Qu’est-ce que la tri-articulation sociale ?


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Auteurs : Zanatta Jean-Marc – Lejoly Stéphane
Ouvrage : Qu’est-ce que la tri-articulation sociale
Année : 2012

 

 

Jean-Marc Zanatta

http://www.tri-articulation.info/articles/par-auteur/jean-marc-zanatta

Jean-Marc Zanatta est cofondateur du Mouvement pour la Tri-Articulation sociale. Ingénieur commercial formé en agriculture bio-dynamique, il est impliqué dans des initiatives liées à la tri-articulations sociale depuis plus de dix ans.

Actuellement il est conseiller en entreprises sociales au sein de l’agence conseil de SAW-B

 

Stéphane Lejoly Afficher l'image d'origine

Stéphane Lejoly est cofondateur du Mouvement pour la tri-articulation sociale.  Psychologue de formation, anciennement directeur financier, responsable des ressources humaines et de la communication dans plusieurs institutions, il est un des pionniers, engagés socialement dans des réalisations pratiques ou des initiatives s’inspirant de la tri-articulation sociale en Belgique francophone, depuis 1990.

Actuellement il est conseiller en entreprises sociales au sein de l’agence conseil de SAW-B.

http://www.tri-articulation.info/articles/par-auteur/stephane-lejoly

 

 

 

Article d’introduction publié sur le site du Mouvement pour la tri-articulation sociale
Novembre 2012 – Version 1.0
Site web : www.tri-articulation.info

1. Les forces animant la vie sociale

Si nous considérons l’organisme humain, nous
rencontrons trois systèmes juxtaposés dont
chacun agit avec une certaine indépendance,
obéissant à des modes de fonctionnement qui
leurs sont propres :
! Le système neurosensoriel (vie nerveuse
et des sens) essentiellement localisé dans la
tête.
! Le système rythmique qui comprend la
respiration et la circulation sanguine.
! Le système métabolique qui comprend les
organes de la nutrition, de l’assimilation et
du mouvement.
Nous pouvons remarquer qu’une bonne
coordination de l’activité autonome de ces trois
systèmes assure la santé à l’organisme.
Si nous observons maintenant l’ensemble de la
vie sociale, nous pouvons constater que celle-ci
est « organiquement » formée de trois sphères
d’activité interdépendantes mais qui obéissent
néanmoins à leurs propres lois. On peut parler
d’un « organisme social ».
Attention, le but de la comparaison avec le
corps humain n’est pas de transposer à la vie
sociale une vérité conforme aux lois de la nature
mais à ressentir ce qui est viable en observant
l’organisme humain et de l’appliquer ensuite à la
société humaine.
Nous pouvons caractériser ces trois parties
comme suit :
! La vie économique : elle concerne la
production, la circulation et la consommation
des biens et services.
! La vie juridique-politique : Il s’agit du
domaine du droit, de la vie de l’État.
! La vie culturelle (ou spirituelle)1 : il s’agit de
la vie culturelle dans tous ses aspects : activité
scientifique, littéraire et artistique, activité
religieuse, l’éducation, …
À partir de cette distinction entre les trois
parties de l’organisme social, Rudolf Steiner
s’interroge sur les domaines propres
d’application des trois termes de la devise
républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité.
Les hommes qui ont exigé (à la fin du 18ème
siècle et ensuite) la réalisation des trois idéaux
de liberté, d’égalité et de fraternité pouvaient
ressentir obscurément ces forces évolutives de
l’humanité nouvelle mais ne pouvaient en même
temps surmonter leur croyance à l’État unitaire
(caractérisé par une centralisation au sein d’une
même structure des trois domaines d’activités vu
plus haut) au sein duquel ces trois impulsions ne
peuvent entrer qu’en contradiction.


1 Par vie culturelle, il est entendu la vie de l’esprit dans
tous ses aspects; aussi bien l’activité scientifique, littéraire
et artistique que l’activité religieuse, l’éducation, etc… Ce
terme est utilisé dans la même acception sur les pages
principales du mouvement pour la tri-articulation. À noter
encore : les termes « vie spirituelle » exprimés dans l’ouvrage
de base de Rudolf Steiner portant sur la tri-articulation
sociale, ont exactement la même signification, puisque par
définition ce qui est spirituel est ce qui relève de la vie de
l’esprit (sans y mettre a priori une connotation religieuse,
philosophique ou « spiritualiste » particulière).


Il s’agit de reconnaître que ces trois principes de
la révolution sont antinomiques entre eux si on
tente de les appliquer dans tous les domaines de
la vie. La lecture de l’histoire conduit à
constater que c’est presque toujours
l’empiétement d’un domaine sur les autres, ou
l’application d’un principe non adéquat à une
partie de la vie sociale, qui est responsable des
conflits, voire du chaos.
La liberté sans frein appliquée au domaine de
l’économie a des conséquences insupportables
pour le corps social. Par exemple, lorsque pour
minimiser les coûts, l’économie impose le travail
des enfants (jusqu’à 12 heures par jour !) ou
encore lorsque l’environnement en est
gravement et durablement pollué.
Ce qui est également malsain consiste à utiliser
le pouvoir économique pour imposer ses propres
intérêts au droit public sous forme de lois.
Mais il en va de même si l’on veut soumettre
totalement l’économie à l’État et à un principe
d’égalité qui ne correspond pas à ce qui se
déroule dans cette sphère de la vie sociale. Les
processus économiques ne sont pas réglés par
voie de scrutin démocratique mais par le
langage des besoins. Au sein du circuit
économique, l’un sert les intérêts particuliers de
l’autre en fonction de ses compétences.
De plus, on ôte l’efficacité et la mobilité à la vie
économique si celle-ci est gérée par une
administration étatique.
L’application du principe d’égalité au domaine
culturel serait tout aussi dénuée de sens que
celui de la liberté au domaine du droit. Rendre
l’école accessible à tout le monde est une chose
mais imposer un programme pédagogique
officiel comme un « moule » entrave le libre
développement des facultés individuelles. La vie
culturelle ne doit pas être au service de l’État ou
de l’économie.
Enfin, il ne s’agit pas d’utiliser l’autorité du
savoir ou des préceptes religieux pour imposer
des lois ou s’assurer des privilèges économiques.

Les trois idéaux de la révolution française ne
peuvent se réaliser qu’au sein d’un organisme
social tri-articulé répondant à une triple
exigence :
! La socialisation de l’ordre économique. Etant
donné la complète interdépendance des acteurs
dans cette sphère d’activité, le fondement de la
vie économique repose sur la fraternité, via la
création d’associations économiques regroupant
producteurs, distributeurs et consommateurs.
! La démocratisation de la vie politique. Dans
le domaine du droit civique dont l’État a une
responsabilité particulière, la recherche porte
sur la réalisation de l’idée de l’égalité.
! La liberté de la vie culturelle. Une vie
culturelle autonome et autogérée sera seule
capable de féconder et de régénérer
continuellement les autres domaines de la vie
sociale.
Ainsi, pour agir sainement, l’ensemble social
formera de manière organique trois éléments
autonomes se soutenant l’un l’autre par le fait
que chacun a son autogestion spécifique issue
de ses forces particulières.
Ces trois domaines ne sont plus centralisés au
sein d’un État unitaire qui les règlemente. Seules
des institutions garantissant à chacun de ces
domaines le plein épanouissement de ses lois
propres, sans ingérences réciproques,
permettront de voir les problèmes sous leur vrai
jour et de leur appliquer les traitements
efficaces parce qu’appropriés à leur nature.
Au sein de cet organisme tri-articulé, au lieu
d’être confiné dans une classe sociale, chaque
homme sera enraciné dans chacune des trois
parties et établira des liens entre elles.

2. Un peu d’histoire…

suite…

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