L’histoire secrète du monde


 
Auteur : Booth Mark (Black Jonathan)
Ouvrage : L’histoire secrete du monde
Année : 2007

Traduit de l’anglais
par Pauline Rebelle
en collaboration avec Laure Motet

Introduction
Vous êtes sur le point de lire l’histoire du monde telle qu’elle
a été enseignée depuis la nuit des temps au sein des sociétés
secrètes. Aujourd’hui, ces croyances peuvent paraître
insensées, mais sachez qu’un très grand nombre d’hommes et
de femmes qui ont fait l’histoire les ont adoptées.
Les historiens affirment que depuis le début de la
civilisation égyptienne jusqu’à la chute de l’Empire romain,
dans des villes comme Thèbes, Éleusis ou Éphèse, les temples
publics possédaient des enceintes réservées aux prêtres. Les
érudits les appelaient les écoles du Mystère.
Dans ces écoles, on enseignait à l’élite politique et culturelle
des techniques de méditation. Après plusieurs années de
préparation, Platon, Eschyle, Alexandre le Grand, César
Auguste, Cicéron et d’autres étaient enfin initiés à la
philosophie secrète. Les techniques utilisées variaient selon les
époques : on y pratiquait la privation sensorielle, les exercices
de respiration, la danse sacrée, le théâtre, la prise de drogues
hallucinogènes et différentes façons de canaliser l’énergie
sexuelle. Ces techniques visaient à provoquer l’altération de la
conscience permettant aux initiés de percevoir le monde
autrement.
Quiconque révélait à un non-initié ce qu’il avait appris dans
ces lieux était exécuté. Le philosophe néoplatonicien
Jamblique raconta à deux jeunes gens d’Éphèse ce qu’il avait
vécu dans ces écoles. Une nuit, excités par ces rumeurs de
fantômes et de pratiques magiques et d’une autre réalité, plus
intense et plus flamboyante qu’abritaient ces lieux, les deux

jeunes inconscients laissèrent leur curiosité avoir raison de
leur prudence et, dans l’épaisseur de la nuit, ils se glissèrent de
l’autre côté de l’enceinte. Le charivari qui s’ensuivit résonna
dans toute la ville et, au petit matin, leurs corps furent
retrouvés devant le portail du temple.
Dans ces temps-là, l’enseignement des écoles du Mystère
était gardé aussi précieusement que les secrets nucléaires le
sont de nos jours.
Au IIIe siècle, quand la religion chrétienne prit le pouvoir au
sein de l’Empire romain, ces temples furent fermés. Pour
éviter qu’ils ne prolifèrent, on décréta que ces rituels étaient
hérétiques et quiconque continuait à les pratiquer encourait la
peine capitale. Mais, comme nous le verrons plus loin, les
membres de cette nouvelle élite au pouvoir, y compris les
hauts dignitaires de l’Église, commencèrent à former eux-mêmes
des sociétés secrètes. En privé, ils continuèrent donc à
enseigner ces secrets anciens.
Nous allons explorer dans ce livre les nombreuses preuves
qui démontrent qu’une philosophie secrète, très ancienne, née
dans les écoles du Mystère, a été préservée et développée
pendant des siècles à travers des sociétés secrètes comme les
Templiers et la Rose-Croix. Le plus souvent, elle était
dissimulée au public et, si parfois on l’exposait aux regards,
c’était toujours de manière à n’être comprise que des initiés.
Pour ne citer qu’un exemple, le frontispice de L’Histoire du
monde que Sir Walter Raleigh publia en 1614 est exposé à la
tour de Londres. Les milliers de personnes qui passent devant
l’oeuvre chaque jour ne voient ni la tête de chèvre, ni les
autres messages codés, dissimulés dans le dessin.
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il n’existe pas dans
la civilisation occidentale l’équivalent des scènes de sexe

tantrique sculptées dans les murs de nombreux monuments
hindous comme celui du temple de Khajuraho, au centre de
l’Inde ? Vous serez surpris d’apprendre que son équivalent, la
technique kabbalistique de la karezza, est dissimulé dans la
majeure partie de l’art et de la littérature occidentale.
Nous verrons aussi comment ces enseignements secrets sur
l’histoire du monde ont influencé l’administration Bush et la
politique américaine en Europe centrale.
Le pape est-il forcément catholique ?
Eh bien, pas tout à fait de la façon dont vous pourriez
l’entendre…
Un matin de 1939, un jeune homme de 21 ans marchait
dans la rue quand un camion le renversa. Il plongea dans un
coma pendant lequel il eut une expérience mystique qui le
transforma à jamais. Quand il revint à lui, il affirma que les
techniques que lui avait enseignées son mentor, le maître
rosicrucien moderne Mieczyslaw Kotlarczyk, étaient destinées
à lui permettre d’accueillir ce type d’événement.
Bien qu’il ne s’attendît pas à le vivre de cette manière.
À la suite de cette expérience mystique, le jeune homme
entra au séminaire, devint l’évêque de Cracovie et plus tard, le
pape Jean Paul II.
De nos jours, apprendre qu’un des chefs de l’Église
catholique a été initié au royaume de l’esprit par les
enseignements d’une société secrète n’est peut-être pas aussi
déplacé qu’autrefois, car la science est devenue l’agent du
contrôle social et a pris le pouvoir sur la religion. Aujourd’hui,
c’est la science qui décide ce que nous devons croire et ce qui
dépasse les limites de l’acceptable.
Pendant l’ère chrétienne, comme dans des temps plus
reculés, la mort était la sanction qui attendait quiconque

s’intéressait de trop près à la philosophie secrète. Dans notre
ère postchrétienne, la philosophie secrète est encore entourée
d’appréhension, mais ce qu’on redoute, c’est la « mort
sociale », pas la pendaison. Croire aux doctrines fondamentales
de cette philosophie, comme le fait que des êtres éthérés
peuvent nous parler, ou que le cours de l’histoire est
matériellement influencé par des cabales secrètes, est
considéré au mieux comme une idiotie, au pire comme un
signe de folie.
Dans les sociétés secrètes, on forçait les candidats à tomber
au fond d’un puits, à se soumettre à une épreuve de l’eau, à se
glisser par une toute petite porte afin de rencontrer des
animaux anthropomorphes avec lesquels il fallait engager des
discussions absurdes… Ça ne vous rappelle rien ? Lewis Carroll
est l’un des nombreux auteurs pour enfants, comme les frères
Grimm, Antoine de Saint-Exupéry, Clive S. Lewis et les
créateurs du Magicien d’Oz et de Mary Poppins, qui croyait à
l’histoire et à la philosophie secrètes. En mêlant savamment la
compréhension littérale qu’ont les enfants et un joyeux chaos,
ces écrivains ont cherché à ébranler la vision matérialiste de la
vie et le sens commun. Ils voulaient apprendre aux enfants à
penser à l’envers, à regarder le monde la tête en bas et à se
libérer des pensées arrêtées et bien établies.
Rabelais et Jonathan Swift font également partie de cette
famille. Leur oeuvre possède cette particularité déconcertante
de ne pas faire grand cas du surnaturel : il y est raconté le plus
simplement du monde et les objets imaginaires y sont aussi
anodins que ceux qui peuplent notre quotidien. Ces auteurs
iconoclastes, satiriques et sceptiques ébranlent les certitudes
de leurs lecteurs et cherchent à les éloigner de leur
comportement terre à terre. La philosophie ésotérique n’est

explicite ni dans Gargantua, ni dans Pantagruel, ni dans Les
Voyages de Gulliver, mais il suffit d’être attentif pour qu’elle
se manifeste.
En voyageant au fil de cette histoire, vous allez découvrir
qu’un nombre impressionnant de personnages célèbres ont
cultivé la philosophie secrète et fait l’expérience d’états
mystiques comme ceux qu’on enseigne dans les sociétés
secrètes. Certes, on peut objecter que, vivant à une époque où
même les plus cultivés ne bénéficiaient pas de toutes les
informations qu’apporte la science moderne, il est tout à fait
normal que Charlemagne, Dante, Jeanne d’Arc, Shakespeare,
Cervantès, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Milton, Bach,
Mozart, Goethe, Beethoven et Napoléon aient adhéré à des
croyances aujourd’hui désuètes. Certes, mais à une période
plus récente alors ? Qu’en est-il de ceux, nombreux, qui ont
nourri les mêmes croyances et qui n’étaient pas de simples
fous, ni des mystiques solitaires, ni des auteurs fantasques,
mais bien les fondateurs des méthodes scientifiques
modernes : les humanistes, les rationalistes, les libérateurs, les
laïques et les démolisseurs de superstition, les sceptiques et
autres moqueurs. Est-il possible que ceux-là mêmes qui ont
contribué le plus activement à former la pensée matérialiste et
scientifique d’aujourd’hui aient secrètement cru en autre
chose ? Newton, Kepler, Voltaire, Paine, Washington, Franklin,
Tolstoï, Dostoïevski, Edison, Wilde, Gandhi, Duchamp : est-il
possible qu’ils aient été initiés à cette tradition secrète, qu’ils
aient appris à croire au pouvoir de l’esprit sur la matière et
qu’ils aient su communiquer avec les esprits ?
Les biographies récentes de certains de ces personnages ne
mentionnent presque pas, si ce n’est pas du tout, les preuves
que ces derniers cultivaient ces idées. Le climat intellectuel

contemporain fait que, quand on évoque ce sujet, ce n’est que
pour mieux le dénigrer, prétendre que ce n’était qu’un hobby,
une absurdité passagère, une idée amusante avec laquelle ces
personnalités ont pu s’amuser ou dont elles se sont servies,
comme de métaphores créatives ; mais il n’est pas question de
prendre cet intérêt au sérieux.
Cependant, comme nous le verrons plus loin, Newton était
un alchimiste : il pratiquait son art à l’âge adulte et celui-ci lui
tenait à coeur au point qu’il le considérait comme son travail le
plus important. Voltaire prenait part à des cérémonies de
magie au moment même où il dominait la vie intellectuelle
européenne. Washington invoqua le grand esprit dans le ciel
lorsqu’il fonda la ville qui porte son nom. Et quand Napoléon
disait qu’il était guidé par sa bonne étoile, ce n’était pas
simplement une façon de parler ; il parlait de l’esprit qui lui
montrait la route et le rendait invulnérable et magnifique.
Ce livre voudrait, entre autres, démontrer que loin d’être
des lubies passagères ou des excentricités d’irresponsables,
accidentelles ou sans pertinence, ces idées étranges étaient au
coeur de la philosophie de personnes qui ont fait l’histoire et,
ce qui est encore plus intéressant, c’est qu’elles servaient le
même objectif. Si l’on rapproche la vie de ces personnes
remarquables, on s’aperçoit qu’à chaque grand virage de
l’histoire, l’influence de l’ancienne philosophie secrète est
toujours là, comme une luciole dans le noir.
Depuis l’époque de Zarathoustra, dans la statuaire et
l’iconographie anciennes, la connaissance de la doctrine secrète
des écoles du Mystère était signifiée par un rouleau de
parchemin. Nous verrons que cette tradition a perduré et
qu’aujourd’hui, les statues des grandes villes du monde
rappellent l’étendue de cette influence. Nul besoin d’aller à

Rennes-le-Château, à Roslin ou dans les contrées reculées du
Tibet pour découvrir les signes de cette pratique secrète.
Au moment de tourner la dernière page de ce livre, le
lecteur se sera peut-être rendu-compte que tout, autour de
nous, a subi l’influence de ces cultes, que ce soit nos
monuments et nos églises, l’art et les livres, la musique, les
films, le folklore, les fêtes folkloriques, les histoires qu’on
raconte à nos enfants et même les noms des jours de la
semaine.
Le Pendule de Foucault et le Da Vinci Code [1] sont deux
romans qui ont vulgarisé l’idée qu’il y avait une conspiration
des sociétés secrètes pour prendre le contrôle du cours de
l’histoire. Ces romans sont centrés sur des personnages qui,
apprenant des choses intrigantes sur la philosophie secrète,
décident de retrouver sa trace et finissent par se laisser
prendre au jeu.
Cependant, des savants émérites comme Frances Yates, de
l’institut Warburg ou Harold Bloom, Sterling Professor en
humanités à l’université Yale ou encore Marsha Keith
Suchard, auteur du livre révolutionnaire Why Mrs Blake
cried : Swedenborg, Blake and the Sexual Basis of Spiritual
Vision, qui ont fait de longues recherches et ont écrit des
choses très importantes dans ce domaine, ont une approche du
sujet très prudente. Si jamais ils avaient été initiés par des
hommes masqués, emmenés dans d’autres dimensions et
qu’on leur avait montré le pouvoir de l’esprit sur la matière, ils
ne le diraient jamais.
Les enseignements les plus confidentiels des sociétés
secrètes sont transmis oralement. Ce qui est écrit l’est de
manière délibérément hermétique, rendant le texte

incompréhensible pour les non-initiés. Si cela nous tente, nous
pouvons essayer de comprendre la doctrine secrète en lisant le
très long et très obscur livre d’Helena Blavatsky, ou les douze
volumes de l’allégorie de Georges Ivanovitch Gurdjieff, De
tout et du tout : récit de Belzébuth à son petit-fils, ou encore
en s’immergeant dans les quelque six cents volumes des livres
et conférences de Rudolf Steiner. On peut également essayer
de décoder les grands textes alchimiques du Moyen Âge ou les
textes ésotériques des grands initiés comme Paracelse, Jakob
Böhme ou Emanuel Swedenborg mais, si on y arrive, c’est
qu’on est déjà un initié. Ces textes sont écrits pour eux seuls et
leur prose dissimule autant qu’elle révèle.
Cela faisait environ vingt ans que je cherchais un livre
capable de me guider de manière claire et concise dans les
méandres de la doctrine secrète et je suis arrivé à la conclusion
qu’un tel livre n’existait pas. J’ai donc décidé de l’écrire moi-même.
On trouve des livres publiés à compte d’auteur, ou des sites
Internet qui essayent d’aborder le sujet. Mais, comme tout
chineur en quête spirituelle, j’ai développé un flair pour le
« vrai » et il me suffit de deux clicks sur ces sites ou de
feuilleter quelques pages de certains de ces livres pour
m’apercevoir qu’ils ne possèdent ni l’intelligence, ni la volonté
de guider, ni la profondeur philosophique et qu’ils offrent très
peu d’information valable. [2]
Cet ouvrage est l’aboutissement de vingt années de
recherches. Mes principales sources proviennent de livres
comme Mysterium magnum, un commentaire sur la Genèse
du philosophe mystique rosicrucien Jakob Böhme, ainsi que
des ouvrages de ses collègues également rose-croix, Robert
Fludd, Paracelse et Thomas Vaughan. Je me suis aussi servi

des commentaires de leurs oeuvres par Rudolf Steiner et
d’autres. J’ai préféré les référencer tous à la fin de l’ouvrage,
afin de ne pas alourdir le corps du texte et de le rendre plus
clair.
Mais ce qui m’a le plus aidé, c’est la rencontre avec un
membre de plusieurs sociétés secrètes ; une personne qui, au
moins dans l’une de ces sociétés, a été initiée au plus haut
grade.
Je travaillais depuis des années comme éditeur dans une
des plus grandes maisons d’édition de Londres, publiant des
livres sur des sujets plus ou moins commerciaux, assez divers,
et je m’intéressais également à l’ésotérisme ; j’ai donc eu la
chance de rencontrer nombre d’auteurs importants dans ce
domaine. Un jour, un homme est entré dans mon bureau : il
était évident que c’était un être à part. Il me proposa de
rééditer toute une série de vieux classiques ésotériques – des
livres d’alchimie et autres textes du genre – pour lesquels il
voulait écrire de nouvelles introductions. Nous sommes
rapidement devenus amis et nous avons passé beaucoup de
temps ensemble. Je pouvais lui poser des questions sur
n’importe quel sujet et il me répondait ce qu’il savait, des
choses extraordinaires. Rétrospectivement, je crois qu’il était
en train de m’éduquer afin de m’initier.
J’ai souvent essayé de le persuader de tout écrire, de
rédiger une théorie ésotérique du tout, mais il a toujours
refusé en disant que s’il le faisait, « des hommes vêtus de
manteaux blancs viendraient [le] chercher ». Mais je crois
surtout que pour lui, dévoiler ces secrets, c’était rompre un
voeu solennel et terrifiant.
Je crois bien que j’ai écrit le livre que j’aurais voulu qu’il
écrive, basé en partie sur les textes rosicruciens qu’il m’a aidé

à comprendre. Il m’a aussi guidé vers les sources ésotériques
d’autres cultures : ce livre est donc traversé par les courants
kabbalistes, hermétiques et néoplatoniciens, qui parcourent la
culture occidentale, mais il reflète également la pensée soufie
et des idées venant de l’ésotérisme hindou et bouddhiste, ainsi
que des parcelles de culture celte.
Je ne cherche pas à mettre l’accent sur les similarités qui
existent entre ces différentes pensées, ni à déterminer les
innombrables façons dont ces innombrables courants se sont
confondus, se différenciant et se réunissant à nouveau à
travers les âges. Je m’attacherai plutôt à suggérer, en
soulignant les similarités qui apparaissent malgré ces
différences, que ces courants portent en eux une vision unifiée
du cosmos qui contient une dimension cachée et une
compréhension de la vie obéissant à des lois mystérieuses et
paradoxales.
Les différentes traditions s’éclairent les unes les autres : il
est merveilleux de constater que les expériences d’un ermite
sur le mont Sinaï au IIe siècle, ou celles d’un mystique au
Moyen Âge ressemblent à celles d’un Indien swami du XXe
siècle. Mais, comme les enseignements ésotériques sont plus
dissimulés en Occident, j’utiliserai souvent des exemples
orientaux pour expliquer l’histoire secrète de l’Ouest.
Je ne vais pas non plus aborder les conflits qui peuvent
exister entre les différentes traditions : l’indienne met l’accent
sur la réincarnation alors que la tradition soufie en parle très
peu. À des fins narratives, j’ai choisi de n’inclure dans mon
récit qu’un petit nombre de réincarnations des grands
personnages historiques.
J’ai également décidé, très subjectivement, quelles écoles de
pensée et quelles sociétés secrètes s’apparentaient à la

tradition. Ainsi la Kabbale, l’hermétisme, le soufisme, les
Templiers, les rose-croix, la franc-maçonnerie ésotérique, le
martinisme, la théosophie de Mme Blavatsky et
l’anthroposophie figurent dans cet ouvrage, mais la
scientologie, la Science chrétienne de Mary Baker-Eddy et un
grand nombre de pensées modernes n’y sont pas.
Cela ne veut pas dire que ce livre cherche à esquiver la
controverse, mais je trouve que les tentatives d’identification
d’une « philosophie perpétuelle » n’ont engendré que des
platitudes du type : « nous sommes tous semblables sous
notre peau », ou « l’amour se suffit à lui-même », etc., avec
lesquelles il est difficile de ne pas être d’accord. À ceux qui sont
à la recherche de révélations de ce genre, je présente d’ores et
déjà toutes mes excuses : les enseignements dont je vais parler
et qui sont tout à fait banals dans les écoles du Mystère et les
sociétés secrètes du monde entier vont offenser beaucoup de
gens et sauter au visage du sens commun.
Mon mentor m’annonça un jour que j’étais prêt à être initié
et qu’il voulait me présenter certaines personnes. J’avais
attendu ce moment avec une impatience réelle, mais à ma plus
grande surprise, je déclinai son offre !
La peur a sans doute compté dans mon refus : je savais que
les rites d’initiation comprenaient des épreuves d’altération de
conscience et même ce qu’on appelle des « expériences de la
mort ».
Je refusai aussi car je ne voulais pas qu’on me donne toute
cette connaissance d’un coup, je voulais pouvoir m’amuser à
chercher encore et encore.
Et, surtout, il n’était pas question de faire un voeu qui
puisse m’empêcher d’écrire.

Cette histoire du monde est structurée comme suit.
Les quatre premiers chapitres portent sur ce qui s’est passé
« au commencement », tel qu’enseigné dans les sociétés
secrètes, y compris ce que signifient l’expulsion du Paradis et
la Chute, dans les enseignements secrets.
Ces chapitres sont également destinés à donner un aperçu
de la vision du monde, tel que le conçoivent les sociétés
secrètes. Comme une paire de lunettes conceptuelles qui
permettent aux lecteurs de mieux apprécier ce qui suit.
Dans les sept chapitres suivants, les personnages mythiques
ou légendaires seront envisagés comme des personnages
historiques. C’est ici qu’on parle de l’histoire avant que toute
trace écrite ne la consigne pour la postérité, telle qu’elle était
enseignée dans les écoles du Mystère et telle qu’elle est encore
transmise dans les sociétés secrètes.
Le huitième chapitre fait une transition vers ce qui est
conventionnellement considéré comme l’histoire, mais le récit
contient encore des monstres et des bêtes extraordinaires, des
miracles, des prophéties et des personnages historiques qui
conspiraient avec des êtres désincarnés pour diriger le cours
des événements.
J’espère que le lecteur acceptera avec plaisir les idées que je
lui présenterai, ainsi que la révélation de l’identité des
personnes qui ont entretenu ces idées. J’espère également que
ces découvertes étranges auront une résonance et que
beaucoup de lecteurs penseront… Ah, oui, ça explique
pourquoi les noms des jours de la semaine sont dans cet

ordre… Mais, c’est pour ça que les images de poissons, du
porteur d’eau et de la chèvre à queue de serpent sont
attribuées à des constellations qui ne leur ressemblent pas
vraiment… Voilà ce qu’on fête réellement à Halloween !… C’est
ce qui explique que, étrangement, les Templiers confessaient
vénérer le Diable… Je comprends mieux pourquoi Christophe
Colomb a décidé d’entreprendre ce voyage tellement
périlleux… Voilà pourquoi un obélisque égyptien a été érigé
dans Central Park, à New York, à la fin du XIXe siècle… Ça
explique qu’on ait embaumé Lénine…
Ce que je voudrais dire à travers ce livre, c’est que nous
pouvons comprendre les faits les plus élémentaires de
l’histoire d’une manière radicalement différente de celle qui
nous a été apprise de manière conventionnelle. Pour étayer
mes dires, il me faudrait les trente-deux kilomètres de livres
de sciences occultes et d’ésotérisme qui sont, paraît-il,
enfermés dans la bibliothèque du Vatican. Cependant, je vais
essayer de démontrer dans ce volume unique, que ce point de
vue alternatif, vu de l’autre côté du miroir, tenace et
convaincant, a sa propre logique et présente l’avantage
d’éclairer certaines des expériences humaines inexpliquées du
point de vue conventionnel. Je ferai également référence à des
spécialistes en la matière dont le travail fait autorité et qui
permettront au lecteur passionné de poursuivre ses
recherches au-delà de cet ouvrage.
Quelques-uns de ces savants ont travaillé dans la tradition
ésotérique. D’autres sont des experts dans leur discipline –
sciences, histoire, anthropologie, critique littéraire –, des
intellectuels dont les conclusions me semblent confirmer le
point de vue ésotérique du monde. Pourtant, je ne sais pas si
leur propre philosophie de vie a une dimension spirituelle ou

ésotérique.
Mais surtout – et j’insiste sur ce point –, j’aimerais que vous
envisagiez cette lecture d’une manière inédite, que vous la
preniez comme un exercice de l’imaginaire.
Je voudrais que le lecteur essaye de se représenter ce que
cela peut faire de croire exactement l’opposé de ce que notre
éducation nous a invités à croire, cela demande une sorte
d’altération de notre état de conscience et c’est exactement ce
qu’il faut : au coeur de tous les enseignements ésotériques du
monde, il est dit qu’une forme d’intelligence supérieure peut
être atteinte dans un état de conscience altéré. La culture
occidentale, en particulier, a toujours mis l’accent sur
l’importance de cultiver l’imagination en pratiquant la
visualisation. Quand on permet à notre imaginaire de se
libérer, les images travaillent pour nous.
Bien sûr, ce livre peut être lu comme une compilation de
croyances absurdes, comme une fantasmagorie épique, ou une
cacophonie d’expériences irrationnelles ; mais j’espère qu’en
reposant cet ouvrage, certains lecteurs éprouveront une sorte
de sentiment d’harmonie et qu’ils pourront même apprécier ce
léger vent de contre-courant philosophique suggérant que tout
cela est peut-être vrai.
Évidemment, toute théorie valable cherchant à expliquer
pourquoi le monde est tel qu’il est, doit aussi pouvoir prévoir
ce qui va arriver. Le dernier chapitre de ce livre révèle ce qui
devrait satisfaire cette curiosité, en admettant toujours que le
grand projet cosmique des sociétés secrètes soit fiable.
D’après leurs prédictions, le nouveau grand élan vers
l’évolution naîtra en Russie. La civilisation européenne va
s’effondrer, mais la flamme de la vraie spiritualité brûlera
toujours en Amérique.

J’ai ajouté des illustrations à la fois étranges et troublantes
qui, je l’espère, stimuleront l’imaginaire ; certaines n’ont
jamais été vues en dehors des sociétés secrètes.
Vous y trouverez également des images familières de
l’histoire mondiale et les plus grandes icônes de notre culture –
le Sphinx, l’arche de Noé, le cheval de Troie, la Joconde ainsi
que Hamlet et son crâne – car d’après les sociétés secrètes,
chacune d’entre elles a une signification étrange et
surprenante.
Pour finir, vous trouverez aussi les illustrations d’artistes
contemporains européens, tels que Ernst, Klee et Duchamp,
ainsi que d’Américains excentriques comme David Lynch.
Leur travail est également ancré dans la philosophie secrète.
Essayez de vous laisser aller et d’approcher ce livre avec
une certaine liberté d’esprit et vous verrez que les histoires les
plus familières revêtiront une tout autre signification.
D’ailleurs, il suffit qu’une seule chose soit vraie dans ce que
vous allez lire pour que tout ce qui vous a toujours été
enseigné par vos professeurs soit remis en question.
Je suis sûr que cette perspective ne vous effraie pas.
Comme l’a dit l’un des fidèles de la philosophie secrète dans
une phrase restée célèbre :
Vous devez être fou, sinon vous ne seriez pas là.

1
Au commencement
Dieu observe son reflet • L’univers miroir

suite…

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