Grammaire méthodique du français


Afficher l'image d'origine  Afficher l'image d'origine

Auteur : Martin RiegelJean-Christophe PellatRené Rioul

Ouvrage : Grammaire méthodique du français

La Grammaire méthodique du français est destinée à tous ceux que leurs
travaux ou leurs activités amènent à aborder le français contemporain dans
une optique résolument linguistique : étudiants et enseignants de français, de
linguistique générale ou de langues étrangères. Elle s’adresse aussi aux « littéraires
» à un moment où la linguistique s’ouvre sur l’analyse du discours littéraire
et où ia pragmatique linguistique prend le relais de l’ancienne rhétorique.
Elle se propose enfin de répondre aux demandes d’un plus vaste public
en resituant les « difficultés » pratiques du français contemporain (accords de
toute sorte, emplois des temps et des modes verbaux, constructions problématiques,
etc.) dans le cadre d’une description méthodique.
Qu’est-ce en effet qu’une grammaire sinon une grille de lecture qui, projetée
sur les énoncés de la langue, nous révèle comment ils sont, doivent ou
devraient être construits ? Cette grille peut être fine ou grossière, générale ou
partielle, bien ou mal adaptée à son usage. Tout dépend des objectifs du
grammairien, de son outillage descriptif et, en dernier ressort, de la justesse de
ses analyses. A cet égard, les récents développements des sciences du langage
ont profondément modifié les données et les problématiques qui caractérisaient
le domaine grammatical traditionnel. Aussi les auteurs de cet ouvrage
ont-ils dû procéder à des choix qui leur ont été dictés par une certaine idée de
ce que pouvait être aujourd’hui une grammaire de la langue française.

Une grammaire globale du français contemporain

On a résolument opté pour une grammaire au sens large du terme, qui
prend en compte tous les aspects de la forme et de l’interprétation des énoncés.
Les dimensions raisonnables d’un manuel de grammaire interdisant
l’exhaustivité, la place centrale a été dévolue aux classes et aux catégories morpho-
syntaxiques (parties du discours, groupes fonctionnels, schémas de
phrases) qui constituent l’ossature de la langue. Non pas pour sacrifier à la
tradition ou à quelque doctrine d’école, mais parce que le discours grammatical
est d’abord un discours sur la forme des expressions d’une langue. Cette
considération justifie également les chapitres consacrés à l’oral et à ses rapports

 avec l’écrit : on y trouvera des développements méthodiques sur ces laissés
pour compte des grammaires que sont le système phonologique, la prosodie
et la ponctuation du français, ainsi qu’une mise en perspective de son
orthographe.
Une place non négligeable a été accordée à l’interprétation sémantique
des formes grammaticales et à la manière dont elles catégorisent la réalité : la
sémantique des déterminants et des temps verbaux, les rôles associés aux
structures actancielles des verbes et des adjectifs, les propriétés énonciatives
des types de phrases et des subordonnées ont donné lieu à des développements
substantiels. Les trois chapitres de la dernière partie sont consacrés aux aspects
plus typiquement communicatifs des mécanismes grammaticaux : expressions
référentielles, marques de la subjectivité du locuteur et principes d’organisation
textuelle. Dans tous ces domaines, on s’est donné pour règle de privilégier l’architecture
proprement linguistique des énoncés plutôt que les conditions psychologiques
et sociologiques de leur production – sauf lorsque ces dernières éclairent
de façon déterminante l’interprétation et l’usage des formes linguistiques.
Un ouvrage consacré au français d’aujourd’hui ne pouvait ignorer les problèmes
de la norme. On a donc enregistré les variations les plus caractéristiques
du français tel qu’il se parle et s’écrit; rappelé certaines prescriptions
des grammaires normatives ; signalé les principales « tolérances » grammaticales
établies par l’arrêté du 28-12-76 et les récentes propositions de rectification
de l’orthographe publiées au J.O. du 06-12-90 ; et surtout tenté de situer
les usages concurrents selon les registres de langue et les clivages entre langue
écrite et langue parlée.

Une grammaire méthodique

S’il est vrai que tout savoir présuppose un examen critique de ses fondements,
les connaissances grammaticales ne peuvent avoir de validité qu’à l’intérieur
de cadres théoriques bien déterminés. Ce qui suppose dans leur présentation
un minimum d’analyse et de prises de positions explicites, mais ne signifie
pas pour autant qu’il faille s’en tenir à une seule approche théorique, encore
moins s’enfermer dans l’orthodoxie étroite d’une chapelle linguistique. En fait,
la richesse et la complexité des données linguistiques sont telles qu’il n’est à
l’heure actuelle aucun point de vue exclusif capable de traiter globalement la
diversité des phénomènes qui méritent de figurer dans une grammaire.
On ne s’étonnera donc pas que les concepts descriptifs de cet ouvrage
s’inscrivent dans plus d’un cadre théorique. Sans renier les apports d’une
longue tradition grammaticale, véritable réservoir de données, les auteurs se
sont résolument inspirés des acquis de la linguistique contemporaine et, à
l’occasion, de ses plus récents développements. L’éclectisme méthodologique
bien tempéré qui anime cette grammaire trouvait dès lors ses limites naturellement
fixées par un double principe : privilégier parmi les orientations théoriques

celles qui ont fait le plus progresser notre connaissance du langage en
ouvrant des domaines auparavant insoupçonnés et celles, souvent les mêmes,
qui permettent un traitement unifié du plus grand nombre de faits.
On a toutefois suivi par principe la terminologie grammaticale officielle
telle qu’elle a été fixée par la Nomenclature grammaticale pour l’enseignement
du français dans le second degré ‘ et les indications complémentaires fournies
par les programmes d’enseignement du français dans le second cycle de
l’enseignement secondaire2. Cette nomenclature constitue le seul métalangage
effectivement commun au grand public, aux enseignants et aux chercheurs.
Mais comme elle n’est pas exempte d’inconséquences, il a bien fallu changer
quelques appellations et modifier les définitions de certaines catégories traditionnelles
afin de les rendre vraiment opératoires. On ne pouvait davantage
faire l’économie des concepts linguistiques les plus fondamentaux, ceux justement
qui dans un passé récent ont profondément modifié notre façon de voir
et de décrire les langues.
L’étiquetage est une nécessité de l’analyse grammaticale, qui identifie et classe.
C’est dire qu’il demeure constamment subordonné au projet d’une description
raisonnée de cet instrument de « mise en forme du sens » qu’est la langue.
C’est dire aussi qu’une mise en perspective linguistique de la description s’impose.
A cet effet, l’Introduction présente sommairement les concepts linguistiques
fondamentaux qui délimitent et structurent le champ de l’analyse grammaticale.
D’autres, plus spécifiques, seront présentés par la suite au fur et à mesure des
problèmes particuliers abordés. Ces connaissances constituent le bagage minimal
de linguistique générale sans lequel il est aujourd’hui impossible de comprendre
et de pratiquer une analyse grammaticale, encore plus de l’évaluer.

Une grammaire ouverte

En grammaire comme ailleurs, les analyses ne sont jamais achevées ni les
réponses définitives. Au contraire, l’histoire récente de la linguistique montre
que le savoir grammatical reste en perpétuelle construction, sujet à révisions
et toujours ouvert sur de nouveaux horizons. Ensuite, quelles que soient les
dimensions d’une grammaire destinée à un large public, elles seront toujours
trop étroites pour une description globale. On a donc délibérément ignoré les
débats qui n’ont plus qu’un intérêt historique et les controverses actuelles
lorsqu’elles portent sur des points de détail. En revanche, les grandes questions
qui traversent l’histoire de la grammaire française ont été revisitées et
traitées à la lumière de points de vue théoriques plus récents.


1. Bulletin officiel de l’Education nationale, n º 30 du 31 – 07 – 1975 , nº 38 du 23 – 10 – 1975 et n ° 47 du 25 – 12 -1975.
2. Bulletin officiel de l’Education nationale, n º spécial 1 du 05 – 02 – 1987 et supplément au nº 22 du 09 – 06 – 1988.


Devant l’impossibilité d’entrer dans le détail de toutes les questions,
l’esprit de synthèse imposait de privilégier les grandes régularités structurales
au détriment de faits jugés mineurs ou hors système. La décision était relativement
facile lorsqu’il s’agissait de questions (comme le féminin des adjectifs ou
les noms à pluriel irrégulier) dont la réponse se trouve dans un dictionnaire
des difficultés de la langue française, voire dans un simple dictionnaire. Mais
les études linguistiques se sont tellement diversifiées et certaines ont atteint
un tel point de technicité qu’il n’était pas possible, même sur les questions les
plus fondamentales, de présenter tous les points de vue. Aussi les auteurs se
sont-ils donné pour règle de fournir un choix d’indications bibliographiques
aux lecteurs soucieux de compléter et de diversifier leur information. Ces derniers
pourront ainsi découvrir d’autres analyses, en comparer les mérites respectifs
et relire d’un oeil critique celles que développe le présent ouvrage.
Les exemples ont une fonction essentiellement illustrative qui est directement
proportionnelle à leur simplicité. Aussi beaucoup ont-ils été forgés pour
les besoins de la cause, non par esprit de système et encore moins au détriment
d’exemples attestés (écrits ou oraux, littéraires et non littéraires) présentant
les mêmes avantages. La caution d’écrivains reconnus s’imposait chaque
fois qu’il s’agissait de caractériser comme tels des emplois littéraires ou de
dégager des régularités dans divers domaines – qu’il s’agisse de la ponctuation
ou de certains emplois du subjonctif – où, faute d’une codification explicite,
les modèles littéraires font autorité. Selon un usage aujourd’hui bien établi,
des séquences agrammaticales (précédées d’un astérisque) ont été utilisées
comme contre-exemples lorsqu’elles contribuent de façon décisive à l’établissement
et à la vérification d’une règle. Enfin on eu a recours à quelques exemples
d’autres langues lorsque la comparaison éclairait mieux qu’un long discours
la spécificité du français.

Une grammaire d’information et de formation

suite…

Riegel_Martin_-_Grammaire_methodique_du_francais.pdf