Qu’est-ce que le tiers exclus ? – Les preuves du complot de la « pensée unique ».



Auteur : Le père Duchesne
Ouvrage : Qu’est-ce que le tiers exclus ? Les preuves du complot de la « pensée unique ».
Année : 2010

C’est toujours, alors que l’on pense avoir atteint le fond du gouffre, que jaillit l’étincelle
de l’espérance ! Le Peuple millénaire de France désespère en cette année 2010 mais, les nantis,
comme les tenants de la parole officielle, n’en ont cure. Que leur importe l’injustice criante
quand il ne s’agit que de préserver leur vie agréable ou leurs ambitions sans bornes !
Qu’importe même le chaos, l’effondrement de l’économie, du moment que ce sont toujours les
mêmes qui paieront l’addition. Qu’importe encore la sous-culture galopante, la crétinisation
croissante des masses, la division du Peuple mise en chantier chaque jour et sa
« meltingpottisation » sur fond de communautarismes rivaux. Qu’importe notre histoire à la
poubelle et cette foi égalitaire, qui fit la France, reléguée aux orties. Qu’importe ! Après eux le
déluge !
Ce n’est pas parce que l’on ne voit pas bien les choses que celles-ci n’ont pas
d’existence ! La désespérance n’est pas seulement dans cette frange d’exclus dont parlent les
tenants de la pensée officielle, elle est partout dans le Peuple : chez l’honnête retraité qui se
demande comment il finira sa vie, chez le jeune diplômé qui désespère de ne trouver emploi de
nature à lui permettre enfin de s’installer dans l’existence, chez le cadre, pourtant privilégié diton,
harcelé, rongé par l’angoisse que fait peser sur lui la pression incessante de la performance,
chez l’entrepreneur, harassé de travail et de fatigue, qui prend soudain conscience que l’horizon
ne peut pas s’éclaircir. Voilà la vraie cohorte des exclus ! Elle est légion et si elle ne prend
conscience de l’incommensurable force que lui donnerait l’union c’est parce que l’on s’ingénie à
la diviser sans cesse, à pulvériser sur elle le narcotique puissant de l’égoïsme. Que vienne le
matin de la vérité et la France est sauvée !
« Changer la vie » comme on aimait à le répéter quelque part au tournant des années
quatre vingt, au temps de la grande duperie de la victoire de la gauche ? Non ! Voilà l’archétype
même du slogan creux, sans portée véritable, qui n’est guère destiné à mobiliser les énergies,
mais à berner, à tromper, à permettre de faire le contraire de ce qu’on avance. « Changer le
cours de la vie pour permettre enfin, non à une oligarchie de régner sans partage mais à la

majorité de décider de son sort. ». Voilà le vrai mot d’ordre qui porte, l’utile et pertinente
consigne, la juste directive pour inverser enfin le rapport de force au profit du plus grand
nombre.
Les propos qui suivent ne sont pas le fruit d’une froide, vaseuse ou stérile réflexion
solitaire mais l’expression d’une colère collective. Une bronca qui sourd du pays profond pour
enfin exprimer un immense « ras-le-bol » qui partout se fait entendre mais qui ne trouve nul écho
dans les médias. C’est cette France trompée qui rejeta avec un tel enthousiasme un traité
constitutionnel européen qui, à peine sorti avec perte et fracas par la porte, revient sans
vergogne par la fenêtre ! C’est ce pays désespéré, dupé par les rodomontades d’un manipulateur,
qui constate, amer, que son vote n’a servi qu’à faire le lit du thatchérisme à la française. C’est
cet éclat d’exaspération que l’on entend au café du commerce et qui se manifeste bien avant le
deuxième Ricard. Quelle vienne donc cette effervescence qui répondra sans doute à des
aspirations différentes et revêtira sûrement des aspects et des sensibilités bien divers mais qui
trouvera son dénominateur commun dans un rejet aussi viscéral que définitif de ce prétendu
modèle ultralibéral qu’on veut nous imposer chaque jour davantage !
Pas de nuance, pas de modestie, pas de demi-mesure dans ce qui suit mais le discours de
la vie et de la vérité et qui ne saurait ainsi être mièvre car il est l’expression même du collectif. Il
accuse sans doute, crie et parfois même vocifère mais n’a pour seule ambition que de contribuer
à la recherche d’une voie alternative à la philosophie de l’injustice et de l’égoïsme qui clame
partout sa supériorité et qui ne peut pourtant, comme elle l’a fait déjà par le passé et comme elle
est en train de le faire sous nos yeux, que conduire le monde au désastre et au chaos. La logique
que l’on nomme capitaliste mais qui sera examinée, plus loin, à la lumière d’un nouveau concept
qui est proposé, celui d’accaparement, repose sur le déséquilibre. C’est là une donnée
intrinsèque mais essentielle de sa nature. Pour simplifier il s’agit de rendre une petite poignée de
riches toujours plus riches et, par voie de conséquence, d’appauvrir sans cesse le plus grand
nombre car – et c’est là une donnée première de toute économie– les richesses s’y trouvent
toujours en quantité limitée. Mais un déséquilibre ne peut durer éternellement et la courbe de
l’opulence pour seulement quelques-uns finit fatalement par trouver son infléchissement pour la
bonne et simple raison que les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel !
Ce système, que l’on nomme abusivement libéral, reste encore aujourd’hui présenté
comme la voie unique, sans qu’aucune alternative ne soit concevable et, le drame est, qu’une
sorte de consensus latent semble se dégager autour d’une pareille monstruosité. On voudrait
ainsi nous faire croire que la société, dans laquelle le plus grand nombre vit de plus en plus
difficilement tandis qu’une infime minorité engrange chaque jour, à vitesse exponentielle, des
gains de plus en plus indécents, serait incontournable ! Comme à elle seule, pareille assertion
défie le plus élémentaire bon sens, on nous rétorque alors qu’il n’y a rien en face ! En d’autres
termes, avec l’effondrement du marxisme, auquel au aura d’ailleurs, dans un grand et opportun
élan de simplification, associé toutes les idéologies, il n’y aurait plus d’alternative au libéralisme
du XIX° siècle, celui-là même qui sévissait avant que le monde ne court au désastre dans les
années trente du siècle passé.
C’est donc, très précisément, dans ce glacis laissé par le vide du marxisme moribond, que
les tenants du changement doivent se positionner car, pour être réellement efficace, le combat
pour la justice passe par le combat d’idées. Ainsi que l’écrivait CHATEAUBRIAND dans son
« Histoire de France » : « Tout arrive par les idées ; elles produisent les faits qui ne leur servent
que d’enveloppe ». La contestation du libéralisme sera théoricienne ou ne sera pas ! Face à la loi

de la jungle et à l’abondance pour le très petit nombre, il est urgent et nécessaire de démontrer
qu’il est une autre voie possible, une alternative crédible. L’ébauche de construction qui suit s’y
emploie et celle-ci repose tout à la fois sur une conviction et une méthode.
Sans un rapport de force favorable rien n’est possible !
Le premier constat qui s’impose n’invite pas à l’optimisme. Dans ce pays, toutes les
formations politiques qui se partagent le pouvoir à échéances régulières, prônent le même type
de société. Celui-ci est directement inspiré du courant anglo-saxon qui, depuis trois décennies,
n’a pour seul objectif que le retour au modèle social de l’Etat libéral, de l’ « Etat gendarme »,
celui qui prévalait jusqu’à la grande dépression qui suivit la crise de 1929. Cet « unanimisme
politique » entraîne dans son sillage un discours médiatique tout aussi monolithique et, quand on
sait l’influence considérable des vecteurs de diffusion de l’information de nos jours, comment
douter que le rapport de force s’avère écrasant au profit de ceux qu’il est convenu de nommer les
« tenants de la pensée unique » qui sont les seules personnes qui s’expriment en permanence et
sans entrave partout dans ce pays ?
Face à cette formidable puissance, la simple et ponctuelle protestation n’est vouée qu’à
un échec patent et assuré. Quelques manifestations d’ « altermondialistes » par exemple, teintées
d’un peu de folklore ou perturbées par quelques voyous, pourront, peut-être, ponctuellement,
amuser la galerie et défrayer la chronique, elles resteront strictement sans effet sauf à entraîner,
bien sûr, de belles paroles compatissantes de la part d’élus qui s’empresseront aussitôt de
retourner à la gestion des affaires à laquelle ils nous ont accoutumée, depuis déjà plus d’un
quart de siècle. Il n’est ainsi qu’une unique voie pour le citoyen réellement désireux de faire
avancer les choses et le monde vers plus de justice : lutter sur le terrain idéologique et démontrer
ainsi à tous, de manière flagrante, que les tenants de l’ordre social actuel, après avoir ramené
les hommes un siècle en arrière, sont maintenant en train de les précipiter vers l’abîme ! Il faut
dénoncer les propos perfides des beaux parleurs, ceux qui prétendent qu’après l’effondrement du
bloc soviétique, il n’est comme seule option que le monde qui nous environne, stigmatiser leurs
fausses théories dont le peu de pertinence éclate au grand jour en ces temps de crise, dire que
cette société autour de nous n’a rien ni de capitaliste, ni de libérale et n’est qu’une vaste
entreprise de spoliation généralisée, traquer tout autant les vendeurs d’utopie qui servent si bien
l’injustice actuelle, ces défenseurs de la minorité dirigeante et du parti unique, ces apôtres du
matérialisme historique et de la négation de l’individu, affirmer que la seule révolution qui
compte n’est après tout que celle qui réclame un retour aux « Trente Glorieuses » avec seulement
la démocratie en plus, oser enfin proposer un modèle théorique cohérent qui serait la vraie
alternative au modèle inique qu’une petite minorité veut imposer à la multitude. Le vrai défi c’est
l’intelligence et la culture de tous ! Ce n’est pas Léon TROTSKI le pourfendeur d’injustice, le
vrai révolutionnaire aujourd’hui c’est l’imparfait du subjonctif ! C’est bien là l’objet du propos
qui suit.
Même crédible, même pertinente, même enthousiasmante une telle démarche n’est
cependant pas suffisante et n’aura de chance de s’imposer, eu égard à la position de domination
écrasante du modèle en place, que si elle est susceptible d’entraîner une forte adhésion
populaire. Ce n’est qu’à cette condition et à elle seule que peut enfin voir le jour un rapport de
forces favorable au changement. Mais pour qu’une forte adhésion du Peuple, revenu de tout, soit
possible, la critique ne peut être que globale et radicale. Si comme nous le pensons la société

actuelle repose sur l’usurpation du pouvoir par une minorité clairement identifiable et à laquelle
nous donnons le nom d’accapareurs, tout en réalité converge vers un objectif et un seul : asseoir
à jamais cette mainmise. Il en résulte qu’il ne saurait y avoir d’arrangement possible, de mixe, de
synthèse entre cette société là et cet autre modèle que nous appelons de nos voeux et qui repose
sur l’idée de démocratie vraie. Le succès du marxisme a tenu tout entier dans sa critique radicale
du capitalisme, de la même manière la démocratie vraie, seule alternative crédible à l’hégémonie
de la société des accapareurs, ne saurait avoir avec cette dernière la moindre accordance. Les
pages qui suivent visent également une autre ambition. Face à l’appauvrissement culturel
ambiant, condition sine qua non pour détourner le Peuple de ses propres intérêts, il devient
absolument indispensable de revenir aux vraies valeurs ce qui passe aussi par la réhabilitation
du politique. Dans la société de l’accaparement, le politique joue toujours le rôle d’une simple
force supplétive, destinée seulement à établir et conforter la suprématie de l’oligarchie de
l’argent. Dans la société démocratique vraie il ne saurait y avoir de prétendu primat de
l’économique mais au contraire une étroite association du politique et de l’économique, celle-ci
s’avèrant plus que jamais indispensable car si l’un sans l’autre se révèle impuissant,
l’économique sans le politique se montre souvent funeste.
Cette démarche, que nous voulons créatrice, est aussi guidée par une autre évidence : nul
ne détient la science infuse tandis que toute vérité émane du Peuple et de lui seul. C’est là, nous
semble-t-il, non seulement l’essence même de toute démocratie mais, bien au-delà, une constante
de toute société humaine, une donnée naturelle et incontournable. Plus que jamais, comme à
toute époque, il n’est point de sauveur suprême ! Ce postulat admis; alors toute entrave à
l’expression du pouvoir du Peuple est une offense, un attentat à l’idéal démocratique ! Tout
argument contraire, qualifié volontiers de technique et reposant, peu ou prou, sur la limitation de
la souveraineté populaire, est un leurre, une duperie destinée toujours à asseoir une usurpation
car il ne saurait y avoir deux monarques dans un royaume et l’un dominera fatalement l’autre.

La méthode : universalité et partialité.
La méthode qui a été privilégiée dans la construction qui va suivre découle directement
des simples constatations qui viennent d’être faites et repose sur une triple démarche. Au plan de
la ressource tout d’abord, elle a cherché à ne jamais perdre de vue ce constat premier
qu’énonçait avec solennité les anciens romains dans l’adage célèbre : « Vox populi, vox dei », la
voix du Peuple est la voix de Dieu. Dans la formulation des hypothèses ensuite, le souci constant
a été de ne point privilégier un seul aspect des choses pour tendre toujours vers une démarche
globale à chaque fois que cela s’avérait possible. Dans la restitution enfin, il n’a été question, à
aucun moment, d’afficher un temps soit peu, l’image benoîte du consensus mou, si coutumière de
notre époque, pour, au contraire, crier avec force notre conviction loin de toute recherche de
compromis car on ne déjeune pas avec le diable même nanti d’une longue cuiller !
La construction ici proposée a, en effet, pour seul point de départ une écoute du
mouvement populaire car c’est bien plus fréquemment au bistrot de la rue que dans les cénacles
pour biens pensants que l’on perçoit la vraie réalité des choses. « De toutes façons on l’aura
toujours dans le cul ! », « C’est toujours les mêmes qui s’en foutent plein les fouilles ! », « La
gauche ne vaut pas mieux que la droite ! » : ce sont ces propos, si familiers, qui, mis bout à bout,
sont à l’origine de la théorie du tiers exclus qui sera développée plus avant. Rien dans ce qui suit
n’a de source autre que populaire. Si comme nous le pensons la principale information qui

circule dans le corps social provient des oligarques en place, c’est bien alors vers les exclus de
la parole qu’il convient de chercher la voie alternative et nulle part ailleurs.
La société des accapareurs repose sur un principe fondamental sans lequel elle ne
pourrait se pérenniser : « diviser pour régner ». La diffusion contemporaine du savoir n’échappe
pas à cette règle et on sera, sans doute, extrêmement surpris de constater combien les approches
réellement pluridisciplinaires sont rares à notre époque. Pourtant il n’est pas possible de cerner
une réalité en ne se référant qu’à un seul de ses aspects. Toute analyse de l’évolution du corps
social qui entendrait se fonder sur le seul volet économique selon une démarche à la mode serait
immanquablement vouée à l’échec : la société des hommes n’est pas simple mécanique elle se
meut aussi au grand vent des idées et, psychologie comme science historique par exemple, y ont
autant leur place. En toutes choses, en toute quête c’est vers la recherche de tout apport possible
et pertinent qu’il faut tendre ! L’éclatement du savoir en chapelles, s’il est inévitable, eu égard à
la complexification de celui-ci et notamment pour la formation de spécialistes, ne doit pas faire
perdre de vue la notion d’approche synthétique. Par ailleurs le doute méthodologique doit nous
amener à rechercher partout la confrontation. Le modèle proposé ici ne doit être regardé que
comme une hypothèse de travail qui repose sur un constat de départ : « Tout se passe comme
si… ». Il appelle ainsi des réfutations ou des confirmations.
Enfin et surtout, toute théorie ne saurait demeurer lettre morte. Sauf à n’être que
construction de l’esprit elle doit devenir un outil de combat et, comme tel, présenter avant tout et
en premier lieu un caractère partisan. «Le consensus, on en crève ! » crie le Peuple opprimé
d’aujourd’hui. Prévoir une alternative à la société des accapareurs se révèle totalement
incompatible avec le modèle de diffusion de l’information qui a été mis en place par celle-ci.
Pour s’imposer aujourd’hui, par le courant officiel du savoir, une idée mettra vingt ans, dix dans
le meilleur des cas, mais vingt secondes de provocation peuvent aboutir au même résultat. Dans
le schéma contemporain de circulation de l’information, pertinence doit malheureusement rimer
avec outrance. Le propos qui suit n’échappe pas à ce constat…

PREMIERE PARTIE :
« QU’EST-CE QUE LE TIERS EXCLUS ? TOUT ! ».

suite…

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