LE GOUROU DEMASQUE L. RON HUBBARD


Russell Miller

Auteur : Miller Russel
Ouvrage : Le gourou démasqué L. Ron Hubbard
Année : 1994

Russell Miller est un journaliste britannique et auteur de quinze livres, dont des biographies de Hugh Hefner, J. Paul Getty et L. Ron Hubbard. Né dans l’est de Londres, il a commencé sa carrière de journaliste dès l’âge de 16 ans. Sous contrat avec le Sunday Times Magazine, il a remporté quatre prix de la presse et a été désigné Écrivain de l’année par la Society of British Magazine Editors.

Remerciements
J’aurais aimé pouvoir dire merci aux responsables de «l’église» de
scientologie de m’avoir aidé dans mes recherches pour la mise au point
de cette biographie ; c’est hélas impossible car, pour prix de leur aide, ils
demandaient un contrôle absolu sur mon manuscrit, prix que je me suis
refusé à payer. Leur «église» déploya ensuite des efforts constants pour
interdire aux personnes ayant connu Hubbard de me parler et elle ne
cessa de me menacer de poursuites en justice. Les avocats de la scientologie
de New York et Los Angeles me firent savoir par écrit qu’ils ne s’attendaient
de ma part qu’à des calomnies diffamatoires sur L. Ron
Hubbard.
Lorsque j’ai protesté qu’en trente ans de journalisme je n’avais jamais
été accusé de diffamer quiconque, ils ont enquêté sur mon compte sans
me le dire et écrit à mes éditeurs à New York, prétendant que cette affirmation
était «totalement inexacte». Elle l’était pourtant et l’est encore
aujourd’hui – plus que jamais.
Sans la coopération de nombreux anciens scientologues qui, en dépit
des risques considérables auxquels leur franchise les exposait, m’ont
consacré leur temps sans compter pour expliquer leurs tribulations, ce
livre n’aurait pu être publié. Certains d’entre eux ont accepté de voir
leurs noms dans ce récit, mais ma reconnaissance envers ceux qui ont
préféré conserver l’anonymat n’est pas moins sincère. Leur honnêteté,
leur intelligence et leur courage m’ont fortement impressionné.
Si la loi américaine sur la liberté d’information (Freedom of
Information Act, ou «FOI Act») garantissant le libre accès aux archives
officielles n’existait pas, je n’aurais pas non plus pu l’écrire. Ceci pourrait
donner un sujet de réflexion à tous ceux qui, soucieux de la recherche
de la vérité, s’opposent encore à la mise en place d’une législation du
même genre dans des pays comme la Grande-Bretagne.
Je tiens à remercier très particulièrement l’ex-scientologue John Atack,
d’East Grinstead, disposant d’une des documentations les plus impressionnantes
sur la scientologie et son fondateur : il m’a généreusement
communiqué ses archives.
Je voudrais également remercier George Hay et John Symonds de
Londres, Lydia et Jimmy Hicks de Washington, David et Milo Weaver de

San Francisco, Connie et Phil Winberry de Seattle ; Skip Davis de
Newport, Rhode Island ; Diane Lewis de Wichita ; Arthur Jean Cox,
Lawrence Christiansen et Boris de Sidis de Los Angeles ; Ron Newman
de Woodside, Californie ; Ron Howard, de l’Univeristé George
Washington ; Sue Lindsay des Rocky Mouintain News à Denver ; Dave
Waters de la Société Historique du Montana ; et tout le personnel serviable
de la Bibliothèque du Congrès.
Et tant de gens que je ne peux nommer et qui ont patiemment répondu
à mes demandes par courrier et fouillé leurs archives à la recherche
des réponses à mes innombrables questions. Leur contribution à cet
ouvrage est inestimable.
Mon éditeur, Jennie Davis, pour avoir repoli le manuscrit avec son
habituel talent, malgré ses jumeaux nourrissons.
Ma chère et tendre Renate, qui a relu chaque chapitre dès qu’il était
couché sur le papier, en me communiquant des idées toujours bonnes:
elle a dû subir mes longues absences alors que je traquais la vérité sur
Hubbard, puis supporter de vivre avec un auteur obsédé par son travail
durant de longs mois. Je ne pourrai jamais assez le remercier de sa
patience, de son amour et de son aide.
Russel MILLER
Buckinghamshire
Angleterre
«L’église de scientologie tente de faire valoir depuis plus de trente ans
une image de L.Ron Hubbard, le fondateur de la secte, comme ayant été
un audacieux explorateur-inventeur doublé d’un philosophe inspiré que
ses jeunes années n’avaient pas plus préparé que Jésus-Christ à la mission
de rédempteur universel pour laquelle il se disait prédestiné. Une
telle glorification du personnage supposé surhomme et sauveur de l’humanité
ne pouvait se faire sans un mépris total pour la réalité des faits ;
c’est pourquoi chacune des biographies d’Hubbard publiées par son
église est truffée d’inventions nettes et évidentes, de vérités trafiquées et
de grotesques enjolivures. Le plus ridicule de l’imposture, c’est que la
véritable histoire de Ron Hubbard soit bien plus extravagante et plus
invraisemblable que le plus éhonté de ces mensonges.

Introduction

Ron Hubbard démasqué,
ou la Révélation
L’affaire trouverait certes sa place dans les pages jaunies d’un de ces
magazines populaires de science-fiction où L. Ron Hubbard publiait sa
prose vers les années trente… Un groupe de jeunes, venus d’ailleurs et
s’imaginant immortels, établit sa base secrète dans une station thermale
abandonnée, en plein coeur du désert au sud de la Californie. Ils se
méfient des étrangers au groupe et se croient traqués par le FBI. Alors,
cédant à la panique, ils entreprennent de faire disparaître tout ce qui
pourrait nuire à leur leader adoré. Sa protection est pour eux devoir
d’autant plus sacré qu’ils le savent seul capable de sauver le monde face
aux catastrophes à venir. L’un d’eux furète dans le grenier d’un hôtel
délabré et y découvre une pile de boîtes en carton pleines de photographies
pâlies, de manuscrits froissés, de cahiers couverts de griffonnages
infantiles et de bulletins scolaires. Il recense ainsi vingt et une boîtes
bourrées de vieilleries diverses : on y voit même de la layette.
L’inventaire de la fouille plonge ce jeune homme dans l’extase, car il est
persuadé d’avoir fait une découverte capitale, ces documents représentant
autant de témoignages sur l’enfance et la jeunesse de son chef.
Enfin, croit-il, nous serons en mesure de réfuter les calomnies répandues
par ses ennemis. Enfin nous pourrons démontrer avec éclat au monde
entier que notre chef est réellement un génie doté de pouvoirs miraculeux…
Ainsi s’enclencha l’inexorable processus ayant abouti à dévoiler le
véritable Ron Hubbard : le Rédempteur n’a jamais été qu’un illusionniste.
Gerry Armstrong est ce jeune homme agenouillé dans la poussière du
grenier de l’ancien hôtel Del Sol à Gilman Hot Springs en cet après-midi
de janvier 1980. Depuis plus de dix ans scientologue dévoué, il avait été
bûcheron au Canada en 69 quand un de ses amis lui fit connaître la
Scientologie, dont les promesses de pouvoirs surnaturels et d’immortalité
l’avaient aussitôt séduit. Soumis à de constantes humiliations durant
ses années au sein de l’Église, il avait été deux fois condamné à de longs
«séjours» au Centre de Rédemption (RPF), pudique appellation de la prison
de la secte, et vu son mariage sombrer ; il restait malgré tout

convaincu que Ron Hubbard était le plus grand homme que la Terre eût
jamais porté.
La loyauté aveugle qu’inspirait Hubbard à ses adeptes ressemble fort
à un véritable lavage de cerveau. Depuis la guerre, la scientologie prospérait
dans un contexte d’instabilité et de contestation où les jeunes tentant
donner un sens à leur existence, cherchaient de nouvelles croyances
auxquelles adhérer et de nouvelles structure auxquelles s’intégrer.
Hubbard leur offrait tout cela dans sa promesse d’apporter des réponses
à leurs interrogations ; pour mieux les isoler de la société, il cultivait chez
eux l’impression de faire partie d’une élite sélectionnée. Ainsi coupés
des réalités du monde et vivant de plus en plus en vase clos, exaltés par
les connaissances ésotériques qu’ils croyaient acquérir, ils étaient prêts à
suivre Hubbard jusqu’au seuil de l’Enfer – s’il l’avait exigé. Au moment
où Armstrong découvrit son trésor à Gilman Hot Springs, Hubbard était
entré en clandestinité depuis plusieurs années. Nul ne connaissait sa
retraite, mais Armstrong savait qu’on pouvait lui transmettre des messages
; il sollicita donc l’autorisation d’engager des recherches pour établir
une biographie officielle devant, selon lui, ouvrir la voie à une
«reconnaissance universelle» de la scientologie. Le livre se prolongerait
par la production d’un film à grand spectacle retraçant la vie d’Hubbard
; quant aux précieux documents, ils constitueraient un fonds d’archives
conservées dans un futur musée Hubbard. Agé de près de soixante-dix
ans, Hubbard vivait depuis trop longtemps dans son univers fantasmagorique
: il était devenu incapable de faire la différence entre la vérité et
ses inventions. Il se voyait en jeune globe-trotter intrépide, ou philosophe
plein de sagesse dépeint dans les biographies. Il avait l’esprit déjà
trop sclérosé pour comprendre que, dans son cas, la réalité dépassait de
très loin la fiction.
Médiocre auteur de médiocre Science-fiction, il était brutalement
devenu ce gourou milliardaire, prophète infaillible ; pendant près de dix
ans, il avait commandé sa propre flotte sur les océans de la planète et
presque réussi à s’emparer du pouvoir dans plusieurs pays ; adulé par
ses milliers de fidèles du monde entier, il était en même temps haï et
redouté par la plupart des gouvernements. Son délire imaginatif n’avait
jamais inventé de péripéties plus invraisemblables que celles de sa
propre vie et malgré tout, il s’accrochait à ses affabulations.
Aussi, lorsqu’en Janvier 1980 lui parvint la requête d’Armstrong dans
sa cachette secrète, il donna sans hésiter son accord sur le projet. Si
Armstrong manquait d’expérience de chercheur et de documentaliste, il
était intelligent, appliqué, scrupuleux et enthousiaste. Après avoir expédié
l’essentiel de ses trouvailles de Gilman Hot Springs au siège de la
Scientologie à Los Angeles, où elles remplirent six classeurs, il entreprit
de tout référencer, cataloguer, et photocopier ; croyant en leur valeur
historique, il préserva pieusement les originaux dans des pochettes en

plastique. Peu après avoir entamé ce travail, apparurent des affiches
dans les bureaux de Scientologie, annonçant la projection privée d’un
film produit par Warner Brothers en 1940, The Dive Bomber, dont
Hubbard avait écrit le scénario. Aucun scientologue n’ignorait que l’idole
était avant – guerre célèbre scénariste d’Hollywood ; la séance servirait
à réunir des fonds destinés à la défense de onze scientologues, parmi lesquels
la propre femme de Hubbard, comparaissant devant un tribunal de
Washington sous l’inculpation d’association de malfaiteurs.
Soucieux de se rendre utile, Armstrong voulut apporter des précisions
sur la participation de Hubbard à ce film ; il se rendit donc à la bibliothèque
de l’Académie du cinéma à Los Angeles, où il apprit avec stupeur
que la paternité du scénario était attribuée à deux autres auteurs. Ayant
fait part de son indignation au bibliothécaire, il écrivit à Hubbard pour
l’aviser de l’erreur commise. Hubbard lui répondit gaiment que la Warner
avait distribué le film avec tant de hâte qu’on s’était aperçu trop tard que
son nom avait été omis au générique. Débordé à l’époque par le déménagement
depuis son luxueux appartement de Riverside Drive à New
York et se préparant à partir pour la guerre, il s’était contenté d’écrire au
studio d’envoyer le chèque aux bons soins de l’Explorers Club dont il
était membre. Cet argent lui avait servi après guerre, à s’offrir des
vacances bien méritées aux Caraïbes, disait-il.
Armstrong se serait pleinement satisfait de cette explication si un
détail n’avait cloché : il savait comme tous les scientologues qu’Hubbard
était revenu de la guerre aveugle et invalide et n’avait dû sa guérison
qu’à la puissance de ses facultés spirituelles. Hubbard n’aurait pas fait ce
voyage d’agrément avant sa guérison, pensa-t’il. Craignant de commettre
une erreur, il voulut vérifier la chronologie des événements et, dans le
cadre de la loi sur la liberté de l’information, demanda aux archives de
la Marine l’autorisation de consulter le dossier de Ron Hubbard. Les
scientologues vantaient leur fondateur, ce héros couvert de médailles,
présent sur tous les théâtres d’opérations et victime de nombreuses blessures
– il avait même été le premier Américain blessé dans le Pacifique !
Aussi est-ce avec une incrédulité et un désarroi grandissants
qu’Armstrong prit connaissance du dossier communiqué par
Washington. D’un document à l’autre, il chercha vainement une explication
sans vouloir accepter les preuves étalées sous ses yeux : bien loin
d’avoir été un héros, Hubbard était noté pour son incompétence et sa
lâcheté, qui le poussaient à simuler des maladies pour éviter d’être expédié
en première ligne. Refusant toujours d’avaler la pilule, Armstrong mit
le dossier de côté et décida de reprendre ses recherches au commencement,
donc, au Montana où Ron disait avoir passé son enfance dans un
gigantesque ranch de son grand-père. Il n’y trouva aucune propriété au
nom de la famille Hubbard, en dehors d’une petite maisonnette du
centre ville d’Helena. Pas non plus de documents sur les pérégrinations

de Hubbard en Chine pendant l’adolescence. A Washington, où Hubbard
avait obtenu une licence de mathématiques et son diplôme d’ingénieur,
les dossiers de l’université George Washington disaient qu’il avait dû
abandonner ses études au bout de la deuxième année pour mauvaises
notes. Quant aux légendaires expéditions de l’intrépide explorateur
Hubbard, elles n’avaient pas non plus laissé de traces. « A chaque pas, je
tombais sur des contradictions et des incohérences, me dit Armstrong.
J’avais beau tenter de les justifier en me répétant que je finirais par mettre
la main sur un autre document qui expliquerait tout, plus je cherchais,
moins je trouvais, plus je comprenais peu à peu que ce gars n’ avait cessé
de mentir sur son propre compte. » Au cours de l’été 81, Armstrong avait
ainsi rassemblé plus de 250 000 pages de documentation sur le fondateur
de l’église de scientologie. L’effarante mythomanie d’Hubbard, révélée
par les recherches, n’avait cependant pas encore tout à fait ébranlé sa
confiance ». Je me disais, bon, nous savons maintenant qu’il est humain
et qu’il dit des mensonges. Il suffit de clarifier tout ça et tout le bien qu’il
a fait pour le monde apparaîtra de manière encore plus éclatante. Je pensais
que la seule façon de sauvegarder notre existence collective consistait
à dire la vérité, finalement aussi passionnante que les mensonges. Les
demandes d’Armstrong n’eurent aucun succès. Depuis qu’Hubbard
vivait en reclus, l’Église de scientologie était tombée sous la coupe de
jeunes militants connus sous le nom de « Messagers ». A l’époque où le
« Commodore » dirigeait sa flotte privée depuis son navire-amiral, il s’agissait
surtout de « Messagères », petites mignonnes en shorts très courts, qui
lui faisaient ses commissions et s’ingéniaient à qui mieux mieux à lui
plaire. Elles en étaient arrivées à l’habiller et à le déshabiller, à lui laver
la tête, à tartiner ses traits gras de crèmes rajeunissantes, allant jusqu’à le
suivre, cendrier à la main, pour ramasser ses cendres de cigarettes. Plus
le Commodore sombrait dans la paranoïa et s’imaginait environné d’ennemis
et de traîtres, plus les Messagères voyaient s’ accroître leur pouvoir.
En Novembre 1981, Armstrong leur soumit un rapport écrit énumérant
les fausses assertions émises sur le compte de Hubbard et expliquant
pourquoi il fallait impérativement les corriger. « Si nous persistons
à vouloir faire passer pour la vérité des inexactitudes, des exagérations,
voire des mensonges flagrants, écrivait-il, peu importe comment nous-mêmes
les interpréterons : il suffira que quelqu’un donne une preuve
contraire évidente pour que notre chef soit considéré comme un charlatan,
au moins au dehors… »
Les Messagères réagirent en traitant Armstrong de traître. Il fut soumis
à une « vérification de sécurité » et à un interrogatoire en règle auxquels il
refusa de se prêter. Au printemps de 1982, accusé de dix-huit « crimes et
délits » contre l’Église de scientologie, notamment de « vol qualifié, faux
témoignage et divulgation d’informations mensongères sur l’Église et son
fondateur », Gerald Armstrong fut déclaré « persona non grata » et voué à

la vindicte de ses anciens « frères » en Scientologie, qui eurent dès lors le
droit de le persécuter et de le neutraliser par tous les moyens, y compris
la ruse et la violence, avec la bénédiction de leur Église. « Pour moi, à ce
moment-là, le mirage de la Scientologie s’était déjà évaporé, me dit-il.
J’étais conscient de m’être fait piéger par un tissu de mensonges, par des
techniques machiavéliques de manipulation mentale et par la terreur. J’
avais perdu la foi en découvrant jusqu’à quel point Hubbard mentait sur
son propre compte. Il a passé sa vie à rouler tout le monde, à tricher en
affaires, à frauder contre le fisc, à fuir ses créanciers et à esquiver des
poursuites judiciaires. Cet homme était un mélange d’ Adolf Hitler, de
Charlot et de Baron de Crac. Bref, un bateleur et un escroc. »

Chapitre 1

Le pseudo-enfant prodige

suite…

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