L’APOCALYPSE


 
Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : L’Apocalypse – Cycle de douze conférences faites à Nuremberg du 17 au 30 Juin 1908
Année : 1908

Traduction française complétée et révisée par H. Bideau et H. Waddington

CONFÉRENCE D’INTRODUCTION
NUREMBERG pourra célébrer l’automne prochain un beau
centenaire. Car c’est à l’automne de 1808 qu’elle a accueilli
dans ses murs un des plus grands esprits d’Allemagne ; bien
qu’on parle peu de lui aujourd’hui, et que ses oeuvres soient
bien mal comprises, il est de ceux qui, lorsqu’on les
comprendra, seront d’une grande importance pour la vie de
l’esprit. Et c’est à l’automne de 1808 que le philosophe Hegel
est devenu directeur du Lycée royal de Nuremberg.
Or, Hegel a dit – et nous pouvons prendre pour point de
départ cette affirmation – que la pensée humaine la plus
profonde est liée à l’incarnation du Christ, à sa personne
historique ; ce qui fait la grandeur de la religion chrétienne, a t-
il ajouté, c’est que malgré sa profondeur, elle peut être
comprise par la conscience ordinaire, tout en l’incitant à une
étude plus approfondie. Elle est accessible à n’importe quel
niveau de culture, et en même temps répond aux exigences les
plus hautes. {1}
Que le christianisme, le message de l’Évangile, soit
compréhensible à chacun, quelle que soit sa culture, on le sait
depuis près de deux millénaires. Qu’il fasse appel à la pensée la
plus profonde, qu’il faille, pour le comprendre, connaître les
enseignements de la sagesse humaine, la Science spirituelle a
précisément pour tâche de le montrer. Et elle le montrera
lorsque les impulsions qu’elle apporte seront bien comprises et
se répandront parmi les hommes.
Ce serait une erreur de croire que la Science spirituelle,
l’Anthroposophie, est une religion, et qu’elle cherche à
supplanter les anciennes confessions. Pour couper court à tout
malentendu, nous dirons que, tout en étant le soutien le plus

ferme, le plus sûr, de la vie religieuse, elle n’est pas elle-même
une religion, et que par conséquent elle ne peut en aucun cas
s’opposer à une religion. Cependant, elle peut être
l’instrument, le moyen par lequel les connaissances, les vérités
les plus profondes et les plus grands mystères peuvent
devenir compréhensibles.
Le rapport entre l’anthroposophie et les documents de telle
ou telle religion – il s’agira dans ces conférences des
documents chrétiens – peut être éclairé par la comparaison
suivante : entre l’anthroposophie et les textes sacrés, le
rapport est le même qu’entre les vérités mathématiques et les
manuels ou les livres écrits au cours de l’histoire pour en
permettre l’étude. Il existe un livre très ancien que connaît
seul celui qui est familiarisé avec l’histoire des
mathématiques : c’est la Géométrie d’Euclide. Elle apporte
pour la première fois, sous une forme propre à l’enseignement,
ce qu’on enseigne en cette matière aux enfants de nos écoles.
Ils ne savent pourtant pas que tout ce qu’ils apprennent sur
les droites parallèles, sur les triangles, etc… a été formulé pour
la première fois dans ce très ancien ouvrage. A juste titre, on
fait comprendre à l’élève qu’il peut vérifier lui-même la vérité
des affirmations mathématiques, que l’esprit humain,
appliquant ses facultés à l’observation des formes dans
l’espace, peut les comprendre sans connaître le livre d’Euclide.
Mais s’il en prend connaissance un jour, il saura l’apprécier et
en mesurer la valeur. Il comprendra ce qu’a donné à
l’humanité celui qui fut le premier à offrir ce document à son
intelligence.
Le rapport de la Science spirituelle avec les documents
religieux est de même nature. Elle puise à des sources telles
qu’elle n’a nul besoin de s’appuyer sur des traditions, sur des

textes, quand son impulsion est bien comprise. La
connaissance actuelle du monde sensible est née du libre usage
des facultés humaines ; de même, les forces spirituelles, les
facultés suprasensibles, tout d’abord endormies dans l’âme,
nous donnent connaissance du monde suprasensible, invisible,
qui sous tend le monde sensible tout entier. Celui qui se sert de
ses organes sensoriels est à même de percevoir ce qui se
présente à eux ; par son intelligence, il peut comprendre ce
qu’il perçoit. De même, celui qui pratique l’entraînement de la
Science spirituelle est capable de voir au-delà de l’apparence
sensible, de découvrir les causes spirituelles, l’activité d’Êtres
que ne voient ni n’entendent les yeux et les oreilles physiques,
mais bien les organes de l’esprit. La source, la source
indépendante et libre de la connaissance spirituelle, c’est donc
la mise en oeuvre de certaines forces supra-sensibles, qui sont
encore aujourd’hui en sommeil chez la majorité des humains ;
la connaissance du monde extérieur a de même pour source le
libre usage des facultés aptes à le percevoir.
Lorsque d’une façon quelconque on est entré en possession
de connaissances qui atteignent la réalité au-delà du monde
des sens, l’invisible au-delà du visible, on peut, armé de ce
nouveau savoir, et comme le géomètre se reporte à l’ouvrage
d’Euclide, se reporter aux traditions, aux livres, aux
documents qui ont communiqué cette réalité à l’humanité au
cours de l’histoire. On peut vérifier l’exactitude de ces textes
par une méthode analogue à celle du géomètre moderne qui lit
le livre d’Euclide. Alors on les apprécie, on en reconnaît la
valeur. Car pour celui qui est vraiment armé de la
connaissance supra-sensible, les documents de la révélation
chrétienne ne perdent nullement leur prix. Bien au contraire,
ils brillent pour lui d’un éclat bien plus vif que pour le simple

croyant ; ils révèlent alors un contenu de vérité beaucoup plus
profond qu’on ne le pensait auparavant.
Pour comprendre mieux encore le rapport de
l’anthroposophie avec les documents religieux, posons-nous la
question suivante : qui donc apprécie le mieux la géométrie
d’Euclide, celui qui en parle parce qu’il sait traduire
littéralement cet ouvrage tout en ignorant la géométrie, ou
celui qui connaît la géométrie et sait la retrouver dans
l’ouvrage ? Imaginons un philologue lisant le livre : que
d’erreurs il commettrait s’il voulait en expliquer le contenu !
C’est ce qu’ont fait pour les documents religieux un grand
nombre de gens qui étaient appelés à en dévoiler le sens
véritable. Ils ont abordé ces textes dans l’ignorance de toute
autre source possible de connaissance. Cela nous vaut
aujourd’hui des commentaires très scrupuleux, où tout est vu
sous l’angle historique – en particulier l’origine des documents
eux-mêmes, – mais qui n’ont pas plus de valeur qu’une
explication de la Géométrie d’Euclide due à quelqu’un qui ne
posséderait aucune notion de cette science.
La connaissance en matière de religion – j’y insiste -– ne
peut s’édifier qu’à l’aide de notions acquises par la voie de la
Science spirituelle, bien que celle-ci ne soit que le levier de la
vie religieuse, et non une religion proprement dite. La religion
est essentiellement du domaine du coeur, des sentiments, qui
incitent l’homme à élever le meilleur de son âme vers les
Entités suprasensibles. C’est de la chaleur de ces sentiments,
de leur force, de leur qualité que dépend chez un être le
caractère de sa religion, de même que la façon dont il apprécie
un tableau dépend de son sens esthétique. Certes, la religion a
pour objet ce que nous appelons le monde spirituel, le

suprasensible. Mais la sensibilité artistique est tout autre
chose que la connaissance des lois spirituelles qui régissent les
arts, bien que cette connaissance puisse aider à mieux les
comprendre. De même la sagesse, la connaissance qui conduit
vers le monde spirituel, est tout autre chose que la religion.
Elle donnera au sentiment religieux plus de force, plus de
gravité, plus de grandeur ; elle n’est pas par elle-même une
religion, et ne fait qu’y amener celui qui la cultive.
Si l’on veut comprendre l’importance, le sens et la valeur
spirituelle des révélations du christianisme, il faut pénétrer
très avant dans le domaine de l’esprit. Il faut remonter à un
passé infiniment lointain, se reporter même à l’époque qui a
précédé l’établissement des religions, et chercher à voir
comment elles sont nées. Car il y a bien eu sur la terre un
temps où les pratiques religieuses n’existaient pas ; la Science
spirituelle, elle aussi, le confirme, mais dans un tout autre sens
que la science matérialiste.
Que signifie pour les humains la religion ? C’est – le mot
même l’indique – le lien qui unit l’homme à son Dieu, au
monde spirituel. Les époques dites religieuses furent
essentiellement celles où l’homme aspirait à cette union avec
Dieu, soit parce qu’il avait soif de connaissance, soit parce qu’il
éprouvait un certain sentiment, soit encore parce qu’il avait
l’impression que sa volonté n’était vigoureuse que lorsque la
force divine l’imprégnait. A ce temps, l’homme avait une
prescience du monde spirituel plutôt qu’une véritable
connaissance, qu’une vision ; il se sentait baigner en lui.
Auparavant il n’éprouvait pas le besoin, la soif de ce lien avec
le suprasensible, parce qu’il le connaissait aussi bien que
l’homme d’à présent connaît le monde sensible. A-t-on besoin
aujourd’hui d’être persuadé que les pierres, les arbres, les

animaux existent ? A-t-on besoin de documents, d’une
doctrine pour en être certain ? Non, car on les voit, et point
n’est besoin par conséquent d’une « religion » du monde des
sens. Imaginons quelqu’un qui vivrait suivant un mode tout
différent du nôtre, avec d’autres organes sensoriels, une autre
forme d’intelligence, qui ne connaîtrait ni pierres, ni plantes, ni
animaux, parce que tout cela serait invisible pour lui, un être
qui ne pourrait acquérir la connaissance de ces choses – dont
nous avons l’expérience directe – que par des documents ou
par une tradition. Ce qui lui serait ainsi transmis serait sa
« religion ». S’il lisait dans un livre qu’il existe des pierres, des
plantes, des animaux, ce serait là l’objet de sa foi, sa religion,
puisqu’il n’en aurait jamais rien vu.
Or, l’homme a connu une époque où il vivait parmi les
êtres, dans le monde de l’esprit sur lequel le renseignent
aujourd’hui les religions et les doctrines sacrées traditionnelles.
Le mot « évolution » rend de nos jours un son magique ;
pourtant il n’est appliqué par les savants qu’aux faits
matériels. Du point de vue de la Science spirituelle, tout dans
l’univers est en évolution, et surtout la conscience humaine.
L’état de conscience dans lequel, en vous réveillant le matin,
vous voyez et comprenez le monde sensible, cet état de la
claire conscience de veille est dû à la métamorphose d’un autre
état de conscience, beaucoup plus ancien, dit « imaginatif ».
Par cette métamorphose, on parvient à des stades antérieurs
de l’évolution humaine ignorés de la science qui s’appuie
uniquement sur le témoignage des sens et les méthodes
rationnelles. Selon cette science, l’homme d’un passé
infiniment reculé aurait connu des états de conscience
semblables à ceux des animaux actuels.

Nous avons expliqué ailleurs comment la Science spirituelle
conçoit le rapport de l’être humain avec l’animal. L’homme n’a
jamais été comparable à l’animal actuel. Il ne descend pas
d’êtres pareils aux animaux que nous connaissons. Les formes
d’évolution par lesquelles il a passé se révéleraient, si nous les
décrivions, bien différentes. Les animaux d’aujourd’hui
représentent des stades antérieurs de cette évolution, des
formes anciennes qui se sont en quelque sorte figées. Mais
l’homme a continué sa marche ; et les animaux sont donc, par
rapport à lui, descendus.
Le monde animal nous apparaît comme composé de frères
arriérés de l’homme, et leurs formes actuelles ne sont même
plus ce qu’elles étaient autrefois. A ces époques très anciennes,
les conditions de la vie sur terre étaient tout autres ; les
éléments n’étaient pas distincts les uns des autres comme ils le
sont aujourd’hui. Bien qu’il fût déjà un être humain, l’homme
n’avait pas de corps comparable au nôtre. Il attendait en
quelque sorte, pour descendre dans la chair, le moment où,
dans cette matérialité charnelle, il pourrait développer son
esprit. Les animaux n’ont pas pu attendre ; ils se sont figés à
un stade antérieur ; ils se sont chargés de chair plus tôt qu’il
n’eût fallu. C’est pour quoi ils ont dû stationner, rester en
arrière. Mais l’homme a vécu dans d’autres conditions, dans
d’autres états de conscience que ceux d’aujourd’hui. Ce que
nous appelons pensée logique, intellect, raisonnement, ne s’est
développé que plus tard. En revanche, certaines facultés qui
actuellement déclinent, étaient alors beaucoup plus puissantes,
beaucoup plus développées, la mémoire en particulier. Du fait
du développement de l’intelligence dans notre civilisation, la
mémoire connaît un déclin.

Il suffit de regarder autour de soi pour voir que cette
affirmation de la Science spirituelle est bien fondée.
Si ce que vous venez d’avancer est vrai, pourrait-on
objecter, on devrait constater que des êtres humains qui, par
suite d’un hasard quelconque, sont arriérés, ont une mémoire
exceptionnelle, et que lorsqu’on cherche à développer leur
intelligence, cette mémoire faiblit. – On peut en effet citer un
cas bien caractéristique de ce genre, et précisément dans cette
ville. Il s’agit de Gaspard Hauser, cet être arrivé un jour à
Nuremberg dans le mystère, et mort à Ansbach d’une façon
non moins mystérieuse. Si l’on ne tient compte que de ce qui
est avéré à son sujet, on s’aperçoit que cet enfant trouvé, dont
on ignorait l’origine et qu’on a appelé « l’enfant de l’Europe »,
ne savait ni lire ni écrire. A l’âge de 20 ans, il n’avait aucun
acquis intellectuel. Mais, chose curieuse, il était doué d’une
mémoire prodigieuse. Lorsqu’on entreprit son instruction,
lorsque la logique pénétra dans son esprit, cette mémoire
disparut. Et l’accession à la conscience eut encore chez lui un
autre effet : A l’origine, il était d’une sincérité innée presque
inconcevable, mais plus son esprit prenait le goût de
l’intellectualité, et plus cette honnêteté foncière s’affaiblit.
Étudier cette âme artificiellement retardée serait certes
très instructif. Et celui qui s’appuie sur la Science spirituelle
considère comme très fondée la tradition populaire, que nos
érudits méprisent tant, et selon laquelle Gaspard Hauser, alors
qu’il ignorait l’existence d’êtres différents de lui, s’est conduit
d’une façon tout à fait singulière lorsqu’il fut mis en présence
de bêtes furieuses. Celles-ci se soumirent à lui avec la plus
grande douceur. De lui, quelque chose émanait qui avait pour
effet d’apaiser l’animal furieux prêt à se jeter sur un autre. A

l’occasion d’un pareil cas – que la Science spirituelle permet de
comprendre alors qu’il paraît en général énigmatique –, vous
pouvez constater que ce qui paraît inexplicable dans la vie
ordinaire trouve une explication dans des faits d’ordre
spirituel. Certes, il ne faut pas aborder ces faits par la
spéculation philosophique, mais uniquement par l’observation
spirituelle ; toutefois, ils sont aussi accessibles à la pensée
objective et logique.
Mon propos est ici de vous montrer que l’état de conscience
actuel s’est développé à partir d’un autre, infiniment lointain,
où l’homme n’était pas, comme aujourd’hui, d’emblée en
contact avec le monde sensible ; mais il avait un lien avec les
faits et les êtres du monde spirituel. Il ne voyait pas son
semblable sous sa forme physique, forme qui d’ailleurs
n’existait pas telle qu’elle est à présent. Lorsqu’un être
s’approchait de lui, une sorte de rêve s’élevait dans son âme.
Selon la forme et la couleur de cette image, il voyait si cet être
était bien ou mal disposé à son égard. Dans cet état de
conscience, il percevait les faits spirituels, le monde spirituel en
général. Tout comme il vit maintenant avec des êtres de chair
et d’os, l’homme vivait au milieu d’êtres spirituels, alors qu’il
était lui-même âme et esprit. Ces êtres étaient pour lui des
réalités. Il était esprit parmi les esprits. Bien qu’il ne les ait
connues que dans un état de conscience diffus, les images qui
s’élevaient dans son âme étaient vivantes autour de lui.
De ce monde spirituel où l’homme vivait encore à cette
époque, il est descendu par la suite, afin de se créer un
vêtement de chair adapté à l’état de conscience qui est le nôtre
aujourd’hui. Les animaux existaient déjà physiquement
lorsque l’être humain était encore doué de perception
spirituelle. Il vivait alors au milieu d’êtres spirituels, et n’avait

pas plus besoin de se prouver leur réalité que vous n’avez
besoin de vous prouver l’existence des pierres, des plantes,
des animaux. Vivant parmi les Esprits et les Dieux, il n’avait
pas besoin de religion.
Puis il est descendu vers la terre, et son ancien état de
conscience s’est transformé. L’homme ne voit plus planer dans
l’espace des couleurs et des formes ; pour lui, les couleurs
recouvrent la surface des objets. Dans la mesure où il apprend
à orienter ses sens vers le monde extérieur, celui-ci s’étend
comme un voile – la grande Maya – devant le monde spirituel,
un voile à travers lequel doit parvenir à l’humanité le message
de ce monde spirituel. La religion est devenue nécessaire.
* * *
Pourtant, l’homme a passé par un stade intermédiaire
entre celui de l’ère pré-religieuse et celui de l’époque religieuse
proprement dite. C’est de là que datent les mythologies, les
légendes, les traditions populaires qui parlent des mondes
suprasensibles. Il faut vraiment tout ignorer des véritables
faits spirituels pour prétendre que les divinités des
mythologies Scandinave, germanique et grecque, que tous les
récits concernant les Dieux et leurs actions, sont des
inventions. Le peuple ne compare pas à des moutons les
nuages qu’il voit passer dans le ciel. Seuls le prétendent nos
érudits qui sont, eux, pleins d’imagination dans ce domaine. La
vérité est tout autre. Les anciennes mythologies, les anciennes
légendes, sont le dernier vestige, les dernières traces laissées
par la conscience pré-religieuse. La tradition a conservé ce que
des hommes percevaient eux-mêmes. Ceux qui ont décrit
Wotan, Thor, Zeus, etc… se rappelaient encore qu’à une
certaine époque, l’homme avait vu ces Êtres. Des bribes, des

vestiges arrachés à l’ensemble de ce qui fut jadis connu, voilà
ce que sont les mythologies.
Cet état de conscience intermédiaire se manifestait encore
autrement ; à l’époque où les hommes étaient déjà intelligents,
disons même très intelligents, il y en a toujours eu qui étaient
capables, dans un état second – appelez-le extase ou folie,
comme vous voudrez – de voir les mondes spirituels, de
percevoir ce que voyaient auparavant la plupart des êtres
humains. Ceux-là racontaient qu’ils percevaient encore le
monde spirituel ; ces récits se mêlaient aux souvenirs, si bien
qu’une foi vivante gagnait le peuple. Ainsi s’effectua la
transition qui devait aboutir à la naissance du sentiment
religieux.
Le chemin à parcourir jusque-là fut frayé par les hommes
qui surent comment développer leur vie intérieure de façon
telle qu’ils purent à nouveau contempler les mondes spirituels,
ces mondes dont l’homme est issu et qu’il percevait autrefois
dans un état de conscience nébuleux. Nous abordons ici des
connaissances qui paraîtront très peu vraisemblables à plus
d’un de nos contemporains, entre autres la notion d’« initié ».
Les « initiés » sont ceux qui, en appliquant certaines
méthodes, ont développé leur propre vie intérieure en vue de
pénétrer à nouveau dans le monde de l’esprit. L’initiation est
une réalité. En toute âme sommeillent des forces, des facultés
suprasensibles. Pour tout être humain, il vient, il peut du
moins venir un moment solennel où ces forces s’éveillent. Ce
moment, nous pouvons l’évoquer en nous représentant ce qu’a
été par ailleurs l’évolution de l’humanité.
Dans un très lointain passé, le corps humain ne comportait
ni oreilles, ni yeux physiques du genre de ceux qu’il possède

actuellement. Là où ils se trouvent maintenant, il était pourvu
d’organes indifférenciés qui ne pouvaient ni voir, ni entendre.
Puis vint l’époque où certains de ces organes inertes sont
devenus des points lumineux, où ils se sont développés au
point qu’ils ont vu la lumière ; à une autre époque encore,
l’oreille humaine se développa au point que le monde,
silencieux jusqu’alors, lui devint perceptible par les sons, les
harmonies. Les yeux, par exemple, se formèrent sous l’action
du Soleil. {2}
Or, l’homme d’aujourd’hui peut vivre de telle façon que des
organes psychiques et spirituels, indifférenciés en général, se
développent également. Un moment peut arriver – il l’est déjà
pour certains – où l’âme et l’esprit se transforment comme
s’est autrefois transformé l’organisme physique. De nouveaux
yeux, de nouvelles oreilles apparaissent, à travers lesquels
brille la lumière et résonnent les sons d’un monde spirituel
environnant, jusqu’alors obscur et muet. Toute progression est
possible, même celle qui permet de pénétrer dans les mondes
supérieurs. C’est en cela que consiste l’initiation.
Les méthodes d’accès à cette initiation sont à la portée des
disciples comme le sont dans la vie ordinaire les méthodes en
usage dans les laboratoires de chimie, de biologie. La seule
différence, c’est que la science ordinaire se sert d’instruments,
d’appareils, alors que pour celui qui aspire à l’initiation, il
n’existe qu’un seul instrument, qu’il doit d’ailleurs façonner :
lui-même, avec toutes ses facultés. Le fer possède une force
magnétique latente. De même peut sommeiller dans l’âme
humaine la force qui permet de pénétrer dans le monde
spirituel de la lumière et des sons.
A partir d’une certaine époque donc, seul le monde

physique sensible est perçu d’une façon normale. Les guides
de l’humanité sont alors ces initiés dont le regard pénètre dans
le monde de l’esprit, et qui peuvent en communiquer le
contenu et donner des explications à son sujet.
Le premier degré de l’initiation n’est pas atteint lorsqu’on
en reste aux spéculations philosophiques, aux notions plus ou
moins subtiles, aux raffinements intellectuels. Ce qui est
concept dans le monde sensible se transforme pour celui qui
pénètre dans le monde spirituel ; il n’y trouve plus de notions
nettement définies, mais des images, des Imaginations. Car il
accède alors au plan spirituel, à celui de la création universelle.
Seuls les objets du monde sensible ont des contours précis. Sur
le plan où se perçoit la création universelle, l’animal, par
exemple, n’apparaît pas sous une forme aux contours fixes. On
y trouve une image première, source des formes extérieures
spécialisées, une réalité vivante, organique. Il faut à ce propos
rappeler le mot de Goethe : « Tout ce qui passe n’est que
symbole. »
C’est en images que l’initié apprend tout d’abord à
connaître, à comprendre, lorsqu’il s’élève dans le monde de
l’esprit. Mais il faut que sa conscience devienne plus mobile
que celle qui nous sert à comprendre le monde sensible. C’est
pourquoi elle est appelée conscience « imaginative » ; elle
ramène l’homme au monde spirituel sans rien laisser dans la
pénombre. Elle est tout aussi claire, tout aussi vive que l’est
notre conscience à l’état de veille.
Cette conscience du monde spirituel vient s’ajouter ainsi à
la conscience de veille et enrichit l’âme. Ce qui a été révélé à
l’humanité sous forme de traditions et de documents, c’est
précisément ce qu’ont vu dans les mondes supérieurs ceux qui

avaient été initiés. Nous reconnaissons, nous retrouvons ce
que contiennent les textes sacrés lorsque nous remontons à la
source, c’est-à-dire à la vision des initiés.
Avec l’apparition sur terre de la plus haute entité qui ait
jamais foulé le sol terrestre, le Christ Jésus, un nouvel élément
intervint dans l’évolution. Pour bien voir ce que le don fait par
le Christ apportait de nouveau, il faut se rappeler que dans
tous les centres antérieurs à sa venue, l’initiation nécessitait
l’isolement total du néophyte, sur l’âme duquel on agissait
dans le plus profond secret. Il faut aussi se rappeler qu’un
reste de l’ancienne conscience de rêve subsistait encore à
l’époque chez celui qui s’élevait vers le monde spirituel. L’Être
au sujet duquel on enseignait que l’homme verrait en lui le
plus sublime de tous, le Christ Jésus, a pris place dans
l’histoire de l’humanité. Et celui qui connaît la Science
spirituelle sait que tout enseignement religieux donné avant
l’ère chrétienne est une « Annonciation ».
Lorsque les initiés de l’antiquité parlaient de ce qui était à
leurs yeux l’Être spirituel le plus grand, l’origine de toute
chose, ils parlaient du Christ, mais ils lui donnaient d’autres
noms. Rappelons-nous par exemple l’Ancien Testament – qui
est, lui aussi, une « Annonciation ». Rappelons-nous que Moïse
fut chargé de conduire son peuple, et qu’alors un ordre lui fut
donné :
« Dis à ton peuple que c’est le Seigneur Dieu qui t’a indiqué
ce que tu devais faire. » A quoi Moïse répondit : « Comment
les gens me croiront-ils ? Comment pourrai-je les
convaincre ? Que dois-je leur dire lorsqu’ils me demanderont
qui m’a envoyé ? » Il reçut alors cette réponse : « Dis-leur
que c’est le « Je suis » qui t’a envoyé. »

« Je suis » – tel est le nom de l’entité divine, du principe du
Christ en l’homme, de l’Être dont l’homme pressent qu’il porte
en lui une goutte, une étincelle, lorsqu’il peut dire « Je suis ».
La pierre ne peut pas le dire, la plante et l’animal pas
davantage. L’homme est le couronnement de la Création parce
qu’il peut se dire « Je suis » à lui-même, parce qu’il peut
prononcer un mot qui n’a de sens pour personne d’autre que
pour celui qui le dit. Vous ne pouvez dire « Moi » qu’à vous-même.
Personne ne peut vous appeler « Moi ». L’âme
s’adresse ici à elle-même dans ce mot où lui parvient ce
qu’aucun sens ne lui révèle, rien de ce qui vient du dehors. Ici,
le Dieu parle. C’est pourquoi le nom : « Je suis » a été donné à
la Divinité qui remplit l’univers. « Dis-leur que le « Je suis » t’a
dit cela. » {3} Voilà ce que Moïse devait répondre à son
peuple.
Les hommes ne découvrent que lentement le sens profond
de ce « Je suis ». Ils ne se sont pas considérés d’emblée
comme des individualités. On le voit encore dans l’Ancien
Testament et chez les peuples germaniques, et même dans les
premiers temps du christianisme. Pensez aux Chérusques, aux
Teutons, aux peuples qui habitèrent autrefois l’Allemagne
actuelle. Le Chérusque avait plutôt le sentiment d’appartenir
au Moi de sa tribu. L’individu ne disait pas de lui-même à cette
époque : « Je suis. » Il avait l’impression d’être enclos dans un
organisme composé de tous ceux qui étaient du même sang
que lui.
Ce sentiment du lien par le sang englobait pour l’homme de
l’Ancien Testament tout son peuple, gouverné par un Moi
unique au sein duquel il se sentait porté. « Moi et le Père
Abraham sommes un » – cette parole avait pour lui un sens

car il remontait à travers les générations jusqu’à Abraham.
Au-delà des bornes de son Moi individuel, il se sentait reposer
« dans le sein d’Abraham », source d’où s’écoulait à travers les
générations le sang porteur du Moi collectif.
Ce qui, pour tout homme de l’Ancien Testament, avait une
si haute signification, comparons-le maintenant avec la parole
du Christ Jésus : « Avant Abraham était le « Je suis ». {4} Tel
un éclair, ces mots projettent leur lumière sur tout le progrès
accompli depuis la venue du Christ. Avant Abraham était le
« Je suis » – car c’est bien ainsi qu’il faut traduire et
interpréter le texte de la Bible – signifie : « Si vous remontez
le cours des générations, vous trouverez en vous-mêmes, dans
votre propre individualité, quelque chose de plus durable
encore que la force qui se perpétue à travers ces générations.
Avant vos ancêtres, il y avait le « Je suis », cette Entité qui
pénètre dans tout être humain, dont chaque âme humaine
peut faire en elle-même l’expérience directe. Non pas « Moi et
le Père Abraham », non pas « Moi et un père mortel », mais
« Moi et le Père spirituel qui n’est lié à rien d’éphémère
sommes Un ». En tout individu il y a le Père. Il possède, vivant
en lui, le Principe divin qui fut, qui est et qui sera.
Après avoir ressenti depuis bientôt deux millénaires la
force de cette impulsion cosmique, les hommes reconnaîtront
pleinement dans les temps futurs ce que signifie pour
l’humanité le « saut » qui s’est produit dans l’évolution, dans la
mission de la Terre. Ce qu’on ne pouvait reconnaître qu’en
dépassant l’existence individuelle, en saisissant l’Esprit de tout
un peuple, c’était ce que cherchaient à atteindre les initiés
d’autrefois. L’homme ordinaire ne voyait dans les liens du sang
que ce qui est éphémère, ce qui commence à la naissance et
finit à la mort. Mais pour celui qui connaissait les mystères, ce

qui passe à travers le sang des générations était un Être réel ;
il y voyait l’Esprit de son peuple. Il contemplait ce qui n’est
accessible que dans le monde spirituel, le Dieu dont la force
ruisselle à travers le sang des générations. Se trouver face à
face avec ce Dieu, cela n’était possible que dans les Mystères.
Ceux qui dans l’entourage du Christ le comprirent
vraiment, ses disciples les plus intimes surent qu’ils avaient
devant eux un Être de nature spirituelle, divine, vivant dans
une forme charnelle, perceptible à leurs sens. Ils comprirent
qu’en le Christ Jésus résidait pour la première fois dans un
être humain individuel l’Esprit que jusqu’alors on avait senti
vivre dans les collectivités, dans les masses humaines, et qui
n’était visible dans le monde spirituel que pour les seuls initiés.
Il était le « premier-né » parmi les hommes.
Plus l’être humain s’individualise, plus il peut devenir
porteur d’amour. Là où le sang enchaîne les hommes les uns
aux autres, ils aiment celui que ces liens du sang les poussent à
aimer. Lorsque l’individualité est accordée à un être, lorsque
cet être couve et nourrit l’étincelle divine qui est en lui, c’est
d’un coeur libre qu’il peut aimer. Une impulsion nouvelle est
donc ainsi venue renouveler l’ancien lien d’amour qui
dépendait de la consanguinité. Ce dernier se transforme peu à
peu en amour spirituel, en un lien d’amour fraternel qui,
passant d’âme à âme, finira par embrasser toute l’humanité.
Quant au Christ Jésus, c’est la force, la force vivante qui, en
prenant place dans l’histoire, en se révélant à des yeux de
chair, a fait de l’humanité une communauté de frères. Les
hommes en arriveront à comprendre que ce lien de l’amour
fraternel est le véritable christianisme, le christianisme
spirituel.

On dit facilement aujourd’hui que l’on doit rechercher le
fonds unique de vérité commun à toutes les religions. Ceux qui
parlent ainsi et qui ne comparent les religions que pour
trouver abstraitement ce qu’elles ont de semblable ne
comprennent rien au principe de l’évolution. Ce n’est pas en
vain que le monde évolue. Il est vrai que la vérité est contenue
dans toutes les religions, mais en passant de révélation en
révélation, elle évolue vers des formes plus hautes. On peut
certes, en étudiant à fond les diverses religions, y trouver les
mêmes enseignements que dans le christianisme. Celui-ci n’a
pas apporté de nouvelles doctrines. Ce qu’il a d’essentiel, ce
n’est pas la doctrine. Chez les fondateurs de religions
préchrétiennes, l’essentiel était moins leur personne que ce
qu’ils enseignaient. Tandis que pour le Christ Jésus, ce qui
importe, c’est qu’il ait existé, vécu dans un corps de chair. Ce
n’est pas la foi en sa doctrine qui est l’élément décisif, mais la
foi en sa personne, en Lui premier-né divin parmi les mortels,
Lui à qui on peut demander : « Si tu étais dans la même
situation que moi, aurais-tu les mêmes sentiments que moi ?
Penserais-tu comme je pense, voudrais-tu comme je veux ? »
L’important, c’est qu’il soit par sa personne le grand
modèle dont il ne s’agit pas tant d’écouter les enseignements
que de voir comment il s’est conduit. C’est pourquoi les
disciples les plus intimes du Christ Jésus eurent de tout autres
paroles que les élèves des autres fondateurs de religions. Ces
derniers disaient : « Le Maître a enseigné ceci ou cela. » Les
disciples du Christ Jésus disent : « Nous ne vous parlons pas
de mythes subtils, nous ne vous donnons pas de préceptes ;
nous vous rapportons simplement ce que nos yeux ont vu, ce
que nos oreilles ont entendu. Nous avons entendu Sa voix, nos
mains ont touché la Source de vie afin d’être en communion

avec vous. » Et le Christ lui-même a dit : « Vous serez mes
témoins à Jérusalem, en Judée et jusqu’aux extrémités de la
terre {5} » Ce qui est essentiel, c’est qu’il y ait toujours, à
toutes les époques, des gens qui puissent dire par expérience –
comme les hommes de Judée et de Galilée – qui était le Christ
au sens des Evangiles.
Car « au sens des Evangiles », cela veut dire que « dès le
commencement », le Christ est le Principe qui vit dans tout ce
qui est créé. Il le dit : « Si vous ne croyez pas en moi, croyez au
moins en Moïse ; alors vous croirez en moi, car Moïse a parlé
de moi. » Nous l’avons déjà vu : Moïse a parlé du Christ en
disant : « Le « Je suis » m’a dit… » ; mais alors ce « Je suis »
n’était perceptible qu’en esprit. Que le Christ soit devenu
visible dans le monde, qu’il soit apparu, homme parmi des
hommes, c’est ce qui fait toute la différence entre l’Évangile du
Christ et la révélation par les autres religions. Car dans cellesci,
la connaissance spirituelle était toute entière orientée vers
ce qui était alors hors du monde. Avec le Christ Jésus est
apparu dans le monde quelque chose qui devait être saisi,
compris sous la forme d’une manifestation sensible. Les
premiers disciples avaient pour idéal de connaissance, non pas
de comprendre comment les Êtres spirituels vivent dans le
monde des esprits, mais de reconnaître que le plus sublime de
tous a pu s’incarner sur la terre dans la personne historique du
Christ Jésus.
Il est certes beaucoup plus commode de nier la nature
divine de cette personnalité historique. C’est en quoi se
distingue du christianisme ésotérique une certaine doctrine
datant des débuts de l’ère chrétienne : la Gnose. Celle-ci
admet bien la divinité du Christ, mais elle n’a jamais pu

s’élever jusqu’à reconnaître que le Verbe « s’est fait chair et a
vécu parmi nous », comme l’affirme l’auteur de l’Évangile
selon saint Jean. Celui-ci nous dit : « Il ne faut pas considérer
le Christ comme n’étant accessible que dans l’Invisible, mais
comme le Verbe qui est devenu chair et a vécu ici-bas. Il faut
savoir que dans cette personnalité humaine s’est manifestée
une force qui agira jusque dans un lointain avenir en tissant
autour de la terre un réseau d’amour spirituel vivant et actif
en tout être. »
Si l’homme se confie à cette force, il regagnera le chemin du
monde spirituel d’où il est descendu ; il aura de nouveau accès
au monde qu’aujourd’hui déjà l’initié peut contempler. Il se
dépouillera de toute trace liée aux sens en entrant dans le
monde spirituel.
Le néophyte qu’on initiait jadis pouvait avoir la vision du
passé spirituel. Ceux qui deviennent des initiés au sens
christique du mot acquièrent la faculté – en participant aux
impulsions du Christ – de découvrir ce qu’il adviendra de
notre terre si les hommes conforment leurs actes à ces
impulsions. On peut jeter un regard rétrospectif sur les
époques écoulées. On peut de même, à partir de l’apparition
du Christ sur terre, voir dans l’avenir le plus lointain et dire :
la conscience humaine va se transformer encore ; voilà quelle
sera plus tard la position de l’homme entre le monde spirituel
et le monde sensible.
Alors que l’ancienne initiation conférait la connaissance du
passé, d’une sagesse infiniment ancienne, l’initiation
chrétienne tend à dévoiler l’avenir. Il faut pour cela que
l’homme ne soit pas seulement initié pour ce qui relève de son
intelligence, mais aussi pour ce qui concerne sa volonté. Car il

sait alors ce qu’il doit faire, il peut se fixer un but. L’homme
ordinaire se fixe un but pour l’après-midi, pour le soir, pour le
lendemain matin. L’homme évolué est capable, guidé par les
principes spirituels, de se fixer des buts qui stimulent sa
volonté et vivifient ses forces. Fixer ainsi des buts à
l’humanité, c’est, dans l’esprit du Principe christique à ses
origines, concevoir le christianisme dans son ésotérisme. Et
c’est ainsi que l’a compris celui qui a décrit l’initiation de la
volonté : l’auteur de l’Apocalypse. C’est mal comprendre cette
oeuvre que de ne pas voir qu’elle apporte une impulsion pour
l’action, pour l’avenir.
Tout ce qui précède – et qui n’est en fait qu’esquissé – doit
être compris dans l’esprit de la Science anthroposophique.
Lorsqu’avec l’aide de celle-ci, on entrevoit ce qui se cache
derrière l’apparence sensible, on peut comprendre aussi ce qui
est annoncé dans les Evangiles et dans l’Apocalypse. Mieux le
regard plonge dans les mondes suprasensibles, et mieux se
révèle la profondeur des documents chrétiens. Ceux-ci ont
plus d’éclat, leur contenu paraît plus vrai et plus profond
lorsqu’on les lit d’un regard affiné par l’anthroposophie.
Certes, l’âme la plus simple peut pressentir les grandes vérités
que recèle le christianisme. Mais la conscience humaine ne se
contentera pas toujours de cette prescience ; elle voudra se
développer, savoir, connaître davantage. Même alors, même
lorsqu’elle s’élèvera vers les plus hautes connaissances, de
profonds mystères subsisteront pour elle dans le
christianisme. Il parle à l’âme la plus simple, et aussi à
l’intellect le plus développé. L’initié, lui, le perçoit sous forme
d’images.
L’homme un jour ne se contentera plus de pressentir que le
christianisme contient de grandes vérités ; au-delà de la foi, il

aspirera à la connaissance. Il trouvera encore dans le
christianisme de quoi satisfaire à ce désir. Il pourra être
pleinement nourri lorsque les Evangiles lui seront expliqués
par la Science spirituelle. C’est pourquoi celle-ci va prendre la
place des philosophies anciennes, même très évoluées.

PREMIÈRE CONFÉRENCE
L’Apocalypse de saint Jean, un des documents les plus révélateurs de
l’ésotérisme chrétien. La confusion s’établit à partir d’une certaine époque dans
la pensée humaine, qui interprète matériellement des symboles d’événements
spirituels. La structure générale de l’Apocalypse et les différents niveaux
d’initiation.

suite…

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