ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ


   
Auteur : Weber Max
Ouvrage : Economie et société Tome 1 Les catégories de la sociologie
Année : 1921

Traduit de l’allemand par
Julien Freund, Pierre Kamnitzer, Pierre Bertrand,
Éric de Dampierre, Jean Maillard et Jacques Chavy
sous la direction de : Jacques Chavy et d’Éric de Dampierre

AVANT-PROPOS
de l’édition française
La traduction de l’oeuvre célèbre de Max Weber que nous proposons
ici au public a été réalisée à partir de la quatrième édition allemande, dont
la pagination figure ci-après entre crochets []. Nous faisons toutefois
exception pour les chapitres I et VII de la seconde partie (sociologie du
droit), dont le manuscrit a été retrouvé et publié en 1960, nous
fournissant ainsi un texte plus sûr. On a donc tenu le plus grand compte
des additions, remaniements, éclaircissements suggérés par son éditeur, le
professeur Johannes Winckelmann, qui ne nous a pas ménagé son aide
en attendant la parution de la cinquième édition en préparation.
Toutefois, nous n’avons pas cru devoir reproduire dans cette édition
française la dernière section du dernier chapitre de la seconde partie,
intitulée « Sociologie de l’État ». Cette section, en effet, que Max Weber
n’avait pas rédigée avant sa mort, consiste à présent en un assemblage
judicieux de textes empruntés à d’autres écrits de l’auteur ; les uns sont
déjà traduits en français, les autres le seront dans leur contexte propre.
De même nous n’avons pas reproduit l’appendice consacré à la
sociologie de la musique que Marianne Weber avait incorporé à la
deuxième édition allemande en 1925 et qui figure dans les éditions
ultérieures. Ce texte, qui examine les conditions auxquelles apparaît en
Occident une musique « rationnelle », avait été publié sous forme
d’ouvrage séparé en 1921 et ne semble pas relever du plan de l’ouvrage
tel qu’il a été arrêté par Max Weber.
Enfin il convient de dire que cette traduction, à laquelle bien des soins
ont déjà été apportés, sera reprise et améliorée avec l’aide de tous ceux
qui voudront bien l’accueillir. Il faut savoir cependant que cette pensée

forte mais compulsive, avide de qualifications, ne s’accommodera jamais
des règles usuelles du discours bien tempéré.
Bangassou, 14 octobre 1969
ÉRIC DE DAMPIERRE

Extrait de la
PRÉFACE
à la quatrième édition allemande
[XI] L’oeuvre capitale de Max Weber – ouvrage posthume – est
publiée ici sous une forme modifiée, en dehors du cadre du Grundriβ
der Socialökonomik dont elle devait constituer la troisième section.
L’éditeur a réalisé cette édition en s’appuyant sur les principes qu’il a
exposés dans la Zeitschrift für die gesamte Staatswissenschaft1.
L’idée directrice en est simple. La première partie de la grande
« Sociologie » de Max Weber, celle qui expose les concepts
fondamentaux, a vu le jour après la Première Guerre mondiale, de 1918
à 1920. En revanche, la seconde partie, sauf quelques adjonctions
ultérieures, a été composée pour l’essentiel avant la guerre, au cours des
années 1911-1913. L’auteur a révélé pour la première fois l’existence de
ce premier manuscrit dans la note liminaire de son Essai sur quelques
catégories de la sociologie compréhensive qui date de 19132. Le plan
de la contribution que Max Weber destinait au Grundriβ der
Sozialökonomik, section III : « Économie et société », a été publié par
lui – le manuscrit, relativement ancien, existait déjà – dans le tableau
synoptique intitulé « Sommaire de l’ensemble de l’ouvrage » qui
accompagnait les volumes séparés de cette oeuvre collective ; ces
volumes ont commencé à paraître à partir de 19143. Étant donné que le
manuscrit de la partie la plus ancienne n’a pas subi de remaniements
importants, nous ne serons pas étonnés de voir que ses éléments
concordent avec le plan primitif. L’idée qui a présidé à la composition du
présent ouvrage est donc manifeste. Le manuscrit le plus récent
développe la toute première section du plan en un vaste exposé,

inachevé, des concepts fondamentaux de la sociologie. Ce plan établi par
Max Weber lui-même pour son esquisse de sociologie compréhensive
sert de base à la présente édition de son oeuvre ; nous le reproduisons
plus bas pour permettre la comparaison et la matérialiser.
Quelques mots d’explication sont indispensables pour nous justifier
d’avoir maintenu le titre : Économie et société. Dans le « Sommaire de
l’ouvrage », la section III portait le titre général d’ « Économie et
société4 » ; elle était divisée en deux grandes sous-sections dont seule la
première, intitulée « L’organisation et les puissances de la société dans
leur rapport avec l’économie5 », devait être rédigée par Max Weber. En
fait, c’est ainsi que devait s’intituler la contribution de Max Weber au
Grundriβ der Sozialökonomik, qui contient sa grande « Sociologie ».
Malgré cela, la dernière oeuvre, et la plus étendue, de Max Weber est
devenue célèbre dans le monde entier sous le titre d’Économie et
société. En effet, la page de titre définitive, modifiée, de la première
édition montre qu’on avait renoncé à incorporer [XII] la seconde
contribution à la section III, intitulée dès lors : « IIIe section, Économie et
société, par Max Weber ». En conséquence, depuis sa parution en
1922, la contribution de Max Weber occupe toute la section III sous le
seul titre : Économie et société6. Deux raisons décisives militent en
faveur du maintien de ce titre alors que l’oeuvre est publiée isolément,
indépendamment de l’ouvrage collectif dont elle faisait partie. D’un point
de vue objectif, il est déterminant qu’à l’avenir la masse la plus
importante de l’oeuvre, toute la seconde partie, pose le titre :
« L’organisation et les puissances de la société dans leur rapport avec
l’économie » ; on a fait précéder cette seconde partie d’une première,
consacrée aux concepts fondamentaux de la sociologie, rédigée plus tard
par Max Weber, et à laquelle il n’a pas donné de titre ; le titre
« Économie et société » se révèle objectivement comme des plus
appropriés pour réunir ces deux parties. D’autre part, dès le début, c’est
ce titre qui a été utilisé pour la sociologie de Max Weber, c’est sous cette

forme et non sous une autre qu’on a l’habitude de s’y référer. Nous
reproduisons ci-après, surmontée du titre de la section, la fraction du plan
primitif qui concerne la contribution de Max Weber.

ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ
L’organisation et les puissances de la société
dans leur rapport avec l’économie

1. Catégories de l’organisation sociale
Économie et droit dans leurs rapports principaux
Relations économiques des groupements en général
2. Communauté domestique, oikos et entreprise
3. Groupement de voisinage, tribu et commune
4. Relations communautaires ethniques
5. Communautés religieuses
Condition de classe des religions ; grandes religions et mentalité
économique
6. La communalisation du marché
7. Le groupement politique
Les conditions du développement du droit. Ordres, classes, partis
La nation
8. La domination
a) Les trois types de domination légitime
b) Domination politique et hiérocratique
c) La domination non légitime
Typologie des villes
d) Le développement de l’État moderne
e) Les partis politiques modernes

A maints égards, l’articulation de la présente édition s’écarte
apparemment du plan primitif de Max Weber. Les deux liasses de
manuscrits posent chacune un problème différent. Les manuscrits les plus
récents développent une typologie des concepts, tandis que les plus
anciens exposent les relations et les évolutions sociologiques. La première
livraison d’Économie et société, la seule publiée par Max Weber luimême,
donnait le début inachevé de l’exposé conceptuel ; celui-ci était
défini comme constituant une première partie, ce qui est souligné tant par
de fréquents renvois à des « exposés particuliers » ultérieurs que par les
remarques de la seconde partie sur une « sociologie générale7 »,
différente des exposés particuliers. En conséquence, la nouvelle édition a
été divisée en deux parties : les « Concepts fondamentaux de la
sociologie », et les exposés descriptifs qui portent pour titre général :
« L’organisation et les puissances de la société dans leur rapport avec
l’économie8 ».
[XIII] La première partie reproduit sans changement le texte de la
première livraison procuré par Max Weber. Les sous-titres de Max
Weber, qui sont les articulations du texte, ont été également utilisés
comme, sommaires des sections et les esquisses d’une typologie des
ordres, retrouvées dans les papiers de l’auteur, ont été ajoutées en
annexe, page 397. La seconde partie reproduit matériellement le texte
des manuscrits les plus anciens dans l’ordre correspondant au plan initial
de Max Weber ; toutefois elle en diffère sur quatre points.
Conformément aux éditions précédentes, les deux sous-sections du
numéro 1 sont devenues chacune un chapitre indépendant, les numéros 2
et 3 ont été réunis en un seul chapitre, de même que la sociologie du
droit, qui existait sous une forme complète et indépendante, a été placée
avant le reste du chapitre correspondant au numéro 7 du plan. Nos
éditions précédentes ne faisaient que traduire l’état du manuscrit.
Dernière divergence avec le plan primitif de Max Weber : les sections d
et e du numéro 8 prévoyaient d’abord une étude séparée de l’évolution

de l’État et des partis modernes. Mais d’autre part, dans la section sur
les « Concepts fondamentaux », qu’il a publiée en 1920, Max Weber
relègue dans la sociologie de l’État la description de la structure et des
fonctions des partis9. De plus, étant donné que les parlements
caractérisent le type de l’ « État légal » moderne « à constitution
représentative » – et Max Weber les traite par conséquent en organes de
l’État – et que, cependant, les parlements ne peuvent être expliqués sans
faire intervenir les partis10, il semble impossible d’étudier séparément les
structures modernes de l’État, des partis et des parlements. Les exposés
concernant l’État rationnel, le parlement et les partis ont été, en
conséquence, réunis dans une section du chapitre consacré à la
sociologie de la domination. Au vu des propres explications de l’auteur,
on peut considérer que sur ces quatre points Max Weber avait
abandonné son plan primitif.
La distribution de la seconde partie a été remaniée suivant les
propositions mûries de l’éditeur. Les titres antérieurs et les sommaires
des chapitres et des sections ont subi un certain nombre de modifications
dans la mesure où une nouvelle disposition, en accord avec le plan
primitif, était nécessaire, et chaque fois que de toute évidence il convenait
de les adapter au résumé des matières ; d’autre part, leur libellé s’écarte
parfois de celui du plan afin de les mettre en accord plus étroit avec le
texte. En outre, certains titres ont été rédigés de façon plus précise que
l’auteur de ces lignes ne l’avait proposé auparavant. Ceci vaut pour la 8e
section du chapitre IX dont le titre, dans sa concision bien wébérienne, a
été rétabli conformément au plan primitif, d’autant plus que, suivant les
indications authentiques de Max Weber reprises dans la section IX,
aucun doute ne peut subsister quand au sens qu’il donne à la catégorie de
« domination non légitime » ; celle-ci est d’abord apparue dans la
civilisation du Moyen Âge occidental avec l’établissement politique des
villes en tant que chose publique « libre » – non pas « libre » au sens de
libération de la domination violente, mais au sens d’absence d’un pouvoir

princier découlant d’une tradition légitime (consacrée le plus souvent
religieusement) comme source exclusive de l’autorité.
Pour ce qui est de l’éblissement du texte, nous avons repris celui des
éditions précédentes, abstraction faite des modifications que nous avons
signalées plus haut, concernant l’articulation, les titres et les sommaires. Il
n’en a pas moins été soumis à une révision minutieuse. Toutes les fautes
d’impression manifestes [XIV] et parfois les inadvertances du manuscrit
ont été éliminées en recourant parfois aux sources. Les corrections
proposées par Otto Hintze11 ont été reprises, à l’exception de quelquesunes.
Hormis corrections nécessaires, le texte n’a pas été modifié. Dans
la 6e section (inachevée) du chapitre IX de la seconde partie, nous avons
procédé en trois endroits à des interversions de texte afin d’en assurer
une articulation plus concluante. […]
Les nombreux termes étrangers empruntés par Max Weber à
l’indianisme, à l’orientalisme et à l’ethnologie ont été vérifiés, nous en
remercions ceux qui ont bien voulu s’en charger sans ménager leur peine :
le pasteur Dr Ernst L. Dietrich (Wiesbaden), le professeur D. Otto
Eiβfeld (Halle), le professeur Dr Helmuth von Glasenapp (Tübingen), le
professeur Dr Hellmut Ritter (Frankfurt am Main), ainsi que le professeur
Dr Franz Termer (Hamburg). Nous remercions également le professeur
Dr Carl Schmitt (Plettenberg), le professeur Dr Rolf Stödter (Hamburg),
et feu le professeur Dr Carl Brinkmann (Tübingen) pour leurs
éclaircissements de certains termes particuliers. […] Seule l’aide
désintéressée de tous ceux que nous venons de nommer a permis
l’établissement d’un texte sûr de l’oeuvre posthume de Max Weber. Ma
reconnaissance s’adresse aussi, et non en dernier lieu, à l’éditeur Hans G.
Siebeck qui a accepté les modifications fondamentales que je lui ai
proposées et m’a confié la réalisation de l’ouvrage, ainsi qu’à la
généreuse collaboration de sa maison d’édition au cours de l’exécution
de notre tâche commune.
On n’a pu recourir au manuscrit d’Économie et société ; il est

introuvable, et peut-être faut-il le considérer comme perdu. Si on le
retrouve un jour, une nouvelle révision du texte montrera si les variantes,
les conjectures diverses proposées ainsi que les titres des chapitres et des
sections de la seconde partie doivent être ou non conservés. Il se peut
aussi que l’on constate des lacunes dans le texte imprimé jusqu’ici. […]
Tous les efforts que nous avons consacrés à établir le texte
d’Économie et société ne peuvent dissimuler le fait que Max Weber est
mort sans avoir terminé sa grande « Sociologie ». Ceci vaut pour le plan
général et pour les morceaux non exécutés de la première et de la
seconde partie – nous parlons en particulier, pour cette seconde partie,
de la sociologie de l’État et de l’exposé de la théorie des révolutions12.
Mais cela est tout aussi vrai si l’on considère que Max Weber n’a pu
introduire les concepts fondamentaux de la première partie auxquels il
était parvenu en 1918 dans le reste du manuscrit qui reflète encore l’état
de sa pensée telle qu’elle est exprimée dans l’ « Essai sur quelques
catégories de la sociologie compréhensive », datant de 191313. Les
exposés de ce dernier essai sont donc toujours sous-entendus dans toute
la seconde partie aux lieu et place de la typologie des concepts de la
première partie. Seul donc peut être donné ici le cadre de la conception
générale, dans la mesure où il a été rempli. Dans les limites ainsi définies,
nous espérons toutefois avoir réussi à donner un texte bien articulé
éclairant comme un tout significatif la structure interne de l’oeuvre et son
ordonnance conceptuelle. Nous aurons alors atteint notre but, qui était de
procurer une édition nouvelle plus lisible, ouvrant un accès plus facile à la
démarche de pensée de l’auteur, tout en permettant une compréhension
accrue pour la plus grande utilité de la recherche, de l’enseignement et de
la culture.
Oberursel, été 1955
JOHANNES WINCKELMANN

PRÉFACE
à la première édition allemande
[XVIII] L’édition de cette oeuvre capitale posthume de l’auteur n’a pas
été sans présenter certaines difficultés. Il n’existait aucun plan général. Le
plan primitif esquissé aux pages X et XI du premier volume du Grundriβ
der Sozialökonomik donnait certes des repères, mais il ne faisait pas état
de points essentiels. La séquence des chapitres a donc dû être décidée
par l’éditrice et ses collaborateurs. Quelques paragraphes étaient
inachevés et ont dû le rester. Le sommaire des chapitres n’était établi que
pour la « Sociologie du droit ». Certains exemples destinés à éclairer des
processus typiques importants, de même que quelques thèses
particulièrement significatives, sont répétés à plusieurs reprises, mais bien
entendu chaque fois sous un éclairage différent. Il se peut que l’auteur en
aurait éliminé quelques-uns s’il lui avait été donné de réviser l’ensemble
de son oeuvre. L’éditrice ne s’y est crue autorisée qu’en de rares
endroits. Les typographes ont eu un grand mérite à déchiffrer le
manuscrit ; en particulier, la lecture des nombreux termes techniques
étrangers se rapportant à des institutions, et autres, extérieures à l’Europe
a fait l’objet de bien des doutes et de bien des enquêtes, et il est fort
possible que, malgré l’aide amicale d’érudits appartenant à diverses
disciplines, certaines impropriétés aient pu nous échapper.
Heidelberg, octobre 1921
MARIANNE WEBER

CHAPITRE PREMIER
Les concepts fondamentaux de la sociologie

suite…

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Tome 2

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