FAUT-IL BRÛLER DARWIN ou l’imposture darwinienne



Auteur : Costagliola Jacques
Ouvrage : Faut-il brûler Darwin ou l’imposture darwinienne
Année : 1995

PRÉFACE
Trompettes de la Renommée, Brassens nous l’a chanté sur sa
guitare, vous êtes bien « mal embouchées ». Ceci ne concerne
pas seulement le monde du spectacle. C’est vrai aussi du monde
de la célébrité scientifique. Il ne faut pas s’étonner si quelques
esprits lucides, sûrs d’eux-mêmes, vont tenter de réparer les
injustices de la postérité. S’agissant de Darwin, on sait les
hauteurs himalayesques dont sa gloire a joui. Que le Dr Jacques
Costagliola se soit attaqué à ce monument, on ne peut
qu’admirer son audace et le féliciter d’apporter au choeur
massif des trompettes darwiniennes un bémol spécifiquement
adapté. C’est là, certainement, faire oeuvre utile, d’autant plus
que sa critique joue à un niveau qu’on voit rarement dans la
littérature anti-darwinienne. Il s’agit d’une lecture textuelle,
littérale, de l’Origine des espèces, livre étudié page par page,
quasiment ligne à ligne.
On ne pourra reprocher à notre auteur d’avoir fait preuve de
la moindre clémence vis-à-vis du «Newton de la biologie ».
Son livre est un réquisitoire sans faille de l’Origine des espèces.
Tout détail suspect, toute impropriété de vocabulaire, toute
contradiction y est dûment relevée: tous les défauts sont
collectés, énumérés dans un rappel sans pitié. Je ne vois guère
que certains textes de Goethe, défendant sa Théorie des
couleurs, qui manifestent contre l’Optique newtonienne une
hargne équivalente (et cependant la littérature des controverses
entre scientifiques est relativement bien fournie). Si bien que le
lecteur se demandera, ce qui, finalement, explique la gloire de
Darwin. Au fond un certain vague, un certain flou de
l’expression a pu incliner à l’indulgence. Si l’auteur se
contredit, faisant suivre l’opinion A de l’opinion B contraire

alors si A est « catastrophique », il y a de forte chance que B
soit, sinon vraie, du moins acceptable. C’est peut-être là une
des clés du succès du darwinisme. C’ est une théorie qu’il est
difficile de taxer de fausseté, tant elle est inconsistante. Son
succès s’explique d’abord par des circonstances socio-historiques,
l’abandon du créationnisme encore prédominant dans
les esprits vers 1850. D’ailleurs un créationnisme « libéral »
détaché de la Lettre des Ecritures, serait parfaitement
compatible avec l’Evolution. L’Evolution n’est pas autre chose
que la continuité temporelle de la matière vivante, et on peut
seulement discuter de la présence ou de l’absence de ces
grandes singularités que seraient l’apparition et l’extinction des
espèces.
Ce qu’il faut déplorer dans le darwinisme, c’est l’impact
désastreux qu’il a eu sur la pensée spéculative en Biologie.
Alors que le siècle précédent 1750-1850 avait vu les esprits
s’éveiller, les théories prospérer, les tenants de l’ « Anatomie
transcendante » développer l’idée de bauplan, et placer l’idée
d’homologie (Owen) au centre des classifications zoologiques,
le darwinisme a prétendu expliquer la variation des formes
biologiques, alors qu’il ne s’est jamais préoccupé de les définir.
Plus tard, une alliance malsaine s’est constituée entre
darwinisme et positivisme, encore actuellement très solide. Ce
n’est pas un hasard si le darwinisme dont la vacuité théorique,
vers 1900, avait fini par transparaître au sein du monde
biologique, s’est trouvé sociologiquement restauré par la
génétique mathématique: par l’Ecole des Fischer et Sewell
Wright. Il a fallu presque un siècle (jusqu’à Lewontin et
Kimura) pour qu ‘on se rende compte du caractère factice de ces
prétendues preuves.
Toute théorie de l’hérédité requiert d’abord un instrument de
comparaison morphologique entre parent et descendant. Il ne
faut pas se contenter de l’ADN, il faut analyser les formes
vivantes. De ce point de vue, j’affirmerais que si le darwinisme
contient une substance scientifique, c’est seulement dans
l’opposition : « Gradualisme Catastrophisme» qu’on la trouve.
Chez les darwiniens d’aujourd’hui, le gradualisme est un
dogme. Certes on cite quelques tenants des discontinuités
(éventuellement majeures) Goldsmith, père du « hopeful
monster », Schindewolf. Dans la littérature contemporaine, le
problème ne cesse pas d’être discuté (Cf par exemple, S. J.

Gould). J’aimerais présenter ici mon point de vue sur cette
question. Ma thèse est que le problème a une réponse
formellement nécessaire: D’un point de vue qualitatif, tout
changement est nécessairement discontinu. Du point de vue
quantitatif, la thèse gradualiste est plausible.
Sur cette dernière assertion les orthodoxes triomphent.
N’est-il pas vrai que, pour le scientifique contemporain, toute
différence est quantitative? Presque tous, imbus de la
propagande (non désintéressée) de l’industrie informatique en
sont restés à la maxime énoncée par Rutherford au début de ce
siècle: Qualitative is nothing but poor quantitative. Que ne
reviennent-ils à la Biologie d’ Aristote : là l’anatomie d’un
animal résulte de sa décomposition en parties
phénoménologiquement homogènes, les « homéomères », à
laquelle on rajoute ces connexions d’origine fonctionnelle, les
anhoméomères. On ferait bien de prendre au sérieux cette idée
de l’équivalence phénoménologique de deux milieux pour l’être
vivant. Il faut réintroduire la qualité, qui est substantiellement
différente de la quantité. Considérons le couple des deux
premiers entiers naturels: un deux. Tout esprit non prévenu ne
manquera pas de dire que la différence entre un et deux est
quantitative. Ce n’est pas faux puisque deux égale = un + un ;
mais si on permute les deux nombres, il sera difficile de dire
que (1,2) est strictement identique à (2,1). Dans le couple (p, q),
q hérite de sa position de second une qualité particulière qui
complémente la qualité « premier » de p et ces deux qualités
sont qualitativement différentes. Je me permettrai de rappeler
que la définition classique de l’organisation biologique se
disait, en Latin, situs partium. Chez Aristote, on trouve
le système des parties. De cela
rapprochons, la Topologie de Leibniz, baptisée par lui :
Analysis situs. Ce fut le grand mérite de d’Arcy Thompson
(traducteur de l’Historia Animalium) d’introduire l’équivalence
par le genre définie comme équivalence topologique de.s deux
anatomies. Je ne vois pas comment on peut comparer deux
organismes sans introduire un algorithme de nature
topologique. Au lieu de cela, maintenant, on va analyser une
quantité effroyable de molécules d’ADN, dont il faudra
conserver l’ordre des nucléotides dans un hall de longueur
appropriée. Il est d’ailleurs remarquable qu ‘ en chimie
organique récente, on en revient à adopter des classifications
quasi-morphologiques des molécules comme les chélates et les

cryptates … Dans la description d’une structure vivante, on ne
peut pas faire abstraction des positions relatives de ses sous-structures.
La mort, en un certain sens, est la disparition de la
stabilité de cette information « positionnelle ». L’espace (le R3
de notre géométrie euclidienne) est le grand absent de la
Biologie moderne, il faudra le réintroduire autrement que par
ses seules coordonnées euclidiennes (ou comme cadre des
configurations de molécules en petit nombre).
Ici se pose le problème des structures intermédiaires,
organelles, cytosquelette, membranes … etc. Là on ne pourra
progresser qu’en classifiant les milieux qualitativement, un peu
comme on classifie les phases en Thermodynamique (mais sans
introduire le passage à la limite boltzmannien : le milieu vivant
n’est pas infini). Il faudra essayer des techniques
d’homogénéisation comme celles qu ‘on emploie en Mécanique
des matériaux. Enfin, il faudrait « topologiser » le métabolisme,
réduire sa complexité à un système fini de régimes,
d’ « attracteurs» qu’on puisse manipuler. C’est là certainement
un vaste programme, mais on peut toujours rêver.
Finalement, on construira pour le temps ontogénétique de
l’individu, et pour le temps phylogénétique des diagrammes
décrivant la morphologie des organismes.
On peut, en effet à tout le moins, symboliser l’embryologie
d’un organisme comme un grand graphe dont les arêtes
symbolisent les types cellulaires (chaque type cellulaire définit
un clone dont le graphe représentatif est un arbre). On peut au
moins théoriquement faire une construction analogue pour la
phylogenèse. Les discontinuités temporelles de ce graphe seront
autant de transformations évolutives. L’apparition d’ un
nouveau type cellulaire sera une discontinuité qualitative,
même si elle n’ implique qu’un clone très maigre. On voit donc
qu’il peut y avoir des discontinuités dans l’évolution, qui ne
mènent pas nécessairement à la scission d’une spéciation.
Seules des discontinuités impliquant les attracteurs
fondamentaux affectant la reproduction pourront conduire à la
spéciation. Le gradualisme quantitatif y exprime seulement le
fait, assez évident, qu’on ne voit pas une mère engendrer un
enfant plus gros qu’elle. Je crois aussi qu’on ne peut pas
exclure des « catastrophes» affectant ces attracteurs
hypothétiques du métabolisme, dans le cas des extinctions leur
existence ne fait guère de doute.
J’ai usé (peut-être abusé) de l’occasion que m’offrait la
préface du Dr Costagliola pour présenter ici quelques idées qui
me sont chères; on pourra en tout cas y voir un type de pensée
fondamentalement non darwinien. Décrire avant d’agir est un
principe trop oublié de la Biologie, où l’impact de la clinique
(humaine) pèse d’un poids trop lourd sur la recherche au
détriment d’une pensée abstraite et désintéressée.
René Thom

suite…

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