Le Droit naturel


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Auteur : Hegel Georg Wilhelm Friedrich
Ouvrage : Le droit naturel
Année : 18??

Traduit de l’Allemand
Préfacé et annoté
par ANDRÉ KAAN

INTRODUCTION
L’année 1801 est celle où, après avoir ouvertement
annoncé l’incompatibilité entre Fichte et Schelling
et s’être rallié au point de vue du second, Hegel commence
son activité d’enseignement et de polémique.
Cette dernière trouve son expression dans le Journal
critique de philosophie avec, en particulier, les deux
grands articles sur Foi et savoir et sur la méthode du
Droit naturel qui tous les deux ont été recueillis dans
les oeuvres éditées ou recomposées par ses disciples
après sa mort. A côté d’eux, son travail d’enseignement
n’a longtemps été connu que par quelques initiés qui
avaient accès aux manuscrits. Ceux-ci n ont été publiés
qu’un siècle après. Naturellement l’étroitesse de la
collaboration entre Schelling et Hegel ne signifie pas
que celui-ci reflète la pensée du premier. Si l’effort
qu’il a dû faire pour trouver une expression adéquate
de sa conception des rapports entre l’esprit et la nature
est plus apparent dans les manuscrits, l’originalité
de son inspiration se manifeste déjà dans les articles
du Journal. Cela est peut-être particulièrement vrai
de l’article sur le Droit naturel parce que la matière
qu’il traite a déjà fait l’objet de ses réflexions à Francfort,
avant son adhésion explicite à la philosophie de
l’identité, et alors que les problèmes spéculatifs n étaient
pas au premier plan de ses préoccupations. C’est pourquoi
un bref rappel des conceptions antérieures de
Hegel sur les rapports du droit et de la morale peut être

utile aussi bien pour comprendre l;article lui-même que
pour le situer dans l’ensemble de l’évolution. L’article
sur le Droit naturel n’est pas un simple rhabillage des
idées qu’on peut trouver dans les études sur la Constitution
de l’Allemagne ou de celles qui sont implicites dans
les réflexions sur la Posivité du christianisme et son
destin, mais il n’est pas concevable sans elles. De même,
il n’est pas le schéma de ce qu’on trouvera plus tard
dans la Philosophie du droit, à qui il ne manquerait que
l’insertion dans le système d’une encyclopédie. Néanmoins,
il représente déjà un effort pour intégrer la
conscience d’une situation historique singulière à
l’affirmation d’un savoir absolu et universel.
Les circonstances qui ont présidé à la publication
des manuscrits des années de jeunesse de Hegel dissimulent,
sinon leur cohérence logique qui n’existe pas,
du moins leur unité d’inspiration à laquelle Hegel est
l’esté fidèle. D’une part, Nohl a rassemblé sous le titre
discutable d’Écrits théologiques un certain nombre d’esquisses
consacrées en effet ù une analyse critique du
christianisme, d’autre part Lasson a recueilli dans les
Écrits politiques une ébauche d’étude sur la constitution
de l’Empire. Cela suggère que la pensée de Hegel
aurait cheminé sur deux voies qui ne se seraient rencontrées
que plus tard au cours de l’élaboration du
système. Il semble au contraire que son enquête sur
le christianisme soit dès le début guidée par l’idée
d’émancipation politique. Quant ù l’étude sur la constitution,
elle s’inscrit dans la même vision de l’histoire
que les textes sur l’Esprit du christianisme et son destin,
en dépit de l’actualité concrète de son point de départ.
Le désir éprouvé par Hegel en 1800· de s’élever audessus
des « besoins subalternes Il pour atteindre la
systématisation ne révèle pas l’échec d’une recherche
dispersée ni l’abandon de la philosophie pratique au
profit de la spéculation. Il s’agit plutôt de l’épanouissement
et de la maturation d’une pensée orientée dès
le début par le problème de l’affranchissement de


• Lellre à Schelling du 2 novembre.


l’homme dans l’immanence du devenir historique.
La première moitié du recueil de Nohl est constituée
par des fragments sur le contraste entre religion populaire
et christianisme, dont les plus anciens remontent
aux années d’étude de Tübingen, et par une étude
sur l’origine de la Positivité du christianisme, dont
la plus grande partie a dû être rédigée à la fin du
séjour à Berne. Entre les deux, une Vie de Jésus qui
annonce les entreprises démythisantes du XIXe siècle.
Malgré la différence des problèmes posés, il s’agit
toujours d’une polémique contre le christianisme
considéré comme un obstacle à l’affranchissement de
l’homme. Dans les textes les plus anciens, cet affranchissement
est surtout décrit comme une renaissance de
la communauté politique antique, que peut-être Hegel
a considérée comme imminente par la contagion de la
Révolution française. Dans les textes plus récents,
l’accent est moins prophétique et il s’agit moins
de dépasser le christianisme que de contenir ses
prétentions. Cette différence de point de vue est
peut-être due à une évolution liée à un changement
d’appréciation sur la Révolution française. Sans
nous aventurer dans des reconstructions hasardeuses,
soulignons plutôt ce qu’il y a de constant derrière
les apparences de contradiction. On s’étonne parfois
en comparant l’idée de religion subjective proposée
au début et la conception des rapports de la religion
et de l’État qui domine l’étude sur la Positivité, La religion
n’est pas subjective en ce sens qu’elle jaillirait du
tréfonds d’une conscience individuelle, mais au contraire,
parce que dans une communauté politique vivante,
le citoyen est intimement pénétré par l’esprit de la
cité grâce à la correspondance entre la vie réelle dans
Je peuple et les représentations et pratiques religieuses.
La religion populaire est toujours subjective (sans que
la réciproque soit évidente), parce qu’elle n’a pas besoin
d’être inscrite dans des dogmes et enseignée dans un
catéchisme ou imposée par des rites étrangers à l’action
collective, Dire que la religion a une fonction purement
morale, c’est tout le contraire de séparer la religion de la politique.

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