LES RACINES JUDAÏQUES DE L’ANTISÉMITISME


 
Auteur : Gaillard André
Ouvrage : Les racines judaïques de l’antisémitisme
Année : 2010

André Gaillard est né en octobre 1922. Déporté politique pendant l’Occupation, il s’oriente ensuite vers la médecine.

Professeur de Faculté, Médecin honoraire des hôpitaux, il a publié, outre de nombreux articles médicaux, quatre ouvrages :

Les Mythes du Christianisme

Le Sionisme en Palestine/Israël : fruit amer du Judaïsme

Le Judaïsme et l’invention du racisme culturel

Les racines judaïques de l’antisémitisme.

Résumé
L’ »antisémitisme » … Malgré les travaux considérables qui lui ont été consacrés depuis la
fin du XIXe siècle et particulièrement depuis le nazisme, ce racisme spécifique qui accompagne
le judaïsme depuis ses origines reste toujours, aux yeux de multiples auteurs, largement
mystérieux dans son déterminisme intime. En fait, par delà les nombreux facteurs décrits par
les historiens, facteurs qui ne sont que conjoncturels, nous verrons ici qu’il existe,
structurellement lié au judaïsme-culture, un élément causal commun à toutes les formes
d’antisémitisme. L’entité juive, ouverte théoriquement à toutes les catégories raciales mais
culturellement différenciée à l’extrême de par les mythes ancestraux qui à la fois la
conditionnent dans son être et assurent sa survie, outre son conditionnement au racisme
envers les non-Juifs, est ainsi génératrice du racisme le plus prégnant de l’histoire.
Rechercher l’origine, le cheminement et l’association des idées qui guident en permanence
des hommes dans leurs sentiments ou leurs actions hostiles à l’encontre des Juifs, comprendre
le processus mental qui accompagne ce racisme singulier, telle est la perspective de cette
étude.

Il n’y a pas de racisme sans race,
d’antisémitisme sans race juive…
Mais qu’est-ce qu’une « race » ?

PRÉFACE
L’ « antisémitisme » ! Il n’y a sans doute guère de sujet qui, depuis la fin du XIXe siècle et
particulièrement depuis le nazisme, ait attiré autant les historiens et suscité un si grand
nombre d’études, d’ouvrages, d’articles divers. Pourtant, cette hostilité envers les Juifs en tant
que peuple, hostilité « que rien n’apaise, qui existe depuis qu’existent des Juifs, qui sévit chez
tous les peuples en contact avec les Juifs1 », ce racisme spécifique, reste toujours, aux yeux de
multiples auteurs, largement mystérieux dans son déterminisme intime.
Quel est donc l’essence de ce phénomène qui, depuis les persécutions d’Assuérus et
d’Aman rapportées dans le Livre d’Esther jusqu’à ses multiples formes constatées en ce XXIe
siècle, est resté constant, en passant notamment par les persécutions des Romains, des
chrétiens et des musulmans, les pogroms de Russie et de Pologne et le génocide nazi ? A côté
des causes secondes et conjoncturelles décrites essentiellement par les historiens, quel est
donc en définitive la métaphysique2, le substratum des formes diverses d’antisémitisme ?
Face à cette situation exceptionnelle il est clair tout d’abord que la compréhension du
phénomène antisémite aux conditions de survenue si différentes et sur lequel les documents
sont particulièrement abondants et de sources multiples, ne saurait résulter d’études purement
historiques. Le génocide juif lui-même, malgré son caractère spécifique et les travaux
considérables qui lui ont été consacrés, ne semble guère avoir entraîné de progrès notable.
C’est que, comme l’écrit avec justesse l’historien Maurice Goguel : « L’histoire a pour seule
fonction de constater les faits et de chercher à découvrir les liaisons qu’il y a entre eux. Elle
n’a pas compétence pour en donner une explication dernière3. »
Il convient de constater par ailleurs, à propos de la question juive qui a fait couler tant
d’encre, que le plus grand nombre des auteurs depuis la fin du XIXe siècle se répartissent
schématiquement en deux groupes distincts, les uns dirigeant essentiellement leur discours sur
les faits et gestes jugés fautifs des non-Juifs, les autres sur ceux des Juifs. Il en résulte que les
ouvrages publiés constituent souvent des compilations de données et d’arguments historiques,
religieux, sociaux, économiques…, qui déçoivent volontiers les lecteurs les plus intéressés.
Certes, les travaux des historiens, destinés à établir un inventaire aussi exhaustif que possible
des actes antisémites et à les restituer dans leur complexité, sont absolument nécessaires ;
certes les théories des divers philosophes et sociologues cherchant à réunir sous une même
rubrique des faits disparates quant à leur cause, telle celle, particulièrement répandue, du bouc
émissaire dans les périodes de crise4, apportent un éclairage non négligeable, mais les
conclusions de ces auteurs, quelle que soit leur pertinence, sont manifestement insuffisantes.
En ne s’appliquant qu’à des configurations contingentes de l’antisémitisme, fonction des
temps, des lieux et des hommes (tels le contentieux religieux judaïsme/christianisme, la

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1. Edmond Fleg, dans son ouvrage Pourquoi je suis juif.
2. Métaphysique est le nom donné à l’oeuvre d’Aristote faisant suite à la physique. Par extension, c’est la
connaissance des causes, divines, premières ou finales constituant l’essence des phénomènes (Encyclopédie
Wikipedia).
3 Jésus, Paris 1950, p. 147.
4. Idée particulièrement développée par plusieurs auteurs tels que Durkheim, Freud, Braudel, Sartre, Girard… et
qui est toujours reprise, commentée et critiquée

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destruction massive des Juifs européens ou l’existence de l’État juif de Palestine), elles ne
permettent pas d’appréhender la racine profonde de ce phénomène pour le rendre intelligible.
Remarquons aussi que les historiens de l’antisémitisme, juifs pour la plupart, ne sont pas
entièrement libres quant au sujet, comme l’a bien vu Poliakov dans son Histoire de
l’antisémitisme. Après avoir passé une partie notable de sa vie à l’étude du sujet il peut écrire
: « Le code de déontologie que l’historien est tenu d’observer en s’obligeant à affecter une
relation neutre et équitable envers toutes les parties concernées ne peut rien changer au fait
qu’il est dans ce domaine juge et partie. En continuant sur cette voie, on ne peut pas ne pas se
demander si les Juifs et leur nature n’ont pas quelque peu contribué au développement d’un
climat antisémite et à quelques-unes de ses manifestations. À partir de là, il n’est pas exclu
que l’historien se métamorphose en accusateur, ou, au moins, en critique de son peuple ». Et il
poursuit par ailleurs que : « Dénoncer les antisémites, est une attitude non scientifique5. »
Il est manifeste qu’ici « les arbres ont caché la forêt »… Car, dans une telle entreprise il
convient manifestement d’apporter une réponse aux vraies questions qui vaillent : Quelle est
l’identité commune que le judaïsme imprime aux Juifs et qui les différencie des non-Juifs ?
Quelle vision objective les non-Juifs ont-ils des Juifs à partir de cette donnée identitaire ?
Dans la circonstance, une seule attitude est en effet valable : comme les historiens l’ont fait
tout naturellement à l’époque moderne pour le communisme et le nazisme sans s’indigner,
voire s’occuper, des erreurs ou des fautes des individus6, il s’agit d’analyser ce qui dans la
culture juive constitue des éléments structurels potentiellement pervers et de rechercher
l’origine, le cheminement et l’association des idées qui conduisent des hommes, beaucoup
d’hommes de toutes les époques, à être hostiles à l’ensemble des Juifs. Par delà les
responsabilités individuelles qu’il convient donc d’écarter momentanément, nous verrons
ainsi que la clef du phénomène aux multiples facettes qu’est l’antisémitisme ne peut se situer
que dans une vision métahistorique indépendante du temps et de l’espace et que cette clef,
comme l’ont évoqué divers auteurs, est représentée par la structure même de l’identité
juive forgée par le judaïsme et perçue par les non-Juifs !
Parmi les auteurs juifs convaincus que « l’antisémitisme est aussi ancien que le
judaïsme7 » et que le malheur juif devait être imputé d’abord au système de pensée dont ils
sont tributaires, c’est sans doute Bernard Lazare8 qui, à la fin du XIXe siècle, a fait les premiers
pas dans cette direction. À la banale question qu’il se pose : « Quelles vertus ou quels vices
valurent au Juif cette universelle inimitié ?» il apporte en effet la réponse suivante :
« L’attachement d’Israël à sa loi fut une des causes premières de sa réprobation […] Si cette
hostilité, cette répugnance même, ne s’étaient exercées vis-à-vis des Juifs qu’en un temps et
en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a
été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie.
Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils
vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’ils étaient régis par des lois
différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes moeurs, ni les
mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de

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5. Histoire de l’antisémitisme, préface au tome II, L’Âge de la science, Paris, Le Seuil 1991.
6. L’opinion de l’historien allemand Reinhart Koselleck (rapportée par M. Olender, dans son ouvrage Race sans
histoire, p. 279) selon laquelle « le jugement moral a beau être juste et nécessaire il est impuissant ; il conduit à
une situation aporétique », me semble tout à fait juste.
7. Théodore Reinach dans la Grande Encyclopédie.
8. L’antisémitisme, son histoire et ses causes, p.11.

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juger également de toutes choses, il faut donc que les causes de l’antisémitisme aient toujours
résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent. »
Pour Maxime Rodinson prolongeant, dans son ouvrage Peuple juif ou problème juif , la
réflexion de Bernard Lazare, c’est à « une culture néfaste, perverse » 9 que revient la
responsabilité première dans le sort réservé aux Juifs. D’autres auteurs, tel E. M. Smalwood10,
mettent avant tout en cause « l’exclusivisme des Juifs qui les a rendus impopulaires ». Pour
l’historien de l’Antiquité Marcel Simon, étudiant les réactions des milieux hellénistiques et
romains face aux Juifs « les facteurs dont naît l’antisémitisme et qui sont aussi vieux que le
judaïsme lui-même tiennent à l’autoségrégation qui lui est inhérente et qui est la condition
même de sa survie11. »
Néanmoins ces discours sur la cause invariante des antisémitismes, en mettant en cause
tantôt la Loi en tant que fondement de la culture juive, tantôt la responsabilité des Juifs en tant
que personnes, restent encore assez ambivalents…
En définitive, c’est sans doute Avraham B. Yehoshua qui, dans son Essai de définition et
d’explication structurelle de l’antisémitisme a franchi récemment le pas le plus notable en
mettant directement en cause l’identité juive. S’étant fixé « pour but de dégager le
soubassement profond de l’antisémitisme en identifiant un critère non pas substantif, mais
structurel », il écrit : « Si j’essayais d’exprimer le plus simplement possible mon
raisonnement, voilà ce que je dirais : le fait que les Juifs possèdent un système identitaire
virtuel confère à leur identité un caractère souple et fluide, incertain et insaisissable, qui met
en branle, pour le meilleur et pour le pire, un mécanisme parallèle chez le Gentil.»12 Certes
l’auteur, en considérant que l’identité juive n’est que virtuelle et indéterminée, s’est arrêté en
chemin, mais la direction empruntée n’en est pas moins parfaitement juste : « se pencher sur
l’élément distinctif qui différencie les Juifs des autres nations » et « aller aux racines de
l’identité juive13. »
Quelle est donc précisément cette identité forgée par la culture juive et douée d’une activité
antijuive extraordinaire depuis deux mille ans ?
Ici, comme souvent dans un phénomène réputé longtemps mystérieux, il n’y a pas à
élaborer des choses complexes mais à reconnaître des choses simples, simples dans le sens ou,
banales et communes, elles sont objet de l’accoutumance des individus et, de ce fait, négligées
pendant longtemps. De même que la racialisation d’un groupe humain – que cette
racialisation soit inspirée par la nature ou par la culture – constitue la base de tout phénomène
raciste, nous verrons que c’est la pensée raciale inhérente au judaïsme qui, en structurant
l’identité juive et en la différenciant de façon exceptionnelle est au fondement du phénomène
si particulier que représente l’antisémitisme. Car cette conception raciale de la judéité
instituée par le judaïsme avec le culte de l’altérité qui l’accompagne, ne concerne pas
seulement les Juifs. En se répandant obligatoirement hors de la sphère du judaïsme, elle va
aussi influencer les non-Juifs et jouer un rôle primordial dans les rapports de ceux-ci avec les
Juifs. Juifs et non-Juifs vont être ainsi soumis à un piège permanent, inédit et spécifique, les
conditionnant, à être, à leur manière propre, tantôt racisés tantôt racisants, tantôt agressés
tantôt agressants, tantôt dominés tantôt dominants et voués par là-même à un monologue
réciproque, gage d’un conflit qui ne peut se résoudre. Car, contrairement à une opinion
répandue mais gravement amputée d’une partie de la réalité, l’antisémitisme, pour être un
problème d’importance, ne résume pas le phénomène de l’interaction pathologique entre le
peuple juif et les autres. Il a son corollaire et ne saurait être étudié isolément.

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9. Jean Daniel, La prison juive, p. 90.
10. Cité par Guillaume Erner, Expliquer l’antisémitisme, p. 29.
11. Verus Israël. Etude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l’Empire romain (135-425), p. 493.
12. Israël, un examen moral, p. 48 et 29.
13. Ibid, p. 37.

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Comprendre ce phénomène intemporel qu’est l’antisémitisme, cette « l’hostilité envers les
personnes de race juive » suivant la définition donnée à la fois pas les Juifs et les non-Juifs il
y a plus d’un siècle, c’est en définitive comprendre, d’une part que le problème juif n’est pas
un problème d’ordre strictement religieux ou confessionnel comme l’ont fait remarquer divers
auteurs non-Juifs14 du siècle dernier mais qu’il est avant tout un problème d’ordre racial,
d’autre part que les réponses aux interrogations formulées précédemment résident bien dans
une donnée même du judaïsme-culture.

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14. Citons notamment : André Gide, Georges Bernanos, Charles Péguy, Jacques Maritain, Jean-Paul Sartre…

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LA RACE, LES RACES ET LA PENSÉE RACIALE
OU
QU’EST-CE QU’UNE RACE ?

suite…

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