PORTRAIT DU COLONISÉ


 
Auteur : Memmi Albert
Ouvrage : Portrait du colonisé
Année : 1973

NOTE DE L’ ÉDITEUR
Le destin de ce livre a été singulier. Écrit avant la
guerre d’Algérie (1), il décrivait avec précision la Physionomie
et la conduite du Colonisateur et du Colonisé,
et le drame qui les liait l ‘ un à l’autre. De la peinture
rigoureuse de ce duo, il concluait qu’il n’y avait pas
d’issue à la colonisation, sinon son éclatement et l’indépendance
des Colonisés. Les esprits encore peu préparés
à cette solution radicale, il parut délirant, même
à gauche. Un grand hebdomadaire parisien, qui a fait
depuis beaucoup de chemin, notait avec effroi: « On se
félicitera que les leaders des peuples colonisés soient
des hommes d’action et non des philosophes. Bourguiba,
Mohammed V, Houphouët-Boigny, Allal el Fassi
tiennent 1tn autre langage et ont, des intérêts de leurs
peuples, une autre conception. »
Puis les événements se précipitèrent, en Algérie, en
Afrique noire et ailleurs. Et tout ce que Memmi avait
décrit et prédit se révéla exact  » y compris les brèves et
denses pages de la fin, où il annonçait les premières
réactions probables des Colonisés, sitôt l’indépendance


(1) Les premiers extraits en sont parus dans Les Temps Modernes
et dans Esprit.


obtenue. Peu à peu, on prit l’habitude de se référer,
plus ou moins ouvertement, à ce texte, qui a servi de
modèle ou de point de départ à des dizaines d’autres.
Pour tous ceux qui voulaient comprendre les relations
entre le Colonisateur et le Colonisé, il devint une espèce
de classique.
Aujourd’hui, il est commenté dans plusieurs facultés,
en particulier dans les Universités noires. Léopold
Sédar Senghor, Président de la République du Sénégal
et poète réputé, écrivait: ce Le livre d’Albert Memmi
constituera comme un document auquel les historiens
de la Colonisation auront à se référer … « Et Alioune
Diop, Président de la Société africaine de Culture:
« Nous considérons que ce Portrait est le meilleur des
ouvrages connus sur la psychologie coloniale. » On lira
enfin la préface où Jean-Paul Sartre affirme que dans
ce livre: « Tout est dit. »
Si l’on a soin de compléter la lecture du Portrait
du Colonisé par celle de L’Homme dominé, on verra
que Memmi a, en outre, révélé définitivement les mécanismes
communs à la Plupart des oppressions, n’importe
où dans le monde. A travers la diversité des expériences
vécues, les mêmes thèmes reviennent en effet, les mêmes
attitudes et les mêmes conduites. « En tant qu’homme
de couleur qui a vécu l’expérience raciale aux États-Unis,
lui écrivait un écrivain américain, il m’est facile
de m’identifier avec le Colonisé. Je reconnais aussi,
sans difficulté, le parallélisme entre la mentalité du
Colonisateur et l’attitude raciste des Blancs de mon
pays … » Et ce sera en définitive la véritable originalité
historique de cet ouvrage: par-delà la justesse des différents
traits qui composent les Physionomies du Colonisateur

 et du Colonisé, le mérite de l’auteur est d’avoir
montré la cohérence de chaque figure, ainsi que la nécessité
de la relation qui enchaîne l’un à l’autre les deux
partenaires de toute oppression: « La colonisation
fabrique des colonisés comme elle fabrique des colonisateurs.»

PORTRAIT DU COLONISATEUR

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