RAPPORT SUR LE MONDIALISME – Genèse des relations entre le monde musulman et l’oligarchie euro-mondialiste


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Auteur : Hillard Pierre
Ouvrage : Rapport sur le mondialisme Genèse des relations entre le monde musulman et l’oligarchie euro-mondialiste
Année : 2012

 Dans la ville tunisienne de Sidi Bouzid, un
jeune vendeur ambulant de fruits et légumes diplômé
mais au chômage, Mohamed Bouazizi, se voit
confisquer sa marchandise par la police locale le 17
décembre 2010. Par désespoir, il s’immole et
succombe quelques jours plus tard à ses blessures.
Sa mort entraîne des manifestations dans tout le pays
conduisant à la chute du régime Ben Ali.
L’effondrement du régime politique tunisien met le
feu aux poudres à l’ensemble du monde musulman.
Celui-ci gangréné par la corruption, le népotisme et
les rivalités claniques a réagi telle une réaction
chimique à un incident local. Ces événements sont
révélateurs d’un malaise profond propre à
l’ensemble de ce monde arabo-musulman. Ce
printemps arabe commencé en janvier a pris de court
l’ensemble de la sphère politique des pays
européens, américains et asiatiques. Pourtant, nous
pouvons assurer que ces événements n’ont sûrement
pas surpris les élites mondialistes assurant la
promotion ou la défection de ces politiciens chargés
de nous diriger. En effet, en étudiant la genèse des
textes émanant des cénacles européistes, onusiens ou
encore de Fondations et de think-tanks, on observe
une permanence dans les objectifs poursuivis. Il
s’agit dans le cadre de cette philosophie d’instaurer

un modèle propre aux référents de l’euromondialisme
; c’est-à-dire le primat du marché et la
déification de l’homme. Ces Etats musulmans
doivent procéder à une véritable mue en se
fragmentant et en adoptant des mesures compatibles
avec la doctrine mondialiste concernant des secteurs
aussi variés que la politique, l’économie, la société
civile, l’éducation ou encore la justice.
Cependant, ce changement radical oblige à une
refonte complète des structures propres à la
civilisation musulmane…. et c’est là où le bât
blesse. En effet, l’Islam se caractérise par une fusion
du pouvoir spirituel et temporel à la différence d’un
Occident jadis chrétien dont les principes reposaient
sur une distinction de ces deux éléments. Une forme
de fatalisme régit aussi les structures mentales
musulmanes. Le principe musulman « c’était écrit »
(le Mektoub) restreint la liberté de l’homme dont les
actes sont fixés de toute éternité par Dieu. En contre
partie, le monde occidental est affligé de vices
hautement contaminant. En effet, on assiste, depuis
la deuxième moitié du XXè siècle, à une véritable
bascule des structures et référents propres à l’âme
européenne depuis des siècles. Ainsi, un laïcisme
forcené d’essence quasi religieuse et conduisant à
une évacuation du divin exalte la primauté des droits
de l’homme. Inévitablement, une mutation

bouleversant les structures politiques et mentales des
pays européens se met en place. C’est donc un
Occident déséquilibré dans ses structures religieuses,
philosophiques, psychologiques et drogué aux
richesses temporelles ainsi qu’à l’hédonisme qui
cherche à imposer son modèle : le primat de
l’homme et un matérialisme outrancié. Nous
assistons donc à la confrontation de deux modèles
radicalement opposés. La rencontre de ces deux
mondes ne peut conduire qu’à des étincelles ouvrant
la voie à la lutte entre deux métaphysiques. Leur
coexistence est impossible. L’une doit disparaître au
profit de l’autre. L’objectif de cette étude ne consiste
pas à étudier dans les détails le déroulement de ces
révolutions arabes même s’il nous arrivera
d’évoquer tel ou tel point. En effet, ce que nous
voyons n’est que la conséquence d’un long travail de
sape. Il est bien plus intéressant de rappeler
l’existence de ces grands et profonds courants sous-marins
qui modèlent et déterminent l’avenir de
centaines de millions de musulmans et,
inévitablement, l’avenir des peuples européens et du
monde entier. Même si les premiers contacts et les
antagonismes entre ces deux mondes remontent au
temps des croisades et de la Reconquista prolongés
par la politique ottomane dans les Balkans du XVè
siècle au XVIIIè siècle, nous traiterons des

ambitions et des objectifs géopolitiques poursuivis à
l’époque moderne entre les deux rives de la
Méditerranée de la fin du XIXè siècle jusqu’en
2011. C’est pourquoi, nous étudierons dans un
premier temps les projets anciens politicostratégiques
animant les élites mondialistes du XIXè
siècle jusqu’à la Première guerre mondiale. Ensuite,
nous aborderons les travaux patiemment élaborés au
sein des instances européennes afin d’arrimer ce
monde musulman au nouvel ordre mondial. Enfin,
nous traiterons les stratégies développées au sein des
enceintes mondialistes concernant les enjeux
politico-énergétiques en terre d’Islam et les
remaniements territoriaux envisagés des années
1950 jusqu’au début du XXIè siècle.

Première partie

Les premières ambitions euro-mondialistes en
terre d’Islam

A)Le chemin de fer Berlin-Bagdad (le Bagdad-Bahn)

La fin de la deuxième moitié du XIXè siècle voit
deux grandes puissances européennes s’affronter en
terre d’Islam, plus précisément au Proche-Orient :
l’Empire britannique et le IIè Reich de Guillaume II.
Cette rivalité germano-britannique est très largement
ignorée en France. Et pourtant, la compréhension
profonde des antagonismes entre la thalassocratie
britannique et la puissance terrestre allemande est
capitale à connaître car elle a déterminé la Première
guerre mondiale comme nous allons le voir. La
compréhension de cette époque permet aussi de
mieux saisir les enjeux de la guerre des Balkans à la
fin du XXè siècle. En effet, les rivalités entre ces
deux Empires s’expliquent en raison des volontés de
contrôle, de production et d’acheminement d’une
nouvelle énergie se substituant au charbon : le
pétrole. Au tournant du XIXè siècle et du XXè

siècle, la puissance maritime anglaise, maîtresse
d’environ un cinquième des terres émergées, a
besoin de maîtriser cette nouvelle énergie afin de
conserver sa suprématie. En contre partie, le jeune
Empire allemand dont l’unité politique est récente
(18 janvier 1871) cherche à obtenir une « place au
soleil » selon les propres termes de l’empereur
Guillaume II. Cette Allemagne au développement
économique vertigineux se doit de trouver de
nombreux marchés capables d’absorber les
excédents de l’industrie germanique. Dès 1889, une
véritable révolution se produit avec la naissance de
liens politiques, économiques et militaires entre le
IIè Reich et l’Empire Ottoman. La visite de
Guillaume II à Istanbul en 1898 renforce ces liens.
Le monde turc d’alors est bien plus vaste que
l’actuelle Turquie. En effet, son territoire s’étend sur
toute la péninsule arabique ; c’est-à-dire un
ensemble appelé à se fragmenter après la guerre de
14-18 et qui a permis la naissance de l’Irak, du
Koweït ou encore de l’Arabie Saoudite. L’existence
prouvée de vastes réserves de pétrole en
Mésopotamie au niveau de Mossoul et de Kirkouk
aiguise les appétits germano-anglais. Déjà, l’Empire
britannique a réussi à mettre la main sur de
nombreux gisements pétroliers en Perse (actuel Iran)
grâce à l’entremise d’un espion britannique, Sidney

Reilly (né Sigmund Georgjevich Rosenblum)1. Son
action permit la création d’une grande compagnie
pétrolière britannique : l’Anglo-Persian Oil
Company.
Cependant, cette victoire britannique était
insuffisante. En effet, du fait des liens germanoturcs,
Berlin mettait la pression pour réussir la
construction d’une voie ferrée immense à partir des
années 1890, le Bagdad-Bahn. Partant de Hambourg,
passant par Berlin, traversant l’Empire d’Autriche-
Hongrie allié du IIè Reich, cette voie ferrée était
obligée pour des raisons techniques et
géographiques de passer par la Serbie, alliée de la
France et de la Grande-Bretagne, ennemie farouche
du monde germanophone. La Serbie constituait le
talon d’Achille pour l’Empire allemand. Cette voie,
véritable cordon ombilical, traversait la Bulgarie
(alliée de l’Allemagne) puis zigzaguait à travers
toutes les vallées du territoire ottoman pour longer
ensuite le territoire du Tigre et de l’Euphrate riche
en pétrole. Elle devait par la suite aboutir jusqu’au
Golfe persique (actuel Koweït). Berlin envisageait
de construire une base navale qui aurait menacé
mortellement la « perle de l’Empire », les Indes
britanniques. Outre le renforcement économique

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1 William Engdahl, Pétrole une guerre d’un siècle, Editions Jean-Cyrille Godefroy,

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dans tous les domaines entre Istanbul et Berlin et la
naissance d’une forme d’union douanière au profit
de l’Allemagne entre tous les pays traversés par
cette voie2, cette dernière représentait un véritable
oléoduc sur rail qui aurait, si le projet allait à son
terme, assuré au IIè Reich une indépendance
énergétique complète face à ses rivaux anglais,
américain, français et russe. C’est donc une lutte à
mort qui s’est engagée entre les Allemands et les
Anglais. L’Empire britannique jouant sa place de
première puissance ne pouvait pas admettre la
réussite de l’Allemagne. Le Times de Londres du 3
octobre 1899 et le Financial News du 6 octobre 1899
révèlent, comme le rapporte l’économiste William
Engdahl, « les fortes vues géopolitiques des milieux
dirigeants de la politique étrangère britannique vis-àvis
du projet allemand de chemin de fer vers
Bagdad »3 . Il ne faut donc pas s’étonner de voir
Londres s’opposer avec acharnement au projet
allemand, en particulier, par l’intermédiaire des
guerres balkaniques au cours de la décennie
précédant la guerre de 1914. Comme nous l’avons

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2 Pour le lecteur soucieux de creuser ce sujet capital, nous l’invitons à lire les
ouvrages majeurs d’André Chéradame en particulier : « L’Europe et la question
d’Autriche » paru en 1901 et « Le plan pangermaniste démasqué » paru en 1916.
Non réédités, ils peuvent être consultés sur le site américain
http://www.archive.org/. Il est symptomatique de remarquer qu’une élite
universitaire américaine publie les travaux du Français André Chéradame alors que
celui-ci est largement inconnu en France …. Nul n’est prophète en son pays.
3 Pétrole une guerre d’un siècle, op. cit, p. 39.
2008, p.33.

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écrit, la Serbie alliée à la France et à la Grande-
Bretagne représentait le talon d’Achille des
ambitions allemandes car ce pays représentait le
point de jonction pour établir une ligne ferroviaire
complète entre, d’un côté, le bloc continental
européen et, d’autre part, l’Asie occidentale à partir
des rives du Bosphore. Ces guerres multiples entre la
Bulgarie, la Serbie, la Roumanie etc et à
combinaisons multiples freinaient et entravaient
l’achèvement complet du Bagdad-Bahn. Il n’est
donc pas étonnant de lire les propos du conseiller
militaire anglais, R.G.D Laffan, au service de
l’armée serbe avertissant que « si Berlin-Bagdad se
réalisait, un énorme bloc de territoires continentaux
inexpugnables par une puissance maritime et
produisant toutes sortes de richesses économiques
serait unifié sous l’autorité allemande (…) »,
ajoutant que « par cette barrière, la Russie serait
coupée de la Grande-Bretagne et de la France, ses
amis occidentaux (…). A cette distance, les armées
allemandes et turques pourraient facilement mettre
en danger nos intérêts égyptiens et, par le Golfe
persique, notre Empire des Indes serait menacé. Le
port d’Alexandrette et le contrôle des Dardanelles
donneraient bientôt à l’Allemagne une puissance
navale énorme en Méditerranée (…). Un coup d’oeil
à la carte du monde nous montre comment la chaîne

des Etats s’étire de Berlin à Bagdad : l’Empire
germanique, l’Empire austro-hongrois, la Bulgarie,
la Turquie. Une seule petite bande de territoire
bloque la voie et empêche les deux extrémités de la
chaîne de se rejoindre : la Serbie. La Serbie est
petite, mais reste rebelle entre l’Allemagne et les
grands ports de Constantinople et Salonique,
gardienne des portes de l’Orient… La Serbie est
véritablement la première ligne de défense de nos
possessions orientales. Si elle venait à être brisée ou
attirée dans le système Berlin-Bagdad, notre vaste
empire mal défendu subirait rapidement le choc de
la pression germanique vers l’Est ». L’attentat de
Sarajevo, le 28 juin 1914, contre l’héritier du trône
d’Autriche-Hongrie François-Ferdinand allume la
guerre dans toute l’Europe. En fait, cette guerre
permet à l’Angleterre de jouer son va-tout. En effet,
même si la guerre épuise des forces humaines et
matérielles au Nord-Est de la France et sur le front
russe ; l’Angleterre ne perd pas de vue que les
intérêts de sa politique passent par l’anéantissement
du Bagdad-Bahn. Il s’agit de détruire de fond en
comble le projet allemand du contrôle de production
et d’acheminement du pétrole en provenance de
Mésopotamie et empêcher l’émergence d’un bloc
continental économiquement unifié allant de
Hambourg jusqu’aux rives du Chatt-el-arab.

B)Elaboration des premières combinaisons
territoriales au Proche-Orient

suite…

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