La guerre d’Irak: Conçue en Israël ?


 
Auteur : Sniegoski Stephen J.
Ouvrage : La guerre d’Irak : Conçue en Israël
Année : 2003

traduit de l’anglais (américain) par Jean-François Goulon

Dans un article fleuve paru dans The American Conservative , critiquant les raisons d’une
attaque préméditée par les Etats-Unis sur l’Irak, l’historien et vieux routier de la diplomatie,
Paul W. Schroeder, y remarque (juste en passant) : « La vraie raison, ainsi que la motivation
cachée derrière cette politique, est vraisemblablement : la sécurité d’Israël. » Si la sécurité
d’Israël, écrit Schroeder, est la véritable motivation américaine pour faire la guerre,
alors, à ma connaissance, cela représenterait quelque chose d’unique dans
l’histoire. Il est fréquent, pour les grandes puissances, d’essayer de mener des
guerres par procuration en incitant de plus petites puissances à se battre pour
leurs intérêts. Pour moi, ce serait le premier exemple où une grande puissance
(en fait, une super-puissance) combattrait en tant que mandataire d’un petit
pays satellite.1
Y a-t-il des preuves qu’Israël et ses partisans aient fait en sorte que les Etats-Unis se battent
pour leurs intérêts ?
Pour découvrir les véritables motivations de la guerre projetée contre l’Irak, il faut d’abord se
poser cette question : Comment les attaques terroristes du 11 septembre ont-elles pu conduire
à planifier cette guerre contre l’Irak, même s’il n’y a aucune preuve que l’Irak ait été
impliquée ? Depuis le jour de ces agressions, les néo-conservateurs, essentiellement (mais pas
exclusivement) d’origine juive et de conviction sioniste de droite, ont essayé d’utiliser cet
évènement pour fomenter une guerre à grande échelle contre le terrorisme islamique, dont les
cibles coïncideraient avec les ennemis d’Israël.

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1 Paul W. Schroeder, « Irak: Le procès contre une guerre préventive », The American Conservative, 21 octobre
2002, http://www.amconmag.com/10_21/iraq.html.

En fait, le spectacle d’une nation puissante dirigée par une nation plus faible n’est pas sans précédent. Le grand
historien révisionniste de la diplomatie, Charles C. Tansill, affirmait : « L’objectif principal de la politique
étrangère américaine depuis 1900 a été de préserver l’empire Britannique.. » (Back Door to War [Chicago:
Chicago University Press, 1952], p. 3.) La Grande-Bretagne pouvait atteindre ses objectifs à la fois à travers une
propagande médiatique et grâce à des sympathisants hauts placés aux Etats-Unis. Sur le sujet, se référer à:
Nicholas John Cull, Selling War: The British Propaganda Campaign against American « Neutrality » in World
War II (Oxford University Press, 1995) et à Thomas E. Mahl, Desperate Deception: British Covert Operations
in the United States, 1939-44 (Washington: Brassey’s, 1998).

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Bien que le terme de néo-conservatisme soit d’un usage assez courant, une brève description
de ce groupe peut être utile. De nombreux néo-conservateurs de la première génération étaient
d’abord des Démocrates libéraux, voire même des socialistes ou des marxistes, et assez
souvent des trotskistes. Ils ont dérivé à droite dans les années 60 et 70 lorsque le Parti
Démocrate a glissé vers la gauche anti-guerre de McGovern. Et la préoccupation au sujet
d’Israël a pesé lourd dans cette dérive droitière. Ainsi que le politologue Benjamin Ginsberg
l’expose :

Un des facteurs majeurs qui les a attirés inexorablement vers la droite était à la
fois leur attachement à Israël et leur frustration grandissante pendant les années
60 où le Parti Démocrate s’est opposé progressivement à l’inflation militaire
américaine et embrassait de plus en plus la cause du tiers monde [comme par
exemple, celle des droits des Palestiniens]. Au sein de la ligne dure et anticommuniste
de la droite reaganienne, prenant le parti de renforcer la puissance
militaire américaine et affichant sa volonté de pratiquer l’ingérence politique et
militaire dans les affaires des autres nations pour promouvoir les valeurs de la
démocratie (ainsi que les intérêts américains), les néo-conservateurs fondèrent
un mouvement politique dont l’objectif était de garantir la sécurité d’Israël. 2

Quelques temps avant le 11 septembre 2001, les néo-conservateurs avaient défendu
publiquement l’idée d’une guerre américaine en Irak. Les atrocités du 11/9 en fournirent le
prétexte. Le concept, selon lequel, derrière le mouvement américain favorable à la guerre, les
néo-conservateurs constitueraient la force de persuasion à été abordé par de nombreux
commentateurs. Dans cet ordre d’idée, Joshua Micah Marshall a écrit un article, publié dans
The Washington Monthly, intitulé : « Bombarder Saddam? : Comment l’obsession d’une
poignée de faucons néo-conservateurs est-elle devenue l’objectif central de la politique
étrangère des USA. » Et dans le journal en-ligne de gauche CounterPunch, Kathleen et Bill
Christison ont écrit :

L’hypothèse que la guerre contre l’Irak a été planifiée sur l’ordre d’Israël ou à
l’instigation de politiciens dont la principale motivation est d’essayer de
sécuriser l’environnement d’Israël, tient la route. De nombreux analystes
israéliens en sont persuadés. Le commentateur israélien, Akiva Eldar, a
récemment observé en toute franchise, dans une rubrique du Ha’aretz, que
[Richard] Perle, [Douglas] Feith, et leurs camarades stratèges « font l’équilibre
entre leur loyauté vis-à-vis des gouvernements américains et les intérêts
israéliens. » Suggérer leur double allégeance n’est pas « verboten » [yiddishpour
interdit] dans la presse israélienne, comme c’est le cas dans la presse aux Etats-
Unis. L’activiste pour la paix, Uri Avnery, qui connaît bien le premier ministre
israélien, a écrit que Sharon a imaginé, depuis longtemps, des plans grandioses
pour restructurer le Moyen-Orient et que « les vents qui soufflent aujourd’hui à
Washington me rappellent Sharon. Je n’ai absolument aucune preuve pour

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2 Benjamin Ginsberg, The Fatal Embrace: Jews and the State (Chicago: University of Chicago Press, 1993), p.
231. Sur les connections entre juifs, sionistes et néo-conservateurs, voir Paul Gottfried, The Conservative
Movement (New York: Twayne Publishers, 1993); J. J. Goldberg, Jewish Power: Inside the Jewish
Establishment (Reading, Mass.: Addison Wesley Publishing Company, Inc., 1996), pp. 159-162; Peter Steinfels,
The Neoconservatives: The Men Who Are Changing America’s Politics (New York: Simon and Schuster, 1979);
Gary Dorrien, The Neoconservative Mind: Politics, Culture, and the War of Ideology (Philadelphia: Temple
University, 1993); et James Neuchterlein, « Cette époque: Le néo-conservatisme revisité, » First Things, 66
(Octobre 1996), pp. 7-8, http://www.firstthings.com/ftissues/ft9610/opinion/neuchterlein.html.

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avancer que les « Bushies » ont puisé leurs idées auprès d’Ariel Sharon, mais le
style est identique. » 3
Dans cet essai, je tente d’étayer cette thèse en démontrant le lien qu’il y a entre la position
guerrière des néo-conservateurs et la stratégie à long terme de la droite israélienne, voire du
courant dominant parmi les israéliens. Bref, l’idée d’une guerre au Moyen-Orient a été
avancée en Israël depuis de nombreuses années comme moyen d’améliorer sa sécurité, qui
tourne autour d’une solution ultime au problème palestinien.

La guerre et les expulsions
Pour bien comprendre pourquoi les leaders israéliens voudraient d’une guerre au Moyen-
Orient, il faut d’abord jeter un coup d’oeil sur l’histoire du mouvement sioniste et de ses
objectifs. Malgré une rhétorique publique soutenant le contraire, l’idée d’expulser (ou, suivant
l’euphémisme accepté « de déplacer ») les Palestiniens indigènes fait partie intégrante de
l’effort sioniste pour fonder un état national juif en Palestine. L’historien Tom Segev a écrit :
L’idée du déplacement [de population] a accompagné le mouvement sioniste
depuis ses origines, et apparut pour la première fois dans la chronique de
Théodore Herzl. Dans la pratique, les sionistes commencèrent à exécuter un
mini-transfert [de population] lorsqu’ils se mirent à acheter des terres et à
évacuer les arabes qui les occupaient… « Faire disparaître » les arabes est au
coeur du rêve sioniste et fut aussi une condition nécessaire à son existence…. A
quelques exceptions près, aucun sioniste ne contesta l’intérêt du déplacement
forcé — ou sa moralité.
Toutefois, continue Segev, les leaders sionistes apprirent à taire en public leur plan d’une
expulsion massive car « cela aurait eu pour conséquence de leur faire perdre la compassion
internationale. » 4

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3 Joshua Micah Marshall, « Bombarder Saddam?: Comment l’obsession d’une poignée de faucons néoconservateurs
est devenue l’objectif central de la politique étrangère des USA, » Washington Monthly, juin 2002,
http://www.washingtonmonthly.com/features/2001/0206.marshall.html; et Kathleen et Bill Christison, « Une rose
avec un nouveau petit-nom : La double loyauté de l’administration Bush, » CounterPunch, 13 décembre 2002,
http://www.counterpunch.org/christison1213.html.
Voir aussi Christopher Matthews, « La route de Bagdad, » San Francisco Chronicle, 24 mars 2002,
http://www.sfgate.com/cgi- bin/article.cgi?f=/chronicle/archive/2002/03/24/IN164155.DTL; Justin Raimondo,
« Détournement de notre politique étrangère : les néo-conservateurs prennent Washington — Bagdad est
prochaine sur la liste, » 25 mars 2002, http://www.antiwar.com/justin/j032502.html; Holger Jensen, « Prévention,
Désarmement Ou Changement de Régime? Part III, » 7 octobre 2002, ……………………………….
http://www.antiwar.com/orig/jensen1b.html; Scott McConnell, « Le bagarre sur les objectifs de la guerre: Bush
contre les néo-conservateurs, » 25 septembre 2002, http://www.antiwar.com/mcconnell/mc092501.html; et Jim
Lobe, « Les néo-conservateurs consolident leur contrôle sur la politique U.S. au Moyen-Orient, » Foreign Policy
in Focus, 6 décembre 2002, http://www.foreignpolicy-infocus.org/commentary/2002/0212abrams.html. Comme
vous allez vous en apercevoir, une grande partie de cet essai provient d’auteurs dont la conviction est que les
néo-conservateurs représentent une force dominante en faveur de la guerre contre l’Irak.
4 Tom Segev, One Palestine, Complete: Jews and Arabs under the British Mandate (New York: Metropolitan
Books, 2000), pp.404-5. Sur l’histoire des idées sionistes à propos de l’expulsion, lire : Nur Masalha, Expulsion

of the Palestinians: The Concept of « Transfer » in Zionist Political Thought, 1882-1948 (Washington: Institute of
Palestine Studies, 1992).

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La clef était de trouver le moment opportun pour amorcer l’expulsion sans générer une
condamnation internationale. A la fin des années 30, David Ben Gourion écrivit : « Ce qui est
inconcevable en temps normal devient possible en périodes révolutionnaires ; si nous
manquons l’occasion qui s’offre à nous et si ce qui est rendu possible en ces heures
historiques n’est pas accompli — alors, tout un monde sera perdu. »5 Les « périodes
révolutionnaires » arriveront avec la première guerre israélo-arabe de 1948, lorsque les
sionistes parvinrent à expulser 750,000 Palestiniens (soit plus de 80% de la population
indigène), et obtinrent ainsi un état très majoritairement juif, même si son territoire ne
comprenait pas la Palestine dans son intégralité, la « Terre d’Israël » que les leaders sionistes
considéraient nécessaire pour [établir] un état viable.
L’occasion de grappiller un peu plus de territoire fut le résultat de la guerre de 1967, bien que
l’occupation apportât avec elle le problème lié à une population palestinienne importante. A
partir de cet instant, l’opinion internationale s’opposa formellement aux déplacements forcés
de populations, comparant une telle politique avec les horreurs du nazisme. L’étape
importante que constitua la quatrième convention de Genève, ratifiée en 1949, « interdisait
sans équivoque toute déportation » de civils sous occupation. 6 Depuis la guerre de 1967, la
question centrale de la politique israélienne a été : Que faire de ce territoire et de sa
population palestinienne ?
C’est au cours des années 80, avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement « Likoud » de droite,
que l’idée de l’expulsion a refait surface publiquement. Et cette fois-ci, l’idée fut associée à
celle d’une guerre de plus grande ampleur, avec déstabilisation du Moyen-Orient — condition
préalable à la déportation des Palestiniens. Une telle hypothèse incluant l’expulsion de la
population palestinienne, fut exposée brièvement dans un article de Oded Yinon, intitulé « Une
Stratégie pour Israël dans les années 80, » et qui parut dans le périodique Kivumim de
l’Organisation Sioniste Mondiale [World Zionist Organization] en février 1982. Yinon avait
été attaché au ministère des Affaires Etrangères israélien et son article reflétait
indubitablement la pensée du plus haut-niveau de l’establishment militaire et des services
secrets. L’article appelait Israël à provoquer la dissolution et le morcellement des états arabes
en une mosaïque de regroupements ethniques. Dans cet ordre d’idée, Ariel Sharon exposa, le
24 mars 1988, que si le soulèvement palestinien persistait, Israël serait obligée de déclarer la
guerre à ses voisins arabes. Cette guerre, a-t- il spécifié, fournirait « les circonstances » pour
procéder à l’expulsion de toute la population palestinienne, de Cisjordanie, de la bande de
Gaza et même d’Israël. 7
L’expert en politique étrangère israélien, Yehoshafat Harkabi, a critiqué le scénario
guerre/expulsions — faisant référence aux « intentions israéliennes d’imposer la Pax Israelica
sur le Moyen-Orient, de dominer les pays arabes et de les traiter avec dureté » — dans un
ouvrage éloquent, Israel’s Fateful Hour (L’heure Fatidique d’Israël), publié en 1988.
Exprimant un point de vue réaliste, Harkabi conclut qu’Israël n’était pas assez puissante pour
atteindre ce but, compte tenu de la puissance des états arabes, de la population nombreuse
palestinienne impliquée, et de l’opposition véhémente de l’opinion internationale. Il comptait

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5 Cité dans « Image and Reality of the Israel-Palestine Conflict, » de Norman Finkelstein, Introduction de
l’édition allemande (10 juillet 2002), http://www.normanfinkelstein.com/id127.htm.
6 Finkelstein, « Image and Reality. »
7 Ralph Schoenman, L’histoire cachée du sionisme, chapitre 12, « Strategy for Conquest, » 1988,
http://www.balkanunity.org/mideast/english/zionism/ch12.htm.

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sur « la tentative avortée des israéliens d’imposer un nouvel ordre dans le plus faible des états
arabes — le Liban — pour dissuader tous ceux qui auraient des ambitions similaires sur
d’autres territoires. » 8 Harkabi n’envisagea pas que les Etats-Unis pourraient agir comme
mandataire d’Israël qui atteindrait ainsi l’ensemble de ses objectifs.

Real politique américaine
Pendant les années 70 et 80, la politique [américaine] sur le Moyen-Orient, même si elle était
compréhensive vis-à-vis d’Israël, ne lui était pas identique. L’objectif fondamental de la
politique américaine était de promouvoir des gouvernements stables au Moyen-Orient, pour
permettre au pétrole d’abreuver sans problème les nations industrielles occidentales. Il n’était
pas indispensable que les pays arabes fassent ami-ami avec Israël — en fait, il pouvaient
s’opposer ouvertement à l’état juif. Les Etats-Unis oeuvraient pour la paix dans cette région
entre Israël et les états musulmans. Mais cette paix impliquait qu’ils s’adaptassent à la
demande des nations musulmanes – et en priorité : la question palestinienne.
Poursuivant sa politique — préserver la sécurité des approvisionnements pétroliers en
provenance du Moyen-Orient — Washington, à partir du milieu des années 80, se mit à
soutenir lourdement l’Irak dans sa guerre contre l’Iran, même si, pendant un temps, les Etats-
Unis fournirent de l’aide à l’Iran (cf. le scandale de « l’Irangate »). L’ironie, c’est que Donald
Rumsfeld, qui était alors l’émissaire des Etats-Unis, à pavé la route vers la restauration des
relations avec l’Irak, relations qui s’étaient tendues en 1967. Les Etats-Unis, comme d’autres
nations occidentales, considéraient l’Irak comme un rempart contre l’islamisme radical de
l’Iran des Ayatollahs, qui menaçait les intérêts pétroliers occidentaux. Le soutien américain
envers l’Irak comprenait du renseignement, de l’équipement militaire et des crédits à
l’agriculture. Dans la foulée, les Etats-Unis déployèrent dans le Golfe persique la plus grande
force navale depuis la guerre du Vietnam. Envoyée ostensiblement pour protéger les
pétroliers, elle finira par lancer de sérieuses offensives sur la marine iranienne.
C’est pendant cette période, où elle était soutenue par l’Amérique, que l’Irak a utilisé des gaz
mortels sur les iraniens et les kurdes, une tactique que le gouvernement américain et ses
médias partisans décrivent à présent comme étant si effroyable. En fait, les services secrets
américains facilitèrent aux irakiens l’utilisation de gaz contre les iraniens. En outre,
Washington prit des libertés avec les restrictions aux exportations vers l’Irak, ce qui permit
aux irakiens d’importer des superordinateurs, des machines-outils, des produits chimiques
mortels, et même des souches du bacille du charbon et de peste bubonique. En bref, les Etats-
Unis aidèrent l’Irak à se doter de ces mêmes armes effroyables qui servent aujourd’hui de
prétexte aux fonctionnaires du gouvernement [américain] pour claironner qu’il faut chasser
Saddam du pouvoir par la force.9

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8 Yehoshafat Harkabi, Israel’s Fateful Hour (New York: Harper & Row, 1988), pp. 57-58.
9 Stephen R. Shalom, « The United States and the Iran-Iraq War, »
http://www.zmag.org/zmag/articles/ShalomIranIraq.html; Jeremy Scahill, « Il y a un Saddam dans le placard de
Rumsfeld, » Common Dreams, 2 août 2002, http://www.commondreams.org/views02/0802-01.htm; Robert
Windrem, « Rumsfeld est le joueur clé dans le changement de politique sur l’Irak, » MSNBC, 18 août 2002,
http://www.msnbc.com/news/795649.asp; Chris Bury, « Les relations U.S.-Irak n’ont pas toujours été celles de
la confrontation, » 18 septembre 2002,
http://abcnews.go.com/sections/nightline/DailyNews/us_iraq_history_1_020917.ht ml; et Michael Dobbs, « les
U.S.A. ont tenu un rôle clé dans la construction de l’Irak, » Washington Post, 30 décembre 2002, p. A-1,
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A52241-2002Dec29.html .

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Quand la guerre Iran/Irak prit fin en 1988, les Etats-Unis continuèrent de soutenir l’Irak, en
lui fournissant abondamment du matériel militaire, des technologies avancées et des crédits à
l’agriculture. Les Etats-Unis comptaient apparemment sur Saddam pour maintenir la stabilité
dans la région du Golfe. Mais la politique américaine s’est brusquement retournée lorsque
l’Irak envahît le Koweït en août 1990. Les néo-conservateurs dévoilèrent leur bellicisme en
suscitant le soutien à une guerre américaine contre l’Irak. Le comité pour la paix et la sécurité
dans le Golfe (Committee for Peace and Security in the Gulf), dirigé par Richard Perle, fut
créé pour assurer la promotion de la guerre.10 Pendant ce temps- là, les faucons pro-guerre
néo-conservateurs, tels que Perle, Frank Gaffney, Jr., A.M. Rosenthal, William Safire, et le
Wall Street Journal soutenaient l’idée que l’objectif militaire des USA ne devait pas
seulement être de chasser l’Irak du Koweït, mais aussi de détruire le potentiel militaire
irakien, et particulièrement sa capacité de développer des armes nucléaires. Le premier
gouvernement Bush adopta ce point de vue.11
Par dessus tout, les néo-conservateurs espéraient que la guerre aboutirait à la destitution de
Saddam Hussein et à l’occupation américaine de l’Irak. Cependant, malgré les insistances du
Secrétaire à la Défense de l’époque, Richard Cheney, et du sous-Secrétaire à la Défense, Paul
Wolfowitz, la conquête complète de l’Irak ne fut pas menée à son terme à cause de
l’opposition du Général Colin Powell, présidant l’état-major interarmées, et du Général
Norman Schwarzkopf, commandant en chef des opérations.12 De plus, les Etats-Unis
n’avaient un mandat de l’ONU que pour libérer le Koweït, et non pas pour déposer Saddam.
Tenter de le faire aurait provoqué la désagrégation de la coalition emmenée par les USA. Les
partenaires régionaux de la coalition américaine, principalement la Turquie et l’Arabie
Saoudite, craignaient que l’élimination du gouvernement de Saddam ne conduisît à la
fragmentation de l’Irak en groupes ethniques et religieux belliqueux. Une révolte kurde en
Irak, qui se serait étendue à la population kurde de Turquie, déjà nerveuse, aurait pu surgir. En
outre, les Chiites irakiens auraient pu tomber sous l’influence de l’Iran, aggravant ainsi la
menace de l’islamisme radical dans la région.
Non seulement le [premier] gouvernement Bush sabota les espoirs des néo-conservateurs en
laissant Saddam en place, mais le « nouvel ordre mondial » qu’ils envisageaient, dont la mise
en oeuvre serait assurée par le Secrétaire d’Etat James Baker, entrait en conflit ouvert avec les
objectifs des néo-conservateurs israéliens, tournés, eux, vers l’apaisement de la coalition
arabe qui avait soutenu la guerre. [Pour favoriser cet apaisement,] il fallait prendre une
initiative afin de limiter le contrôle israélien sur les territoires occupés. Le gouvernement
Bush exigea d’Israël qu’elle mette fin à la construction de nouvelles implantations dans les
territoires, condition sine qua non à l’octroi de 10 milliards de dollars de prêts américains
garantis pour financer l’intégration de centaines de milliers d’immigrants arrivant de
l’ancienne Union Soviétique. Alors que Bush eût cédé à la pression des néo-conservateurs
juste avant l’élection de novembre 1992, sa résistance déçut nombre d’entre eux, ce qui en
amena plusieurs, comme Safire, à soutenir Bill Clinton lors de l’élection de 1992.13

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10 Ginsberg, p. 208.
11 Christopher Layne, « Pourquoi la guerre du golfe n’était pas dans l’intérêt national, » The Atlantic, juillet 1991,
http://www.theatlantic.com/issues/91jul/layne.htm.
12 Arnold Beichman, « Comment les stratégies de division à propos de l’Irak ont-t-elles commencées, »
Washington Times, 27 novembre 2002, http://www.washtimes.com/commentary/beichman.htm.
13 Warren Strobel, « Bush won’t back loan to Jewish state, » Washington Times,18 mars 1992, p. A-7; Michael
Hedge, « Israeli lobby president resigns over promises, » Washington Times, 4 novembre 1992, p. A-3; « Loan
Guarantees for Israel, » Washington Times, 11 septembre 1992, p. F-2; Frank Gaffney, Jr., « Neocon job that begs

for answers, »13 octobre 1992, p. F-1; Andrew Borowiec, « Group counters Bush on Israel, » Washington Times,
17 février 1992, p. A-1; and Ginsberg, pp. 218-23.
Une note intéressante : Dans Jewish Power, J.J. Goldberg remarque (p. 234) qu’ « en 1991, au point culminant de
la confrontation du gouvernement avec Israël, pas moins de sept des dix-neuf secrétaires-adjoints au
Département d’Etat étaient juifs. »

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Le réseau
Pendant le gouvernement Clinton, les néo-conservateurs assurèrent la promotion de leurs
idées à partir d’un puissant réseau de groupes de réflexion, enchevêtrés les uns avec les autres
— l’ »American Enterprise Institute (AEI) », le « Middle East Media Research Institute
(MEMRI) », l’ »Hudson Institute », le « Washington Institute for Near East Policy », le « Middle
East Forum », le « Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) », le « Center for
Security Policy (CSP) ». Ces groupes de réflexion eurent une grande influence sur les médias
et aidèrent à pourvoir en personnel le gouvernement républicain. Certains de ces organismes,
dont les néo-conservateurs prirent plus tard le contrôle, furent créés à l’origine par des
conservateurs du groupe majoritaire ;14 les autres [organismes] furent fondés par des néoconservateurs,
dont plusieurs d’entre eux avaient des connections israéliennes directes. Par
exemple, le Colonel Yigal Carmon, ancien du renseignement militaire israélien, fut un des cofondateurs
du « Middle East Media Research Institute » (Memri). Et les différents organismes
étaient étroitement interconnectés. Un autre exemple, une co-fondatrice du Memri, Meyrav
Wurmser, était membre de l’ »Hudson Institute », alors que son mari, David Wurmser, dirigeait
le département d’études sur le Moyen-Orient de l’AEI. Richard Perle, quant à lui, était à la
fois « membre permanent » de l’AEI et administrateur de l’Hudson Institute.15
Dans un article récent, paru dans The Nation, Jason Vest y raconte l’influence colossale, au
sein même de la présente administration Bush, qu’exercent les personnes issues de deux des
principaux organismes néo-conservateurs de recherche, le JINSA et le CSP. Vest y détaille les
liens étroits tissés entre les deux organismes avec des politiciens de droite, des marchands
d’armes, des militaires, des milliardaires juifs et le gouvernement républicain.16
A propos du « JINSA », Vest écrit :
Fondé en 1976 par une équipe de néo-conservateurs, inquiets que les Etats-
Unis puissent se retrouver dans l’incapacité de pourvoir Israël en matériel
militaire suffisant — dans l’éventualité d’une nouvelle guerre arabo-israélienne
— le JINSA est passé, au cours des vingt-cinq dernières années, d’un groupe
prototype branlant à une structure opérationnelle à 1,4 millions de dollars par
an, comprenant dans ses effectifs un éventail impressionnant de gros bonnets.
Jusqu’aux débuts de l’actuel gouvernement Bush, le comité de collaborateurs
comprenait des pointures comme Dick Cheney, John Bolton (actuellement
sous-Secrétaire d’Etat au contrôle de l’armement) et Douglas J. Feith, numéro
trois du Pentagone. Richard Perle et l’ancien Directeur de la CIA, James
Woolsey, deux des plus grosses voix dans le refrain « Attaque-Irak », siègent

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14 La prise de contrôle par les néo-conservateurs sur le mouvement intellectuel des conservateurs majoritaires est
racontée par Paul Gottfried dans The Conservative Movement.
15 Brian Whitaker, « Des groupes de réflexion américains donnent des leçons sur la politique étrangère, » The
Guardian, 19 août 2002, http://www.guardian.co.uk/elsewhere/journalist/story/0,7792,777100,00.html .
16 Jason Vest, « Les hommes du JINSA et du CSP, » The Nation, 2 septembre 2002,
http://www.thenation.com/doc.mhtml?i=20020902&s=vest&c=1

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toujours au comité, en compagnie de vestiges de l’ère Reagan comme Jeane
Kirkpatrick, Eugene Rostow, et [Michael] Ledeen — agent de liaison d’Oliver
North avec les israéliens au moment de l’affaire « Iran/contra » [cf. le scandale
Irangate].17
Vest note que des douzaines de membres du JINSA et du CSP ont accédé à des hautes
fonctions gouvernementales d’où ils continuent à plaider pour le même programme. Leurs
complices, des auxiliaires extérieurs du gouvernement, sont issus des mêmes officines.
Travailleurs zélés et obstinés, noyautés par le soutien de la droite israélienne, ils ont réussi à
faire adopter une ligne dure sur un certain nombre de sujets — le soutien aux missiles de
défense nationale, l’opposition aux traités sur le contrôle des armes, la systématisation des
armes gourmandes en énergie, l’aide à la Turquie pour s’armer et l’unilatéralisme américain
en général. » Et Vest ajoute : « Sur aucun sujet, la ligne dure du JINSA/CSP n’est plus claire
que leur campagne incessante en faveur de la guerre — pas seulement la guerre contre l’Irak,
mais ‘une guerre totale,’ ainsi que l’a exprimé l’année dernière Michael Ledeen, un des
membres du JINSA les plus influents de Washington. Pour cette équipe, ‘le changement de
régime’ par tous les moye ns requis, en Irak, en Iran, en Syrie, en Arabie Saoudite et dans
l’Autorité Palestinienne, est un impératif urgent. »18
Récapitulons les arguments de Vest : le réseau JINSA/CSP est « noyauté par la droite
israélienne » ; en ligne avec les vues de la droite israélienne, il a plaidé pour une guerre au
Moyen-Orient afin d’éliminer les ennemis d’Israël ; les membres du réseau JINSA/CSP ont
accédé à des postes importants dans les gouvernements républicains, plus particulièrement
dans l’actuel gouvernement de George W. Bush, où ils peuvent exercer une influence sur les
questions de politique étrangère.

« Sécuriser le royaume »
On trouve des illustrations claires de la pensée néo-conservatrice au sujet de la guerre en Irak
dans un exposé de Perle, Feith et David Wurmser, et dans d’autres exposés publiés par un
groupe de réflexion israélien, « L’Institut d’Etudes Politiques et de Stratégie Avancée ». L’un
d’entre eux est intitulé : « Une rupture nette : une nouvelle stratégie pour sécuriser le
royaume. » Il s’agissait d’un projet politique destiné au gouvernement de Benjamin
Netanyahu, alors en formation. L’exposé démontrait que Netanyahu devait « opérer une
rupture nette » avec le processus de paix d’Oslo et réaffirmer la revendication d’Israël sur la
Cisjordanie et la bande de Gaza. Cet exposé présentait un plan qui prévoyait qu’Israël
« remodèlerait son environnement stratégique, » en commençant par la déposition de Saddam
Hussein et l’installation au pouvoir d’une monarchie Hachémite à Bagdad, ce qui servirait de
première étape en vue de l’élimination des gouvernements anti- israéliens de Syrie, du Liban,
d’Arabie Saoudite et d’Iran. 19
Notez que ces américains — Perle, Feith, and Wurmser — conseillaient un gouvernement
étranger alors qu’ils sont actuellement liés au go uvernement de George W. Bush : Perle est le
chef du Comité Politique de Défense (Defense Policy Board) ; Feith est Secrétaire-adjoint à la

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17 Ibid.
18 Ibid.
19 The Institute for Advanced Strategic and Political Studies, « Groupe d’étude sur une nouvelle stratégie
israélienne pour l’an 2000, » « Une rupture nette: Une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume, »
http://www.israeleconomy.org/strat1.htm.

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Défense en charge de la politique ; et Wurmser est l’assistant particulier de John Bolton,
négociateur du Département d’Etat sur le contrôle à l’armement. Il est aussi remarquable,
alors qu’Israël s’attelait, en 1996, à « remodeler son environnement stratégique » par la
suppression de ses ennemis, que ces mêmes individus proposent actuellement aux Etats-Unis
de remodeler le Moyen-Orient par la suppression des ennemis d’Israël. Cela veut dire que les
Etats-Unis sont les mandataires d’Israël pour faire avancer les intérêts israéliens.
Le 19 février 1998, dans une « Lettre ouverte au Président [Bill Clinton], » le Comité néoconservateur
pour la Paix et la Sécurité dans le Golfe proposait « une stratégie politique et
militaire détaillée pour faire tomber Saddam et son régime. » La lettre continuait par : « Ce ne
sera pas facile — et le déroulement de l’action que nous préconisons n’est ni sans difficulté ni
sans danger. Mais nous sommes persuadés que les intérêts vitaux de notre pays nécessitent
que les Etats-Unis [adoptent une telle stratégie]. » Parmi les signataires de la lettre, on retrouve
ces actuels fonctionnaires du gouverne ment Bush : Elliott Abrams (Conseil de Sécurité
Nationale), Richard Armitage (Département d’Etat), Bolton (Département d’Etat), Feith
(Département de la Défense), Fred Ikle (Comité Politique de Défense), Zalmay Khalilzad
(Maison Blanche), Peter Rodman (Département de la Défense), Wolfowitz (Département de
la Défense), David Wurmser (Département d’Etat), Dov Zakheim (Département de la
Défense), Perle (Comité Politique de Défense) et Rumsfeld (Ministre de la Defense).20 En
1998, Donald Rumsfeld faisait partie du réseau néo-conservateur et réclamait déjà de faire la
guerre à l’Irak.21
Les signataires de la lettre comprenaient aussi des sommités néo-conservatrices et prosionistes
telles que Robert Kagan, William Kristol [fondateur et éditeur du Weekly Standard],
Gaffney (Directeur au Center for Security Policy), Joshua Muravchik (American Enterprise
Institute), Martin Peretz (rédacteur en chef de The New Republic), Leon Wieseltier (The New
Republic), et l’ancien Représentant démocrate de l’état de New York, Stephen Solarz. Le plus
loin que le président Clinton soit allé fut de soutenir la loi sur la libération de l’Irak (The Iraq
Liberation Act), qui attribua $97 millions de dollars pour l’entraînement et l’équipement
militaire de l’opposition irakienne.22
En septembre 2000, le groupe de réflexion néo-conservateur « Project for the New American
Century (PNAC) » 23 a publié un rapport, « Reconstruire les Défenses de l’Amérique :
Stratégie, Forces et Ressources pour un Nouveau Siècle, » qui préconise d’élargir le
positionnement des U.S.A. sur la planète. A propos du Moyen-Orient, ce rapport plaide pour

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20 « Lettre ouverte au Président, » 19 février 1998, http://www.iraqwatch.org/perspectives/rumsfeldopenletter.
htm; Frank Gaffney, « Mettre fin au règne de la terreur de Saddam: Mieux vaut tard que jamais, »
National Review Online, 21 février 2002, http://www.nationalreview.com/contributors/gaffney 022101.shtml .
21 Rumsfeld a un long passé de fervent supporter d’Israël. Par exemple, il a pris la parole dans des dîners de
« Solidarité avec Israël » accueillis par « L’amicale Internationale des Chrétiens et des Juifs. » Michael Gillespie,
« Bill Moyers, modernité, islam, » Middle East Times, http://www.metimes.com/2K2/issue2002-
30/opin/bill_moyers.htm.
22 Seymour Hersh, « Irak : les faucons, » New Yorker, 20 décembre 2001,
http://www.globalpolicy.org/wtc/targets/1220hawks.htm.
23 Le PNAC (Projet pour le nouveau siècle américain) se décrit lui-même ainsi: « Etabli au printemps 1997, le
PNAC est un organisme éducatif à but non-lucratif dont le but est la promotion du leadership mondial américain.
Le Projet est une initiative du « New Citizenship Project (501c3) » ; le président du Projet pour une Nouvelle
Citoyenneté est William Kristol et son directeur-général est Gary Schmitt. »
http://www.newamericancentury.org/aboutpnac.htm.

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une présence militaire accrue dans le Golfe, que Saddam soit au pouvoir ou non, soutenant
l’idée que « les Etats-Unis ont cherché pendant des décennies à jouer un rôle plus permanent
dans la sécurité régionale du Golfe. Alors que le conflit irrésolu avec l’Irak fournît une
justification immédiate, la présence nécessaire d’une importante force américaine dans le
Golfe dépasse le simple problème lié au régime de Saddam Hussein. « 24 Parmi les participants
au Projet on retrouve des personnalités qui joueront des rôles de première importance dans le
second gouvernement Bush : Cheney (Vice-Président), Rumsfeld (Ministre de la Défense),
Wolfowitz (Ministre adjoint à la Défense), et Lewis Libby (Chef d’état-major de Cheney).
William Kristol, l’éditeur du Weekly Standard en était le co-auteur.
Afin d’influencer directement la politique de la Maison-Blanche, Wolfowitz et Perle se
débrouillèrent pour obtenir des rôles clé de conseillers « politique étrangère/sécurité nationale »
au sein de l’équipe Bush, pendant la campagne électorale de 2000. Cette équipe, dirigée par la
soviétologue, Condoleezza Rice, était appelée « the Vulcans » [les Vulcains]. Ne possédant
aucune expérience directe en politique étrangère ni une grande connaissance du monde,
comme l’ont illustré ses fameuses gaffes — confondant La Slovaquie avec la Slovénie,
parlant des Grecs en disant les « Grecians » [n.d.t., Greeks en anglais] et butant sur les noms de
quatre chefs d’état étrangers lors d’un quiz populaire — George W. Bush serait bien obligé de
s’en remettre surtout à ses conseillers.
« Son équipe de politique étrangère, » observa Kagan, « sera capitale pour déterminer les
principes qu’il adoptera. » L’éditorialiste Robert Novak nota : « Puisque [Condoleeza] Rice
manque clairement d’expérience sur les problèmes du Moyen-Orient, Wolfowitz et Perle
pèseront certainement très lourd sur des pans entiers de la politique Moyen-Orientale. »25 En
bref, Wolfowitz et Perle fourniraient à Bush- l’ignorant des solutions de politique étrangère
prêtes à l’emploi sur le Moyen-Orient. Et assurément, ce genre d’opinions émises par des
sionistes [très] à droite seraient certainement étayées par Cheney et Rumsfeld, ainsi que par la
multitude des aut res néo-conservateurs qui inonderaient le gouvernement Bush.
Les néo-conservateurs prendraient les postes clé impliquant la Défense et les Affaires
Etrangères. [On connaît la suite :] dans l’équipe de Rumsfeld on retrouve Wolfowitz et Feith,
et dans celle de Cheney, les principaux néo-conservateurs sont Libby, Eric Edelman, et John
Hannah. Cheney lui-même, avec ses opinions et ses relations néo-conservatrices de longue
date, a joué un rôle considérable dans le « modelage » de la politique étrangère de Bush. 26

Une « Perle » parmi les hommes
Perle est souvent considéré comme le néo-conservateur qui influence le plus la politique
étrangère, son éminence grise. Il commença à se faire connaître en 1970 lorsqu’il était un
assistant en vue du sénateur démocrate Henry Jackson (Washington), anti-communiste
primaire et ardent pro- israélien — un des pires membres du Sénat. Au cours des années 80,
Perle fut Secrétaire-adjoint à la Défense sous Reagan, où ses prises de position antisoviétiques
très dures et surtout son opposition à toute forme de contrôle sur l’armement lui

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24 Neil Mackay, « Bush a planifié ‘le changement de régime’ en Irak avant de devenir président, » Scottish Sunday
Herald, 15 septembre 2002, http://www.sundayherald.com/print27735.
25 Ian Urbina, « La brochette de voyous : Qui a conseillé Bush et Gore sur le Moyen-Orient ?, » Middle East
Report 216, automne 2000, http://www.merip.org/mer/mer216/216_urbina.html .
26 Glenn Kessler et Peter Slevin, « Cheney est le pivot de la politique étrangère: Dans la guerre des agences, ses
opinions prévalent souvent, » Washington Post, 13 octobre 2002, A-1.

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valurent le surnom de « Prince des Ténèbres » de la part de ses ennemis. Cependant, ses amis le
considéraient, selon l’un d’eux, comme « l’une des personnes les plus merveilleuses de
Washington. » Que Perle soit réputé pour être un homme de grande intelligence, un hôte
affable et généreux, ainsi qu’un compagnon spirituel et un allié loyal, aide à comprendre son
prestige dans les cercles néo-conservateurs.27
Perle n’est pas seulement un ardent défenseur de la pensée pro-sioniste, il entretient aussi des
liens très étroits avec Israël : ami personnel de Sharon, membre du conseil d’administration
du Jesusalem Post, ancien employé du fabriquant d’armes israélien — Soltam. D’après
l’auteur Seymour M. Hersh, alors que Perle était attaché parlementaire de Jackson, des
écoutes du FBI prirent Perle sur le fait en train de livrer à l’ambassade israélienne des
informations confidentielles du Conseil National de Sécurité.28
Bien qu’il ne fasse pas techniquement partie de l’administration Bush, Perle y tient la
présidence bénévole du Comité Politique de Défense. A ce poste, Perle a accès aux
documents confidentiels et est en contact étroit avec des dirigeants du gouvernement. Il est
écrit dans un article de Salon : « Le Comité Politique de Défense, qui était initialement un
vague comité de civils censé fournir au Ministre de la Défense des conseils informels sur
toute une gamme de sujets militaires, est devenu un quasi-lobby, réunissant maintenant une
volée de faucons sans complexe, dont le premier objectif semble être de déclarer la guerre à
l’Irak. »

« Actions inconcevables à l’heure actuelle »
Quand Bush et ses gens arrivèrent aux affaires en janvier 2001, des reportages dans la presse
israélienne rapportèrent que des politiciens et des fonctionnaires du gouvernement [américain]
parlaient ouvertement d’expulsion massive de Palestiniens. Ariel Sharon fut élu premier
ministre d’Israël en février 2001 ; réputé pour son caractère impitoyable, il avait dit dans le
passé que la Jordanie devrait devenir l’état palestinien où seraient transférés les Palestiniens
chassés du territoire israélien. 29 L’inquiétude publique, à propos de l’évolution
démographique, menaçant la judaïté de l’état israélien, grandissait en Israël. Le professeur de
l’université d’Haïfa, Arnon Sofer, publia la fameuse étude « La Démographie d’Eretz Israël, »
qui prédisait que d’ici 2020 les non-juifs seraient majoritaires à 58 % en Israël et dans les

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27 Eric Boehlert, « Le Général de salon, » Salon, 5 septembre 2002,
http://www.salon.com/news/feature/2002/09/05/perle/.
Sidney Blumenthal écrira que Perle « a fait plus que quiconque pour modeler la politique du gouvernement sur
les armes nucléaires, à part Reagan lui-même. » (« Richard Perle, Disarmed but Undeterred, » Washington Post, 23
novembre 1987, p. B-1.)
28 Seymour M. Hersh, « Kissinger et Nixon à la Maison-Blanche, » The Atlantic Monthly, 24:5 (mai, 1982),
http://www.theatlantic.com/issues/82may/hershwh2.htm.
29 Ronald Bleier, « Sharon déroute Bush: les Palestiniens sont maintenant vulnérables à une expulsion, » août
2001, http://desip.igc.org/SharonRoutsBush.html; et Bleier, « L’expulsion à venir des Palestiniens, » janvier 2001,
http://desip.igc.org/TheNextExpulsion.html.

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territoires occupés.30 En outre, il y était reconnu que l’accroissement général de la population
dépasserait ce que le pays, avec ses ressources limitées en eau douce, pourrait supporter.31
Certains pensèrent que Sharon avait l’intention de procéder à l’expulsion par des moyens
militaires. Comme l’a dit à l’époque un analyste de gauche : « Une grosse guerre, et au bout :
la déportation — c’est le plan concocté par les faucons, qui ne sont vraiment pas loin de
mettre en oeuvre son exécution. »32 Pendant l’été 2001, le « Jane’s Information Group », qui fait
autorité, rapporta qu’Israël avait achevé son plan pour procéder à une invasion sanglante et
massive des territoires occupés, impliquant « des raids aériens avec des bombardiers F-15 et F-
16, d’importants bombardements d’artillerie, et enfin, une attaque effectuée par une force
combinée de 30.000 soldats … brigades blindées et infanterie. » Des méchantes attaques de
cette nature aboutiraient à bien plus que la simple destitution d’Arafat et de la direction du
[Fatah]. Mais les Etats-Unis brandirent leur veto, et l’Europe exprima la même opposition
franche aux plans de Sharon. 33
Un observateur attentif de la scène israélo-palestinienne, écrivit de façon prémonitoire, en
août 2001, « C’est uniquement à cause du climat politique actuel, qu’un tel plan d’expulsion
ne peut être mis en application. Aussi chaud que soit le climat politique actuel, le moment
n’est clairement pas mûr pour une action radicale. Toutefois, si la température venait à
s’élever encore un peu plus, alors, des actions inconcevables à l’heure actuelle deviendrait
possibles. »34 Une fois encore, des « périodes révolutionnaires » étaient indispensables pour
qu’Israël puisse atteindre ses buts. Et puis, se produisirent les attaques du 11 septembre…

Septembre révolutionnaire

suite…

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