LA FACE CACHÉE DE L’OPUS DEI


 L'Opus Dei attaque ses détracteurs en justice pour masquer la vérité!

Bruno Devos est né en 1977 à Paris. Après avoir suivi des études de mathématiques, physique et chimie, il est devenu chef de projet informatique. Il a été membre de l’Opus Dei pendant une quinzaine d’années. Il a activement participé à l’expansion du mouvement en Pologne, comme trésorier du centre de Varsovie, assistant du Conseil régional et directeur du club des jeunes.

Auteur : Bruno DEVOS

Ouvrage : LA FACE CACHÉE DE L’OPUS DEI. Documents secrets : les vérités qui dérangent.

Année : 2009



NOTE DE LECTURE


La face cachée de l’Opus Dei…
… une secte à combattre et
à faire disparaître !

L’auteur de ce livre (1), ancien numéraire installé en Pologne commence par présenter son itinéraire
avant de nous démontrer que les pratiques de l’opus Déi sont « à l’opposé des idéaux qu’elle proclame » !

Le lecteur découvre le système fermé, totalitaire,
destructeur qui au nom de Dieu, coupe ses
membres du monde pour les robotiser.
D’après des statistiques internes à cette secte fondée
en 1928 par un franquiste, Josemaría Escrivá de
Balaguer béatifié par le pape Jean-Paul II en 1992 : sur
dix personnes qui entrent dans l’Opus Dei, sept en ressortent…
dans un état physique et psychologique
déplorable.
Chaque adepte, dès qu’il entre dans « l’oeuvre de Dieu »
ne s’appartient plus, il est pris en charge, contrôlé, carrément
broyé. Et gare au déviant et même à celui qui
veut simplement revenir dans le monde des vivants,
l’Opus Dei détient un dossier personnel sur chacun,
tout y est noté : ses idées, ses contacts, sa personnalité
et ses incartades.
Le plan de vie imposé à chaque numéraire est « démoniaque »,
les dévotions y sont nombreuses et contrôlées
et l’auto flagellation n’est pas de pure forme : chaque
semaine le numéraire doit se fouetter lui-même avec
des disciplines (ces petits fouets en corde).
L’auteur de ce livre construit un diagnostic rigoureux
et rien n’est laissé dans l’ombre.
Le lecteur découvre l’organisation de la secte avec ses
cinq catégories de membres dont les numéraires qui,
laïcs, vivent ensemble dans les centres et s’engagent
à rester célibataires et à donner tout leur salaire à
l’oeuvre.
De nombreux anciens membres de la secte apportent
leur contribution permettant de lever définitivement
le voile sur la politique de cette organisation officielle
protégée par la hiérarchie catholique.
Joseph Ratzinger n’ignore pas la nature exacte de
l’Opus Dei ; dans les années 60 il a cofondé la revue
Communio avec le théologien suisse Hans Urs von
Balthasar, mis à l’index par la secte… et pour cause : le
célèbre théologien avait accusé l’oeuvre de relever de
l’intégrisme catholique !
Comment peut-on accepter que des dizaines de milliers
de personnes dans le monde soient ainsi livrées
corps et « âme » au bon vouloir d’ une secte protégée et
disposant de relais puissants dans la société sur les
cinq continents ? « Plus d’une personne sur deux prend
des médicaments pour soigner une névrose ou une dépression
chronique » !
L’Opus Dei est une réelle machine infernale au service
de la réaction la plus noire, et beaucoup de catholiques
progressistes mettent en doute le caractère chrétien
de l’oeuvre qui remet en cause « l’aide désintéressée
envers son prochain » ! Le catéchisme officiel de la secte
opusienne ne définit-elle pas ainsi la charité : »La charité
des fidèles de l’Opus Dei doit les pousser à profiter de
toutes les occasions pour approcher les âmes de Dieu ». Un
point c’est tout !
Une seule conclusion à tirer pour nous : fermons le
ban et exigeons la dissolution de cette secte !
Jean-François Chalot !

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1) Bruno Devos, La face cachée de l’opus Dei –
Documents secrets : les vérités qui dérangent,
éditions Presse de la Renaissance, 248 pages,août 2009.

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Entretien avec Bruno Devos

L’Émancipation : J’ai lu votre ouvrage. On y trouve à la fois un témoignage personnel, le vôtre, et une analyse
des textes et déclarations de l’Oeuvre, ainsi que d’autres témoignages très divers provenant de nombreux
pays différents. Comment devient-on « numéraire de l’Opus Dei »? S’agit-il avant tout d’une vocation, de
l’accomplissement d’un idéal ou de la chute dans un piège tendu par une pieuvre qui cache son jeu ?
Bruno Devos : Les personnes qui s’approchent de l’Opus Dei sont des catholiques qui cherchent à approfondir
leur relation à Dieu et leur vie de prière. Ils ont les meilleures des intentions et se dirigent vers une institution
bénie par l’Église.
Les membres de l’Opus Dei ont déjà suivi le même parcours : ce sont des catholiques qui ont exprimé leur désir
de se consacrer à Dieu en suivant la spiritualité proposée par l’Opus Dei. Cependant, on les a convaincus, une
fois à l’intérieur, que le recrutement de nouveaux membres (ce qu’ils appellent « prosélytisme ») est la meilleure
manière de servir Dieu et l’Église. C’est à ce niveau que les membres commencent à se fourvoyer : le désir de
capter de nouveaux membres remplace leur désir de servir leur prochain.
Au lieu de contempler l’action du Saint Esprit dans les âmes et d’observer comment Dieu attire les personnes à
son service, les membres de l’Opus Dei prennent les choses en main : on leur apprend différentes techniques de

psychomanipulation pour qu’un maximum de personnes « découvrent » leur obligation d’entrer dans
l’Opus Dei. Suite à un harcèlement constant, beaucoup finissent par adopter la spiritualité de l’Opus Dei
comme l’unique voie qui peut les mener à Dieu. J’estime que ceux qui entrent dans l’Opus Dei sont le
plus souvent des victimes qui sont conditionnées pour, à leur tour, devenir bourreaux.
Tous ne se prêtent pas à ce jeu et, une fois à l’intérieur, certains ont suffisamment de lucidité d’esprit pour se
rendre compte de la supercherie et abandonnent rapidement l’Oeuvre. Cependant, l’effort de
prosélytisme de l’Opus Dei est dirigé de préférence envers des adolescents qui n’ont pas les connaissances
ni la maturité nécessaires pour faire un tel discernement. Avec le temps, elles deviennent
convaincues que les méthodes de recrutement employées par l’Opus Dei sont communes et s’y
adonnent corps et âme. Leur responsabilité personnelle est conditionnée par l’immaturité dans
laquelle ils sont maintenus jusqu’à la fin de leur vie. Ils croient sincèrement servir leur prochain, alors qu’en
réalité ils sont les agents d’une grande supercherie. Par contre, je n’exempterais pas de responsabilité les
plus hauts directeurs de l’Oeuvre, qui doivent avoir conscience que leur méthode de recrutement est la
même que celle utilisée par d’autres sectes. Ils sont malheureusement tellement fanatiquement
convaincus que ces méthodes ont été transmises par Dieu à leur fondateur, qu’ils rejettent avec effroi tout
raisonnement de cette sorte. L’Émancipation : Votre livre dévoile un certain
nombre de faits passibles de poursuite judiciaire contre l’Opus Dei. Certaines victimes ont elles
essayé d’attaquer l’Oeuvre ?

B.D. : Il faut prendre en compte que l’on sort de l’Opus
dénudé et confondu. On a consacré à cette cause tout
son argent gagné par le travail, tout son patrimoine,
toutes ses années de travail, de santé et de vie. Il ne
reste plus rien, absolument rien, pas même des idées,
pas même l’envie de vivre, des amis et, dans beaucoup
de cas, de foi. Rien. On doit recommencer la vie depuis
zéro. Ni travail, ni famille (que l’on n’a plus vue depuis
des années), ni convictions. Rien, à part une santé
fragile. Beaucoup sont sans sécurité sociale, malgré de
nombreuses années de travail. De surcroît, on
sent sur sa tête l’épée de Damoclès d’une possible
condamnation éternelle pour ne pas avoir été fidèle,
pour ne pas avoir su faire les normes, pour ne pas
avoir été le fils du Père Escrivá et ne pas avoir répondu
à l’appel que Dieu avait préparé de toute éternité.
Parmi les anciens membres, on observe de
nombreuses dépressions et pertes de foi. Beaucoup
souffrent de « fatigue chronique », de « stress posttraumatique »
et de dépression. En tout cas, ils sont
terriblement isolés.
Il faut prendre en compte l’énorme fatigue de ceux qui
sortent de l’OEuvre. Ils sont désireux de fermer une
page de leur histoire, mais ils ont aussi perdu
confiance (qui est pourtant une composante basique
de l’être humain). Ils doivent faire face à la solitude
dans laquelle ils ont vécu pendant plusieurs années, à
leur perception intime de ne pas être protégés par une
Église qui appuyait et encourageait l’OEuvre, allant
même jusqu’à canoniser son fondateur. Sans oublier la
honte de s’être comporté comme le bourreau des
autres, ou d’avoir collaboré activement dans l’exercice
d’attentats contre les droits humains, des délits
financiers, ou de s’être ingéré dans l’intimité de tiers.
Les plus courageux ont eu l’audace de prendre la
parole ces dernières années. Certains ont même voulu
témoigner dans le procès de béatification et de
canonisation d’Escrivá. L’une des premières
numéraires et secrétaire personnelle du fondateur,
Maria del Carmen Tapia, a écrit un livre et envoyé
trois lettres au cardinal Sodano, demandant de
témoigner devant le Vatican de ce qu’elle avait vu et
entendu. Ce fut inutile. Le Vatican n’a pas répondu à
ses protestations, et les témoignages de dissidents
n’ont pas été admis dans un procès de béatification et
de canonisation où l’Opus était à la fois juge et partie.
Les livres des anciens membres furent rachetés par
l’institution elle-même jusqu’à épuisement du tirage,
on condamna au silence ceux qui protestaient et on
répandit des diffamations. Leurs accusations préférées
sont le sexe, l’hérésie ou la folie. Dans ces conditions,
on ne s’étonne pas du silence gardé pendant des
années par les victimes ou leurs proches. Ils ont
préféré s’intéresser à autre chose parce qu’ils avaient
l’intuition du danger.
Certains ont intenté des procès pour cause de non
cotisation à la sécurité sociale des prêtres ou des
directeurs qui travaillent pour l’œuvre à temps plein.
Il est toutefois difficile d’apporter des preuves : aucun
document n’est remis aux membres de l’Opus Dei.
Sauf les prêtres, les membres sont dans l’impossibilité
de prouver sur papier leur appartenance à
l’institution. Les laïcs peuvent passer des années à
l’intérieur sans disposer d’aucun document qui
prouve leur appartenance, ni les études qu’ils ont
réalisées dans l’Opus, ni les postes qu’il y ont exercés.

L’Émancipation : L’Opus Dei apparaît comme un
état dans l’état et la hiérarchie de l’Église semble
soutenir une « institution » qui de plus en plus
montre sa véritable face de secte. Qu’en est-il
aujourd’hui des liens ?

B.D. : L’Opus Dei a obtenu tous les avantages dont elle
jouit durant le pontificat de Jean-Paul II :
l’indépendance avec le statut de prélature personnelle
(un an avant que cette forme juridique soit régulée à
travers le nouveau code de droit canon), la
béatification et la canonisation du fondateur, les
nominations d’évêques et d’un cardinal de l’Opus Dei,
des postes-clefs au Vatican, etc. Le pontificat de Jean-
Paul II était son temps de gloire. Nous allons voir si
Benoît XVI aura le courage de rectifier ces erreurs.
Pour moi, c’est le grand test. Quatre ans après sa
nomination, je ne vois malheureusement rien de
palpable.

L’Émancipation : L’Opus Dei aurait des relais
politiques forts dans certains pays européens
comme la France, avez vous quelques éléments
d’information ou d’analyse ?

B.D. : La « pieuvre noire », comme on l’appelait,
continue de hanter l’imagination, de faire peur.
Effectivement, elle a eu ses moments de gloire dans les
années 60 et 70, surtout en Espagne. Je suis désolé de
vous décevoir : ces années fastes sont un passé
lointain qui ne correspond plus du tout à la réalité
d’aujourd’hui – l’Opus Dei est une institution qui
traverse une grave crise du fait de son incapacité à
évoluer, à se réformer, ou ne serait-ce qu’à s’adapter
aux temps modernes.
L’ère des banquiers et des politiciens de l’Opus Dei est
résolument révolue. Il ne reste plus rien. Cette grande
organisation effrayante d’efficacité a essuyé des échecs
dans tous les domaines où elle s’était investie : la
politique, la finance, le cinéma, la presse, l’édition, la
mode, l’économie, l’université, etc. Elle s’est repliée
sur les deux derniers domaines indispensables à sa
survie : l’éducation et le monde ecclésiastique.
L’éducation (de la maternelle au lycée) dans le but
d’inciter les élèves à devenir numéraires. Le monde
ecclésiastique dans le but de perpétuer l’état
d’exception qui permet à l’Opus de fonctionner
comme une Église parallèle sans aucun contrôle.
Après la mort de Jean-Paul II et la nouvelle sensibilité
des parents, ces deux domaines sont également en
train d’échapper au contrôle des stratèges de l’Opus.

L’Émancipation : Un ancien « légionnaire du Christ »
âgé de 50 ans m’a envoyé le message suivant après
avoir pris connaissance du texte que j’ai écrit à
propos de votre livre : « Ça me fait pas mal penser au
fonctionnement de la Légion. C’est effrayant. Verrons-nous
un jour le Vatican  » dé-canoniser  » le saint
fondateur de ce mouvement ? En tout cas, aucune
chance pour la canonisation du fondateur des
Légionnaires du Christ. Comment avons-nous pu en
arriver là ? Mon Dieu, pauvre Église… ». Pensez vous
qu’au sein de l’Église, il est encore possible de
combattre tous ceux qui au plus haut niveau de la
hiérarchie soutiennent les intégristes, légionnaires
du Christ, opusiens, adeptes de feu Mgr Lefebvre ?

B.D. : Je ne peux pas vous dire si, au sein de l’Église, il
est possible d’influencer les éminences du haut
niveau. L’Église, telle que nous la connaissons
aujourd’hui, est l’une des dernières monarchies (pour
ne pas dire tyrannies) en place. Depuis 500 ans, elle est
organisée comme une structure hiérarchique. C’est le
sommet qui influence la base, jamais le contraire.
L’idéal séculier a disparu : même les prêtres
diocésains sont recrutés et organisés comme s’ils
étaient des moines : le célibat et l’obéissance militaire
envers les supérieurs sont exigés.
Cette Église, qui est en retard de plus de 200 ans sur
l’évolution des mentalités, est condamnée à
disparaître. Elle a d’ailleurs déjà disparu, il n’en reste
que des vestiges : des églises vides et des prêtres âgés
de plus de 70 ans. Dans 20 ans, il n’y aura plus
personne : ni prêtres, ni paroissiens. Un mouvement
de renouveau avait été amorcé il y a 40 ans avec le
concile Vatican II. Ce mouvement n’a pas porté les
fruits espérés, et Benoît XVI est dans la continuité de
Jean-Paul II : au lieu de réformer, il essaye de
perpétuer le modèle d’une Église qui a déjà échoué.
Cela ne prédit rien de bon.

L’Émancipation : Les catholiques progressistes qui
en France se réclament de la laïcité n’ont plus – et on
les comprend – d’illusions sur une évolution positive
de l’Église qui reste effectivement une force de
régression sociale et culturelle. Aujourd’hui de
nombreuses sectes continuent à faire encore
beaucoup de dégâts. N’est-il pas nécessaire et même
indispensable de demander leur dissolution ?

B.D. : Il est nécessaire et indispensable de mettre fin
aux abus qui sont commis sous le couvert de l’Église.
Toute réforme venant de l’intérieur de l’Église est
entravée par le fait que, dans cette institution, il n’y a
pas de séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif
et judiciaire. Les oppresseurs sont en même temps
ceux qui reçoivent les éventuelles accusations et qui
les traitent. Ils se croient les détenteurs exclusifs des
clefs du paradis et ont tout pouvoir sur les âmes. Dans
cette situation, les victimes n’ont aucune chance.
Les dérives sectaires que je dénonce dans mon livre ne
concernent pas uniquement l’Opus Dei. Elles sont
présentes dans les « nouveaux mouvements » qui en
réalité souscrivent à une théologie obsolète,
préconciliaire, peuplée de péchés et de démons. Cela
concerne par exemple les légionnaires du Christ, le
Chemin néocathécuménal et bien d’autres.
L’Opus Dei est l’exemple flagrant des extrémités
auxquelles une telle approche peut aboutir. C’est très
instructif, et c’est ce que je montre dans mon livre,
preuves en main. J’espère que cela pourra aider à faire
évoluer les choses.

L’Émancipation : Je vous remercie pour la franchise
de vos propos. J’invite les lecteurs à se procurer votre
livre particulièrement intéressant et utile dans notre
combat contre tous les intégrismes.

Propos recueillis par Jean-François Chalot



PRÉSENTATION DU LIVRE

Partant des règlements internes réservés aux seuls responsables, d’écrits inédits du fondateur, de nombreux témoignages internationaux et de son propre parcours au sein de l’Opus Dei, Bruno Devos, membre pendant une quinzaine d’années, démontre combien les pratiques de cette organisation sont à l’opposé des idéaux qu’elle proclame.
La spiritualité de l’Oeuvre s’appuie sur « la sanctification de la vie ordinaire », et c’est mû par cet idéal que l’on y entre. Pourtant, de nombreux membres la quittent en état de choc psychologique, affectif et spirituel. Parmi ceux qui restent, beaucoup présentent des symptômes de dépression et d’épuisement chronique. Pourquoi ?
L’auteur en décèle la source dans un phénomène d’absolutisation : l’organisation radicalise à l’extrême les principes traditionnels du christianisme jusqu’à les pervertir. Seule compte l’efficacité. Les jeunes sont embrigadés, l’exercice du pouvoir est dévoyé, l’annonce de l’Évangile se transforme en prosélytisme… Tout ce qui est étranger à l’Opus Dei est suspect, y compris dans l’Église.
Une vision unique et authentique de la vie au sein de l’une des organisations religieuses les plus mystérieuses au monde.

AVANT-PROPOS

L’Opus Dei, ou OEuvre de Dieu, a été fondée en 1928 à Madrid par un prêtre catholique, Josémaria Escriva de Balaguer. Il souhaitait for-mer une élite de laïcs capables de propager l’idéal chrétien dans les milieux intellectuels. Pour répondre à ce voeu d’excellence, un membre de l’OEuvre de Dieu – de « l’OEuvre », comme on l’appelle plus communément – doit mener une vie exemplaire, alliant réussite professionnelle et vie consacrée.
Pour mener à bien cette mission, le fondateur, tout en invitant ses « enfants » à mener une vie de chrétien ordinaire, leur impose une ascèse digne des ordres monastiques les plus austères, les incitant à de longues heures quotidiennes de prière, de méditation et de mortifications.
Grâce à une stratégie expansionniste très dynamique, l’Opus Dei s’est répandue de façon foudroyante en Espagne et dans le monde entier. À ce jour, elle compte officiellement plus de 88 000 membres, dont 78% se trouvent en Espagne et en Amérique latine.
On peut regrouper ces membres en cinq catégories :
Les numéraires : laïcs, ils vivent ensemble dans des centres, exclusivement masculins ou féminins. Les numéraires s’engagent à rester célibataires et donnent l’intégralité de leur salaire à l’OEuvre.
Les numéraires auxiliaires : femmes laïques, elles vivent dans les centres de l’Opus Dei et se consacrent au service des numéraires. Elles ne sont autorisées à suivre des études qu’en rapport avec leur fonction

d’auxiliaire. Elles ne perçoivent pas de salaire et, dans certains pays, n’ont droit ni à un contrat de travail, ni à la sécurité sociale. Elles ne peuvent se déplacer que sous l’escorte d’une numéraire.
Les agrégés : laïcs des deux sexes, ils ont les mêmes obligations que les numéraires (engagement au célibat et don de la totalité de leur salaire) mais, pour des raisons économiques, sociales ou de santé, n’habitent pas dans les centres.
Les surnuméraires : hommes et femmes laïcs, ils ont la possibilité de se marier et habitent dans leurs propres logements. Ils soutiennent financièrement l’OEuvre, selon leurs moyens.
[3]
Les prêtres de l’Opus Dei : numéraires ordonnés prêtres pour les besoins de l’OEuvre, ils n’appartiennent pas au clergé diocésain. Ils sont les seuls à pouvoir occuper les charges les plus hautes dans le gouvernement interne.
Le message de l’Opus Dei s’appuie sur « la sanctification de la vie ordinaire ». À l’instar de certains courants spirituels, comme le hassidisme ou le bouddhisme zen, l’Opus Dei propose une recherche cons-tante du divin dans le quotidien. Enfant de Dieu, tout homme est appelé à vivre chaque instant de son existence dans sa confiance et son amour. C’est mu par cet idéal que l’on entre dans l’OEuvre. L’Église a approuvé cette spiritualité et les moyens proposés pour la mettre en pratique : elle a même canonisé en 2002 le fondateur de l’Opus Dei, que l’on doit appeler désormais « saint Josémaria ».
Si l’Opus Dei est tolérée, c’est probablement parce que l’apparence qu’elle présente aux responsables de l’Église est radicalement différente de ses pratiques réelles. Ses messages officiels rassurent, les quelques livres qu’elle publie sont soigneusement délestés de tout ce qui pourrait prêter à controverse. Cette communication édulcorée continue à attirer de jeunes laïcs de bonne volonté, désireux de rejoindre une institution dévouée aux âmes et à la société.
Pourtant, nombreux sont ceux qui quittent l’OEuvre en état de choc. Quant à ceux qui restent dans l’organisation, beaucoup présentent des symptômes de dépression, d’épuisement chronique ou des troubles psychosomatiques. Pourquoi une organisation, qui se targue de porter

au monde un si beau message évangélique, produit-elle tant de fruits amers ?
Par excès de zèle – et peut-être pour d’autres raisons plus obscures -, l’Opus Dei radicalise les principes fondamentaux du christianisme. Les vertus deviennent des exigences intransigeantes, accompagnées d’une obligation de résultat toujours plus grande. L’évolution spirituel-le d’un individu se mesure à l’accomplissement d’une multitude de règles aussi précises que rigoureuses. Une telle pratique engendre une fatigue qui peut aller jusqu’à la perte d’identité.
Le mode de fonctionnement de l’Opus Dei est codifié dans des documents internes qui n’ont pas été communiqués au Vatican. Ces documents, conservés dans des armoires fermées à clef situées dans les centres et au siège de la Prélature, sont enfin livrés à la sagacité du lecteur dans cet ouvrage, à travers de larges extraits fort éloquents, et sur un site Internet qui en prolonge la lecture 1.

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1 http://www.opus-info.org

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Première partie
UNE VIE AU SEIN DE L’OPUS DEI

suite…

https://mega.co.nz/#!SE0GAQ7A!r_cK4NYirRT1VWRRLyyaRScdDCHOzZJZk_M2L5gRgiM