La Sorcellerie


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Auteur : Louandre Charles
Ouvrage : La Sorcellerie
Année : 1853

I.
Universalité des sciences occultes. — Leurs différentes divisions.
— Sorciers mentionnés dans la Bible. — Rôle de Satan d’après
la tradition chrétienne. — Le diable de la sorcellerie, distinction
essentielle.

C’est une croyance universelle, et pour ainsi dire une tradition native
du genre humain, que l’homme, à l’aide de certaines formules et de
certaines pratiques, empruntées tantôt à la religion, tantôt à la science,
peut changer les lois éternelles de la nature, soumettre à sa volonté les
êtres invisibles, s’élever au-dessus de sa propre faiblesse, et acquérir la
connaissance absolue et la puissance sans limites. Ces dons supérieurs
auxquels il aspire, il les demande indistinctement aux éléments, aux
nombres, aux astres, aux songes, au principe éternel du bien comme au
génie du mal, aux anges, à Satan. Égaré par son orgueil, il crée toute
une science en dehors de l’observation positive ; et, pour régner en
maître absolu sur la nature, il outrage à la fois la religion, la raison et
les lois. Cette science, c’est la magie, qui se divise, suivant les temps et
les lieux, en une infinité de branches : cabale, divination, nécromancie,
géomancie, philosophie occulte, philosophie hermétique, astrologie, etc.,
science empoisonnée dans sa source, qui se résume, au moyen âge, dans
la sorcellerie, et qui, toujours maudite, toujours combattue par les lois de
l’Église et de la société, reparaît toujours impuissante et convaincue.

La Bible parle à diverses reprises, et partout avec sévérité, des
hommes ou des femmes qui se livrent à la magie. « Il ne se trouvera
parmi vous, est-il dit dans le Deutéronome[1], personne qui fasse passer
par le feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui prédise les
temps ; ni enchanteur, ni sorcière, ni personne qui consulte des esprits
familiers, ou qui soit magicien ou nécromancien. » Les mêmes défenses
se retrouvent dans le Lévitique, et l’évocation de l’ombre de Samuel par
la pythonisse d’Endor, les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon,
les accusations portées contre Manassès, prouvent que les pratiques des
oeuvres occultes n’étaient point étrangères aux Israélites. Ces faits ont
donné lieu à un grand nombre de commentaires. Quant à nous, nous

nous bornerons seulement à les constater ici, en ajoutant que la plupart
des commentateurs ont remarqué que rien n’indique qu’il y ait eu chez
les Juifs, comme au moyen âge, entre le démon et les sorciers, un pacte
réel. Satan, dans la tradition sacrée, n’est jamais ce qu’il fut plus tard,
l’esclave obéissant de l’homme ; il ne sert point ses passions et ses vices ;
et, comme le dit Bergier, si les faits surnaturels dont il est parlé dans
l’Ancien Testament doivent être attribués aux démons, il faut en conclure
seulement que Dieu consentait à ce que l’esprit infernal les opérât, soit
pour faire éclater sa puissance, en opposant aux prodiges des magiciens
d’autres prodiges plus nombreux et plus étonnants, soit pour punir les
hommes de leur curiosité superstitieuse. Satan reste soumis à la volonté
divine. Quand il étrangle, dans la chambre nuptiale, les sept premiers
maris de Sara ; quand il fait tomber le feu du ciel sur les troupeaux de Job,
quand il déchaîne l’ouragan contre sa maison, il n’agit jamais qu’avec la
permission de Dieu, et Dieu lui permet d’agir pour éprouver son fidèle
serviteur et faire briller sa foi et sa vertu d’un plus grand éclat.

Ainsi, entre la magie et le rôle de Satan dans l’Écriture, et la magie
et le rôle de Satan dans le moyen âge, il y a cette différence essentielle
et profonde que, d’un côté, le démon n’est jamais qu’un vaincu qui
n’agit que par la permission de Dieu, qui reste entièrement indépendant
de l’homme, et qui, dans la sphère même la plus redoutable de son
action, n’est encore que l’instrument docile du souverain maître. Dans la
sorcellerie, au contraire, le démon est asservi à la volonté de l’homme ; il
se met au service de ses haines, de ses passions. Il se révolte de nouveau
contre Dieu, et semble vouloir faire retourner le monde à l’antique
idolâtrie. Cette distinction, nettement, établie, et sans toucher davantage
aux questions qui sont placées par la foi en dehors de la discussion,
nous allons marcher à notre aise à travers le rêve et la légende, en nous
attachant toujours à porter, autant que possible, l’ordre et la clarté au
milieu de ce chaos et de ces ténèbres, et en établissant des classifications
rationnelles, dans ce sujet, où la plupart des historiens qui l’ont traité
marchent au hasard, comme dans un véritable labyrinthe.

II.
De la magie dans l’antiquité. — Elle se divise en deux branches, la
théurgie et la goétie. — La théurgie se confond avec la religion. —
Ses rites et ses formules. — La goétie se rapproche de la sorcellerie
du moyen âge. — Elle est essentiellement malfaisante. — Ses
pratiques et ses recettes. — Conjurations des sorciers égyptiens.
— Circé, Canidie et Sagone. Les sorcières de la Thessalie. — Le
spectre du temple de Pallas. — Maléfices et talismans païens. —
Lois de l’antiquité relatives aux magiciens et aux sorciers.

suite…

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