PALESTINE DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE


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Auteur : Salomon Munk

Ouvrage : PALESTINE
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET
ARCHÉOLOGIQUE

Année : 1845

 

 

 

INTRODUCTION.
Le nom seul de Palestine fait naître en nous les sentiments les plus élevés et les
plus divers. Il n’est aucun pays, quelque peu important qu’il soit par lui-même,
auquel se rattachent d’aussi grands souvenirs. Dès notre première jeunesse,
notre imagination, nourrie des traditions sacrées des Hébreux, aime à se
transporter sur ces hauteurs où jadis dans chaque écho les âmes pieuses
entendirent la voix de Dieu, où chaque pierre est un symbole de la révélation
divine, chaque ruine un monument de la colère céleste. Le flambeau sacré qui
éclairait le sanctuaire de Sion a répandu ses clartés sur les peuples de la terre ;
Jérusalem fut la première chaire des apôtres, et c’est dans la religion de Moïse,
dans celle de Jésus, que Mahomet vint chercher ses inspirations. Les sectateurs
des trois religions se tournent vers ces ruines de deux mille ans avec des
sentiments de vénération ; tous y cherchent des consolations, les uns par les
souvenirs, les autres par l’espérance; le Turc qui écrase sous son joug les faibles
restes des anciens dominateurs, le Bédouin qui établit sa tente dans les pleines
désertes, jadis bénies du ciel, foulent avec un pieux respect les tombeaux des
prophètes. Ceux-là même dont les croyances se sont effacées devant l’esprit
sceptique du siècle aiment encore à chercher dans la Palestine des impressions
poétiques; ils rendent une justice historique aux grands événements dont ce
pays a été le théâtre et aiment à s’y arrêter comme à des souvenirs d’enfance.
La description de ce pays, l’histoire abrégée de tout ce qui s’y est passé sont
donc d’un intérêt palpitant pour nous tous; mais comme nous n’écrivons point
dans un but poétique et religieux, comme nous n’avons en vue que l’instruction
historique, nous devrons nous défendre autant que possible de toute impression
qui nous serait personnelle, pour présenter au lecteur une peinture fidèle de ce
pays mémorable, un résumé succinct de l’histoire de ses premiers habitants et
une histoire plus développée du peuple hébreu, qui y a accompli la grande
mission que la Providence lui avait confiée. Nous résumerons ensuite les
événements, qui, depuis la dispersion des Juifs, se sont passés en Palestine, et
nous suivrons aussi les débris de ce peuple parmi les nations au milieu
desquelles ils ont conservé jusqu’à nos jours leur culte antique. Les matériaux
que nous avons à notre disposition sont extrêmement nombreux; mais au lieu de
faciliter le travail, l’abondance des sources peut devenir pour l’écrivain un écueil
dangereux. Nous devons puiser dans les écrits d’un grand nombre d’historiens et
de voyageurs anciens ou modernes, dominés souvent par certaines
préoccupations et qui ne voyaient pas toujours les choses sous leur vrai jour. Ce
n’est que par le moyen d’une critique impartiale que nous pouvons arriver à la
vérité; selon nous, la Bible elle-même, source principale de notre travail et où
l’idée divine s’est incarnée dans la parole humaine, ne saurait, comme oeuvre des
hommes, échapper entièrement à la critique humaine. Simple historien, nous
traiterons l’histoire des Hébreux, leurs institutions, leur religion et leurs
monuments littéraires sous un point de vue purement rationnel. Notre rôle ne
sera ni celui du théologien qui ne voit que le dogme, ni celui du sceptique
philosophe, pour lequel le doute lui-même est un dogme moins étroit. Notre but
sera de rechercher la vérité historique, l’enchaînement naturel des faits, sans
nous préoccuper des conséquences qui peuvent en résulter, soit pour le
théologien ou pour le philosophe. Selon nous, l’idée divine, déposée dans la
Bible, les sentiments grands et généreux que respirent les paroles des prophètes,

sont placés hors des atteintes de la critique, et l’examen des faits ne saurait
jamais nuire au vrai sentiment religieux.
Quoique nous ayons particulièrement en vue les gens du monde, et que nous ne
soyons pas appelé à faire un livre d’érudition, notre travail, par cela même que
les sujets qu’il renferme ont été traités tant de fois, et sous tant de faces
différentes, a nécessité des lectures très-variées et des recherches
consciencieuses. Nous présenterons les résultats de tout ce qui a été dit avant
nous, sans pourtant nous effacer nous-même. Nous espérons, au contraire,
soumettre au lecteur un travail neuf, tant par le cadre que nous nous sommes
tracé que par la manière dont nous tâcherons de le remplir. Tout en évitant le
pédantisme de l’érudition, nous sommes jaloux de mériter l’approbation des
érudits.

LIVRE PREMIER. — ÉTAT PHYSIQUE ET TOPOGRAPHIE DE LA
PALESTINE

CHAPITRE PREMIER — La Palestine, ses noms, sa position, ses
limites.
Sous le nom de Palestine, nous comprenons le petit pays habité autrefois par les
Israélites, et qui aujourd’hui fait partie des pachalies d’Acre et de Damas. Il
s’étendait entre le 31e et 33e degré latitude N. et entre le 32e et 35e degré
longitude E., sur une superficie d’environ 1300 lieues carrées. Quelques écrivains
jaloux de donner au pays des Hébreux une certaine importance politique, ont
exagéré l’étendue de la Palestine ; mais nous avons pour nous une autorité que
l’on ne saurait récuser. Saint Jérôme, qui avait longtemps voyagé dans cette
contrée, dit dans sa lettre à Dardanus (ep. 129) que de la limite du nord jusqu’à
celle du midi il n’y avait qu’une distance de 160 milles romains, ce qui fait
environ 55 lieues. Il rend cet hommage à la vérité bien qu’il craigne, comme il
ledit lui-même, de livrer par là la terre promise aux sarcasmes des païens1.
Quant au nom de Palestine, qui nous a été transmis par les auteurs grecs, et
dont se servaient aussi Josèphe et Philon, il dérive du nom hébreu Peléscheth. Il
ne désignait que la partie sud-ouest du pays, habitée par les Philistins et qui
forme encore aujourd’hui la Palestine proprement dite. Le plus ancien nom du
pays que nous trouvions chez les auteurs hébreux est celui de Canaan. Ce nom
cependant ne désignait que la partie située entre le Jourdain et la Méditerranée,
mais il comprenait aussi la Phénicie et le pays des Philistins. Il dérive de Canaan,
fils de Cham, auquel les anciens habitants du pays faisaient remonter leur
généalogie. On trouve ce nom sur les monnaies phéniciennes, et saint Augustin
rapporte qu’il était usité encore de son temps en Afrique parmi les paysans des
environs de Carthage qui s’appelaient eux-mêmes Canani, comme descendants
des Phéniciens. Depuis l’entrée des Hébreux, la Palestine est désignée sous
plusieurs autres dénominations, telles que terre des Hébreux, terre d’Israël.
Après l’exil de Babylone, elle fut appelée terre de Juda, d’où vient le nom de
Judée, dont se servent les auteurs romains. Le prophète Zacharie l’appelle terre
sainte, nom qui est en faveur auprès des juifs modernes et des chrétiens. Le
nom de terre promise appartient au Nouveau Testament ; on le trouve dans
l’Épître aux Hébreux (ch. II, v. 9).
Il est difficile de bien fixer les limites de la Palestine, qui varièrent beaucoup à
différentes époques et sur lesquelles nous ne trouvons pas toujours des données
bien précises. Selon la Genèse (ch. 10, v. 19), l’ancienne terre de Canaan
s’étendait sur la côte de la Méditerranée depuis Sidon jusqu’à Gaza ; de là la
limite méridionale tournait vers l’ancien emplacement de Sodome et Gomorrhe
ou vers la mer Morte, et s’avançait à l’est jusqu’à Lasa, qui, selon saint Jérôme,
est Callirrhoé au sud-est de la mer Morte. L’auteur de la Genèse ne nous dit pas
jusqu’où s’étendait la limite septentrionale à partir de Sidon vers l’est. Quant à la
limite orientale, elle était formée très- probablement par le Jourdain, de sorte


1 Pudet dicere lalitudinem terræ repromissionis, ne ethnicis occasionem blasphemandi
dedisse videamur.


que nous ne sommes dans l’incertitude que sur l’intervalle qui se trouve entre les
sources de cette rivière et la ville de Sidon. Mais les limites de la terré d’Israël ne
sont pas les mêmes que celles de l’ancienne Canaan. A l’est les possessions des
Hébreux s’étendirent bien loin au delà du Jourdain ; les limites du pays en deçà
du Jourdain n’ont jamais été en réalité celles que Moise avait assignées aux
Hébreux (Nombres, ch. 34, v. 2-12). Les conquêtes de David et de Salomon, au
delà des limites de Canaan, ne doivent point nous occuper ici, et pour ne pas
nous perdre dans des conjectures hasardées, nous nous en tiendrons à quelques
passages de la Bible qui nous paraissent contenir les données les moins
douteuses et les moins vagues sur les limites de la terre d’Israël. Voici ce qui
résulte de plus certain de la combinaison de ces passages : A l’orient, au delà du
Jourdain, le pays des Hébreux s’étendit jusque dans le désert, vers l’Euphrate,
sans que les limites fussent bien fixées — sous Salomon, qui bâtit Tadmor
(Palmyre), la ville de Thapsacus, sur l’Euphrate, est le point extrême du royaume
vers le N. E. —. Au nord il aboutit au territoire de Damas, à l’Antiliban et au
territoire de Tyr. La limite occidentale est la Méditerranée jusqu’à l’embouchure
du torrent d’Égypte (maintenant Wadi-el-arisch), bien que plusieurs villes aient été
longtemps occupées par les Phéniciens au nord et par les Philistins au midi. La
limite du midi partant d’Elarîsch se dirige vers la pointe méridionale de la mer
Morte (Jos., ch. 15, v. 2) ; mais à l’est de cette mer et du Jourdain, les
possessions des Hébreux ne dépassaient pas vers le midi le torrent d’Amon
(maintenant Wadimoudjeb) qui les séparait du pays des Moabites.

CHAPITRE II. — Géographie physique.
Aspect du sol. — Montagnes. — Plaines. Eaux. — Climat. — Phénomènes. —
Fertilité.

suite…

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