Le drame des poisons


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Auteur : Funck-Brentano Frantz
Ouvrage : Le drame des poisons – Etudes sur la société du XVIIe siècle et plus particulièrement la cour de Louis XIV d’après les archives de la Bastille
Année : 1900

 

PREFACE
A LA QUATRIEME ÉDITION*
Au cours d’un admirable article que M. Albert
Sorel a consacré à ce livre dans le Temps du
24 mars 1900, l’éminent historien a fait un rapprochement
saisissant entre quelques sermons de
Bourdaloue, prédicateur et confesseur de la Cour
de Versailles, et le Drame des Poisons tel que nous
avons essayé de l’exposer ici. C’est l’illustration,
en même temps que la confirmation puissante,
des faits que les documents d’archives nous ont
révélés.
« L’histoire, écrit M. Albert Sorel, scrutée à
fond, ne donne pas seulement la connaissance du
passé : elle en vivifie la littérature, elle rend leurs
vigueur et saveur primitives aux mots qui passent
isous nos yeux comme figés par les hivers, ou,
pareils, si l’on veut, aux monnaies dont le relief

s’est usé et qui ne nous présentent plus qu’une
image symbolique et impersonnelle, au lieu de la
ressemblance toute directe et présente que l’artiste
y avait gravée. Mme de Sévigné — il y faut toujours
revenir — parle d’un sermon de Bourdaloue
qui est de 4680, à la veille de la crise suprême
entre le roi et la Montespan. « Nous entendîmes
« après dîner le sermon de Bourdaloue, qui frappe
« toujours comme un sourd, disant des vérités à
« bride abattue, parlant à tort et à travers contre
« l’adultère : sauve qui peut! il va toujours son
« chemin… »
« Prenez ce sermon, un des plus parfaits du
célèbre jésuite, et lisez-le en pesant les mots, en
les commentant avec le livre de M. Funck-Brentano,
et vous verrez l’étrange valeur que vont
prendre des phrases comme celles-ci. Parlant de
l’esprit d’impureté : « C’est pour lui que l’injus-
« tice est toute-puissante…, pour lui que le sacrilège

attente sur ce qu’il y a de plus saint. » Ce ne
sont point là, croyez-le bien, phrases convenues,
doléances de lieu commun, rhétorique de prédicateur.
« Ne remontons point si haut pour avoir des
« preuves de cette vérité : notre siècle, ce siècle si
« malheureux, a bien de quoi nous en convaincre,
« et Dieu n’a permis qu’il engendrât des monstres
« que pour nous forcer à en convenir. » Continuant

de courir à bride abattue et de frapper à tour de
bras :
Ne vous fiez point à une libertine dominée de l’esprit
de débauche; elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle
vous immolera. Je dis que c’est pour ce péché qu’on
devient profanateur. L’aurait-on cru, si la même Providence
n’avait fait éclater de nos jours ce que la postérité
ne pourra lire sans frémir; aurait-on cru que le sacrilège
eût dû être l’assaisonnement d’une brutale passion? Que
la profanation des choses saintes eût dû entrer dans le^
dissolutions d’un libertinage effréné? Que ce qu’il y a de
plus vénérable dans la religion eût été employé à ce qu’il
y a de plus corrompu dans la débauche?…
« C’est par des indications discrètes et impersonnelles,
du reste, des confesseurs, que la justice
eut les yeux ouverts sur les manoeuvres des sorcières
et des empoisonneuses. Les confesseurs en
savaient certainement davantage, et Bourdaloue,
n’en doutons pas, était au fait des messes noires. »

MARIE-MADELEINE DE BRINVILLIERS’
SA VIE

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