Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe



Auteur : Berthe Augustin
Ouvrage : Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe
Année : 1902

 

 

PRÉFACE
Il y a environ deux mille ans, apparut en Judée un personnage vraiment incomparable. Par sa
doctrine, il éclipsa tous les sages ; par ses prodiges, tous les thaumaturges; par ses prédictions, tous les
prophètes ; par son héroïsme, tous les saints; par sa puissance, tous les potentats de ce monde.
Le drame de sa vie rejeta dans l’ombre les tragédies les plus émouvantes. Son berceau fut entouré
de merveilles, puis l’enfant disparut subitement à tous les regards. Trente ans après, il sortit d’un petit
bourg perdu dans les montagnes et jeta un tel éclat que tout un peuple ne s’occupa que de lui pendant
trois années. On voulut le faire roi, mais les grands du pays, jaloux de sa gloire, le condamnèrent à mort
et lui infligèrent le supplice ignominieux de la croix. Après trois jours, il sortit glorieux du tombeau, et
remonta dans les cieux, d’où il était venu. De là, malgré les oppositions les plus formidables, il fit du
monde entier son royaume, et courba sous son joug les peuples et les rois.
Ce personnage, qui dépasse de cent coudées tous les héros dont l’histoire nous a conservé les noms,
c’est celui que nous appelons Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dont j’entreprends, après tant d’autres, de
raconter la vie … Aussi me suis-je souvent demandé s’il ne serait pas possible, avec les seuls documents
évangéliques, d’écrire une histoire du Sauveur, non seulement instructive et édifiante pour les vrais
fidèles, mais encore assez intéressante pour captiver l’esprit et le coeur du public indifférent ou plus ou
moins perverti. Pour répondre à cette question autant que pour donner une idée du livre que j’offre aux
lecteurs, je veux consigner ici les réflexions qui me sont venues à ce sujet.
Et d’abord si l’homme moderne veut de l’extraordinaire, des récits qui piquent la curiosité, où
trouvera-t-il un ensemble de faits plus merveilleux que ceux dont se compose la Vie de Jésus? Ces faits,
presque tous ignorés de la foule, sont tellement extraordinaires qu’ils dépassent l’imagination du
romancier le plus inventif, tellement émouvants qu’on ne peut souvent en lire les détails sans frémir
d’admiration ou d’horreur. Et l’impression qu’on éprouve est d’autant plus forte qu’il ne s’agit point ici de
fictions, de légendes, de traditions douteuses, de révélations plus ou moins authentiques, mais de faits
réels, certifiés par Dieu lui-même.
En second lieu, pour donner plus de charme à leurs récits, les écrivains emploient ce qu’ils
appellent la couleur locale. La description des lieux, le paysage, jouent un grand rôle dans les romans.
L’historien de Jésus peut peindre aussi le pays où le Sauveur a voulu naître, vivre et mourir. Et quelle
terre fascine l’âme et l’attendrit comme celle qu’on appelle la Terre Sainte? Sous les yeux du lecteur
attendri passeront successivement Bethléem, Nazareth, Jérusalem; le Thabor et le Jourdain; les vallées et
les montagnes de la Judée; le beau lac de Génésareth; les grottes, les routes solitaires, les rues de Sion,
sanctifiées par les sueurs, les larmes, le sang d’un Dieu. Chacun de ces noms bénis attire encore
aujourd’hui, après deux mille ans, des milliers de pèlerins, heureux de s’agenouiller en ces lieux que
Jésus a vus de ses yeux et foulés de ses pieds sacrés. En les décrivant, l’historien doublera l’intérêt qui
s’attache à ses récits.
En troisième lieu, pour qu’un livre soit vivant et toujours attrayant, des faits isolés, des épisodes, si
touchants qu’ils soient, ne peuvent suffire. Il faut qu’une idée-mère les domine, les enchaîne, et les
ramène tous à l’unité d’une action principale, d’un drame qui se développe depuis la première scène
jusqu’au dénouement. A ce point de vue, on a trop représenté la Vie de Jésus, tirée des quatre
évangélistes, comme un amas confus d’actes et de discours sans suite et sans connexion. La tâche de
l’historien, c’est de dissiper cette erreur en mettant en relief la cause unique qui produisit tous les faits
évangéliques et aboutit. comme dénouement, à la tragédie du Calvaire.
Cette cause, c’est la révolte des Juifs contre le Messie, le Sauveur qu’ils attendaient. Jésus, en effet,
le vrai Messie, le vrai Sauveur, se présente pour fonder un royaume, le royaume spirituel des âmes. Or,
les Juifs réclament non un roi spirituel, mais un roi temporel; non un sauveur d’âmes, mais un libérateur
de leur nation, un vainqueur qui leur donne l’empire du monde. De là un antagonisme et des luttes sans

fin. Jésus prêche le royaume de Dieu: le peuple l’applaudit, mais les chefs du peuple le poursuivent avec
fureur. Jésus appuie sa doctrine par des miracles. Il prouve sa divinité: au lieu de lui répondre, les
pharisiens ramassent des pierres pour le lapider. Il démasque devant la foule leur orgueil et leur
hypocrisie: le tribunal suprême décrète sa mort. Quelques jours après, Jésus ressuscite Lazare, entre
triomphant à Jérusalem au milieu d’un peuple enthousiaste qui veut le faire roi. Alors, il est conduit au
trône qu’il était venu chercher, c’est à-dire à la croix sur laquelle il devient le Sauveur du monde et le Roi
de tous les peuples. Trois jours après, il ressuscite, et remonte dans les cieux, d’où il écrase tour à tour
les révoltés de tous les siècles, en attendant le jour où il viendra rendre justice à ses amis comme à ses
ennemis. Tel est le fond de la sublime épopée que l’Evangile suppose toujours, et auquel se rattachent
tous les incidents de la Vie de Jésus.
Enfin, après avoir relevé les divers éléments d’intérêt que présente le sujet, reste à choisir une
forme littéraire qui communique à cette matière la chaleur, le mouvement et la vie.
Il me paraît que, pour répondre au goût du public, la forme doit être, comme celle des Évangiles,
exclusivement narrative. Il faut de la science pour écrire la Vie de Jésus, mais cette science, répandue
partout, doit se dissimuler toujours. L’historien ne doit point céder, sous prétexte de décrire une localité,
à la tentation d’étalier ses connaissances géographiques ou archéologiques, encore moins d’inonder ses
récits de réflexions morales ou ascétiques. Les réflexions se présenteront d’elles-mêmes et n’en auront
que plus de charme pour le lecteur. Il faut éviter toute controverse sur les difficultés que présente
l’Evangile, en les faisant disparaître par une explication habilement placée dans le contexte. Les
écrivains sacrés procèdent toujours par affirmation : le sujet exige qu’on emploie la même méthode, sous
peine de briser le récit à chaque instant, et d’en amoindrir la majesté. Ajoutons encore qu’à l’exemple des
évangélistes, il faut savoir contenir ou son enthousiasme ou son indignation. Les écrivains sacrés, que
personne n’égalera jamais, racontent les scènes les plus horribles avec un calme qui donne le frisson.
Quant au style proprement dit, l’historien du Christ doit aussi se rapprocher le plus possible du
style évangélique, de cette simplicité majestueuse, seule digne du personnage mystérieux et divin qu’il
faut faire revivre. Toute phrase prétentieuse diminuerait, en la voilant, la grande figure du Sauveur, de
même qu’une parure mondaine eût rabaissé son caractère divin. Toutefois à la simplicité de la forme doit
s’unir ce ton de réserve et de solennité qui exclut forcément la vulgarité et la mesquinerie des détails,
comme indignes du grand Dieu dont on raconte la Vie.

suite…

Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe