La Constitution de la liberté


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Auteur : Friedrich Hayek

Ouvrage : La Constitution de la liberté

Année : 1960

Il ne fut traduit en français qu’en 1994, par Raoul Audoin chez Litec

traduit de l’anglais
par
Raoul Audouin et Jacques Garello
avec la collaboration de
Guy Millière

Un des ouvrages les plus important de ce prix Nobel d’économie (1974). Il y expose ici les fondements d’une société libre.

Hayek propose dans la première partie de l’ouvrage une réflexion sur la définition des principes de la liberté. Il analyse ensuite le rôle du droit comme garant de cette liberté, avant de proposer une description de la société qui se développe autour de la notion d’État-providence. Si l’évolution au profit de ce système économique fait reculer le socialisme marxiste, Hayek juge que l’État-providence est tout aussi dangereux pour la liberté. Il insiste en particulier sur l’importance de l’État de droit dans toute société prospère et libre.

Le livre rencontra un important succès à sa parution. Ainsi, selon John Ranelagh, Margaret Thatcher aurait lors d’une réunion du parti conservateur britannique, brandi La Constitution de la liberté et déclaré « voilà ce que nous croyons ».

La Constitution de la liberté était classé 9e au classement de National Review des 100 meilleurs essais du XXe siècle.

Source : « Wikipédia »

L’objet de notre recherche n’est pas ce qui est parfait:
nous savons bien que rien de tel n’existe parmi les hommes.
Ce que nous cherchons est la Constitution humaine
qui présente les inconvénients les plus minimes,
ou les plus véniels.

Algernon SIDNEY,
Discours sur le gouvernement,
Londres, 1698

Avant-propos
de Jacques GARELLO

Voici enfin La Constitution de la liberté à la portée du lecteur français.
Il aura fallu attendre trente cinq ans cette traduction.
Ce délai est incompréhensible, quand on sait d’abord qu’il s’agit d’une
des oeuvres maîtresses de Friedrich Hayek (comme le rappelle Philippe
Némo dans sa préface), et quand on comprend ensuite à sa lecture que ce livre
est le plus nécessaire, le plus complet, le plus concret que puissent trouver
encore aujourd’hui les partisans de la liberté.
Le plus nécessaire car il répond à ces maux du XXe siècle finissant:
l’ignorance, le doute, voire le mépris des valeurs sur lesquelles est fondée la
société occidentale – et parmi ces valeurs, la valeur qui les contient toutes en
ce domaine, la liberté.
Dans ce monde déstabilisé (et heureusement déstabilisé) par
l’effondrement du monde et de la pensée marxiste, la liberté et ses valeurs
conjointes sont-elles comprises ou admises? La question se pose non
seulement aux peuples en quête d’un « après communisme», qu’ils soient
d’Europe ou d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie, mais aussi à ceux dont
on dit qu’ils vivent dans un « monde libre», mais n’en perçoivent plus les
bases ni les avantages. Les uns et les autres, s’ils ne lisaient Hayek, seraient
promis aux illusions du tiers système ou au « pragmatisme» destructeur de
toute référence morale ou spirituelle, c’est-à-dire destructeur de l’homme.
Sans prétendre à l’exhaustivité (Hayek, avec son humilité proverbiale, a
bien insisté sur ce point dans son introduction), ce livre apporte une réponse
complète aux interrogations majeures de notre temps. L’économiste ne suffit
pas à expliquer les racines et les exigences de la liberté; il lui faut aussi le
secours du philosophe, de l’historien, du juriste, de l’anthropologue, voire du
psychologue. Hayek avait tous ces talents, toutes ces connaissances en même
temps: voilà qui lui permet d’éviter au lecteur les lourdeurs et les limites
intellectuelles de l’économisme. Ceux qui l’ignoraient (mais ils sont sans
doute rares) découvriront sans peine que la liberté ne se confond ni avec
l’efficacité, ni avec l’égalité – ou l’équilibre -: elle ne se mesure pas au
résultat, elle procède d’une conception de l’homme.
Le plus nécessaire, le plus complet, ce livre est aussi le plus concret,
Hayek nous en prévient dès le début. Bien qu’il appuie ses réflexions et ses
démonstrations sur des connaissances scientifiques, il ne propose pas ici une
analyse scientifique de la « constitution de la liberté». Le caractère
pluridisciplinaire du sujet rendrait d’ailleurs l’entreprise dangereuse, voire

prétentieuse (et Hayek a horreur de la prétention). Mais le propos d’Hayek est
avant tout de rendre intelligible à ses contemporains les raisons de la
liberté (son ouvrage se veut rationnel et y réussit), mais tout aussi bien les
perspectives et les exigences de la liberté. Que se passe-t-i1 quand on s’écarte
des vertus personnelles et des principes généraux qui fondent une société de
liberté? Voilà comment Hayek nous permet de réfléchir à des questions aussi
concrètes que l’éducation des enfants, les inégalités sociales, le marché du
travail et les syndicats, la sécurité sociale, la fiscalité, l’agriculture, le
logement et l’urbanisme. Dans tous ces domaines, la plupart des pays
occidentaux, qui se réfèrent en théorie à « l’économie de marché », ont adopté
en pratique les solutions de l’Etat-providence: erreur fatale, erreur payée de
la perte de la liberté. Par contraste, combien les formules libérales seraient
bienfaisantes parce qu’elles respectent la liberté des choix personnels et des
échanges réglés?
Hayek se défend de vouloir proposer un programme politique, mais
toutes ses réflexions et suggestions sont assez concrètes et précises pour
inspirer un véritable bouleversement des moeurs politiques, sociales,
économiques et juridiques.
Le hasard du calendrier fait que cette traduction paraîtra en même temps
que se tiendra à Cannes le Congrès mondial de la Société du Mont Pèlerin
fondée par Hayek en 1947 avec. quelques intellectuels libéraux (dont des
Français comme Jacques Rueff, Louis Rougier, Daniel Villey et Gaston
Leduc). Cette Société n’a pas donné moins que huit Prix Nobel – dont son
fondateur. Elle retient chaque année un thème de débat scientifique et pour
1994, elle a choisi: « L’héritage de F. A. Hayek ». Les travaux préparatoires
font apparaître qu’à l’exception de Marx et Keynes, aucun penseur n’aura joué
un rôle aussi déterminant dans le monde intellectuel (ce qui est assez
normal), mais aussi dans le monde politique. Aujourd’hui, si le monde entier
en vient aux idées de la liberté, en dépit des rémanences du socialisme, c’est
en grande partie grâce aux oeuvres de Hayek, mais plus précisément encore à
La constitution de la liberté, parce que ici Hayek parvient à décliner la liberté
au quotidien. La liberté n’est pas seulement une valeur de référence, elle est
aussi un guide de l’action humaine.
Après tout, c’est peut-être le hasard qui a retardé cette édition en français
et qui donne aux lecteurs français le livre qu’ils attendaient au moment le plus
opportun. Ce pays, comme tant d’autres pays francophones, n’est-il pas à la
recherche de 1’« après socialisme» ?
Mieux vaut tard que jamais. Je dois indiquer que Raoul Audouin et Guy
Millière ont été les artisans acharnés de ce projet d’édition française. Le
premier, traducteur de toutes les oeuvres de Hayek (et d’autres grands
libéraux comme Mises ou Kristol) a apporté la précision et la rigueur d’un
familier de l’auteur et de sa pensée; c’est son talent et son obstination qui ont
vaincu bien des obstacles. Guy Millière, tout en contribuant à la mise au
point du texte, a pris avec courage les risques de l’entrepreneur. Il l’a fait par

conviction bien plus que par intérêt. Mais vous pouvez le rassurer: ce livre
sera un succès commercial.
Je n’ai guère apporté de mon côté que ma foi et mon enthousiasme
de promoteur de la pensée libérale en France. Mon rôle de traducteur a été
d’adapter au lecteur français un style qui lui était au départ étranger. Cette
adaptation sera jugée trop libre par les puristes qui connaissent l’ouvrage en
anglais. J’ai essayé d’écrire comme si Hayek avait écrit en français, ce qui est
assez stupide puisque lui-même indique qu’il pense, parle et écrit comme un
Autrichien venu en Angleterre et imprégné de culture américaine. Mais le
lecteur me pardonnera peut être s’il a conscience d’avoir accès sans gêne
excessive à l’un des messages les plus profonds, à l’un des discours les plus
actuels de la pensée libérale de tous les temps.
Laissez vous guider dans le monde de Hayek. Prenez un bain de
jouvence intellectuelle. Hayek nous fait renaître en liberté.
Aix-en-Provence,
30 juillet 1994

Préface

L’objectif de ce livre est exposé dans l’introduction, et les principales
dettes sont énoncées dans les paragraphes qui précédent les notes finales. Il ne
me reste ici qu’à présenter une observation préliminaire et à exprimer un
regret.
Le présent livre ne porte pas principalement sur ce que nous enseigne la
science. Je n’aurais, bien sûr, pu l’écrire si je n’avais consacré la majeure partie
de ma vie à l’étude de l’économie, et entrepris plus récemment de me
familiariser avec les conclusions de plusieurs autres sciences sociales; mais je
ne me préoccupe pas seulement des faits, ni ne me cantonne dans les
jugements de causalité. Mon but est de décrire un idéal, de montrer comment
on peut le réaliser, et d’expliquer ce que sa concrétisation signifierait en
pratique. Pour cela, le débat scientifique est un moyen, non une fin. Je crois
avoir fait honnêtement usage de ce que je sais du monde où nous vivons. Le
lecteur aura à décider s’il souhaite adhérer aux valeurs au service desquelles
j’ai employé ce savoir.
Mon regret concerne l’état dans lequel j’ai décidé de soumettre au lecteur
le résultat de mes efforts. Sans doute est-il inévitable que, plus la tâche est
ambitieuse, moins l’exécution soit adéquate. Lorsqu’on traite d’un sujet aussi
vaste que celui abordé ici, l’effort pour rendre ce qu’on écrit aussi bon que
possible ne semble jamais suffisant tant qu’on est en possession de ses
moyens. Je découvrirai bientôt sans aucun doute que j’aurais du dire ceci ou
cela mieux que je ne l’ai fait, et que j’ai commis des erreurs que j’aurais pu
corriger moi-même si j’avais prolongé un peu mon travail. Le respect du
lecteur exige, c’est certain, qu’on lui présente un produit passablement achevé.
Mais je ne suis pas sûr qu’il faille attendre jusqu’à ne plus pouvoir apporter
d’amélioration.
A fortiori, lorsque les problèmes sont de ceux qui occupent de nombreux
chercheurs, ce serait, me semble t-il, exagérer sa propre importance que de
retarder une publication jusqu’à ce qu’on soit convaincu de ne pouvoir
corriger quoi que ce soit. Si on a fait progresser l’analyse, comme je crois y
être parvenu, de nouveaux efforts risquent de n’avoir qu’un rendement
décroissant. D’autres que moi seront sans doute mieux placés pour ajouter de
nouvelles pierres à l’édifice auquel j’ai voulu contribuer. Je dirai simplement
que j’ai travaillé à ce livre jusqu’au point où je n’ai plus vu comment présenter
plus brièvement mon argument essentiel.

Peut-être convient-il d’informer le lecteur de ceci: bien que j’aie rédigé
ce livre aux Etats-Unis, où je réside depuis près de dix ans, je ne puis
prétendre écrire comme un Américain. Mon esprit a été fondé par une
jeunesse passée dans mon Autriche natale et par deux décennies de mon âge
mûr vécues en Grande-Bretagne, pays dont je suis devenu et reste citoyen.
Savoir cela à mon sujet peut aider le lecteur, car le livre est dans une large
mesure un produit de cet arrière-plan.

F.A.HAYEK,
Chicago, 8 mai 1959

Introduction

suite…

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