Rocard, le mérite d’un échec


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Chroniques-Dortiguier

 

Rocard, le mérite d’un échec par Pierre Dortiguier

 


La déclaration infâme de Le Pen sur Rocard dénonciateur de la guerre d’Algérie — ininterrompue, sauf par épuisement des combattants depuis le débarquement sur la plage de Sidi Ferruch, comme nous le disons en France — démontre, s’il en est besoin, le caractère fort borné de la politique française se poursuivant par ailleurs en Syrie. Nous avons, dans une librairie de la rue de Provence, à Paris, entendu, il y a fort longtemps, un client railler la carrière de son fils, sans animosité, comme s’il s’agissait d’une illusion idéologique : c’était le physicien et inventeur son père. Dans les conférences faites à l’École des Mines, par exemple, ce fils de famille protestante, ce qui en France symbolisait avec la rigueur, sinon morale, du moins entièrement intellectuelle, comme l’illustre cet honnête directeur des finances et fait ministre d’État par Louis XVI, le genevois (dont l’épouse également suisse créa l’hôpital Necker auquel la canaille de la subversion vient d’infliger 127.000 € de dégâts !) Jacques Necker (1732-1804), qui pouvait rétablir l’ordre financier avant la Révolution voulue au contraire par une fraction maçonnique aristocrate conduite par Philippe-Égalité, duc d’Orléans soudoyant la canaille sodomite du Palais Royal parisien, en fut le modèle, et dont nous retrouvâmes l’esprit dans un long entretien personnel du printemps 1973, avec l’ancien ministre protestant des affaires étrangères et premier ministre, qui eût été successeur de De Gaulle, sans le coup d’État de 1968, Maurice Couve de Murville (1907-1999), dans sa permanence de la rue Jean Goujon, étonnait par sa logique toute mathématique de ses exposés. Il est vrai que pareille capacité fera défaut à Mitterand qui resta toujours, depuis son poste de secrétaire d’État aux Anciens Combattants dont on voit le bâtiment clair et fort coquet dans une rue du vieux Vichy, à son dernier discours fantomatique recueilli par Attali, un avocat ! C’était un rhéteur, sensuel et ambitieux soumis à cette culture de l’instant dont traite Rocard à la fin de sa vie. Par ailleurs, Mitterand n’aurait pas encouru les foudres de Le Pen, car il fut un partisan de l’Algérie française, fit décapiter des opposants français d’Algérie à la guerre débutant en novembre 1954, et à cette époque, les fanatiques étaient comme ce Max Lejeune, ministre socialiste de l’intérieur, passé à la droite conservatrice, un inspecteur des services de la torture militaire, serré dans son imperméable. L’on a oublié que les premiers condamnés à mort français en Algérie, pour trahison nationale, le furent quand Mitterand était ministre de l’intérieur. La culture de Mitterand était appréciable et elle étonnait un de mes camarades de préparation, Jean-Marie Benoist du Collège de France, mis elle n’avait rien de scientifique, ni de logique au sens d’une capacité de construire des modèles ! Quant à Mendès-France qui rodait dans ce cercle socialiste pour reprendre le pouvoir en 1968, il resta ce qu’il était, comme un triangle a trois angles pour le définir, un affairiste qui tirait son épingle du jeu, au seul bénéfice de ses intérêts !

Dans le mouvement socialiste européen, le coup de grâce avait été donné par l’Allemagne socialiste d’après-guerre, par le rejet entier du marxisme, en 1959, au Congrès de Bad Godesberg, et dans son dernier entretien, Rocard s’en réclame. Or ce poison intellectuel domine les esprits en ce sens que tout est ramené, chose paradoxale pour un mouvement qui se voulait matérialiste, à l’idéologie ! L’attitude semblable de MM. Hollande et Valls, ou d’un Mélanchon  sur ce point est éclatante, car toute résistance des faits est mutée, dans cette alchimie satanique, en mauvaise volonté d’une partie du peuple, nommément la classe moyenne jugée contre-révolutionnaire. Il faudra bien  que l’historien de cette France possédée par l’instinct aveuglément révolutionnaire, qui n’est que l’égoïsme des accapareurs et des spoliateurs étatiques, reconnaisse que Michel Rocard n’a jamais versé dans cette démagogie ou forme de cruauté politique. Il était en fait, traité comme son coreligionnaire l’amiral Coligny dont on peut voir la statue au temple parisien, à l’Eglise Protestante réformée de l’Oratoire du Louvre, poignardé dans le dos — en même temps que trois mille partisans coreligionnaires ! —  par ceux qui voyaient dans leur nationalisme, car le socialisme français ne fut rien d’autre, et conséquemment un colonialisme de pointe, une excuse pour ne point se plier à l’exigence économique du travail ordonné. C’est ce qui fait que le socialisme est en France un flatus vocis, comme disaient les logiciens médiévaux des concepts creux, un bruit de mot, et qu’il n’a rien de soumission au devoir, aux exigences de la raison.

Il faut, selon Aristote, que le pouvoir de l’or, de la monnaie, pour ne pas être engluée dans et par l’usure qu’il condamnait, soit soumise à une autorité forte, et le développement de l’Europe au siècle passé s’est orienté vers un pouvoir de cette nature, sorte de « despotisme éclairé » sur le Continent ; or, aujourd’hui, nous avons un despotisme aveuglé par la ronde infernale et des usuriers et des esclavagistes qui déplacent le travail en Asie principalement, l’Afrique restant plus que jamais un réservoir de matières premières avec des concours de corruption pour choisir et faire progresser les élites. C’est le sens de l’avertissement de Rocard qui a eu sur l’Angleterre, comme son entretien télévisé de 2014 le fait distinctement entendre, le même jugement que De Gaulle, mais pour les autres socialistes réellement demeurés marxistes, c’est-à-dire emplis de violence pour briser une réalité qu’ils ne dominent pas, spirituelle ou matérielle, vaut la formule prêtée à Louis XV, « après moi le déluge ». Quel prophète Noé nous bâtira une arche pour flotter sur cette masse de noyés qui emplira le pauvre monde ? Le Pen, que Mitterrand  disait avec justesse un homme de la quatrième république, grogne contre le défunt politicien, Mitterrand le méprise, Valls, vrai personnage de Balzac, lui doit ses débuts et lui fait une pirouette comme il convient à un second Rastignac, la jeune génération inculte l’ignore, car ce « morceau de civilisation » dont parle le défunt personnage, qu’est l’Europe, autre Atlantide, absorbée par l’Amérique nourrie des deux guerres mondiales et de la guerre froide, se transforme en radeau de naufragés !