LES OTTOMANES – AUX TURCS


 
Auteur : Gellion-Danglar Eugène
Ouvrage : Les Ottomanes Aux Turcs
Année : 1854

I.
GUERRE
Lorsqu’au milieu du sénat de Carthage,
Un Fabius dans son rude langage
Des sénateurs bravait la majesté,
Ramenant en sa main quelques plis de sa toge,,
Tandis que son oeil interroge
Farouche et menaçant leur oeil épouvanté :
« Je porte ici, dit-il, ou la paix.-ou la guerre :
» Choisissez! »—« Choisissez! » répondent mille voix:
» Eh bien ! La guerre, alors ! »Et sa main meurtrière,

Laissant tomber les plis que retenaient ses doigts.
Semble secouer sur Carthage
La terreur et le deuil, la flamme et le carnage. (1)
Nous avons vu de même un esclave du knout
Venir parler en maître aux enfants du Prophète,
Et, prodiguant partout
« L’insolente hauteur de ses airs de conquête,
Dire aux Turcs : « Choisissez, de périr par nos mains
» Ou de vous immoler vous-même. »
Toutefois, dans nos temps d’abaissement extrême.
Le Fabius des vieux Romains
N’est plus qu’un Mentschikoff, au coeur bas, au ton haut,
Qui ne se drape point dans les plis d’une toge,
Mais qui loge
La guerre dans son paletot.
De la paix voici le rêve
Qui finit,
Et la guerre qui se lève
Et bondit
Comme un tigre plein de joie
Sur sa proie.
Ah ! Mais c’est que la proie est digne de ses dents :
C’est l’un et l’autre monde,


(1) 219 avant l’ère vulgaire.


Les continents et l’onde.
Dont elle va bientôt saper les fondements.
Eh bien ! tant mieux ! car, dès longtemps la scène
A nos yeux fatigués offre mêmes décors,
Mêmes peuples à grand’peine
Tournant dans les mêmes efforts ;
Il est temps d’ouvrir les trésors
Des révolutions (1), mer terrible et profonde
Dont le flux tour à tour brise et fait naître un monde.
C’est une loi : quand l’univers,
Soumis au joug de la conquête,
N’eut que Rome pour seule tête
De tous ses éléments divers,
Comme le voulait pour l’abattre
Ce saltimbanque impérial (2)
Qui savait au cirque se battre (3)


(1) C’est ainsi que les grands mouvements de peuples
qui eurent lieu sur la terre, il y a six on sept mille ans
constituèrent le monde antique, et que, vers le commencement
du cinquième siècle de l’ère vulgaire, des migrations
semblables enfantèrent le monde moderne. La
direction générale de ces courants humains fut du nord
au sud, et de l’est à l’ouest.

(2) Caligula. Voy. Suétone, Caligula, A’.Y.Y.
(3) Id., ihiii., XXXII.


Et faisait consul son cheval,
II vint des froides solitudes,
Où l’on croyait que les frimas
Des hommes ignoraient les pas,
D’inépuisables multitudes
Qui, semant par tout le chemin
Les ruines et le carnage,
Firent sortir de leur ravage
Vingt peuples, nouveau genre humain.
Craignez que sur nous ne se rue
La continuelle recrue
De peuples et de nations
Que les tristes septentrions
Dans leurs grandes steppes glacées
Des siècles tiennent ramassées,
Pour les précipiter soudain
Sur le monde ivre qui chancelle.
Telle, aux premiers feux du malin.
D’autours une troupe cruelle,
De sa proie épuisant le flanc,
Se repaît de chair et de sang.
Ce monde est vieux : s’il n’a la force
De lui-même se rajeunir,
Tôt ou tard il doit voir venir
Un peuple nouveau qui s’efforce
De fonder un monde nouveau,
Comme au temps de ce Hun farouche,

Que, frémissante, chaque bouche
De Dieu proclamait le fléau.
Quoi qu’il doive arriver, serrons nos rangs : la guerre
Ne peut nous effrayer, et nous savons la faire ;
Et, quelque appétit dévorant
Qu’ait Nicolas le tout-puissant ;
Pour que sa soif soit étanchée.
Quelque fleuve de sang qui doive enfin couler,
Il ne saurait avaler
Le monde en une bouchée.
Honte et malheur à lui !
Si la guerre aujourd’hui
Sur la terre tremblante
Étend sa main sanglante ;
Si chaque laboureur
Pour un cruel vainqueur
Craint de bêcher la terre
Que lui légua son père ;
Si, pour un fils chéri,
Pour un frère, un mari,
Épouses , soeurs et mères
Versent larmes amères ;
Si tout souffre aujourd’hui,
Honte et malheur à lui !

Celte heure est solennelle :
a force au droit ose encore une fois
Faire une guerre criminelle ,
Et l’épée a brisé les lois,
Des nations sainte tutelle.
Gloire à vous, Ottomans ! Quand on vous croyait morts
Vous dormiez ; et le soin de votre indépendance ,
Digne matière à vos efforts ,
Vous a fait souvenir de l’antique vaillance
Qui mit tout l’Orient sous votre obéissance.
Ainsi puisse tout peuple insulté lâchement
Sentir l’affront, et se lever en masse
Pour repousser l’agresseur frémissant,
Et lui rejeter à la face
L’insulte avec le châtiment !

LE PRÊTRE MURÉ

suite…

https://mega.co.nz/#!GAEEWZ7Q!0l8Q71nAMIWDx6ocgT49Tzg1360jiTYTPpxLNx2K1GU