La Mafia des Hormones


 
Auteur : Vandemeulebroucke Jaak
Ouvrage : La mafia des hormones
Année : 1994

Traduction: Luc Leens

Préface
Qui déniera aujourd’hui que l’alimentation
est un facteur primordial de la santé?
Et qui réfutera que cette dernière constitue
un droit fondamental de tout être humain?
Quel que soit le débat démocratique
prôné, quelle que soit la conception assumée,
il n’est de plus grand défi que celui qui dévoile
– et protège – l’homme.
Jaak Vandemeulebroucke l’a compris qui,
sur le terrain, a mené un tel combat.
Plus qu’une enquête minutieuse,
davantage qu’un récit – celui d’une recherche
difficile et périlleuse de la vérité -, La Mafia
des hormones est un livre juste, un combat
pour la démocratie, dénonçant les silences
complices, les absences coupables et les
pesanteurs stériles.

Trop longtemps, les pouvoirs publics se
sont désintéressés, semble-t-il, de la question
de l’utilisation – illégale – de stimulateurs de
croissance dans la chine de production
animale.
Mais comment ne pas réagir, lorsqu’au
mépris des gens, d’une société, de la vie tout
simplement, le droit à la santé est sacrifié sur
l’autel d’une cupidité sans scrupule?
Une réflexion s’imposait; mes
prédécesseurs l’ont menée. Un combat était à
reprendre; je l’ai fait mien aussi…
Affronter les controverses, surmonter les
lourdeurs administratives, dépasser les
difficultés institutionnelles, bref, vaincre la
torpeur passée et agir s’avéraient plus que
nécessaire : urgent et capital.
Au-delà des réglementations nouvelles,
des renforcements récents de la législation, audelà
de la concertation de tous les partenaires
concernés (Ministères, producteurs,

départements,…), de leurs efforts conjugués, il
y a ce livre qui nous le rappelle.
Il faut l’avoir lu pour comprendre à quel
point il était… attendu!
Urgent et capital, ai-je écrit.
Urgent de réfléchir pour recouvrer lucidité
et responsabilité; capital de réagir pour
sauvegarder la démocratie d’une gangrène qui
la menace.
A l’appel lancé, il convenait de répondre,
par un signe clair. Promouvoir la traduction
française de l’ouvrage de Jaak
Vandemeulebroucke y participait.
Jacques Santkin
Ministre de la Santé publique

Avant-propos
En septembre 1988, le Parlement
européen décida de mettre sur pied une
commission spéciale pour enquêter sur
l’utilisation d’accélérateurs de croissance dans
l’élevage. Mon groupe politique me désigna
comme représentant.
A l’époque, j’étais tout sauf un spécialiste
des hormones. Bien entendu, c’est avec
sympathie que j’avais suivi au Parlement
européen l’élaboration des directives de 1981
et 1985, qui traitent de cette question.
Cependant, je ne siégeais ni dans la
commission de l’agriculture, ni dans la
commission de l’environnement, où se prépare
l’avis du Parlement dans ces matières.
A l’école, j’étais loin d’être premier de
classe en chimie; d’ailleurs, je suis devenu
historien. Je ne suis donc ni ingénieur
agronome, ni vétérinaire, pharmacien, ou
chimiste. Le diéthylstilbestrol, l’acétate de
médroxyprogestérone, la trenbolone et la

testostérone étaient pour moi des notions
totalement inconnues. Par ailleurs, j’ignorais
tout des techniques d’engraissement du bétail.
Je n’étais pas non plus familiarisé avec le
fonctionnement d’un marché aux bestiaux ou
d’un abattoir, et, enfin, je ne savais absolument
pas comment les pouvoirs publics effectuaient
les contrôles dans les exploitations agricoles
ou dans les abattoirs pour garantir la qualité de
notre alimentation. C’est pourquoi, j’ai abordé
les travaux de la commission d’enquête
pratiquement sans le moindre a prori. J’ai dû
beaucoup apprendre. A mesure que se
dissipait la brume autour de ce dossier, j’allais
de surprise en surprise.
Cela fait maintenant cinq ans que je
m’occupe de ce problème: j’ai pu ainsi
découvrir comment, depuis des années, de
petits fermiers, des bouchers et les
consommateurs sont devenus les victimes d’un
petit groupe de vétérinaires, de pharmaciens et
de gros éleveurs sans scrupules, une véritable
mafia, organisée à l’échelle internationale,
impitoyable et prête à tout pour engranger les

plantureux bénéfices de son odieux trafic. J’ai
découvert aussi les lacunes des législations
belge et européenne, ainsi que la lourdeur d’un
appareil judiciaire qui intervient peu ou pas du
tout.
J’ai appris à connaître également toute une
série de personnes loyales et dévouées: des
inspecteurs-vétérinaires, des ingénieurs
agronomes, des policiers, des juges
d’instruction. Que ce soit le week-end, le soir
ou à la fine pointe de l’aube, tous ces
fonctionnaires et magistrats ne reculent jamais
devant une heure supplémentaire, dès qu’ils
entrevoient la possibilité de démanteler un
réseau de trafiquants d’hormones, d’empêcher
des abattages illégaux, de débusquer un
laboratoire clandestin ou de pincer des revendeurs.
Tout au long de mon enquête, j’ai pu
compter sur leurs conseils discrets, en dépit du
devoir de réserve qui leur est imposé par les
autorités. C’est leur aide qui m’a permis de
démêler l’écheveau de ce dossier complexe.

Je voudrais remercier tout d’abord Bart
Staes, mon collaborateur au Parlement
européen, pour sa contribution inestimable et
son enthousiasme de tous les instants. Sans
lui, ce livre n’aurait jamais vu le jour. Merci
aussi à tous ceux qui, à tous les niveaux, ont
accepté de rompre la loi du silence. Merci
également à tous ceux qui se battent chaque
jour, sans relâche, sur le terrain.
Je remercie surtout mon épouse, Lieve,
pour son courage. Elle a connu des moments
très difficiles, particulièrement quand les
menaces contre notre famille se sont
transformées en véritables agressions. C’est
pourquoi, je lui dédie ce livre.
Jaak Vandemeulebroucke.

1. Les trois Willy

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?post/Vandemeulebroucke-Jaak-La-mafia-des-hormones