INTRODUCTION aux ÉTUDES HISTORIQUES


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Auteur : Langlois Charles-Victor
Ouvrage : Introduction aux études historiques
Année : 1898

 

 

 

AVERTISSEMENT
Le titre de cet ouvrage est clair. Cependant, il est nécessaire de dire
nettement ce que nous avons voulu, et ce que nous n’avons pas voulu fair e ;
car, sous ce même titre : « Introduction aux études historiques », des livres
très différents ont déjà été publiés.
Nous n’avons pas voulu présenter, comme W. B. Boyce 1, un résumé de
l’histoire universelle à l’usage des commençants et des personnes pressées.
Nous n’avons pas voulu enrichir d’un numéro la littérature si abondante de
ce que l’on appelle ordinairement la « Philosophie de l’histoire ». Des
penseurs, qui, pour la plupart, ne sont pas historiens de profession, ont fait de
l’histoire le su jet de leurs méditations ; ils en ont cherché les « similitudes » et
les « lois » ; quelques-uns ont cru découvrir « les lois qui ont présidé au
développement de l’humanité », et « constituer » ainsi « l’histoire en science
positive » 2. Ces vastes constructions abstraites inspirent, non seulement au
public, mais à des esprits d’élite, une méfiance a priori, qui est invincible
M. Fustel de Coulanges, dit son dernier biographe, était sévère pour la
Philosophie de l’histoire ; il avait pour ces systèmes la même aversion que les
positivistes pour les concepts purement métaphysiques. A tort ou à raison (à
tort, sans doute), la p.18 Philosophie de l’histoire, n’ayant pas été cultivée
seulement par des hommes bien informés, prudents, d’intelligence vigoureuse
et saine, est déconsidérée. Que ceux qui la redoutent — comme ceux,
d’ailleurs, qui s’y intéressent — soient avertis : il n’en sera pas question ici 3.
Nous nous proposons ici d’examiner les conditions et les procédés, et
d’indiquer le caractère et les limit es de la connaissance en histoire. Comment
arrive-t-on à savoir, du passé, ce qu’il est possible et ce qu’il importe d’en
savoir ? Qu’est -ce qu’un document ? Comment traiter les documents en vue


1 W. B. Boyce, Introduction to the study of history, civil, ecclesiastical and literary. London,
1884, in-8.
2 Tel, par exemple, P.-J.-B. Buchez, dans son Introduction à la science de l’histoire. Paris,
1842, 2 vol. in-8.
3 L’histoire des tentatives faites pour comprendre et expliquer philosophiquement l’histoire de
l’humanité a été entreprise, comme on sait, par Robert Flint. R. Flint a déjà donné l’histoire de
la Philosophie de l’histoire dans les pays de langue française : Historical Philosophy in
France and French Belgium and Switzerland. Edinburgh-London, 1893, in-8. — C’est le
premier volume de la réédition développée de son « Histoire de la philosophie de l’histoire en
Europe », publiée il y a vingt-cinq ans. Comparez la partie rétrospective (ou historique) de
l’ouvrage de N. Marselli : la Scienza della storia, I. Torino, 1873.
L’ouvrage original le plus considérable qui ait paru en France depuis la publication du
répertoire analytique de R. Flint est celui de P. Lacombe, De l’histoire considérée comme
science. Paris, 1894, in-8. Cf. Revue critique, 1895, I, p. 132.


de l’ oeuvre historique ? Qu’est -ce que les faits historiques ? Et comment les
grouper pour construire l’ oeuvre historique ? — Quiconque s’occupe
d’histoire pratique, plus ou moins inconsciemment, des opérations
compliquées de critique et de construction, d’analyse et de synthèse. Mais les
débutants et la plupart des personnes qui n’ont jamais réfléchi sur les principes
de la méthode des sciences historiques, emploient, pour effectuer ces
opérations, des procédés instinctifs qui, n’étant pas, en général, des procédés
rationnels, ne conduisent pas d’ordinaire à une vé rité scientifique. Il est donc
utile de faire connaître et de justifier logiquement la théorie des procédés
vraiment rationnels, assurée dès à présent en quelques-unes de ses parties,
encore inachevée sur des points d’une importance capitale.
Ainsi la présente « Introduction aux études historiques » est conçue, non
comme un résumé de faits acquis ou comme un système d’idées générales au
sujet de l’histoire universelle, mais comme un essai sur la méthode des
sciences historiques.
Voici pourquoi nous avons cru opportun, et voici dans quel esprit nous
avons résolu de l’écrire.

I
Les livres qui traitent de la méthodologie des sciences historiques ne
sont guère moins nombreux, mais ne jouissent pas d’un meilleur renom que
les livres sur la Philosophie de l’histoire. Les spécialistes les dédaignent. Il
résumait une opinion très répandue, le savant qui, à ce que l’on raconte,
disait : « Vous voulez écrire un livre sur la Philologie ; faites-nous donc plutôt
un bon ouvrage de Philologie. Moi, quand on me demande : Qu’est -ce que la
Philologie ? je réponds : C’est ce que je fais 1. » Il ne croyait dire, et il ne
disait en effet qu’un lieu commun, le critique qui, à propos du Précis de la
science de l’histoire de J. G. Droysen, s’exprimait ainsi : « En thèse générale,
les traités de ce genre sont forcément à la fois obscurs et inutiles : obscurs,
puisqu’il n’est rien de plus vague que leur objet ; inutiles, puisqu’on peut être
historien sans se préoccuper des principes de la méthodologie historique qu’ils
ont la prétention d’exposer 2. » — Les arguments de ces contempteurs de la
méthodologie paraissent assez forts. Ils se ramènent aux propositions
suivantes. En fait, il y a des gens qui pratiquent manifestement les bonnes


1 Revue critique d’histoire et de littérature , 1892, I, p. 164.
2 Ibidem, 1888, II, p. 295. — Cf. le Moyen Age, X (1897), p. 91 : « Ces livres-là [les traités de
méthode historique] ne sont guère lus de ceux auxquels ils pourraient être utiles, c’est -à-dire
les amateurs qui occupent leurs loisirs à faire des recherches historiques ; et quant aux érudits
de profession, c’est aux leçons des maîtres qu’ils ont appris à connaître les instruments de
travail et la manière de s’en servir, sans compter que la méthode historique est la même que
celle des autres sciences d’observation, et qu’on peut dire en quelques mots en quoi elle
consiste… »


méthodes et qui sont reconnus par tout le monde comme des érudits ou
comme des historiens de premier ordre, sans avoir jamais étudié les principes
de la méthode ; réciproquement, on ne voit pas que ceux qui ont écrit en
logiciens sur la théorie de la méthode historique aient acquis, de ce chef,
comme érudits ou comme historiens, une supériorité quelconque :
quelques-uns même sont notoirement des érudits ou des historiens tout à fait
impuissants ou médiocres. A cela, rien d’étonnant. Est -ce que, avant de faire
en chimie, en mathématiques, dans les sciences proprement dites, des
recherches originales, on étudie la p.20 théorie des méthodes qui servent dans
ces sciences ? La critique historique ! Mais le meilleur moyen de l’apprendre,
c’est de la pratiquer ; on l’apprend suffisamment en la pratiquant 1. Pressez,
d’ailleurs, les écrits qui existent sur la méthode historique, et même les plus
récents, ceux de J. G. Droysen, de E. A. Freeman, de A. Tardif, de U. Chevalier,
etc. : vous n’en extrairez, en fait d’idées claires, que des vérités évidentes
par elles-mêmes, des vérités de La Palice 2.
Nous reconnaissons volontiers que, dans cette manière de voir, tout n’est
pas faux. — L’immense majorité des écrits sur la méthode d’investigation en
histoire et sur l’art d’écrire l’histoire — ce que l’on appelle, en Allemagne et
en Angleterre, l’Historik — sont superficiels, insipides, illisibles, et il en est de
ridicules 3. D’abord, ceux qui sont antérieurs au XIXe siècle, analysés à loisir

 


1 C’est sans doute en vertu de ce principe que la méthode historique s’enseigne seulement par
l’exemple, que L. Maria ni a plaisamment intitulé « Corso pratico di metodologia della storia »
une dissertation sur un point particulier de l’histoire de la ville de Fermo. Voir l’ Archivio
della Società romana di storia patria, XIII (1890), p. 211.
2 Voir le compte rendu de l’op uscule de E. A. Freeman, The methods of historical study, dans
la Revue critique, 1887, I, p. 376. Cet opuscule, dit le critique, est banal et vide. On y voit
« que l’histoire n’est pas une étude au ssi aisée qu’un vain peuple pense, qu’elle touche à
toutes les sciences et que l’historien vraiment digne de ce nom devrait tout savoir ; que la
certitude historique est impossible à obtenir, et que, pour s’en rapprocher le plus possible, il
faut recourir sans cesse aux sources originales ; qu’il faut connaître et pratiquer les meilleurs
parmi les historiens modernes, mais sans jamais tenir ce qu’ils ont écrit pour parole
d’évangile. Et voilà tout ». Conclusion : Freeman « enseignait mieux sans doute la méthode
historique par la pratique qu’il n’a réussi à le faire par la théorie ».
Comparer Bouvard et Pécuchet, par G. Flaubert. Il s’agit de deux imbéciles, qui, entre autres
projets, forment celui d’é crire l’histoire. Pour les aider, un de leurs amis leur envoie (p. 156)
« des règles de critique prises dans le Cours de Daunou », savoir : « Citer comme preuve le
témoignage des foules, mauvaises preuves ; elles ne sont pas là pour répondre. — Rejeter les
choses impossibles : on fit voir à Pausanias la pierre avalée par Saturne. — Tenez en compte
l’adresse des faussaires, l’intérêt des apologistes et des calomniateurs. » L’ouvrage de Daunou
contient quantité de truismes aussi patents et plus comiques encore que ceux-là.
3 R. Flint (o. c., p. 15) se félicite de n’avoir pas à étudier la littérature de l’ Historic, car « a
very large portion of it is so trivial and superficial that it can hardly ever have been of use
even to persons of the humblest capacity, and may certainly now be safely consigned to
kindly oblivion ». Néanmoins, R. Flint a donné dans son livre une liste sommaire des
principaux monuments de cette littérature dans les pays de langue française, depuis l’origine.
Un aperçu plus général et plus complet (bien que très sommaire encore) de cette littérature
dans tous les pays est fourni par le Lehrbuch der historichen Methode, de E. Bernheim
(Leipzig, 1894, in-8), p. 143 et suiv. — Flint (qui a connu quelques ouvrages inconnus à Bernheim) s’arrête à l ’année 1893, Bernheim à l’année 1894. Depuis 1889, on trouve dans les
Jahresberichte der Geschichtswissenschaft un compte rendu périodique des écrits récents sur
la méthodologie historique.


par P.-C.-F. Daunou dans la tome VII de son Cours d’études historiques 1,
sont presque tous de simples traités p.21 de rhétorique, dont la rhétorique est
surannée, où l’on discute avec gravité les problèmes les plus cocasses 2.
Daunou les raille agréablement, mais il n’a fait preuve lui -même que de bon
sens dans son monumental ouvrage, qui, aujourd’hui, ne paraît guère meilleur,
et n’est certainement pas plus utile, que les productions anciennes 3. Quant
aux modernes, il est très vrai que tous n’ont pas su éviter les deux écueils du
genre : obscurité, banalité. Le Grundriss der Historik de J. G. Droysen, traduit
en français sous le titre de Précis de la science de l’histoire (Paris, 1888,
in-8), est lourd, pédantesque et confus au-delà de ce que l’on peut imaginer 4.
MM. Freeman, Tardif, Chevalier ne disent rien qui ne soit élémentaire et
prévu. On voit encore leurs émules discuter à perte de vue des questions
oiseuses : si l’histoire est un art ou une science, quels sont les devoirs de
l’histoire, à quoi sert l’histoire, etc. — D’autre part, c’est une remarque
incontestablement exacte que presque tous les érudits et presque tous les
historiens actuels sont, au point de vue de la méthode, des autodidactes,
formés par la seule pratique ou par l’imitation et la fréquentation des maîtres
antérieurs.
Mais de ce que beaucoup d’écrits s ur les principes de la méthode justifient
la méfiance généralement professée envers les écrits de cette espèce, et de ce
que la plupart des gens de métier ont pu se dispenser sans inconvénients
apparents p.22 d’avoir réfléchi sur la méthode historique, il est excessif, à notre
avis, de conclure que les érudits et les historiens (et surtout les futurs érudits et


1 Ce tome VII a été publié en 1844. Mais le célèbre Cours de Daunou fut professé au Collège
de France de 1819 à 1830.
2 Les Italiens de la Renaissance (Mylaeus, Francesco Patrizi, etc.), et les auteurs des deux
derniers siècles après eux, se demandent quels sont les rapports de l’histoire avec la
dialectique et avec la rhétorique ; à combien de lois le genre historique est assujetti ; s’il est
convenable que l’historien rapporte les trahisons, les lâchetés, les crimes, les désordres ; si
l’histoire peut s’accommoder d’un autre genre que du sublime, etc. — Les seuls livres sur
l’Historik, publiés avant le XIXe siècle, qui accusent un effort original pour aborder les vrais
problèmes sont ceux de Lenglet du Fresnoy (Méthode pour étudier l’histoire, Paris, 1713) et
de J. M. Chladenius (Allgemeine Geschichtswissenschaft, Leipzig, 1752). Celui de Chladenius
a été signalé par E. Bernheim (o. c., p. 166).
3 Il n’y fait même pas toujours preuve de bon sens, car on lit dans le Cours d’études
historiques (VII, p. 105), à propos du traité De l’histoire, publié en 1670 par P. Le Moyne,
ouvrage très faible, pour ne pas dire plus, où des traces de sénilité sont visibles : « Je ne
prétends point adopter toutes les maximes, tous les préceptes que ce traité renferme ; mais je
crois qu’après celui de Lucien c’est le meilleur que nous ayons renc ontré ; et je doute fort
qu’aucun de ceux dont il nous reste à prendre connaissance s’élève au même degré de
philosophie et d’originalité. » Le P. H. Chérot a jugé plus sainement le traité De l’histoire,
dans son Étude sur la vie et les oeuvres du P. Le Moyne, Paris, 1887, in-8, p. 406 et suiv.
4 E. Bernheim déclare cependant (o. c., p. 177) que cet opuscule est le seul, à son avis, qui
« auf der jetzigen Höhe der Wissenschaft steht ».


les futurs historiens) n’aient aucun besoin de se rendre compte des procédés
du travail historique. — En effet, la littérature méthodologique n’est pas tout
entière sans valeur : il s’est formé lentement un trésor d’observations fines et
de règles précises, suggérées par l’expérience, qui ne sont pas de simple sens
commun 1. Et s’il existe des personnes qui, par un don de nature, raisonnent
toujours bien sans avoir appris à raisonner, il serait facile d’opposer à ces
exceptions les cas innombrables où l’ignorance de la logique, l’emploi de
procédés irrationnels, l’absence de réflexion sur les conditions de l’analyse et
de la synthèse en histoire, ont vicié les travaux des érudits et des historiens.
En réalité, l’histoire est sans doute la discipline où il est le plus nécessaire
que les travailleurs aient une conscience claire de la méthode dont ils se
servent. La raison, c’est qu’en histoire les procédé s de travail instinctifs ne
sont pas, nous ne saurions trop le répéter, des procédés rationnels ; il faut donc
une préparation pour résister au premier mouvement. En outre, les procédés
rationnels pour atteindre la connaissance historique diffèrent si fortement des
procédés de toutes les autres sciences, qu’il est nécessaire d’en apercevoir les
caractères exceptionnels pour se défendre de la tentation d’appliquer à
l’histoire les méthodes des sciences déjà constituées. On s’explique ainsi que
les mathématiciens et les chimistes puissent se passer, plus aisément que les
historiens, d’ » introduction » à leurs études.
Il n’y a pas lieu d’insister davantage sur l’utilité de la méthodologie
historique ; car c’est évidemment à la légère qu’elle a été contestée . Mais il
faut expliquer les motifs qui nous ont conduits à composer le présent ouvrage.
— Depuis cinquante ans, un grand nombre d’hommes intelligents et sincères
ont médité sur la méthode des sciences historiques ; p.23 on compte
naturellement parmi eux beaucoup d’historiens, professeurs d’Université,
mieux placés que d’autres pour connaître les besoins intellectuels des jeunes
gens, mais aussi des logiciens de profession, et même des romanciers. M. Fustel
de Coulanges a laissé, à cet égard, dans l’Univer sité de Paris, une
tradition : « Il s’efforçait, a -t-on dit 2, de réduire à des formules très précises
les règles de la méthode… ; il n’y avait rien de plus urgent à ses yeux que
d’apprendre aux travailleurs à atteindre la vérité. » Parmi ces hommes, les
uns, comme M. Renan 3, se sont contentés d’énoncer des remar ques, en
passant, dans leurs ouvrages généraux ou dans des écrits de circonstance 4 ; les


1 R. Flint dit très bien (o. c., p. 15) : « The course of Historic has been, on the whole, one of
advance from commonplace reflection on history towards a philosophical comprehension of
the conditions and processes on which the formation of historical science depends. »
2 P. Guiraud, dans la Revue des Deux Mondes, 1er mars 1896, p. 75.
3 E. Renan a dit quelques-unes des choses les plus justes et les plus fortes qui aient été dites
sur les sciences historiques dans L’Avenir de la science (Paris, 1890, in-8), écrit en 1848.
4 Quelques-unes des remarques les plus ingénieuses, les plus topiques ; et de la portée la plus
générale sur la méthode des sciences historiques, ont été formulées jusqu’ici, non dans les
livres de méthodologie, mais dans les revues — dont la Revue critique d’histoire et de
littérature est le type — consacrées à la critique des livres nouveaux d’histoire et d’érudition.
C’est un exercice extrêmement salutaire que de parcourir la collection de la Revue critique, fondée, à Paris, en 1867, « pour imposer le respect de la méthode, pour exécuter les mauvais
livres, pour réprimer les écarts et le travail inutile ».


autres, comme MM. Fustel de Coulanges, Freeman, Droysen, Lorenz, Stubbs,
de Smedt, von Pflugk-Harttung, etc., ont pris la peine d’exposer, dans des
opuscules spéciaux, leurs pensées sur la matière. Il existe quantité de livres, de
« leçons d’ouverture », de « discours académiques » et d’articles de revue,
publiés dans tous les pays, mais particulièrement en France, en Allemagne, en
Angleterre, aux États-Unis et en Italie, sur l’ensemble et sur les diverses
parties de la méthodologie. On se dit : ce ne serait certes pas un travail inutile
que de coordonner les observations dispersées, et comme perdues, en tant de
volumes et de brochures. Mais ce travail séduisant n’est plus à faire : il a été
récemment exécuté avec le plus grand soin. M. Ernst Bernheim, professeur à
l’Université de Greifswald, a dépouillé presque tous les écrits modernes sur la
méthode historique ; il en a profité ; il a groupé dans des cadres commodes, et,
en grande partie, nouveaux, quantité de considérations et de références
choisies. Son Lehrbuch der historischen Methode p.24 (Leipzig, 1894, in-8) 1
condense, à la manière des Lehrbücher allemands, la littérature spéciale du
sujet qu’il traite. Nous n’avons pas eu l’intention de recommencer ce qu’il a si
bien su faire. — Mais il nous a semblé que tout n’était pas dit, après sa
laborieuse et sage compilation. D’abord, M. Bernheim traite amplement de
problèmes métaphysiques que nous croyons dépourvus d’intérêt ; en revanche,
il ne se place jamais à des points de vue, critiques ou pratiques, que nous
tenons pour très intéressants. Puis, la doctrine du Lehrbuch est raisonnable,
mais elle manque de vigueur et d’originalité. Enfin, le Lehrbuch ne s’adresse
pas au grand public ; il reste inaccessible (et à cause de la langue et à cause de
la forme) à l’immense majorité du public français. Cela suffit à justifier le
dessein que nous avons formé d’écri re le présent ouvrage au lieu de
recommander simplement celui de M. Bernheim 2.

II

suite…

Introduction-aux-etudes-historiques