les
zones occidentales de l’occupation devaient être livrés aux autorités
soviétiques, équivalait pour les nombreux réfugiés soviétiques qui ne
voulaient pas retourner, à la promulgation d’une loi sur les esclaves fugitifs.
Ce jugement est substantiellement correct.
« La preuve la plus importante que le Plan Morgenthau eut de l’influence
sur la conférence de Yalta, on la trouve dans la réaction même
des fonctionnaires des Finances aux décisions de Yalta. » .
Pour eux, les décisions de Yalta corroboraient celles de Québec.
« Après le retour de Yalta du Président Roosevelt, les fonctionnaires
des Affaires Etrangères saisirent l’occasion de faire passer leur
propre programme sur l’Allemagne d’après-guerre », en soumettant
le 10 mars 1945 un mémorandum sur de nouvelles directives pour
l’occupation militaire de l’Allemagne qui remplaçait les rigoureuses
J C S 1 067.
« Lorsque Morgenthau vit un exemplaire du mémorandum des
Affaires Etrangères, il devint si furieux qu’il téléphona immédiatement
au sous-secrétaire d’État à la Guerre, McCloy, pour lui exprimer son
mécontentement. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Si le plan des Affaires Etrangères avait été adopté, cela aurait signifié
la défaite complète de Morgenthau et de White. »
Mais Morgenthau réagit immédiatement auprès du Président et
prépara une réfutation paragraphe par paragraphe du plan des Affaires
Etrangères.
« Le 19 mars, au cours d’une séance convoquée d’urgence,

Morgenthau avait demandé à White, Coe et Harold Glasser de le
conseiller au mieux pour aborder le Président », en vue de le convaincre.
Mais dans la visite qu’il fit le lendemain à Roosevelt, Morgenthau
s’opposa au major John Boettiger, gendre du Président, installé à
la Maison Blanche pour prendre soin de la santé déclinante de son
beau-père.
« Les Soviets savaient-ils ce que les Américains ignoraient à savoir
que le Président était près de la mort et sujet à des syncopes à tout
moment ? »
A la suite d’une réunion interministérielle du 21 mars, dans laquelle
avaient réussi à se glisser Coe, Glasser et Dubois, ce dernier déclara
« qu’une grande décision commençait à apparaître. »
« La ‘‘grande décision’’, selon Dubois, se termina par un triomphe
retentissant pour les Finances, le 23 mars. Ce jour-là, Morgenthau,
dans le compte rendu jubilant qu’il en fit à ses collègues, leur dit que
le Président avait été persuadé qu’il devait« annuler » le mémorandum
du 10 mars des Affaires Etrangères et « qu’il avait pleinement accepté
celui qui avait été fait ici, hier soir, avec White, Glasser et Dubois. »
Morgenthau écrivait le soir même dans son journal :
« Heureusement que nous avons le Président pour nous soutenir…
Ils ont essayé de le faire changer — mais cette bande des Affaires
Etrangères n’a pu y réussir. Tôt ou tard, il faudra bien que le Président
nettoie sa maison, je veux dire cette bande hargneuse… Et ils sont pour
Herbert Hoover et Herbert Hoover nous a mis dans ce pétrin, et ils
sont fascistes de coeur… Ce n’est qu’une bande hargneuse qui tôt ou
tard devra être extirpée. C’est cette bande sans principes qui nous a
combattus… »
Le rejet du mémorandum du 10 mars par le Président fut une
grande déception pour les Affaires Etrangères qui avaient préconisé un
programme raisonnable sur l’Allemagne.

Un point important de friction entre les Finances et le ministère
de la Guerre était le traitement des criminels de guerre allemands.
« Désireux d’empêcher le Président de prendre une décision hâtive
sur les criminels de guerre lors de la future conférence de Québec,
Stimson fit connaître son point de vue à la Maison Blanche. Il souligna
au Président l’avantage d’un procès (global) sur la politique de « faire
feu à première vue » préconisée par Morgenthau. Une des recommandations
du mémorandum du 6 septembre de Morgenthau était l’établissement
d’une liste de grands criminels allemands qui dès leur arrestation
et leur identification devraient être passés immédiatement par les
armes. »
Stimson, au contraire, désirait qu’un minimum de formes légales
soit respecté. Un mémorandum fut préparé pour rejeter la « position de
légalité » de Stimson. Mais entre temps, Roosevel mourait et Truman
arrivait à la Maison Blanche. Morgenthau ne jugea pas à propos de lui
présenter le mémorandum.
Un autre sujet de controverse entre les Finances d’une part, et
les Affaires Etrangères et la Guerre d’autre part, était la question des
réparations.
« En plus de la confiscation et de l’enlèvement des marchandises
importantes et de la masse fiscale, le ministre des Finances proposait
carrément la cession réelle de territoire allemand aux vainqueurs — et
l’utilisation des Allemands à des travaux forcés pour reconstruire les
régions dévastées par les armées hitlériennes et cultiver le sol des pays
libérés pour nourrir leurs habitants. »
« En aucune façon Morgenthau n’admettait le paiement de dommages
de guerre à long terme qui supposait la reconstruction de l’industrie
allemande sur une grande échelle. »
Le ministère des Affaires Etrangères soutenu par la Guerre préconisait,
au contraire, « des contrôles étendus sur de larges secteurs de
l’économie allemande » afin d’empêcher la famine qui menaçait.

Le Président, de son côté, avait déclaré qu’il désirait que des ordres
fussent donnés à l’administration allemande pour qu’elle assume ellemême
ces contrôles.
« Le 12 mars 1945, le Dr Lubin fut nommé à la tête de la délégation
américaine de la Commission des Réparations.
« Depuis longtemps il s’intéressait aux affaires russes. Selon le
Daily Worker, dès 1930, il avait parlé sous les auspices des Amis de
l’Union Soviétique, organisation citée comme subversive par le procureur
général. »
Lubin avait le soutien total des Finances. Avec leur aide, il prépara
un mémorandum pour le Président disant que le programme des réparations
préconisé par les Affaires Etrangères laisserait à l’Allemagne assez
d’industrie pour retrouver son potentiel de guerre.
Au cours des réunions interministérielles s’élevaient souvent de
violentes discussions sur cette question entre les Finances et les autres
membres du cabinet.
Le 10 avril 1945, un document « très secret » circula dans plusieurs
ministères intéressés. Il suggérait diverses mesures à prendre au
sujet des réparations. Parmi celles-ci : « se trouvait le curieux concept
des réparations humaines — l’idée qu’une grande force ouvrière fournie
par les Allemands pour « satisfaire les revendications des autres
pays » en matière de dommages de guerre, devrait être recrutée en particulier
parmi les « groupes nazis, la Gestapo, les organisations S S, les
officiers de la Wehrmacht et ces éléments de la population qui avaient
coopéré au financement et à l’édification de la machine nazie.
Ce concept fut « énergiquement combattu » par la Guerre et les
Affaires Etrangères, notamment par Clayton.
« Entre temps, le 21 avril, le puissant financier de New-York,
Bernard Baruch, en sa qualité de conseiller du Président, assista à une
réunion du cabinet de la Guerre. On lui demanda ce qu’il pensait du

problème allemand. Selon le compte rendu que donna Morgenthau à
ses collaborateurs, Baruch répondit qu’il rentrait d’un récent voyage
en Europe plus « convaincu » de la nécessité d’une décentralisation
de l’Allemagne qu’au moment de son départ. Le plan des Finances
était beaucoup trop mou, et son auteur une « vraie poule mouillée ».
Il (Will Clayton) devrait s’arracher le coeur s’il ne sait se conduire »,
déclara le financier sorcier, en ajoutant non sans menace : « il ne pourrait
rester à Washington si j’en terminais avec lui ». Clayton devait « filer
droit dans cette affaire allemande » ou « quitter la ville ». Baruch
fut inflexible. « Toute ma raison de vivre maintenant, dit-il, est de voir
l’Allemagne désindustrialisée et totalement. Je ne laisserai personne se
fourrer dans nos jambes ». Il devint si ému que les larmes jaillirent de
ses yeux. « Je n’ai jamais entendu un homme parler avec une telle fermeté
» exulta Morgenthau et en ajoutant qu’il « avait acquis de Baruch
le sentiment de l’importance de l’amitié avec la Russie… »
« Soucieux de ne pas compromettre les relations d’après-guerre
avec l’Union Soviétique, les fonctionnaires des Finances exprimaient
fréquemment leurs craintes de voir la Russie encerclée par l’Occident.
Le 24 avril, Josiah Dubois soumit un mémorandum à Morgenthau lui
manifestant sa sympathie pour la Russie. »
Il y écrivait, entre autre, que ceux qui utilisaient l’Allemagne contre
la Russie étaient assurément responsables d’un grand nombre de difficultés
entre Washington et Moscou.
De son côté, Lauchlin Currie craignait que le développement de
blocs opposés ne soit une menace pour la paix future du monde.
Le 3 mai, une réunion interministérielle sur l’Allemagne en général,
et sur les réparations en particulier, eut lieu dans le bureau de
Morgenthau. La question des pouvoirs du « Conseil de Contrôle
Allié », créé à Yalta pour le démantèlement et l’enlèvement des installations
allemandes, souleva les premières difficultés. White insista
pour que les décisions du Conseil fussent prises à l’unanimité, laissant

par là, à chaque allié, le droit de veto pour empêcher que l’équipement
industriel allemand de sa zone particulière ne soit enlevé. Au contraire,
Clayton, des Affaires Etrangères, Lovette, de la Guerre, et Crowley, du
F E A, voulaient que les décisions fussent prises à majorité car ils craignaient
que la Russie ne fasse trop de bruit, et d’autre part, ils ne voulaient
pas que le remplacement de l’équipement industriel allemand se
fasse au détriment des dollars américains.
« En aucun cas, les États-Unis ne devraient accepter une politique
dont le résultat serait de faire payer les réparations par les
États-Unis… »
« Une querelle plus vive encore s’éleva sur la question du travail
obligatoire des Allemands au titre de restitution pour dommages de
guerre en Russie. Les fonctionnaires des Finances préconisaient, ni
plus ni moins, la création d’une grande force ouvrière sans contrôles
extérieurs. »
Mais les autres membres se refusaient à l’idée même de faire faire
« un travail d’esclaves » à deux ou trois millions d’Allemands.
« C’est alors que Morgenthau jeta dans la discussion le poids de
son influence au cabinet. « L’ensemble de la question du travail obligatoire
avait déjà été résolu à Yalta, annonça-t-il, et les Affaires Etrangères
devraient montrer à Crowley les clauses de l’accord de Yalta. » Il n’était
plus question de savoir « s’il y aurait ou non du travail d’esclave », car
cela avait été réglé par l’affirmative. « Nous ne faisons qu’exécuter l’accord
de Yalta », s’exclama-t-il, « et si Monsieur Crowley proteste…
c’est contre Yalta qu’il proteste… »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Clayton était profondément troublé. Il n’avait pas remarqué, ditil,
que l’accord de Yalta allait jusqu’à dire que les armées alliées seraient
requises pour « recruter » des travailleurs dans leurs zones et les livrer
« de force » aux Russes. Ce à quoi Harold Glasser répondit d’un air

narquois : « C’est sous-entendu ». Dubois répéta alors ce que Lubin
avait dit au sujet de l’enquête Gallup, à savoir qu’un fort pourcentage
d’Américains se prononçait en faveur de la reconstruction de la Russie
par « trois ou quatre millions d’Allemands »…
Mais Clayton restait intransigeant sur la nécessité de faire surveiller
l’utilisation du travail obligatoire par « un quelconque système
international de contrôle », ce en quoi s’opposaient les membres des
Finances.
« Dans la cruciale réunion du 3 mai plus encore que dans toutes
les autres, les hommes de Morgenthau furent sûrs d’eux, pleins de hardiesse
et assoiffés de vengeance contre l’Allemagne nazie. La bande de
loups des Finances se mettait à hurler.
« Le Journal révèle que Robert H. Jackson, de la Cour Suprême
de Justice, puis procureur général aux procès de Nuremberg, lorsqu’il
apprit le projet des Finances, souleva une objection contre l’illégalité
du travail obligatoire. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Jackson soutint qu’aucune sentence ne pouvait être rendue sans
procès et la directive ne prévoyait aucun procès. Pas plus qu’on ne pouvait
condamner d’avance ces organisations tant qu’un procès n’en avait
déterminé le caractère de conspiration. »
« Je pense, dit Jackson, que le plan de faire entrer un grand nombre
de travailleurs dans un service étranger, ce qui revient à les parquer
dans des camps de concentration, va ruiner grandement la position
morale des États-Unis dans cette guerre. »
Pour lui, l’idée même de camp de concentration devait être abolie.
« Aussi importante que ces décisions politiques était la question
de savoir qui allait interpréter et faire exécuter les directives politiques.
Il était vital pour les Finances d’avoir un de ses membres les plus sûrs
auprès du général Lucius Clay qui venait d’être nommé haut commis-

saire américain en Allemagne. Le 4 avril 1945, le général Clay avait demandé
à Morgenthau de désigner un fonctionnaire des Finances pour
se charger complètement des finances effondrées de l’ennemi battu.
White nomma immédiatement son vieil ami Bernstein. »
Cette candidature n’ayant pas été retenue. White suggéra les noms
de Lauchlin Currie ou du Dr Abraham G. Silverman qui, selon Elizabeth
Bentley, dirigeait une cellule communiste à Washington.
« La mort de Roosevelt en avril 1945 fit entrer à la Maison
Blanche un pouvoir exécutif qui allait rapidement manifester son antipathie
à l’égard du plan des Finances sur l’Allemagne d’après-guerre.
Mais Morgenthau semble avoir sereinement ignoré les difficultés qui
se présentaient.
Lui et ses collaborateurs étaient résolus à étendre leur influence
aussi loin que possible. Mais l’arrivée de Truman à la Maison Blanche
provoqua des changements fondamentaux dans la politique étrangère
américaine. Entre autre, les Affaires Etrangères reprirent en main l’élaboration
de cette politique.
« Dans la mesure où l’influence des Finances diminua après
la mort de Roosevelt, une nouvelle orientation se fit jour graduellement
et fut marquée par un abandon progressif des principes du plan
Morgenthau. »
« Le 5 juillet 1945, à la veille du départ du Président Truman
pour Potsdam, la démission d’Henry Morgenthau fut annoncée à
Washington. Il avait voulu accompagner le Président à Potsdam et avait
menacé de démissionner s’il ne faisait pas partie de la commission.
Truman qui n’approuvait ni le plan ni le rôle joué par les Finances
en politique étrangère accepta sa démission. Mais « les hommes de
Morgenthau », agrippés à leurs postes longtemps après la démission
de leur chef, continuèrent à jouer leur rôle.

« A la fin de 1945, il n’y avait pas moins de cent quarante spécialistes
des Finances dans les postes importants du Gouvernement militaire
en Allemagne. Ils jetaient le poids de leur influence considérable
dans la balance pour mener la politique américaine dans la direction
qu’avait prise Morgenthau. Comme l’écrivait Le Journaliste populaire
du New-York Times, Drew Middleton, le corps des Finances servait « de
contre-poids eu égard à ces fonctionnaires qui, par crainte de l’Union
Soviétique ou toute autre raison, voulaient reconstruire l’Allemagne. »
Le traitement de l’Allemagne fut le sujet principal de la conférence
de Potsdam en juillet 1945. Les Trois Grands furent d’accord
pour déraciner le militarisme allemand et le nazisme. Mais l’accord de
Potsdam contenait aussi une clause autorisant les commandants alliés
des quatre zones à prendre toute mesure pour « empêcher la famine,
les épidémies et l’agitation » dans leur propre secteur. A peine plus
d’un an après, l’accord de Potsdam était l’objet d’une vaste critique.
Au début de septembre 1946, Lord Beveridge, après une visite de la
zone britannique d’occupation, déclara dans un discours radiodiffusé :
« Dans la sombre période de colère et de confusion à Potsdam, en
juillet 1945, nous avons abandonné la Charte Atlantique de 1941 qui
indiquait que nos buts étaient pour tous les pays, de meilleures conditions
de travail, de progrès économique et de sécurité sociale ; pour
tous les États, vainqueurs et vaincus, d’égales conditions d’accès au négoce
et aux matières premières du monde qui étaient nécessaires à leur
prospérité économique. ».
Quel fut l’effet réel du plan Morgenthau ? Bien qu’il ne fut jamais
complètement appliqué, il n’en eut pas moins une grande influence
sur la politique américaine dans les derniers moments de la guerre et
pendant la première phase du gouvernement militaire, jusqu’au changement
radical de politique avec le ministre Byrnes. Il créa une grande
confusion dans l’industrie allemande et beaucoup de désespoir parmi
les Allemands.

Il est un point en tout cas sur lequel les recommandations de
Morgenthau furent intégralement appliquées. Il faut en effet citer au
passif de Morgenthau et de Yalta certaines clauses telles que celleci
: Les Alliés acceptaient de livrer aux Russes tous les ressortissants
qualifiés de « citoyens soviétiques », c’est-à-dire tous les Russes anti-
communistes réfugiés en zone anglaise, américaine et française
d’Europe Centrale, ainsi que tous les réfugiés des pays satellites tels
que Hongrie, Roumanie, Bulgarie, etc… Cette clause fut l’objet de
drames sans nombre, des années durant et au coeur même de Paris, des
policiers du N. K. V. D. firent la chasse aux ressortissants soviétiques ou
ex-soviétiques.
Les Français de la zone d’occupation allemande comprirent vite
que les Russes ainsi livrés, étaient bons pour la déportation, ou un coup
de pistolet dans la nuque ; ils s’arrangèrent pour en livrer le moins possible.
Les Anglais furent plus longs à comprendre, mais cessèrent à un
moment donné les livraisons. Les Américains persistèrent longtemps,
et ne cessèrent qu’à la suite de tragédies atroces et lorsque leurs rapports
avec les Soviets furent devenus très tendus.
« Bien que le Président Roosevelt et le Premier ministre Churchill
aient par la suite reconnu la folie de ce qu’ils avaient approuvé à
Québec, Morgenthau, White et l’équipe des Finances purent voir que
l’esprit et la substance de leur plan avaient prévalu dans la politique
officielle comme cela se reflétait dans la directive punitive.
« D’une manière très précise, les J C S 1 067 avaient déterminé les
lignes principales de la politique des États-Unis en Allemagne pendant
plus de deux ans après la capitulation. Vers la fin de 1945 il est vrai
qu’une nouvelle tendance se manifesta dans la politique américaine
et amena par la suite la répudiation formelle de la directive en juillet
1947. Mais jusqu’à ce qu’elle fut officiellement révoquée les échelons
inférieurs de l’administration durent appliquer ses pénibles dispositions.
Comme les instructions des J C S 1 067 étaient virtuellement

des ordres, les administrateurs américains n’avaient d’autre choix que
l’interprétation rigide de leurs dispositions et leur application zélée, »
La dénazification, entre autre, provoqua le renvoi dans un grand
nombre d’entreprises d’Allemands hautement qualifiés, ex-membres
du Parti. Dans les chemins de fer, le résultat s’en fit durement sentir.
Cette malheureuse expérience dura plusieurs mois, du moins dans la
zone américaine. Car les zones française, anglaise et russe n’appliquèrent
jamais aussi brutalement ces mesures, ou les abandonnèrent rapidement
comme impraticables.
Durant les deux premières années de l’occupation alliée, le programme
des Finances concernant le démontage des industries fut vigoureusement
poursuivi par les fonctionnaires américains. La production
industrielle devait « descendre de 70 à 75 pour cent du niveau
de 1936 ». Mais les Américains ne furent pas longs à comprendre qu’il
ne pouvait y avoir d’Europe forte sur le plan économique si l’Allemagne
était faible.
La désindustrialisation de l’Allemagne entraîna, par voie de conséquence,
l’impossibilité de réaliser le programme agricole préconisé par
les Finances, faute de matières premières nécessaires à la construction
de machines agricoles et elle réduisit le pays à une économie médiévale
de troc.
« Ainsi que l’avait certainement prévu White, la condition économique
de l’Allemagne fut désespérée entre 1945 et 1948. Les villes
restèrent des monceaux de détritus et l’asile fut en vogue car un flot
impitoyable de réfugiés sans qualification se déversa sur les zones
occidentales où la ration alimentaire de 1 500 calories par jour était
à peine suffisante pour l’entretien de la vie. L’incertitude concernant
la valeur future du Reichmark comme monnaie effective et l’attente
d’une réforme monétaire donnèrent lieu à un stockage général des
marchandises. »

La remise en route de toute l’économie européenne se trouva retardée
par l’effondrement de l’industrie allemande.
« Pour permettre à l’Europe de se rétablir, le Plan Marshall
fut imaginé en 1947. Il rejeta enfin la philosophie du programme
White‑Morgenthau. Les réformes monétaires changèrent la situation
du jour au lendemain. Ces mesures si longtemps attendues supprimèrent
les pires entraves et c’est alors que commença la prodigieuse
renaissance économique de l’Allemagne Occidentale. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Le plan des Finances sur l’Allemagne fut la négation absolue
de tous les principes démocratiques chers aux États-Unis et pour lesquels
ils ont fait deux fois la guerre en une génération. S’il avait été
exécuté sous sa forme originale, il aurait certainement constitué le plus
grand acte de génocide de l’histoire moderne. Le totalitarisme et le
barbarisme des Nazis furent, à coup sûr, suffisants pour convaincre les
Américains les plus charitables que seul un programme fortement restrictif
pourrait efficacement éliminer l’Allemagne comme menace pour
la paix dans l’avenir. »
.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Après tout ce qui a été dit, une question implicite hante l’historien.
La voici : Ce plan Morgenthau qui a été si psychopathiquement
anti-allemand, n’a-t-il pas été tout aussi consciemment et délibérément
pro-russe ? Jusqu’à maintenant, les spécialistes en histoire ont manqué
de répondre à cette question vitale, voire même de la poser, dans leurs
études, par ailleurs si complètes, sur la diplomatie américaine pendant
et immédiatement après la seconde guerre mondiale. Cependant, cette
question est d’une telle importance historique qu’il faudra bien un jour
y répondre d’une manière précise. »
Le ministre des Finances n’a jamais nié que son plan soit anti-allemand
mais personne dans son ministère n’a jamais reconnu qu’il fût
pro-russe. Le plan Morgenthau qui, selon le maréchal Knappen, « cor-

respondait étroitement à ce que l’on pouvait présumer être les désirs
russes sur la question allemande », ne fut-il pas une réponse à un obstacle
soudain et inattendu des visées soviétiques ?
« Que Harry Dexter White ait été le réel architecte, voire même le
constructeur, du plan Morgenthau, cela ne peut plus être sérieusement
contesté. Document après document, Le Journal révèle l’influence
constante de White, tant dans l’élaboration de la pensée que dans les
décisions finales du ministre Morgenthau.
« Ignorant de la haute économie et des mystères de la finance internationale,
le ministre ne cessa jamais de s’appuyer fortement sur son
équipe d’experts pour toutes sortes d’avis généraux et spécifiques. »
White fut l’animateur de l’équipe des Finances et dans la question
de l’Allemagne, il mit tout en branle dès le début. C’est lui, entre autre,
qui fit livrer au gouvernement soviétique par le Bureau des Gravures et
Impressions, en avril 1944, le double des planches servant à imprimer
les marks de l’occupation militaire qui étaient la monnaie légale de l’Allemagne
d’après-guerre. Ce qui provoqua une forte inflation dans toute
l’Allemagne occupée que les contribuables américains durent amortir
pour une somme de plus de deux cent cinquante millions de dollars( 1).
1. — Pour le détail de cette étrange histoire, voir : « Transfert des
Planches à Papier d’Occupation – Phase Espionnage », Rapport intérimaire
du Comité des Opérations gouvernementales, 15 déc. 1953 (Washington
: Bureau des Impressions du Gouvernement, 1953). Le 14 avril
1944, dans le bureau de Morgenthau se tint une réunion à laquelle furent
présents White, l’Ambassadeur soviétique Gromyko et Alvin W. Hall,
directeur du Bureau des Gravures et Impressions. Morgenthau déclara
que le gouvernement des EtatsUnis, soucieux de coopérer avec tous ses
alliés, avait décidé qu’il soit fourni à la Russie le double des planches
qui servaient à imprimer les Marks militaires alliés pour l’Allemagne
d’après-guerre. Il serait heureux d’envoyer des techniciens du Bureau des
Gravures à Moscou pour mettre en place les opérations, Ces « Marks
M. A. » ainsi que l’ancien reichmark allemand devenaient la monnaie

Mais qui inspira ou quel motif guida le cerveau et la main de
White ? Les similitudes frappantes de conception et de détail qui
existent entre le plan des Finances et les desseins soviétiques concernant
l’Allemagne d’après-guerre peuvent n’être que pure coïncidence,
et Le Journal ne nous donne aucune indication sur les machinations de
White et de ses collaborateurs derrière les coulisses.
Harry Dexter White fut-il un agent actif de l’espionnage soviétique,
comme le déclara J. Edgar Hoover, du F B I ? Il avait incontestablement
des contacts étendus à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement
avec des marxistes et d’autre part, ses activités lui donnaient
accès à des documents très secrets des divers ministères.
« La concentration de sympathisants communistes au ministère
des Finances et en particulier à la division de la Recherche Monétaire,
est maintenant un fait indiscutable. White en fut le premier directeur ;
ceux qui lui succédèrent furent Frank Coe et Harold Glasser. Furent
également attachés à la division de la Recherche Monétaire William
Ludwig Ullman, Irving Kaplan et Victor Perlo. White, Coe, Glasser,
Kaplan et Perlo furent tous identifiés, par témoignage sous serment,
comme participants de la conspiration communiste. »
légale du pays occupé. Les Marks M. A. imprimés aux États-Unis furent
utilisés pour payer les salaires du personnel américain, anglais et français
des zones occidentales : 250 millions de dollars furent émis par les
Américains, 180 millions de dollars par les Anglais et 58 millions de
dollars par les Français. Mais aucune information n’a été donnée sur
la valeur des marks qui out été imprimés par le gouvernement soviétique.
Malgré toua leurs efforts, les fonctionnaires des États-Unis n’ont
pu obtenir ces renseignements vitaux. Mais les marks soviétiques provoquèrent
une terrible inflation jusqu’à la réforme monétaire de 1948. Hall
et le sous-secrétaire Dan W. Bell furent contre le transfert des planches
au gouvernement soviétique, mais White se prononça éloquemment en
faveur d’une « monnaie commune pour toutes les zones d’occupation. Il
n’est pas discutable que l’idée fut lancée par White. »

.. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … .. … ..
« Jamais dans le passé, l’histoire américaine n’avait eu une bureaucratie
non élue de fonctionnaires furtifs, sans visage, qui exercèrent
un pouvoir aussi arbitraire et qui jetèrent une ombre aussi sinistre sur
l’avenir de la nation, que Harry Dexter White et ses associés au ministère
des Finances, sous la direction de Henry Morgenthau. Ce qu’ils
tentèrent de faire en pervertissant curieusement les idéaux américains,
et comment ils furent sur le point de réussir pleinement, c’est ce que
démontrent ces documents. »
C’est là ce qui est certain.
Mais on ignore encore quels secrets inestimables furent envoyés à
Moscou par le canal de la clandestinité communiste et quel tort réel ces
sinistres individus causèrent à la sécurité des États-Unis.
* * *
A une époque cruciale de l’histoire, un groupe de politiciens juifs
a orienté secrètement la politique étrangère des États-Unis et a joué un
rôle capital dans le déroulement des événements européens. En fait,
par leur intermédiaire, la puissance du gouvernement américain a été
mise en pleine guerre au service d’une idéologie révolutionnaire et des
intérêts d’Israël.
Cette politique menée par Morgenthau en accord avec Roosevelt
avait un double caractère : c’était une implacable politique de vengeance
juive, dirigée non contre le seul gouvernement hitlérien mais
contre le peuple allemand tout entier rendu collectivement responsable
des fautes et des crimes d’Hitler. C’était une politique révolutionnaire
d’entente avec le gouvernement soviétique en vue d’implanter le
marxisme dans toute l’Europe.
On a maintes fois, dans l’histoire, accusé les Juifs de constituer
une minorité étrangère inassimilable, un Etat dans l’État au sein des

nations. Les documents Morgenthau nous montrent précisément un
cas de ce genre et apportent une confirmation éclatante du bien-fondé
de cette accusation.
On a maintes fois, au cours du dernier demi-siècle, accusé les
Juifs de finance et les Juifs de révolution — l’internationale de l’or et
l’internationale du sang — de travailler secrètement en commun à la
poursuite d’un idéal juif de conquête du monde par la désagrégation
des sociétés occidentales à base chrétienne. Les libéraux philosémites
ont couvert de sarcasmes ceux qui émettaient de pareilles inquiétudes.
Or tout au long des documents Morgenthau, nous voyons effectivement
des magnats juifs de la haute finance, tels Morgenthau, Harry
Dexter White et B. Baruch, mettre toutes les ressources de la politique
américaine au service des intérêts de la Russie Soviétique en Europe
Centrale.
Il faut même aller plus loin. Il ressort des documents Morgenthau
que pendant toute la durée de la guerre, le ministère des Finances
U. S. A. a constitué un foyer secret de trahison, d’espionnage et de subversion
au sein du gouvernement américain puisque la plupart des
chefs et des têtes de l’équipe Morgenhau, Harry Dexter White, Harrol
Glasser, Frank Coe, William Ludwig Ullmann, Abraham George
Silverman, Nathan Gregory Silvermaster, Lauchlin Currie, Salomon
Adler, etc.., ont été finalement démasqués comme étant des agents secrets
d’espionnage soviétique.
Le 16 août 1948, Harry Dexter White préféra se suicider plutôt
que d’affronter la Commission d’Enquête du Sénat américain devant
laquelle il était convoqué et une dramatique confrontation eut lieu par
la suite devant la télévision américaine entre le Président Truman et
l’Attorney général Brownell au sujet d’Harry Dexter White.
Tout au long du Concile Vatican II, les Juifs se sont élevés avec
fureur contre l’accusation de déicide et contre le principe de la responsabilité
collective dont on a chargé le peuple juif en conséquence de

cette accusation. Or, les documents Morgenthau nous montrent clairement
que les Juifs ont appliqué à l’Allemagne ce principe de culpabilité
collective et ont poursuivi une implacable politique de vengeance
contre le peuple allemand rendu responsable des fautes et des crimes
de Hitler.
Ils repoussent donc avec fureur le principe de responsabilité collective
quand ils en sont les victimes, mais ils le revendiquent avec non
moins d’âpreté lorsqu’ils en sont les bénéficiaires.
Les Juifs se sont attirés la sympathie du monde civilisé pour avoir
été victimes de la sauvage répression hitlérienne ; et depuis lors, ils
arguent de leur six millions de morts pour interdire catégoriquement
toute discussion du problème juif. En fait, depuis Nuremberg, le nom
de Juif est un mot tabou, qu’il est interdit de prononcer dans la presse
sous peine de se faire aussitôt traiter de progromiste.
Comme le disait récemment Souslov, l’un des principaux dirigeants
du Comité central du Parti Communiste russe : « Si on touche
à un cheveu seulement de n’importe quel Juif, tous les autres se mettent
à crier aux quatre coins du monde. »
Une simple phrase du général de Gaulle, lancée à l’occasion de la
guerre israélo-arabe : « Les Juifs, peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur
», a soulevé une tempête de protestations, qui n’a peut-être
pas été étrangère à sa chute.
Israël se plaint d’avoir été victime d’un génocide sans précédent
dans l’histoire. Hitler a traité les Juifs sans ménagement, nous le reconnaissons
d’autant plus volontiers qu’il ne s’est jamais trouvé personne
en France, pas même le plus farouche des antisémites pour prôner le
massacre et le génocide comme solution de la question juive. Mais ceci
dit, il serait tout de même bon de rappeler certaines vérités essentielles.
Tout d’abord concernant le nombre des victimes : six millions
de Juifs auraient péri dans les camps de concentration d’Auschwitz,
de Sobidor, de Maidanik, de Treblinka, etc., tous situés en Pologne et

exclusivement réservés aux Juifs. Six millions de morts, nous dit-on,
expliquent tout, excusent tout, justifient tout.
Or ce chiffre de six millions a été affirmé sans l’ombre de justification
ni de preuve dans l’hystérie de la Libération qui a suivi la fin de la
guerre. Ce chiffre, depuis lors, a été largement diffusé à travers le monde,
mais il est aujourd’hui de plus en plus contesté et on peut l’apparenter
aux fameux soixante-quinze mille fusillés du Parti Communiste français.
Aucune enquête sérieuse, impartiale et documentée n’a jamais été
faite à ce sujet ; mais un ancien déporté de Buchenwald, socialiste de
surcroît, Paul Rassinier, a fait sur ce point des recherches très poussées
et très sérieuses dans une série de livres qui ont nom : Le mensonge
d’Ulysse, Ulysse trahi par les siens, Le véritable procès Eichmann, Le drame
des Juifs européens.
Il est arrivé à la conclusion que le chiffre des victimes juives
des camps de la mort oscillait autour d’un million deux cent mille.
C’est déjà beaucoup, c’est beaucoup trop, d’autant qu’il y avait peu
de grands Juifs parmi ce nombre, mais beaucoup de petits Juifs sans
grande importance. Ce chiffre d’un million deux cent mille aurait été,
selon Rassinier, plus ou moins tacitement accepté par certaines organisations
juives telles que le Centre Mondial de Documentation juive
contemporaine.
Mais enfin les Juifs n’ont pas été les seules victimes d’Hitler, loin
de là ; Hitler a fait périr plus de Chrétiens qu’il n’a fait mourir de Juifs.
L’impitoyable régime hitlérien n’épargnait personne. Il faudrait parler
du sort des prisonniers russes, de la politique de la terre brûlée en
Russie et de beaucoup d’autres sévices. Les Allemands eux-mêmes en
ont été les premières victimes et une bonne partie des grands chefs
de la Wehrmacht, des soldats couverts de gloire, ont été exécutés par
Hitler, souvent même avec une sauvagerie extrême : le général Von
Schleicher, les maréchaux Rommel, Von Witzleben, Von Rundstedt,
l’amiral Canaris et combien d’autres. Le maréchal Von Witzleben, par

exemple, a été torturé et pendu à un croc de boucher. De tous ceux‑là,
on ne parle presque jamais. Seules les victimes juives ont le don
d’émouvoir la conscience universelle.
Et puis enfin, les Juifs occidentaux, Juifs américains surtout, n’ontils
pas attisé eux-mêmes les flammes de l’incendie qui s’est abattu sur
leurs frères européens ? Reportons-nous, en effet, au livre de Kaufman
(dont nous parlons un peu plus loin), aux documents Morgenthau,
aux déclarations de Harry Dexter White, de Bernard Baruch et
consorts, tous gens hautement influents dans la conduite de la guerre.
Commençons par les documents Morgenthau.
Ces documents, je le rappelle, n’émanent pas d’une officine de
Goebbels mais ont un caractère d’authenticité officielle puisqu’ils sont
publiés par le gouvernement des États-Unis, prototype des gouvernements
modernes, libres, éclairés et démocratiques.
Morgenthau et son équipe réclamaient avec insistance l’application
intégrale de leur plan à l’Allemagne. Ce plan préconisait la destruction
totale et définitive de toute l’industrie allemande, la Ruhr en tête, l’Allemagne
devant se contenter à l’avenir d’être un pays exclusivement
pastoral et agricole.
Le résultat le plus immédiat et le plus clair de ce plan extravagant aurait
été que dans la seule Allemagne de l’Ouest, trente millions d’Allemands
seraient morts de faim. C’est ce que fit aussitôt remarquer avec
indignation le ministre américain de la Guerre, Stimson, quand il eut
connaissance de ce plan insensé auquel Roosevelt et Churchill avaient
donné leur accord à Québec. Cette éventualité laissait Morgenthau et
son équipe complètement indifférents. Si on les poussait à bout, ils
voulaient bien accepter qu’on déportât le trop-plein de ces Allemands
en Afrique.
Le plan Morgenthau préconisait en outre trois mesures essentielles :

1. Les autorités alliées devaient dresser une liste très complète des
Allemands qualifiés de criminels de guerre et dès leur arrestation,
ceux-ci devaient être abattus sur place sans jugement.
2. Plusieurs millions d’Allemands choisis parmi les Nazis, les
officiers de la Wehrmacht et tous ceux qui de près ou de loin
avaient collaboré avec le régime, devaient être remis aux Russes
pour être employés sans contrôle comme forçats à la reconstruction
des régions dévastées.
3. Tous les réfugiés, qui avaient fui la Russie Soviétique avant et
pendant la guerre, devaient être livrés aux Russes où manifestement
ils seraient soit fusillés, soit déportés dans les camps de
concentration en Sibérie.
Une longue et violente controverse opposa à ce sujet Morgenthau
aux ministres de la Guerre, des Affaires Etrangères et de la Justice. Mais
tant que vécut Roosevelt, Morgenthau, fort de son appui, obtint raison
sur la plupart de ces points, ainsi que tout lecteur pourra le constater
en se reportant au résumé des documents Morgenthau que nous avons
publié dans cet article.
Les documents Morgenthau présentent un intérêt particulier du
fait de l’éminente personnalité du ministre et de l’importance des
postes qu’il occupait, du fait aussi que ce sont des documents officiels
du gouvernement américain. Mais il existe d’autres personnalités et
d’autres documents juifs, qui les confirment et même les renforcent.
A tout seigneur, tout honneur : Bernard Baruch. En tant qu’ami personnel
de Roosevelt et conseiller politique des successifs Présidents
de la République américaine, Baruch occupait dans le gouvernement
des États-Unis une position qui surpassait encore en importance et en
influence celle de Morgenthau. Or, toujours d’après les documents du
Sénat américain, Baruch trouvait le plan Morgenthau beaucoup trop
mou. Toute sa raison de vivre maintenant, disait-il, était de veiller à ce

que l’Allemagne soit entièrement désindustrialisée et se tournant vers
le ministre de la Guerre, il ajoutait qu’il ne laisserait personne lui barrer
le chemin.
Lui et l’équipe Morgenthau étaient soucieux de ne pas compromettre
les relations d’après-guerre avec l’Union Soviétique et ils exprimaient
fréquemment leurs craintes de voir la Russie encerclée par
l’Occident.
* * *
Encore une fois, nous nous sommes longuement appuyés sur les
documents Morgenthau, mais ils ne sont pas les seuls de leur espèce et
il y a maints autres documents juifs qui les confirment.
Parmi ceux-là, nous en avons choisi deux qui s’apparentent de
près au plan Morgenthau. Il s’agit de deux livres dont voici les titres :
« Germany must perish », de Theodore N. Kaufman, paru en 1941 aux
États-Unis, aux éditions Argyle Press, et du livre de Michel Bar-Zohar
« Les Vengeurs », paru en 1968 aux éditions Fayard à Paris.
Le livre de Kaufman expose un plan destiné à être appliqué à l’Allemagne
après la défaite de celle-ci pour éviter à l’avenir toute possibilité
de sa part d’une nouvelle guerre d’agression. Kaufman y préconise
la destruction totale et intégrale de la population allemande par
un moyen très simple : la stérilisation massive de tous les hommes et
femmes de nationalité allemande depuis l’âge de la puberté jusqu’à
l’âge de 60 ans révolus.
Lorsque j’ai eu pour la première fois connaissance de ce livre, il m’a
paru tellement extravagant que j’ai eu des doutes sur l’authenticité de
l’ouvrage. Je l’ai donc fait rechercher aux États-Unis et ai finalement
réussi à me le procurer. Le livre est parfaitement authentique et les extraits
que cite Rassinier en sont absolument exacts. Voici quelques passages
du livre en question :

« Cette guerre est une guerre entre la nation allemande et l’humanité.
Hitler n’est pas plus responsable de cette guerre que le Kaiser
ne l’a été de la précédente, ni Bismark avant le Kaiser ; ils n’ont été que
des miroirs réfléchissant les instincts séculaires de la nation allemande,
instincts de guerre, de conquête et de meurtre..
« Cette guerre est menée par le peuple allemand. C’est lui qui
est responsable, c’est lui qui doit payer pour la guerre, autrement, il
y aura toujours une guerre allemande d’agression contre le monde.
L’Allemagne a imposé au monde une guerre totale, elle doit payer une
pénalité totale. Il y en a une et une seule valable : l’Allemagne doit périr
pour toujours !…
« Il y a une manière et une seule de débarrasser le monde à jamais
du germanisme, c’est de tarir la source en empêchant à jamais le peuple
allemand de se reproduire. Il y a pour cela une méthode moderne
connue sous le nom de « stérilisation eugénique », qui est à la fois pratique,
humaine et totale. La population allemande comprend environ
soixante-dix millions d’habitants, divisés à peu près également entre
hommes et femmes. Pour obtenir l’extinction de la race allemande,
il suffit de stériliser environ quarante-huit millions de personnes, en
excluant par suite de leur pouvoir imité de procréation, les hommes
mâles au-delà de soixante ans et les femmes au-delà de quarante-cinq
ans.
« Concernant les hommes mobilisés, si nous prenons comme base
le chiffre de vingt mille chirurgiens, en estimant que chacun puisse réaliser
environ vingt-cinq opérations par jour, leur stérilisation totale
ne prendrait pas plus d’un mois. Voici en ce qui concerne l’armée ; en
trois mois, le reste de la population civile mâle allemande pourrait être
opéré.
« Etant donné que la stérilisation des femmes nécessite un peu
plus de temps, on peut estimer que la population féminine de l’Allemagne
tout entière pourrait être stérilisée en moins de trois ans. Une

stérilisation complète des deux sexes doit être considérée comme nécessaire
étant donné l’actuelle doctrine de l’Allemagne, qu’une seule
goutte de véritable sang germanique constitue un Allemand…
« La disparition graduelle et totale des Allemands de l’Europe
n’aura pas plus d’effet nocif sur ce continent que la disparition graduelle
des Indiens n’en a eu sur le nôtre. »
Ce livre est déjà relativement ancien. Son auteur porte un nom
peu connu. Alors pourquoi l’avoir choisi ici ?
Parce que ce livre a eu une influence néfaste sur la conduite de la
guerre. Goebbels, ce génie diabolique de la propagande s’en est emparé,
comme il s’est emparé du plan Morgenthau et de la proclamation de
Casablanca dans laquelle les Alliés proclamaient à la face du monde
qu’ils exigeraient une capitulation inconditionnelle et globale de l’Allemagne,
c’est-à-dire une capitulation qui ouvrirait toute grande à la
Russie les portes de l’Europe.
Et ici, je cite à nouveau les documents Morgenthau du Sénat
américain :
« Le docteur Goebbels, chef de la propagande hitlérienne, tira
grand profit du plan Morgenthau, dont il fit un cri de ralliement du
peuple allemand pour résister jusqu’à la dernière extrémité. C’est ce
qui se produisit pendant plusieurs mois — tandis que les bombardiers
américains écrasaient et incendiaient par douzaines les villes allemandes
et par centaines les installations industrielles que les contribuables
américains devraient, un jour, aider à reconstruire pour corriger
le déséquilibre de l’Europe dû par suite d’une erreur monumentale
de calcul, à leur victoire. »
Il est très important de noter que le livre de Kaufman a été publié
aux États-Unis en 1941, alors que les Juifs n’avaient pas encore été rassemblés
dans les camps de la mort. Il est permis de supposer que Hitler
s’en est inspiré en prenant la décision de faire disparaître les Juifs qu’il
détenait et qui lui servaient d’otages en quelque sorte. Il ne faisait ainsi

que retourner contre eux les mesures d’anéantissement que Kaufman
et ensuite Morgenthau, puis Baruch préconisaient d’employer contre
le peuple allemand.
Il est à peu près sûr qu’au début Hitler n’avait pas l’intention de
procéder à des massacres de Juifs ; il voulait en débarrasser l’Allemagne
et l’Europe ; dans ce but, il commença à les rassembler dans des camps
en vue de leur transfert, lorsque les circonstances le permettraient.
Mais la guerre prit pour l’Allemagne une mauvaise tournure. Hitler
se vit encerclé, ses villes étaient écrasées sous les bombes, il n’avait
peut-être rien à dire puisqu’il supportait le contre-coup du sort qu’il
avait tenté de faire subir à Londres, Coventry, et autres lieux.
Mais néanmoins le fait était là. Sur ce, les Juifs américains Kaufman,
Morgenthau, Baruch, hurlaient à la mort et annonçaient à grands cris
leur intention de détruire l’Allemagne. Hitler se considéra donc à tort
ou à raison — peu importe, je cherche à expliquer, non à justifier —
comme en état de légitime défense. C’est dans ces conditions que fut
prise la décision fatale, à laquelle le prédisposait sa nature sauvage, qui
devait trouver son épilogue à Auschwitz et dans d’autres camps.
Convaincus par le livre de Kaufman, par les documents Morgenthau
et par la conférence de Casablanca, que la défaite de l’Allemagne signifierait
l’anéantissement du pays, le peuple allemand tout entier combattit
jusqu’à l’ultime limite avec une énergie désespérée. Il en résulta un an
de guerre supplémentaire, parfaitement inutile ; des centaines de milliers
de morts, des destructions effroyables et surtout ce délai permit
aux Communistes russes de pénétrer jusqu’au coeur de l’Europe où ils
sont toujours solidement installés, et d’où ils constituent pour la civilisation
occidentale une menace permanente plus grave encore que ne
l’était la menace hitlérienne.
Bien avant mai 1945, les chefs de la Wehrmacht savaient que l’Allemagne
avait perdu la guerre et ils cherchaient désespérément à capituler
à l’Ouest pour faire barrage aux Russes à l’Est, mais ils se heurtaient
à la volonté démentielle d’Hitler et à l’intransigeance de Roosevelt et

de Morgenthau, désireux de protéger à tout prix les intérêts de leurs
chers amis Russes. C’est dans cette situation tragique que fut monté
l’attentat de juillet 1944 contre Hitler.
Nous venons de parler du livre de Kaufman, mais comme nos lecteurs
ne pourront pas se le procurer(1), arrivons tout de suite au livre
suivant, « Les Vengeurs », de Michel Bar-Zohar, qui se trouve dans
toutes les librairies.
Qui est Michel Bar-Zohar ? Je n’en sais rien. Son éditeur — la
vieille et honorable maison Fayard — nous dit ceci sur la couverture
du livre :
« M. Bar-Zohar est né en 1938 à Sofia en Bulgarie. Il a fait de brillantes
études à l’Université hébraïque de Jérusalem, puis à Paris. Il est
docteur en science politique, il jouit d’une audience internationale, il
est traduit et publié chez les plus grands éditeurs des États-Unis, d’Allemagne,
d’Angleterre, etc…
« Pour écrire « Les Vengeurs », Michel Bar-Zohar a parcouru le
monde, interrogé les agents secrets, les justiciers, les juges, a examiné
de nombreux documents… »
Dans ce livre, « pour la première fois, nous avons non pas le récit de
la poursuite de tel ou tel criminel nazi, mais un tableau d’ensemble de
cette vengeance juive. »
A la suite de la victoire des Alliés et de l’occupation de l’Allemagne,
certains groupements juifs pénétrèrent en Allemagne, plus spécialement
dans les zones anglaises et surtout américaines : petites unités
militaires juives, constituées dans les armées anglo-saxonnes, interprètes,
membres des Services de Renseignements anglo-américains,
auxiliaires divers, etc… Ce livre nous décrit leur comportement en
Allemagne. Un mot revient sans cesse comme un leitmotiv obsédant :
la Vengeance juive.

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1. — D’un clic hâtif, sur ce lien, vous pourrez en découvrir sa réalité :
Kaufman Theodore Newman ; Germany must perish.

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Nous allons en citer quelques cas typiques :
Une petite brigade juive constituée en unité autonome dans l’armée
anglaise est au repos à Brinsighella près de Bologne, en Italie.
« Soudain une rumeur se répand parmi les soldats, comme un feu de
poudre : « On va nous envoyer en Allemagne en qualité de troupe
d’occupation ». Ces hommes, ces volontaires palestiniens savent que
les autorités militaires britanniques ont longtemps hésité avant de
les mettre en contact avec des Allemands, soldats ou civils. Il y avait
en effet à craindre, non sans raison, que le désir de vengeance ne soit
plus fort chez les soldats juifs que le sens de la discipline. « Aller en
Allemagne ! … »
Les hommes commentent la nouvelle, s’agitent, s’excitent : « Ce
serait trop beau ! ».
« Qu’on nous laisse un mois seulement, un mois, disent-ils, après
cela, « ils » n’oublieront jamais. Cette fois ils auront vraiment une
raison de nous haïr. On fera un seul pogrom, en chiffres ronds, mille
maisons brûlées, cinq cents tués, cent femmes violées… » Et l’on
entend des garçons dire : « Il faut que je tue un Allemand, de sangfroid,
je le dois. Il faut que je viole une Allemande… Après je m’en
moque…. Pourquoi serions-nous le seul peuple, nous autres Juifs, à
subir Auschwitz et le ghetto de Varsovie, à garder toute cette horreur
dans la mémoire de notre peuple ? Il faut que les Allemands, eux aussi,
aient un nom à se rappeler, celui d’une ville que nous aurons anéantie,
que nous aurons rayée de la surface de la terre. Voilà notre but de
guerre, la vengeance, et non pas les quatre libertés de Roosevelt ou la
gloire de l’Empire britannique ou les idées de Staline. La vengeance, la
vengeance juive… »
« La veille du jour prévu pour le départ pour l’Allemagne, des
prises d’armes ont lieu dans les régiments palestiniens. Face au drapeau,
un caporal lit les « Commandements du soldat hébreu en terre
d’Allemagne » :

• « Souviens-toi que la brigade juive combattante est en
Allemagne une force d’occupation juive ;
• « Souviens-toi que notre apparition en tant que Brigade, avec
notre emblème et notre drapeau, face au peuple allemand, est,
en soi, une vengeance ;
• « Souviens-toi que la vengeance du sang est la vengeance de
la communauté tout entière, et que tout acte irresponsable va
à l’encontre de l’action de notre communauté ;
• « Conduis-toi en Juif fier de son peuple et de son drapeau ;
• « Ne salis pas ton honneur avec eux et ne te mêle pas à eux
• « Ne les écoute pas et ne va pas dans leurs maisons ;
• « Honnis soient-ils, eux et leurs femmes et leurs enfants, et
leurs biens et tout ce qui est à eux ; honnis pour toujours
• « Rappelle-toi que ta mission est le sauvetage des Juifs, l’immigration
en Israël, la libération de la patrie ;
• « Ton devoir est : dévotion, fidélité et amour envers les rescapés
de la mort, les rescapés des camps. »
« Figés dans un garde à vous impeccable, tous leurs muscles durcis,
les soldats de la Brigade juive écoutent en silence. Sous leur apparente
impassibilité roule la haine, mêlée à une joie immense. Le romancier
israélien Hanoch Bartov, alors jeune combattant de la Brigade, écrira
plus tard :
« Le sang battait dans nos veines. Nos bataillons rangés sous les
armes, nos camions, nos véhicules de combat, prêts au départ, notre
drapeau déployé, les paroles que nous venions d’entendre, cela faisait
un tout. Nous vengerions notre peuple, sans plaisir, sans prendre goût
à cette tâche, mais nous le vengerions. Nous allions devenir, pour l’éternité,
les ennemis implacables des tortionnaires de notre peuple. Et chacun
de nous pensait : « Demain ! Demain, je serai en Allemagne… »
« Le commandement britannique décida au dernier moment
pour éviter tout incident que la Brigade juive resterait en Italie… La

mort dans l’âme, les soldats hébreux obéirent. La vengeance s’éloigne.
L’Allemagne leur reste interdite.
« Peu de temps après l’arrivée de la Brigade juive à Tarvisio, des
désordres se produisent dans la ville : Allemands attaqués, maisons appartenant
à des nazis incendiées, femmes violées. On ne trouve pas les
coupables mais le commandement de la Brigade, formé d’officiers juifs
affiliés à la Hagana, s’inquiète. Ces violences désordonnées nuisent à la
cause juive. Il faut canaliser le sentiment de vengeance qui domine chez
tous les soldats juifs de Tarvisio, et c’est dans ce dessein que les chefs de
la Hagana décident de confier à un seul petit groupe d’hommes particulièrement
sûrs et connus pour leurs qualités morales le droit de verser
le sang au nom du peuple juif tout entier. »
Et voilà ce que nous dit un de ces vengeurs :
« Notre mission ici allait être la vengeance.
« Mais d’abord il fallait savoir qui frapper. Il faut que la culpabilité
des victimes soit certaine. Les vengeurs de la Hagana tueront, mais
ils ne tueront qu’à bon escient. Ce principe va déterminer toute leur
action.
« Pour trouver les coupables, leur première source d’information,
ce sont les services de renseignements alliés qui possèdent des dossiers
concernant les criminels de guerre recherchés, et des listes d’officiers
S S et de nazis habitant dans la région. Dans ces services travaillaient
des Juifs, anglais et américains, et même des palestiniens. « C’étaient
eux, me disait un ancien du groupe, aujourd’hui général, qui, à l’insu
de leurs supérieurs, nous fournissaient régulièrement des renseignements.
, Mais les dossiers et les listes ne suffisaient pas toujours et tous
n’étaient pas accessibles.
« Par ordre de la Hagana, un deuxième groupe de vengeurs fut formé
au sein de la Brigade juive. Par précautions, chacun des deux commandos
ignora l’existence de l’autre ; seuls les chefs étaient au courant.

Les méthodes dans chaque groupe étaient à peu près identiques. Le
lieutenant-colonel Marcel Tobias, qui, en tant que jeune volontaire, fit
partie de ce deuxième groupe, a rapporté ceci, en 1964, à un journaliste
israélien :
« La camionnette bâchée s’arrêtait à l’endroit indiqué et nous emmenions
l’officier S S sous prétexte d’une « enquête de pure forme ».
A l’arrière se trouvaient trois soldats de la police militaire qui ne soufflaient
pas un mot. Lorsque nous arrivions à un étang ou une rivière, le
S S était étranglé, son corps lié par une corde à une grosse pierre, et jeté
à l’eau. Au retour, je quittais la camionnette à deux kilomètres du camp
et je rentrais à pied, pour ne pas éveiller les soupçons. »
« Ainsi presque chaque soir, pendant des mois, les vengeurs de la
Brigade juive parcourent les routes, les villes et les villages du Nord de
l’Italie, de l’Autriche et du Sud de l’Allemagne. Ils ne se reposent que
lorsque les officiers palestiniens responsables des commandos sont de
garde au camp ou affectés à une mission particulière. Il arrive aussi que
les missions punitives soient suspendues quelque temps par prudence,
car des rumeurs commencent à circuler. »
« Nous ne sommes pas des assassins. Croyez-moi, ce ne fut pas
toujours facile.
« Non, nous ne craignions pas le danger. En fait, ce que nous faisions
n’était pas dangereux. Rien de très grave ne pouvait nous arriver.
Nos actions n’étaient pas destinées à servir d’avertissement, pour
l’avenir, à ceux qui pourraient être tentés de recommencer les horreurs
du nazisme. Non, c’étaient des actions secrètes, qui devaient rester
secrètes. Ce n’est pas de la façon dont nous agissions qu’on lance des
avertissements aux gens. Pourquoi ne pas le dire ? Notre action, c’était
de la vengeance, pure et simple. Connaissez-vous l’expression « la saveur
très douce de la vengeance » ? Pour moi, c’était cela, je l’avoue.
Exécuter un nazi dont je savais que lui ou l’un de ses semblables avait
arraché un bébé des bras de sa mère, lui avait brisé la tête contre un

mur, puis avait abattu la mère d’un coup de feu sous les yeux de son
mari, ce châtiment, oui, avait ce goût très doux, très savoureux, de la
vengeance. J’ai tué. Et je peux vous dire une chose : s’il avait fallu le
refaire, je l’aurais refait. Car pour agir ainsi nous avions une grande
justification morale. Et depuis, pas une seule fois, je n’ai éprouvé un
remords. »
« Combien de nazis tombèrent sous les coups de la Brigade juive ?
Les estimations sont très variables, et le fait s’explique puisque la majorité
des vengeurs n’a jamais connu que les opérations auxquelles ils
ont pris part personnellement. Selon Gil’ad, le commando aurait opéré
presque chaque nuit pendant six mois : il aurait donc à son actif environ
cent cinquante exécutions. A ce chiffre, on doit ajouter les nazis qui
furent découverts parmi les faux malades à l’hôpital de Tarvisio et mis
à mort. Un autre vengeur auquel on peut accorder foi m’a dit : « Entre
deux cents et trois cents personnes. »
« Mais ce n’est pas essentiellement le nombre des nazis exécutés
qui est intéressant, car, quel qu’il ait été, il n’a pu être que dérisoire
par rapport à l’étendue de leurs crimes et au nombre de leurs victimes.
Ce que j’ai voulu comprendre et montrer, ce sont les sentiments de
ces hommes, leur état d’esprit, les mobiles auxquels ils obéirent, et j’ai
cherché à savoir ce qu’ils en pensent aujourd’hui, vingt ans après.
« J’ai longuement interrogé plusieurs de ces vengeurs. La première
conclusion à laquelle je suis arrivé, c’est que ces hommes, sans exception,
se sentaient, à l’époque, investis d’une mission historique, nationale.
Ils se considéraient comme les représentants de tout un peuple.
Tous aujourd’hui sont convaincus d’avoir agi comme ils avaient le
devoir, l’obligation de le faire. Leur soif de vengeance et son assouvissement
ne paraissent pas avoir affecté leur honnêteté, leur intégrité
morale, leur équilibre. Connus ou inconnus, presque tous occupent aujourd’hui,
en Israël, des postes civils ou militaires importants. Ils sont
des hommes normaux. »

La plupart des victimes allemandes étaient d’anciens Nazis, S S et
autres, ce qui pouvait expliquer et en partie justifier les actions de représaille
juive mais ce n’était pas toujours le cas, loin de là, puisque
Bar-Zohar nous raconte que lorsque des membres du groupement juif
circulaient en auto sur les routes et voyaient un Allemand isolé qui cheminait
sur la route à bicyclette par exemple, ils ouvraient brusquement
les portières de l’auto au moment où ils arrivaient à sa hauteur et l’Allemand
ainsi heurté par derrière, roulait sous les roues de l’auto où il
était écrasé.
Bar-Zohar nous parle ailleurs d’un groupement constitué en
Allemagne sous l’égide de la Hagana, le groupe « Nakam ». Voici ce
qu’il en dit :
« L’état-major du groupe Nakam a mis trois projets à l’étude, A,
B et C.
« Le projet principal, dit Béni, était le projet B. Il fallait frapper
d’une façon massive les S S et autres nazis rassemblés dans les camps.
Nous craignions, non sans raison, qu’ils ne soient bientôt libérés et ne
regagnent, impunis, leurs foyers. Une fois le projet B accompli, nous
voulions passer au projet C : poursuivre et châtier les criminels nazis
notoires dont nous pourrions retrouver la trace.
— « Et le projet A ? » demandai-je.
« Beni parut un peu mal à l’aise, mais il finit par me répondre :
« A l’état-major du groupe Nakam fut élaboré un projet dont la teneur
ne fut communiquée qu’à quelques-uns. Beaucoup de temps et beaucoup
d’argent furent consacrés à la mise sur pied de ce plan. Si nous
réussissions, nous le savions, toute autre action deviendrait inutile.
Aujourd’hui, avec le recul des années, on peut qualifier ce projet de diabolique.
Il s’agissait de tuer des millions d’Allemands. Je dis bien, des
millions, d’un seul coup, sans distinction d’âge ou de sexe. La principale
difficulté c’était que nous ne voulions frapper que des Allemands.
Or, sur l’ancien territoire du Reich se trouvaient des soldats alliés et

des ressortissants de toutes les nations d’Europe, libérés des camps de
travail, échappés des camps de concentration. Et puis, certains d’entre
nous ne pouvaient se résoudre à accomplir un acte aussi terrible, même
contre des Allemands…
« C’est ainsi que nous nous sommes consacrés principalement au
projet B. Après quelques mois de recherche, nous avons choisi notre
terrain d’action, un camps près de Nuremberg — cette ville qui avait
été le haut lieu du nazisme. Là, trente-six mille S S avaient été rassemblés.
C’est vers ce camp qu’un petit groupe de reconnaissance se dirigea
au début de 1946 pour accomplir le premier acte de vengeance.
« Nous avions décidé, dit Jacob, d’empoisonner les trente-six
mille S S et c’est moi qui étais chargé de l’exécution du projet. »
« Nos agents ne tardèrent pas à découvrir que l’approvisionnement
du camp en pain était fait par une grande boulangerie industrielle
de Nuremberg dont les bâtiments se trouvaient dans les faubourgs de
la ville, près de la ligne de chemin de fer. Chaque jour arrivaient au
camp des milliers de pains, du pain noir et du pain blanc.
« Il nous fallait d’abord savoir lesquels de ces pains étaient destinés
aux prisonniers et lesquels étaient consommés par les soldats alliés,
américains, britanniques et polonais, qui assuraient la garde des
prisonniers. Je fis embaucher un de nos hommes à la boulangerie…
Sachant cela, nous sommes passés à la deuxième étape. Nous avons
prélevé des échantillons de pain et les avons envoyés à nos experts. »
« Dans ces laboratoires, des ingénieurs chimistes authentiques
procédèrent à diverses expériences, essayant successivement plusieurs
poisons. Il ne faut pas que le poison agisse trop vite car alors, ceux des
S S qui auraient vu leurs camarades tomber foudroyés après avoir mangé
du pain, prendraient des mesures en conséquence. »
« Le groupe a des complices parmi les soldats américains de
confession juive préposés à la garde du camp.

« Nous sommes en avril 1946. Les préparatifs s’achèvent. »
« Nous voulions empoisonner quatorze mille pains, ce qui représentait
six heures de travail au moins pour cinq hommes. Il fallait aussi
deux hommes pour remuer sans cesse le mélange dans le chaudron car
l’arsenic avait tendance à se séparer des autres ingrédients.
« Nous avions décidé d’opérer dans la nuit d’un samedi à un dimanche,
pour deux raisons : le dimanche, la boulangerie était fermée,
et le délai entre la préparation du pain et son transport au camp était
prolongé de vingt-quatre heures. »
« C’est ainsi que fut choisie la nuit du 13 au 14 avril 1946. »
Ce jour-là, il se produisit au dernier moment un contretemps inattendu.
Un orage d’une violence extrême s’abattit sur la région ; les gardiens
allemands et les policiers américains restèrent toute la nuit en
alerte et les exécuteurs durent s’enfuir en pleine nuit mais ils réussirent
à couvrir leurs traces.
« Ainsi l’opération « pain empoisonné » était un échec. Pas tout
à fait pourtant, car les vengeurs avaient eu le temps de badigeonner
plus de deux mille boules. Le lundi 15 avril 1946, pains empoisonnés et
pains intacts furent livrés au camp et distribués à raison d’un pain pour
cinq ou six prisonniers. Dans la journée, plusieurs milliers de S S furent
pris de violentes coliques. Selon les rumeurs dont certains journaux
se firent l’écho, douze mille Allemands auraient été victimes du pain à
l’arsenic et plusieurs milliers en seraient morts.
« Ces chiffres sont exagérés. Selon les estimations des vengeurs,
quatre mille trois cents prisonniers auraient été incommodés. Un millier
environ fut transporté d’urgence dans les hôpitaux américains.
Dans les jours qui suivirent l’opération, sept cents à huit cents prisonniers
moururent, D’autres, frappés de paralysie, moururent dans le
courant de l’année.
« Au total, les vengeurs avancent le chiffre de mille morts.

« La police militaire américaine ne fut pas longue à remonter la
filière. Le pain mena les enquêteurs à l’entrepôt. Ils découvrirent le
chaudron contenant le mélange, et tout l’équipement. Mais lorsqu’il
s’agit de l’identité des responsables, les recherches aboutirent à une
impasse. Terrifié à, l’idée que la nouvelle risquait de se répandre dans
les autres camps de prisonniers et dans la population civile allemande ;
le commandement américain fit tout pour étouffer l’affaire. La censure
militaire alla jusqu’à interdire à la presse allemande de publier des informations
sur l’empoisonnement. »
Les membres de l’équipe Nakam qui avaient participé à l’opération
réussirent à s’enfuir à l’étranger, où ils trouvèrent refuge en France.
« Les vengeurs ne restèrent pas longtemps en France, en Italie ou
en Tchécoslovaquie. Une fois apaisée l’émotion soulevée par l’affaire,
ils partirent de nouveau pour l’Allemagne.
« La vengeance continuait. »
« Dans le courant de l’année 1946, pourtant, des difficultés surviennent.
Les dirigeants de la Hagana et des organisations juives manifestent
des réticences de plus en plus marquées devant les projets
d’activité des vengeurs.
« Nous nous sentions abandonnés, me dit Moshe, le chef des opérations
pour l’Europe du groupe Nakam. Nous avions accompli des
actes de vengeance en Belgique, en Hollande, en France. Les Gentils
que nous avions rencontrés là-bas nous comprenaient mieux que certains
Juifs, mieux que ces Palestiniens nos frères. Nous avons eu des
discussions déchirantes avec des gens dont nous pensions qu’ils auraient
dû nous aider. Ceux de la Hagana, entre autres. »
« Certains projets particulièrement spectaculaires rencontrèrent
l’opposition de la Hagana.
« Dès la fin de 1945, un plan de grande envergure avait été mis au
point : exécuter les vingt et un accusés du procès de Nuremberg, soit

en les empoisonnant, soit en faisant éclater une bombe dans la salle
du tribunal, soit en faisant abattre les Nazis, en pleine séance, par un
commando armé.
« Tous ces projets furent abandonnés, dit Jacob, mais je peux vous
dire une chose, ils n’étaient pas utopiques, et nos préparatifs étaient
très avancés. Pourtant nous n’avons rien fait parce que nous ne voulions
pas frapper des personnes innocentes. »
« A défaut de pouvoir exécuter les vingt et un accusés de
Nuremberg, le groupe Nakam revint à son projet A : exterminer, par
un moyen ou par un autre, plusieurs millions d’Allemands.
« La Hagana est consciente des risques de pareilles opérations.
Elle sait qu’elles sont de nature à donner du peuple juif une image très
défavorable. Aussi s’efforce-t-elle de soumettre à son obéissance le
Groupe des Vengeurs. Le groupe Nakam a-t-il tenté de passer outre et
de mettre à exécution son projet A ? »
Toujours est-il qu’il fut dissous et ses membres transportés en
Palestine.
« Pourtant, à la même époque, un projet de représailles massives
contre le peuple allemand fut sur le point d’aboutir. Il était l’oeuvre
d’un Groupe de Vengeurs qui avait cette particularité : les non-Juifs y
étaient la majorité.
« C’est un journaliste israélien, S. Nakdimon, qui fit les premières
révélations sur ce groupe. D’autres sources que je me suis engagé à ne
pas révéler ont complété mes informations.
« L’intention de ces hommes fut d’abord d’incendier simultanément
plusieurs villes d’Allemagne. Plus tard, ils projetèrent d’empoisonner
la population de Berlin, de Munich — berceau du nazisme —
de Nuremberg, de Hambourg et de Francfort.
« Techniquement, le problème n’était pas insoluble.
« Il suffisait d’introduire du poison dans les réservoirs d’eau po-

table. La grosse difficulté ici encore était d’éviter de porter atteinte aux
soldats des troupes d’occupation et aux réfugiés non-allemands qui se
trouvaient dans ces cinq villes.
« Nuremberg qui avait vu l’insolent triomphe des Nazis fut choisi
pour être frappé en premier.
« Des hommes de notre groupe, m’a-t-il dit, s’étaient fait embaucher
comme ouvriers et comme techniciens dans les compagnies de
distribution d’eau. Une fois que nous avons très bien connu tout le système
de distribution, nous avons mis au point un plan très compliqué
qui consistait à couper l’eau, à l’heure H, aux casernes occupées par les
Alliés et aux quartiers dans lesquels les non-Allemands se trouvaient en
majorité. Ces zones auraient été épargnées. Tout le reste de Nuremberg
aurait reçu de l’eau empoisonnée. Aucun Allemand, en somme, n’aurait
dû survivre, sauf les ivrognes…
« Il fallait aussi se procurer du poison, et ce n’était pas facile. Dans
un grand pays d’outre-mer, un savant accepte de fournir aux vengeurs
ce qu’ils cherchent. Le poison, dissimulé dans un sac de soldat, est
confié à un permissionnaire qui rejoint son unité. Il a pour consigne de
remettre le sac à une certaine adresse, en France. »
« La formule est au point. Pourtant, le projet ne sera jamais mis à
exécution.
« Pourquoi ? Sur ce point, les témoignages que j’ai recueillis ne
concordent pas.
« En relatant divers épisodes de ce phénomène étrange et mal
connu qu’est la vengeance juive, je me suis efforcé de citer, avec le minimum
de commentaires, les témoignages que j’ai recueillis. De ces récits,
confidences, révélations que des dizaines d’hommes ont bien voulu
me faire se dégage un certain nombre de faits et de notions qui expriment
le caractère particulier, unique dans l’histoire, de ces représailles.
« Tout d’abord les personnages. Ce qui frappe, c’est que les vengeurs
furent des hommes purs et probes, aussi bien ceux de la Brigade

juive que ceux du groupe Nakam, de la Deutsche Abteilung, du Centre
de Documentation de Vienne ou d’autres groupes. Leur comportement
et leur conduite démontrent une profonde honnêteté intellectuelle
et morale. Rigoureux contre les bourreaux nazis, ils l’étaient
également envers eux-mêmes. Le désir de faire justice, le souci de ne
pas frapper des innocents dominent tous les épisodes de la vengeance.
Nous l’avons vu, les projets relatifs à des actions de représailles massives
contre le peuple allemand ne furent jamais mis à exécution. »
« … Pourtant, quand ils frappaient, c’était moins pour venger un
père ou un frère que le peuple juif tout entier. Chacun des vengeurs
avait le sentiment d’être investi d’une mission par tous les survivants et
par tous les morts de la nation juive. Cette mission : punir. Ne pas permettre
que celui qui a massacré des centaines d’hommes désarmés, de
femmes, de vieillards et d’enfants, retourne tranquillement à ses petites
affaires après avoir passé quelques mois dans un camp de prisonniers
ou purgé une peine de prison dérisoire.
« Ils noyèrent, ils empoisonnèrent, Ils abattirent d’une balle dans
la tête des centaines de Nazis, ils ne les volèrent pas, ils ne se livrèrent à
aucun acte de « récupération ». C’est que tous avaient conscience que
la vengeance, acte de sang, devait demeurer, sur ce plan, irréprochable. »
« Paradoxalement, c’est la création de l’État d’Israël qui a le plus
contribué à limiter la vengeance juive. S’il n’y avait pas eu cet Etat hébreu
à faire naître, qui requérait toutes les énergies, tous les sacrifices, il
est certain que le nombre de criminels nazis exécutés eut été beaucoup
plus grand. On a vu qu’entre les organisations juives de Palestine et les
vengeurs, l’opposition fut parfois très vive. C’est qu’entre la vengeance
et la création d’Israël — deux devoirs sacrés aux yeux de ces hommes,
— le choix était souvent difficile.
« La Hagana s’opposa d’une façon très déterminante à des représailles
massives contre le peuple allemand pour ne pas susciter dans
l’opinion internationale un mouvement d’hostilité à l’égard des Juifs.

Et les vengeurs, de leur côté, auraient voulu être mandatés officiellement,
d’abord par les organisations juives, puis par l’État d’Israël, afin
que la vengeance put avoir lieu au grand jour, sans camouflage, et que
le monde sût qui frappait, et pourquoi. »
*
* *
Ces livres où il n’est question que de haine juive, de vengeance
juive, nous laissent une profonde impression de malaise. En outre, ils
nous montrent clairement que le peuple juif, la nation juive constituent
une entité qui englobe tous les Juifs, ceux d’Israël, ceux de la Diaspora
et de la Palestine. C’est l’éternel problème de la double nationalité qui
se pose pour les Juifs de la Diaspora.
Mais revenons aux documents Morgenthau. La vengeance juive, ce
leimotiv emplissait déjà les pages du livre d’Esther dans la Bible, il y a
trois mille ans.
Il obsédait Bernard Baruch, Morgenthau et son équipe ; il a orienté
toutes leurs actions.
« Les S S servirent des buts jugés criminels par le Tribunal
International de Nuremberg, à savoir la persécution et l’extermination
des Juifs, des atrocités et des assassinats dans les camps de concentration,
les abus de pouvoir dans les pays occupés, la mise en oeuvre du
plan de travail forcé, les mauvais traitements et meurtres des prisonniers
de guerre. »
Génocides, assassinats dans les camps de concentration, mise en
oeuvre d’un plan de travail forcé, meurtres des prisonniers de guerre, ne
sont-ce pas là des faits que l’on retrouve dans le plan Morgenthau, dans
le livre de Kaufman et dans le comportement des groupements juifs
en Allemagne occupée, tels qu’ils sont décrits par Michel Bar-Zohar ?

Or, de 1934 à 1945, Morgenthau et son équipe ont inspiré et dirigé
la politique américaine vis-à-vis de l’Allemagne, de l’Europe et de la
Russie.
Faut-il en conclure que pendant toute cette période cruciale de
l’histoire, la politique et la puissance américaine ont été mise au service
de la haine et de la vengeance juives ?
Il est permis de se poser la question.
Léon de Poncins

suite…

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