LES RELIQUES SACRÉES D’’HITLER – Sur la piste des secrets ésotériques du Reich


 

Auteur : Sidney D. Kirkpatrick

Ouvrage : Les reliques sacrées d’Hitler – Sur la piste des secrets ésotériques du Reich

Année : 2010

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Danièle Mazingarbe

Dans l’Allemagne nazie en ruines, l’incroyable odyssée d’un homme, sur la piste des secrets ésotériques du Reich. Namur, 23 février 1945. Le lieutenant américain Walter Horn, professeur d’histoire de l’art à l’université de Berkeley dans le civil, reçoit une confession inattendue de la part d’un soldat allemand prisonnier. Dans la perspective d’une invasion alliée de l’Allemagne, Heinrich Himmler, grand amateur de reliques historiques et ésotériques, aurait fait dissimuler une bonne partie des objets d’art pillés par les nazis dans un tunnel secret sous le château de Nuremberg. Parmi ceux-ci se trouveraient, entre autres, la Sainte Lance et un manuscrit médiéval d’une très grande valeur, le codex Manesse.

Bien vite, l’information est avérée et les Alliés découvrent un véritable trésor sous le château. Seul problème : deux des dix-sept caisses renfermant les précieuses reliques sont vides. Le général Dwight D. Eisenhower confie alors au lieutenant Horn la difficile mission de retrouver les reliques disparues. C’est le début pour celui-ci d’une extraordinaire odyssée humaine et historique dans l’Allemagne en ruines, qui va le conduire à entrer dans les arcanes les plus secrets du mysticisme nazi, depuis les ordres de chevaliers fondés en Terre sainte lors des croisades jusqu’aux secrets du Saint Empire romain germanique. Ce qu’il découvrira au terme de cette quête passionnante restera classé confidentiel durant des décennies.

Cet incroyable scénario, digne de Dan Brown, n’a rien d’une fiction. Après un long travail d’enquête dans les archives des services secrets américains et des centaines d’heures entretiens, Sidney Kirkpatrick lève en effet le voile sur de passionnants secrets historiques et ésotériques avec un sens de l’intrigue et des coups de théâtre dignes des plus grands romanciers.

L’homme est plus avide de gloire que de vertu.
Les armoiries d’un ennemi et son casque fendu,
le drapeau arraché à un navire conquis, sont des trésors plus prisés que toute richesse humaine.
C’est pour ces symboles de gloire que des généraux,
romains, grecs ou barbares, ont bravé maints périls
et enduré mille efforts.
Juvénal
Poète latin du IIe siècle de notre ère

Note de l’auteur
Cette histoire véridique est basée sur des documents militaires, des lettres, des journaux personnels, des entretiens, des documents d’archives, et les mémoires oraux de la Seconde Guerre mondiale de Walter Horn, professeur d’histoire de l’art de l’université de Californie, à Berkeley.

1

L’allée du Forgeron
23 février 1945
Chaque matin, à la même heure, les bombardiers des forces alliées assombrissaient le ciel au-dessus de Namur, en Belgique. Au cours de ce dernier hiver de la Seconde Guerre mondiale, des centaines d’avions – parfois même un millier – regroupés en une gigantesque armada aérienne déferlaient par vagues et grondaient dans le ciel pendant une heure ou plus d’affilée. Ils laissaient derrière eux des traînées de vapeur de plusieurs kilomètres qui flottaient dans l’air longtemps, bien après leur départ une fois leur chargement mortel largué sur leurs cibles en Allemagne et en Europe de l’Est.
L’arrivée de ces vagues de bombardiers terrifiait les soldats allemands prisonniers du centre de détention de l’armée américaine, situé dans les champs enneigés des faubourgs de Namur. Les prisonniers se serraient les uns contre les autres en tremblant à l’intérieur des enclos grillagés et scrutaient anxieusement le ciel, redoutant l’horreur qui allait se déchaîner chez eux, sur leurs amis et leurs familles. Les Américains qui les avaient capturés guettaient également les avions, mais, au lieu d’en avoir peur, ils éprouvaient une admiration sans bornes pour les équipages des bombardiers et

leur puissance de feu. C’était le marteau qui pilonnait la machine de guerre nazie et permettrait bientôt à l’armée alliée d’anéantir Adolf Hitler chez lui. Les bombes qui pleuvaient nuit et jour sur des objectifs militaires comme sur des sites industriels, provoquant la destruction de villes entières, étaient le prix que l’Allemagne devait payer pour sa résistance obstinée.
Le lieutenant Walter Horn, un des dix enquêteurs parlant allemand de la 3e armée américaine basés à Camp Namur, guettait chaque jour l’arrivée des escadrilles de bombardiers avec des sentiments mitigés. Âgé de trente-six ans, le torse et les épaules musclés, il avait l’air sombre d’un acteur de cinéma, et pensait à sa femme qui l’attendait avec impatience dans leur maison de Point Richmond, le long de la baie de San Francisco. Horn s’émerveillait de la capacité de l’Amérique à construire, alimenter, maintenir et lancer des milliers d’avions chargés de dizaines de milliers de bombes à des centaines de kilomètres en territoire ennemi. Bien qu’il n’ait jamais encore utilisé d’arme pendant ses deux années de service et que son unité de renseignements opérationnelle, commandée par le général George Patton, se soit toujours tenue à une distance confortable de quelque quatre-vingts kilomètres du front, Horn appréciait l’audace et le courage des équipages aériens. Et il se sentait proche des milliers d’autres – artilleurs, soldats d’infanterie, médecins, cuisiniers, employés et commissaires – qui constituaient l’armée la plus importante, la plus mobile et la mieux équipée qui ait jamais existé.

Mais la vue de ces bombardiers remplissait également Horn d’angoisse. Tout comme les prisonniers qu’il interrogeait, il était né en Allemagne et y avait fait ses études. Il ne savait jamais si un des bombardiers ne larguerait pas sa cargaison près de la maison familiale à Heidelberg, ni si, dans les camps de prisonniers, il ne reconnaîtrait pas un jour parmi les visages défaits des captifs et des blessés celui de son frère aîné, Rudolf.
En cet hiver, le lieutenant Horn avait reçu l’ordre de chercher à savoir si Hitler allait utiliser des armes chimiques ou biologiques au moment où les armées alliées franchiraient le Rhin pour entrer en territoire allemand. Des rumeurs couraient selon lesquelles les Allemands, dans une dernière tentative désespérée pour briser l’étau des forces alliées, pourraient faire usage de telles armes, comme ils l’avaient fait, vingt-sept ans auparavant, dans les tranchées en France.
L’unité de renseignements de Patton avait préparé un questionnaire détaillé pour tenter de leur extorquer la vérité. Les enquêteurs ne posaient pas directement aux prisonniers des questions sur les stocks d’armes. Ils comptaient pour obtenir l’information sur quatre questions noyées parmi cent cinquante autres plus ou moins anodines. Les réponses serviraient à déterminer si les soldats avaient appris à manier des armes chimiques ou biologiques au combat et si, derrière les lignes ennemies, il existait des abris pour la population civile. Mille cinq cents soldats capturés en Belgique après la bataille des Ardennes avaient été amenés à

Namur dans ce but. Les installations destinées aux interrogatoires étant insuffisantes, beaucoup se passaient à l’extérieur. Le bureau de Horn, juste de l’autre côté de la zone de captivité des prisonniers, était meublé de deux caisses d’oranges vides, d’une petite table empruntée à une école primaire proche sur laquelle était posée une pile de questionnaires et des crayons.
Le 23 février 1945, Horn avait déjà interrogé trente-cinq prisonniers lorsqu’un gardien du camp amena devant lui le soldat Fritz Hüber de la 2e Panzer Division. Maigre et hagard, le visage étroit affublé d’un énorme nez crochu, Hüber portait le même uniforme mal ajusté dans lequel il avait été capturé trois semaines auparavant. Bien qu’étant âgé, au regard des normes des armées alliées, Hüber était une recrue tout à fait banale pour la Wehrmacht : les Allemands, après plus de cinq années de guerre ininterrompue, enrôlaient des soldats dès l’âge de seize ans et jusqu’à soixante ans, affectant ces derniers à des unités de vétérans aguerris pour leur faire creuser des tranchées, transmettre des messages, transporter du matériel sur le dos ou tirer des chariots. La main-d’oeuvre allemande, une ressource comparable au carburant pour leurs tanks, leur faisait à présent défaut.
Hüber, recruté à Nuremberg, avait reçu moins d’un mois de formation avant d’être emmené à travers la neige pour combattre en Belgique. Il ignorait tout des armes chimiques ou biologiques. Horn nota rapidement les réponses aux questions posées, devant se contenter de « oui », « non » et « je ne sais pas ».

L’interrogatoire terminé, Horn était sur le point de renvoyer le prisonnier, mais, comme le lieutenant le noterait plus tard dans un compte rendu détaillé de l’entretien, il changea soudain d’avis. Voyant le pitoyable soldat Hüber de l’autre côté de la table courbé en deux par le manque de sommeil et souffrant visiblement de rhumatismes à cause du froid humide, Horn lui offrit une cigarette et une tasse de café, et lui demanda s’il n’était au courant de rien d’autre susceptible d’intéresser le renseignement militaire.
Le visage de Hüber se tordit comme celui d’un écolier qui vient d’échouer à son examen. Des larmes lui montèrent aux yeux. Il voulait aider, être utile.
Le lieutenant avait déjà observé des réactions de ce type. Il le constatait presque tous les jours parmi les prisonniers qui avaient tout perdu sauf la vie. Des hommes comme Hüber, recrutés dans la rue par la Gestapo, ou sortis brutalement de leurs maisons et forcés à combattre pour la patrie, alors qu’ils n’étaient ni particulièrement dévoués à leur pays ni des nazis arrogants. Beaucoup d’entre eux avaient déjà perdu des fils, des filles et des femmes à la guerre, ou avaient vu leurs maisons et leurs appartements incendiés. C’étaient des combattants récalcitrants. Une fois livrés à l’ennemi, ne possédant plus rien et parqués comme du bétail dans des camps de prisonniers, la plupart n’avaient plus le moindre amour-propre. Et maintenant, tel un ultime affront, ils voyaient et entendaient les interminables

vagues de bombardiers au-dessus d’eux, certains que leur situation était parfaitement désespérée. Les nouveaux Messerschmitt tant vantés d’Hermann Göring n’étaient nulle part en vue. Si Hitler possédait vraiment une arme secrète capable d’inverser le cours de la guerre, comme l’avait promis au peuple allemand le ministre de la Propagande Josef Goebbels, il l’aurait déjà utilisée.
Hüber et ses camarades prisonniers savaient que personne n’allait venir à leur secours. Pourtant, malgré leur désespoir, Horn sentait en eux poindre un étrange paradoxe. Ces fantassins voulaient encore servir, compter pour quelque chose, même ceux qui avaient été au début des fidèles invétérés du Führer et de son rêve insensé de dominer le monde. Ils voulaient à tout prix se rendre utiles, au besoin auprès de leur ennemi. Le soldat Hüber, ainsi que beaucoup d’autres comme lui, rentrerait un jour chez lui pour rebâtir la nation.
Le prisonnier dit à Horn, en s’excusant, qu’il ne pouvait lui être d’aucune aide.
Horn ne s’attendait à rien de plus. Mais tandis que Hüber finissait son café et que Horn allait demander aux gardiens de le raccompagner à l’enclos des prisonniers, le visage du soldat s’illumina soudain.
« Êtes-vous intéressé par l’art et les antiquités ? » demanda-t-il.
Horn fit un grand sourire. Le vieux soldat allemand ne pouvait pas savoir que son enquêteur était professeur d’histoire de l’art à Berkeley, à

l’université de Californie. Mieux, que, des années auparavant, avant de fuir l’Allemagne nazie, il avait étudié l’histoire de l’art à Hambourg, Munich et Berlin et avait obtenu un doctorat sous la direction d’Erwin Panofsky, spécialiste en art médiéval mondialement connu, et qu’il avait ensuite poursuivi ses études supérieures avec Bernard Berenson à Florence. Aucun autre sujet de discussion ne pouvait davantage intéresser le docteur Walter Horn que l’art et les antiquités.
« Que savez-vous ? » demanda Horn.
Hüber se redressa avec difficulté et s’adressa au lieutenant comme s’il rendait des comptes à un supérieur de l’armée allemande.
« Il y a un trésor caché dans un bunker sous le château de Nuremberg. La cachette est creusée dans la roche sous la falaise de grès. Elle a été tenue très secrète. Personne n’est au courant, sauf le Reichsführer-SS Himmler, son état-major, quelques fonctionnaires haut placés de la ville et ceux qui travaillent dans le bunker.
— Heinrich Himmler, dites-vous ? De la SS ? »
Hüber acquiesça solennellement, ajoutant que le bunker était situé dans les profondeurs rocheuses sous le château, mais que le tunnel d’entrée venait de l’extérieur, depuis la rue.
Intrigué, Horn demanda à Hüber de lui en dire plus.
Hüber lui expliqua que l’entrée était camouflée pour ressembler à l’entrée du parking d’un magasin

d’antiquités donnant sur une ruelle dans l’ancienne ville, signalé par un panneau sur lequel était écrit : ANTIQUITÉS-NEUF ET ANCIEN.
Comme Horn le noterait plus tard, Hüber marqua un temps d’arrêt, comme s’il revoyait le magasin dans sa tête. Il esquissa un sourire, se détendit, l’air presque insouciant.
Le prisonnier poursuivit en décrivant le plan du bunker. Il dit que le garage couvert, avec ses portes camouflées, conduisait vers un long tunnel qui descendait d’environ soixante-dix mètres dans le sous-sol. Au bout du tunnel se trouvait un bunker de quatre cents mètres carrés en béton armé, avec cinq compartiments de stockage et une chambre forte assez grande pour y garer une camionnette. Le tout était entièrement indépendant. Les gardiens du bunker avaient leurs propres logements, générateurs électriques, carburant, eau potable, réserve de provisions et équipement radio. Il y avait des conduits d’air qui donnaient sur l’extérieur et un système de purification de l’air au cas où la ville subirait une attaque de bombe incendiaire.
« Si cet endroit est tellement secret, demanda Horn prudemment, comment êtes-vous au courant ? »
Hüber s’anima.
« Parce que notre famille habite au-dessus du magasin d’antiquités. Mon père est responsable de la maintenance de la ventilation qui règle la température et l’humidité du bunker. Ma mère inspecte les oeuvres d’art pour détecter d’éventuelles

moisissures ou des dommages causés par des insectes. Elle doit porter des gants blancs spéciaux lorsqu’elle entre dans les salles de stockage. De temps à autre, elle pulvérise un insecticide partout. »
Horn écoutait Hüber décrire les mesures de protection entourant le bunker avec une fascination croissante. Même les gardiens n’avaient pas le droit d’entrer dans les salles de stockage et aucune personne non accompagnée, à l’exception d’Himmler et du maire de Nuremberg, Willy Liebel, n’avait jamais eu l’autorisation de pénétrer à l’intérieur de la chambre forte. Deux clés et une serrure dotée d’une combinaison à cinq chiffres étaient nécessaires pour ouvrir l’épaisse porte blindée et la deuxième porte à barreaux en acier à l’intérieur.
« Quel genre d’oeuvres d’art est entreposé à l’intérieur du bunker ? » demanda Horn.
Parmi la centaine d’objets conservés dans les différentes salles, Hüber en décrivit plusieurs. Il y avait des gravures et des eaux-fortes d’Albrecht Dürer, des sculptures d’Adam Kraft et de Veit Stoss, des manuscrits médiévaux, des cartes, des instruments de musique de la Renaissance et des vitraux gothiques. Tout était recensé dans un fichier à l’extérieur de la pièce de garde, dans le hall principal, et contrôlé périodiquement par le maire ou son secrétaire.
Impressionné, Horn demanda ce qui se trouvait dans la chambre forte.
Hüber répondit immédiatement. Il y avait à

l’intérieur un ensemble impressionnant d’oeuvres d’art, emballées dans des caisses d’expédition en bois. Dans une énorme boîte contenant une vitrine en verre, il y avait des robes jadis portées par des rois, brodées de chameaux et de lions émaillés de perles. Dans une autre caisse, marquée MAURITIUS sur le côté, se trouvait une épée ancienne. Une troisième caisse contenait une couronne incrustée de pierres brutes, des saphirs, des rubis et des améthystes. À côté étaient entreposés un sceptre en argent et une pomme en or surmontée d’une croix avec des pierres précieuses. On y trouvait aussi, à l’abri dans sa propre boîte en cuir, une pointe de lance reposant sur un oreiller de velours rouge, que des visiteurs – dont Himmler lui-même – appelaient la « Sainte Lance ».
Horn était à la fois excité et perturbé par le récit de Hüber. Il n’avait pas suffisamment de renseignements pour identifier l’origine des oeuvres d’art entreposées dans les autres parties du bunker, mais l’ensemble des trésors de la chambre forte appartenait à une collection légendaire qui avait figuré dans d’innombrables tableaux médiévaux et manuscrits monastiques.
Les vêtements royaux ou impériaux, brodés de chameaux et de lions, avaient été confectionnés au début du XIIe siècle à Palerme, en Italie, et portés par les grands rois-soldats de l’Europe médiévale. Le glaive impérial – parfois appelé « glaive de saint Maurice » – était ainsi nommé en l’honneur d’un centurion romain martyr, commandant légendaire de la légion de Thèbes. La couronne, le sceptre et l’orbe

en forme de pomme avaient appartenu, entre autres, au roi Frédéric Barberousse, le redoutable monarque à barbe rouge qui avait jadis installé sa cour dans le château de Nuremberg et qui avait perdu la vie au cours de la troisième croisade en Terre sainte. Le fait que Hüber ait mentionné la pointe de lance romaine permettait d’identifier la collection sans le moindre doute. La Sainte Lance, connue aussi sous le nom de lance de Longin ou lance du Destin, aurait été l’arme qui avait transpercé le flanc du Christ lors de la crucifixion, et avait été ensuite portée lors de batailles par les empereurs Constantin et Charlemagne.
Les objets de la chambre forte étaient les joyaux de la Couronne du Saint Empire romain germanique, la collection d’oeuvres d’art la plus précieuse de toute l’Europe. Hitler, dans sa quête pour dominer le monde, les avait confisqués dans la trésorerie royale de Vienne, en Autriche, avant de les exposer brièvement à Nuremberg où il les avait cachés après que le bombardement de l’Allemagne eut commencé. Et si la collection était encore intacte, elle faisait l’objet d’intenses spéculations chez les historiens d’art et les conservateurs de musée du monde entier.
Horn n’avait aucune raison de douter du récit du prisonnier. Hitler avait pillé l’Europe, s’emparant des trésors les plus variés, depuis des tableaux de Léonard de Vinci et des sculptures de Michel-Ange, jusqu’à des icônes russes et polonaises d’une valeur inestimable, et des manuscrits monastiques médiévaux. Nuremberg, la deuxième plus grande ville de la Bavière, était l’endroit idéal pour

qu’Hitler y mette son butin à l’abri. Cette cité ancienne, avec son château médiéval imposant bâti sur une montagne de grès rouge, était le coeur symbolique de l’État nazi, reliée sentimentalement à son passé mythique, et le lieu d’imposants congrès du parti nazi visant à encenser le régime. Horn lui-même avait entendu Hitler à la radio, proclamer, debout sur un podium, que Nuremberg était « la plus allemande de toutes les villes allemandes » et la « malle au trésor du parti nazi ». Horn avait toujours pensé qu’il disait cela au sens figuré. Hüber était en train de le démentir.
Le prisonnier écrivit consciencieusement le nom de sa mère et de son père, puis, au dos d’un questionnaire de l’armée, dessina une carte avec l’endroit exact de l’entrée menant au bunker souterrain dans une ruelle étroite. La ruelle en question donnait d’un côté sur le château historique de Nuremberg et, de l’autre, sur une place pavée entourée de bâtiments médiévaux, dont l’un abritait la maison et l’atelier d’Albrecht Dürer. C’était le « 52 » de l’allée du Forgeron.
Plus tard, dans la soirée, après que Horn eut remis une pile de questionnaires à son officier supérieur, il emprunta une machine à écrire à son ami et collègue enquêteur d’origine allemande, l’adjudant Félix Rosenthal, et passa le reste de la nuit au mess des officiers à rédiger un rapport détaillé de son interrogatoire. Il ne se faisait pas beaucoup d’illusions, son rapport risquait d’être noyé dans la masse de renseignements recueillis par l’armée et rejetés comme ne relevant pas de l’effort

de guerre. Et si, pour une raison ou une autre, ce document remontait la chaîne de commandement jusqu’au quartier général du général Patton, il était peu probable qu’un officier d’opérations juge que la récupération des joyaux de la Couronne du Saint Empire romain germanique constitue un objectif militaire digne de ce nom.
Malgré ses doutes sur l’utilité de son rapport, Horn en fit deux exemplaires, choisissant ses mots avec le même soin et le sens du détail que pour les articles qu’il avait publiés avant la guerre dans des revues prestigieuses d’histoire de l’art. Satisfait du résultat final, il mit son rapport dans une enveloppe ainsi que la carte dessinée par Hüber, et l’adressa au quartier général des services de renseignements de la 3e armée de Patton à Paris.

2

Les hommes de la MFAA
19 juillet 1945

suite…

https://mega.co.nz/#!jEsFFJoJ!9Iqaps27hoVt0IHzNMjqbccCmGuDC9LKynvlPxglIEQ