L’IMPÉRATRICE NUE OU La grande fraude médicale


 
Auteur : Ruesch Hans
Ouvrage : L’Impératrice nue ou La grande fraude médicale
Année : 1982

«Nous sommes des apprentis sorciers. Surtout
dans le domaine scientifique. Nous nous glorifions
de découvertes qui, en même temps,
nous empoisonnent. Je crois qu’il faudra
beaucoup de temps et de courage aux générations
qui nous suivent pour se débarrasser des
conséquences désastreuses des recherches.»
(Professeur Lépine, chef du services des virus de
l’Institut Pasteur, membre de l’Académie des
sciences et de l’Académie nationale de médecine)

Avant-propos de l’éditeur
Un dossier impressionnant qui a nécessité de la part de son réalisateur
des années d’observations strictes sur ce qui trompe le monde
dans le secteur de la santé par l’expérimentation de «médications» chimiques
sur les animaux et… sur les humains. Il fallait un auteur incorruptible
et courageux pour oser pénétrer de front dans le monde de
cette pseudo-recherche et, parfaitement documenté, il s’agit maintenant
d’ouvrir les yeux du consommateur de santé endormi.
Il met en évidence le fait que les médecins et leurs professeurs sont
trompés dans leurs formations, alors que les uns et les autres, mus par
des sentiments honnêtes, sont convaincus de la validité de leur
«savoir» qui devrait, logiquement, avoir un impact sur le bien-être
sanitaire de l’humanité.
Tel un serpent — comme celui du caducée, emblème des professions
médicales — une super-puissance s’est infiltrée insidieusement dans le
monde de la santé pour déformer la doctrine hippocratique à des fins
de… spéculation monétaire. L’industrie pharmaceutique est, notamment,
sous sa dépendance. Pour cette dernière, le malade est une
aubaine. C’est une opportunité à exploiter par ceux qui ont des $ à la
place des yeux. Le mot d’ordre transmis aux médias devenus complices,
est de rester discret sur ce qui se passe réellement dans les
«laboratoires de recherches» et comment convaincre le malade qu’on
va tout faire pour l’en sortir…
Le Consortium de la chimie, de la médecine et de la vivisection, occupe
aujourd’hui une place beaucoup trop considérable. Ce dernier secteur
est tellement important qu’il ne peut que provoquer un malaise
moral et une sérieuse remise en question chez les chercheurs intègres
qui sont parvenus à pénétrer dans les coulisses de ce type de
«recherche». Et cela provoque un schisme dans le monde médical avec
quatre tendances :
1. Ceux qui choisissent la collaboration, parce qu’il faut bien vivre…
Pour ces derniers, quelle aubaine de «gagner sa vie» en laissant libre
cours à ses bas instincts en torturant des êtres démunis, et ce, sous une
étiquette de «chercheurs».

2. Ceux qui préfèrent rester dans l’ignorance et, de la sorte, continuent
à avoir, comme dans les religions, une confiance aveugle en
leurs «maîtres».
3. Ceux qui, témoins de la perdition de la médecine officielle par le
manque de respect des grandes lois de la Nature enseignées par
Hippocrate, ne font plus confiance en l’éthique médicale. La plupart de
ces derniers — et ils sont de plus en plus nombreux — s’orientent vers
une médecine digne de porter ce nom avec encore la crainte — comme
au temps de l’Inquisition — de se voir attirés au ban des accusés sous
l’inculpation d’«hérésie médicale». Mais heureusement, les temps
changent ! Les mentalités aussi !
4. Ceux qui ne savent pas encore.
Ce n’est pas seulement à ces derniers, mais surtout au grand public,
que ce livre s’adresse.
Hans RUESCH explique pourquoi cette recherche fallacieuse, qui n’a
évidemment rien à son actif dans les progrès de la santé, fonctionne
encore. Ses oeuvres courageuses ne peuvent être ignorées ! (voir
quelques-unes en pages 282 à 284).
Le lecteur comprendra rapidement pourquoi la recherche médicale
vraie ne peut s’investir davantage dans le domaine de la prévention.
C’est là que l’on trouve des causes telles «environnementales», «nutritionnelles»,
«iatrogènes»,… ! Les chercheurs qui s’efforcent de trouver
les causes de déséquilibres de santé (recherches peu coûteuses), comme
tous ceux qui sont en recherche de «vrai», participent au déshabillage
de cette «Impératrice» dont il est question dans les pages qui vont
suivre. Godefroid

… Spéculant sur l’ignorance et sur les souffrances
d’innombrables personnes, sur leur peur
constante de la douleur et de la maladie soutenue
par les mass medias, cette pseudoscience a créé
l’illusion qu’elle détiendrait des pouvoirs mystérieux
et illimités dont le salut de l’humanité
dépendrait. C’est ainsi que les peuples de l’hémisphère
occidental se sont prosternés avec crainte
et servilité à ses pieds, s’en faisant l’image d’une
déesse omnipuissante d’une beauté insurpassable,
vêtue d’or et de brocart, ne pouvant être
contemplée par le commun des mortels sous
peine d’aveuglement. Mais s’ils avaient le courage
de le faire, ils découvriraient que leur impératrice
est toute nue et horrible à voir.
De «Expérimentation animale : Honte et échecs
de la médecine»

Préface
Les circonstances familiales et un penchant pour les lettres
avaient fait de moi un lecteur et écrivain multilingue. A part la
publication de romans parus chez les principaux éditeurs
d’Europe et d’outre-mer, je m’étais intéressé activement à l’étude de la
médecine, entre autres en dirigeant pour une maison d’édition italienne
une longue série de livres médicaux.
Mes expériences avec la médecine avaient malheureusement commencé
au cours de ma toute première enfance à Naples. Déjà comme
bébé, je fus opéré pour une otalgie infectée qui exigeait des nettoyages
très douloureux de l’oreille moyenne encore un ou deux ans après. Et
j’en garde toujours le souvenir. Des photos d’enfance me montrent avec
la joue prodigieusement enflée et la tête toute bandagée.
Pour des raisons d’études, mon père devait passer près d’un an à
Zurich et, ne voulant pas se séparer de la famille, il y loua une petite
maison qui pouvait tous nous accueillir : mon père et ma mère, ma
soeur, moi et le dernier arrivé, mon frère bébé, Konrad dont la vivacité
débordante faisait la joie de toute la famille. Et là, inattendue, la tragédie
: bébé Konrad tué brusquement à l’âge de onze mois par une prescription
risquée et superflue d’un pédiatre de Zurich. J’avais quatre ans.
Je m’en souviens trop bien. C’était terrible. Cet événement m’a profondément
marqué.
Puis, pendant mon adolescence, j’assistai au décès de mon père au
bout d’une longue maladie, terrassé lui aussi par des diagnostics erronés
de la part de grandes coryphées de l’art médical de notre époque. Il
n’avait que 47 ans. Il avait toujours pris soin de lui et ne commettait
aucun excès. Il avait un seul grand défaut : une foi inébranlable en la
«Médecine Moderne». Pour lui, les médecins étaient des oracles.
Par la suite, le résultat de mes études et recherches faites en Europe
et en Amérique me convainquit que la Médecine Moderne tellement
vantée est devenue elle aussi une victime de la révolution industrielle
qui lui a fait oublier le savoir et les idéaux d’Hippocrate dans sa chasse
effrénée au pouvoir et à la richesse. Ni mon petit frère, ni mon père,
n’ont jamais su ce que je n’appris que plus tard : que leur fin prématurée
était due à des médicaments dont l’utilité et la sûreté avaient été
«garanties» par un grand nombre de preuves faites sur des animaux,
qui ne peuvent pas donner d’informations fiables et sont employées
juste pour cette raison.

Ma soeur, qui avait commencé à fumer trois paquets de cigarettes par
jour depuis ses études universitaires, finit par en mourir elle aussi au
bout de plusieurs années, d’un cancer aux poumons, bien avant la
découverte officielle du danger mortel du tabagisme. Cette découverte a
été retardée de près d’un siècle par les soi-disant chercheurs médicaux
chargés par les fabricants de cigarettes de «prouver» à l’humanité l’innocuité
absolue de leurs produits. Ils y réussirent en les testant sur des
millions de chiens et de singes qui, au contraire des êtres humains, n’en
meurent pas…
Mais comment s’explique que, malgré sa flagrante cruauté et la série
de faillites dont quelques unes de proportion désastreuse qui ont
accompagné toute l’histoire de la vivisection, celle-ci n’ait pas encore
été abolie ? La raison fondamentale est que tant qu’on considère légalement
valide cette expérimentation avec le but d’en extrapoler les résultats
sur l’homme, l’industrie pharmaceutique se trouve fournie d’une
irremplaçable courroie d’accélération pour la commercialisation de ses
médicaments. Qu’ils soient dangereux ou non, voire mortels, est secondaire.
Le commerce avant tout ! Comme méthode de recherche médicale,
la vivisection (on comprend par ce terme toutes les preuves létales ou
stressantes faites sur l’animal, même si elles ne sont pas cruentées) est
irremplaçable parce qu’elle donne d’habitude des réponses ambigües ou
vagues qui, de la sorte, peuvent être interprétées comme on veut, ce qui
est contraire à une méthode qui se veut scientifique. Somme toute, il
s’agit d’une affirmation autoritaire dont les seuls interprètes accrédités
sont les représentants de l’industrie pharmaceutique. C’est un fait très
grave en considérant que, dernièrement encore, un important fonctionnaire
de l’Organisation Mondiale de la Santé, Jonathan Quick, a déclaré
que Les multinationales de la Pharmaceutique sont la majeure force
politique et économique de notre société.
En fait ce sont elles, en collusion avec la politique, qui empêchent que
la vérité sur la prétendue recherche médicale soit généralement connue.
Cependant, une fois j’eus la grande chance d’y réussir lorsqu’en janvier
1976 parut en Italie chez l’empire éditorial Rizzoli (quotidiens, livres,
hebdomadaires, cinéma), mon premier livre qui n’était pas un roman
mais un essai, un exposé dans lequel je dévoilais les secrets défendus de
l’actuelle recherche médicale industrialisée qui, peut-être sans le vouloir
mais par incapacité et l’anxiété du gain, fabrique les nouvelles maladies
et empêche la guérison des anciennes : IMPERATRICE NUDA. Ce
fut une sensation éditoriale sans précédent qui retentit jusqu’à la presse

 étrangère et au Parlement italien, où il causa des interpellations en
pleine période électorale.
Mon coup de chance fut que, comme tous les hommes d’affaire
importants, le jeune Angelo Rizzoli qui venait de prendre en main les
rênes de la grande entreprise héritée de son grand-père, n’avait pas le
temps de lire des livres, étant trop occupé à étudier des chiffres. Mes
romans avaient du succès. L’un avait même été porté à l’écran avec Kirk
Douglas, un autre avec Anthony Quinn et Peter O’Toole. Il n’en fallait
pas plus pour établir la réputation d’un écrivain. Lorsque je proposai à
la Maison Rizzoli une nouveauté, IMPERATRICE NUDA, que je venais
d’écrire directement en italien, ma langue maternelle, la Maison accepta.
N’ayant pas lu le livre, Rizzoli ne se doutait pas — moi non plus
d’ailleurs — qu’en le publiant, il casserait les pieds de la multinationale
Montedison, une force politique en Italie, qui était sa principale créancière
et maintenait à flot sa vaste entreprise depuis qu’elle était en difficulté
financière.
Rizzoli dû faire amende immédiate. De ce fait, mon nouveau succès
ne fut qu’un feu de paille. Les volumes disparurent presque du jour au
lendemain de toutes les librairies, avec l’explication aux clients que
l’édition était épuisée et que la nouvelle viendrait de suite. Ce ne fut pas
le cas. J’habitais Rome à ce temps-là et je visitais tous les jours la grande
librairie Rizzoli du centre, un endroit mondain, et j’étais devenu ami
du directeur et des vendeurs. L’un d’eux me conduisit au sous-sol et me
montra les cartons d’Imperatrice nuda qui y avaient été relégués.
Finalement, je dû prendre un avocat pour rentrer dans les droits de
pouvoir republier moi-même le livre que j’avais écrit.
Ma version allemande du livre, publiée par l’éditeur Franz
Hirthammer de Munich (aucun éditeur suisse y aurait touché !), servit
de base à mon compatriote Franz Weber, fameux écologiste, pour lancer
avec moi un référendum pour l’abolition totale de la vivisection en
Suisse. Il y avait eu d’autres référendums contre la vivisection en Suisse,
qui est la citadelle de cette aberration, mais en en demandant seulement
la réduction pour des raisons de piétisme. Le nôtre, par contre, était le
premier référendum au monde qui demandait l’abolition totale pour
des raisons scientifiques et médicales, avalisées par des docteurs internationaux
de renom que j’avais collectionné au cours des années,
comme le chirurgien allemand le Dr Hartinger, le professeur italien
Croce, le professeur américain Mendelsohn. Aucun Suisse ! Ils auraient
risqué leur licence !

Ce fut Franz Weber lui-même qui me trouva un éditeur ami pour la
version française du livre, sans laquelle il ne pouvait lancer le référendum
: les excellentes Éditions Pierre Favre de Lausanne, fameuses pour
avoir édité entre autres grands titres aussi Terre des Hommes
d’Edmond Kaiser. Craignant que les Suisses ne comprennent pas
l’Impératrice nue, Favre la retitra Ces bêtes qu’on torture inutilement.
Le 8 juin 1980, dès que l’édition française fut enfin prête, Franz Weber
organisa une grande conférence de presse à Berne dans laquelle il
annonça sa nouvelle initiative.
Pendant cinq ans et demi, ce référendum fut âprement combattu par
la coalition des institutions helvétiques au grand complet : Parlement,
banques, corps médical, médias, journaux, partis politiques, tous, sans
exception. Quant à l’industrie chimique, la principale intéressée au
maintien du statu quo, elle paya dans le cours des cinq années des
dizaines de millions de francs suisses à une entreprise de relations
publiques pour nous combattre de toutes les manières et même
convaincre la population que la réussite du référendum obligerait la
plus grande industrie du pays à se transférer au Tiers Monde avec la
plupart de ses dépendants.
Puisque pour la première fois la controverse ne touchait pas les animaux
et la compassion mais la science et la médecine, ce fut aussi la
première fois que dans les débats publics on vit l’inanité des porte-paroles
de l’industrie chimique lorsqu’ils venaient confrontés par des
hommes de médecine non inféodés à la chimie ; des hommes libres,
venus de l’étranger. Pendant la dernière quinzaine précédant le vote, en
dépensant fleuves d’argent — qui à nous faisait défaut — nos ennemis
créèrent une véritable atmosphère terroriste en Suisse, tapissant les
journaux et les endroits stratégiques de certaines villes avec des affiches
criant par exemple : «Voulez-vous que vos fils tombent malades de
polio ? Alors votez OUI au référendum !»
Cela se passait au mois de novembre 1985, quand les auteurs de ce
dernier bonbon n’avaient pas encore été ridiculisés par Science, la prestigieuse
revue américaine qui, dans le numéro d’avril 1986, communiquait
dans un article de Daniel Jack Chasan intitulé «Le Paradoxe de la
Polio» : Un des deux vaccins anti-polio a été pour la plupart abandonné
aux Etats-Unis, l’autre est la cause principale de la maladie. Le vaccin
«vivant» (celui de Sabin) est actuellement le «vaccin de choix» aux
Etats-Unis. Il est aussi la cause principale de la polio. En 1982 et 1983,
d’après le Morbility and Mortality Weekly Record du Centre Fédéral
du contrôle de la maladie, il en était la seule cause.

Pour la disparité des moyens à disposition de nos nombreux ennemis
institutionnalisés (Parlement, banques, médias, journaux, partis politiques)
et le chantage économique exercé sans pudeur par notre industrie
chimique (menace d’expatrier) notre défaite était prévue comme
tout aussi écrasante que lors des référendums précédents. Mais le
monde entier fut surpris par le nombre de «OUI» obtenus dans notre
petit pays : presque la moitié de ce qu’avait su obtenir le mastodonte
pharmaceutique avec son armée de puissants.
Un petit titre dans un journal américain annonça ainsi l’issue du référendum
: «Le peuple suisse choisit de protéger ses emplois plutôt que
ses animaux».
Si le rédacteur en charge avait été mieux informé, il aurait dit : «Le
peuple suisse choisit de protéger les profits de la chimie plutôt que sa
propre santé».
En 1991, les Nouvelles Presses Internationales de Toulouse republièrent
la version française, la retitrant Expérimentation Animale : Honte
et échecs de la Médecine. C’est sous ce titre qu’elle existe en France
aujourd’hui.
En même temps qu’en Allemagne, IMPERATRICE NUDA sortait
aussi aux Etats-Unis au printemps 1978. Sa préparation a été tout un
programme, une odyssée qui dura un an et demi. En plus de 20 ans
d’engagement comme écrivain, je n’avais jamais encore reçu de tels
compliments et encouragements de la part d’un éditeur. Et c’était la
plus grande maison de livres de poche d’Amérique, Bantam Books. Le
23 novembre 1976, Roger F. Cooper, un des principaux rédacteurs de la
Maison, m’écrivait : Je suis ravi de prendre en charge la mise au point
de votre livre. Puisque c’est un livre controversé, nous vous prions
d’envisager la possibilité de venir nous voir à New York pour clarifier
certains points ou substancier certains passages avec notre avocat. Ci-joint
notre rapport légal avec une liste de questions. Jusqu’alors, je
veux simplement réitérer l’enthousiasme de nous tous ici chez Bantam
pour ce livre et notre confiance quant à la résolution facile des questions
légales.
Je séjournai trois semaines à New York comme invité de Bantam
Books dans un hôtel de Manhattan, le quartier où j’avais passé presque
huit ans de ma vie. Là se trouvent Rockefeller Center et réunies sur un
mouchoir la plupart des agences littéraires des Etats-Unis, la douzaine
des principaux éditeurs et la rédaction des organes nationaux majeurs
comme NewsWeek, Time & Life, New York Times.

Le premier problème à résoudre fut inattendu. Apparemment, assez
de vestiges du puritanisme d’antan subsistaient encore aux Etats-Unis
pour faire craindre au Conseil que le public pourrait objecter à la nudité
promise par le titre, surtout s’agissant d’une impératrice. On décida
de le retitrer Le Massacre des Innocents, auquel personne ne pouvait
objecter puisqu’il évoquait la Bible.
Tout le reste fut plus facile à résoudre. Deux après-midis passées
dans le bureau de l’avocat Florence Heather, qui était aussi membre du
Conseil de Bantam Books, et quelques visites aux rédactions dont l’avocat
voulait consulter les archives éditoriales, suffirent. Nous signâmes le
contrat fixant la date de publication au 2 avril 1978 en un premier tirage
de 200.000 exemplaires, ce qui est normal dans un pays où tout est
en grand, et je rentrai en Europe, anxieux de commencer mon nouvel
exposé qui est celui que vous êtes en train de lire à présent.
Je serai bref. Bantam Books n’avait pas écouté mon conseil de maintenir
la sortie du livre secrète jusqu’au dernier jour, au contraire.
Croyant bien faire, ils avaient distribué 3600 exemplaires à recenser
avec trois semaines d’avance sur la date de publication à autant de
science writers (rédacteurs scientifiques), pour lesquelles le sujet de
l’expérimentation animale est bien connu comme le plus strict tabou
éditorial. Résultat : encore pire qu’à Rome. Non seulement pas de
volumes dans les librairies, mais pas même une seule recension dans la
presse générale, qui pourtant n’avaient jamais ignoré tous mes autres
livres sortis en Amérique.
Une industrie peut-elle avoir un tel pouvoir sur les moyens d’information
? Deux vétérans des lettres et de la politique n’en doutent pas.
L’un est l’ex-agent secret anglais John Le Carré qui, avec L’espion qui
venait du froid a créé un genre littéraire. Dans son dernier roman, que
le Times de Londres anticipa à ses lecteurs en livraisons, c’est une multinationale
pharmaceutique, emblématique de toutes les autres, qui
cette fois joue le rôle du méchant.
Le Carré dit : «Ils mentent sur tout, sur n’importe quoi. C’est
incroyable comme les moyens d’information ne s’opposent pas aux
corporations. Même s’il y a un motif. Les directeurs risquent leur poste
et les éditeurs risquent de se faire des ennemis». Évidemment, c’est un
risque que Le Carré, tout en ayant atteint l’âge de 72 ans, la célébrité et
la richesse, ne veut pas courir. Il écrit : «Je ne puis révéler les noms des
compagnies, autrement nous finirions tous au tribunal».

L’autre vétéran des lettres et de la politique est le non moins célèbre
Jean Ziegler (La Suisse au dessus de tous les soupçons), Professeur de
sociologie à l’Université de Genève et enfant terrible du Parlement suisse.
Le titre de son nouveau livre dit presque tout : Les Seigneurs du
Crime. Selon lui, depuis une vingtaine d’années, les sociétés démocratiques
qui vivent sur notre continent sont menacées par de nouvelles et
redoutables mafias qui tirent parti de l’effondrement du communisme,
de la déréliction de certains États, de la globalisation financière et de la
mondialisation du libéralisme. Ces nouveaux parrains avancent masqués,
vivent dans l’ombre, nul ne connaît leurs visages ou leurs noms
véritables.
Sortant de cultures profondément diverses, Le Carré et Ziegler semblent
partager avec un nombre croissant d’individus pensants la même
préoccupation, que le crime organisé soit en train de s’emparer des institutions
et que dans certains pays il y soit déjà parvenu. La globalisation
dont on parle tant, inclurait-elle la globalisation du crime ? Ce qui
confirmerait l’ancien dicton selon lequel «pour que le Mal triomphe, il
suffit que les Bons ne fassent rien». Évidemment, le monde est trop
plein de Bons.
Me rendant compte qu’il ne serait facile dans aucun pays de trouver
un éditeur pour un livre comme IMPERATRICE NUDA, je le proposai
avant tout à ceux qui avaient publié avec succès mes romans. Ils étaient
parmi les plus importants du pays. En Allemagne, c’était Rowohlt,
Ullstein, Tauchnitz, Fischer. En Angleterre, Collins, Hutchinson, New
English Library. En France, Albin Michel, Laffont, Calman-Lévy. Tous,
je dis bien tous, le rejetèrent sans aucune considération (…). De même
que les éditeurs moins importants auxquels je le proposai par la suite.
C’est pourquoi mes lecteurs français ont dû attendre une vingtaine
d’années pour pouvoir lire ce nouvel ouvrage.

PREMIÈRE PARTIE

LE DOGME FALLACIEUX

«LE LEGISLATEUR»

suite…

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