LA GRANDE HYPOTHÈSE


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Auteur : Slosman Albert
Ouvrage : La grande hypothèse Esquisse d’une histoire du monothéisme des origines à la fin du monde
Année : 1982

Ce livre est dédié à la mémoire de celle qui
m’apprit en premier la bonté et la fraternité avant
toute autre considération, et qui en est morte,
même si elle reçut la Légion d’honneur.
À Madame Odette Micheli,
qui fut la présidente de la Croix-Rouge suisse en
France durant l’Occupation et qui permit, par son
courage et son abnégation, de sauver près de 100
000 enfants de la faim, du désespoir ou de la mort.
A.S.

Le temple de Dendérah, tout en nous faisant voir qu’à
l’époque où on le construisait l’esprit de la vieille Égypte était
encore vivant, nous prouve, cependant, que dans les deux
siècles qui ont précédé et suivi l’avènement du christianisme,
les germes étrangers qui devaient modifier si profondément
cet esprit y étaient déjà déposés.
Ces remarques ne donnent que plus d’intérêt aux
révélations que le temple va nous fournir lui-même sur sa
propre antiquité. On finissait de bâtir le temple quand Jésus-
Christ prêchait en Palestine. Mais c’est avec un profond
étonnement qu’on suit les traces des temples antérieurs au
temple actuel dans le passé le plus lointain auquel l’histoire de
l’humanité ait pu jusqu’à présent atteindre, Un temple élevé à
l’Hathor de Dendérah existait en effet sous Ramsès II, sous
Thoutmès III ; on en rencontre des restes sous la XIIe
dynastie, sous la VIe, sous la IVe qui est la dynastie
contemporaine des Pyramides. Bien plus, au-delà de tout ce
qu’on peut imaginer de plus reculé dans les siècles
historiques, au-delà de Ménès et du fondateur de la
monarchie égyptienne, apparaît déjà debout le dogme qui est
la base du temple, c’est-à-dire la croyance philosophique au
beau représenté et symbolisé par Hathor. Si jamais des
débris de monuments antérieurs à Mènes se trouvent en
Égypte, il est évident qu’on n’y découvrira rien qui rappelle la
brillante culture du temps de Ramsès ou même du temps de
Chéops. Mais il n’en faut pas moins noter comme un fait
considérable qu’à cette époque éloignée l’Égypte avait déjà

vu Dieu, et que, par conséquent, elle était déjà née à la
civilisation. Au moment où, avec la science des études
préhistoriques, l’attention se porte avec une ardeur si louable
vers les origines du monde civilisé, il est curieux de voir
l’Égypte reculer de plus en plus dans le passé le point où
l’homme a cessé d’être précisément un sauvage.
Auguste Mariette.

(Fin de l’avant-propos de l’important ouvrage en cinq
volumes intitulé Dendérah, dont quatre sont consacrés aux
planches dessinées recopiant tous les textes hiéroglyphiques
du Grand Temple d’Hathor[1]. Édition originale de 1875.)

Préface
En mai 1981, nous remontions le Nil en compagnie d’une
centaine de libraires selon cette tradition qui nous est chère
de visite en commun des hauts lieux de notre planète avec
l’amicale assistance, et les lumières, du plus qualifié de nos
auteurs en la matière.
C’était Albert Slosman qui avait accepté de remplir ce rôle,
et je me réjouissais particulièrement de cette occasion de
mieux le connaître car, bien qu’ayant publié six ouvrages de
lui, il restait pour moi assez lointain et impénétrable. Il
paraissait à la fois très fragile et habité d’une immense force.
Il était soutenu avant tout par le désir de mener à bout une
oeuvre en neuf volumes : immense fresque de la permanence
du monothéisme à travers les âges. Cette oeuvre se divisait en
trois groupes de trois livres : la Trilogie des Origines, la
Trilogie du Passé, la Trilogie du Futur. Nous avions publié les
quatre premiers volumes de ce cycle. Il restait donc une
longue route à parcourir d’autant plus que, chemin faisant,
Albert Slosman aimait reprendre sa respiration en traitant
des sujets extérieurs à sa grande entreprise.
Je me suis aperçu, au cours de ses conférences à bord, que
certains auditeurs étaient fascinés par la richesse et la
nouveauté de ses théories et de ses explications de l’Histoire,
alors que d’autres semblaient asphyxiés par la somme de ses
connaissances.

En bavardant avec lui, alors que les rives du Nil défilaient
lentement devant nous, j’ai eu brusquement le sentiment de la
fuite du temps qui risquait d’empêcher l’achèvement d’une
oeuvre sans précédent. Je pensais d’autre part qu’il serait bon
pour ses lecteurs d’avoir un livre de synthèse leur permettant
de mieux connaître l’homme, les luttes de sa vie, l’acquisition
de sa culture, enfin l’architecture d’ensemble de sa grande
hypothèse afin de pénétrer plus aisément, par la suite, dans
les recherches de chaque livre.
Je réussis, non sans difficulté, à le convaincre de la
nécessité de cet ouvrage clé. Il s’effrayait à l’idée d’avoir à
parler de lui, de son cheminement, et craignait de se trahir en
présentant une version simplifiée d’une oeuvre complexe. Il
finit par céder, avec un étrange sourire, devant mon
insistance.
En octobre, il m’apportait le manuscrit terminé de cet
ouvrage. Une semaine plus tard, appelé à prêter son
concours à une émission télévisée des frères Bogdanov, il
glissait dans les couloirs de la Maison de la Radio, se cassait
le col du fémur, participait avec une extraordinaire maîtrise
de lui-même à l’émission en cachant sa souffrance, était
transporté à l’hôpital où il devait décéder le 28 octobre,
parce que son corps, usé par les atteintes dont le lecteur
partagera la somme, n’avait pas accepté cet ultime accident,
banal mais trop lourd pour un système épuisé.
Il reste donc de lui une grande cathédrale inachevée dont
on a pu dire : « La construction qui s’accomplit devant nous
est peut-être un des événements de notre temps. » Ce livre
permet précisément d’en mesurer l’ampleur et les moyens.

Bien sûr, ses hypothèses seront rejetées sans examen par
ceux qui pensent qu’en dehors de la science officielle il n’est
pas de salut. Albert Slosman était un marginal qui avait payé
très cher le droit de s’exprimer, car il avait su transformer les
épreuves qu’il avait subies en source vive de connaissance.
C’était un esprit complet : il apportait à sa quête spirituelle la
rapidité d’un esprit curieux et la rigueur d’un informaticien. Il
m’avait dit être sûr que les deux ou trois prochaines années
lui permettraient d’apporter à ses théories deux
confirmations concrètes.
Comme vous le verrez dans cet ouvrage, il était persuadé
que si Champollion avait trouvé la clé du déchiffrage des
hiéroglyphes, il était mort trop tôt pour mener son oeuvre à
son terme et qu’ainsi des erreurs d’interprétation s’étaient
produites et retransmises sans qu’il pût être question de les
rectifier de nos jours, parce qu’elles s’étaient officialisées.
Toute son oeuvre est donc fondée sur une interprétation
personnelle de l’écriture égyptienne. Il pensait que
l’informatique moderne permettrait de résoudre d’une façon
certaine bien des données de ce problème et il travaillait à
l’établissement d’un programme qui devait apporter une
justification concrète à ses théories.
Son affirmation du rôle essentiel de Dendérah comme
point de départ de la nouvelle ère monothéiste s’appuyait sur
la certitude de l’importance archéologique de ce site qui
comportait, d’après lui, entre autres monuments de la plus
haute antiquité enfouis sous les ruines actuelles et non encore
explorées, le fameux labyrinthe, haut lieu de la science
égyptienne. La visite de ce lieu en sa compagnie demeure un
des grands moments de ma vie. Il devait, au cours de 1983,

entreprendre les premiers pas d’une recherche sur place
dont, par des sondages précédents, il ne doutait pas qu’elle
justifierait sa thèse par des éléments positifs.
Il est mort trop tôt pour apporter lui-même les preuves de
ses théories. Peut-être d’autres chercheurs poursuivront-ils
la voie tracée par lui et permettront-ils à l’histoire de retenir
son nom comme celui d’un grand précurseur. Les
affirmations de Schlieman sur la découverte de
l’emplacement de Troie n’étaient-elles pas accueillies comme
utopie d’un aimable amateur jusqu’au jour où il put confondre
ses contradicteurs? Mais l’histoire se répète-t-elle? Il ne
m’appartient pas d’en juger, mais simplement de témoigner
de la grandeur de cet homme qui, surmontant sa souffrance
quotidienne, se consacrait uniquement, avec ténacité et
conscience, à une oeuvre ambitieuse. Il était aidé, dans ses
dernières années, par Élisabeth Bellecour qui lui a prodigué
sans compter son dévouement, sa foi et sa compétence. Elle
met au net une grande étude sur l’astronomie selon les
Égyptiens, qui sera publiée au cours de l’année 1983.
Quelles que soient les discussions autour de cette oeuvre et
son avenir, je suis fier d’avoir été le messager auprès des
lecteurs de la pensée de cet homme exceptionnel.
Robert Laffont

1
Le hasard existe-t-il ?

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