Les Armées Secrètes de l’OTAN


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Auteur : Ganser Daniele
Ouvrage : Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux stay behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest
Année : 2007
Traduit de l’anglais par Thomas jamet

 

 

 

4e de couverture

 Cette étude méticuleuse et soignée,
incisive, révèle pour la première fois l’ampleur,
la noirceur et les implications menaçantes
des armées secrètes créées par l’OTAN.
La lecture de ce livre important de Ganser
s’avère une urgence, particulièrement
dans la période que nous traversons.»
Noam Chomsky, professeur de linguistique au MIT.

HISTORIQUE
Historien spécialisé dans
l’histoire contemporaine
et les relations internationales
depuis 1945,
Daniele Ganser enseigne
à l’université de
Bâle. Invité à maintes
reprises par le Parlement
et la télévision nationale suisses pour
partager son expertise en matière de politiques
étrangère et de sécurité, Ganser voit ses livres,
articles scientifiques, articles de journaux
et interviews publiés dans différents pays.
Ce livre raconte comment, après la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI6 britannique
mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays
d’Europe de l’Ouest, et par quels processus ces réseaux Stay-Behind de l’OTAN
s’allièrent dans certains pays à des groupes terroristes d’extrême droite, avec des
conséquences particulièrement tragiques.
Cexistence de « Gladio », l’armée secrète italienne, fut révélée par le Premier ministre
Giulio Andreotti en 1990; à la suite de quoi la presse parla du« secret politico-militaire
le mieux gardé, … depuis la fin de la deuxième guerre mondiale» et nota que :
«l.’histoire semble tout droit sortie des pages d’un thriller politique». Depuis, ces
armées secrètes de l’OTAN, ont également été découvertes en France, en Belgique, au
Luxembourg, en Suisse, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark,
en Norvège, en Suède, en Finlande, en Autriche, en Grèce et en Turquie. Au niveau international,
leurs actions étaient coordonnées par le Pentagone et l’OTAN, et leur dernière
réunion connue se déroula à Bruxelles en octobre 1990.

À l’heure de la menace de « l’hyper-terrorisme », ce livre de référence revient sur les
attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana, les attaques des tueurs fous du
Brabant, l’enlèvement et l’assassinat d’ Aldo Moro et demande, s’il s’agit d’actes de terrorisme
sous fausse bannière, fabriqués pour accroître la stratégie de la tension …

PRÉFACE
Au plus fort de la guerre froide, une ligne de front divisait véritablement
! ‘Europe. Winston Churchill la décrivit comme un Rideau de Fer
s’étendant de Szczecin sur la mer Baltique à Trieste sur l’Adriatique. Des
deux côtés, des forces armées furent massées le long de cette ligne en
prévision d’un affrontement majeur. Dans le but précis de livrer cette
guerre, les puissances de l’Europe occidentale créèrent !’Organisation du
Traité de l’ Atlantique Nord (OTAN) mais les forces qu’elles parviment à
rassembler demeuraient limitées. L’Union soviétique et ce que l’on appela
à partir de la seconde moitié des années 1950 le bloc soviétique disposaient
systématiquement de bien plus de troupes, de chars, d’avions et
d’équipements. Le propos de l’auteur n’est pas d’analyser l’équilibre des
forces armées, ni d’opposer nombres et qualités ou tactiques rigides et
réactives. Son but est plutôt d’expliquer cette conception qui prévalut
pendant de nombreuses années et selon laquelle les plus nombreux
finiraient par l’emporter et les Soviétiques seraient un jour en mesure
d’occuper l’Europe entière.
Étant donné la menace représentée par Moscou, la prévision d’un
embrasement de la guerre froide amena nécessairement à réfléchir aux
stratégies de résistance à mettre en oeuvre dans l’éventualité d’une occupation
de l’Europe de l’Ouest par !’Armée rouge. Le parallèle était évident
avec la seconde guerre mondiale, au cours de laquelle des mouvements de
résistance de nombreux pays d’Europe s’étaient livrés à un harcèlement
continuel de l’occupant nazi. En 39-45, la Résistance antinazie avait dû
être improvisée. Aux yeux des stratèges, si une telle entreprise pouvait être
planifiée et appuyée à l’avance, ses chances de succès s’en trouveraient
considérablement renforcées.
Les acteurs qui participèrent directement à la mise en place des réseaux
de combattants stay-behind sont la CIA, I’ Agence centrale de renseignement
des États-Unis, et le Secret Intelligence Service (SIS ou MI6), les
services secrets britanniques. Ils travaillèrent en collaboration avec les
services de sécurité de nombreux autres pays européens. À chaque fois,
les techniques utilisées étaient les mêmes. Les services de renseignement
oeuvraient à constituer des réseaux distincts chargés de missions d’espionnage
de l’occupant, de sabotage ou de subversion. Pour bâtir ces organisations,
la CIA et d’autres organismes recrutaient des individus volontaires
pour ce type d’opérations dangereuses et, le plus souvent, chargeaient
ensuite ceux-ci d’enrôler à leur tour d’autres agents. Les services de
renseignement entraînaient ces troupes, dissimulaient des réserves
d’armes, de munitions, des équipements radio et tout le matériel nécessaire,

et restaient en contact régulier avec ces groupes. La coopération
était parfois si étroite qu’à plusieurs occasions, ces réseaux prirent même
part à des manoeuvres aux côtés de l’armée ou des forces paramilitaires.
En fonction du pays, les effectifs ainsi recrutés se chiffraient de quelques
dizaines à plusieurs centaines, voire quelques milliers d’hommes.
Tous avaient à l’esprit l’exemple de la Résistance. Ceux qui eurent
accès aux secrets de la guerre froide soupçonnaient l’existence de ces
réseaux, il est donc logique qu’on y trouve quelques références dans les
mémoires et les écrits d’anciens espions. Mais, en général, le sujet n’était
évoqué que par allusion et à demi-mot. Cela dura presque jusqu’à la fin de
la guerre froide. À l’été 1990, après la chute des régimes pro-soviétiques
d’Europe de l’Est, mais avant l’effondrement total de l’URSS, le gouvernement
italien rendit publique l’existence d’un tel réseau sur son territoire.
Au cours des années qui suivirent, les révélations sur la présence d’organisations
similaires se succédèrent dans de nombreux pays européens,
donnant parfois lieu à des enquêtes officielles.
Pour la première fois, Daniele Ganser est parvenu à retracer toute
l’histoire de ces réseaux auxquels les Italiens donnèrent le nom de
«Gladio». C’est une histoire aussi capitale que dérangeante. Dans l’idée
des services secrets, il s’agissait au départ de créer des forces destinées à
demeurer en sommeil jusqu’à ce que la guerre vienne les activer. Mais
au lieu de cela, à mesure que l’enquête se poursuit, on observe que les
mêmes groupes de personnes ou cellules initialement voués à servir dans
le cas d’une guerre commencent à user de leurs forces pour interférer en
temps de paix dans les processus démocratiques nationaux. Cet usage de
la force se traduit par une violence allant parfois jusqu’au terrorisme, et
rendue possible par le matériel fourni à ces organisations au temps de la
guerre froide. Pire encore, dans certains cas, les forces de police et les
services de sécurité ont préféré protéger les coupables de crimes afin de
préserver leurs capacités de combat. Grâce à ces agissements, le réseau
Gladio a ainsi pu bénéficier du secret le plus total, et ce bien après que
ses activités ne soient plus seulement contre-productives mais véritablement
dangereuses.
S’appuyant sur les preuves apportées par des enquêtes parlementaires,
des rapports de police, des documents écrits, des comptes-rendus
d’audiences et le fruit de ses entretiens, Ganser est parvenu à suivre la
trace des réseaux Gladio dans de nombreux pays et à dresser une liste des
exactions dont ils se sont rendus coupables. Ces actes s’avèrent souvent
antidémocratiques et portent atteinte au tissu social que ces organisations
avaient vocation à protéger. En outre, en comparant les cas de différents
pays, l’enquête de Ganser met en évidence le déroulement d’un processus

identique. {;intervention de ces réseaux supposés dormants dans la vie
politique n’est donc pas une exception mais bel et bien la règle.
Aussi approfondie que soit son enquête, il reste un pan de l’histoire du
Gladio sur lequel le professeur Ganser ne peut faire la lumière. Il concerne les
agissements motivés de la CIA, du MI6 et d’autres services de renseignement.
À cause du secret-défense qui interdit l’accès aux archives du gouvernement
américain, il est impossible de connaître en détail les ordres transmis par la CIA
à ses réseaux, ce qui permettrait de mettre en évidence, le cas échéant, l’intention
délibérée de l’ Agence d’interférer dans le processus démocratique des
États où Gladio était actif. Si la volonté des agents de ces organisations ne fait
aucun doute, les ordres reçus de leurs supérieurs nous demeurent inconnus,
nous ne pouvons donc pour l’heure nous faire une idée précise du rôle global
joué par les États-Unis dans cette affaire durant la guerre froide. Il en va de
même pour le MI6 de la Grande-Bretagne et pour tous les autres services
secrets. {;auteur ne peut que constater que les capacités développées à des fins
avouées dans le contexte de la guerre froide ont été mises en oeuvre pour
remplir des objectifs nettement moins avouables. La liberté d’information aux
États-Unis est censée offrir un libre accès aux documents officiels, mais elle est
freinée par une bureaucratie excessivement lente et est sujette à de nombreuses
restrictions, dont l’une vise précisément à défendre l’accès aux archives
relatives à ce genre d’ activités. La loi britannique, quant à elle, prévoit la publication
des documents après un certain nombre d’années, mais ce délai est
prolongé pour les affaires de ce type et, à expiration de celui-ci, une certaine
liberté de rétention est encore accordée au gouvernement. Quand il s’agit de
faire la lumière sur le réseau Gladio, l’autoroute de l’ information se transforme
soudain en véritable parcours du combattant.
À notre époque où le terrorisme est une préoccupation mondiale, il est
particulièrement dérangeant de découvrir que l’Europe de l’Ouest et les
États-Unis se sont alliés pour créer des organisations qui se sont par la suite
converties au terrorisme. En Amérique, de tels pays sont qualifiés de
«sponsors du terrorisme» et sont la cible d’ hostilité et de sanctions. Est-il
possible que les USA eux-mêmes, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et
d’autres méritent tous de figurer sur la liste des États finançant le terrorisme?
Avant d’en décider, il convient de connaître l’histoire de Gladio dans
son intégralité. Avec cette enquête critique, Daniele Ganser a ouvert la voie.
Il est important de lire ce livre pour découvrir les grandes lignes du réseau
Gladio et entrevoir l’importance des interrogations qui restent sans réponse.

John PRADOS
Analyste aux archives de la Sécurité nationale à Washington
Washington, DC

REMERCIEMENTS
En quête d’un sujet de recherche pour ma thèse de doctorat au début de
l’année 1998,je fus pris d’un vif intérêt pour le phénomène Gladio dont je
n’avais jusqu’alors jamais entendu parler. Après quelques recherches, je
m’aperçus qu’en dépit de son importance majeure dans l’histoire
politique, sociale et militaire récente de l’Occident, le sujet des armées
secrètes de l’OTAN n’avait fait l’objet que de très peu de travaux et qu’aucune
étude n’était disponible en anglais. À mesure que je me passionnais
pour sa structure complexe et pour les mystères entourant le réseau, bon
nombre d’amis bien intentionnés me déconseillèrent vivement d’en faire
le sujet de ma thèse. Ils avaient compris d’instinct que ni les services
secrets ni l’OTAN et son Bureau de Sécurité ne m’autoriseraient à
consulter leurs archives. En outre, ils me prédisaient qu’une telle étude
menée dans un si grand nombre de pays, pas moins de 14 au bout du
compte, et dans un temps aussi bref, 50 jours, non seulement s’avèrerait
harassante mais ne me fournirait que des résultats fragmentés et incomplets.
Ajoutez à cela la difficulté de travailler sur des documents rédigés
en une dizaine de langues européennes dont je n’étais capable de lire que
5 dans le texte et la conclusion s’imposait comme une évidence: Gladio
ne constituait pas un bon sujet de thèse.
Mais, poussé par une fascination croissante pour le sujet, par un certain
entêtement de la jeunesse et surtout par le soutien de mes proches, je
résolus néanmoins de me lancer dans cette enquête et d’y consacrer les 4
prochaines années de ma vie. À ce stade, ma détermination à mener à bien
ce projet et l’argumentaire que j’employai pour convaincre mes professeurs
reposaient sur un seul document original du SIFAR, les services
secrets de l’armée italienne, daté du 1er juin 1959 et intitulé «Les Forces
spéciales du SIFAR et l ‘Opération Gladio ». Ce document apportait la
preuve qu’une armée secrète du nom de code Gladio, proche de la CIA et
de l’OTAN, avait existé en Italie pendant la guerre froide, cependant il
était très difficile de mettre la main sur d’autres originaux. Rétrospectivement,
je dois reconnaître que mes amis bien intentionnés avaient
vu juste. Parmi les innombrables obstacles qui vinrent se dresser sur ma
route, bon nombre m’avaient été signalés à l’avance.
Tout d’abord, le champ d’investigation se révéla très vaste quant au
nombre de pays et à la période à couvrir. Je commençai par m’intéresser
tout particulièrement à l’Italie, où !’Opération Gladio avait été divulguée
en 1990. Mais des sources italiennes que j’interrogeai, j’appris bien vite
que ces «armées stay-behind» avaient existé dans chacun des 16 pays de
l’OTAN pendant la guerre froide. Après des recherches plus approfondies,

je conclus que, de ces 16 pays, l’Islande, qui ne dispose pas d’armée, et le
Canada, au vu de la distance qui le sépare de la frontière soviétique,
pouvaient être écartés de la liste. Cependant, alors que j’étais quelque peu
soulagé de constater que cela réduisait le champ des investigations aux
armées secrètes de 14 pays, je découvris non sans surprise que de tels
réseaux liés indirectement à l’OTAN avaient également vu le jour, pendant
la guerre froide, dans les 4 pays neutres: la Suède, la Finlande, l’Autriche
et ma Suisse natale. Je ne rapporte dans ce livre que les données concernant
les pays membres de l’OTAN. Un ouvrage paraîtra sous peu qui
traitera spécifiquement de la question non moins importante des armées
secrètes liées à l’OTAN dans les pays neutres.
Parallèlement aux difficultés posées par le nombre des cas à traiter, la
collecte d’informations dans chacun de ces pays ne fut pas non plus une
mince affaire. Il était assez exaspérant de voir les gouvernements, l’OTAN
et les services secrets refuser l’accès aux documents demandés en dépit
d’une requête déposée auprès de la CIA et invoquant le FOIA *, de
nombreux courriers écrits à l’OTAN, et des demandes officielles adressées
aux gouvernements européens. Compte tenu de la rareté des
documents d’origine, je dus recourir à des sources secondaires: rapports
parlementaires, témoignages de personnes impliquées recueillis par la
presse, articles, livres et documentaires; inutile de le préciser, ces sources
secondaires ne peuvent se substituer intégralement aux documents
primaires et c’est vers ceux-ci que devaient tendre toutes mes futures
recherches. Quoi qu’il en soit, si les informations rapportées ci-après
peuvent permettre, d’une part, au lecteur d’acquérir une vue d’ensemble
d’un phénomène qui sans cela aurait été totalement ignoré, et, d’autre part,
de faciliter à l’avenir l’accès du public aux documents primaires, alors ce
livre aura rempli sa fonction.
Si, malgré les nombreux obstacles évoqués plus haut, ces années de
recherche intensive ont pu mener à une analyse que j’espère précieuse du
phénomène international des armées secrètes de l’OTAN et de la guerre
clandestine en Europe de l’Ouest, c’est en grande partie grâce au concours
et à l’aide de nombreux spécialistes internationaux dont j’ai eu la chance
de profiter. En premier lieu, je souhaite remercier mes deux conseillers
pour leur aide précieuse: le professeur Georg Kreis de l’université de Bâle
et le professeur Jussi Hanhimaki de ! ‘Institut Supérieur des Études
Internationales de Genève et anciennement enseignant à la London School
of Economies où nous nous sommes rencontrés dans un environnement


* FOIA, acronyme de Freedom of Information Act, la loi garantissant la liberté
d’information aux États-Unis.


particulièrement stimulant. Les corrections qu’ils apportèrent à mes
nombreux brouillons m’ont permis d’affiner des questions parfois trop
vagues. Leurs critiques honnêtes m’ont incité à rester concentré sur les
armées secrètes lorsque j’avais tendance à m’en éloigner. Enfin, leur
expérience en matière de recherches universitaires m’a amené à tempérer
mon jugement et a créé les bases d’une compréhension mutuelle. Lorsque
j’ai présenté mon travail sur le Gladio et soutenu ma thèse en
septembre 2001, l’opportunité de cette enquête nous est apparue à tous car
le terrorisme international était alors devenu une préoccupation de premier
plan. Dans les années qui ont suivi, nous nous sommes étrangement
habitués à vivre dans un monde déchiré par la guerre et le terrorisme, je
souhaite donc adresser mes remerciements les plus chaleureux au professeur
Andreas Wenger, directeur du Centre d’Études sur la Sécurité de
Zurich, pour le soutien qu’il apportera aux futures recherches sur Gladio
et sur le terrorisme, au sein de l’Institut.
Je veux témoigner toute ma reconnaissance à William Blum de
Washington, ! ‘historien de la CIA qui a attiré mon attention sur le réseau
Gladio et m’a beaucoup appris sur les opérations spéciales et sur la guerre
secrète. Mes remerciements vont également au professeur Noam
Chomsky, de Boston, qui m’a non seulement encouragé dans mes
recherches mais m’a également fourni des contacts essentiels au cours de
nos entretiens aux États-Unis et en Suisse. J’exprime également ma gratitude
au professeur Christopher Andrew, de Cambridge, qui a soutenu mon
travail ainsi qu’au professeur Christopher Simpson, de Washington, qui
m’a permis de rencontrer des interlocuteurs très intéressants aux États-Unis.
En Autriche, le professeur Siegfried Beer m’a fourni des informations
capitales et m’a chaleureusement apporté son soutien. Enfin, j’ai pu
trouver à Londres de nombreux documents essentiels à l’Institut
Statewatch, où Trevor Hemmings a su démontrer que l’on pouvait faire de
l’excellent travail malgré des moyens limités.
Il convient ici de préciser que l’auteur assume seul la responsabilité de
la validité de toutes les citations traduites depuis des langues étrangères. Il
va sans dire que toutes ces investigations dans de si nombreux pays
n’auraient pu être menées sans l’appui de mon réseau international qui
m’a aidé à localiser et à me procurer les différents documents ainsi qu’à
les traduire. En Allemagne, je souhaite remercier le journaliste et historien
du Gladio Leo Müller ainsi qu’Erich Schmidt Eenboom de l’Institut
de recherche sur la paix et la politique. Aux Pays-Bas, le docteur Paul
Koedjik et le docteur Cees Wiebes, ainsi que Frans Kluiters, tous trois
membres de l’ Association Néerlandaise de Recherche sur le Renseignement
ont bien voulu partager avec moi les documents dont ils disposaient

sur Gladio au cours d’enrichissantes journées passées à Amsterdam,
tandis que l’universitaire Micha de Roo m’offrait son aide pour les traductions
du néerlandais. Au Danemark, je veux remercier le professeur Paul
Villaume, de l’université de Copenhague, qui m’a fait profiter d’informations
très intéressantes, mais également Eva Ellenberger, de l’université
de Bâle, qui m’a aidé dans la compréhension des textes danois. En
Norvège, j’aimerais remercier mon ami Pal Johansen pour notre excellente
collaboration à la London School of Economies and Political
Science et pour son expertise à des moments cruciaux lors de la traduction
de textes norvégiens. En Autriche, le journaliste Markus Kemmerling du
magazine politique Zoom a apporté son soutien à mes recherches. À Bâle,
Ali Burhan Kirmizitas me fut d’une aide précieuse lors de la traduction
de textes turcs et me fournit des documents importants sur le réseau
Gladio en Turquie. I’universitaire Ivo Cunha m’a communiqué des informations
sur Gladio au Portugal et en Espagne, tandis que mes amis de
l’université, Baptiste Blanch et Francisco Bouzas, m’ont épaulé pour la
traduction du portugais et de l’espagnol. Enfin, mon ami et confrère
Martin Kamber a trouvé assez de courage pour se lancer à corps perdu
dans le millier de pages manuscrites d’un premier jet de thèse et assez de
sagesse pour me convaincre que quelques coupes s’imposaient. Grâce à
Ruth Eymann, j’ai pu profiter de la beauté et du calme d’un chalet perdu
dans les Alpes suisses pour mener à bien ce travail.
Après que la faculté d’Histoire de l’université de Bâle, en Suisse, eut
validé cette thèse de doctorat avec la mention insigni cum laude, Frank
Casset Andrew Humphrys de chez Taylor and Francis, au Royaume-Uni,
et Kalpalathika Rajan de chez Integra Software Services, en Inde, m’ont
considérablement aidé à distribuer mon ouvrage dans le monde entier.
Enfin, le plus important, la totale indépendance de mon travail a été
garantie par le généreux soutien financier de la Fondation Nationale
Suisse pour la Science, de la Fondation Janggen-Pèihn de St Galien, de la
Fondation Max Geldner et de la Frewillige Akademische Gesellschaft de
Bâle. Un remerciement tout particulier à ma mère, mon père et ma soeur, à
Sherpa Hanggi, Marcel Schwendener, Tobi Poitmann, Dane Aebischer,
René Ab Egg, Laurenz Bolliger, Philipp Schweighauser, Niko Bally, Yves
Pierre Wirz et Andi Langlotz pour les nombreuses discussions animées et
inspirées, jusqu’à des heures avancées, sur la politique internationale, les
tendances et les problèmes du monde et sur notre quête personnelle du
bonheur et du sens de la vie.

Daniele GANSER
Sils Maria, Suisse

INTRODUCTION
À la fin de la guerre froide, une série d’ enquêtes judiciaires menées
sur de mystérieux actes de terrorisme commis en Italie contraignit le
Premier ministre italien Giulio Andreotti à confirmer l’existence d’une
armée secrète en Italie ainsi que dans d’autres pays d’Europe occidentale
membres de !’Organisation du Traité de l’ Atlantique Nord (OTAN).
Coordonnée par la section des opérations militaires clandestines de
l’OTAN, cette armée secrète avait été mise sur pied par l’ Agence centrale
de renseignement américaine (CIA) et par les services secrets britanniques
(MI6 ou SIS) au lendemain de la seconde guerre mondiale afin de lutter
contre le communisme en Europe de l’Ouest. Suite aux révélations du
Premier ministre italien, de nombreuses enquêtes à l’initiative de juges,
de parlementaires, de chercheurs et de journalistes d’investigation visèrent
le réseau clandestin qui portait, en Italie, le nom de code « Gladio » (le
glaive), mais qui était également actif dans d’autres pays sous différents
noms tels que «Absalon» au Danemark, «ROC» en Norvège et
« SDRAS » en Belgique. Dans chaque État, les services secrets entretenaient
une armée anticommuniste en étroite collaboration avec la CIA ou
le MI6, à l’insu du Parlement et de la population. À chaque fois, des hauts
dirigeants de l’exécutif, comprenant des Premiers ministres, des
Présidents, des ministres de l’intérieur et de la Défense, étaient impliqués
dans l’opération tandis que le «Allied Clandestine Committee» (ACC) –
parfois baptisé le « Allied Coordination Committee » – et le «Clandestine
Planning Committee» (CPC) – plus sobrement appelé le «Coordination
and Planning Commitee» -, coordonnaient l’action des réseaux au niveau
international, depuis le quartier général de l’OTAN, le Supreme
Headquarters AJlied Powers Europe ou SHAPE. La dernière réunion
secrète de l’ ACC réunissant des représentants des différents services
secrets européens s’est tenue le 24 octobre 1990, à Bruxelles.
En prenant connaissance des détails de l’opération, la presse remarqua
que cette «histoire semblait tout droit tirée d’un thriller politique ». 1 La
CIA et le MI6 fournissaient aux armées secrètes armes automatiques,
explosifs, munitions et moyens de communication high-tech qu’ils dissimulaient
dans des caches d’armes en forêt, dans la campagne et dans des
abris souterrains dispersés à travers toute l’Europe de l’Ouest. Les
officiers d’élite de l’organisation clandestine partageaient l’entraînement
des Bérets Verts aux États-Unis et des commandos SAS en Angleterre.

Recrutés parmi les franges les plus radicalement anticommunistes de la
société, les soldats clandestins de Gladio comptaient dans leurs rangs des
conservateurs modérés ainsi que des extrémistes de droite comme les
célèbres terroristes Stefano Delle Chiaie et Yves Guérain-Sérac. Carmée
secrète était pensée sur le modèle du Special Operations Executive (SOE)
britannique, dont les combattants avaient été parachutés derrière les lignes
ennemies et avaient mené une guerre secrète à l’ intérieur des frontières du
Reich, pendant la seconde guerre mondiale.
Dans le cas d’une invasion de l’Europe occidentale par l’ Armée rouge,
les soldats de Gladio devaient former, sous le commandement de l’OTAN,
un réseau dit «stay-behind» opérant derrière les lignes ennemies, capable
de lever et de renforcer des mouvements de résistance locaux, d’évacuer
des pilotes descendus et de saboter les chaînes d’approvisionnement et les
sites de production de l’occupant au moyen d’explosifs. Mais l’invasion
soviétique n’eut jamais lieu. Aux yeux des stratèges militaires de Washington
et de Londres, les partis communistes, qui comptaient à l’époque un grand
nombre d’adhérents dans les démocraties d’Europe de l’Ouest, constituaient
le véritable danger. C’est pourquoi, en l’absence d’envahisseur
soviétique, l’organisation a pris les armes dans de nombreux pays pour
mener une guerre secrète contre les forces politiques de gauche. Si l’on en
croit les sources secondaires aujourd’hui disponibles, les armées secrètes
se sont retrouvées impliquées dans toute une série d’actions terroristes et
de violations des droits de l’Homme pour lesquelles elles ont accusé les
partis de gauche afin de les discréditer aux yeux des électeurs. Ces opérations,
qui visaient à répandre un climat de peur parmi les populations,
incluaient des attentats à la bombe dans des trains ou sur des marchés (en
Italie), l’usage systématique de la torture sur les opposants au régime (en
Turquie), le soutien aux tentatives de coups d’État de l’extrême droite (en
Grèce et en Turquie) et le passage à tabac de groupes d’opposants (au
Portugal et en Espagne). Quand l’existence des armées secrètes fut
révélée, l’OTAN et les gouvernements de Londres et Washington refusèrent
de s’expliquer sur ce que la presse qualifia alors de «secret politicomilitaire
le mieux gardé et le plus néfaste depuis la seconde guerre
mondiale». 2

1.
Un attentat terroriste en Italie

suite…

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