LE DÉMON MESQUIN -Roman-


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Auteur : Fiodor Sologoub
Ouvrage : Le démon mesquin
Année : 1905

Traduction de H. Pernot et L. Stahl, Paris, Bossard, 1922.

 


Fiodor Sologoub (en russe : Фёдор Сологу́б), pseudonyme de Fiodor Kouzmitch Teternikov (Фёдор Кузьми́ч Тете́рников), est un écrivain russe, né à Saint-Pétersbourg le 1er mars (17 février) 1863, et mort le 5 décembre 1927 à Saint-Pétersbourg (Léningrad).

Symboliste, sa poésie reste d’une clarté classique, et on retrouve dans sa prose la même précision verbale.

Fils d’un tailleur (d’autres sources parlent de tailleur de pierre) et d’une blanchisseuse, il fait ses études à l’Institut pédagogique de Pétersbourg. De 1882 à 1907 il enseigne les mathématiques dans différents établissements. À 29 ans il débute avec un volume de nouvelles et de vers et un roman Les songes pesants (en russe « Тяжёлые сны« ). Le succès est venu avec son second roman Le Démon mesquin (en russe « Мелкий бес », paru en feuilleton en 1905 et en volume en 1908), devenu un classique du roman russe, qui met en scène un monde maléfique où un petit professeur de province, poussé par la manie de la persécution, finit par commettre un crime.

De 1921 à 1923, Sologoub a traduit de nombreux romanciers et poètes de langue française : Honoré de Balzac (Les Cent Contes drolatiques), Paul Verlaine, Frédéric Mistral, ou de langue allemande : Heinrich von Kleist.

En avril 1924 il est élu membre honoraire du comité des traducteurs de Saint-Pétersbourg, section du syndicat des écrivains, puis président de ce même syndicat

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PRÉFACE DE L’AUTEUR
Ce roman Le Démon Mesquin fut commencé en
1892 et terminé en 1902. Imprimé partiellement pour la
première fois en 1905, dans le journal Les Problèmes de
la Vie, il parut sous sa forme définitive en 1907 dans
l’édition de l’Églantier.
Les critiques ont exprimé au sujet de ce roman deux
opinions opposées.
Quelques-uns pensent que l’auteur est un homme
mauvais qui a voulu faire son propre portrait et s’est re-
présenté lui-même dans le personnage de Peredonov. La
sincérité de l’auteur, pensent-ils, lui a interdit de se faire
passer pour meilleur qu’il n’est ; aussi s’est-il peint sous
les couleurs les plus sombres. Il a accompli cet acte
étrange pour gravir une sorte de Golgotha et y souffrir
pour une cause inconnue.
C’est ainsi que ce roman intéressant et inoffensif a vu
le jour. Intéressant, car il montre jusqu’où peut aller la
méchanceté des hommes ; inoffensif, car le lecteur dira :
« Je n’ai rien de commun avec ces gens-là. »
Les autres critiques, moins sévères à l’égard de
l’auteur, pensent que nombreux sont les Peredonov dans
le monde. Ils vont même jusqu’à affirmer que chacun de
nous, s’observant attentivement, peut découvrir en soi
quelques traits du caractère de Peredonov.

C’est à la seconde de ces opinions que je donne ma
préférence. Je n’ai point eu besoin d’imaginer quoi que ce
soit. Tout ce qu’il y a d’anecdotique, de psychologique et
de local dans mon roman est basé sur des observations
très exactes. J’avais suffisamment de matériaux à ma dis-
position. Si j’ai mis si longtemps à façonner cet ouvrage,
c’est uniquement parce qu’il était indispensable de rame-
ner l’accidentel au nécessaire, pour que là où dominait
Aïssa, semeuse d’anecdotes, régnât enfin l’implacable
Ananke.
Il est vrai cependant que les hommes « aiment être
aimés » et désirent qu’on mette en lumière les côtés no-
bles de leur âme. Jusque chez les malfaiteurs, ils veulent
voir des lueurs de bien, « l’étincelle divine », comme on
disait autrefois. Aussi quand on leur montre une image
vraie, exacte, sombre, mauvaise, ils se refusent à croire et
ont envie de dire : « l’auteur a parlé pour lui. »
Non, chers contemporains, c’est vous-mêmes que j’ai
décrits dans le Démon Mesquin. Peredonov, Varia, les
soeurs Routilov, Volodine, Puilnikov et les autres sont
parmi vous. Ce roman est un miroir minutieusement po-
li. Je l’ai fourbi longtemps et avec un soin assidu. La sur-
face en est lisse et la matière pure. J’ai pris les dimensions
exactes. Les objets, en s’y réfléchissant, ne s’y déforment
point. Le laid et le beau s’y reflètent avec une égale précision.

CHAPITRE PREMIER

suite…

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