Le zodiaque égyptien


 
Auteur : Devilliers Jollois
Ouvrage : Le zodiaque égyptien

 

Avant-propos
Les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens1 ont été promptement reconnus aux signes du zodiaque qu’ils renferment, et dont la ressemblance avec ceux de notre sphère est telle, qu’il est impossible de s’y méprendre. Sans cette circonstance, ces monuments seraient peut-être restés dans la foule des antiquités muettes que les curieux ont vainement interrogées jusqu’à ce jour. Un premier pas fait dans l’explication de quelques-unes des pages les plus intéressantes de la langue hiéroglyphique a dû nous encourager à pousser nos recherches sur la route qui semblait s’aplanir devant nous ; et nous avons essayé de trouver la signification des figures nombreuses qui accompagnent les douze astérismes principaux. De fortes inductions nous portaient à les considérer comme des constellations. Il était naturel, en effet, de penser que les figures que nous ne savions pas encore interpréter, et celles que nous avions déjà reconnues, avaient un sens analogue. En rapprochant de notre sphère les bas-reliefs égyptiens, nous y avons d’abord trouvé quelques constellations dans leur véritable situation. Mais pourquoi plusieurs autres, très reconnaissables par leurs formes, avaient-elles été totalement déplacées ? Pour lever cette difficulté, nous avons eu l’idée de recourir aux calendriers des anciens et à leurs poèmes astronomiques, qui sont tous fondés sur les aspects paranatellontiques des astres2. Nous avons reconnu alors que les bas-reliefs égyptiens sont des monuments du même genre. Cette considération, en effet, explique naturellement les transpositions que nous avons remarquées, et qui tiennent aux relations établies dans l’antiquité entre les astres qui étaient au même instant à l’horizon, soit au levant, soit au couchant ; en sorte que des constellations très éloignées dans le ciel, et même en opposition, avaient un sens emblématique analogue, et par conséquent pouvaient être rapprochées dans des bas-reliefs allégoriques.
Les tables des paranatellons sont susceptibles de variations, à raison des époques et des latitudes auxquelles ont été faites les observations dont elles


1 Voyez l’Atlas de la Description de l’Égypte, A., vol. i, pl. 79 et 87, et vol. IV, pl. 20 et 21.
2 Nous verrons ci-après (sect. 1re, ch. i) le sens que l’on doit attacher au mot de paranatellon.


se composent ; en sorte qu’elles portent avec elles leur date, par la nature même de leur construction. Cette considération nous a fait apercevoir que la table attribuée à Ératosthène, ou même à Hipparque3, est d’une origine très ancienne, et que les observations qu’on y a rassemblées remontent au même temps que le zodiaque d’Esné. Nous avons reconnu pour lors la possibilité de trouver des rapports entre les zodiaques d’Esné et les tables des paranatellons d’Ératosthène : nous avons examiné en même temps une sphère à pôles mobiles, montée à la même époque et à la latitude d’Esné. Nous avons étendu notre comparaison aux zodiaques de Dendérah, parce que les différences des époques et des latitudes entre les monuments de ces deux villes ne sont pas assez considérables pour causer de grandes variations dans les aspects des paranatellons. Enfin, nous avons consulté aussi tous les monuments astronomiques des Orientaux qui ont pu nous fournir des renseignements utiles.
Ce parallèle de nos dessins avec la sphère et avec les traditions anciennes nous a fait retrouver dans les bas-reliefs égyptiens la plus grande partie des constellations connues des Grecs. Nous n’avons point cherché à tout expliquer, et nous n’avons pas craint d’exposer nos doutes, parce que nous sommes convaincus que la plus grande réserve est indispensable, lorsque l’on s’engage dans le labyrinthe des antiquités égyptiennes, où la vérité ne se présente jamais qu’environnée d’une foule d’erreurs séduisantes. Mais nous avons fait connaître aussi les indices, même légers, qui nous ont paru ne devoir pas être négligés : ce sont des pierres d’attente pour continuer l’édifice dont nous espérons avoir fondé solidement quelques parties.
La suite de nos recherches nous a conduits à démontrer plusieurs faits, et entre autres, que le zodiaque circulaire est un planisphère céleste, construit suivant une méthode particulière et ingénieuse ; que l’époque de son établissement peut se déduire de la situation de son écliptique, c’est-à-dire de la ligne circulaire excentrique sur laquelle les signes du zodiaque sont placés ; que les zodiaques rectangulaires sont aussi des planisphères, mais construits suivant une autre méthode de projection ; enfin, que le centre du planisphère circulaire et la partie supérieure des autres appartiennent à l’hémisphère boréal, tandis que le cercle de bordure du premier et la ligne inférieure des seconds représentent l’hémisphère austral.


3 Petau, Uranologion, pag. 256, edit. 1630.


Cette dernière considération explique de quelle manière les anciens ont pu se représenter que l’édifice céleste était porté de tous côtés sur la mer.
Nous avons fait voir aussi comment l’observation des paranatellons a fourni les moyens de distinguer et de désigner chacune des parties du zodiaque, qui fut divisé successivement en douze signes, en trente-six décans et en trois cent soixante degrés : car toutes ces subdivisions de la route du soleil avaient des noms dans l’antiquité ; noms qui se rattachaient, ainsi que ceux du zodiaque, aux circonstances de la vie civile, aux fêtes religieuses, et à tout ce que les hommes ont de plus essentiel dans leurs usages et de plus solennel dans leur culte. Nous avons fait voir les rapports qui existaient dans l’origine entre les douze divisions solaires et les vingt-huit maisons lunaires ; enfin, nous avons essayé de reconnaître les emblèmes sous lesquels les Égyptiens ont représenté les planètes.

PREMIÈRE PARTIE

Notions générales sur les monuments astronomiques anciens qui ont servi à nos recherches

Après avoir indiqué les résultats principaux de notre travail, et avant d’entrer dans le développement de toutes les preuves sur lesquelles il est appuyé, nous croyons devoir exposer quelques considérations générales sur les monuments astronomiques de l’antiquité qui ont servi à nos recherches. Ce sera l’objet de cette première section, que nous diviserons en trois chapitres.

Chapitre Ier
Raisons qui portent à croire que les monuments astronomiques des Égyptiens sont fondés, comme tous ceux de l’antiquité, sur des observations paranatellontiques.

suite…

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