AFFAIRE NOTIN, LA POLICE DE LA PENSEE A L’UNIVERSITE


Afficher l'image d'origine

INTRODUCTION

L’historien GUICHARDIN, qui vécut la fin de la liberté de
Florence,a noté dans son mémento : »Toutes les cités,tous les
Etats,tous les royaumes sont mortels ; toute chose soit par nature
soit par accident un jour ou l’autre arrive à son terme et doit
finir;de sorte qu’un citoyen qui voit l’écroulement de sa
patrie,n’a pas tant à se désoler du malheur de cette patrie et de
la malchance qu’elle a rencontrée cette fois;mais doit plutôt
pleurer sur son propre malheur,parce qu’à la cité il est advenu ce
qui de toute façon devait advenir,mais le vrai malheur a été de
naître à ce moment où devait se produire un tel désastre ». Cité
par Guy DEBORD: Panégyrique.Lebovici.1989.

A la fin du livre de Klemperer, le langage
insoumis,une question est posée à une femme : pourquoi son mari fut-il
envoyé dans un camp de concentration? Elle répond: » à cause
d’expressions qu’il employait ». A la fin de l’année universitaire
1990,une commission de discipline est réunie à l’Université Lyon
III à la demande du Maire de Lyon, du CRIF(Conseil représentatif
des institutions juives de France) et des nabots de l’ordre
médiatique. Elle accepte de siéger pour sanctionner un écrit. Dans
l’exposé des motifs, on trouve une raison identique: le vocabulaire
employé…
En vingt ans l’université s’est dégradée. Les modifications
quantitatives, en nombre d’étudiants et d’enseignants, ont des
effets qualitatifs. Le nombre d’universitaires qui travaillent est
désormais réduit. La gestion bureaucratique occupe la plupart
d’entre eux, les soulageant de l’angoisse d’une réflexion
personnelle. La recherche d’argent mobilise une autre partie des
troupes qu’elle éloigne du jugement indépendant. Enfin, quelques uns
préfèrent jouer les importants dans les médiats 1, cultivant ainsi
les platitudes intellectuelles susceptibles de les faire entrer
dans le circuit du spectacle.
La dégradation de l’Université intervient au sein d’une
République qui a changé de visage. Marianne dévoile des bas-fonds
qui ressemblent fort à un tripot. Brigandages
politiciens, friponneries médiatiques, parasites en tous genres: la
fin de siècle est malhonnête, obligeant le citoyen à porter l’habit
du courtisan, nouveau métier qui se donne des lettres de noblesse
par toute justification imaginable. Il faut se déterminer à ramper

pour tenir le haut du pavé, à mendier pour vivre, à flatter pour ne
pas être assassiné. L’attitude inverse renvoie à la
dissidence.modèle incarné par certains Russes dont Zinoviev est la
plus parfaite illustration. Option nécessaire, car il n’est plus
permis de braver l’opinion publique ; elle a disparu, remplacée par
les trompettes médiatiques qui claironnent sur ordre et donnent la
parole à ceux-là mêmes qui organisent les spectacles.
Ce paysage gris forme l’arrière plan du spectacle
Notin, spectacle qui se déroula entre fin Janvier 1990 et Mars 1991
et dont ce livre décrit les étapes et analyse les ressorts.
Le présent ouvrage n’est pas une justification des
préoccupations de Bernard Notin, maître de conférences en sciences
économiques. Il est trop facile d’ inventer des justifications pour
se donner bonne conscience. L’ouvrage n’attaque aucune personne
précise: les ennemis sont à mépriser et non à personnaliser, il
existe en chacun de nous une dose de médiocrité et de veulerie qui
remonte à la surface lorsque les conditions sociales ne la bornent
plus. Le tripot français ne limite plus la fureur des crachats et
la corruption des moeurs.
Ce travail assume la mission de l’honnête homme telle que je
l’ai apprise de mes Maîtres, et qui traverse les millénaires à
travers de multiples vicissitudes : la triade
penser, dire, faire. Celle-ci ne me quitte pas quoi qu’il puisse m’en
coûter. J’ai cherché à comprendre ce qui s’est donné à voir depuis
Janvier 1990, puis à le dire. Dire, pour un enseignant, c’est faire
son devoir.Rédigé pour décrire et expliquer l’un des spectacles de
l’année 90, ce travail est aussi une mise en garde. Nous sommes tous
responsables de l’avilissement dans lequel s’enfonce
l’Université. La compréhension en profondeur des méthodes

d’ahurissement médiatique et de l’idéologie qui détruit l’harmonie
sociale au profit d’une nouvelle inquisition, est un lourd
fardeau que peu d’intellectuels acceptent de porter. L’effort de
compréhension s’accompagne d’une angoisse : le sentiment de
responsabilité en cas d’erreur.A l’inverse, l’incompréhension et le
babillage des petits marquis de la société du spectacle
médiatique, facilitent une vie paisible. Postuler le meilleur des
mondes autorise à gambader dans la vie intellectuelle, à juger de
tout avec la vanité des laquais. Pourtant, il faut oeuvrer pour la
seule cause qui vaille, celle de la lucidité, en sachant que la
moquerie fait justice de tous les travers sociaux, car elle met
toutes choses à sa place sans que l’auteur ait à sortir de la
sienne.
Je propose au lecteur de rire avec moi en cinq
chapitres, consacrés chacun à une scène du spectacle Notin. Le
premier présente les détonateurs qui allumèrent la mèche. Le second
expose les facteurs d’amplification médiatique : les moyens utilisés
pour obtenir un écho croissant. Le troisième développe les méthodes
de manipulation mises en oeuvre pour expulser de l’université un
enseignant que » la lèche » répugne. Le quatrième expose le
« flicage » idéologique de notre société ; il montre comment
l’inquisition s’est reconstituée, avec des méthodes semblables sous
des noms différents. Le dernier chapitre observe la fin de l’idéal
incarné par les maîtres de la Troisième République et propose de
comprendre pourquoi des universitaires se sont mis à la remorque
de politiciens incultes.
J’espère que le contenu de ces cinq chapitres sera
complété, amélioré, par les réflexions ultérieures d’autres
auteurs. Cependant, la flagornerie et les hurlements se combinant

pour former le nouveau mode de communication au sein du tripot
français,je ne sais si d’autres poursuivront la tâche entreprise
et, surtout,s’ils en auront la possibilité ; car la censure s’est
dotée de moyens bien plus importants qu’aux âges précédents.La
capillarité sociale est donc la seule façon de rencontrer les
honnêtes hommes encore en circulation mais inconnus. Cet ouvrage
éclairera leur lanterne sur l’arrière-plan du spectacle Notin. Ils
vérifieront aussi que la société du spectacle repose sur une
conception très souple de l’honnêteté : les plus honnêtes
vociférateurs médiatiques ne sont que les moins fripons.

PARADE
Dans le spectacle Notin, le premier rôle fut dévolu aux
médiats, magma apparemment informe mais en fait très structuré. Les
principes qui guident le déclenchement d’une campagne se révèlent
à des moments privilégiés. C’est la psychologie sociale, appelée
autrefois « psychologie des foules », qui sert de « passe ». Cette
clef est indispensable pour réussir le guidage mental d’individus
rendus illogiques par le matraquage médiatique.
Les méthodes de propagande, sélectionnées avec soin, sont
utilisées par des médiats aux structures semblables. Elles
engendrent un effet « boule de neige » ; une amplification nécessaire
pour avilir l’université et légitimer l’injustice. Cela,pourtant,
ne suffit pas. Les événements qui se sont déroulés à Lyon en 1990
n’auraient pu survenir quinze ans plus tôt : l’idéologie des « droits
de l’homme » autorise maintenant ce qui eût été impossible
hier. Avons-nous assisté à une répétition générale des méthodes
terroristes qui s’abattront bientôt sur les universitaires?  Le

spectacle Copernic, en 1980, a certainement beaucoup appris aux
nouveaux inquisiteurs.Dix ans plus tard, l’hystérie est en
croissance accélérée. Quelques années encore et cette
société, arcboutée aux médiats, aura enfoncé dans l’oubli les
générations anciennes,qui savaient penser avec méthode et agir
avec courage.
Le second rôle fonctionnel du spectacle Notin fut tenu par
l’université. Celle-ci est plus fade que jamais. Elle se dégrade
lentement, toute seule; il ne fallait plus grand chose pour
l’étaler. C’est fait !  La longue agonie des universités mérite
quelques explications et une attention particulière. Au moment où
les médiats répandent un crétinisme de masse , il paraît normal
que les organisateurs de spectacles médiatiques cherchent à en
interdire l’observation critique et la moquerie distante. Mais la
lâcheté finale de l’université doit beaucoup aux maffias qui
traversent le tripot français. La désagrégation de la société
française contemporaine s’accompagne simultanément d’une
recomposition transnationale sur le modèle des clans et des
tribus. Le modèle d’organisation incarné par la maffia a envahi le
monde du capitalisme transnational, et l’université, avec ses
cohortes de managers intellectuels et d’intellectuels
médiatiques, relègue dans l’oubli les maîtres orgueilleux qui
assurèrent son indépendance. L’affadissement de la fonction
universitaire, révélé dans toute son horreur, n’en est qu’à ses
débuts. La suite est prévisible, et s’organisera lors d’un prochain
spectacle…

PRENDRE DATE

Evénements et comportements de l’année 1990 posent une série
de problèmes dans l’ordre médiatique, universitaire, idéologique. Les
campagnes politico-médiatiques sont toujours déclenchées
volontairement. Le spectacle Notin a démarré sur ordre. La mise sur
orbite de l’affaire, au niveau national, nécessita une mobilisation
des ressources médiatiques et l’intervention de spectacles
annexes. A cette occasion on testa l’entraînement des troupes de
délateurs, nouveaux cerbères de la falsification légitime : celle
qui plaît aux maîtres du spectacle.
La pensée défraîchie agitée par les tenanciers du tripot
français contemporain porte un nom ronflant : idéologie Anti-
« F.R.A.X. »: Fascisme,Racisme,Antisémitisme,Xénophobie.Ce carré
magique incarne la tête au carré, forme peu magique mais appréciée
des politiciens médiocres et des bourgeois béats. L’université ne
lutte plus contre la pensée au carré. Il y fonctionne encore des
grosses têtes, mais les seules à jouer un rôle sont les baudruches
gonflées de suffisance. Ces têtes de carnaval laissent échapper un
vent mauvais à chaque déculottée. Elles acceptent de participer à
la foire quotidienne où vendre une lessive, vendre sa salade, se
vendre, remplacent la pensée exigeante. Les « anciens » apprécieront
le grand chambardement et la grande misère de l’université fin de
siècle.
Il faut enfin baisser le rideau après un spectacle. Ne plus
en parler dans les médiats signifie qu’il n’a jamais existé. Ce
n’est que partiellement vrai, car, dans la coulisse, les maffias
suivent les dossiers: il faut brûler les sorcières que l’on a
créées. Des réseaux se chargent d’obtenir les sanctions
concrètes : financières et personnelles. La société du spectacle ne
se contente pas d’organiser la fin de toute pensée

indépendante. Elle applique concrètement l’assertion de Joseph de
Maistre: assassiner les détenteurs d’opinions non conformes pour
faciliter la disparition desdites opinions. J’ai reçu des menaces
et il m’a été donné d’apprendre que des bandes protégées
s’adonnaient à la chasse à l’hérétique. N’étant pas un personnage
de dessins animés doté de muscles proéminents ou d’armes
redoutables, il se pourrait bien que je fusse agressé…
Avant que de proposer au lecteur de rire avec moi, je remercie
tous les amis que la diffamation organisée n’a point ébranlés. J’ai
apprécié cette affection sincère dans une période de terrorisme
susceptible de redémarrer si les organisateurs du spectacle y
trouvent un nouvel intérêt. Le moraliste Chamfort prétendait qu’il
existait trois catégories d’amis: ceux qui vous aiment, ceux qui ne
s’intéressent pas à vous, ceux qui vous haïssent. C’est une pensée
très profonde. J’apprécie d’avoir eu beaucoup d’amis de la première
catégorie.


1 Nous nous rangeons sous la bannière orthographique de R.Salmon
qui a expliqué dans  » La communication médiatisée  » {Revue des
Sciences Morales et Politiques,n° 1, 1986, pp. 35-51) que
plusieurs membres de l’Académie,à la commission du
dictionnaire,recommandaient cette orthographe pour quatre raisons
: la forme adjective est attestée depuis des siècles ; en devenant
substantif,les règles de la langue sont respectées ; une
utilisation correcte est possible au singulier et au pluriel ;
tous les dérivés souhaitables existent.


 

CHAPITRE I : LES DETONATEURS

suite…

Affaire Notin La police de la pensee a l_universite.pdf