LE CRIME CONTRE DIEU



Auteur : Dor Xavier
Ouvrage : Le crime contre Dieu
Année : 1998

INTRODUCTION
Le mouvement SOS Tout-Petits est né du désespoir car, pire que l’avortement, il y avait le silence
dont il s’entourait. Non seulement nous pouvions et, dans une certaine mesure, on nous
encourageait à tuer nos enfants, mais encore il fallait se taire. C’était les tuer deux fois. Un
ministre disait que la loi était généralement acceptée, et c’était vrai, au moins en apparence.
Nous avions le meurtre, et nous avions l’anesthésie pour oublier le meurtre. Le plus triste était le
silence, ou presque. Non du pape qui parlait beaucoup de ce sujet. Mais de nos évêques qui ne
l’écoutaient guère.
J’avais participé à des réunions, des manifestations, distributions de tracts. Avec Jean-
Bernard Grenouilleau, magistrat, un des fondateurs de Laissez-les-vivre, qui n’était jamais à court
d’idées, nous avions été sur les plages d’été pour diffuser le Cri silencieux grâce à un
rétroprojecteur et un écran placé à l’arrière d’une camionnette. Sur les portes de celle-ci, on avait
affiché des images des victimes d’avortement. Les enfants qui passaient disaient ce que j’ai
souvent entendu dans leur bouche depuis « Si ma maman m’avait tué, je ne serais pas là ». Cette
évidence ne frappait que les enfants. La camionnette, une Renault rouge, n’avait jamais caché
son appartenance. Elle finit au combat une nuit, en banlieue parisienne : elle fut incendiée.
Bien avant, en 1978, deux centres d’avortement avaient été occupés de façon pacifique par des
jeunes gens du Mouvement chrétien de la jeunesse de France et de la Cité Catholique, l’une à
Paris, à l’Hôtel-Dieu, l’autre au centre hospitalier de Lille. Cela fit du bruit. J’avais connu l’une des
participantes de l’opération de l’Hôtel-Dieu, une belle jeune femme qui portait une superbe
tresse. Elle fut prise par les cheveux et traînée dans les couloirs.
Nous étions en 1986. Que tenter? Pourquoi ne pas reprendre ce qui avait été si bien fait en 1978.
Nous avions le même esprit. Nous étions des catholiques fervents. L’initiative était française et
non américaine. Je dois dire ici que, pas plus les opérations de 1978, que celles que nous avons
pu faire par la suite n’ont été empruntées des Américains. Nous ne savions pas alors grand-chose
d’eux et plus tard leur exemple nous a plus réconfortés que guidés. Il ne manquait aux
interventions de Paris et de Lille que la répétition et aussi une certaine orchestration, puisque
nous luttions contre le mur du silence.
Nos moyens étaient ceux de la guérilla, la surprise, le petit nombre, les armes à prendre chez
l’adversaire, la publicité qui était presque entièrement dans leurs mains et la fragilité de leur
conscience, celle-ci étant la plus redoutable pour eux. Ces moyens qui nous paraissent assez
clairs maintenant, étaient à l’époque plus confus.
Le 30 octobre 1986, je réunissais quelques amis dans mon laboratoire de la Pitié-Salpêtrière.
Nous étions cinq. Je me suis dit alors que nous aurions des épreuves, que nous ferions des
erreurs et même aussi des péchés mais de toute façon nous étions des pécheurs et le pire était
de ne rien faire, ou à moitié ; c’est nous alors qui aurions eu mauvaise conscience.
Très vite nous rejoignit Françoise Robin, infirmière anesthésiste, courageuse, qui dans la clinique
où elle travaillait, avait refusé de participer aux avortements. Menacée — on lui envoyait des
brancards dans les jambes, mise en quarantaine, on finit par la renvoyer.
Avec elle, le mouvement prit un véritable essor. Beaucoup de jeunes gens vinrent nous rejoindre.
Nous nous entendions bien et pourtant, après un peu plus de quatre ans, nous dûmes nous
séparer. Très attachée au dialogue, elle préféra, sur le conseil des évêques, abandonner les

tracts, les banderoles, les journalistes et l’effet de surprise pour se consacrer à des rendez-vous
avec des médecins acceptant la discussion. C’était à mes yeux perdre un grand poids. Beaucoup
nous quittèrent et ainsi naquit « Source de vie ».
En octobre 1988, à l’occasion de la venue du pape à Strasbourg, fut fondée la Trêve de Dieu par
Claire Fontana. Celle-ci était venue quelques fois avec nous, puis avait préféré former son propre
groupe qui devait comme le nôtre occuper les centres d’avortement mais de façon plus appuyée
et plus organisée.

BUT ET METHODE
On pourrait comparer la situation française à celle d’un bateau qui coule en raison d’un trou dans
la coque au-dessus de la ligne de flottaison. Le bateau, c’est la société, le trou dans la coque, c’est
la loi sur l’avortement. Certains, avec des embarcations, se portent au secours des naufragés.
D’autres pensent surtout à obturer la voie d’eau. Les premiers vont au plus pressé. Ils agissent sur
les effets de la loi. Les seconds combattent la loi plus que ses effets. Les premiers agissent en aval
et à court terme, les autres en amont et à long terme. La charité des premiers est individuelle.
Celle des seconds est collective, politique. C’est la nôtre.
Deux moyens sont propres à éveiller la conscience de cette charité politique : la prière et
l’information.
La prière nous relie au surnaturel. Elle nous unit à Dieu. Elle est force et refuge. Elle est la
respiration de l’âme et à ce titre, ne peut cesser sous peine de mort spirituelle. L’information est
importante car l’avortement doit beaucoup à l’ignorance scientifique sur les débuts de la vie, sur
ce qui la précède (l’hérédité), et ce qui la suit (le développement). Le plus frappant, c’est la
continuité de l’être humain depuis la conception jusqu’à l’achèvement de l’individu. La
connaissance scientifique renforce la connaissance morale, philosophique, politique,
démographique. Nous intervenons à l’endroit même où la loi est appliquée : les centres
d’avortement. C’est là que nous avons le plus de poids. Nous avons été soit à l’intérieur soit à
l’extérieur de ces centres, et toujours de façon pacifique.
À l’intérieur, nous restons dans le hall ou nous pénétrons dans le sas du bloc opératoire, sans
nuire à l’asepsie. Nous n’avons jamais utilisé de chaînes pour nous attacher entre nous ou à un
objet mais nous admirons ceux qui prennent ainsi sur eux la violence faite à l’enfant. La loi
Neiertz, loi de circonstance faite à l’encontre des « commandos anti-IVG », a montré importance
de nos actions dans les centres.
A l’extérieur, on ne voulait pas davantage de nous, et ceci en contradiction avec la Constitution
qui reconnaît le droit de manifester librement une opinion. En matière d’avortement, la
République foule au pied ses propres lois :

· l’assistance à personnes en danger,
· la liberté de manifester (piétinée par les arrêtés et interdictions préfectoraux),
· la difficulté de nos actions extérieures n’est pas venue seulement de l’État, mais aussi des
contre-manifestants qui se livrent contre nous à un véritable terrorisme dont se servent
les autorités.

Dans nos tracts nous mettons Dieu dans les coeurs et dans la cité et nous ajoutons :
— un accueil à bras ouverts de la femme et l’enfant ;
— une politique familiale digne de ce nom : bonne éducation, respect du mariage, aides
appropriées, salaire maternel ou parental ;
— une grande facilité d’adoption ;
— l’abolition pure et simple des lois abominables qui ont permis le plus grand massacre de tous
les temps.

CARACTERISTIQUES
Le mouvement est confessionnel, catholique, c’est-à-dire universel, ouvert à toute bonne
volonté. Il a été consacré au Sacré-Coeur de Jésus, au Coeur immaculé de Marie et à Saint-Joseph,
le 7 décembre 1990 à Notre-Dame de Nazareth (Paris 15e). Ce caractère, disait Arnaud de Lassus,
est son trésor. On nous l’a reproché. Certes, il peut effrayer, repousser, mais il peut attirer aussi,
même les incroyants.
Il nous apparaît d’autant plus nécessaire et approprié qu’à travers l’avortement devenu
institution, la guerre est faite à Dieu plus qu’à sa création. Il s’agit en fait d’une guerre de religion,
celle de l’homme qui se fait Dieu, contre celle de Dieu qui s’est fait homme.
Le mouvement est pacifique. Non pacifiste — la paix à tout prix — ni non-violent — terme
négatif, mais dans le sens que saint Augustin donnait à la paix :  » tranquillité de l’ordre », paix
véritable. Très souvent on nous a reproché d’être violents, mais sans motif. On devrait plutôt
nous accuser de douceur, plus redoutable car elle montre une force d’âme plus haute et souligne
la violence d’en face. La violence ne nous serait d’aucun service.
Pour ce qui est de l’assistance à personne en danger nous avons le plus souvent échoué, encore
que l’on ne connaisse pas tout, et a fortiori le fond des consciences. L’avortement est souvent
différé après notre passage. Parfois même, il se passe presque sous nos yeux. Nous y assistons
impuissants comme au centre hospitalier de Colombes ou à Antoine Béclère à Clamart. La
personne en danger est l’enfant mais aussi la mère, car l’acte est irréparable pour elle comme
pour lui, et elle en est responsable.
Assistance à société en danger, pourrait-on dire. C’est sans doute là que nous avons le mieux
réussi, à en juger par les réactions de nos adversaires : hostilité croissante, loi Neiertz, procès et
peines multiples, manifestations étouffées ou interdites. Mais peut-on enchaîner l’esprit et peser
constamment sur les consciences ?

1. HÉRÉDITÉ, FÉCONDATION ET DÉVELOPPEMENT
L’embryologie et plus encore la génétique sont de science récente. La fécondation fut trouvée, au
milieu du 18e siècle, par l’abbé Lazzaro Spallanzani. Celui-ci avait revêtu d’un petit caleçon le
corps d’un grenouille mâle et l’empêchait de féconder ainsi les oeufs de la femelle. Les premières
lois sur l’hérédité furent découvertes peu après le milieu du 19e siècle par un moine, Gregor
Mendel, en croisant différentes variétés de petits pois. Abbé et moine, on remarquera ici
l’entente entre la foi et la science. On remarquera aussi notre parenté avec les grenouilles et plus
loin encore avec les petits pois, puisque des lois communes régissent les mêmes phénomènes
dans le monde animal comme dans le monde végétal.

L’HÉRÉDITÉ
Les chromosomes sont le support de l’hérédité. Ils occupent le noyau de la cellule, et
apparaissent avec netteté à la métaphase, lors de la division de celle-ci. Ils ont alors une forme de
bâtonnet et se répartissent dans le plan équatorial de la cellule, prêts à se diviser dans le sens de
la longueur. C’est le stade qui est choisi pour l’étude du caryotype (carte de l’équipement
chromosomique de la cellule).
Les chromosomes sont constitués de protéines et de molécules d’ADN, les premières servant de
soutien aux deuxièmes. Dans chaque chromosome, l’ADN est disposé en deux brins enroulés l’un
autour de l’autre en spirale. Les gènes sont les segments de cette double chaîne d’ADN. Ils
s’étagent le long des chromosomes, chacun occupant sur ceux-ci un emplacement défini. Ils
gouvernent un ou plusieurs caractères héréditaires.
Les chromosomes — avec les gènes qu’il portent —se dédoublent. Les deux brins d’ADN en se
déroulant et en s’écartant l’un de l’autre permettent chacun la transcription — ou la
réplication — de brins complémentaires, l’opération aboutissant à la formation de deux
chromosomes identiques au premier. Les éléments constituant les nouveaux brins sont puisés
dans le milieu cellulaire.
Chromosomes et gènes vont par paire : l’organisme est diploïde, chaque cellule contenant 2n
chromosomes. Un élément de la paire est d’origine maternelle et l’autre d’origine paternelle.
Les gènes qui se font face dans la même paire ont la même fonction (par exemple, la couleur
d’un petit pois) et l’exercent soit de la même manière (couleur verte des deux côtés), soit
différemment (couleur verte d’un côté, jaune de l’autre). Dans le premier cas, le sujet est
homozygote, dans le second il est hétérozygote.
La composition et le nombre de chromosomes varient avec les espèces. Chez l’homme, leur
nombre est de 46, répartis en 23 paires, dont 22 sont dites autosomiques, et
une hétérosomique qui détermine le sexe : XX chez la femme, XY chez l’homme, l’Y étant de plus
petite taille que l’X.
Une cellule se divise en 2 cellules filles, chacune d’elles recevant un nombre égal de
chromosomes. La division se fait par mitose et par méiose.

La mitose est caractérisée, à chaque division, par la réplication des chromosomes. Non
seulement celle-ci multiplie par 2 le nombre des chromosomes et maintient constante
la diploïdie 2n, mais encore elle les fait identiques. La mitose est le propre des cellules
somatiques, c’est-à-dire de la plupart des cellules de l’organisme.
La méiose (du grec meion, moins) est caractérisée par l’absence, lors d’une des dernières
divisions, de la réplication des chromosomes. Les paires se dédoublent mais non les
chromosomes eux-mêmes. Non seulement chaque cellule fille ne reçoit plus que 23
chromosomes — d’où l’haploïdie n — mais encore ceux-ci sont différents d’une cellule à l’autre. Il
n’y a pas eu copie mais simplement scission. La méiose est le propre des cellules sexuelles, ou
gamètes, mâles ou femelles.
En l’absence de sexualité, une cellule, en se divisant, donne deux cellules filles identiques. Avec la
sexualité, deux cellules qui ont toute chance d’être dissemblables, s’unissent pour donner un
nouvel individu.
En introduisant une différence, la sexualité engendre à la fois diversité et unicité.
La diversité : elle est presque infinie, tant est grand le nombre des combinaisons possibles dues
au brassage génétique. La sexualité, d’apparition très ancienne, serait à l’origine du
buissonnement des espèces et, avec les conditions du milieu, l’un des grands facteurs de
l’évolution : sexualité et nécessité, et non hasard et nécessité, puisque le hasard n’existe pas,
mais seulement notre ignorance. La vie n’est ni aveugle, ni gratuite, même si elle est un don. Elle
est bien davantage que la sexualité. La vie est intelligente et l’hérédité, diversifiée par la
sexualité, en est la mémoire.
L’unicité : l’individu est tellement unique qu’il y a peu de chances pour qu’avant lui et après lui, il
y ait un individu identique. Cette unicité disparait avec la vraie gémellité et le clonage — où
plusieurs sujets ayant le même équipement génétique répètent le même individu.

FECONDATION
Conception, fertilisation, fécondation : ces mots désignent la même chose, l’union d’une cellule
femelle, l’ovule, avec une cellule mâle, le spermatozoïde.
L’ovule est arrondi, volumineux, chargé de réserves nutritives, sans mobilité propre. Le
spermatozoïde est effilé, trois cent fois plus petit que l’ovule et grâce à un long flagelle, très
mobile.
La fécondation a lieu dans le tiers externe de la cavité de la trompe utérine. L’ovule vient de
l’ovaire et d’un follicule. Entouré d’une membrane pellucide, il est déposé dans la trompe par les
franges terminales de celle-ci qui viennent le prendre sur l’ovaire.
L’insémination apporte des millions de spermatozoïdes qui cheminent dans les voies génitales.
Après une vingtaine de minutes, un certain nombre d’entre eux parviennent dans la trompe et
entourent l’ovule. Un seul y pénètre tout entier, tête et queue. La cause de l’attraction de l’ovule
sur le spermatozoïde paraît être d’ordre chimique. En dehors de la fécondation, les gamètes
n’ont pas d’avenir. La survie d’un ovule peut être d’une douzaine d’heures. Celle des

spermatozoïdes, beaucoup plus longue, jusqu’à cinq à sept jours. Dès l’entrée du spermatozoïde
dans l’ovule, celui-ci déclenche un mécanisme qui empêche tout autre spermatozoïde de
pénétrer. L’ovule se rétracte et rejette un liquide qui s’accumule entre lui et la membrane
pellucide. Le spermatozoïde perd sa queue. Son noyau et celui de l’ovule se gonflent, se
rapprochent et s’accolent. Leurs chromosomes s’additionnent (23+23 = 46) et rétablissent ainsi
la diploïdie. Le sexe est déterminé par l’X ou l’y porté par le spermatozoïde. Ce stade unicellulaire
est celui — très fugace — de l’oeuf ou zygote (d’un mot grec signifiant joug, union).
L’oeuf se divise presque immédiatement en 2 cellules, puis 4, 8, 16, 32, suivant une progression
binaire. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le nombre de divisions cellulaires — de la
fécondation au foetus à terme — n’est pas très élevé, une quarantaine environ. Les cellules se
multiplient, se différencient, se groupent par familles pour former des tissus, ceux-ci
s’assemblant en organes destinés à une ou plusieurs fonctions.
La fécondation  » apparaît donc comme la mise en place d’un programme architectural et
fonctionnel qui détermine toutes les caractéristiques de l’individu  » (Y. Malinas). Aussi bien les
caractéristiques générales : place dans l’échelle des êtres (embranchement des vertébrés, classe
des mammifères, ordre des Primates,…) et appartenance à l’espèce humaine ; que les
caractéristiques physiques et psychiques qui font de lui un être unique, sauf en cas de vraie
gémellité.
Ses caractères généraux lui viennent des 46 chromosomes dont il a hérité et ses caractères
particuliers de la combinaison de ces chromosomes, 23 d’origine paternelle et 23 d’origine
maternelle.
L’oeuf contient toute l’humanité et la singularité de l’individu. Il est un être humain dès ce stade.
Il n’est pas un être humain potentiel, mais un être humain « avec un vaste potentiel » (J.C. Willke).
En revanche, spermatozoïde et ovule sont des êtres humains partiels et potentiels, puisque seule
leur union peut donner un être humain.

L’EMBRYON
L’oeuf se divise à l’intérieur de la membrane pellucide. La première division dure 24 heures. Avec
elle, l’oeuf cesse d’être un zygote pour devenir un embryon (d’un mot grec signifiant : qui se
développe à l’intérieur).
Il existe un stade à 3 cellules, la deuxième division affectant l’une des cellules filles avant l’autre.
Les deux premières divisions sont longitudinales dans des plans perpendiculaires. Les quatre
premières cellules sont de taille égale. Elles sont totipotentes comme l’oeuf lui-même, c’est-à-dire
capables de donner chacune un individu complet.
La troisième division est transversale et inégale : 4 petites cellules surmontent 4 grosses cellules.
Les petites cellules, en se multipliant, entourent les grosses et donnent le trophoblaste qui est à
l’origine du placenta. Les grosses cellules donnent le bouton embryonnaire.
L’oeuf est propulsé par les contractions de la trompe et les mouvements de son revêtement
ciliaire.
Au quatrième jour, l’embryon a l’aspect d’une petite mûre (stade de morula).

Puis le trophoblaste, en s’accroissant, se détache d’une partie du bouton embryonnaire. Une
petite cavité apparaît entre les deux. Cet aspect de vésicule correspond au stade de blastula (6e
jour, 128 cellules). C’est à ce jour, que l’embryon s’implante dans la muqueuse utérine par son
trophoblaste.
Trois jours plus tard, par un message hormonal, il arrête les règles maternelles. On remarquera
que chez la poule, l’oeuf est pondu et couvé au stade de blastula, la fécondation ayant précédé la
formation de la coquille.
Le bouton embryonnaire se creuse à sa partie supérieure d’une cavité qui se remplit de liquide, la
cavité amniotique. À sa partie inférieure, il se différencie en 2 couches cellulaires ou feuillets.
L’un superficiel, l’ectoplasme (à cellules hautes), l’autre profond, l’endoblaste (à cellules plates).
Les deux feuillets superposés forment le disque embryonnaire. L’embryon est alors diblastique.
La division du bouton embryonnaire peut donner jusqu’au 14e jour de vrais jumeaux.
L’embryon devient rapidement triblastique grâce à la gastrulation : des mouvements cellulaires
introduisent les éléments d’un troisième feuillet — le mésoblaste — entre les deux précédents.
La plupart des animaux sont triblastiques sauf certains, très simples, comme les éponges, qui
sont diblastiques. Tous les tissus et organes viennent de ces trois feuillets.
L’ectoblaste donne la peau, ses annexes — poils, ongles… — et le système nerveux. L’endoblaste
donne l’appareil digestif et ses glandes annexes — foie et pancréas — ainsi que l’appareil
pulmonaire. Le mésoblaste donne le tissu qui entoure les viscères — péritoine, plèvre, péricarde,
méninges —, les tissus de soutien, muscles et squelette, les appareils rénal, sanguin et
circulatoire.
Au moment de la gastrulation, le disque embryonnaire est plat, mais du fait de l’accroissement
de la région dorsale par rapport à la région ventrale — aussi bien en longueur qu’en largeur —
l’embryon proprement dit s’isole de ses annexes, auxquelles il n’est plus relié que par le cordon
ombilical. Simultanément, la cavité amniotique et le liquide qu’elle contient (poche des eaux)
prennent une grande extension et entourent l’embryon.
La cavité amniotique fait défaut chez les vertébrés aquatiques et amphibiens dont les oeufs sont
pondus et se développent dans l’eau. Mais il apparaît chez les vertébrés terrestres — reptiles,
oiseaux, mammifères— où il fournit le milieu aqueux indispensable au développement de leurs
oeufs. Les premières sont dites anamniotes, les deuxièmes dont nous sommes, amniotes. La
rupture prématurée de la poche des eaux est rapidement mortelle pour l’embryon et plus tard
pour le foetus.
Tissus et organes se forment pendant la période embryonnaire et déjà certaines fonctions
apparaissent. La première à se manifester est la fonction circulatoire, nécessaire au
développement de l’embryon.
Le coeur résulte de l’union, sur la ligne médiane et ventrale de l’embryon, de deux tubes primitifs
latéraux. Il constitue ainsi un département central qui collecte le sang en amont et l’évacue en
aval. Le coeur bat au 19e jour avant même l’apparition de la circulation. D’abord simple tube
rectiligne, il se plie sur lui-même, se compartimente en cavités successives et se cloisonne
longitudinalement d’amont en aval de telle sorte que soient isolés deux courants, l’un artériel,
l’autre veineux.

Le sang et les vaisseaux se forment à l’extérieur et à l’intérieur de l’embryon. Sa circulation est
close, mais reliée à la circulation maternelle par le cordon ombilical et le placenta. Les deux
circulations sont en échanges constants, l’embryon recevant l’oxygène et les éléments nutritifs,
et rejetant gaz carbonique et déchets.
Le système nerveux apparaît sous la forme d’une plaque (18e jour) dorsale et axiale dont les
bords se soulèvent pour former une gouttière, puis un tube lorsque les bords se rapprochent et
fusionnent. La fermeture, d’abord limitée à la partie moyenne du tube, s’étend ensuite à ses deux
extrémités, antérieure pour donner l’encéphale, et postérieure pour donner la moelle lombosacrée.
L’ébauche de l’oeil est extrêmement précoce et apparaît comme une excroissance latérale à la
base du cerveau. C’est alors un pédoncule à l’extrémité duquel se forme une petite coupe, la
vésicule optique, qui donne la rétine. Dans cette vésicule va s’enfoncer l’ectoblaste qui donnera
plus tard le cristallin.
La région antérieure prend une grande importance du fait du développement de l’encéphale et
de l’apparition du système branchial.
La formation du cou est tardive. A son extrémité postérieure, l’embryon porte une petite queue
qui se résorbe rapidement. Les membres antérieurs (au 26e jour) puis postérieurs (28e jour)
apparaissent sous forme de palettes transversales. Époque de formation des tissus et organes, la
période embryonnaire est aussi celle de leur malformation par arrêt ou défaut de
développement (ex : le défaut de fermeture de l’extrémité antérieure du tube neural est à
l’origine d’une encéphalie). La période embryonnaire semble parfois retracer l’histoire de
l’origine lointaine de l’individu ; ainsi le système branchial humain ressemble à un moment à celui
d’un embryon de poisson. Nous ne donnons là que quelques exemples qui montrent que bien
avant le 60e jour, l’embryon acquiert la plupart des fonctions d’un petit être humain.

LE FOETUS
L’embryon atteint sa forme humaine presque parfaite à 8 semaines. Il mesure moins de 3
centimètres du crâne au coccyx, et pèse à peine 3 grammes.
Il n’est pas encore complet puisqu’on ne peut dire à quel sexe il appartient, bien que celui-ci soit
déterminé dès la fécondation. Chez le petit garçon, le sexe apparaît à partir de la 9e semaine,
sous l’influence hormonale du testicule foetal (Jost). Chez la petite fille, il garde un type neutre.
Dès la sixième semaine, on peut enregistrer des ondes cérébrales à l’électroencéphalogramme.
L’embryon fait ses premiers mouvements, mais ceux-ci ne seront perçus que bien plus tard par la
mère, lorsque le foetus aura atteint une taille suffisante (4 mois), car la muqueuse utérine n’est
pas sensible (la sensation vient de la distension du feuillet péritonéal qui recouvre l’utérus à
l’extérieur). À six semaines et demi, il a tous ses bourgeons dentaires (20 dents de lait). À huit
semaines, le petit être humain cesse d’être un embryon pour devenir un foetus et ce jusqu’au
terme. Ses tissus et organes sont formés. Il ne fait plus que grandir et se perfectionner. Déjà, il
nage vigoureusement dans le liquide amniotique et commence à sucer son pouce. Entre la 9e et

la 10e semaine, il peut avaler, loucher et remuer la langue. On enregistre une activité cérébrale
en réaction à la douleur.
À partir de la 11e semaine, il respire — on distingue ses mouvements thoraciques — au début de
façon irrégulière et épisodique, puis soutenue. Il  » respire « du liquide amniotique mais se prépare
déjà à sa vie aérienne.
À douze semaines, stade où fut filmé l’avortement par aspiration dans Le Cri Silencieux (du
Dr. Nathanson), l’enfant cherche à se soustraire à la sonde. Son coeur bat alors deux fois plus vite.
Lorsque finalement il est pris et démembré, il ouvre la bouche, comme pour crier.
À quatorze semaines, il entend. À dix-sept semaines, il rêve, comme en témoignent ses
mouvements d’yeux rapides. À 4 mois et demi, une lumière vive sur le ventre maternel lui fait
mettre les mains devant les yeux. De même, un grand bruit à proximité, lui fait couvrir les oreilles
de ses mains, comme pour se protéger.
La naissance est un bouleversement. L’enfant passe brusquement d’un milieu aqueux au milieu
aérien. Entièrement dépendant de sa mère jusque-là, il acquiert une certaine indépendance. Son
premier acte consiste à respirer. Le contact avec l’air, la ligature du cordon qui le prive de
l’oxygène maternel, déclenche les mouvements respiratoires et les premiers cris. Son deuxième
acte, différé celui-là, est de se nourrir. Il était préparé à la succion de longue date.
Jusque-là, il a encore des réflexes archaïques, comme celui de l’agrippement, saisissant avec ses
doigts l’objet placé dans la paume de sa main. Dans son berceau, l’enfant conserve pour quelque
temps la forme de l’oeuf où il se trouvait.

2. L’AVORTEMENT PROVOQUÉ

LA VICTIME

suite…

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