L’empreinte des Dieux – Enquete sur la nuit des temps et la fin du monde


 
Auteur : Hancock Graham
Ouvrage : L’empreinte des Dieux
Année : 1995

traduit de l’anglais par Philippe Babo

Un autre révisionnisme, archéologique celui-là, à mille lieues des fariboles récentistes (le récentisme qui fait des ravages sur le Net est une théorie parfois localement valide mais généralement très farfelue).

Malgré des titres volontiers sensationnalistes qu’on peut lui pardonner vu le niveau de l’édition et des hypothèses non corroborées – portant notamment sur le prétendu « message » que des civilisations disparues auraient voulu nous transmettre (il est probable qu’elles se moquaient pas mal de nous et se focalisaient surtout sur leur propre épopée !) -, Graham Hancock accomplit un travail de Titan qui mérite qu’on s’y attarde. Ses deux best-sellers traduits en français (L’Empreinte des dieux et Civilisations englouties) sont devenus des classiques, et je n’y ai pas trouvé d’énoncé justifiant les basses insultes que les « professionnels de la profession » lui ont jetées à la figure. 

On ne saurait être d’accord avec tout ce qu’il écrit, à commencer par sa datation du Sphinx, ses démonstrations mathématiques ou certaines approximations dans les chiffres qu’il avance, mais il a le mérite d’ouvrir, comme tant d’autres avant et après lui, des perspectives concrètes aux esprits qui s’intéressent à la Tradition primordiale. À ceux qui veulent approfondir le sujet, je suggère la lecture de trois livres parmi les meilleurs que j’ai pu lire sur cette question, étudiée sous l’angle scientifique et archéologique :

– Kadath (sous la direction de Jacques Gossart et Patrick Ferryn), Déluges et peuples engloutis, Éditions Oxus, 2013 ;
– Otto H. Muck, L’Atlantide, légendes et réalité, Plon, 1982 ;
– Alexandre Kondratov, Les mystères des trois océans, Éditions du Progrès, URSS, 1974.

Paul-Éric Blanrue

I

INTRODUCTION
Le Mystère des Cartes

1
Les cartes des anciens rois
de la mer
8e SQUADRON DE RECONNAISSANCE TECHNIQUE (SAC).
US AIR FORCE

Base Aérienne de Westover
Massachusetts
6 juillet 1960

Objet : Mappemonde de Piri Reis

A l’attention de : Monsieur le Professeur Charles H. Hapgood,
Keene College,
Keene, New Hampshire.

Monsieur le Professeur,

Votre demande en vue de l’examen par nos services de certains détails
insolites de la mappemonde de Piri Reis (1513) a retenu toute notre attention.
L’hypothèse selon laquelle la partie inférieure de la carte décrirait la côte
de la Princesse Martha, de la Terre de la Reine Maud (Antarctique), et
la péninsule de Palmer, nous semble plausible. Il s’agit, à notre avis, de
l’interprétation la plus logique, et, selon toutes probabilités, la plus correcte
de cette carte.
L es contours apparaissant dans la partie inférieure de la carte correspondent
de manière tout à fait remarquable avec les résultats du profil sismique
de la calotte glaciaire antarctique réalisé par l’expédition anglo-suédoise de
1949.

On peut inférer de ce qui précède que cette côte a été cartographiée
avant que la calotte glaciaire ne la recouvre.
La calotte glaciaire, dans cette région, est aujourd’hui épaisse d’environ
mille cinq cents mètres.
Nous n’avons aucune idée de la manière dont les informations figurant
sur cette carte peuvent être conciliées avec l’état des connaissances géographiques
en 1513.
HAROLD Z. OHLMEYER
Lt-Colonel, USAF
Chef du Squadron

Son style administratif mis à part, la lettre du Lt-Colonel Ohlmeyer1
revêt une importance capitale. Si la Terre de la Reine Maud
a été cartographiée avant d’être recouverte par la glace, la carte originelle
doit avoir été réalisée à une époque extraordinairement reculée.
Quand exactement?
On estime d’ordinaire que la calotte glaciaire antarctique, dans
son étendue et sa forme actuelles, est vieille de plusieurs millions
d’années. A l’examen, cette théorie prête sérieusement le flanc à la
critique- si sérieusement qu’il n’est point besoin de supposer que
la carte dressée par l’amiral Piri Reis décrive la Terre de la Reine
Maud telle qu’elle se présentait il y a plusieurs millions d’années.
Les données les plus récentes laissent penser que la Terre de la
Reine Maud et les régions voisines apparaissant sur la carte ont été
libres de glaces pendant une longue période, qui a vraiment pris fin
il y a à peine six mille ans2• Ces données, sur lesquelles nous
reviendrons au chapitre suivant, nous dispensent de la tâche écrasante
d’avoir à déterminer qui aurait disposé de la technologie permettant
de réaliser un relevé géographique précis de l’Antarctique,
il y a, mettons, deux millions d’années avant J.-C., longtemps avant
l’apparition sur terre de notre propre espèce. Dans la mesure où la
cartographie est une activité complexe et civilisée, ces mêmes
indices nous obligent à nous demander comment une telle tâche a
pu être accomplie même quatre mille ans avant notre ère, bien avant
le développement des premières véritables civilisations reconnues
par les historiens.

Quand l’Antarctique était libre de glaces
A ce point de notre démonstration, le lecteur gardera à l’esprit les
faits historiques et géologiques élémentaires suivants:

1 . La carte de Piri Reis, qui est un document authentique, et non
une quelconque supercherie, a été réalisée à Constantinople en
l’an 1 5 1 3 de notre ère3*.
2. Elle montre essentiellement la côte occidentale de l’Afrique, la
côte orientale de l’Amérique et la côte de l’ Antarctique au sud
de 1′ océan Atlantique.
3 . Piri Reis n e peut avoir obtenu ses informations sur cette dernière
région auprès des navigateurs de son temps, dans la
mesure où l’ Antarctique ne sera découvert qu’en 1 8 1 8 , trois
siècles plus tard.
4. La présence de la côte de la Terre de la Reine Maud sur la carte
constitue un véritable casse-tête dans la mesure où les données
fournies par la géologie confirment que la date la plus tardive à
laquelle elle aurait pu être relevée et cartographiée libre de
glaces est 4000 av. J.-C.4
5. n n’est pas possible de déterminer avec précision la date la plus
reculée à laquelle une telle tâche aurait pu être accomplie, mais il
semble que le littoral de la Terre de la Reine Maud soit resté libre
de glaces, de manière durable, pendant au moins neuf mille ans
avant qu’il n’ait été englouti entièrement par la calotte glaciaire5•
6. Les premières civilisations connues ne sont apparues qu’au
lendemain de la période concernée – après 4000 av. J.-C.

En d’ autres termes, la véritable énigme posée par cette carte de
1513 n’ est pas tant le fait qu’ elle comprenne un continent resté
inconnu jusqu’en 1 8 18, mais qu’elle décrive une partie de la côte de
ce continent dans des conditions climatiques qui ont pris fin il y a six
mille ans et ne se sont pas renouvelées depuis.
Comment tout cela s’ explique-t-il ? Piri Reis nous donne obligeamment
la réponse dans une série de notes écrites de sa main sur la
carte elle-même. Il nous apprend qu’il n’ est pas responsable du
relevé et de la cartographie d’ origine. Bien au contraire, il reconnaît
que son rôle fut seulement celui d’un compilateur et d’un copiste, et
que sa carte s’ inspire d’un grand nombre de cartes antérieures6• Certaines
de ces dernières ont été dressées par des découvreurs contemporains
ou quasi contemporains de Reis (notamment Christophe
Colomb), qui avaient à cette date déjà atteint les Antilles et les côtes
de l’Amérique, mais d’ autres étaient des documents remontant au
quatrième siècle avant J.-C., voire encore plus anciens7•
Piri Reis n’avançait aucune hypothèse quant à l’ identité des cartographes
qui auraient réalisé les premières cartes. En 1966, cependant,
le professeur Hapgood proposa une solution inédite et provocante à
ce problème. Dans son ouvrage Maps of the Ancient Sea Kings (« Les


* Voir reproduction des cartes en hors-texte.


Cartes des anciens rois de la mer » ), il soutint que certaines des cartes
originelles utilisées par Piri Reis, en particulier celles qui, selon l’amiral,
dataient du quatrième siècle avant notre ère, étaient elles-mêmes
fondées sur des sources encore plus anciennes, lesquelles s’appuyaient
à leur tour sur des sources datant de l’antiquité la plus reculée.
A son avis, des preuves irréfutables démontraient que la terre avait
été entièrement cartographiée avant l’an – 4000 par une civilisation
inconnue ayant atteint un haut degré de savoir-faire technologique8:

« II semble, concluait-il, que des informations géographiques
d’une grande précision se soient transmises de peuple
en peuple dans la plus haute antiquité. Ces cartes, selon toute
vraisemblance, ont été dressées par un peuple inconnu, puis
léguées à d’autres civilisations – peut-être les Crétois de
l’époque de Minos et les Phéniciens, qui furent, pendant plus
de mille ans, les plus grands marins du monde antique. Nous
savons qu’elles furent recueillies et étudiées dans la grande
bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte, et que les géographes
qui y travaillaient en ont réalisé des compilations »9.

A partir d’Alexandrie, selon la reconstitution d’Hapgood, des
copies de ces compilations et certaines cartes originales auraient été
transférées dans d’autres grands centres intellectuels – notamment
Constantinople. Finalement, après la prise de Constantinople par les
Vénitiens pendant la Quatrième Croisade en 1204, les cartes commencèrent
à parvenir entre les mains des marins et des découvreurs
européens:
« La plupart de ces cartes concernaient la Méditerranée et
la mer Noire, mais des cartes d’autres régions étaient également
disponibles. Certaines d’entre elles représentaient le
continent américain, ainsi que les océans Arctique et Antarctique.
II ne fait aucun doute que d’anciens voyageurs avaient
parcouru la terre du pôle Nord au pôle Sud. Aussi incroyable
que cela puisse paraître, nous avons la preuve qu’un peuple
ancien a exploré l’Antarctique quand ce continent était encore
libre de glaces. Il est également manifeste que ce peuple disposait
d’instruments de calcul des longitudes largement
supérieurs à tous ceux que posséderaient les peuples de l’Antiquité,
du Moyen-Age, et de l’époque moderne avant la
seconde moitié du XVIII » siècle.
Ces traces d’une technologie perdue viennent à l’appui des
nombreuses hypothèses relatives à l’existence, dans les temps
les plus reculés, d’une civilisation disparue. Les spécialistes
représentant la science officielle ont rejeté la plupart de ces

indices comme de pures fables, mais certaines preuves ne
peuvent pas être écartées. Cela suppose que toutes les autres
preuves mises en avant dans le passé doivent être rééxaminées
en dehors de toute idée préconçue. »10

Malgré le soutien retentissant d’Albert Einstein (voir infra), et
bien que John Wright, le président de l’ American Geographical
Society, ait reconnu par la suite qu’ Hapgood avait « émis des hypothèses
qui méritaient plus ample vérification », aucun chercheur ne
s’ est penché depuis lors sur ces étranges cartes anciennes. Bien plus,
loin d’ avoir été applaudi pour avoir apporté une contribution sérieuse
et nouvelle au débat sur les origines de la civilisation humaine, Hapgood
fut jusqu’à sa mort regardé de haut par la plupart de ses pairs,
qui, en guise de discussion de ses théories, se bornèrent à « le couvrir
de sarcasmes inqualifiables, en insistant sur des vétilles et des faits
invérifiables pour fonder leur condamnation, et en cherchant de cette
façon à éviter tout véritable débat »11•

Un homme en avance sur son temps

suite…

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