LA MARTINGALE ALGÉRIENNE


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Ouvrage : LA MARTINGALE ALGÉRIENNE Réflexions sur une crise

Auteur : Abderrahmane Hadj-Nacer

Année : 2011

 

 

PROLOGUE
J’écris, au seuil de la soixantaine et à vrai dire j’éprouve au quotidien un sentiment d’humiliation permanente. Cette humiliation, je la ressens d’abord en tant que citoyen algérien mais surtout, surtout en tant qu’ancien cadre c’est-à-dire, en tant que partie prenante de ce qui aurait dû, normalement, constituer l’élite de l’Algérie. Pourtant à mon âge, on devrait pouvoir commencer à jouir des fruits de ce que l’on a planté ; être satisfait de son travail, bien vivre dans sa maison et être rassuré sur l’avenir de ses enfants. Seulement, ce qui au premier plan domine, c’est un grand sentiment de frustration. Et je ne suis pas le seul dans ce cas : cette sensation finalement, je la partage avec la majorité je n’ose écrire la totalité — de la population. En cela, réside un aspect paradoxal de notre pays. Ce sentiment est légitimement ressenti par les plus défavorisés, ou même par ceux qui se sentent exclus par le système, mais il est également partagé par ceux que l’on nomme les décideurs et même, plus surprenant encore, par les rentiers. C’est une des singularités de l’Algérie, que les personnes disposant du pouvoir de décision, du moins en apparence, et qui bénéficient du fonctionnement du système, soient sans cesse en train de le critiquer. Une situation absurde !
À mon âge donc, et considérant ma formation et les fonctions que j’ai occupées, je devrais plutôt livrer ici-même un livre d’économie. Non pas un de plus puisque, s’agissant de l’Algérie, ce serait en fait un parfait manuel d’anti-économie. Cet ouvrage listerait de façon exhaustive tout ce qu’un pays pourvu de richesses pétrolières ne doit pas faire, car il est évident que la manne financière générée par les hydrocarbures, et censée accélérer le développement du pays, s’est transformée en frein, encourageant la corruption et les comportements de recherche de rente au détriment de l’entreprenariat et de la création de richesses. Il est clair aussi que si les Algériens ne parviennent pas à tirer profit des ressources exceptionnelles de leur sous-sol — pour ne parler que de cela — c’est parce que les institutions démocratiques de contrôle et de contre-pouvoir qui obligeraient les responsables politiques à rendre des comptes ne fonctionnent pas. Mais refermons rapidement cette parenthèse puisqu’il ne s’agit pas ici d’un livre d’économie.
Et ce n’est pas davantage un essai à vocation philosophique ou anthropologique mais bien l’expression de quelques réflexions libres, hors de toute contrainte théorique ou politique, au personnel, au singulier. Alors, pourra-t-on dire, quelle est l’utilité d’un tel essai ?
Ce que je sais, c’est mon choix d’une prise de parole à la première personne, estimant peu courageux le retranchement derrière la distance formelle qu’imposerait une approche académique classique.
Dans ce livre, je vais aussi revenir sur des notions de base alors que les enjeux de ce XXI »` siècle sont ailleurs. Car si le rythme du progrès technologique continue de s’accélérer, il est probable que le débat sur la singularité connaisse lui aussi une croissance exponentielle. Rares sont ceux qui contestent qu’il s’agit là de l’une des idées les plus marquantes de ce début de XXIème siècle. Elle fait en effet le lien entre des thèmes

essentiels et sujets à controverse : Dieu, la crise énergétique, le génie génétique ; et des concepts de science-fiction particulièrement stimulants pour l’imagination : l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, l’ingénierie moléculaire. Grâce à la singularité, la frontière entre le penseur fantasque et le chercheur scientifique crédible s’estompe. Mais comment nous préparer à participer à ce débat ? Comment être présents au siècle ?
Finalement, ce qui fonde cet ouvrage, et cela bien au-delà de l’intuition, c’est que l’Algérie — ou Maghreb central ou bien encore Thamezgha — est, pour la première fois depuis le néolithique, dans une situation humaine et géographique où elle peut influer sur son propre destin. Cette prise de conscience, éclairée par l’Histoire dans sa longue durée, ne peut pourtant se faire que par la transmission et par l’explication des raisons qui nous ont conduits là où nous en sommes. Et c’est l’un des objectifs de ce livre que de bien cerner les mécanismes socio-historiques qui ont conduit l’Algérie à s’enliser et ses enfants à vivre en permanence avec, dans la bouche, un goût amer.
Je suis d’une génération qui a vécu à cheval entre la fin de la domination française et l’exaltation d’un pays à bâtir. Et, dans mon environnement familial, j’ai été élevé dans l’idée que l’indépendance de l’Algérie n’était qu’une étape avant l’avènement du grand Maghreb.

Je suis né à Soustara, à la Casbah d’Alger, et bien que nous ayons très tôt déménagé au Ruisseau, dans ma tête, je suis resté un enfant de la Casbah, jusqu’à mon entrée à l’école, en 1957. J’ai alors découvert qu’aux yeux des autres, je n’étais pas un Algérois mais un Mozabite. De la même façon j’ai découvert qu’à l’école, il y avait des Français et aussi des Kabyles, des Arabes, des Chaouis,… C’était étrange cette dichotomie entre le discours à la maison et la réalité sociale du moment. Dans mon cas, cela induisait une difficulté de comportement puisque être mozabite signifiait forcément devenir commis d’épicerie alors que pour moi, à cette période, le terme Mozabite n’avait pas une grande signification, même si mon père portait, et porte toujours, le costume musulman ou arabe, qui peu à peu est devenu mozabite, puisque les autres l’ont abandonné ! Tout simplement.
Dans ma famille régnait un grand climat patriotique nourri des débats qui se tenaient dans le salon fréquenté par Ahmed Bouda, Sâad Dahleb, des membres de l’association des Oulemas… Et puis, je suis à la fois l’arrière-petit-fils de Cheikh Tefayech, savant ibadite, et le petit-fils du dernier Cadi ibadite de la ville de Constantine, avant qu’elle ne tombe aux mains des Français. Mon père signait dans « Alger Républicain », mon oncle a écrit un grand nombre d’ouvrages nous laissant en héritage une immense bibliothèque. Tout ce monde, qui configurait mon entourage, était agité par l’idée de Patrie et de liberté. Mon cousin germain Moufdi Zakarya — poète, auteur de l’hymne national Kasamen ; un des fondateurs du PPA dont il a été Secrétaire Général et non Président par décision du BP de l’époque car un lbadite, un minoritaire, ne pouvait l’être —, connaissait la prison. De façon plus en prise avec cette aspiration maghrébine, mon autre cousin Cheikh Salah Benyahia, avec deux autres « Mozabites », fut parmi les cinq membres fondateurs du vieux Destour tunisien. Dans cet environnement, j’étais avec les uns, Algérois, Algérien et Maghrébin alors qu’aux yeux des autres, mes camarades, je devais correspondre à une définition étroite, étriquée, stéréotypée du Mozabite. Le petit voisin kabyle de l’immeuble mitoyen devait certainement vivre une situation similaire.

Je m’y arrête pour dire ce qui m’a construit et me fait prendre la parole aujourd’hui. Et j’en parle tout autant que de cet autre moment de la formation de ma personnalité qu’a été l’adolescence et que je veux évoquer.
En 1964, Alger était une ville internationale. Alger était la fête, l’espoir. Nous étions convaincus que nous allions rapidement devenir un pays leader, développé, moderne où il faisait déjà très bon vivre. Les gens affluaient de toutes parts. Les nouveaux prophètes, nous assurant de ce devenir, venaient d’Orient, d’Occident, du Sud, du Nord. Au lycée, nos professeurs étaient à l’image de ce kaléidoscope. Notre lycée, El ldrissi, était tout ensemble un lycée populaire et pilote. Nous disposions d’enseignants de grande qualité. Certains cours n’étaient pas assurés mais d’autres étaient de très bon niveau. Certains professeurs étaient des stars internationales, bien évidement de gauche. L’un d’entre eux, le professeur de philosophie et de français M.T.M., sur fond de lutte idéologique, lors de la première remise de copies m’attribua un 15 pour ma dissertation sur le sujet « qu’est-ce que la bourgeoisie ? » en insistant sur le fait que je devais transmettre cette note à la personne qui avait fait le travail. Ce qui, à ce moment-là, m’avait semblé être d’un humour douteux s’est reproduit la fois suivante, la fois d’après, et plus choquant encore ce fin aussi le cas avec d’autres enseignants pour qui pourtant, j’avais une admiration illimitée. Il m’a fallu un trimestre pour comprendre qu’il m’était signifié que j’étais le fils de mon père, ce père Président de l’Association des parents d’élèves, qui avec sa tenue vestimentaire ne pouvait qu’incarner la « réaction » contre le progrès. Ce père qui écrivait dans « Alger Républicain » et qui, de son point de vue, était un partisan du progrès. Pour la deuxième fois, je me trouvais assigné à l’identité du petit Mozabite, à présent réactionnaire après avoir été prédestiné à l’épicerie. Cet épisode était pourtant plus grave que celui de l’enfance car mes interlocuteurs étaient des adultes et même des modèles pour l’adolescent que j’étais, en quête de figures positives pour affronter un père doté d’une forte personnalité.
Ces deux exemples, ces deux étapes constituent des moments importants de la formation de l’être adulte que je suis devenu, en quête permanente de réponses à ces questions qui nous taraudent tous et toutes sur l’identité collective et individuelle. Si je ne devais choisir qu’un genre musical pour m’accompagner sur une île déserte, ce serait le chââbi (aujourd’hui je suis toujours Algérois, de Soustara, quartier historique d’Alger dont l’équipe emblématique est l’USMA, même si j’ai un faible pour le Mouloudia, le plus vieux club de football de la ville)… Et pourtant grâce, et à cause, du regard des autres, je me suis réapproprié la part de mozabite qui est en moi. Et j’ai beaucoup appris, et notamment que le M’Zab, à une échelle réduite, est le conservatoire de traditions, de culture, de beaucoup d’éléments de l’identité algérienne. Ce qu’on a souvent moqué a permis la sauvegarde pendant des siècles de formes d’organisation, de modes de vie, de rituels qui ont disparu ailleurs. Ils sont pourtant d’une grande utilité pour comprendre la situation actuelle de l’Algérie et imaginer, en partant de notre histoire, des issues aux impasses actuelles.
Les décideurs algériens se situent autrement.
Leur rapport au politique peut être perçu aujourd’hui comme la quête de « La » martingale.
Je retiens ici deux des sens du mot MARTINGALE:Je m’y arrête pour dire ce qui m’a construit et me fait prendre la parole aujourd’hui. Et j’en parle tout autant que de cet autre moment de la formation de ma personnalité qu’a été l’adolescence et que je veux évoquer.
En 1964, Alger était une ville internationale. Alger était la fête, l’espoir. Nous étions convaincus que nous allions rapidement devenir un pays leader, développé, moderne où il faisait déjà très bon vivre. Les gens affluaient de toutes parts. Les nouveaux prophètes, nous assurant de ce devenir, venaient d’Orient, d’Occident, du Sud, du Nord. Au lycée, nos professeurs étaient à l’image de ce kaléidoscope. Notre lycée, El ldrissi, était tout ensemble un lycée populaire et pilote. Nous disposions d’enseignants de grande qualité. Certains cours n’étaient pas assurés mais d’autres étaient de très bon niveau. Certains professeurs étaient des stars internationales, bien évidement de gauche. L’un d’entre eux, le professeur de philosophie et de français M.T.M., sur fond de lutte idéologique, lors de la première remise de copies m’attribua un 15 pour ma dissertation sur le sujet « qu’est-ce que la bourgeoisie ? » en insistant sur le fait que je devais transmettre cette note à la personne qui avait fait le travail. Ce qui, à ce moment-là, m’avait semblé être d’un humour douteux s’est reproduit la fois suivante, la fois d’après, et plus choquant encore ce fin aussi le cas avec d’autres enseignants pour qui pourtant, j’avais une admiration illimitée. Il m’a fallu un trimestre pour comprendre qu’il m’était signifié que j’étais le fils de mon père, ce père Président de l’Association des parents d’élèves, qui avec sa tenue vestimentaire ne pouvait qu’incarner la « réaction » contre le progrès. Ce père qui écrivait dans « Alger Républicain » et qui, de son point de vue, était un partisan du progrès. Pour la deuxième fois, je me trouvais assigné à l’identité du petit Mozabite, à présent réactionnaire après avoir été prédestiné à l’épicerie. Cet épisode était pourtant plus grave que celui de l’enfance car mes interlocuteurs étaient des adultes et même des modèles pour l’adolescent que j’étais, en quête de figures positives pour affronter un père doté d’une forte personnalité.
Ces deux exemples, ces deux étapes constituent des moments importants de la formation de l’être adulte que je suis devenu, en quête permanente de réponses à ces questions qui nous taraudent tous et toutes sur l’identité collective et individuelle. Si je ne devais choisir qu’un genre musical pour m’accompagner sur une île déserte, ce serait le chââbi (aujourd’hui je suis toujours Algérois, de Soustara, quartier historique d’Alger dont l’équipe emblématique est l’USMA, même si j’ai un faible pour le Mouloudia, le plus vieux club de football de la ville)… Et pourtant grâce, et à cause, du regard des autres, je me suis réapproprié la part de mozabite qui est en moi. Et j’ai beaucoup appris, et notamment que le M’Zab, à une échelle réduite, est le conservatoire de traditions, de culture, de beaucoup d’éléments de l’identité algérienne. Ce qu’on a souvent moqué a permis la sauvegarde pendant des siècles de formes d’organisation, de modes de vie, de rituels qui ont disparu ailleurs. Ils sont pourtant d’une grande utilité pour comprendre la situation actuelle de l’Algérie et imaginer, en partant de notre histoire, des issues aux impasses actuelles.
Les décideurs algériens se situent autrement.
Leur rapport au politique peut être perçu aujourd’hui comme la quête de « La » martingale.
Je retiens ici deux des sens du mot MARTINGALE:

En statistique, c’est-à-dire en calcul stochastique, une martingale désigne un processus aléatoire et dynamique dans lequel le calcul consiste à parvenir à des probabilités plus exactes que celles des bookmakers.
Une martingale est aussi une technique permettant d’augmenter les chances de gain à la roulette, tout en respectant les règles du jeu. Le terme jouit d’un mystère et d’une fascination auprès des joueurs eux-mêmes qui pensent ainsi maîtriser des techniques secrètes mais efficaces pour se jouer du hasard. De nombreux candidats au jeu cherchent « LA » martingale qui permettra de battre la banque à la roulette.
Dans la réalité, les martingales ne sont que le rêve de leurs auteurs. À l’étape actuelle de l’histoire de l’Algérie, les maîtres du jeu ne parviennent plus à respecter des règles qu’ils ont eux-mêmes établies.
Et si, malgré tout, nous décidions d’y voir clair ?
Comment expliquer les contradictions actuelles du système de gestion en Algérie si ce n’est en revenant à ce qui, partout ailleurs et en tout temps, a fait ses preuves. Je pense ici à ce qui m’apparaît, en premier lieu, comme étant la manifestation d’un État mature, c’est-à-dire l’existence d’institutions pérennes qui s’imposent aux individus. Quelle que soit la culture, la religion, la période historique, l’existence de telles institutions n’est pas concevable sans qu’elles soient portées par la dialectique autorité/ discipline.
Je n’insinue nullement une organisation fasciste de la population. Car le fascisme ou l’autoritarisme, sont précisément la négation d’une discipline et d’une autorité car elles ne peuvent s’exercer sur le long terme que lorsqu’elles sont admises et légitimées par les populations. Parvenir en groupe à ce niveau d’organisation suppose la conjonction, la réalisation de ce que j’appelle les 3 « A » : Accumulation, Anticipation, Arbitrage.
Le matheux que j’ai été considère que parvenir à ce triangle gagnant, au sommet duquel je place des institutions qui reposent sur le couple autorité / discipline, n’est possible qu’à condition que soient réunies les trois « A ».
Cet échafaudage repose sur quatre équations qu’il s’agit d’implémenter à la lumière des expériences historiques récentes à travers le monde et dans notre pays :
UN, il n’y a pas de développement durable sans conscience de Soi, sans connaissance de l’anthropologie et de la sociologie d’un pays, mais aussi de son histoire et de sa culture, et sans respect de la nature. DEUX, il n’y a pas de gouvernance, selon les standards d’efficacité, sans l’existence d’une élite nationale.
TROIS, il n’y a pas d’économie performante sans démocratie, c’est-à-dire sans légitimation par la population.
QUATRE, enfin, il n’y a pas de liberté, fut-t-elle économique, sans un État fort.

C’est pour ne pas affronter ces postulats, qui relèvent finalement du bon sens, que les dirigeants algériens courent toujours derrière la martingale gagnante. Ils le font dans le but d’ignorer des règles qui, au demeurant, s’imposent d’elles-mêmes progressivement dans la société, dans une dynamique activée par la généralisation de l’éducation et de l’accès à l’information. Ce refus entêté est la raison centrale expliquant le basculement dans l’informel tant de la vie économique que de la vie politique, donc, en fait, de tout le fonctionnement social. L’émergence en cours d’individus aspirant à l’exercice de la citoyenneté, conduit le pouvoir politique à y répondre en renvoyant en permanence la société à des formes de gestion de la vie sociale obsolètes et opaques, comme le clan, la région, les `arouchs, la tribu, le Saint protecteur… C’est aussi pourquoi le partage de la rente, et son corollaire la soumission à un clan ou à un individu, se substitue au contrat social qui s’exprime notamment dans l’impôt. Aux droits fondamentaux, il est substitué différents droits de passage et de cuissage.
Je veux m’attacher à exposer et défendre la combinaison que l’histoire et la raison opposent à la vaine martingale. J’y tiens car une nation qui ne tolère aucune critique, qui se complaît dans un sentiment de supériorité, une nation qui doit sans cesse être flattée, une nation qui n’affronte pas la vérité et dont les dirigeants croient qu’ils bénéficient d’une forme d’exonération morale et d’une sagesse particulière, une• nation dénuée d’humilité est promise à des calamités sans ho. À ce stade de mes propos, je sens qu’il me faut intégrer cette propension de mes compatriotes à douter qu’une initiative puisse être libre, désintéressée, personnelle sans liens occultes et dimensions de complot. C’est pourtant le cas de cet essai. Il ne répond à aucun agenda politique ni à aucune commande particulière. Il n’est pas un élément, parmi d’autres, d’une quelconque stratégie politique. En un mot, il n’engage que moi. Cependant, si je me décide à exposer des idées qui auraient très bien pu être cantonnées à quelques cercles fermés où l’on est habitué à refaire le monde et, surtout, le pays sans grande prise de risques, c’est bien sûr avec l’espoir d’interpeller tout ce que notre pays compte comme intelligence, et d’inciter à la réflexion et au débat. Dire que le monde évolue et se transforme à une vitesse inimaginable, est un lieu commun. D’énormes recompositions le remodèlent : qu’il s’agisse de l’émergence des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ou des CIVETS (Colombie, Indonésie, Vietnam, Égypte, Turquie et Afrique du Sud), ces futurs géants de demain.
Peut-être sommes-nous d’ores et déjà entrés dans une autre phase, celle où prend fin l’âge des Nations et où commence celui des Cités. Le XXIème siècle ne sera pas forcément dominé par un G.2 USA et Chine, et ne sera pas forcément non plus multipolaire autour d’Inde et autre Brésil émergents. En cette époque où tout semble incontrôlable, les villes plus que les États sont en train de se transformer en îlots de gouvernance qui serviront de base à la mondialisation de demain. L’époque, les découvertes technologiques et l’accroissement de la population ont grandement accéléré l’avènement de cette nouvelle vie urbaine. Et ce qu’ils dessinent, ce n’est pas un « village planétaire » mais un réseau de différents villages. Dans ce contexte, aucune nation ne pourra sans doute espérer survivre sans disposer d’au moins un point d’ancrage urbain florissant. Au stade actuel, la mondialisation permet à certaines métropoles d’être moins dépendantes de l’État. Nombre d’entre elles pourraient un jour défier les pays qui leur ont donné naissance. Le nouveau monde n’aura plus grand-chose de commun avec le système d’équilibre des pouvoirs du XIXème, ou celui des grandes puissances du XXème siècle.

Combien sommes — nous à caresser ce rêve pas si fou d’une Algérie qui compterait enfin, elle aussi, dans la marche et la transformation du monde ? Il ne tient qu’à Elle. Mais l’Histoire n’attend pas, ne nous attendra pas.

PREMIÈRE PARTIE

Les équations de base

suite…

la martingale algerienne