La lyre désaccordée


par Lotfi Hadjiat

lelibrepenseur.org

 


L’intellect est un don de Dieu à l’homme pour lui permettre de distinguer l’être du simulacre. Ce don peut ainsi devenir un pont vers l’être, vers Dieu. Car il n’y a d’être que divin et de simulacre que humain. Condamner l’usage de l’intellect dans la religion comme le font les « fous d’Allah » est donc une grave offense à Dieu (Allah rend sage et Satan rend fou, on n’est donc fou que de Satan). L’intellect peut cependant prendre aussi une mauvaise direction et nous perdre, les dérives de la science moderne nous le montrent bien.

Pour nous aider à bien diriger notre intellect, notre esprit, Dieu nous a fait un autre don, celui du cœur. C’est en effet par le cœur que l’esprit peut savoir s’il agit bien ou mal, et ainsi se corriger, ou non. Le cœur est comme la caisse de résonance de l’esprit. Les moindres mouvements de l’esprit produisent des résonances dans le cœur, parfois très fines, que l’on ne perçoit pas toujours. Quand l’esprit agit avec la plus rigoureuse droiture et la plus profonde compréhension (ce à quoi nous invite sans cesse le Coran), le cœur résonne de la plus belle harmonie, et quand l’esprit est pervers, le cœur n’est que chaos. La vérité est atteinte par l’esprit quand le cœur résonne d’une profonde et insondable sérénité. Au fond, le chercheur honnête de vérité est comme un violoniste qui accorde son violon.

Platon, dans le dialogue du Phédon, fait dire à Socrate que l’âme sur Terre est comme une lyre désaccordée ; car dans le Ciel des Idées, elle était accordée. La philosophie socratique étant alors une méthode pour ré-accorder cette lyre. La sagesse est, au fond, la musique de l’âme. Les « fous d’Allah » qui condamnent et l’intellect et la musique, s’interdisent donc, dans leur folie, tout rapprochement avec Dieu ! Excepté la limite de la mort, la folie humaine n’a pas de limite.

Le plus grand des sages, le plus proche de Dieu, est celui qui entend et écoute la plus fine, la plus infime nuance du cœur. Comme le violoniste capable de percevoir et d’exécuter un neuvième de ton : un comma. Une violoniste, Annick Roussin je crois, m’avait joué naguère, après la fin d’un de ses concerts, un bout de gamme enchaînant des commas, une gamme « commatique » en quelque sorte ! Les pianistes, eux, ne peuvent jouer qu’une gamme chromatique (enchaînement de demi-tons) ; pour pouvoir jouer des gammes de neuvièmes de ton sur un piano, il faudrait un clavier d’une dizaine de mètres ! Rien ne plaît plus à Dieu que la quête intellectuelle honnête de la vérité, car cette quête produit une musique harmonieuse au fond de l’âme, une musique audible à Dieu, mais inaudible à l’homme. Et inversement, rien ne déplaît plus à Dieu que le braiment de l’âne… même si cet âne ânonne toute la journée des sourates et des hadiths… sans chercher à méditer le sens des versets. Sens que l’on ne peut méditer que par l’intellect libre et l’observation empirique libre, libertés toutes deux fermement condamnées par les « fous d’Allah ».

La louange à Dieu se déploie finalement par cette musique de l’âme en quête de vérité, par le chant de l’âme… Certaines personnes ayant vécu l’expérience dite de « mort imminente » ont dans leur témoignage évoqué une musique céleste, le chœur des anges… un chant d’une beauté infinie dont les hommes sur Terre ne peuvent avoir aucune idée, même en écoutant les plus belles symphonies de Mozart. Pour ma part, il y a une autre musique qu’il me tarde aussi d’écouter, c’est la musique du crépitement des flammes qui brûleront les « fous d’Allah ».