Le sionisme en Palestine-Israël : fruit amer du judaïsme


 

Auteur : Gaillard André
Ouvrage : Le sionisme en Palestine-Israël : fruit amer du judaïsme
Année : 2004

AVANT-PROPOS
Le XXe siècle qui vient de s’achever a été riche d’enseignement sur les vertus, mais aussi
sur les capacités de nuisance, de la race humaine. S’il a vu dans de nombreux pays
l’avènement de la démocratie et la promotion des droits civiques, il n’en a pas moins légué
aux générations futures les séquelles de tragédies qui s’inscriront longtemps dans les livres
d’histoire. Il serait vain de tenter de les énumérer. Deux d’entre elles, par leur ampleur même,
s’imposent à la mémoire collective. Souvenons nous qu’un grand peuple européen, pourtant
éminent dans de nombreux domaines, s’est laissé séduire par l’idéologie nazie avec les
conséquences monstrueuses que l’on connaît. Souvenons nous aussi qu’ailleurs, notamment
en France, une partie non négligeable de l’élite intellectuelle a adhéré pendant plusieurs
décennies à l’idéologie communiste responsable de dizaines de millions de morts
Comme en témoignent ces erreurs que nombre de gens instruits et sincères ont partagées,
le juste interprétation des événements, lorsqu’ils se déroulent sur de nombreuses années et
nous sont rapportés quotidiennement, est toujours difficile. De plus, contrairement à une
opinion courante mais fausse, l’Histoire est la science des événements qui ne se répètent pas.
La prochaine guerre ne sera pas semblable à la précédente, les grandes idéologies du passé ne
reviendront pas sous la même forme, les hommes sont confrontés à des situations toujours
nouvelles dont la nocivité n’émerge souvent dans les consciences que devant des malheurs
caractérisés. Des situations imprévues, non imaginées qui surprennent et qui piègent…
Notre époque n’échappe pas à cette règle… Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une idéologie
dénoncée pendant longtemps par une partie notable et éminente de la communauté juive d’où
elle a émergé portait en elle tous les germes d’une future tragédie. L’idéologie sioniste, à la
fois doctrine théorique et base d’un système politique redoutable, est largement méconnue.
Basée sur le mythe de la Terre promise à un Peuple élu par Yahvé, le dieu de la mythologie
hébraïque, elle s’est développée depuis la fin du XIXe siècle et a obtenu en 1947 des Nations
Unies un État : Israël. Génératrice d’un état de guerre permanent et d’une colonisation
impitoyable à laquelle répond un terrorisme dont l’horreur tend à voiler dans les esprits les
vraies origines, cette idéologie, si elle n’est combattue vigoureusement, ne peut pas ne pas
aboutir à un désastre à la fois pour le peuple juif qui l’a nourrie en son sein et pour bien
d’autres populations. Car, comme le furent en leur temps au nom de la Vérité, les Croisades,
l’Inquisition ou les guerres de religions pour le christianisme, comme l’est le fondamentalisme
musulman pour l’islam depuis quelques dizaines d’années, le sionisme – au nom d’une donnée
qui n’est plus la Vérité mais la « Race » – est un fruit amer du judaïsme…
Face à la situation chaotique qui a malencontreusement découlé de la décision des Nations
Unies, face à un affrontement dont nul ne voit l’issue et dont la fin peut s’avérer dramatique,
que peut-on faire et espérer ? Mon but, en tout cas, est de porter un regard sur l’idéologie
sioniste au vu de ses manifestations sur le terrain, mais aussi de ses sources judaïques
généralement ignorées par les auteurs et commentateurs et sans lesquelles tout discours est
profondément déficient. Ceci sans méconnaître ce que le judaïsme a apporté à la civilisation,
sans méconnaître non plus que la création de l’État d’Israël, pour avoir été historiquement une
erreur, a aussi, en succédant à un génocide caractérisé, obéi à des motifs humanitaires.
De par sa perspective précise et limitée, un tel texte peut apparaître à certains comme
systématiquement favorable à ceux, Arabes notamment, qui luttent contre l’entreprise en
question. Cette interprétation n’est pas juste. Apporter spontanément sa sympathie à un peuple

opprimé, totalement isolé et dépourvu de soutien sur la scène internationale, n’est nullement
approbation de ses actions, négation de ses faiblesses, méconnaissance des pesanteurs
inhérentes à l’Islam qui l’inspire. Il s’agit simplement, pour une oeuvre qui n’est point de
compassion mais de justice, de comprendre une idéologie qui, par delà ses hérauts, conduit
une machine redoutable.
Compte tenu de la tactique d’intimidation, voire du terrorisme intellectuel qui sévit
volontiers dans notre pays avec le fréquent amalgame antisionisme-antisémitisme, compte
tenu de l’idéologie d’intouchabilité développée par nombre de responsables juifs, je sais que
mes propos – soulignés par des gardiens vigilants, prompts à manier cette injure à la mode –
me feront soupçonner de racisme antijuif. Chaque critique de la politique israélienne ou toute
opinion non défavorable aux Palestiniens ne sont-elles pas accusées de traduire de
l’antisémitisme chez les journalistes, écrivains ou hommes politiques qui se permettent une
telle liberté ? Dans l’esprit de certains, le simple emploi du mot « juif » n’est-il pas déjà
suspect par lui-même lorsqu’il fait abstraction de l’histoire concentrationnaire récente, voire
s’il est seulement prononcé par un non-Juif ? Et, n’y a-t-il pas pour les accusateurs des « Juifs
antisémites » ou des « Juifs atteints de la haine de soi » comme l’indiquent victimes de
groupes de pression, E. Benbassa1, J. C. Attias1 et M. Rodinson2 ? D’aucuns vont m’accuser
aussi d’antijudaïsme au prétexte que je dénonce des éléments pervers présents dans cette
culture. Mais le judaïsme serait-il donc la seule entreprise humaine à ne pas véhiculer de tels
éléments ? Depuis un certain nombre d’années, les chrétiens en viennent à reconnaître et à
regretter profondément certains écrits et pratiques criminogènes du christianisme3. Les Juifs
ne seraient-ils pas capables de faire de même avec le judaïsme, la Bible et le Talmud ?
Les pages qui suivent se proposent de réunir les données essentielles d’ordre historique
qu’il convient d’avoir à l’esprit. Elles cherchent aussi à analyser les éléments constitutifs de
l’idéologie sioniste et à mettre à jour les véritables causes du drame quotidien qui se joue en
Palestine. Elles se veulent enfin un réquisitoire face au crime d’indifférence des hommes
politiques 4.
Parmi toutes les causes qui méritent d’être soutenues et sur lesquelles les Occidentaux
directement responsables peuvent parfaitement agir, la dénonciation de l’idéologie sioniste
m’apparaît en effet comme une des premières. Grâce à l’apport des historiens et journalistes
courageux, Juifs en majorité honnis dans leur communauté, grâce aussi au recul du temps qui
permet une perspective valable, cette tâche est aujourd’hui facilitée.


1 Les Juifs ont-ils un avenir ? p. 243.
2 Peuple juif ou problème juif ? p. 6-12 et 292-293 entre autres. La haine de soi est le nom d’une autocritique
formulée initialement par Lessing au début du XXe siècle.
3 Le théologien catholique, Y.Burdelot, dans Devenir humain, Ed. du Cerf, p. 170, écrit ainsi : « Il y a dans nos
esprits une représentation de « Dieu » qui est à la source des plus grands maux dont souffre et a souffert
l’humanité. Et il existe un comportement humain qui, tentant de s’attribuer à soi-même la puissance dont nos
rêves affublent ce « Dieu-là », pense ne se réaliser, et donc donner sens à sa vie, qu’en dominant et écrasant les
autres. »
4 Dresser un réquisitoire quel qu’il soit – comme, par exemple, dans ce texte, celui du sionisme – est toujours une
entreprise qui peut a priori être qualifiée de partisane par l’accumulation de données allant dans un seul sens.
Quel est l’individu, le mouvement, la philosophie qui n’ait apparemment que des côtés négatifs ? C’est la loi du
genre donnant à tout réquisitoire un aspect injuste. Mais un réquisitoire c’est aussi et d’abord un plaidoyer en
faveur d’une cause supérieure de justice. Ici, c’est la cause de tous ceux, Juifs et non-Juifs, victimes à un
moment donné de l’Histoire de certains éléments du judaïsme.


1 – DÉFICIENCE DE L’INFORMATION,
MÉCONNAISSANCE D’ORDRE RELIGIEUX
et DÉMISSION BANALE EN OCCIDENT

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