Les Carnets de Turner-Un roman


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Auteur : William L. Pierce

Ouvrage : Les Carnets de Turner

Avant-propos
Il existe une telle somme de littérature consacrée à la Grande Révolution, y compris les
mémoires de quasiment toutes les personnalités qui survécurent dans la Nouvelle Ere,
qu’un autre ouvrage concernant les événements et les circonstances de ces temps de
bouleversement cataclysmique et de renaissance, peut désormais sembler superflu.
Cependant, Les Carnets de Turner donnent une vision d’une grande perspicacité sur le
fond de la Grande Révolution, qui est exceptionnellement valable pour deux raisons:
1) C’est un rapport parfaitement détaillé et continu sur une portion de la lutte, durant les
années précédant le point culminant de la Révolution, rapporté tel que cela c’est déroulé,
jour après jour. De cette manière, on évite les travers de la distorsion rétrospective. Bien
que les journaux personnels d’autres protagonistes de cet important conflit existent, aucun
d’entre eux n’a été publié à ce jour en fournissant un compte-rendu aussi précis et
minutieux.
2) Il est écrit du point de vue d’un militant de base de l’Organisation qui, même s’il
souffre d’une myopie occasionnelle, est un document totalement franc. Différent des
comptes rendus de quelques leaders de la Révolution, son auteur n’avait pas les yeux dans
sa poche lors de cette histoire, comme il l’écrit lui-même. Au fil des pages, nous
acquérons une meilleure compréhension par rapport à n’importe quelle autre source. Cela
tient probablement au fait qu’il s’agisse des véritables réflexions et des sentiments
exprimés par ces hommes et ces femmes qui combattirent et se sacrifièrent pour sauver
notre race. Dans ces temps de grand péril, ils furent ceux qui nous conduisirent à la
Nouvelle Ere.
Earl Turner, l’auteur de ces carnets, est né en 43 ANE (Avant la Nouvelle Ere) à Los
Angeles. C’était alors le nom d’une vaste métropole de la côte ouest du continent Nord
Américain au cours de l’Ancienne Ere, qui incluait les actuelles communautés
d’Eckatsville et de Wesselton, ainsi que la vaste campagne environnante. Il a grandi dans
la région de Los Angeles et a reçu une formation d’ingénieur en électricité.
Après ses études il s’est installé près de la ville de Washington, qui était alors la capitale
des Etats-Unis. Il y fut employé par une compagnie de recherche sur les composants
électroniques.
Son engagement débuta au sein de l’Organisation en 12 ANE. Quand son manuscrit
commence, en 8 ANE (1991 selon l’ancienne chronologie), Turner avait alors 35 ans et
était célibataire.
Ces carnets couvrent deux années de la vie d’Earl Turner, pourtant ils nous donnent une
connaissance intime d’un de ceux dont le nom est inscrit dans le Livre des Martyres. Pour
cette raison, chacun de ses mots doit avoir une résonance particulière pour nous tous qui,
au cours de notre instruction quotidienne, avons la tâche de nous remémorer les noms de
tous ces Martyres, contenus dans ce Recueil sacré, transmis par nos ancêtres.

Les Carnets de Turner sont composés, sous leur forme manuscrite, de cinq grands
registres reliés en tissus, entièrement noircis et de quelques pages du début du sixième
tome. Il y a beaucoup d’insertions et de notes entre les pages des volumes. Ces dernières
furent apparemment écrites par Turner en ces jours où il était éloigné de sa base et ont été
intercalées ensuite, dans son journal permanent.
Les registres ont été découverts l’année passée, avec une quantité fabuleuse d’autre
matériel, historiquement important, par la même équipe de l’Institut d’Histoire, conduite
par le Professeur Charles Anderson, qui la première découvrit le Centre Ouest de
Commandement de la Révolution dans ses excavations, près des ruines de Washington. Il
est maintenant indispensable qu’ils soient accessibles pour le grand public, à l’occasion du
centième anniversaire de la Grande Révolution.
A.M.
New Baltimore
Avril 100

Chapitre I
16 septembre 1991: Aujourd’hui, c’est finalement arrivé! Après toutes ces années de
paroles — et rien d’autres que de simples paroles — nous avons finalement entrepris notre
première action. Nous sommes en guerre contre le Système et ce n’est plus une simple
guerre de mots.
Je ne peux pas dormir, j’essaierai donc de transcrire sur le papier les pensées qui me
viennent à l’esprit. En fait, c’est loin d’être sans danger de parler ici. Les murs sont fins
comme du papier et les voisins pourraient s’interroger sur les raisons d’une conférence
aussi tardive. D’ailleurs George et Katherine sont déjà endormis. Seul Henry, qui fixe le
plafond et moi-même, sommes éveillés
Je suis vraiment tendu. Tellement excité que je ne puis rester assis. Je suis épuisé. Je suis
debout depuis 5h30 ce matin, quand George nous a appelés pour nous prévenir que les
arrestations avaient commencé. Il est plus de minuit maintenant. J’ai bougé toute la
journée.
Mais en même temps je suis grisé. Nous avons finalement agi! Combien de temps serons-nous
en mesure de continuer à défier ZOG, nul ne le sait. Peut-être que tout sera fini dès
demain, mais nous ne devons pas penser à cela. Maintenant que nous avons réellement
commencé, nous devons continuer le même plan que nous avions développé si
minutieusement depuis le début des Opérations Flingue, il y a deux ans de cela.
Quel coup brutal ce fut pour nous! Et combien nous avons eu honte! Tout ce baratin des
patriotes, « le gouvernement ne m’enlèvera jamais mes flingues, » et quand cela c’est
produit, cela n’a pas provoqué autre chose qu’une docile soumission.
D’un autre côté, on pouvait peut-être aussi être écoeuré par le fait qu’encore quelques-uns
des nôtres étaient toujours armés et cela presque 18 mois après le vote de la Loi Cohen.
Cette législation scélérate déclarait hors-la-loi tout particulier détenteur d’armes à feu, aux
Etats-Unis. C’était seulement parce que beaucoup d’entre nous défiaient la loi en cachant
nos armes, au lieu de les rendre, que le gouvernement ne fut pas capable d’agir plus
sévèrement contre nous après les Opérations Flingues.
Jamais je n’oublierai ce terrible jour: le 9 novembre 1989. Ils frappèrent à ma porte à 5
heures du matin. Je ne soupçonnais rien en allant voir ce qui se passait.
J’ai ouvert la porte et quatre nègres entrèrent en me poussant dans l’appartement avant
que je puisse les arrêter. L’un d’eux tenait une batte de base-ball et deux autres avaient de
longs couteaux de cuisine glissés dans leurs ceintures. Celui avec la batte me poussa dans
un coin et me tint en respect, la batte brandie de façon menaçante, pendant que les trois
autres commençaient à saccager mon appartement.

Ma première idée fut qu’il s’agissait de voleurs. Des cambriolages de cette sorte étaient
devenus assez fréquents depuis la Loi Cohen. Des bandes de noirs s’introduisaient dans
des maisons de blancs pour piller et violer, sachant que même si leurs victimes avaient
des armes, elles n’oseraient pas s’en servir.
Soudain, celui qui montait la garde exhiba une espèce de carte et m’informa que lui et ses
complices étaient des « suppléants spéciaux » du Conseil des Relations Humaines de la
Virginie du Nord. Ils recherchaient des armes à feu, me dit-il.
Je ne parvenais pas à le croire. Ca ne pouvait pas arriver. Puis je vis qu’ils portaient des
brassards verts autour du bras droit. Alors qu’ils jetaient au sol le contenu des tiroirs et
arrachaient les affaires des placards, ils ignoraient des choses qui n’auraient pas laissé
indifférents des voleurs: mon rasoir électrique flambant neuf, une coûteuse montre gousset
en or, une bouteille de lait remplie de pièces de 10 cents… Ils recherchaient des
armes à feu!
Juste après que la Loi Cohen fut adoptée, tous les membres de l’Organisation durent
cacher les calibres et les munitions qu’ils possédaient, dans des endroits où ils ne
pouvaient être découverts. Ceux de mon unité avaient pris soin de graisser leurs armes, de
les entreposer dans un bidon d’huile et de les enterrer dans un trou de deux mètres de
profondeur, à 300 kilomètres d’ici, dans les bois à l’ouest de la Pennsylvanie.
Cependant j’avais conservé un revolver. J’avais caché mon 357 magnum et 50 cartouches,
dans la charpente de la porte séparant la cuisine et le salon. En extrayant deux clous
dissimulés et en enlevant une planche de la structure de la porte, je pouvais atteindre mon
revolver en moins de deux minutes, si le besoin se faisait sentir. Je m’étais chronométré.
Même une perquisition policière ne le trouverait jamais. Et ces noirs inexpérimentés
pourraient le chercher durant un million d’années.
Après avoir orienté leurs recherches dans des endroits évidents, ils déchiquetèrent mon
matelas et les coussins du sofa. Je protestai vigoureusement et essayai de me débattre.
A ce moment il y eut du raffut dans le hall. Un autre groupe d’enquêteurs avait trouvé un
fusil caché sous un lit, dans l’appartement d’un jeune couple situé à l’étage. Tous deux
avaient été menottés et étaient énergiquement escortés vers les marches de l’escalier. Ils
étaient simplement habillés de leurs sous-vêtements et la jeune femme se plaignait
bruyamment parce que son bébé était laissé seul dans le logement.
Un autre individu entra dans mon appartement. C’était un blanc, malgré un teint
exceptionnellement mat. Il arborait également un brassard en tissus vert, il portait un
attaché case et un dossier.
Les noirs le saluèrent avec déférence et lui firent part du résultat négatif de leur fouille:
« Pas d’armes ici, Monsieur Tepper. »

Tepper parcouru de son index une liste de noms et de numéros d’appartements figurant
dans son dossier, jusqu’à ce qu’il arrive au mien. Il fronça les sourcils. « Celui-ci est un
mauvais gars » dit-il. « Il a un casier raciste. A été cité deux fois par le Conseil. Et il
possède huit armes à feu qui n’ont jamais été restituées. »
Tepper ouvrit son attaché case et sortit un petit objet noir, d’à peu près la taille d’un
paquet de cigarettes, relié par long cordon à un instrument électronique placé dans sa
mallette. Il commença à agiter l’objet, balayant de long en large les murs, jusqu’à ce que
son attaché case émette un désagréable bruit sourd. Le son du gadget devint plus sourd
encore en approchant du commutateur électrique, mais Tepper savait que ce changement
était occasionné par la boîte de jonction métallique et le conduit celé dans le mur. Il
continua son sondage méthodique.
A l’instant où il balaya le côté droit du montant de la porte de la cuisine, le
bourdonnement se mua en un hurlement strident. Tepper grogna d’excitation et un des
métèques s’éclipsa pour revenir quelques secondes plus tard avec une massette et un
burin. Il fallut au nègre bien moins de deux minutes pour trouver mon revolver.
J’ai été menotté sans explication supplémentaire et conduis à l’extérieur. Au total, nous
étions quatre à avoir été arrêté dans mon immeuble. En plus du couple, il y avait un
homme, d’un âge avancé, du quatrième étage. Ils n’avaient pas découvert d’arme à feu
dans son appartement, mais ils avaient trouvé quatre cartouches de fusil de chasse sur
l’étagère de son armoire. Munitions qui étaient également prohibées.
Monsieur Tepper et quelques-uns de ses « suppléants » poursuivirent leurs investigations,
mais trois gros noirs, armés de battes et de couteaux, furent affectés à notre garde devant
l’immeuble.
Tous quatre fûmes forcés de nous asseoir sur le trottoir glacé, tous plus ou moins
dénudés, durant plus d’une heure, avant qu’un car de police n’arrive finalement pour nous
embarquer.
Les autres résidants sortaient de l’immeuble pour se rendre au travail. Ils nous
dévisagèrent curieusement. Nous frissonnions tous et la jeune femme sanglotait de
manière hystérique.
Un homme s’arrêta pour demander ce qui se passait. Un de nos gardes a expliqué
rudement que nous étions tous en état d’arrestation pour possession illégale d’armes. Le
type nous dévisagea et hocha la tête d’un air réprobateur.
Ensuite le noir me désigna du doigt et dit: « En plus celui-ci est raciste. » Toujours en
secouant la tête l’homme s’éloigna rapidement, en détournant le regard.
Ce gars n’était pas un inconnu pour moi. Il répondait au nom de Herb Jones. Il avait
appartenu à l’Organisation et faisait alors partie des fameux fanfarons qui claironnaient à
tout bout de champs: « ils ne me prendront jamais mon flingue. » Mais c’était avant l’entrée

en vigueur de la Loi Cohen. Son appartement avait été également fouillé, mais Herb était
en règle. Il avait été pratiquement le premier homme de la ville à remettre ses armes à la
police, juste après que l’adoption de la Loi Cohen le rende passible de dix années
d’emprisonnement dans un pénitencier Fédéral, s’il les avait conservées.
C’était la peine que nous encourions tous les quatre sur le trottoir. Cependant ce ne fut pas
le cas, puisque que les perquisitions entreprises à travers le pays ce jour-là, aboutirent à
un coup de filet qui permis au Système de prendre plus de poissons qu’il n’en espérait,
soit plus de 800 000 personnes arrêtées.
Dans un premier temps, les médiats tentèrent de susciter chez le public le sentiment que
ces arrestations étaient méritées. Le fait qu’il n’y avait pas assez de cellules carcérales
dans tout le pays pour nous enfermer fit suggérer aux journaux de fabriquer des enclos de
fil de fer barbelé et de nous y retenir prisonniers, jusqu’à ce que de nouvelles prisons
soient prêtes. Et cela par un temps glacial!
Je me souviendrai toujours de ce que titra le Washington Post le lendemain: « Une
Conspiration Fasciste-Raciste Ecrasée, Des Armes Illicites Saisies. » Mais même soumis
au lavage de cerveau, le public américain ne put entièrement accepter l’idée que près d’un
million de citoyens puissent être engagés secrètement dans une conspiration armée.
De plus en plus de détails concernant les opérations transpirèrent et agitèrent le public.
Un des points qui agaça le plus les gens, était que le gouvernement avait exempté les
banlieues noires de toutes perquisitions. L’explication donnée à cela fut de considérer que
les « racistes » étaient les premiers suspectés de détenir des armes à feu et qu’il n’y avait
pas besoin de perquisitionner aux domiciles des noirs.
L’étrange logique de cette explication vola en éclat lorsqu’un certain nombre de
personnes, qui pouvaient difficilement être taxées de « racistes » et « fascistes, » furent
prises dans les rafles. Parmi elles, deux éminents chroniqueurs de journaux libéraux, qui
avaient été dès l’origine les fers de lance de la croisade anti-flingues, quatre députés
nègres (qui résidaient dans des banlieues blanches), et une grande quantité,
embarrassante, d’agents du gouvernement.
Il s’avéra que la liste des personnes perquisitionnées, émanait en premier lieu des
registres des détenteurs d’armes, établis par les armuriers lors de tout achat. Si une
personne rendait une arme à la police après la mise en vigueur de la Loi Cohen, son nom
était rayé de la liste. Si elle ne l’avait pas encore fait, alors elle subissait une perquisition
comme celle du 9 novembre — sauf si elle résidait dans un quartier noir.
De surcroît, certaines catégories de personnes furent perquisitionnées, qu’elles aient
acquis une arme auprès d’un armurier ou non. Tous les membres de l’Organisation furent
ainsi raflés.

La liste gouvernementale des suspects était tellement vaste, que beaucoup de
« responsables » de groupes civiques durent prêter main forte à la réalisation de ces
opérations.
J’imagine que les planificateurs du Système savaient qu’une quantité de gens, figurant sur
leur liste, avait acheté leurs armes à d’autres particuliers avant l’adoption de la Loi Cohen,
ou encore en disposait par quelque autre filière. Probablement laissèrent-ils de côté
environ le quart de tous ceux qui furent alors arrêtés.
De toute manière, tout un ensemble de facteurs devenait gênant et si peu exploitable que
la plupart des détenus furent libérés en moins d’une semaine. Le groupe dans lequel j’étais
— quelques 600 personnes — fut retenu trois jours dans le gymnase du lycée d’Alexandria
avant d’être relâché. Durant ces trois jours, nous fûmes seulement nourris à quatre
reprises et quant au sommeil nous n’en avions virtuellement pas obtenu.
Cependant, la police pris le soin d’obtenir les photos et les empreintes digitales de tout le
monde. Quand on nous relâcha, il nous fut signifié que nous étions toujours
techniquement en état d’arrestation et que nous pouvions à tout moment être incarcéré de
nouveau, pour être mis en accusation, selon une nouvelle procédure d’inculpation.
Les médiats hurlèrent un moment en exigeant des poursuites, mais tout cela se tassa peu à
peu. Actuellement, le Système a enterré l’affaire assez discrètement.
Durant quelques jours nous étions tous plus effrayés que joyeux d’être libres. C’est alors
que beaucoup de membres de l’Organisation commencèrent à décrocher. Ils ne voulaient
plus prendre aucun risque.
D’autres encore se servirent des Opérations Flingue comme d’un prétexte à l’inactivité.
Maintenant que les éléments nationalistes de la population avaient été désarmés, disaient-ils,
nous étions tous à la merci du Système et devions être beaucoup plus prudents. Ils
souhaitaient que nous cessions toutes activités publiques de recrutement et que nous
« entrions dans la clandestinité. »
Ce qu’ils avaient réellement en tête, c’était que l’Organisation devrait se limiter
dorénavant à des activités « sûres, » consistant principalement à se lamenter les uns auprès
des autres — si possible en chuchotant — de la mauvaise tournure des choses.
Les membres les plus déterminés quant à eux étaient partisans de déterrer nos armes et de
déclencher un programme contre ZOG immédiatement, en commençant à exécuter les
juges fédéraux, les rédacteurs de quotidiens nationaux, les législateurs, les membres du
B’nai B’rith (la franc-maçonnerie juive) et les autres personnages influents du Système.
L’heure est venue pour une telle action, pensaient-ils, parce qu’à la suite des Opérations
Flingue nous pourrions gagner la sympathie du public, avec une telle campagne contre la
tyrannie.

C’est difficile de dire maintenant si ces militants radicaux avaient raison ou non. Je pense
qu’ils avaient tort — bien que je puisse me compter parmi eux à ce moment-là. Nous
aurions certainement pu assassiner un grand nombre de créatures responsables des maux
de l’Amérique, mais je crois que nous aurions perdu, à long terme. En premier lieu,
l’Organisation n’était pas assez disciplinée pour déclencher une campagne de terreur
contre le Système. Il y avait trop de lâches et de jacasseurs parmi nous. Les informateurs,
les cinglés, les faibles et les irresponsables auraient causé notre perte.
Deuxièmement, je suis maintenant certain que nous étions beaucoup trop optimistes dans
notre jugement sur l’humeur du public. Ce que nous oublions, c’était que le ressentiment à
l’égard de l’abrogation des droits civils par le Gouvernement, durant les Opérations
Flingue, n’était qu’une vague d’inquiétude passagère, résultant de l’émotion causée par les
arrestations en masse.
Dès lors que les médiats rassurèrent le public sur le fait qu’il n’était pas en danger, que le
gouvernement ne s’en prenait qu’aux « racistes, fascistes et autres éléments asociaux » qui
avaient conservé illégalement leurs armes, tout ce petit monde commença à se relaxer et
retourna à sa télévision et à ses magazines.
Lorsque nous avons commencé à réaliser cela, nous avons été plus découragés que
jamais. Nous avions basé tous nos plans — en fait c’était tout le raisonnement de
l’Organisation — sur la supposition que les américains étaient fermement opposés à la
tyrannie et que, lorsque le Système deviendrait suffisamment oppressif, ils pourraient être
amenés à le renverser. Nous avions également sous-estimé le degré auquel le
matérialisme avait corrompu nos compatriotes, ainsi que l’étendue de la manipulation de
leurs sentiments que pouvaient orchestrer les médiats.
Tant que le gouvernement est en mesure de maintenir l’économie à un niveau acceptable,
le peuple quant à lui, peut être conditionné à accepter n’importe quel outrage. Malgré
l’inflation continue et le niveau de vie graduellement en déclin, la plupart des américains
a toujours la possibilité d’avoir aujourd’hui le ventre rempli. Nous devons accepter le fait
qu’il s’agisse de l’unique chose qui compte pour la majorité d’entre eux!
Découragés et incertains comme nous l’étions, nous avons cependant commencé à tirer de
nouveaux plans sur l’avenir. Premièrement nous avons décidé de poursuivre notre
programme de recrutement public. En fait, nous l’avions intensifié et avions délibérément
élaboré notre propagande de la manière la plus provocatrice possible. Le but n’était pas
uniquement d’attirer de nouveaux membres pourvus de dispositions militantes, mais en
même temps de purger l’Organisation des lèches-bottes, des opportunistes, des forts-engueule
et des « balances » potentielles.
Nous avions aussi renforcé la discipline. Quiconque manquait deux fois de suite une
réunion planifiée était expulsé. Quiconque échouait dans l’exécution d’une mission était
expulsé. Quiconque violait nos règles de discrétion vis-à-vis de l’Organisation était
expulsé.

Nous voulions que l’Organisation soit prête, la prochaine fois que le Système trouverait
l’opportunité de frapper de nouveau. La honte de notre échec à agir, réellement, notre
incapacité à réagir en 1989, nous tourmentait et nous poussait sans relâche. C’était
certainement l’unique facteur important forgeant nos volontés, afin d’engager
l’Organisation dans un combat impeccable, en dépit des obstacles.
Une autre chose nous décida — en tout cas, pour ma part — ce fut la constante menace
d’être de nouveau arrêté et inculpé. Même si j’avais voulu tout plaquer pour rejoindre
l’amusant-monde-de-la-télé, je n’aurais pas pu. Je ne pouvais tirer de plans pour une vie
sociale « normale, » sans savoir quand je serai jugé, en vertu de la Loi Cohen. (La
Constitution garantissant un procès rapide avait, bien entendu, été « réinterprêtée » par les
tribunaux au même titre que la Constitution garantissant le droit de détenir et de porter
des armes.)
Ainsi, et je sais que cela s’applique également à George, Katherine et Henry, je me suis
lancé sans réserve au service de l’Organisation et je n’ai plus échafaudé de projets que
pour le devenir de l’Organisation. Ma vie privée a cessé d’exister.
Si l’Organisation est actuellement prête, je pense que nous verrons bientôt
l’aboutissement. Même si cela semble bien loin. Notre plan pour éviter un autre
encerclement de masse, comme celui de 1989, semble pourtant avoir fonctionné.
Dès le début de l’année dernière, nous avons commencé à placer un certain nombre de
nouveaux militants inconnus des services de police politique, au sein des agences de
police et des différentes organisations para-officielles, telles que les conseils de relations
humaines. Ils servaient de réseau de première alerte et nous informaient sur les menées
du Système à notre encontre.
Nous avons été surpris de la facilité avec laquelle nous avons pu mettre en place et rendre
opérationnel ce réseau. Nous n’aurions jamais pu en faire autant sous le mandat de J.
Edgard Hoover.
Il est ironique que depuis le temps que l’Organisation avertissait le public des dangers de
l’intégration raciale au sein de notre police, elle devienne maintenant une couverture pour
nous. Avec une opportunité semblable, les gars ont réellement réalisé un merveilleux
travail de sabotage, à l’intérieur du FBI et des autres agences de renseignements, et leur
efficacité a payé. Tout de même, nous aurions mieux fait de nous montrer plus discrets et
plus prudents.
Bon sang! Il est 4 heures du matin. Il faut que je dorme!

Chapitre II

suite…

Pierce_William_Luther_-_Les_carnets_de_Turner.pdf