Notre poison quotidien


 

Auteure : Marie-Monique Robin

Ouvrage : Notre poison quotidien

Année : 2011

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’incidence du taux de cancer a doublé au cours des trente dernières années. L’OMS constate une évolution similaire pour les maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer) et auto-immunes, ou pour les dysfonctionnements de la reproduction. Comment expliquer cette inquiétante épidémie, qui frappe particulièrement les pays dits « développés » ?

Fruit d’une enquête de deux ans en Amérique du Nord, en Asie et en Europe, s’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, ce livre montre que la cause principale de l’épidémie est due aux quelque 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement, et principalement notre alimentation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour cela, l’auteure décortique le système d’évaluation et d’homologation des produits chimiques, à travers les exemples des pesticides, de l’aspartame et du Bisphenol A, elle raconte les pressions et les manipulations de l’industrie chimique pour maintenir sur le marché des produits hautement toxiques.

Présentation
Depuis les années 1980, on assiste dans les pays dits «
développés » à une inquiétante évolution : augmentation
du taux d’incidence du cancer de 40 % en trente ans
(déduction faite du facteur de vieillissement de la
population), progression des leucémies et des tumeurs
cérébrales chez l’enfant d’environ 2 % par an, progression
similaire pour les maladies neurologiques (Parkinson et
Alzheimer) et auto-immunes, ou pour les
dysfonctionnements de la reproduction. Comment
expliquer cette épidémie ?
C’est à cette question que répond Marie-Monique Robin
dans ce livre choc, fruit d’une enquête de deux ans en
Amérique du Nord, en Asie et en Europe. S’appuyant sur
de nombreuses études scientifiques, mais aussi sur les
témoignages de chercheurs et de représentants des
agences de réglementation, elle montre que la cause
principale de l’épidémie est due aux dizaines de milliers de
molécules chimiques qui ont envahi notre quotidien et
notre alimentation. Elle décortique le système d’évaluation
et d’homologation des produits chimiques, à travers les
exemples des pesticides, de l’aspartame ou du bisphénol A,
et montre qu’il est totalement défaillant et inadapté.
Surtout, elle raconte les pressions et les manipulations de
l’industrie chimique pour maintenir sur le marché des
produits hautement toxiques.

La presse
Ce qui fait la force de Marie-Monique Robin, c’est
l’exhaustivité et la précision ; le choc des chiffres et le
croisement des infos. Dans son documentaire et encore
plus dans son livre, elle accumule références et citations,
car dans ce domaine controversé, la puissance des firmes
industrielles est telle qu’on a intérêt à accumuler les
arguments et les nombres et les citations exactes si on
veut les contester.
LES INROCKUPTIBLES

L’auteur
Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice, est
lauréate du Prix Albert-Londres (1995). Elle a réalisé de
nombreux documentaires et est l’auteure de plusieurs
ouvrages, dont à La Découverte, Escadrons de la mort,
l’école française (2004, 2008), L’École du soupçon (2006)
et, en coédition avec Arte-Éditions, le best-seller Le
Monde selon Monsanto (2008, 2009) et Les Moissons du
futur (2012).

Introduction

Savoir, c’est pouvoir
« Est-ce que ce livre sera la suite du Monde selon
Monsanto1 a ? » Cette question n’a cessé de m’être posée,
depuis 2008, lorsque au cours d’un débat ou d’une conférence
j’annonçais que je travaillais sur un nouveau projet. Oui et non,
ce livre est et n’est pas la « suite de Monsanto », même si sa
matière a évidemment à voir avec celle de mon enquête
précédente. En effet, il en est des livres et des films – pour
moi, les deux sont intimement liés – comme des perles d’un
collier ou des pièces d’un puzzle : ils se succèdent et
s’emboîtent sans que j’y prenne garde. Ils naissent et se
nourrissent par ricochets des interrogations suscitées par le
travail qui les a précédés. Et ils finissent par s’imposer comme
les maillons d’une même chaîne. Dans tous les cas, le processus
à l’oeuvre est toujours le même : le désir de comprendre, pour
ensuite transmettre au plus grand nombre les connaissances
accumulées.

Trois questions à propos du rôle de
l’industrie chimique

Notre poison quotidien est donc le fruit d’un long processus,
commencé en 2004. À l’époque, je m’inquiétais des menaces
qui pèsent sur la biodiversité : dans deux documentaires
diffusés par Arte sur le brevetage du vivant et l’histoire du
blé2, j’avais raconté comment des multinationales obtiennent
des brevets indus sur des plantes et savoir-faire des pays du
Sud. Au même moment, je tournais un reportage en
Argentine, qui dressait le bilan (désastreux) des cultures de
soja transgénique, le fameux soja Roundup ready de
Monsanto3. Pour ces trois films, j’avais voyagé aux quatre
coins de la planète, en m’interrogeant sur le modèle agro-industriel
mis en place au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale et dont le but affiché était de « nourrir le monde ».
J’avais constaté qu’il induise une extension des monocultures
au détriment de l’agriculture vivrière et familiale, provoquant
une réduction draconienne de la biodiversité qui, à terme,
constitue une menace pour la sécurité et la souveraineté
alimentaires des peuples. Je notais aussi que la fameuse
« révolution verte » s’accompagne d’un appauvrissement des
ressources naturelles (qualité des sols, eau) et d’une pollution
généralisée de l’environnement, en raison de l’usage massif de
produits chimiques (pesticides ou engrais de synthèse).
Tout naturellement, cette trilogie m’a conduite à
m’intéresser à la firme américaine Monsanto, l’un des grands
promoteurs et bénéficiaires de la « révolution verte » : d’abord
parce qu’elle fut (et continue d’être) l’un des principaux
fabricants de pesticides du XXe siècle ; ensuite, parce qu’elle est
devenue le premier semencier du monde et qu’elle tente de
mettre la main sur la chaîne alimentaire grâce aux semences
transgéniques brevetées (les fameux « OGM », organismes
génétiquement modifiés). Je ne dirai jamais assez à quel point

je fus surprise de découvrir les multiples mensonges,
manipulations et coups tordus dont est capable la firme de
Saint Louis (Missouri) pour maintenir sur le marché des
produits chimiques hautement toxiques, quel qu’en soit le prix
environnemental, sanitaire et humain.
Et, au fur et à mesure que j’avançais dans ce « thriller des
temps modernes », pour reprendre l’expression de la
sociologue Louise Vandelac, qui a préfacé l’édition canadienne
du Monde selon Monsanto, trois questions ne cessaient de me
tarauder. Est-ce que Monsanto constitue une exception dans
l’histoire industrielle ou, au contraire, son comportement
criminel – je pèse mes mots – caractérise-t-il la majorité des
fabricants de produits chimiques ? Et puis, une question en
appelant une autre, je me demandai aussi : comment sont
évaluées et réglementées les quelque 100 000 molécules
chimiques de synthèse qui ont envahi notre environnement et
nos assiettes depuis un demi-siècle ? Enfin, y a-t-il un lien
entre l’exposition à ces substances chimiques et la progression
spectaculaire des cancers, maladies neurodégénératives,
troubles de la reproduction, diabète ou obésité que l’on
constate dans les pays « développés », au point que
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle
d’« épidémie » ?
Pour répondre à ces questions, j’ai décidé de m’attacher
dans cette nouvelle enquête aux seules substances chimiques
qui entrent en contact avec la chaîne alimentaire, du champ du
paysan (pesticides) à l’assiette du consommateur (additifs et
plastiques alimentaires). Ce livre n’abordera donc pas les
ondes électromagnétiques, ni les téléphones portables ni la
pollution nucléaire, mais uniquement les molécules de
synthèse auxquelles nous sommes exposés, dans notre

environnement ou notre alimentation – notre « pain
quotidien » largement devenu notre « poison quotidien ».
Sachant que le sujet est hautement polémique – et ce n’est pas
surprenant, étant donné l’importance des enjeux économiques
qui y sont rattachés –, j’ai choisi de procéder méthodiquement,
en partant du plus « simple » et du moins contestable, à savoir
les intoxications aiguës, puis chroniques, des agriculteurs
exposés directement aux pesticides, pour aller
progressivement vers le plus complexe, les effets à faibles
doses des résidus de produits chimiques que nous avons tous
dans le corps.

Assembler les pièces du puzzle

suite…

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