La Bible, le Coran et la science


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Auteur : Bucaille Maurice
Ouvrage : La Bible, le Coran et la science – Les Écritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes.
Année : 1978

AVANT-PROPOS
Le dialogue islamo-chrétien au cours du dernier tiers du XXe siècle représente un fait marquant dans les rapports
des religions monothéistes. Il s’est traduit par des rencontres dont on a beaucoup parlé comme celles de Tripoli,
de Cordoue et d’ailleurs, sans oublier la réception par le pape Paul VI au Vatican des Grands Ulémas d’Arabie en
1974. Il faut mentionner aussi les initiatives prises par des groupes de chrétiens et de musulmans cherchant à se
connaître mieux, après des siècles durant lesquels l’ignorance et les idées fausses largement répandues en
Occident sur l’Islam ont empoisonné l’atmosphère. Aussi faut-il changer le climat. Ce dialogue en offre la
possibilité en évoquant des problèmes multiples ; ceux que posent les Ecritures Saintes ne sont pas des moindres,
puisque ce sont elles qui conditionnent tout le reste. Il est donc capital de bien connaître l’idée que se font
chrétiens et musulmans des Ecritures, fondement de la foi des uns et des autres.
Les points de vue des exégètes sont sans équivoque.
Pour les chrétiens, on peut donner le schéma suivant : les livres de la Bible sont des livres inspirés. Dans le
chapitre  » La Révélation de la Vérité. La Bible et les Evangiles  » de son livre  » Mon petit catéchisme »1 M. Jean
Guitton s’exprime ainsi : « Allah n’a pas écrit, mais Il a fait écrire ces livres en soufflant aux apôtres et aux
prophètes ce qu’il voulait nous faire savoir. On appelle ce souffle l’inspiration. Les livres écrits par les prophètes
sont appelés  » livres inspirés « . »
Tous ces auteurs ont composé leurs écrits en s’exprimant à diverses époques selon les manières des hommes de
leur temps, de sorte que dans la Bible on trouve différents « genres littéraires ». Cette notion est de nos jours
admise par tous et l’on ne s’étonne pas de trouver, dans l’Ancien Testament comme dans les Evangiles, à côté des
sujets d’inspiration divine, des affirmations qui sont la traduction de certaines croyances profanes véhiculées par
des traditions dont les origines sont bien souvent insaisissables. Tel est par exemple le cas de l’un des deux récits
de la Création que nous offre la Genèse.
Ed. Desclée de Brouwer, Paris. 1978.
Si l’on se tourne à présent vers ce que nous enseignent les Exégètes musulmans on s’aperçoit qu’ils présentent le
Coran tout autrement. Il y a quatorze siècles à peu près, dans une retraite de méditation des environs de La
Mecque, Le Prophète Mohammed (r salallahou alayhi wa salam) reçut d’Allah par l’intermédiaire de l’Archange
Gabriel, un premier message qui fut suivi, après une longue interruption, de révélations successives s’étalant à
peu près sur vingt ans. Transcrits du vivant même du Prophète (r salallahou alayhi wa salam) mais aussi récité par coeur
par ses premiers fidèles et plus tard par de nombreux croyants autour de lui, tous ces éléments ont été rassemblés
après sa mort (632 de l’ère chrétienne) en un livre appelé depuis lors le Coran. Il contient la Parole d’Allah Y , à
l’exclusion de tout apport humain. La possession de manuscrits du 1er siècle de l’ère islamique authentifie le
texte actuel. I soubanahou wa tahallah r salallahou alayhi wa salam, que la paix et la bénédictions d’Allah
Une particularité, rigoureusement spécifique du Coran, est l’existence, à propos des évocations de l’Omnipotence
divine, d’une multitude de réflexions sur des phénomènes naturels de tous ordres : de l’astronomie à la
reproduction humaine en passant par la terre, le règne animal et le règne végétal, sans parler de ce que le Coran
relate sur la Création. L’existence de telles réflexions n’a pas pu ne pas attirer l’attention sur des sujets dont
l’immense majorité n’est pas abordée dans la Bible, et a amené pour quelques autres, communs aux deux
Ecritures, à faire des comparaisons intéressantes.

Des conséquences évaluables aujourd’hui résultent de cet état de choses.
A l’époque moderne où les progrès scientifiques ont permis d’acquérir, sur des phénomènes naturels, des notions
définitivement établie et expérimentalement vérifiées (ce qui exclut ici les théories par essence changeantes), on
a pu étudier quelques-uns de leurs aspects selon la Bible et les comparer avec les connaissances modernes. Le
résulta à été très net : pour des questions comme la formation de l’Univers : récit de la Création), la date de
l’apparition de l’homme sur la terre. : Déluge universel (et sa situation dans le temps), il est patent que les
écrivains bibliques (et parmi ceux-ci des Evangélistes, en particulier Luc à propos des Généalogies de Jésus) ont
exprimé des idées de leur temps incompatibles avec les connaissances modernes. Aujourd’hui : est impossible de
ne pas admettre l’existence d’erreurs scientifiques dans la Bible. Compte tenu d’ailleurs de ce que les Exégètes
bibliques nous ont enseigné sur le mode de composition des livres judéo chrétiens, comment ces derniers
auraient-ils pu ne pas contenir d’erreurs scientifiques ? Aussi peut-on dire avec M. Jean Guitton: « Les erreurs
scientifiques de la Bible, ce sont les erreurs de l’humanité, jadis semblable à l’enfant qui n’a pas encore la science
». Ainsi les conceptions des Exégètes chrétiens sur les textes bibliques apparaissent en parfaite concordance avec
ce que nous apprennent aujourd’hui les sciences sur la non-conformité avec elles de certains aspects de leur
contenu.
En est-il de même des affirmations des Exégètes musulmans sur la Révélation coranique » (opposée à l' »
Inspiration biblique »)? Va-t-on trouver dans le Coran des énoncés traduisant des idées de l’époque mais qui
seront plus tard en contradiction avec les connaissances modernes ? Ici, nous l’avons dit, il existe une multitude
de réflexions sur les phénomènes naturels d’où la multitude des erreurs scientifiques qui auraient été a priori
possibles en raison de la nature des sujets traités à cette époque d’obscurantisme scientifique (n’oublions pas que
la révélation coranique est contemporaine approximativement du règne en France du roi Dagobert).
Après confrontation des données scientifiques avec les énoncés des Ecritures, j’ai présenté dans la première
édition de ce livre en 1976 des conclusions qui constituèrent initialement pour moi une immense surprise : le
Coran ne contenait assurément aucune proposition en contradiction avec les connaissances les mieux établies de
notre temps et il ne laissait aucune place aux idées de l’époque sur les sujets traités. Mais, bien plus, un grand
nombre de faits qui ne seront découverts qu’à l’époque moderne y sont évoqués, à telle enseigne que le 9
novembre 1976 je pus présenter à l’Académie de Médecine une communication sur les Données physiologiques
et embryologiques du Coran », ces données constituant, comme bien d’autres sur des sujets différents, un
véritable défi à l’explication humaine, compte tenu de ce que nous savons de l’histoire des sciences. Ainsi les
constatations de l’homme moderne sur l’absence d’erreurs scientifiques sont en harmonie complète avec les
conceptions des Exégètes musulmans sur le caractère révélé du Coran, considération qui implique que Allah ne
pouvait exprimer une idée inexacte.
Ces réflexions sur les Ecritures Saintes et la Science ne relèvent nullement de conceptions personnelles. Les
erreurs scientifiques de la Bible ne constituent pas une nouveauté. Ce qui est peut-être neuf est de les avoir
largement exposées et expliquées par des considérations prises dans les travaux des Exégètes chrétiens de la
Bible. Pour le Coran il n’y a pas opposition mais harmonie entre l’Ecriture et les connaissances modernes,
harmonie humainement inexplicable. Celle-ci paraît avoir été complètement ignorée par les islamologues
occidentaux. Il est vrai que pour étudier cette question dans le détail il faut posséder des connaissances
scientifiques pluridisciplinaires, ce qui n’est pas le cas des islamologues en raison de leur formation littéraire :
seul un scientifique versé dans les lettres arabes pouvait établir des rapprochements entre le texte du Coran, qu’il
faut pour cela lire en arabe, et la Science. L’auteur de cette étude s’est basé sur des faits dont il a présenté les
déductions logiques qu’il fallait nécessairement tirer ; c’est dire que s’il n’avait pas été amené à effectuer cette
recherche, d’autres que lui l’auraient tôt ou tard entreprise. Si Pasteur n’avait pas découvert les microbes, c’est un
autre qui aurait démontré leur existence. Les faits finissent toujours par s’imposer en dépit des résistances de
ceux que leur mise en évidence embarrasse, agace ou choque.
En plus des lumières nouvelles apportées par cette étude sur le Coran, comment n’être pas frappé, sur un plan
général, par l’intérêt qu’a pu avoir pour l’examen des certains aspects des Ecriture Saintes l’utilisation des
données scientifiques aboutissant à établir une concordance entre les déductions tirées de ces dernières et des
conceptions d’ordre exégétique.

INTRODUCTION

Chacune des trois religions monothéistes possède un recueil d’Ecritures qui lui est propre. Ces documents
constituent le fondement de la foi de tout croyant qu’il soit juif, chrétien ou musulman. Ils sont pour chacun de
ceux-ci la transcription matérielle d’une Révélation divine, directe comme dans le cas d’Abraham ou de Moïse
qui reçurent d’Allah même les commandements, ou indirectes dans le cas de Jésus et de Le Prophète
Mohammed, le premier déclarant parler au nom du Père, le second transmettant aux hommes la Révélation
communiquée par l’Archange Gabriel.
La prise en considération des données objectives de l’histoire des religions oblige à placer sur le même rang
l’Ancien Testament, les Evangiles et le Coran comme recueils de la Révélation écrite. Mais cette attitude
partagée en principe par les musulmans n’est pas celle admise par les croyants de nos pays occidentaux, à
influence judéo-chrétienne prédominante, qui refusent d’attribuer au Coran le caractère d’un Livre révélé.
De telles attitudes s’expliquent par les positions prises par chaque communauté croyante vis-à-vis des deux
autres en ce qui concerne les Ecritures.
Le judaïsme a pour livre saint la Bible hébraïque. Celle-ci diffère de l’Ancien Testament chrétien par l’addition
opérée par ce dernier de quelques livres qui n’existaient pas en hébreu. En pratique, cette divergence n’apporte
guère de changements à la doctrine. Mais le judaïsme n’accepte aucune révélation » postérieure à la sienne.
Le christianisme a repris à son compte la Bible hébraïque en y ajoutant quelques suppléments. Mais il n’a pas
accepté tous les écrits publiés pour faire connaître aux hommes la Mission de Jésus. Son Eglise a effectué des
coupes extrêmement importantes dans la multitude des livres relatant la vie de Jésus et les enseignements qu’il a
donnés. Elle n’a conservé dans le Nouveau Testament qu’un nombre limité d’écrits dont les principaux sont les
quatre Evangiles canoniques. Le christianisme ne prend pas en considération une révélation postérieure à Jésus
et à ses Apôtres. Il élimine donc à ce titre le Coran.
Venue six siècles après Jésus, la Révélation coranique reprend de très nombreuses données de la Bible hébraïque
et des Evangiles puisqu’elle cite très fréquemment la « Torah1 » et l’Evangile ». Le Coran prescrit à tout musulman
de croire à l’Ecriture antérieure à lui (sourate 4, verset 136). Il met l’accent sur la place prépondérante occupée
dans l’histoire de la Révélation par les Envoyés d’Allah, tels que Noé, Abraham, Moïse, les Prophètes et Jésus
qui est placé parmi eux à un rang particulier. Sa naissance est présentée par le Coran tout autant que par les
Evangiles comme un fait surnaturel. Le Livre accorde à Marie une mention toute spéciale : la sourate n° 19 du
Coran ne porte-t-elle pas son nom ?
1. Il faut entendre par Torah les cinq premiers livres de la Bible, c’est-à-dire le Pentateuque, dit de Moïse
(Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome).
Force est de constater que ces dernières données concernant l’Islam sont généralement ignorées en nos pays
occidentaux. Comment s’en étonner quand on évoque la manière dont y furent instruites tant de générations des
problèmes religieux de l’humanité et dans quelle ignorance elles ont été tenues pour tout ce qui touche à l’Islam.
L’utilisation des dénominations de « religion mahométane » et de « mahométans  » n’a-t-elle pas été entretenue — et
ce jusqu’à nos jours — pour maintenir dans les esprits la conviction erronée qu’il s’agissait de croyances
répandues par l’oeuvre d’un homme et dans lesquelles Dieu (au sens où les chrétiens l’entendent) ne peut avoir
aucune place. Bien de nos contemporains cultivés sont intéressés par les aspects philosophiques, sociaux,
politiques de l’Islam sans jamais s’interroger comme ils le devraient sur la Révélation islamique proprement dite.
On pose comme axiome que Le Prophète Mohammed r s’est appuyé sur ce qui était antérieur à lui pour écarter
de cette manière tout abord du problème même de la Révélation.
En quel mépris d’ailleurs les musulmans ne sont-ils pas tenus dans certains milieux chrétiens. J’ai pu en faire
l’expérience en cherchant à nouer un dialogue pour un examen comparatif de récits bibliques et de récits
coraniques consacrés au même sujet et constater le refus systématique d’une prise en considération, dans un
simple but de réflexion, de ce que pouvait contenir le Coran sur le sujet envisagé.
C’est un peu comme si alléguer le Coran eût été faire référence au diable !
Un changement radical paraît cependant se produire de nos jours à l’échelon le plus élevé dans le monde
chrétien. Edité à la suite du concile de Vatican II, un document du Secrétariat du Vatican pour les non-chrétiens,
Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans dont la troisième édition date de 1970 2, atteste la

profondeur de la modification des attitudes officielles. Après avoir invité à écarter « l’image surannée héritée du
passé ou défigurée par des préjugés et des calomnies » que les chrétiens se faisaient de l’Islam, le document du
Vatican s’attache à « reconnaître les injustices du passé dont l’Occident d’éducation chrétienne s’est rendu
coupable à l’égard des musulmans ». Il critique les conceptions erronées qui ont été celles des chrétiens sur le
fatalisme musulman, le juridisme de l’Islam, son fanatisme, etc

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2. Ed. Ancora. Rome.

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. Il met l’accent sur l’unicité de croyance en Allah et il rappelle à quel point le cardinal Koenig, au cours d’une
conférence officielle en mars 1969 à l’Université musulmane Al Azhar du Caire, surprit ses auditeurs de la
Grande Mosquée en le proclamant. Il rappelle aussi que le Secrétariat du Vatican invitait en 1967 les chrétiens à
présenter leurs voeux aux musulmans à l’occasion de la fin du jeûne du Ramadan, « valeur religieuse authentique ».
De tels prémices en faveur d’un rapprochement entre la Curie romaine et l’Islam ont été suivies de manifestations
diverses et de rencontres qui l’ont concrétisé. Mais combien peu ont été avertis de ces événements si importants
qui se sont déroulé dans le monde occidental où, cependant, les moyens de diffusion de l’information :
presse, radiodiffusion et télévision ne manquent pas.

Les journaux ont, en effet, accordé peu de place à la visite officielle que fit le 24 avril 1974 le cardinal Pignedoli,
président du Secrétariat du Vatican pour les non-chrétiens, au roi Fayçal d’Arabie Saoudite. Le journal Le Monde
du 25 avril 1974 en rendit compte en quelques lignes. Et pourtant quelle nouvelle d’importance quand on y lit
que le cardinal avait remis au souverain un message du pape Paul VI dans lequel ce dernier exprimait « la
considération de Sa Sainteté, animée d’une foi profonde dans l’unification des mondes islamique et chrétien qui
adorent un seul Dieu, à Sa Majesté Fayçal en sa qualité d’autorité suprême du monde islamique ».
Six mois plus tard, en octobre 1974, le pape recevait officiellement au Vatican les Grands Ulémas d’Arabie
Saoudite. Ce fut l’occasion d’un colloque entre chrétiens et musulmans sur les « Droits culturels de l’homme en
Islam ». Le journal du Vatican, l’Osservatore Romano du 26 octobre 1974, relata cet événement historique en lui
accordant à la première page une surface plus grande qu’au compte rendu de la journée de clôture du Synode des
Evêques réunis à Rome.

Les Grands Ulémas d’Arabie furent ensuite reçus par le Conseil oecuménique des Eglises de Genève et par
monseigneur Elchinger, évêque de Strasbourg. L’évêque invita les Ulémas à faire la prière de midi devant lui en
sa cathédrale. Si l’événement fut rapporté, c’est apparemment plus en raison de son côté spectaculaire que pour la
signification religieuse considérable qu’il comportait. Très peu nombreux sont en tout cas ceux que j’ai interrogés
sur ces manifestations et qui m’ont répondu en avoir eu connaissance.

L’esprit d’ouverture vis-à-vis de l’Islam du pape Paul VI qui se déclarait lui-même comme « animé d’une foi
profonde dans l’unification des mondes islamique et chrétien qui adorent un seul Dieu  » fera certainement date
dans les rapports entre les deux religions. Ce rappel des sentiments du chef de l’Eglise catholique à l’égard des
musulmans m’a paru nécessaire, car trop de chrétiens éduqués dans un esprit d’hostilité déclarée comme le
regrettait le document du Vatican cité plus haut, sont par principe hostiles à toute réflexion sur l’Islam : partant
de là, ils restent dans l’ignorance de ce qu’il est en réalité et ont, sur la Révélation islamique, des conceptions
absolument erronées.

Quoi qu’il en soit, il apparaît tout à fait légitime, lorsqu’on étudie un aspect d’une révélation d’une religion
monothéiste, de l’aborder par comparaison avec ce que les deux autres offrent de ce même point de vue. Une
étude d’ensemble d’un problème présente plus d’intérêt qu’une étude séparée. La confrontation avec les données
de la science du XXe siècle de certains sujets traités dans les Ecritures intéresse par conséquent les trois religions
sans exclusive. Et puis ne forment-elles pas ou ne devraient-elles pas former un bloc plus compact en se
rapprochant alors que toutes sont de nos jours menacées par l’envahissement du matérialisme. C’est aussi bien
dans les pays à influence judéo-chrétienne que dans les pays islamiques que l’on soutient — et tout spécialement
dans les milieux scientifiques — que religion et science sont incompatibles. La question, pour être traitée dans
son ensemble, nécessiterait des développements considérables. Je ne veux aborder ici qu’un aspect du sujet :
l’examen des Ecritures elles-mêmes à la lumière des connaissances scientifiques modernes.

Cet objectif oblige à poser une question préalable fondamentale: quelle est l’authenticité des textes que nous
possédons de nos jours ? Cette question implique un examen des circonstances qui ont présidé à la rédaction des
textes et de leur transmission jusqu’à nous.
L’étude des Ecritures sous l’aspect de la critique des textes est de date récente en nos pays. En ce qui concerne la
Bible, Ancien et Nouveau Testaments, de longs siècles ont passé durant lesquels les hommes se sont contentés
de les accepter en leur état. Leur lecture ne donnait lieu qu’à des considérations apologétiques. C’eût été péché
que de manifester le moindre esprit critique à leur sujet. Les clercs étaient les privilégiés qui pouvaient aisément
en avoir une connaissance d’ensemble. La plupart des laïcs n’en recevaient que des morceaux choisis dans des
cérémonies liturgiques ou au cours des prédications.
Organisée en spécialité, la critique textuelle, a eu le mérite de faire découvrir et de divulguer les problèmes
souvent très graves qui se posent, mais combien décevante est la lecture de tant d’oeuvres qui déclarent être
critiques mais qui n’offrent, devant de très réelles difficultés d’interprétation, que des développements
apologétiques destinés à couvrir l’embarras de l’auteur. Dans ces conditions, pour qui garde intacts sa capacité de
réflexion et son sens de l’objectivité, les invraisemblances et les contradictions n’en restent pas moins persistantes
et l’on ne peut que regretter l’attitude destinée à justifier, envers et contre toute logique, le maintien dans les
textes des Ecritures bibliques de certains passages entachés de défauts. Elle peut être infiniment préjudiciable à
la croyance en Allah de certains esprits cultivés. Toutefois l’expérience prouve que si quelques-uns sont capables
de déceler des failles de cet ordre, l’immense majorité des chrétiens ne s’est jamais rendu compte de leur
existence et est restée dans l’ignorance de ces incompatibilités avec des connaissances profanes qui, pourtant,
sont souvent très élémentaires.
L’Islam, lui, possède dans les hadiths l’équivalent des Evangiles. Les hadiths sont des recueils de propos et des
narrations des actes du Prophète Mohammed r ; les Evangiles ne sont rien d’autre que cela pour ce qui concerne
Jésus. Les premiers recueils de hadiths ont été écrits des décennies après la mort de Le Prophète Mohammed
comme les Evangiles l’ont été des décennies après Jésus. Dans les deux cas, ce sont des témoignages humains sur
des faits passés. On verra que, contrairement à ce que beaucoup pensent, les quatre Evangiles canoniques n’ont
pas pour auteurs les témoins des faits qu’ils relatent. Il en est de même des recueils de hadiths les plus sérieux.
La comparaison doit s’arrêter ici car si l’on a discuté et si l’on discute toujours de l’authenticité de tel ou tel
hadith, on a tranché de façon définitive, aux premiers siècles de l’Eglise, entre les multiples Evangiles,
proclamant comme officiels ou canoniques quatre seulement de ceux-ci, malgré les nombreuses contradictions
entre eux sur bien des points, et ordonnant que tous les autres soient cachés, d’où le nom qui leur a été donné
d’apocryphes.
Une autre différence fondamentale, pour ce qui concerne les Ecritures, entre christianisme et Islam est l’absence
pour le premier d’un texte révélé et, tout à la fois, fixé, alors que le second possède le Coran qui répond à cette
définition.
Le Coran est l’expression de la Révélation faite au Prophète Mohammed r par l’Archange Gabriel, aussitôt
transcrite, apprise par coeur et récitée par les fidèles lors des prières, durant le mois du Ramadan en particulier.
Elle fut classée par Le Prophète Mohammed r lui-même en sourates et celles-ci ont été rassemblées tôt après la
mort du Prophète r , pour former, sous le califat d’Othman (12e à 24e année qui suivit cette dernière), le texte que
nous possédons de nos jours. Contrastant avec ce qui s’est passé pour l’Islam, la Révélation chrétienne est fondée
sur des témoignages humains multiples et indirects, puisque nous ne possédons aucun témoignage venant d’un
témoin oculaire de la vie de Jésus, contrairement à ce que s’imaginent beaucoup de chrétiens. Ainsi est posé le
problème de l’authenticité des textes de la Révélation chrétienne et de la Révélation islamique.
La confrontation des textes des Ecritures avec les données de la science a été de tout temps pour l’homme un
sujet de réflexion.
On a d’abord soutenu que la concordance entre Ecritures et science était un élément nécessaire de l’authenticité
du texte sacré. Saint Augustin, dans sa lettre n° 82 qui sera citée plus loin, en établit formellement le principe.
Puis, à mesure que la science se développait, on s’aperçut de l’existence de divergences entre Ecriture biblique et
science et on a alors décidé de ne plus faire de rapprochements. De cette manière, une situation grave a été créée
qui, de nos jours, oppose, il faut le reconnaître, exégètes bibliques et savants. On ne saurait, en effet, admettre
qu’une Révélation divine pût énoncer un fait rigoureusement inexact. Il n’y avait alors qu’une possibilité de
conciliation logique, c’était d’admettre comme inauthentique un passage de l’Ecriture biblique énonçant un fait

scientifiquement inadmissible. Une telle solution n’a pas été choisie. On s’est, au contraire, acharné à maintenir
l’intégrité du texte et cela a contraint des exégètes à prendre, sur la vérité des Ecritures bibliques, des positions
qui ne sont guère acceptables pour un esprit scientifique.
L’Islam, comme saint Augustin pour la Bible, a toujours considéré qu’il y avait concordance entre les données de
l’Ecriture sainte et les faits scientifiques. L’examen du texte de la Révélation islamique à l’époque moderne n’a
pas donné lieu à une révision de cette position. Le Coran, comme on le verra plus loin, évoque des faits pour
lesquels la science a son mot à dire, et ce en nombre considérable par rapport à la Bible : il n’y a aucune
commune mesure entre le caractère restreint d’énoncés bibliques prêtant à confrontation avec la science et la
multiplicités des sujets ayant ‘m caractère scientifique évoqués pi- le Coran Aucun de ceux-ci ne prête à
contestation du point de vue scientifique : telle est la donnée fondamentale qui ressort de cette étude. Et l’on
verra à la fin de ce livre comment, pour les recueilles des propos du Prophète (hadiths), qui se placent en dehors
de la Révélation coranique, il en est tout autrement puisque certains hadiths sont scientifiquement inadmissibles.
De pareils hadiths ont été soumis à des études sérieuses suivant les principes stricts du Coran, ordonnant de
toujours s’en remettre à la science et à la raison, pour leur enlever le cas échéant toute authenticité.
Ces considérations sur le caractère acceptable ou inacceptable scientifiquement d’un énoncé de l’Ecriture rendent
nécessaire une précision. Il faut souligner que, lorsqu’on parle ici de données de la science, on entend par là ce
qui est établi de façon définitive. Cette considération élimine les théories explicatives, utiles à une époque pour
faire comprendre un phénomène et pouvant être abrogées et remplacées par la suite par d’autres plus conformes
au développement scientifique. Ce que j’envisage ici sont des faits sur lesquels il est impossible de revenir
ultérieurement, même si la science n’apporte que des données incomplètes mais qui sont suffisamment bien
établies pour être utilisables sans risques d’erreur.
Par exemple, on ignore la date même approximative de l’apparition de l’homme sur la terre, mais on a découvert
des vestiges d’oeuvres humaines que l’on situe, sans aucun doute possible, antérieurs au dixième millénaire avant
l’ère chrétienne. On ne peut donc retenir comme compatible avec la science la réalité du texte biblique de la
Genèse donnant des généalogies et des dates qui font situer l’origine de l’homme (la création d’Adam) environ
trente-sept siècles avant Jésus-Christ. La science pourra peut-être donner dans le futur des précisions de dates
plus grandes que nos évaluations actuelles, mais on peut être assuré qu’on ne démontrera jamais que l’homme est
apparu sur la Terre il y a 5 736 années, comme le veut, en l’an 1975, le calendrier hébraïque. Les données
bibliques concernant l’ancienneté de l’homme sont donc fausses.
Cette confrontation avec la science exclut tout problème religieux à proprement parler. La science n’a, par
exemple, aucune explication à donner sur le processus par lequel Allah s’est manifesté à Moïse ou à propos du
mystère qui entoure la venue au monde de Jésus sans qu’il existât pour lui un père biologique. Sur des faits de ce
genre, les Ecritures ne donnent d’ailleurs aucune explication matérielle. La présente étude porte sur ce que nous
enseignent les Ecritures au sujet de phénomènes naturels extrêmement divers qu’elles entourent plus ou moins de
commentaires ou d’explications, et il faut opposer à cet égard la grande richesse de la Révélation coranique à la
discrétion des deux autres révélations sur ce même sujet.
C’est sans aucune idée préconçue et avec une objectivité totale que je me suis d’abord penché sur la Révélation
coranique en recherchant le degré de compatibilité du texte coranique avec les données de la science moderne. Je
savais, par des traductions, que le Coran évoquait souvent toutes sortes de phénomènes naturels, mais je n’en
possédais qu’une connaissance sommaire. C’est en examinant très attentivement le texte en arabe que j’en fis un
inventaire, au terme duquel je dus me rendre à l’évidence que le Coran ne contenait aucune affirmation qui pût
être critiquable du point de vue scientifique à l’époque moderne.
Je fis le même examen de l’Ancien Testament et des Evangiles avec la même objectivité. Pour le premier, point
ne fut besoin d’aller au-delà du premier livre, « la Genèse », pour y trouver des affirmations inconciliables avec
les données les plus solidement établies de la science de notre époque.
Quand on ouvre les Evangiles, on est d’emblée plongé, avec la généalogie de Jésus qui figure en première page,
dans un problème très grave puisque le texte de Matthieu est, sur ce point, en évidente contradiction avec celui
de Luc et que ce dernier présente une incompatibilité évidente avec les connaissances modernes relatives à
l’ancienneté de l’homme sur la terre.
L’existence de ces contradictions, invraisemblances et incompatibilités ne me paraît altérer nullement la foi en
Allah. Elle engage seulement la responsabilité des hommes. Nul ne peut dire ce que pouvaient être les textes

originaux, quelle fut la part des rédactions fantaisistes, quelle fut la part de la manipulation délibérée des textes
par les hommes, comme celle des modifications inconscientes des Ecritures. Ce qui choque de nos jours, c’est de
voir que, devant de telles contradictions ou incompatibilités avec les données bien établies de la science, des
spécialistes de l’étude des textes ou bien feignent parfois de les ignorer, ou bien relèvent les failles mais tentent
de les camoufler à l’aide d’acrobaties dialectiques. A propos de l’Evangile de Matthieu et de celui de Jean, je
donnerai des exemples de cet usage
brillant de formules apologétiques par d’éminents exégètes. La tentative de camouflage par ces procédés d’une
invraisemblance ou d’une contradiction qu’on appelle pudiquement « difficulté » est souvent couronnée de
succès, ce qui explique que tant de chrétiens ignorent les failles graves de nombreux passages de l’Ancien
Testament et des Evangiles. Le lecteur en trouvera dans les première et deuxième parties de ce livre des
exemples précis.
Il trouvera dans la troisième partie du livre l’illustration d’une application inattendue de la science à l’étude d’une
Ecriture sainte, l’apport de la connaissance profane moderne à une meilleure compréhension de certains versets
coraniques restés jusque-là énigmatiques, voire même incompréhensibles. Comment en être étonné lorsqu’on sait
que, pour l’Islam, la religion et la science ont toujours été considérées comme deux soeurs jumelles. Cultiver la
science fit partie des prescriptions religieuses dès l’origine; la mise en application de ce précepte entraîna le
prodigieux essor scientifique lors de la grande période de la civilisation islamique, dont l’Occident lui-même se
nourrit avant la Renaissance. De nos jours, les progrès accomplis grâce aux connaissances scientifiques dans
l’interprétation de certains passages du Coran, incompris ou mal interprétés jusqu’alors, constituent l’apogée de
cette confrontation entre les Ecritures et la science.

L’ANCIEN TESTAMENT.
APERÇU GÉNÉRAL

suite…

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