Le problème de l’heure présente



Auteur : Delassus Henri
Ouvrage : Le problème de l’heure présente Tome 1-2 Antagonisme de deux civilisations
Année : 1905

A MGR H. DELASSUS,
DIRECTEUR DE LA SEMAINE RELIGIEUSE DE CAMBRAI

Cambrai, le 14 juin 1904,
en la fête de Notre-Dame de la Treille.

CHER MONSEIGNEUR,
Voici donc réunis en deux volumes, sous le titre de PROBLÈME
DE L’HEURE PRÉSENTE, les remarquables études que vous avez
publiées dans Notre Semaine religieuse sur la crise si grave que
traverse aujourd’hui la Société.
Vous me demandez l’IMPRIMATUR pour cet ouvrage ; je vous le
donne bien volontiers. Monseigneur, et j’ajoute que, ayant vivement
souhaité la publication en volumes de ce remarquable
travail, je vous félicite de l’avoir écrit et vous remercie de vous
être rendu à mes désirs.
Cet ouvrage sera éminemment utile pour éclairer les esprits sur
notre situation présente et pour faire connaître les moyens d’en
sortir.
Recevez, très cher Monseigneur, la nouvelle expression de mes
sentiments de haute estime et d’affectueux dévouement en Notre-
Seigneur.

 M.-A. SONNOIS,
Archevêque de Cambrai.


NOTA. — Le cadre marqué par le titre de l’ouvrage y a appelé plusieurs
questions qui n’avaient point été traitées dans la Semaine Religieuse.
l/Imprimatur ci-dessus a été accordé sur le témoignage rendu par
Mgr Hautcoeur, chancelier de l’Université catholique de Lille, chargé
d’examiner l’ouvrage. La nouvelle édition, comprenant de nouvelles thèses
et des additions nombreuses aux chapitres de l’édition précédente, a été
soumise à un nouvel examen, confié à M. le chanoine Quilliet, doyen
de la Faculté de théologie de Lille.


PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

La pensée d’où ce livre est sorti a été de scruter dans son
fond le mal dont souffre la société actuelle, et de voir s’il y a
pour elle espoir de guérison.
Les plaintes sont unanimes, elles s’élèvent de toutes les
classes de la société. Elles forment une clameur qui semble
annoncer les pires bouleversements.
« Nous sommes dans la misère », s’écrient les ouvriers; et
les plus éclairés ajoutent ;<c Les charlatans auxquels nous avons
prêté l’oreille, au lieu de nous en tirer, nous y plongent plus
avant que jamais. »
« Nous allons à la ruine », disent, d’une commune voix, les
agriculteurs, les industriels et les commerçants. Ils voient venir
le moment où il leur sera impossible de satisfaire aux exigences
des ouvriers, dans les conditions qui leur sont faites par le
fisc, la législation, la concurrence mondiale et celles qu’ils se
font à eux-mêmes parleur train de vie.
« Nous allons à la banqueroute », disent les hommes d’État.
Les dépenses folles et même corruptrices qui s’accroissent
d’année en année, enflent les budgets, multiplient les emprunts
et portent la dette à des hauteurs qui appellent l’écroulement.
Cette ruine de l’État et des particuliers n’est point notre plus
grand mal. Plaie d’argent est guérissable. Mais nous sommes
atteints dans tout ce qui constitue les forces vives de la société.
-. La souveraineté n’existe plus, elle est allée se perdre dans les
bas-fonds populaires.
Le sacerdoce est entravé dans son action sociale et même
religieuse ; il est avili aux yeux du peuple qu’il devrait pouvoir
élever, ennoblir, sanctifier ; il est domestiqué sous la main de
l’État qui lui retire son pain quand il veut, et qui a des faveurs
à lui offrir


I. — Problème de l’heure présente.


La magistrature s’est laissé corrompre, et l’armée a permis
qu’on l’insulte et qu’on 3a désorganise.
Quelle nation peut subsister sans ces trois forces? Celle qui
les perd se dissout; les éléments sociaux se désagrègent, et
bientôt — c’est l’histoire de tous les peuples qui finissent — ses
provinces sont saisies parles nations voisines qui les absorbent
dans leur propre vie.
Faut-il dire que le mal est plus profond encore? 11 atteint
non seulement la nation, mais l’état social lui-même ; et cela
n’est point particulier à la France. Les trois fondements de la
vie sociale, la propriété, la famille, la religion, sont partout
ébranlés, dans toute l’Europe, dans tout le monde civilisé.
La religion chrétienne n’est pas seulement une foi dans les
âmes, elle est une société. « Tu es Pierre, a dit Notre-Seigneur
JÉSUS-CHRIST à Simon, fils de Jean ; et sur toi, Pierre, je bâtirai
mon Église. » Tout l’effort de la conjuration antichrétienne se
porte aujourd’hui à effacer de l’esprit* public la notion de
l’Église, société distincte, indépendante, pourvue d’un gouvernement
chargé de la maintenir telle que son divin Auteur l’a
faite. Il faut que l’Église se perde dans l’État, dépende de
l’administration civile.
Les chefs du gouvernement affirment à la tribune que c’est là
le droit, les mille voix de la presse en font entrer la conviction
dans toutes les têtes, et les mille bras des fonctionnaires
agissent en tout comme si ce prétendu droit était passé à l’état
de chose acquise et incontestable. Prêtres et évêques ne sont
plus aux yeux des gouvernants que des fonctionnaires qu’ils
nomment, qu’ils transfèrent, qu’ils appointent, dont ils jugent
les us et les abus en toute matière, même purement religieuse.
Les fidèles ne s’en étonnent plus, ils s’étonneraient du contraire.
La notion de l’Église, constituée par le divin Maître en société
autonome, est déjà perdue à ce point, que nombre de catholiques
ne voient rien de mieux à réclamer pour elle que le
DROIT COMMUN, c’est-à-dire l’absorption de la société religieuse
dans la société civile.
Dans la pensée de la secte, la ruine de l’Église catholique
entraînera la chute des Églises séparées, dont elle se sert aujourd’hui
contre l’Église-mère. Elle sait que les autres sociétés

religieuses ne sont que des bâtiments en ruines, dont les parties
restées debout ne se soutiennent que par l’appui qu’elles prennent
à l’édifice divin, et qu’elles s’écrouleront nécessairement
s’il vient à tomber.
Comme un haut personnage le disait à Vienne, en 1859, parlant
à Dom Pitra : « Une fois les nations catholiques vaincues
par les nations protestantes, on n’aura qu’à souffler sur le protestantisme
pour le faire disparaître » ; ou, comme Michelet
l’écrivait à Eugène Sue : « Le protestantisme n’est qu’une
plante parasite qui ne vit que de la sève du catholicisme. Quand
nous en aurons fini avec l’Église catholique, il mourra de luimême,
ou, s’il en est besoin, nous l’achèverons d’un coup detalon
de notre botte. »
Mais la destruction de l’Église ne fera point la place suffisamment
nette pour la construction du Temple maçonnique ; aussi,
aux clameurs contre l’Église, se joignent toujours des cris
non moins haineux contre Tordre social, contre la famille et
contre la propriété. Et il en doit être ainsi, car les vérités de
l’ordre religieux sont entrées dans la substance même de ces
institutions.
La société repose sur l’autorité qui a son principe en DIEU ;
la famille, sur le mariage qui tient de la bénédiction divine sa
légitimité et son indissolubilité ; la propriété, sur la volonté de
DIEU qui a promulgué le septième et le dixième commandements
pour la protéger contre le vol et même contre les convoitises*
C’est tout cela qu’il faut détruire, si l’on veut, comme la secte en
a la prétention, fonder la civilisation sur de nouvelles bases.
Léon XIII l’a constaté, dans son Encyclique Humanum genus ;
« Ce que les francs-maçons se proposent, dit-il, ce à quoi tendent
tous leurs efforts, c’est de détruire entièrement toute la
discipline religieuse et sociale née des institutions chrétiennes,
et de lui en substituer une autre, adaptée à leurs idées, et dont
le principe et les lois fondamentales sont tirés du naturalisme. »
L’oeuvre avance. La propriété est bien menacée, et même a
déjà reçu de nombreuses atteintes ; l’autorité civile est devenue
la tyrannie du nombre qui doit amener la dissolution de la
société dans l’anarchie ; et l’Église a à se défendre à la fois
contre les ennemis du dehors qui veulent la faire disparaître,

et contre ceux de ses propres enfants qui travaillent à corrompre
sa doctrine.
Tout homme soucieux de ses intérêts, de ceux de sa famille,
de sa nation, de l’humanité, doit se demander d’où vient cette
fureur de destruction, cette folie incompréhensible qui agite la
France et à sa suite l’Europe et bientôt le monde ?
Ce livre dira qu’elle vient :
D’une fausse notion sur la fin de l’homme.
D’une association internationale qui s’est donné pour mission
de propager cette notion et d’en tirer les conséquences.
De l’aveuglement d’un très grand nombre de chrétiens qui,
tout en admettant théoriquement la doctrine de l’Église sur les
destinées de l’homme, s’efforcent de la rapprocher de la doctrine
maçonnique, dans ses conclusions immédiates, tout en en
repoussant les conséquences extrêmes.
Mise au jour par la RENAISSANCE, cette fausse notion des destinées
humaines a été accueillie par la RÉFORME, et la RÉVOLUTION
a voulu asseoir sur elle une constitution nouvelle de la société*
Ses efforts ne font que la ruiner, ils aboutiront à la renverser
de fond en comble.
De ces ruines verrons-nous sortir une RÉNOVATION ? C’est le
grand problème de l’heure actuelle. Pour y répondre nous interrogerons
les plus grands esprits de ce temps.
« J’ai seulement fait ici amas de fleurs étrangères, n’ayant
fourni du mien que le fil à lier. » Ces paroles de Montaigne
disent la composition de ce livre. C’est une enquête, une
enquête sur la situation que la Révolution a faite au monde et
sur son avenir. Une enquête vaut par le nombre et la valeur
des témoignages. De là le grand nombre de citations que Ton y
trouvera.

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

La rapidité avec laquelle s’est écoulée la première édition d’un
ouvrage dont le volume et la gravité des questions qui y sont
traitées semblaient devoir éloigner le public ; les éloges qui en ont
été faits par des personnes appartenant à tous les rangs du monde
intellectuel et social, comme aussi par les revues et les joumanx
les mieux écoutés du public attaché aux traditions religieuses
et nationales, ont porté Vauteur à fortifier ses thèses, à en combler
les lacunes, à en corriger les défauts.
À-t-il complètement réussi ? Il n’ose l’espérer. Les questions
soulevées sont si nombreuses et pour la plupart si complexes
et si délicates !
Voici en quelques mots ce qui différencie la seconde édition de
la première, outre les additions et les corrections de détail.
L’étude de l’action maçonnique a été prise déplus haut. Nous
étions parti des documents livrés par Grégoire XVI à M. Crétineau-
Joly sur la Haute-Vente.
Mais, antérieurement au XIXe siècle, la Cour de Bavière
saisit des documents d’égale importance sur l’Illuminisme* Ils
servent à donner à notre étude plus d’ampleur et de certitude.
On verra V accord qui existe entre les doctrines et les procédés de
ces deux sociétés ultra-secrètes ; et, reportant le regard sur ce que
nous voyons s’accomplir de nos jours, on acquerra cette conviction
plus profonde, que les douloureux événements auxquels nous
assistons, au point de vue social comme au point de vue religieux,
sont voulus, préparés et menés, depuis bientôt deux siècles, à la
fin que nous commençons à entrevoir.
Cette fin, c’est le Temple, construction politique, humanitaire
et satanique, qui, dans la pensée des chefs suprêmes de toutes les
sociétés secrètes, doit abriter l’humanité entière.
L’appendice du premier volume contient beaucoup de nouveaux
documents, particulièrement ceux sur la secte des Illuminés, sur
la Révolution et sur les Juifs.
Au second volume, la question de la Révolution a été traitée
plus amplement ; nos motifs d’espérer ont été appuyés de nouveaux

arguments., sans que cependant nos motifs de crainte aient été
dissimules. Les conditions d’une Rénovation ont été plus profondément
scrutées, aussi bien dans les causes qui Vont empêchée
jusqu’ici, que dans les moyens à prendre pour l’obtenir après la
crise infiniment redoutable que nous allons traverser.
Les tables : table- des personnes et table des ouvrages cités
dans ce livre, table des matières et table des chapitres, ont été
développées et établies avec plus de soin.
Puisse LE PROBLÈME DE L’HEURE PRÉSENTE, dans la condition
nouvelle où il paraît, mieux justifier le jugement qu’en
ont porte avec beaucoup d’autres :
Mgr H. Monnier, évêque de Lydda : « C’est un ouvrage
savant, documenté, considérable, qui doit être sérieusement étudié
et inédite par tous les hommes sérieux qui se préoccupent du triste
état de notre société, qui en recherchent les causes et les remèdes. »
Son Em. le cardinal Gennari : « La lecture attentive d’un
tel ouvrage ne peut que produire des fruits abondants ; il montre,
avec science et profondeur de vues, la cause des révolutions
modernes et il en indique les remèdes avec sagesse. »
Mgr de Cabrières : « Vous avez, Monseigneur, indiqué d’une
main ferme les données véritables du problème social, si douloureux
pour nous. Vous en avez exposé les origines, signalé la
portée^ constaté les conséquences ; et vous avez aussi montré
courageusement quelle en devait être la solution si nous ne voulons
pas être les témoins de la ruine irrémédiable de notre pays.»
M. de Marcère, ancien ministre : « Ce qui fait de ce livre un
ouvrage de premier ordre et précieux pour le temps présent, c’est
qu’il résume toute la science historique et sociale des temps
modernes, en Véclairant d’une vive et surabondante lumière.»
M. Jeanniard du Dot : « Ce livre est destiné à maintenir
dans la Foi tous les bien pensants qui le liront; et, ce qui est
beaucoup plus fort, à convertir une partie des libéraux qui
auront le courage de l’ouvrir. » 1


1. Les personnes qui désireraient connaître plus amplement les jugements
portés sur le PROBLÈME DE L’HEURE PRÉSENTE, peuvent demander à l’éditeur
la brochure oîiils ont été réunis pour la plupart. Elle leur sera envoyée gratuitement.


PREMIÈRE PARTIE

GUERRE A LA CIVILISATION CHRÉTIENNE

suite…

Le probleme de l’heure presente Tome -1

Le probleme de l’heure-presente Tome -2