ATLAS DE LA FRANCE TOXIQUE


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Auteurs : Bonnemains Jacky – Nithart Charlotte – Bossard Christine
Ouvrage : Atlas de la France toxique
Année : 2016

 

 

 

INTRODUCTION

Robin des Bois est souvent caché, toujours
persistant et influent. Pour se battre, il faut
d’une certaine manière ressembler à ses
ennemis. Ça tombe bien, pour vivre heureux,
les pollueurs vivent cachés et les pollutions
sont toujours persistantes et influentes.
Les armes favorites de Robin des Bois sont
l’indépendance à ne pas confondre avec l’isolement,
la documentation à ne pas confondre
avec la paperasse et la capacité d’être sur
plusieurs fronts à la fois grâce à des antennes
relais et à de fréquents changements d’orbite.
Pour fêter ses trente et un ans, l’organisation
a mis en chantier nuit et jour, six mois
durant, ce bateau d’anniversaire qui aide à
naviguer dans une France pleine de récifs et
de triangles des turpitudes.

PAS D´ARMISTICE POUR
LES DÉCHETS DE GUERRE
C’était à 15 km de Verdun, dans la forêt
de Spincourt. À partir de 1920, plus de
200 000 obus à gaz ont été vidangés et
brûlés par le personnel sacrifié d’un récupérateur
-recycleur de métaux concessionnaire du
ministère de la Guerre. Presque cent ans après,
sur 80 m de long et 40 de large, au lieu-dit
Place à gaz, la forêt est marquée au fer rouge.
Les arbres et les fougères refusent de s’implanter.
Seul un tapis de mousse rase
tolérante à l’arsenic s’aventure sur le sol
dénudé. La Place à gaz est un mémorial
vivant de la guerre de 1914-1918. À 5 km
de là, trois nouveaux sites de destruction
de munitions viennent d’être localisés en
pleins champs. En attendant d’y voir plus
clair, les céréales et le lait sont détruits et
les vaches mises sous séquestre.
La France est une grande mutilée de
guerre. Elle n’est pas sortie indemne de
trois guerres durant lesquelles des armes
de destruction massive ont été testées et
couramment utilisées. Les munitions conventionnelles
ont été conçues pour déchiqueter
les corps et raser le bâti, les munitions
chimiques pour empoisonner, faire vomir
et troubler la vue. L’arsenal caché, soumis à
la corrosion, aux vibrations, aux dilatations
climatiques, à la déformation des horlogeries
internes depuis 75, 100 ou 150 ans pour
la guerre de 1870, pollue et est en capacité
de tuer. Les munitions rouillées libèrent
des composés toxiques persistants, solubles
dans l’eau et par ailleurs utilisés comme
pesticides. Les munitions tirées et non explosées
dorment dans les forêts, à portée des
cueilleurs de champignons. Les sucreries
récoltent chaque année au bout des trieuses
à betteraves des centaines de grenades
et d’obus. Dans des lacs, des grottes, des
gouffres et des terroirs éloignés des
lignes de front subsistent des décharges
d’après-guerres. Les grands chantiers
sont retardés après des découvertes de
bombes par les pelles mécaniques. En
cinq ans, plus de 100 000 personnes
ont été évacuées en attendant que les
démineurs remplissent leur délicate et
impérieuse mission. À ce rythme, les
équipes de déminage auront fini de sécuriser
le sol français dans 700 ans.
C’était sur l’île de Groix, dans la nuit du
7 septembre 2014, dix jeunes gens allument
un feu de camp sur la plage des Sables Rouges.
Vers 2 heures du matin, c’est le drame. Un
homme de 26 ans est tué sur le coup, un autre
est grièvement blessé. Un obus français de
1915 enfoui dans le sable s’était échauffé et
avait fini par exploser. Les citoyens ont droit à
l’information sur les risques majeurs auxquels
ils sont soumis. Groix et le Morbihan sont
marqués par le risque des engins de guerre,
mais ni la mairie ni la préfecture ne délivrent
d’information préventive.

PERCHLORATES :
LES REVENANTS
Dans le Nord et le Pas-de-Calais,
la nouvelle est tombée en 2012
quelques jours avant la commémoration
de la fin de la Première Guerre
mondiale. Finis les biberons avec du lait en
poudre et de l’eau du robinet pour les bébés
jusqu’à 6 mois ! Finis les verres d’eau et la
cuisine avec l’eau du robinet pour les femmes
enceintes et allaitantes ! Les sels de perchlorate
dans l’eau potable dépassent les seuils
fixés par les autorités sanitaires
dans 544 communes de ces deux
départements. La cible favorite
de ces perturbateurs endocriniens
est la glande thyroïde.
Selon les dernières recherches,
ils retardent le développement
intellectuel des enfants.
Un siècle après, 1914-1918 frappe encore.
Les pollutions de la guerre ne font jamais
la trêve. Les restrictions d’accès à l’eau
potable se sont propagées dans dix départements.
Les perchlorates étaient utilisés par
les armées allemandes, françaises et alliées
comme propulseur et comme explosif dans
les bombes et les munitions d’artillerie. Plus
d’un milliard d’obus ont été tirés.
Chacun des deux belligérants croyait en une
guerre éclair. Elle a muté en guerre d’usure.
L’épuisement rapide en Allemagne et en
France des réserves stratégiques de nitrate
importé du Chili a poussé les industries de
poudres et d’explosifs à formuler des produits
de substitution.
La cartographie des communes touchées
par la pollution des eaux se confond avec les
lignes de front et avec les sites de neutralisation
des obus après la guerre. Des
ferrailleurs avaient alors regroupé les munitions
abandonnées en surface et en faible
profondeur et exploité des déchetteries de
plein air où elles étaient triées, démontées,
vidées au péril des travailleurs.
Le cuivre, l’étain, l’acier étaient
recyclés et les poudres explosives
utilisées comme engrais dans
l’agriculture.
L’impact chimique des trois
guerres de 1870, 1914-1918 et
1939-1945 sur les sols, sous-sols
et les eaux souterraines n’a jamais été
méthodiquement étudié. Des anomalies en
cuivre et en zinc avaient bien été repérées
dans les eaux souterraines au sud de Verdun
dès 1975, mais elles avaient été vite reléguées
au rang de curiosités historiques et
occultées.
Le repérage récent des perchlorates dans l’eau
alimentaire préfigure d’autres découvertes
fâcheuses comme l’arsenic et l’antimoine
utilisés comme durcisseurs des balles, ou le
mercure et le plomb utilisés comme amorces
dans les obus, si toutefois les recherches sont
poursuivies.

DÉCHARGES SOUS-MARINES
DE MUNITIONS
Après 1914-1918 et 1939-1945, la mer
a été considérée comme le meilleur
dépotoir pour assurer la sécurité des
générations futures. L’océan a été pris pour un
dessous de paillasson. Après novembre 1918,
des millions de munitions chimiques ou
conventionnelles ont été immergées. Après
septembre 1945, des cargos remplis d’armes
ont été torpillés. Soixante-dix ans plus
tard, les épaves se délabrent. Autour, rien
ne pousse et rien ne bouge ; les
teneurs en arsenic dans les sédiments
approchent 100 mg/kg.
Seuls des filets de pêche fantômes
agrippés aux coques volent au
fil de l’eau. Les pêcheurs sont les
plus exposés lorsque les chaluts
« crochent » ces épaves ou lorsqu’ils
remontent des bombes au
milieu des poissons.
La vitesse moyenne de corrosion des munitions
est de ± 1 mm par an. Entre 100 et
1 000 ans, elles seront mangées par la rouille
et les poisons contamineront sans entrave la
faune et la flore des fonds marins. L’appellation
de bombe à retardement leur convient
parfaitement.
Quant aux dangers immédiats, ils proviennent
des activités de pêche, des dragages et des
chocs susceptibles de réveiller les munitions
dormantes. Dans la Manche, en face des
centrales nucléaires de Penly et de Paluel, un
séisme de 4,4 degrés sur l’échelle de Richter
a semé le trouble. La destruction volontaire
d’une bombe américaine par un chasseur de
mines avait entraîné par contagion l’explosion
d’une épave pleine de munitions. C’était
en 1999. Après les tempêtes, des munitions
roulent et s’échouent sur les plages.
Certes, plusieurs pays européens ainsi que
la Russie s’inquiètent des effets différés de
cette erreur stratégique, mais l’immobilisme
règne. La Convention sur les
armes chimiques signée en 1995
exempte les pays signataires de
toutes obligations pour les munitions
immergées avant 1985.
La France est l’un des pays
qui en fait le moins à ce sujet.
Depuis 2003, le Code de l’environnement
autorise l’immersion
des munitions ne pouvant être éliminées à
terre sans présenter de risques graves pour
l’homme et son environnement. C’est seulement
en 2017 que l’usine SECOIA (Site
d’élimination des chargements d’objets identifiés
anciens), à Mailly-le-Camp dans l’Aube,
devrait réaliser ses premiers essais de destruction
sécurisée des munitions chimiques.
Depuis les deux dernières guerres mondiales,
les décharges sous-marines ont prospéré
et se sont enrichies de munitions périmées
ou invendues, de boues de dragage et dans
certains cas de déchets nucléaires.

BOUES DE DRAGAGE,
LE VICE CACHÉ
a ressemble à un champignon
atomique renversé. C’est une bombe
chimique et bactériologique, une
avalanche qui recouvre en quelques minutes
les peuples du fond de la mer. La catastrophe
se passe en face de chez vous jour et nuit par
10 à 20 mètres de fond. La flore est tuée sur
le coup, la petite faune suffoque. Une drague
vient de faire son travail et recommencera
dans quelques heures. Depuis qu’il y a des
armateurs, des amiraux et des pouvoirs
publics, les dragages sont présentés comme
indispensables à la sécurité de
la navigation. C’est la dictature
du tirant d’eau. Du porte-conteneurs
au voilier de course,
les navires sont gagnés par le
gigantisme. Il faut toujours plus
creuser les ports et les chenaux d’accès.
Chaque année, 60 millions de tonnes de
boues sont extraites dans les fonds des
ports de commerce et militaires, des ports
de pêche et de plaisance, des embouchures
et des estuaires. Les eaux côtières représentent
7 % de l’océan et produisent plus de
matières vivantes que les 93 % restants. C’est
ici, sur les côtes, que les boues de dragage
sont immergées. Moins on va loin, moins ça
coûte cher.
Les boues de dragage ne sont plus les gadoues
que des « maries-salopes » allaient naguère
balancer hors des ports. Aujourd’hui, elles
contiennent des antibiotiques, des pesticides,
du fioul. Les vases des estuaires et des
ports sont la lie de la société de consommation.
Le cocktail est toxique pour le monde
marin. Bon an mal an, la France, par ses
dragages, immerge délibérément dans les
eaux littorales 3 t de mercure industriel, soit
3 millions de grammes. Quelques milliardièmes
de grammes suffisent à nuire aux
planctons, base des chaînes alimentaires
marines.
L’immersion des sédiments portuaires
réveille et disperse les cellules
dormantes phytoplanctoniques,
tel Alexandrium
minutum, ennemi des ostréiculteurs.
De même, des bactéries
E. coli et d’autres pathogènes
attendent des jours meilleurs dans la matrice
des sédiments. Remobilisés par les dragages
et immergés, ils trouvent dans les décharges
sous-marines des nutriments et des conditions
favorables à leur reviviscence. Gare
aux gastros d’été, même si par précaution les
dragages près des stations balnéaires sont
suspendus de mai à septembre.
L’exposition des oeufs de poissons, des larves,
puis des juvéniles aux eaux troubles des
dragages provoque une mortalité excessive
et perturbe la reproduction et la croissance.
Le monde de la mer a besoin de transparence.

COQUILLAGES INSALUBRES
Deux millions et demi de Français
pratiquent la pêche de loisir. Le
pillage est gratuit. Des cars venus
de toute la France débarquent au moment
des grandes marées, y compris sur les
plages interdites pour des raisons sanitaires.
Cratères dans le sable, pierres basculées, la
plage ressemble à un champ de mines au
crépuscule après le départ des « gratteurs ».
En Méditerranée, le ramassage s’effectue
aussi à la nage.
Aux huit millions d’habitants
vivant sur le littoral, s’ajoutent des
millions de touristes en période
estivale. Chacun rejette chaque
jour 180 l d’eaux usées chargées
de germes pathogènes d’origine
fécale, de résidus de médicaments
et de produits d’hygiène corporelle. Ces eaux
usées sont pour la plupart canalisées vers les
stations d’épuration, mais les fonctionnements
dégradés et les débordements y sont
fréquents. Les élus préfèrent courageusement
accuser les fientes de cormoran, les crottins
de cheval et même les bouses des éléphants
de cirque en promenade sur la plage. Il suffit
d’un litre d’eaux usées pour polluer 50 000 l
d’eau de mer.
Avant d’être prélevés, les oursins, les
palourdes, les coques, les praires, les tellines,
les moules et les huîtres ont déjà été victimes
de trois agressions :
• les germes pathogènes, bactéries et virus,
principalement responsables de gastroentérites,
diarrhées, nausées et vomissements.
Une cuisson longue est obligatoire.
• les planctons toxiques dont le développement
est accru par les rejets de dragage et
qui émettent des toxines diarrhéiques, paralysantes
et amnésiantes. Celles-ci résistent
à la cuisson.
• les polluants chimiques et radioactifs venus
de l’industrie, de l’agriculture et des accidents
maritimes. Une consommation
prolongée peut induire des maladies
graves sur le long terme.
Aux interdictions permanentes
s’ajoutent des interdictions temporaires
après des orages, des
inondations, des rejets accidentels
ou des arrivées massives d’algues vertes.
Dans certains cas, les limites d’interdiction
s’arrêtent comme par miracle aux frontières
d’une commune. La vigilance s’impose. Les
mairies sont encore peu communicantes dans
ce domaine. Les préfectures, les directions
interrégionales de la mer et la presse locale
sont les meilleures sources d’information.
Une quarantaine d’épisodes d’intoxications
alimentaires collectives sont recensés chaque
année en France. Les intoxications individuelles
sont innombrables. Le plus prudent est de
s’approvisionner auprès des professionnels
de la conchyliculture.

PCB :
717 SITES TERRESTRES POLLUÉS
Les polychlorobiphényles – PCB – sont
des tueurs en série. Ces hydrocarbures
chlorés étaient, dans les années 1930,
produits aux États-Unis par Monsanto. Ils
se présentent sous la forme d’une huile
visqueuse, odorante et incolore virant vers
le jaunâtre. Ils se sont répandus dans le
monde entier avant d’être bannis à l’aube de
l’année 2000. À leur manière, les PCB sont
des cousins de l’amiante, des bons à tout qui
eux aussi se sont introduits dans
les maisons et les usines. Résistants
au feu, à la rouille, à la pluie,
ils ont reçu plusieurs médailles.
Les électriciens et les assureurs les
ont adorés. Mettre du PCB dans un
transformateur électrique, c’était y mettre un
pompier. Stabilisants, plastifiants et liants,
les PCB ont été très sollicités. Ils ont été associés
à des pesticides, des peintures, des encres,
des textiles, des mastics, des caoutchoucs, des
bitumes, des adhésifs, du linoléum et même
des chewing-gums. Monsanto les commercialisait
sous la marque Asbestol, Westinghouse
sous le nom d’Inerteen. Rhône-Poulenc,
principal producteur français installé à Pontde-
Claix dans l’Isère, avait trouvé le nom
génial et doux de pyralène. Les agences de
communication avaient oeuvré pour effacer les
souvenirs traumatisants du chlore, première
arme chimique du xxe siècle : tentative réussie
d’« édulchloration » !
En réalité, le pyralène est un méchant. Dès
1937, Monsanto savait que les PCB étaient
toxiques et provoquaient en cas de contact ou
d’exposition prolongée des dermatoses spécifiques,
les chloracnés.
Aujourd’hui, les PCB sont classés comme
cancérogènes certains par le Centre international
de recherche sur le cancer et
reconnus par l’ONU, les conventions internationales
et l’Union européenne comme
des polluants majeurs, persistants,
transfrontières et transgenres.
Ils s’accumulent dans les chaînes
alimentaires, retardent la croissance,
abaissent les défenses
immunitaires et les capacités de
reproduction. Seuls ou en bande organisée
avec d’autres polluants, les PCB entravent les
capacités intellectuelles des jeunes enfants.
En prime, pris dans des incendies, ils dégagent
des nuages de dioxines et de furannes qui se
déposent sur les végétaux, les voiries et les
bâtiments et aggravent la contamination
sanitaire, environnementale et urbaine.
Rassemblées en grappes ou disséminées
sur les territoires, des centaines de friches
industrielles continuent de distiller goutte
à goutte les PCB dans les sols et dans les
eaux. Les transformateurs abandonnés sont
vandalisés pour en extraire le cuivre et les
PCB liquides sont alors vidangés dans les
sols et les cours d’eau.

PCB, PAS UN FLEUVE
OU BASSIN ÉPARGNÉ
En 1966, le biologiste Sören Jensen
détecte en Suède dans les viscères
de 200 brochets et dans les plumes
d’un aigle prédateur de poissons une mystérieuse
molécule. Entrée sournoisement dans
les milieux aquatiques, elle a la vie dure et
résiste à un bain de plusieurs heures dans
de l’acide sulfurique en ébullition. Jensen
redoute qu’elle ne soit diffusée partout. Il en
a la preuve en analysant les cheveux de son
épouse et de ses trois enfants. Détail
inquiétant, c’est dans les cheveux de
la petite dernière en cours d’allaitement
que les traces sont les plus
importantes. Après des recherches
fébriles et des échanges avec des
industriels de la chimie allemande,
Jensen découvre l’identité des envahisseurs.
Il s’agit des PCB.
Deux ans plus tard, aux États-Unis et en
Angleterre, les PCB sont repérés dans les foies
et les oeufs des oiseaux de mer. Au début, cette
histoire de « mouettes empoisonnées » est prise
à la légère par l’état-major de Monsanto, mais
la plaisanterie tourne vite court. Deux ans plus
tard, les PCB sont découverts dans les oeufs
des manchots Adélie en Antarctique et dans
les poissons des lacs canadiens en Arctique.
Monsanto comprend vite le danger. Redoutant
des actions en justice aux États-Unis ou
un appel à l’interdiction totale des PCB à l’occasion
de la Conférence des Nations unies sur
l’environnement de 1972, la multinationale
annonce qu’au plus tard en mars 1971, toutes
les livraisons destinées à des usages ouverts
et dispersifs seront définitivement arrêtées.
« Nous voulons rester maîtres de notre destin
plutôt que d’être submergés par un raz de
marée d’émotions populaires. » L’objectif de
la manoeuvre était de sauver 70 % du marché,
celui des équipements électriques qualifiés
de systèmes clos confinant les PCB et les
empêchant de s’introduire dans l’environnement
global.
Monsanto a réussi à imposer sa doctrine
pionnière de « l’usage contrôlé » des
PCB. C’est seulement en 1976 que leur
vente a été totalement interdite aux
États-Unis et en 1987 en France.
Pourtant, dès 1975, des teneurs fortes
en PCB avaient été décelées dans les
vases, les mousses et les algues du Furans,
un petit affluent du Rhône. De la perche au
brochet, tous les poissons étaient contaminés
par deux sources locales, un égout communal
et une usine de charcuterie.
Aujourd’hui, les PCB n’épargnent aucun fleuve
et bassin versant. Les chaînes alimentaires
aquatiques sont imprégnées. Les anguilles qui
vivent préférentiellement dans la vase sont les
plus contaminées. Les excréments des loutres
qui raffolent des anguilles sont pleins d’arêtes
et de PCB. Même les sardines et les crabes de
la baie de Seine sont empoisonnés.

PARIS
Vingt-deux kilomètres de Seine, de
bassins et de canaux pollués par les
PCB. Dans le canal Saint-Martin,
poisons et poissons sont encore plus proches
que dans le dictionnaire.

LES ENFANTS DE PLOMB
Entre 1995 et le premier semestre 2014, l’Institut
de veille sanitaire a dépisté 7 527 cas
de saturnisme dont 2 162 à Paris. Les peintures
au plomb, les écailles, les poussières,
les décapages sans précaution
des logements et des parties
communes sont en cause. Le saturnisme
serait en régression, mais
les experts estiment qu’il est trop
tôt pour baisser la garde. Malgré
une interdiction prononcée
en 1949, l’usage des peintures au
plomb par les professionnels s’est
poursuivi jusqu’en 1974 et par les particuliers
jusqu’en 1983. Le plomb est toxique. Chez
les enfants, il diminue le quotient intellectuel,
induit des troubles du comportement,
de l’humeur et des retards de croissance. Les
signes cliniques de la contamination ne sont
pas spécifiques ou immédiatement perceptibles.
Le saturnisme avance masqué.

PARIS ASSIÉGÉ
Les pollutions agressent le patrimoine.
Notre-Dame, construite en calcaire lutétien
comme le Louvre et l’église Saint-Eustache,
se desquame sous l’action des suies chargées
d’acides sulfurique et nitrique et se
couvre de croûtes noires et grises. L’air
de Paris au xxie siècle ressemble à celui du
xviiie siècle. Airparif rappelle que les particules
dispersées dans l’air sont émises
notamment par le chauffage au bois. Les
statues des rois de Juda au-dessus des trois
portails de la cathédrale ont été décapitées
en 1793. Les têtes ont été retrouvées lors
de travaux souterrains en 1977.
Elles portent sur les visages
des taches sombres provenant
de l’exposition aux suies de la
combustion de bois.
Pour le dioxyde d’azote, pneumogène,
l’objectif de qualité sanitaire
est couramment dépassé sur
600 km de voiries et dans leur
zone d’influence. Deux millions d’habitants
sont touchés. Pour le benzène cancérogène,
l’objectif de qualité est dépassé le long de
90 km de rues et d’axes routiers. Pour les
particules ultrafines, tous les poumons
des mammifères parisiens sont eux aussi
confrontés au dépassement des objectifs de
qualité.
Intramuros où prolifèrent des chantiers sans
gêne, de plus en plus de cobayes ressentent
les particules de bruits, émises par le trafic
ou les activités domestiques, entrer par

effraction dans leurs oreilles et traverser
leurs membranes corporelles. Les bruits sont
des perturbateurs endocriniens. Ils peuvent
rendre dépressif ou agressif. Chaque Parisien
perdrait 7,3 mois de vie en bonne santé
par la faute des mix de décibels terrestres
et aériens.

PÈRE-LACHAISE
Le crématorium est en surchauffe. Malgré
l’installation en 2008 de filtres haute
performance en sortie des cheminées
trop courtes, le Père-Lachaise est dans le
peloton de tête des émetteurs industriels de
mercure de la région parisienne avec l’incinérateur
d’ordures ménagères de Créteil,
dans le Val-de-Marne. Le mercure gazeux
du Père-Lachaise provient en partie de la
fusion des amalgames dentaires. Le crématorium
historique est habitué aux matières
dangereuses. Dans la décennie 1900-1910,
il consommait 50 m par mois de toile
d’amiante qui permettait l’incinération
des corps sans mélanger les cendres et les
combustibles.

SUR LES PAVÉS L´AMIANTE
Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont
parfois des idées géniales. On connaît les
ronds-points, on connaît moins l’application
principalement sur les chaussées pavées
d’enrobés amiantés entre 1970 et 1995.
L’amiante était censé résister à l’abrasion
du trafic routier et prolonger la durée de vie
des revêtements. Les fibres d’amiante ont
contribué à l’empoussièrement de Paris. Le
cadavre a été sorti du placard en 2013, alors
que les inventaires obligatoires d’amiante
pour les lieux accueillant du public devaient
être achevés fin 2003. En l’état actuel des
connaissances, 836 000 m2 de voiries amiantées
sont identifiés.

ENFANTS SUR TENSION
Cas unique en France, 85 km de lignes très haute tension (THT) de 225 000 volts
se faufilent sous Paris dans des galeries à peine souterraines affleurant les
trottoirs et les rues, à 3 m des rez-de-chaussée, des entresols, des terrasses
de café et autres lieux publics. Elles émettent des champs électromagnétiques
d’extrêmement basse fréquence (EBF) classés depuis 2002 comme
cancérogènes possibles pour l’espèce humaine. Les champs EBF sont en
particulier soupçonnés de favoriser le déclenchement de leucémies infantiles
et pourraient être impliqués dans le développement de pathologies neurodégénératives.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de
l’environnement et du travail recommande de ne pas installer de nouvelles
crèches et écoles primaires à proximité immédiate des lignes THT aériennes
et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements
sensibles. L’Agence sanitaire n’a pas pris en compte les lignes THT qui passent
au-dessous et n’a pas de mot pour les familles qui élèvent des enfants du
berceau au vélo à quelques mètres d’une ligne THT enfouie. Son altesse EDF
toute dévouée à l’intérêt général et au renforcement de la capacité électrique
au sein de la Ville lumière écrase les intérêts particuliers. Elle écarte
d’un revers tous les risques sanitaires des lignes THT enfouies ainsi que les
risques acoustiques, vibratoires et chimiques des 38 sous-stations électriques
souvent comprimées sur 300 m2 dans un tissu urbain dense, alors
qu’en milieu rural elles s’étalent sur 2 ha protégés à l’écart des habitations.

LYON

suite…

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