CÉLINE À L’ AFFICHE !


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Auteur : Céline (Destouches Louis Ferdinand)
Ouvrage : Le style contre les idées Rabelais, Zola, Sartre et les autres…
Année : 19**

Préface de Lucien Combelle

Céline, le pérégrin

par
Lucien Combelle

Depuis 1932, avec Céline si vous avez choisi de lui être fidèle
compagnon, on voyage. Mais il faut être prudent, ne pas partir sans
biscuit. De marin, si possible.
En 1932, je n’avais pas vingt ans. Né dans un port, un des plus
importants de France à l’époque, je rêvais d’impossibles voyages,
surtout quand je déchiffrais Singapour à la poupe d’un cargo. Et je
lisais. A l’âge où l’on peut aimer la verve d’un Léon Daudet. Et c’est
comme ça que « le voyage » commence !
Bien sûr « la nuit » m’échappe si me séduit déjà le nihilisme. Et si
je tente sur mon pont à moi qui s’appelait Corneille d’apprendre par
coeur : « De loin, le remorqueur a sifflé ; son appel a passé le pont,
encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus loin…
Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville
entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la
Seine aussi, tout, qu’on en parle plus. »
Comme je regardais toujours vers l’aval, cette sirène du
remorqueur m’appelait moi aussi…
Bientôt Paul Valéry, le poète du Cimetière marin et du « vent qui
se lève » qualifiait Céline de « criminel ». Agréable frisson pour un
adolescent.
Vétilles. Broutilles. Ce que contient ce livre. Mais l’important est
dit par un M. Fourmont, organisateur d’une exposition consacrée à
Céline à Houilles après la publication en 1969 de Rigodon. Je cite :
« Nous n’avons pas abordé le problème de l’antisémitisme, ni de la
prétendue « collaboration » car 1° nous avons tous de vingt à vingt-cinq
ans. Donc notre jugement ne pouvait être correct. 2° notre seul but
était : faire lire Céline avant tout. » Un encadré dans Le Monde, inséré
dans le feuilleton de Pierre-Henri Simon, de l’Académie Française,

chroniqueur littéraire rendant compte de Rigodon : « Vais-je conclure
que Rigodon aurait pu rester dans le tiroir des papiers médiocres.
Non. Céline représente un cas assez extraordinaire dans notre
littérature pour avoir droit à une attention totale, il a un souffle qui,
même fatigué, peut encore soulever sa prose à de belles hauteurs. »
Le manuscrit de Rigodon est annoncé chez Gallimard les derniers
jours de juin 1961, Céline meurt le 1er juillet.
La tombe au cimetière de Meudon est basse et plate, avec un petit
voilier gravé dans la pierre. Lui reste dressé tel un vaisseau de haut
bord, voiles carguées, chargé d’explosifs sur la Mer des Sarcasmes.
Et de partout, de tous les continents partent à l’abordage avec des
grappins plus ou moins solides du grand navire que j’ai baptisé
« L’Imprécator ». L’approche n’est pas facile.
Vagues géantes ou clapotis selon les talents : Céline, un fou, un
parano, un tout, un rien, le sabbat commence, prophète, barde,
visionnaire, la nuit de Ferdinand, sa misère, ses mensonges, on ne sait
pas lire Céline, la poétique de Céline, Lili sa femme, Bébert son chat,
son ami La Vigue, sans oublier la divine Arletty, en vrac, comme ça, à
l’infini.
Déjà en 1952, Roger Nimier écrit : « il est très naturel de ne pas
aimer Céline », en 69, Le Clézio déclare : « On ne peut pas ne pas
lire Céline ». Au fait ! fasciste ou pas ? Et le voilà en chemise noire
ou brune, de surcroît avec des « idées politiques » dès 1972 selon la
thèse de Jacqueline Morand, doyenne de la Faculté de Droit.
Antisémite depuis toujours selon Philippe Alméras, professeur en
Californie… A hue, à dia… Et on pose la question : où est Céline ?
Qui est Céline ? Et qui n’a pas lu Céline ?
Moi ! répond un romancier dont je préfère taire le nom.
Poursuivant cette préface, je dis à Pierre Assouline : Pierre,
Céline est une auberge espagnole, on y trouve ce qu’on y apporte…
Plus que ça me répond-il, Céline, c’est l’Unesco…

Réponse justifiant le monument de Jean-Pierre Dauphin : La
bibliographie des écrits de Louis-Ferdinand Céline, extraordinaire
travail sur l’oeuvre, ses traductions, le cursus du monstre, de 1932
jusqu’à nos jours. Et si on ajoute à ce livre que tout Célinien devrait
posséder les trois volumes de la biographie de Céline de François
Gibault, réunissant avec rigueur et dévotion tout ce qui explique,
éclaire une vie aussi exceptionnelle que l’oeuvre, eh bien ! qu’y
ajouter ?
Des livres thématiques, antithématiques, des synthèses, des
mauvaises humeurs, des haines recuites, des critiques revanchardes,
des cautions bizarres, un peu de snobisme, beaucoup de curiosité,
comme si Céline restait un mystère créant un malaise…
Bibliophiles fidèles d’un écrivain, ces gens connaissent les
truffes. On truffe un livre comme on pique de clous de girofle l’oignon
du pot-au-feu. Tous mes Céline sont truffés d’articles découpés au
hasard des lectures se rapportant souvent au volume concerné.
Ainsi ai-je pu pour cette préface que je voulais quelque peu
intimiste, retrouver des textes surprenants, celui de Xavier Grall par
exemple, publié dans Le Monde ; du Grall merveilleux évoquant un
Céline amoureux de la mer : « la seule tendresse durable de Louis-
Ferdinand ».
Ça s’intitule « Céline blues », Saint-Malo en toile de fond, deux
sous-titres que j’eusse aimé trouver : « Le voyage au bout de la mer »
et « Meudon maudit », la Tamise du « Pont de Londres », sloops,
barques, cargos, voiliers et tous les marins du monde… Et j’en
rajoute, du « Guignol’s Band », les entrepôts, les himalayas de sucre
en poudre, les trois mille six cents trains d’haricots, les mille bateaux
d’oignons, du café pour toute la planète, des allumettes à frire les
pôles, des mammouths truffés comme mes bouquins, je suis comme
Grall, je m’exalte, les Docks que j’ai visités, « Pont de Londres »
sous le bras, la mer, l’estuaire, mon pont Corneille sur la Seine, sister

de la Thames River, c’est vrai, ce bougre d’homme m’a toujours fait
rêver même si, m’accompagnant au portillon de la route des Gardes à
Meudon, et la Seine, là, c’était Billancourt, Céline me disait : « Ne
bois pas d’alcool, petit lapin, des nouilles, de l’eau… » Mais la
truffe de Grall m’a permis une belle escapade à laquelle n’échappe
pas le plus benoît des agrégés.
Encore une poignée de truffes sous la forme de lettres écrites de
Copenhague à son ami d’enfance Georges Geoffroy. Son ami a
quelque soucis matrimoniaux, Céline lui écrit : « Bien sûr gros
baffreux c’est pour ça qu’Hélène est partie, à cause de ton ventre…
il te coûte des millions ton ventre, et tant d’illusions ! et la vie
bientôt si tu ne te mets pas enfin au régime net, et non à un régime
cafouilleux pour clients de villes d’eaux qui ont les moyens…
affreux tu dois maigrir de 10 kilos… »
Une autre lettre au même en 47-48. « Ne bois pas une goutte de
vin du tout ni d’alcool du tout.
Ne fume pas du tout. Mange peu. Maigre. Tu as un bide ridicule
– tu es frais de teint et solide – tu vivras cent ans et heureux si tu
n’écoutes pas ces médecins optimistes, ils sont endormeurs et ils
s’en foutent. Sois sévère pour toi. Couche-toi de très bonne heure.
Maigre… mort au bide ! Pas de brioche – maigre – pas de vin, de
l’eau… » Et pour finir avec ce divertissement hygiénique : « Profite
au contraire de ce déchirement. Attache-toi à une toute jeunette,
bien sportive, bien libérale, tu vois ce que je veux dire et jolie… il
faut avoir de la jeunesse autour de soi. » Une autre : « Le rêve serait
de n’avoir jamais plus de 60 ans à deux… » Pour finir et changer de
tempo : « Regarde cette Europe imbécile, pourrie, bâtarde ! et
paumée… »
Pour échapper aux maléfices, charmes, facilités universitaires, je
butine de fleur en fleur, cherchant avec mes historiettes, nouilles à
l’eau et pas d’alcool, un enchaînement sur Semmelweiss, petit livre

admirable qui a droit à un ex-voto dans l’église célinienne. Mais
voilà, comment faire ? Le livre commence très simplement par cette
phrase : « Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur. » Suit
l’histoire dramatique du toubib hongrois.
Avec Céline, se méfier des choses simples ; l’histoire commence
en réalité par une présentation de l’auteur dont voici le dernier
alinéa : « Supposez qu’aujourd’hui, de même, il survienne un autre
innocent qui se mette à guérir le cancer. Il sait quel genre de
musique on lui ferait tout de suite danser ! ça serait vraiment
phénoménal ! Ah ! qu’il redouble de prudence ! Ah ! il vaut mieux
qu’il soit prévenu. Qu’il se tienne vachement à carreau ! Ah ! il
aurait bien plus d’afur à s’engager immédiatement dans une Légion
étrangère ! Rien n’est gratuit en ce bas monde. Tout s’expie, le bien,
comme le mal, se paie tôt au tard. Le bien c’est beaucoup plus cher,
forcément ».
Ne rien négliger, ni préface, présentation, exergue, une m’a
toujours plu : « Dieu est en réparation ». Cherchez-là, le reste en vaut
la peine…
Une phrase d’introduction à ce qui va suivre, elle est de Frédéric
Vitoux, l’auteur du pertinent : Céline, misère et parole :
« Céline est un écrivain déraisonnable. »
Pascal Pia ajoute : « L’art de se mettre dans son tort. »
Nous sommes en 1973. Deux truffes, l’une du journal Le Monde
(Paul Morelle), l’autre du journal Combat (Michel Bourgeois). Ce
dernier présente trois ouvrages parus simultanément : d’un Canadien,
André Smith : La nuit de Louis-Ferdinand Céline ; d’une Américaine,
Erika Ostrovski : Céline, le voyeur-voyant ; d’un Français, Frédéric
Vitoux : Misère et Parole, auxquels s’ajoutent deux autres dans Le
Monde : les idées politiques de Louis-Ferdinand Céline de
Jacqueline Morand, docteur es-Sciences Politiques et Drieu la
Rochelle, Céline, Brasillach et la tentation fasciste du finlandais

Tarmo Kunnas. Titre du Monde : « Céline et les universitaires ou la
fin d’un purgatoire », qui annonce d’autres ouvrages.
Dans les « papiers » de la même époque, on trouve ici et là,
citations ou réflexions taillées dans le granit, celles de Céline : « Il
faut mentir ou mourir. » – « Notre voyage à nous est imaginaire.
Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et
choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire
fictive. » Et l’inévitable « A quoi bon ? »…
Celles des chroniqueurs : « Echecs, révolte sans avenir, absence
d’illusion, folie et mort composent la toile de fond de l’univers
célinien » (Smith). « Refus de toute transcendance, de tout espoir
qui prolonge la misère matérielle et morale de l’homme sans Dieu,
sa faiblesse et son néant dans le sentiment aigu et constant de son
inutilité, de sa mort » (Vitoux-Morelle). Enfin, à Combat, ce bilan :
« Voué aux insultes, à la malédiction, à la haine féroce, Céline,
l’homme, a connu de profondes humiliations, de sanglantes
antipathies, de virulentes attaques, des haines de premier ordre »
(Michel Bourgeois).
Avant, pendant, après ces signes de renaissance du maudit, cinq
tomes « haut-de-gamme » chez l’éditeur Balland, trois cahiers de
L’Herne, deux volumes de la Pléiade, le démarrage des Cahiers chez
Gallimard (aujourd’hui sept volumes). Sans oublier la précieuse
biographie en trois volumes de Gibault et la monumentale
bibliographie de Dauphin et Fouché. Comme disait Céline : « Et voilà
tout ! » Pour l’instant…
Oui, pour 1973 mais en 1987, quoi de nouveau ?
Je retrouve mon auberge espagnole qu’Assouline, du moins en ce
qui concerne Céline, appelle l’Unesco !
Premier semestre : trois volumes importants et non des opuscules.
L’un pour refuser à Céline le « dignus est intrare » dans la cathédrale
fasciste qui est sans doute gothique ; l’autre, qui le veut antisémite

depuis le berceau ; enfin, le troisième qui avec « celtitude », situe le
génie de Céline dans la tradition des chevaliers du Graal en le faisant
chevaucher un peu à la manière de Don Quijote… Trois livres, trois
auteurs de qualité universitaire et eux-mêmes hommes de qualité !
Alors ? Où allons-nous avec ces quelques milliers de pages
nouvelles ?
Mais finalement, qui est Céline ? D’où vient-il ? A quelle époque
appartient-il ? Médecin. Ecrivain. Prophète. Visionnaire. Banalités
dites, redites. Je ne sais pourquoi je retrouve à cet instant cette phrase
de Cioran : « Seul un monstre peut se permettre le luxe de voir les
choses telles qu’elle sont » (Histoire et Utopie).
Céline, me dit un ami, libertaire lettré, c’est l’écriture d’hier,
d’aujourd’hui, de demain, écriture parlée, langage de la vie ; à la fin
de la guerre, mes copains de lycée lisaient tout Céline – j’ai eu moimême
une faiblesse pour Semmelweiss – nous avions enfin le langage,
le style littéraire que nous attendions…
Savaient-ils le lire ? Sait-on le lire ? Quinze lecteurs – quinze
pour ne pas dire dix mille – quinze lectures, quinze émotions
différentes, quinze perceptions de la musique des mots et aussi du nondit,
alchimie comme une autre, langue vivante et forte, vieillie sans
âge depuis des années ; celle de demain encore, qui sait ? Nombreux
sont les jeunes lecteurs venus me demander par quel livre commencer
la lecture de Céline. J’ai toujours conseillé le Voyage… si vous
suivez, vous marcherez… N’avais-je pas écouté la chanson, ne
provoquais-je pas à la première occasion la lecture à haute voix,
histoire de me casser la voix d’émotion, les adieux à Molly : « Bonne,
admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d’un endroit
que je ne connais pas, qu’elle sache bien que je n’ai pas changé
pour elle, que je l’aime encore et toujours, à ma manière, qu’elle
peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive
destinée. Si elle n’est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous

arrangerons ! J’ai gardé tant de beauté d’elle en moi, si vivace, si
chaude que j’en ai bien pour tous les deux et pour au moins vingt
ans encore, le temps d’en finir. Pour la quitter il m’a fallu certes
bien de la folie et d’une sale et froide espèce. Tout de même, j’ai
défendu mon âme jusqu’à présent et si la mort, demain, venait me
prendre, je ne serais, j’en suis certain, jamais aussi froid, vilain,
aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m’a
fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d’Amérique. »
Mon premier Voyage, 1932, il est là, 623 pages, Denoël et Steele ;
annoncé en préparation, du même auteur : « Tout doucement. »
Mon premier Mort à crédit, 1936,697 pages, même éditeur.
Total : 1 320 pages.
Plus tard, beaucoup plus tard, pour la valise et le chevet, la
Pléiade 1962, préface d’Henri Mondor ; un seul volume Voyage –
Mort à crédit. Total : 1 090 pages… Merveilleux pour les pérégrins.
1981 : même collection, mêmes titres : 1 582 pages ! 500 pages de
plus, les deux oeuvres préfacées, annotées – notices, notes, variantes,
répertoire, vocabulaire, le tout signé d’Henri Godard, professeur
d’Université qui doit, j’imagine, aimer et faire lire Céline. Ma
déférence lui est acquise. Et j’ai lu Henri Godard, avec crainte
d’abord, les rêves sont fragiles de même que les enthousiasmes
d’adolescents, les complaisances ou les inappétences de l’adulte,
ensuite avec un plaisir si vif que j’éprouvais le besoin de noter à mon
tour :
« La terre est abhorrée : elle est la matière même, lourde,
collante, jamais plus atroce que quand elle est devenue boue, et
pour cette raison montrée de préférence sous cette forme, des boues
de Flandres au début du Voyage au bout de la nuit, à celles de la côte
anglaise autour de Brighton dans Mort à crédit ou du Brandebourg
dans Nord. Elle est, humus, faite de la décomposition et de la
pourriture de ce qui est revenu à elle après en avoir été un moment

détaché : végétaux, cadavres ; ce corps, le mien, s’y fondra un jour.
La terre pour Céline est image de mort. A l’opposé, mers et fleuves,
ciels, nuages et brouillards lui présentent toute la féerie du monde
par visions brèves. Tout ce qui s’y rattache, ports, bateaux, du
bateau-mouche à la péniche et au trois-mâts goélette, est occasion
de lyrisme… »
Voilà pourquoi, Monsieur le Professeur, je n’aime pas le cimetière
de Meudon. Ni les autres.
Enorme paradoxe que cette oeuvre visionnaire, sombre comme
notre époque, écrite à l’encre noire du nihilisme mais aussi
transparente comme eau de source, scintillante souvent d’une certaine
joie de vivre, écrivain sachant faire rire, sa tonicité est là, il
bouffonne, rigole, ment, triche, avec lui c’est la santé et avec
Ferdinand, couché sur un lit d’hôpital militaire, si on refuse les
oranges de Clémence c’est, puisqu’on a faim, pour brouter le bouquet
de violettes de l’infirmière. Un glossaire célinien ne donne pas la
recette, seule, la lecture, le chant des mots, comme un cantique en latin
pour un intégriste à Saint-Nicolas-de-je-ne-sais-quoi !
Allons bouffonner ensemble par 3472 mètres de fond, à proximité
de Terre-Neuve, là où se situe le Palais de Neptune et de Vénus aux
Abysses. Les soubrettes sont des sirènes, fort girondes mais Neptune
fait pépé ; quand à Vénus, malgré les bains de lait de Baleine, ses
seins divins n’ont aucune tenue alors que ceux de Pryntyl, la jolie
sirène que Neptune a rapatriée de chez ces chiens terrestres, dardent
sous la caresse d’un espadon. Et dans le Palais se prépare un banquet
de 492 000 couverts pour fêter le retour de la Lolita des Abysses
alors que là-haut hurlent sourdement les cornes de brume. L’histoire
de pépé Neptune, mémé Vénus et la jolie Pryntyl, ce trio célinien, sans
oublier le capitaine Krog commandant de l’« Orctöström », ce nom
que Céline invente en rêvant peut-être d’un fjord, a été publiée par son
ami Pierre Monnier en 1950, alors que Ferdinand tremblait de rage et

de froid sur les rivages danois.
Mais il y aura toujours des pisse-froid qui jamais ne sauront que
Céline fait rire ceux qui aiment le lire.
« Je jure que j’avais ce poison en ma possession depuis 1944. Ni
mes avocats, ni mes gardiens, ni ma famille ne sont coupables de me
l’avoir procuré » (page 513 du Laval de Fred Kupferman, édité chez
Balland, 1987).
Cette ultime déclaration manuscrite de l’homme d’Etat concerne
1° son suicide manqué, 2° son effroyable exécution. Mais l’auteur de
cette excellente biographie de Pierre Laval émet une hypothèse en ces
termes : « Ce poison éventé, ou mal pris, vient-il de la pharmacie
personnelle de Louis-Ferdinand Céline, qui en aurait fait cadeau à
Laval lors de ses visites à Willflingen ? »
Voilà la chronique célinienne évoquée, sans référence précise
certes mais dans cette apocalyptique trilogie (D’un château l’autre,
Nord, Rigodon – Pléiade, tome II), Laval est présent, réelles les
rencontres avec Céline…
Fred Kupferman répète : « Le suicide manqué de Laval conserve
son secret. » Mais Céline, lui, est mis par un historien – sinon par
l’Histoire – en situation shakespearienne. Une dimension qu’il me
plaît de choisir pour terminer cette préface.
Lucien Combelle

Je ne veux pas que tout se perde.

A propos du Voyage au bout de la nuit.

suite…

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