L’ALLIANCE DES JUIFS ET DES NOIRS


 
Auteur : MacDonald Kevin
Ouvrage : L’alliance des juifs et des noirs
Année : 2006

Traduit de L’américain par Michel Courtois

Cette brochure présente un aperçu général de l’histoire des
relations entre Noirs et Juifs au cours du XXe siècle. Les
éléments dont nous disposons montrent très clairement que les
organisations juives ainsi qu’un grand nombre de Juifs, à titre
individuel, ont énormément contribué au succès du mouvement
visant à accroître le pouvoir des Noirs et à modifier la hiérarchie
raciale aux États-Unis. J’aborde également une question plus
difficile, à savoir de comprendre quels furent les mobiles des
Juifs dans cette alliance avec les Noirs.
Il faut bien avoir à l’esprit que Noirs et Juifs constituent
deux groupes très dissemblables. De l’Antiquité à nos jours, les
populations juives ont souvent acquis une position de pouvoir
et d’influence au sein des sociétés occidentales. Les Juifs ashkénazes
qui dominent la communauté juive américaine possèdent
en moyenne le plus haut quotient intellectuel de tous les groupes
humains et ont fait montre d’une remarquable capacité à créer et
animer des groupes qui défendent très efficacement leurs intérêts1.
Malgré un antisémitisme assez largement répandu (mais
relativement modéré si l’on s’en réfère à l’Histoire) et malgré
leur dénuement à leur arrivée, les Juifs ont rapidement acquis,
aux États-Unis, un statut social, des biens, du pouvoir et une


1. Voy. Kevin B. MAcDoNALD, A People that Shall Dwell A/one. judaism
As a Group Evolutionary Strategy, iUniverse, Lincoln (Nebraska), 2002
(rrc éd.: Praeger, Westport [Connecticut], 1994), ainsi que L’Activisme juif et
ses traits essentiels, Pierre Marteau, Milan, 20II.


influence hors de proportion avec leur importance numérique.
Le pouvoir des Juifs était déjà perceptible à l’époque où l’on
débattait sur la nécessité ou non d’entrer dans la Seconde Guerre
mondiale aux côtés de l’Angleterre, et même dès les années vingt,
au moment des controverses sur l’immigration (bien qu’ils ne
fussent pas, alors, du côté des gagnants). Mais ce pouvoir s’est
renforcé de manière spectaculaire après la Seconde Guerre mondiale
et, depuis les années soixante, les Juifs américains sont
devenus une élite qui influe considérablement sur la politique
nationale. En dépit de profondes divisions au sein de la communauté
juive américaine, il existe un large consensus sur un certain
nombre de sujets politiques essentiels, notamment en ce qui
concerne le soutien à Israël ou l’aide aux autres communautés
juives de l’étranger, la politique d’immigration et le droit d’asile,
la séparation de l’Église et de l’État, le droit à l’avortement et les
libertés civiques2
Il y a eu chez les Juifs un large consensus de sympathie et de
soutien envers les mouvements favorables aux Noirs américains,
au moins jusque dans les années soixante-dix, époque à laquelle
les néoconservateurs juifs – une petite minorité au sein de la
communauté juive – commencèrent à prendre leurs distances
par rapport aux expressions les plus radicales de la législation sur
la promotion des Noirs et demandèrent qu’on limite l’aide sociale
et que l’on tempère les formes les plus radicales de la discrimination
positive et de l’affirmation des droits communautaires des
Noirs. De concert avec la majorité des associations juives des
États-Unis, ces néoconservateurs avaient néanmoins soutenu,
dans les années soixante, la révolution des droits civiques.


2. ]. ]. GoLDBERG, ]ewish Power. Inside the American Jewish Establishment,
Addison-Wesley, Reading (Massachusetts), 1996, p. 5·


Les Noirs présentent un profil historique et racial totalement
différent. Dans le Sud, les Noirs ont été soumis à l’esclavage et,
au lendemain de leur émancipation, la ségrégation raciale donna
naissance à une hiérarchie raciale bien définie. Dans le Nord, les
Noirs étaient également plutôt pauvres et sans pouvoir, mais si
l’on s’en réfère aux tests de quotient intellectuel, ils atteignirent
le même taux de réussite professionnelle que les Blancs depuis
la fin de la première phase du mouvement pour les droits civiques-
vers 1960. Depuis cette époque, et toujours en fonction
des évaluations de quotient intellectuel, les Noirs sont beaucoup
plus susceptibles d’occuper des emplois exigeant un QI élevé que
des Blancs de même niveau. Ainsi, dans une étude réalisée à
partir de données de 1990, les Blancs ayant un emploi spécialisé
avaient un QI moyen de 114, tandis que les Noirs occupant des
postes similaires possédaient un QI moyen de 943• Le QI moyen
des Noirs est de 85, soit un écart-type au-dessous de la moyenne
des Blancs américains et au moins deux écarts-types au-dessous
de la moyenne des Juifs américains, qui est de 1154 •
Illustration de cette disparité de QI et de réussite, l’alliance
entre Noirs et Juifs a toujours été à sens unique. Les Juifs ont
joué un rôle déterminant dans l’organisation, le financement et la
promotion de la cause noire, alors que les Noirs n’ont joué aucun
rôle dans la conduite des affaires des organisations juives5•



3· Richard J. HERRNSTEIN et Charles MuRRAY, The Bell Curve. Intelligence
and Class Structure in American Lift, The Free Press, New York, 1994,
p. 321-322, 488-492.
4· K. B. MAcDONALD, A People that Shall Dwell Alone, op. cit.,
chapitre 7·
5· Harold CRUSE, « Negroes and Jews – The Two Nationalisms and
the Bloc(ked) Plurality », in Jack SALZMANN (dir.), Bridges and Boundaries.
African Americans and American ]ews, George Braziller & The Jewish
Museum, New York, 1992 (1967).


BREF HISTORIQUE DE L’ALLIANCE ENTRE LES NOIRS ET LES JUIFS

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