Les dessous de la séparation



Auteur : Colleville Ludovic
Ouvrage : Les dessous de la séparation
Année : 1906

CHAPITRE PREMIER

RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES

Le gouvernement est aux mains d’un pouvoir occulte.
– Angleterre et maçonnerie. – On commence à connaitre
les dessous de l’histoire contemporaine. –
C’est surtout dans la question religieuse que le rôle
de l’étranger apparait de façon indiscutable. – La
séparation de l’Eglise et de l’Etat, le plus considérable
des événements de ce temps, doit être étudié
sous ce jour. – Manœuvres tortueuses de l’étranger
protestant dans la cc séparation ». – La séparaiion •
ne peut être utile qu’à l’Angleterre et l’Italie : elle
mène notre pays à la guerre civile. – Schisme en
expectative. – L’alliance anglaise c’est la guerre avec
l’Allemagne.
L’affaire Dreyfus, si douloureuse pour les vrais patriotes,
si infâme surtout parce qu’elle a abaissé et sali
ce que nous avons de plus noble et de plus précieux :
notre glorieux’ drapeau et notre admirable armée, a eu
cependant un bon côté : elle a ouvert. les yeux aux sceptiques
les plus déterminés.

Personne ne doute plus aujourd’hui de l’existence du
chef d’orchestre invisible qui, au dire de Liebnecht,
battait la mesure avec un archet d’or, et chacun à présent
se rend compte que ce n’est pas seulement depuis
l’affaire qu’il conduit chez nous le concert.
Hier encore on taxait volontiers de visionnaires les
penseurs, les érudits d’histoire, affirmant que la France
n’avait plus depuis longtemps de vie propre. Aujourd’hui,
il n’est pas un français ignorant que la franc-maçonnerie
nous gouverne, et beaucoup commencent
à savoir qu’elle prend’ le mot d’ordre à Londres et à
Genève, elle qui nous accuse d’obéir à Rome.
Ceux qui connaissent vraiment l’histoire savent que
l’Angleterre a toujours eu, dans nos conseils, de misérables
créatures soudoyées à prix d’or et que, depuis
le cardinal Dubois jusqu’à M. Clemenceau, nombreux
furent les hommes publics auxquels la cavalerie de
Saint-Georges fut secourable.
Sans doute, il serait vain d’énumérer depuis Paris Duverney
et Mme de Prie ceux qui trahirent .notre pays.
Mais aujourd’hui qu’elle triomphe, cette politique anglaise
et que M. Clemenceau est le véritable chef du
gouvernement, n’est-il pas bon de rappeler avec quelle
énergie mon pauvre ami Morès, un grand seigneur
admirablement au courant des intrigues de Cours,
criait en montrant du doigt M. Clemenceau : « Cet
homme est vendu à l’Angleterre, j’en suis sûr ! »
En effet, pour qui relit attentivement l’histoire des
cinquante dernières années de ce pays, comment expliquer
les actes d’une politique imbécile, contradictoires
à tous les intérêts et toutes les traditions de la
France, si ces· actes accomplis, du reste, par des souverains ou des hommes d’Etat remarquables, n’avaient
été préparés et ordonnés par un pouvoir occulte, par
une puissance supérieure .à laquelle ils ne pouvaient
se soustraire et qui les forçait, malgré eux, malgré leur
conscience à agir contre leur propre pays ?
C’est principalement dans le domaine religieux que
ces faits paraissent plus sensibles :
La guerre au catholicisme, qui commence avec les
encyclopédistes et les philosophes, la guerre contre
Rome qui date de la Révolution et se continue encore
de nos jours, mérite d’être particulièrement signalée,
car elle témoigne d’une ingérence étrangère, elle dénonce
une inspiratrice intéressée à nos divisions, elle
montre notre pays obéissant à une direction opposée
à ses sentiments, à ses traditions, à ses intérêts et à
la grande mission qu’il exerce depuis si longtemps en
Orient.
Les accusations infâmes, les calomnies abominables,
sous lesquelles on dissimule la campagne protestante
menée contre le clergé catholique, ne tiennent pas devant
la critique historique, l’accusation qui représente
le prêtre comme opposé au progrès de la liberté tend
seulement à justifier la haine qu’on lui a témoignée.
Dès l’aurore de la Révolution, au contraire, le clergé
s’est déclaré imprudemment acquis à ces idées qu’on
l’accuse de méconnaître.
Aux Etats généraux, lorsque les ordres étaient divisés,
n’est-ce pas le clergé qui délaissa la noblesse et,  venant
s’unir au Tiers-Etat, a fait l’acte décisif qui rendit possible
cette Révolution dont le premier acte fut de dépouiller
les prêtres, de leur imposer le serment, de
les acculer au schisme ou à la mort.

…suite page 4

Les-dessous-de-la-separation